Chat Bleu – décembre 2022 -1)

Mis en avant

commençons par les dates prévues en 2023 :
les jeudis 12 janvier, 9 février et 16 mars.
Et notez-le : l’heure change : 18h30

Jeudi dernier, nous avons bu des vins de fête :
un Blanc « bleu », oui vraiment, bleu lagon : un vin espagnol « Pasionblue ». Un chardonnay, sec, assez fruité dont la couleur, étrange mais naturelle, vient de la maturation du raisin. – un hommage à l’équipe de France ? Euh …non…
En rouge, plus classiquement, un Saint Emilion de 2017

Ils accompagnaient des livres à couverture de fête :
deux textes de femmes parus auparavant chez Folio sous une autre jaquette. Deux livres qui ont reçu des prix lors de leur première publication. Sayaka Murata a obtenu avec Kombini, renommé La fille de la supérette, le prix Akutagawa au Japon en 2016 et Notre-Dame du Nil, le prix Renaudot en 2012.
Le Murata, comme son titre l’indique, parle d’une jeune femme qui travaille dans un de ces petits magasins ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Sauf que ce n’est plus une si jeune femme, que ces boulots sont habituellement réservés à des étudiants, qu’il n’est donc pas normal qu’elle reste là pendant des années. Plus ou moins autobiographique, cela parle de la norme au Japon, de quelqu’un de différent qui trouve ses solutions pour correspondre à cette norme.
Le Scholastique Mukasonga évoque le Rwanda après…
Nous sommes, loin de toute ville, dans une institution privée pour jeunes filles plutôt riches. Leurs prénoms indiquent leur place sociale, Gloriosa est du bon côté de la barrière. Son amie Modesta mi-Hutue, mi-Tutsie n’est là que grâce aux quotas…

– Et, last but not least, un troisième livre de femme : un premier roman paru lors de la rentrée littéraire de septembre 2022, aux éditions de Minuit : En salle de Claire Baglin.
L’auteure est née en en 1998 ! Elle livre en parallèle l’enfance – dans une famille ouvrière, le père à l’usine, la mère au foyer, la récup’, le choix des restaurants pas chers au moment des vacances – et le travail dans un fast-food de la fille devenue majeure : les différents postes, plus ou moins durs, plus ou moins « prestigieux », la manière dont vous parlent le directeur et le petit chef, l’évaluation… Une écriture qui rend compte sans sentiments. Pourtant, les sentiments, les sensations sont là : fierté du père qui reçoit une médaille au travail, rivalité entre les petites mains de la restauration rapide, orgueil des petits détenteurs de pouvoir, pression permanente…

Un Brigitte Giraud : P U N° 165

Commencé le 11 juillet, bien avant que Brigitte Giraud n’obtienne le Goncourt avec son dernier opus –  Vivre vite qu’elle avait présenté en avant-première à Ecrivains en bord de mer -,  Un loup pour l’homme sorti en 2017 chez Flammarion, est la Pièce Unique N° 165. Ce livre parle d’un couple, d’une naissance (celle, écrite, de Brigitte Giraud, à Sidi-Bel-Abbès) mais surtout de la guerre d’Algérie vue de ce moment-là, de cette place-là, quand les gens ne savent rien, n’ont pas les moyens de savoir, quand on n’appelle pas ça une guerre. Un jeune homme veut soigner plutôt que tuer. Sa femme veut accoucher en Algérie, auprès de lui. Une histoire personnelle qui est plus que cela.

Quelques Poèmes Express nés de Un loup pour l’homme :
– Route à parcourir, décision à prendre, temps à avaler.
– Une zone de peau tremble sur la cuisse si les femmes se tendent.
– L’eau va faire boue tiède.
– Il a acquis les mains qui miment. Quand le mot revient, il n’a rien de bon.
– Il fait en sorte que les chairs oublient, que la peau se pose.
– Un discours rend visible ce qui ne l’est pas : l’armée et le marchand.
– Va voir un match. Invite-la à se déshabiller. Détache sa pudeur.

Un loup pour l’homme « retravaillé », « augmenté », trois livres en un, a été offert à V. L. qui a dû se défaire d’une partie de sa bibliothèque, qui ne sait pas trop en ce moment où trouver ses livres dans leur nouvel écrin mais qui fait toujours de nouvelles provisions…
« Tsundoku un jour, tsundoku tpujours »

Retour sur la P U N° 161

« Merci pour ce cadeau aussi inattendu que surprenant.

Je te livre tout de go ce qui me touche.

