Au Studio, Chabrol et les Ancres Noires

LA FEMME INFIDELE (1969), CYCLE CLAUDE CHABROL, LE STUDIO, MARDI 10 MARS 2026, 20H30

Film programmé en partenariat avec les Ancres noires (Polar à la plage).

Séance présentée par Youri Deschamps, rédacteur en chef de la revue “Eclipses”.

Pour découvrir, réviser, en savoir (encore) plus sur Claude Chabrol, voilà le texte de Patrick Grée (cinéphile devant l’Eternel, ancien collaborateur du Panorama de France Culture), Chabrol et ses monstres,

Chabrol et ses monstres.

 
La tératologie chabrolienne est inhérente à l’individu. Et on ne saurait l’évacuer sans dommage pour la lecture de l’œuvre.

Certes, une clarté, un classicisme hérités du regard critique très favorable porté sur Hawks. La Femme infidèle en serait un exemple, de même que Juste avant la nuit : cadrages au cordeau, rigueur de l’exposé, ses fondements socio-idéologiques et leur développement scénaristique : rien qui coince ! Mais quid à cet égard des Biches ou, à plus forte raison, du Scandale ?

Il y a bien un Chabrol qui détonne quand il ne déraille pas. Il peut s’agir de simples moments dans des films par ailleurs “tenus”, de ces pieds de nez, bras d’honneur éminemment Nouvelle Vague, dans le ton second degré : incongruités réjouissantes somme toute. Mais aussi quelques images déviantes, cadrages biscornus (à travers un aquarium…). Quand ce ne sont pas des films entiers qui basculent dans la dimension nonsensique, carrollienne ou pas (Alice…of course). Et on pourrait parler d’une belle présence baroque chez ce thuriféraire d’Hitchcock pour qui l’image ne doit pas mentir – à cet égard son analyse mordicus de la fameuse “tromperie” du Grand Alibi ne tient pas tant la route. Du baroque donc comme le suggère Fabien Baumann dans un excellent article de la revue Positif (juillet-aout 2025). Et nous en tombons bien d’accord eu égard à la définition de celui-ci (le baroque), par l’étymologie, comme perle irrégulière.

De l’irrégularité, il y en a dans cette filmographie foisonnante, hérissée de cactus. Foisonnante d’hétéroclites et de coruscants. Ce qui n’est pas si surprenant de la part de cet « irrégulier » (pour le coup) de la pellicule qui reprochait à son ancien camarade François Truffaut de ne pas s’être suffisamment colleté au cinéma de genre, et qui revendiquait ingénument n’avoir aucun ego ! Le cinéma comme aventure, avec ses risques, ses paris un peu idiots mais sans trop de regrets à l’arrivée car l’œil du maître y aura régulièrement mis quelque chose de lui-même, aura travaillé, soigné un aspect de tel ou tel “ratage”. Seul peut-être, à ses yeux, Folies Bourgeoises échappait au repêchage : liberté à chacun d’y ajouter ses propres déceptions de spectateur ou cinéphile.

Foisonnement (ne serait-ce que la quantité…), diversité, éclats de lumières noires, zébrures criardes tout au long de la filmographie et à l’intérieur même des pépites qui la composent ; comme un fleuve tumultueux sans cesse en mouvement ! Chez celui qui pourtant s’honorait de filmer au 50 mm comme nous le rappelle Isabelle Huppert qui note dans la foulée que cela ne l’empêcha pas de tomber amoureux de la steadycam (et surtout de son opérateur !). Rappelons-nous ses propres déclarations prônant le primat du cadre sur la lumière : l’image doit être propre avant tout sinon on fait du ton sur ton. Il s’agit bien du même homme, composite lui-même…comme la vie, foncièrement. A savoir le chroniqueur avisé d’une bourgeoisie emblématique de la Ve République, de tout temps pompidolienne. Une bourgeoisie qui s’ennuie (notion essentielle chez Chabrol, l’ennui) et qui s’invente des jeux et des peurs pour se distraire. Des jeux parfois dangereux, un brin pervers : Les Biches, d’une émouvante cruauté. Et que des icônes marmoréennes cristallisent une fois pour toutes : Stéphane Audran, Michel Bouquet, Michel Piccoli, Maurice Ronet (pour de multiples avatars), un occasionnel et pertinent Claude Piéplu, François Périer tout aussi judicieusement convié.

