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Les dates prévues du Chat Bleu cet automne sont : les jeudis 15 septembre, 13 octobre, 17 novembre.

Avis d’une lectrice de Bout portant : « Les remarques des « vieux » sont pleines de bon sens ! On l’imagine bien en film… »

L’image est d’Anna Muller, photographe plasticienne.

Rien à voir avec les infos précédentes mais un coup de coeur et un lien éventuel avec la vie que proposent certains états aux femmes en ce moment : en bocal, enfermées dans le fondamentalisme…

Un été au Havre 2022 a commencé

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Petit retour en arrière :
une autre année d’Un été au Havre,
l’oeuvre d’une diplômée de l’école d’art et du master de création littéraire, Alice Baude.
On l’avait rencontrée lors d’un atelier d’écriture sur sa pièce.
ça avait donné ça :

« LE LIQUIDE POUR SEUL REEL ».

Pas sûre encore de comprendre le sens. Juste sûre d’aimer la pièce, le contraste de la dureté du matériau, du choix du graphisme des lettres – le tranchant du « E » par exemple -, du brillant de l’écrit sur le sombre de l’eau, sur sa mouvance. Evidence des mots dans un endroit où ils n’ont rien à faire. Invisibilité de la technique. Elle bouge peut-être mais elle ne dérive pas. Elle flotte mais des vaguelettes passent dessus, irrégulières, forment plus ou moins des lignes, des rides, un court temps, s’en vont, disparaissent complètement, laissent le « U », le « L », lisses, argentés, nus, puis d’autres viennent, un peu ailleurs, un peu autres.
Donc,
un côté sec sur le mouillé,
un côté sûr sur l’instable,
un côté plat sur une profondeur.
Quelque chose de fort même si le sens, éventuellement, échappe.

Cette année, une girouette sorcière, un skater fou et une baleine échouée, entre autres,  nous attendent dans la ville. Du figuratif. Un clin d’oeil au passant qui se demande s’il voit bien ce qu’il voit.
Le Centre d’Art contemporain Le Portique présente, lui, de nombreuses pièces de l’atelier Van Lieshout autour du voyage. On ne pense pas forcément à cette thématique, plus à des cabinets de curiosité : machines bricolées, un peu gore, étonnantes accumulations d’éléments qui peuvent effrayer, choses assemblées, bricolées et beaux objets. Ma pièce préférée, les scaphandres !

Temps permettant, de Christine Lapostolle

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Temps permettant de Christine Lapostolle est sorti en janvier 2022 aux éditions mf, créées en 2005.
D’abord une esthétique : du presque invisible : une première de couverture gaufrée blanc sur blanc : une fenêtre apparaît en léger volume si on retire la jaquette. Le texte imprimé dans un gris ardoise chic.

Pas un hasard, ce choix puisque, dans le texte, il est fait extrêmement souvent référence à des tons : « Bancs de nuages blancs bêtes » (…)  « le gris d’un grain » (…) « La mer devient suie » (…) « incarnat rosé, vert jaspe » (…) « Quatre gris derrière la grue – un premier gris bleuté, bleusé, bleuisé, » Beaucoup de beaux mots pour parler des couleurs, mots qui existent ou créés. Délicats.

Délicats aussi, des mots inventés : « avrilement tiède » (…) « Le vol des oiseaux se déquadrille » (…) « Une ambulance Europe assistance pimponne » 

Les mots sont des matériaux, évidemment. Au service du texte, un texte discret, sans esbroufe : l’inventaire de choses vues, entendues, d’une fenêtre, toujours la même, à Brest.
On commence en se demandant comment cela peut « tenir » sur un livre entier. On a tort. Cela « tient ». La météo, des passants, de petites scènes sans importance :  » Trois scouts tiennent ensemble une carte dépliée / Le vent leur complique la tâche. », une ambiance visuelle, sonore, odorante, mais aussi des faits précis, nécessaires socialement : « C’est dans ces silos qu’est stocké le vrac alimentaire / – tourteaux de soja, graines de colza -issu de la déforestation des terres lointaines / et qui dans quelques mois repartira là-bas sous forme de viande congelée que personne si le monde allait bien n’aurait envie de manger / Empuantissant / Empuantissement des ports industriels ».

Une ville apparaît à travers un unique cadrage.
Un livre élégant, amoureux des mots.
Christine Lapostolle « s’occupe depuis longtemps de questions d’écriture dans une école d’art. » Elle a déjà publié six livres « entre le témoignage et la fiction ».

