Paru en 2017 aux éditions Quidam : Le livre que je ne voulais pas écrire est maintenant trouvable en J’ai Lu. C’était aussi au départ « le livre que je ne voulais pas lire », peur de l’auto fiction non seulement plombante mais « qui la ramène », genre « voyez-comme-j’ai-souffert ». Et puis j’ai réfléchi : ce n’est pas le genre de la maison. Et effectivement, E. Lahrer ne joue pas le rôle du malheureux-puissance-N. Bien que blessé au cours de l’attentat au Bataclan, c’est l’humour, l’auto-dérision qui prévalent.
Il commence le livre avec un « tu » qui le représente puis les « tu » sont autres.
Et, très fort, au cours du même chapitre, sans vraie transition, le « tu » est lui, puis devient un des agresseurs.
Très fort au niveau de l’écriture mais aussi dans cette capacité de décentrement : voir le point de vue de l’autre, celui qui vous fait du mal, qui tue.
Quelques « Poèmes Express » issus du livre :
– Phrase qui commence, première rafale de survie.
– Personne ne parle des décalqués du bulbe. Ce monde rêve de sirène.
– Copain de pastaga, de porto, tu décharges ta parole au café.
– C’est parti pour une éternité, même si c’est long.
– Tu as compris que ton employeur a compris que tu es un gentil indécis.
– Désolé, il a la sexualité un peu chaussettes blanches.
– Aucun des morts ne t’en veut. En un sens, ils ont perdu le goût des drames.
– Je l’embrasserai, non, j’essaierai. Le réel gagne toujours.
Pas pu m’empêcher d’envoyer cette Pièce Unique N° 164 à l’éditeur originel, Pascal Arnaud dont j’aime, entre autres, les Camenisch, Blanvillain, Plamondon, Annocque, Navarre, Cendors…








Un feu d’origine inconnue, paru chez Autrement en 2014 et en poche chez le même éditeur en 2022, traduit par Sabine Porte, est la Pièce Unique n° 157. Daniel Woodrell, souvent édité en France en Rivages/noir, écrit là une histoire basée sur un fait réel : l’explosion, en 1928, d’un dancing dans une petite ville du Missouri. Ce n’est pas une enquête mais des pistes possibles apparaissent tout au long du texte, avant un dévoilement final. Des personnages forts, une belle écriture. Plus intéressant encore, le versant social du livre : la crise économique, la place du religieux, du corps, et de chacun dans la communauté, le fait qu’on ait plus ou moins su qui était coupable mais…
Freshkills est paru au Québec en 2019, puis à la Contre-allée et enfin chez Pocket. Lucie Taïeb est chercheuse en littérature, travaille la question de la mémoire. Mémoire de la dictature argentine, de la Shoah et, avec ce livre, de l’aboutissement de notre société de consommation : ses déchets. Fresh kills est le nom d’une décharge à Staten Island, créée en 1948 pour trois ans, continuée jusqu’en 2001, après le 11 septembre. Freshkills est le nom qu’on donne au lieu maintenant que l’on veut en faire un parc, un lieu sain, agréable. Transformation du nom – minime certes, juste un écart enlevé – mais efficace pour dissimuler l’histoire et la vraie composition du sol, pour faire croire à une « nature ».
Freshkills a été offert à Christian Girault, une des chevilles ouvrières de Pirouésie, comédien, chanteur baroque. Cette année, il nous a entraînés dans Le bourgeois versifié, le Bourgeois gentilhomme « traduit » en alexandrins par l’oulipien Jacques Jouet. Un atelier de mise en voix qui s’achevait… en spectacle avec la chorale éphémère d’Emmanuelle Dubost. Et pour corser encore la chose, en présence de l’auteur…