Mais, face à ce flux ample et mesuré: de francs éclairs comme Le Boucher ou Que la bête meure (indubitablement : un Chabrol/Yanne !) et des dissonances (pas seulement dues aux musiques de Jansen), voire de la cacophonie, Gégauff aidant ; comme pour contrarier le lissage onctueux quoique acide (culinairement pas contradictoire !) de ces “classiques” que sont effectivement devenus La Femme infidèle, Juste avant la nuit ou La Rupture (ce dernier un peu plus mêlé toutefois) : déjà, A double tour et son cadrage “voyant” en plongée avec une amorce marquée dont Chabrol se gaussait ultérieurement affirmant que c’était pour faire parler les critiques, voire…Mais aussi Le Scandale (pourtant bien dans la veine auscultation-de-la-bourgeoisie si typique) qui nous plonge dans les milieux rémois auprès desquels le Bordelais de La Fleur du mal semble d’une équanimité toute mauriacienne. Le Scandale sur un scénario de Gégauff, tout aussi caractéristique mais particulièrement alambiqué, en forme de jeu de dupes et de doubles ( déjà Les Biches…), façon thriller agaçant avec un final à la grue époustouflant : travelling arrière ascensionnel à la stricte verticale qui laisse là la scène et son décor, en révélant tout le factice, théâtre truqué du drame avec ses protagonistes s’agitant-grouillant en un dantesque Fuenteovejuna.

Déjà, nous avions Les Noces rouges et ses stridences visuelles ou narratives : les retrouvailles de Piccoli et Stéphane Audran privés l’un de l’autre et donc de sexe restent gravées dans nos rétines ! Puis, pour peu qu’on y consente, dans la marge de la marge, la galerie des mal-aimés, les cousins de province qu’il est indécent d’évoquer. L’invisibilité de certains films aidant à l’affaire. Il faut dire que l’aventurier du 7e art croisa quelques pirates dans la mare aux producteurs de l’époque et les droits se sont un peu évanouis…Même si la fille du réalisateur le déplore et appelle à réévaluer Docteur Popaul entre autres que Chabrol disait avoir entrepris en complicité de Belmondo sur le principe du « on y va carrément ! ».

Que reste-t-il honnêtement de :

La Route de Corinthe, film parodie, façon Tigre ou Marie-Chantal ? produit par l’incontournable Génovès d’après Claude Rank (pilier du Fleuve Noir) avec scénario et dialogue de Daniel Boulanger, Zidi au cadre (Chabrol l’appréciait à ce poste), Rabier à la lumière, Jansen à la musique (sirtakisante en diable) : toute la Sainte Famille quoi. On y trouve bien un résumé fantaisiste du MacGuffin hitchcockien : « quand il n’y aura plus de petites boîtes noires ce seront de petites boîtes rouges », quelques images composées : sur des quais en gradins ou le plan serré d’une bouteille de champagne se détachant sur le fond vert du déshabillé de Jean Seberg ou encore une petite voiture rouge à distance en plongée au centre d’une étendue de terre jaune et sur laquelle la caméra s’attarde plus que de raison. Et, comme il se doit dans tout bon film récréatif de ces années-là, Jean Seberg change de tenue à chaque séquence. C’est là le moins : on n’est pas non plus chez Jesus Franco.

Quelques crans en dessous, il faut bien le dire, se situe Les Magiciens d’après Frédéric Dard avec Jean Rochefort, Gert Fröbe, Franco Nero et Stefania Sandrelli, l’atout de charme indispensable à ce type de coproduction internationale dépaysante. On n’y évite même pas les « inévitables » décollages-atterrissages d’avions avec sortie des vedettes (et des médiums, donc). Certes, le sujet mériterait, pour de futurs exégètes, d’être examiné à la lumière de l’interêt que le cinéaste portait aux faux-semblants, jeux de dupes et de miroirs déjà évoqués, voire les “fakes” fort goûtés de l’invité surprise de La Décade prodigieuse (opus qui mériterait bien de figurer à ce palmarès). S’enchaînent impitoyablement les dialogues informatifs nécessaires à la progression de l’intrigue…qui dans une voiture, au bar de l’hôtel, à celui du night-club : on s’humecte copieusement dans ce “film de vacances” pendant lequel, espérons-le, Chabrol aura, dans les marges du tournage bien entendu, satisfait sa curiosité du genre humain. Notre amphitryon accomplit malgré tout le tour de force de combiner deux de ces “chevilles” inusables lorsque Rochefort offre à Stefania Sandrelli une vodka à bord de sa Jeep blanche ! Seuls pour flatter l’œil mi-clos du spectateur : un gros plan sur une statuette qu’une main féminine pousse vers le bord d’une commode et, quasi enchaînant, une plongée sur Rochefort et son ombre portée sur le fond blanc du mur de l’escalier.