Bianca Argimon – Le Portique

Un des dessins de Bianca Argimon au centre régional d’art contemporain, Le Portique, Le Havre, jusqu’au 15 mai 2022.
Du crayon de couleur. De grands formats. Des références à l’histoire de l’art (Uccello, Bosch et sans doute d’autres). Beaucoup à regarder dans ce fourmillement de scènes qui paraissent anodines. Erreur. Qui donnent l’impression de douceur. Erreur.
A voir absolument – surtout en ce moment –

Memoria, le film (2021)

Memoriale dernier film d’ Apichatpong Weerasethakul, est différent des précédents en ce qu’il tourne pour la première fois avec des acteurs professionnels internationalement reconnus. Mais ces acteurs, il les filme comme des inconnus : de loin, sans insister. On pourrait presque ne pas reconnaître Jeanne Balibar, Même Tilda Swinton, le personnage central, Jessica, est prise le plus souvent à une certaine distance.
Première fois également qu’il tourne à l’étranger : en Colombie : Bogota, des rues, une galerie d’art, un auditorium, un restaurant puis dans la montagne, dans un village, dans un tunnel, près d’une rivière. Des lieux où on accompagne Jessica sans savoir pourquoi, sans qu’il y ait une raison explicite. Et ce n’est pas gênant, on est bien avec elle.

Memoria, c’est aussi – ou surtout – une bande-son. Le film commence avec un bruit fort, comme un coup, qui réveille Jessica. Ce son reviendra plusieurs fois, quand elle est seule ou quand elle est avec des personnes qui, elles, ne l’entendent pas. Nous, spectateurs, devenons super-attentifs, écoutons plus, en alerte, entendons de ce fait mieux l’orage, l’eau de la pluie, de la rivière.

Memoria, c’est une lenteur, une longueur des séquences mais qui ne pèse pas. C’est du calme. On ne s’attend à rien, on n’attend rien, on est dedans.

 

Expo : Eric Enjalbert

Bon, ça, c’était le vernissage mais vous pouvez, non, vous devez aller voir ces « petites planètes » : c’est jusqu’au 27.
C’est beau, c’est coloré, c’est stimulant. C’est voyeur un peu aussi, enfin, tout est relatif. Vous pénétrez chez des artistes, bd-istes, marionnettistes, comédiens ou simplement personnes qui travaillent chez elles et pour qui l’intérieur a de l’importance.
C’est format carré, 110 X 110, Cela pourrait être 350 x 350 sans aucune déformation ni perte.
Eric Enjalbert est, rappelons-le, la cheville ouvrière de Rue du Départ : concepteur de ce site-blog, maquettiste de tous nos livres. Un ultra perfectionniste qui fait un super boulot .

Indes Galantes : rattrapage

Indes Galantes, de Philippe Béziat.
Ce documentaire, sorti fin juin 2021, montre la préparation pendant plus d’un an de l’opéra-ballet de jean-Philippe Rameau (1735), présenté à l’Opéra-Bastille douze fois, du 27 septembre au 15 octobre 2019.

Cette production des Indes galantes était l’occasion de nombreuses premières fois :
– première fois qu’une formation baroque était dans la fosse de l’opéra-Bastille : la Cappella Mediterranea avec son si empathique chef d’orchestre, Leonardo Garcia Alcron.
– première fois que Clément Cogitore mettait en scène un opéra. Cet artiste contemporain passé par Le Fresnoy, la Villa Médicis, prix Ricard en 2016, Marcel Duchamp en 2018, est professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris.
– première fois qu’une vingtaine de danseurs urbains se produisaient sur cet immense plateau. Que des danseurs de Voguing, Krump, Flexing, Hip-hop, Waacking, Electro, Popping, Break dance, membres de la troupe Rualité de Bintou Dembélé se mouvaient sur une musique du XVIIIème siècle.
– première fois qu’une soliste ( la soprano Sabine Devieilhe ) appelait à saluer avec elle un danseur de danse urbaine ( Calvin Hunt ).
– première fois que, dans ce lieu, chacune des représentations s’est finie sur une standing ovation.