Avec ce choix des lettres de Mademoiselle de l’Espinasse à son amant, tu as reconnu en peu de temps mon intérêt pour la littérature, l’actuelle tout comme la « grande », celle qui a résisté au temps qui passe. Et de cela merci.

Recevoir une pièce unique PU, quelle chance ! J’aime beaucoup cette idée géniale de création : choisir un livre, en lire deux pages chaque jour qui passe, extraire qq mots d’une des pages, ici celle de droite; ces mots deviennent une phrase que tu associes à un événement de la journée.

Mon premier réflexe fut de découvrir cette succession de phrases poèmes. Je les ai lus d’une traite, avec gourmandise. Très vite l’émotion m’a envahie, bien au-delà du sujet, d’une femme qui se meurt en écrivant à son amant. Se dessine une réflexion, la parole d’une femme, dans son intimité comme dans son regard sur notre monde en bouleversements.

Autre temps: la découverte de la couverture (je sais maintenant qu’elle compte beaucoup pour toi): le livre est enveloppé d’une photo, un fragment de corps de femme. Quelle belle idée! Il devient ainsi un objet énigmatique et raffiné.

La lecture des lettres s’est faite plus tard. Oui, les temps ont changé, les femmes ne sont plus tout à fait les mêmes… mais l’amour passion peut toujours être là, il me semble. Tout comme la difficulté de s’en extraire!

PU n° 161, je suis médusée quand j’imagine ce que ça représente de détermination, de régularité, de persévérance, déjà pour un seul livre, mais 161, ouah !!! Une volonté sans faille. 

Voilà, un peu en vrac, ce que j’avais envie de dire. » 

Merci du merci M-A !

c(ART)ollage de Marie Thémenet :

Mis en avant

c(ART)ollage, c’est un ensemble de 16 collages qu’on peut voir comme :
cadreurs – « effriteurs » – « enfileurs » – « exfolieurs » – « exhorteurs » – « exileurs » – exportateurs –  extracteurs – faiseurs – inséminateurs – « métaboliseurs » – monteurs – producteurs – profiteurs – « sublimeurs »
de
rêves – fariboles – perles – mensonges – folies – fantasmes – songes – possibles – sublime – ludions – rêveries – verbe – plus – fadaises – signifiés – inattendu.
c(ART)ollage, c’est un luxe de possibilités de sens ou d’insensé.

C(ART)ollage est arrivé

Mis en avant

Qu’on se le dise !
Dans la collection Voyageur,
C(art)ollage
est là.

Marie Thémenet nous a concocté 16 cartes postales  à partir de collages.
Qu’on se le dise !
Elles sont étonnantes.

C(art)ollage
 est en tirage limité, signé par M. T.

Un Erwan Lahrer : P U N° 164

Paru en 2017 aux éditions Quidam : Le livre que je ne voulais pas écrire est maintenant trouvable en J’ai Lu. C’était aussi au départ « le livre que je ne voulais pas lire », peur de l’auto fiction non seulement plombante mais « qui la ramène », genre « voyez-comme-j’ai-souffert ». Et puis j’ai réfléchi : ce n’est pas le genre de la maison. Et effectivement, E. Lahrer ne joue pas le rôle du malheureux-puissance-N. Bien que blessé au cours de l’attentat au Bataclan, c’est l’humour, l’auto-dérision qui prévalent.
Il commence le livre avec un « tu » qui le représente puis les « tu » sont autres.
Et, très fort, au cours du même chapitre, sans vraie transition, le « tu » est lui, puis devient un des agresseurs.
Très fort au niveau de l’écriture mais aussi dans cette capacité de décentrement : voir le point de vue de l’autre, celui qui vous fait du mal, qui tue.

Quelques « Poèmes Express » issus du livre :
Phrase qui commence, première rafale de survie.
Personne ne parle des décalqués du bulbe. Ce monde rêve de sirène.
Copain de pastaga, de porto, tu décharges ta parole au café.
– C’est parti pour une éternité, même si c’est long.
– Tu as compris que ton employeur a compris que tu es un gentil indécis.
– Désolé, il a la sexualité un peu chaussettes blanches.
– Aucun des morts ne t’en veut. En un sens, ils ont perdu le goût des drames.
– Je l’embrasserai, non, j’essaierai. Le réel gagne toujours.

Pas pu m’empêcher d’envoyer cette Pièce Unique N° 164 à l’éditeur originel, Pascal Arnaud dont j’aime, entre autres, les Camenisch, Blanvillain, Plamondon, Annocque, Navarre, Cendors…