L’étrange Alice ou la dernière fugue ne constitue donc pas la seule incursion de Chabrol dans le fantastique même si traité avec infiniment plus de conviction que l’aimable paradoxe auquel se résume le propos de ces Magiciens. Je procède plus volontiers, on l’aura compris, par associations d’idées que chronologiquement ou graduellement. Louis Malle, la même année ou presque nous propose la folie Black Moon… Claude Chabrol ouvre son ovni par une très conventionnelle scène de couple devant la télé qui diffuse Des chiffres et des lettres (ce qui confirme, au moins, l’intérêt de notre homme pour la petite lucarne, ses émissions-jeux familiales et sa sincère admiration devant la culture des candidats !) Casting composite, comme souvent, et néanmoins impeccable, jusqu’à l’évanescente et cristalline Sylvia Kristel, décalée (forcément) juste ce qu’il faut. Temps et espace sont ici les deux matières malaxées à cœur joie. Le temps, ingrédient récurrent de l’univers fantastique et l’espace naturellement cinématographique : vaste demeure déserte à colonnes et sol en damier, parc verdoyant d’où l’on ne s’évade pas (le Village de la série t.v. Le Prisonnier) ; intrigant puzzle dont il manquera toujours au moins une pièce.

L’escargot sur le pare-brise de la voiture aurait dû pourtant la mettre en garde : on ne sort jamais de sa coquille, on ne quitte pas la demeure que l’on a sécrétée. La bourgeoisie pompidolienne l’a compris qui fait le tour sans fin de la prison dorée qu’elle s’est choisie, tout juste parvient-elle à se divertir (le vieux Charles Vanel en sait quelque chose lorsqu’il parle de “distractions”). Mais ici la manipulation sadique, la cruauté gratuite ne s’exercent pas entre les personnages : c’est bien le réalisateur qui tire les ficelles au premier plan ; le réalisateur qui s’affiche maître du jeu et des illusions, de l’espace sans fin et du temps qui toujours revient. Joli tournis pour une nausée bien chabrolienne et parfaitement maîtrisée : pas d’intersignes ici, de simples signes qui ne disent rien. Exit l’habituelle hypocrisie des classes qui cachent leurs jeux honteux, voilà qu’on triche d’évidence et on le fait savoir. On révèle l’envers des tours ! tout n’est que farce, mensonge, fake, une autre vérité tout bonnement : on ne sort pas de là (dans tous les sens qu’on voudra).

Cette galerie des incongrus de Chabrol pourrait se poursuivre bien sûr, de Folies bourgeoises en Décade prodigieuse, Partie de plaisir et autres Innocents aux mains sales, avec plus ou moins de bonheur, c’est selon, mais le plus souvent, admettons-le, la caméra à la bonne distance et munie de l’objectif adéquat. Et il y a aussi ces instants de ténèbres où souvent l’image, au sens propre, s’obscurcit ( l’injection forcée du contenu rougeâtre de la monstrueuse seringue dans Alice…) avec parfois l’hystérie qui pointe ( L’Enfer, Le Scandale, Le Cri du hibou…) et toujours le mal qui affleure. Impudiques, voire malséants coups de loupe sur les verrues de la bête. Les œuvres majeures tout autant contaminées donc ; comme chez le patron Hitchcock ces moments de bascule autour d’un verre de lait, dans un clocher, le long d’escaliers sombres où l’on plonge mais d’où l’on émerge aussi au bras d’un sauveur qui se ravise.

N.B. Les propos rapportés de Claude Chabrol et autres témoins ont été glanés sur le petit écran : je les cite de mémoire.

Pour les Ancres noires,

P.G., le 03 mars 2026

Atys, de Lully

L’opéra royal du château de Versailles a monté Atys de Lully et Quinault . La première représentation de cet opéra-ballet avait eu lieu en 1676. Il était aussi appelé « Opéra du Roi » car  Louis XIV en chantait des airs et trouvait des liens entre sa vie privée et la façon d’être des deux héroïnes…
L’histoire : l’amour (contrarié) : Atys aime Sangaride qui l’aime aussi mais le père de Sangaride veut donner sa fille à quelqu’un d’autre, et gâteau sous la cerise, une déesse, Cybèle, aime Atys. Sans vouloir tout divulgâcher, cela va mal finir…
5 actes, un spectacle de presque 3 heures. Pas un seul moment d’ennui. Une merveille au niveau du chant.
Des interprètes fabuleux :

Matthew Newlin : Atys
Giuseppina Bridelli : Cybèle
Ana Quintans : Sangaride
tous étrangers, mais prononçant parfaitement le texte.
Avec, pour moi, une préférence pour la voix de Giuseppina Bridelli.