Le film, comme Les rêves dansants – sur les pas de Pina Bausch de Anne Linsel et Rainer Hoffmann, est totalement bouleversant.
Bouleversant parce que des mondes qui ne se connaissaient pas et avaient peu de chances de se réunir s’apprécient : la compagnie Rualité et le choeur de chambre de Namur admirent chacun les prestations de l’autre, deviennent un groupe de travail cohérent.
Bouleversant, ce joli moment où une des danseuses se surprend à fredonner du Rameau toute la journée, même dans ses parcours à trottinette.
Bouleversante et rigolote, cette indignation de danseurs devant l’erreur de la présentatrice – télé parlant de « Jean-Baptiste Rameau » : « Philippe! Jean-Philippe ! »
Bouleversant comme lorsque Pina Bausch reprenait Kontakthof avec des adolescents de 14 à 16 ans jamais montés sur scène. Parce que des portes s’ouvrent, parce que des savoirs se mêlent, parce que des rencontres culturelles supposées impossibles ont lieu.
Bouleversant, vraiment.

Les Boréales, hier (20-11-2021)

Aux Boréales hier, on parlait danois.

D’abord avec les éditions La Peuplade : Anne Cathrine Bomann pour Agathe, et Johanes Nielsen pour Les collectionneurs d’images (déjà évoqué au cours d’un « faux Chat Bleu », trouvable sur ce blog à la date du 16 mai 2021). L’action du livre de A.C. Bomann se situe en France où elle a vécu un an. Le Nielsen se passe aux îles Féroé où il demeure. A.C. Bomann parle d’un vieux psychanalyste, presque retiré du monde et sa dernière jeune patiente. Nielsen, l’écrivain « taiseux », évoque toute une ville, Torshavn. Le premier texte est intimiste, le deuxième sociétal.

Puis Kim Leine et Mads Peder Nordbo, deux auteurs danois qui ont vécu plusieurs années au Groenland, ont évoqué ce lieu. Mal en point à ce moment-là, ils ont pu y rebondir. L’un, traduit chez Gallimard, écrit des romans hoistoriques, l’autre, des polars chez Actes sud-noir. Deux ambiances, deux temporalités mais ils parlent tous deux du passé colonial, « tyrannie douce », de cette étrange relation où chacun (ex-colon comme ex-colonisé) est retranché dans son ignorance.

Enfin, Björn Larsson était interviewé par Frank Lanot à propos de Le choix de Martin Brenner, chez Grasset, Là, pas de langue étrangère. Larsson parle un français parfait. D’autres langues aussi. Homme du monde ou de no-where, homme de culture qui convoque dans son livre Buber (« Ich und du ») Arendt, Levinas (« L’autre existe, donc je suis »), Modiano ou encore Gary. Le thème du livre : le choix, ses conséquences et le fait qu »‘aucun homme n’est une île ». On est par le regard de l’autre.

Aujourd’hui, d’autres grands moments, dont la venue à 17h 30 de Jon Kalman Stefansson… mais nous n’y serons pas…

Boréales de Normandie

comme chaque année, à Caen, dans l’auditorium du musée, les rencontres littéraires sont un beau et bon moment.
Les 20 et 21 novembre, à partir de 14 h, seront là, entre autres, Joanes Nielsen et Jon Kalman Stefansson.
Les entendre dans leur langue et les comprendre grâce à leurs traducteurs – Eric Boury pour  l’Islandais Stefansson -. Prendre le temps d’écouter une voix, dans une langue qu’on ne comprend pas puis, seulement après, savoir ce qu’elle dit : un luxe extraordinaire.

Samedi 20 : à 14h : Table ronde La Peuplade , maison d’édition québécoise. Avec l’auteur des îles Féroé, Joanes Nielsen dont nous avons évoqué Les collectionneurs d’images au cours d’un Chat Bleu. Venez !

art et livre- livre d’art

C’était en octobre 2020 : une conférence de l’historienne de l’art Camille Paulhan : « En remettre une couche. Une petite histoire artistique des caviardages et des effacements ».
🔎 Mais qu’est-ce que le « caviardage » ?! Le terme, très imagé, renvoie tout d’abord à la censure : caviarder signifiant, dans ce contexte, supprimer par recouvrement à l’encre noire de passages de phrases voire d’articles entiers, interdits par le pouvoir. On doit cette déclinaison du mot « caviar » à l’origine supposée russe de cette pratique qui remonterait à l’époque du tsar Nicolas II…
💡 Au fil du temps , les artistes se sont emparé·e·s de manière poétique, plastique et politique de cette pratique du caviardage, dans le texte et l’image.
✍️ Camille Paulhan nous livrera ses réflexions sur une histoire picturale faites de ces effacements et recouvrements, interrogeant, davantage qu’en réalisant une étude exhaustive de ces pratiques, notre rapport aux images et notre façon de regarder les œuvres.
Et je pense forcément à Lucien Suel.
Et je crois que le livre de Camille Paulhan est à lire