Opéra ballet, ai-je dit : donc, de la danse.
Je ne sais pas s’il existe des transcriptions des gestes du XVII è siècle, (si quelqu’un sait, qu’il/elle n’hésite pas à réagir)
une chorégraphie que j’ai assez peu appréciée : eu l’impression d’être avec Esther Williams sans la piscine. Impression venant peut-être des costumes.
D’autant qu’elle est de Angelin Preljocaj dont, habituellement, j’aime beaucoup le travail !
Je n’y avais pas prêté attention et ne l’ai compris que quand il est venu saluer…
Aurais-je mieux aimé si j’avais su que c’était lui ?…

Arno Bertina, à Brin de lecture

Mis en avant

Parmi les « possibilités pour se croiser, échanger, gueuler, trinquer »,
« Brin de lecture », librairie indépendante à Thouars (79). Arno Bertina le signalait :
« – ce jeudi (le 4 décembre) je serai à Thouars, dans les Deux-Sèvres, invité par la librairie « Brin de lecture » (la rencontre commencera à 18h30) ;
– vendredi je suis invité à échanger avec Martial Cavatz dans le cadre du séminaire qu’Annick Louis anime au sein de l’EHESS (de 15h à 17h, 54 boulevard Raspail, dans le 6e à Paris, et c’est au 2e étage) ;
– et enfin samedi, le 6 donc, dans le même quartier (au théâtre du Vieux-Colombier) je serai en dialogue avec Yves Pagès et Dominique Rabaté, dans le cadre du festival littéraire organisé par l’association « Littératures sur paroles » trois jours durant. »


une semaine d’enfer donc, mais on a été nombreux et heureux à « Brin de lecture » de cette rencontre autour de son dernier livre : Des obus, des fesses et des prothèses, chez Verticales . Un roman après deux récits documentaires, né de ce que lui a raconté un ami, un sujet coup de foudre, dont il a tout de suite été sûr que c’était pour lui : un palace en Tunisie. Autour de la piscine, d’un côté des hommes abimés par la guerre, de l’autre, des femmes qui ont eu recours à la chirurgie esthétique et attendent que ça cicatrise.
La guerre, la chirurgie esthétique dans le même endroit : rapprochement tragique et grotesque. Carambolage de deux réels, masculin et féminin.  » « Je ne dénonce pas, je décris un paysage. »
« cinq ans de travail » : « 150 pages écrites la première année : cette partie-là ne m’intéresse pas trop. Vient le moment ensuite de suivre chaque personnage. »
Ils sont quatre qui disent successivement « je ». Une femme, Rafika qui aide dans ce lieu, un homme, Madjeb, chirurgien touché par les combats, une autre femme, Naïma, très belle qui veut l’être moins et un jeune homme, Hassen.
Une « polyphonie », « mot qui m’a été suggéré pour parler de mon travail, dont je ne voyais pas trop ce qu’il recouvrait » mais notion présente dans tous mes textes, romans comme récits. » Rendre visible chacun, dans sa différence, dans sa culture, voir que l’idée qu’on avait jusque là ne correspond pas au personnage. »
Que ce soit dans la fiction ou dans le docu, agir en écrivain et non en journaliste : « pas seulement rassembler et agencer des faits mais les questionner et se mettre au plus près des personnages concernés. »
Et dans chacun des livres, une fête (comme il y a un banquet dans tous les Astérix, lui a fait remarquer une universitaire un jour)
Un palace, une piscine, des cabossé.es, une fête : autant de raisons pour lire  Des obus, des fesses et des prothèses.

Meet John Doe

Meet John Doe ou, en français L’homme de la rue,
film de Frank Capra de 1941
avec Gary Cooper, Barbara Stanwick
Au Studio jusqu’au 2 décembre
Une merveille.
Et tellement ACTUEL !
dans ces Etats-Unis désunis contemporains,
ou chez nous,
avec ces milliardaires qui s’offrent des journaux
et manœuvrent pour obtenir le pouvoir.

Mathieu Belezi et Bérénice Pichat : une proximité étonnante

Mêmes propos à quelques jours d’intervalle.
Le 27 novembre, Mathieu Belezi était à la Galerne pour son dernier livre Cantique du chaos, paru au Tripode en 2025
Le 25 novembre, Bérénice Pichat, autrice de La petite bonne, édition Les Avrils 2024, proposait, en lien avec La Petite Librairie, le premier volet d’une master-class en trois parties.
Tous deux ont dit, chacun de leur côté : « je ne fais pas de plan »
et, plus étrange encore :
Bérénice Pichat :  » je rencontre les personnages, ils m’apparaissent.(…) « J’ai entendu le pas de cette petite bonne. (…) Elle ne m’a pas donné son prénom. »
Mathieu Belezi : « j’entends des voix. Quand j’ai vraiment la voix du personnage, je ne suis plus moi. Les personnages font ce qu’ils veulent. Je ne veux pas les contrôler, les censurer. Je suis heureux d’être arrivé à cette liberté-là. (…) S’il y a cohérence, le texte prend chair. »
Et, pour eux deux, la lecture à voix haute est hyper importante. M. Belezi : « Je relis à haute voix tout ce que j’écris, pour entendre la musicalité ou si ça sonne mal. »
B. Pichat dit, elle, de la lecture à voix haute au cours d’un atelier d’écriture : « elle fait partie de l’expérience. »
Ce sont aussi deux écrivains qui s’intéressent à l’Histoire. Et pas à la plus gaie.
Deux personnes pleines d’empathie.
La proximité s’arrête là.

On traverse le monde et on est transporté dans un avenir plus ou moins proche dans Cantique du chaos
quand on est en France entre les deux guerres dans La petite bonne.
Deux mondes différents dans lesquels plonger.

 

 

le 18, l’écrivaine Judith Wiart

Autrice de
Les gens ne se rendent pas compte, éd Le Clos Jouve
Le Havre de paix, ed. Moby Dick
Pas d’équerre, éd. Louise Bottu
Le jour où la dernière Clodette est morte, éd Le Clos Jouve.
Des textes de genres très différents. Polar, essai, autobio.

 – Le Havre de paix, forcément, ici, ça fonctionne !
Nous avions accueilli Judith avec ce polar à Polar à la plage cet été.
Il est paru dans le cadre d’une collection, une suite aux « Poulpe » de Jean-Bernard Pouy, « la fille du poulpe » sous la direction de Sergueï Dounovetz : un livre de commande, avec un cahier des charges de 8 pages.
Et, heureusement, Judith Wiart « aime bien la liberté dans la contrainte. »
Elle a travaillé comme dans un commissariat de série américaine, avec des éléments collés au mur, des flèches, des liens .
« L’écriture du livre m’a permis de retourner au Havre et la ville est devenue un des personnages. »
 Il faut dire que Judith a vécu au Havre enfant, avant de suivre ses parents à Lyon. Elle vient de revenir  » Pour la mer.  »
Pas d’équerre
est un petit texte : « du politique par l’oblique »,
un
carnet poétique ET témoignage politique sur l’éducation nationale,
vue par une enseignante en lycée professionnel.
Sur la dégradation des moyens, sur le rapetissement des heures de matières de culture générale. Pas tant un avis que des faits.
Difficile à accepter quand le but est de « donner de l’élégance (= de la dignité) aux élèves » ).
Le jour où la dernière Clodette est morte sous la forme de courts paragraphes, des moments autobiographiques, Et c’est vraiment plein de fraîcheur, tendresse, drôlerie.

 

Pas encore

Non, pas encore de date pour la rentrée de septembre d’Un vin, des livres.
Pas plus d’ailleurs que de lieu pour nous héberger.
Mais ça « va viendre »
« aie confiance, aie confiance », dit le serpent Ka. Vous voyez mes yeux ?…

En attendant,
un court topo sur
l’atelier d’écriture et illustration, en Bretagne, avec Olivia et Charlène :
La bonne humeur n’était pas en option
et elles se sont un peu mises la rate au court-bouillon.
Ce qui est flatteur pour les six « écrivantes » que nous étions
mais un peu dommage pour elles.

Consignes rigolotes, soleil, chants, camaraderie et voluptés gustatives.
ET
Un tour à Bécherel, le très joli village breton du livre,
possibilité…rare …d’acheter des livres…
Chez des bouquinistes super souriants qui ont un choix ENÔÔÔRME.
ET
Occasion pour moi de revoir Samia Kachkachi
(cf. Entravés Rue du Départ éditions)
qui démontait son exposition de linogravures « Submersion » à Rennes, à Grand Angle Imoja.

Poésie-bagarre

Poésie-bagarre est un beau titre. C’est celui du recueil de Sarah Kügel, paru aux éditions Baraques en 2025.
Baraques, comme Baraques Walden où, chaque jeudi et vendredi soirs, à Rouen, 59 rue du Pré de la Bataille, on peut écouter des textes, des musiques.

Sarah Kügel est graphiste et c’est elle qui a réalisé cette première de couverture, dessin et typo.
Le titre, l’image disent la personnalité de Sarah Kügel qui écrit et se bat mais de manière rigolote ou soft avec la langue, le corps, la relation amoureuse.

C’est un livre de poésie du plaisir, du désir, un ensemble érotico-punchy, d’amour physique et pas que.

Voilà quelques traces de son écriture – mais des poèmes entiers comme Digression douce (p 47) montrent encore mieux combien l’auteure aime les mots –  :
 » les pavés turbulents pleins de soiffeurs joyeux » (p 11)
«  ça durerait des heures à se lécher les petits détails » (p 35)
 » l’heure des hommes-goûters » (p 43)
«  je te trempe et je te déguste » (p 126)
«  sous la bouscule des doigts » (p 135) 

 

Palmarès : je suis sûre que

vous en avez lu un bon nombre :

Les 25 chefs-d’œuvre de la littérature mondiale qui vont marquer le XXIᵉ sièclePALMARÈS. Quels sont les meilleurs livres depuis l’an 2000 ? Pour le savoir, nous avons demandé à soixante écrivains, éditeurs, libraires, traducteurs, critiques français et internationaux de choisir les cinq ouvrages qui ont imprimé à jamais leur mémoire. Verdict.

Publié le 01 avril 2025 à 16h00
Mis à jour le 02 avril 2025 à 11h58
Quels sont, parmi les livres du premier quart du XXIᵉ siècle, les chefs-d’œuvre qui s’inscriront dans l’histoire de la littérature mondiale ? Pour le savoir, Télérama a demandé à soixante personnalités (écrivains, éditeurs, libraires, traducteurs, critiques universitaires français et internationaux) de choisir les cinq ouvrages qui ont imprimé à jamais leur mémoire de lecteur.
Ces milliers de pages — 12 646 exactement, si on aditionne les 25 livres retenus dans ce palmarès – donnent furieusement envie de lire et témoignent d’une création littéraire aussi ambitieuse qu’audacieuse. Le roman n’est pas mort, au contraire, il se joue des frontières et ne cesse d’être réinventé. — Valérie Hurier, directrice de la rédaction

25. “La Carte et le Territoire”, de Michel Houellebecq (2010)

La carte est-elle plus intéressante que le territoire — autrement dit la représentation du réel plus passionnante que le réel lui-même ? C’est notamment autour de cette question que se déploie le cinquième roman de l’écrivain français — qui lui valut le prix Goncourt. Une fiction brillante, tout ensemble ironique et hautement mélancolique, doublée d’un autoportrait extravagant.
Éd. Flammarion.

24. “Une histoire d’amour et de ténèbres”, d’Amos Oz (2002)

L’intime et l’Histoire fusionnent dans les pages de ces sublimes Mémoires du grand écrivain israélien, dont ce récit autobiographique demeurera sans doute le chef d’œuvre. Retour sur son enfance à Jérusalem et sur la naissance concomitante de l’État d’Israël, hommage bouleversant à ses parents et ses aïeux, et à la langue hébraïque qui l’a vu naître écrivain.
Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, éd. Gallimard (2004).

23. “Neige”, d’Orhan Pamuk (2002)

De tous les romans remarquables de l’écrivain turc (Prix Nobel de littérature 2006), Neige est assurément le plus captivant, qui emboîte le pas d’un jeune poète exilé en Allemagne, revenu en Turquie pour s’égarer au fin fond de l’Anatolie. Une odyssée poétique et très politique, jalonnée de sinuosités narratives, scintillante de motifs et de sens, drapée de neige…
Traduit du turc par Jean-François Pérouse, éd. Gallimard (2005).

22. “Les Argonautes”, de Maggie Nelson (2015)

La forme hybride de ces Argonautes, mêlant récit d’une histoire d’amour et réflexions sur le genre, érudition et hypothèses, a érigé l’ouvrage de Maggie Nelson en livre de référence d’une démarche littéraire nouvelle et parfaitement contemporaine. Faisant de l’autrice américaine (née en 1973) une des voix majeures de la non-fiction contemporaine.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Michel Théroux, Éditions du sous-sol (2018).

20. “Purge”, de Sofi Oksanen (2008)

Née d’une mère estonienne et d’un père finlandais, Sofi Oksanen a secoué la planète littéraire avec ce roman éloquent qui embrasse, à travers ses deux personnages féminins, cinquante ans de l’histoire de l’Estonie, des occupations allemande, puis russe, jusqu’à nos jours, passant par l’effondrement de l’URSS. Une tragédie puissante, furieuse — non dénuée de compassion.
Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, éd. Stock (2010).

20 ex-aequo. “La Plus Secrète Mémoire des hommes”, de Mohamed Mbougar Sarr (2021)

Écrit par le jeune auteur sénégalo-français, alors âgé de 31 ans, et placé sous le parrainage des Détectives sauvages de Roberto Bolaño, un beau et brillant roman, « livre-monde » tout ensemble complexe formellement et palpitant, cérébral et doucement ironique, foisonnant de thèmes et de personnages, et fondamentalement enclos sur un insaisissable secret.
Éd. Philippe Rey / Jimsaan.

18. “La Bascule du souffle”, de Herta Müller (2009)

Plongée dans l’univers du goulag, observé à travers les yeux d’un jeune narrateur inspiré par le poète Oskar Pastior,La Bascule du souffle a enfin révélé planétairement la beauté tranchante et spectaculaire de l’écriture de l’autrice, Roumaine germanophone émigrée en Allemagne de l’Ouest au mitan des années 1980, lauréate du prix Nobel de littérature en 2009.
Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, éd. Gallimard (2010).

18 ex-aequo. “Underground Railroad”, de Colson Whitehead (2016)

Dans cette éblouissante fiction — sa sixième —, tout ensemble roman d’apprentissage et fable humaniste, l’Américain virtuose se tient aux côtés de Cora, une jeune esclave échappée d’une plantation du Sud, dont il imagine l’odyssée fantastique à travers les États-Unis, jusqu’au nord du pays et l’accès au statut de femme libre.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin, éd. Albin Michel (2017).

17. “O”, de Miki Liukkonen (2017)

Près de mille pages pour raconter sept journées, au long desquelles se croisent cent personnages souffrant tous d’une psychose : la comète finlandaise Miki Liukkonen (1989-2023), qui mit fin à ses jours à 33 ans, met en œuvre un labyrinthe narratif prodigieux, tout en offrant une méditation aussi hilarante que puissante sur le vertige de la condition humaine.
Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, éd. Le Castor astral (2021).

16. “La Fête au Bouc”, de Mario Vargas Llosa (2000)

Le dictateur Rafael Leónidas Trujillo Molina (1891-1961), « père de la patrie » dominicaine, et son régime sanglant qui écrasa le pays durant trois décennies sont au cœur de ce magistral roman politique et polyphonique, qui examine de l’intérieur les ressorts de la tyrannie et ceux de sa mise à bas. Assurément le chef d’œuvre du prix Nobel de littérature 2010.
Traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan, éd. Gallimard (2002).

15. “La Végétarienne”, de Han Kang (2007)

La Végétarienne, ou l’histoire de Yonghye, la femme qui ne voulait plus ingérer de viande, et qui bientôt souhaita se dépouiller de son corps, s’effacer et devenir végétale… Dix-sept ans avant de recevoir le prix Nobel de littérature, en 2024, l’autrice coréenne livrait, avec cette fable énigmatique, sensuelle et épurée, un diamant noir aux éclats aussi tranchants qu’inquiétants.
Traduit du coréen par Eun-Jin Jeong et Jacques Batilliot, éd. Le Serpent à plumes (2015).

14. “Kafka sur le rivage”, de Haruki Murakami (2002)

Kafka Tamura a 15 ans lorsqu’il s’enfuit de la maison familiale. Ce roman initiatique lui emboîte le pas, ainsi que celui d’un vieillard nommé Nakata. À ces deux fils narratifs, le magicien Murakami suspend une matière romanesque à haut potentiel d’envoûtement. Bâtissant une indémodable fable, tout ensemble triviale et pleine de grâce..
Traduit du japonais par Corinne Atlan, éd. Belfond (2006).

13. “La Maison des feuilles”, de Mark Z. Danielewski (2000)

Une maison dont l’intérieur se dilate en un dédale sans fin, un vieil écrivain aveugle et son mystérieux manuscrit, un jeune intello marginal : voilà pour le décor et les protagonistes majeurs du premier roman de l’Américain Mark Z. Danielewski, vertigineuse quintessence de littérature expérimentale, mais aussi œuvre captivante et de toute beauté.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro, éd. Denoël (2002).

12. “Solénoïde”, de Mircea Cartarescu (2015)

Un professeur de roumain de Bucarest, qu’une humiliation fait renoncer à l’écriture, tient un journal pour percer l’énigme de l’existence. Dans ce roman d’une force philosophique et poétique hors du commun, Mircea Cartarescu fait de la plongée hallucinée dans le cerveau d’un homme le point de départ d’une odyssée à travers toutes les connaissances.
Traduit du roumain par Laure Hinckel, éd. Noir sur blanc (2019).

11. “Le Lambeau”, de Philippe Lançon (2018)

Grièvement blessé le 7 janvier 2015, lors de l’attaque terroriste contre l’équipe de Charlie Hebdo, Philippe Lançon a tiré de son expérience de la douleur, physique autant que morale, ce remarquable Lambeau, livre calme et déterminé, empreint d’une grande douceur, dans lequel il s’emploie à sonder jusqu’aux abîmes, sans colère ni culpabilité, « la solitude d’être vivant ».
Éd. Gallimard.

10. “Americanah”, de Chimamanda Ngozi Adichie (2013)

Que d’énergie et d’intelligence rassemblées et concentrées dans ce roman brillantissime qui suit l’itinéraire d’Ifemelu, une jeune femme nigériane arrivée aux États-Unis pour y poursuivre ses études. Y découvrant le racisme — l’un des thèmes majeurs de l’autrice africaine, qui fait ici l’objet d’un exposé lucide, jamais dénué d’humour et très incarné.
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Damour, éd. Gallimard (2014).

9. “L’Adversaire”, d’Emmanuel Carrère (2000)

Quel effroyable visage du Mal offre-t-il à contempler, cet accusé jugé et condamné en 1996 pour les froids assassinats de ses deux enfants, son épouse et les parents de cette dernière ? Des interrogations intimes qu’a fait surgir en lui l’histoire de Jean-Claude Romand, mythomane et meurtrier, Emmanuel Carrère a nourri cette non-fiction inquiète, métaphysique et magistrale.
Éd. P.O.L.

8. “L’Année de la pensée magique”, de Joan Didion (2005)

L’expérience du deuil de son époux, l’écrivain John Dunne, terrassé par une crise cardiaque fin 2003, a dicté à l’iconique écrivaine et journaliste américaine Joan Didion (1934-2021) ce sobre et cru récit d’une traversée des ténèbres. Un voyage aride, sans consolation, au fin fond des terres désolées de la stupeur, du chagrin et de l’affliction.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Demarty, éd. Grasset (2007).

7. “Les Livres de Jakób”, d’Olga Tokarczuk (2014)

Dans ce roman époustouflant, précis et truculent, la Prix Nobel de littérature 2018 invite à un « grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions ». Une épopée politique et mystique qui plonge son lecteur dans la Pologne décadente du XVIIIᵉ siècle, pour s’attacher au destin extravagant du faux messie juif Jakób Frank (1726-1791).
Traduit du polonais par Maryla Laurent, éd. Noir sur blanc (2018).

6. “Les Années”, d’Annie Ernaux (2008)

L’admirable « autobiographie impersonnelle » que sont Les Années a permis à chaque lecteur de saisir pleinement ce qui fait d’Annie Ernaux (Prix Nobel de littérature 2022) une écrivaine majeure. À savoir, un geste littéraire : parler de soi pour tendre à l’autre un miroir où se reconnaître ; puiser à sa mémoire pour élaborer « une autobiographie qui se confonde avec la vie du lecteur ».
Éd. Gallimard.

5. “La Tache”, de Philip Roth (2000)

Dans ce roman, troisième volet de la Trilogie de Newark, le grand écrivain américain déroule l’histoire de la vie du professeur de lettres classiques Coleman Silk, construite sur un immense, un sidérant secret… Une narration infaillible, porteuse d’une ironique, froide et implacable dénonciation de « la tyrannie du nous […] qui meurt d‘envie d‘absorber l‘individu ».
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Josée Kamoun (2002).

4. “La Route”, de Cormac McCarthy (2006)

Son austère lenteur et sa lugubre beauté confèrent à La Route la grâce d’un long poème métaphysique. Un chant tout ensemble initiatique et sépulcral où se trouvent condensées les obsessions et les hantises de McCarthy (1933-2023),sans cesse revisitées de livre en livre : la violence des hommes, le rude combat auquel se livrent en ce monde le Bien et le Mal.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par François Hirsch, éd. Christian Bourgois (2008).

3. “La Fin de l’homme rouge”, de Svetlana Alexievitch (2013)

Auscultation du cœur et de l’âme de « l’Homo sovieticus », un individu élevé dans l’utopie socialiste puis passé sans transition du totalitarisme à une nouvelle forme de nihilisme, La fin de l’homme rouge est sans doute le plus magistral des « romans de voix » de l’autrice biélorusse. Un grand livre d’histoire humaniste, infiniment douloureux et formidablement vivant.
Traduit du russe par Sophie Benech, éd. Actes Sud (2013).

2. “Austerlitz”, de W.G. Sebald (2001)

Mêlant étroitement fiction et réalité, narration et méditation, et porté par la voix inconsolée, infiniment émouvante de l’écrivain allemand (décédé en 2001), le destin de Jacques Austerlitz, homme déraciné, perpétuel exilé, a valeur d’interrogation dense et grave sur l’Histoire, le temps vécu comme un processus de délitement, l’opacité de la mémoire. Un chef d’œuvre.
Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau, éd. Actes Sud (2002).

1. “2666”, de Roberto Bolaño (2004)

La mort prématurée de l’écrivain chilien, en 2003, laissa ce livre, paraît-il, inachevé… On veut bien le croire, mais quel roman pourtant ! Tissant cinq fils narratifs, le magistral 2666 n’en finit pas de surprendre, de digresser, de proliférer de fascinante façon, s’autorisant tous les développements et les changements de point de vue pour méditer sans fin sur le Mal.
Traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio, éd. Christian Bourgois (2008).