Arno Bertina – 2)

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Arno Bertina et Florence Aubenas , le 10 septembre, à La Manufacture des Idées. C’est sur Youtube. Autour de littérature / enquête / journalisme, « aux prises avec le réel » :

Quelques phrases d’Arno Bertina qui permettent de comprendre le pourquoi et le comment de son travail :
– «  Ce qui pousse à faire ce type de livres, » c’est qu' »il y a des moments où la vie est humiliée. La littérature parvient à répondre à cette humiliation-là. (…) C’est là pour redresser la vie quand elle est humiliée. (…)  La littérature est contre ma propre colère. Ecrire, c’est essayer d’être toujours plus malin »

– « La littérature, c’est une espèce de passion pour ce qui se passe à l’intérieur d’une phrase. La littérature, la création artistique en général, c’est remettre du mystère. »

–  » Il est facile de raconter des histoires. Il est plus difficile de les habiter vraiment. Si, par exemple, vous voulez raconter une histoire d’amour, il y a à la connecter avec votre propre mélancolie. »

– « J’écris par claustrophobie » (…) « pour me démultiplier, pour essayer d’atteindre le fou qui est en moi, que je censure tout le temps. »

Arno Bertina – Le Havre – création Le Volcan

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Arno Bertina vient au Havre en novembre pour l’adaptation au théâtre par Anne-Laure Liégeois de Des châteaux qui brûlent.

Voilà quelques uns de ses écrits pour vous y préparer. Des écrits engagés, pleins d’empathie pour les « vraies personnes » que sont ses personnages : ouvriers en train de perdre leur emploi, femmes exploitées, habitants de banlieue… Des « romans » mais en fait, bien plus que ça, des prises de position.

ses derniers textes :

  • Des Lions comme des danseuses, Éditions de la Contre-allée, 2015
  • Des châteaux qui brûlent, Verticales, 2017 ; rééd. collection Folio, 2019.
  • L’Âge de la première passe, Verticales, 2020.
  • Ceux qui trop supportent, Verticales, 2021 (Prix du meilleur ouvrage sur le monde du travail 2022).
Photographies
Quelques uns de ses livres en collaboration :
– C’est quoi ce pays, Joca Seria, 2018.
– Boulevard de Yougoslavie, avec Mathieu Larnaudie et Olivier Rohe, éditions Inculte, 2021

le dessin effacé de de Kooning, oeuvre de Rauschenberg

Superbe émission ce jour, 25 août, de 11h à 12h, de Jean de Loisy, sur France Culture
à propos d’un travail de Rauschenberg de 1953 :

un été au Havre :

Un été au Havre, c’est aussi de la musique :
le conservatoire Arthur Honegger a invité des musiciens : cette semaine (la dernière), c’est :

[LES RENDEZ-VOUS D’ARTHUR DE L’ETE]
🗓 Du 23 août au 28 août, en entrée libre
UTOPIA
Pierre GRIMOPONT (trompette)
Pierrick CHEVALIER (trompette)
Vincent PORTILLA (trompette, bugle)
Pascal RIEGEL (alto)
Christophe LION (trombone)
Antoine HERFROY (tuba)
SEXTUOR DE CUIVRES
📍 Mardi 18 h > La Fabrique Atrium
📍 Mercredi 18 h > LH Port Center
📍 Jeudi 18 h > Abbaye de Graville
📍 Vendredi 18 h > Salle Émergence
📍 Samedi 15 h > Le Tetris

📍 Dimanche 11 h > La maison de l’Été

La semaine dernière, c’était A Ricuccataun groupe vocal de cinq hommes interprètes de chants polyphoniques corses (et pas que). Superbe !
Seul bémol : la difficulté qu’a le public avec le silence : à peine, la dernière note chantée, éclatent les applaudissements. C’est sympa, ça part d’un bon sentiment.
MAIS
Le silence fait partie du morceau.
– le mot « morceau » n’est pas joli ; on peut le remplacer par « pièce » mais ça fait quand même toujours boucherie…- : essayons : le silence fait partie de la pièce.
Bref, Emmanuèle Dubost, du conservatoire de Massy, le disait à Pirouésie et, bon sang, ça se sent !

Livres – melting-pot

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  • D’abord, le retour de Nelly D sur sa Pièce UniqueDes hommes impurs de M. Mbougar  Sarr : « Une belle découverte. Entre Camus et Ionesco, des personnages forts. Hantés par leurs désirs. Un Sénégal mystérieux. Un roman brûlant. Une inquisition moderne. La pointe d’humour de tes « haïkus » ( heu….pseudo… – note de l’auteur – ) vient souvent ruiner la grandiloquence des discours et pointer la vanité. Ou créer des mises en perspectives insolites ou saisissantes (avec l’Ukraine en particulier). » 
  •  Ensuite, de bonnes adresses : à Cherbourg .
    Deux librairies se sont faites belles. Elles l’étaient déjà, chacune à leur façon mais l’une vient de changer de quartier, et l’autre a une nouvelle déco.
    – Les schistes bleus sont maintenant installés 19 place Henri Gréville qui, avec son gros palmier, est étonnante. Les libraires en ont fait leur emblème. Librairie généraliste avec un gros rayon jeunesse, le lieu est accueillant, avec un jardin et un salon de thé cosy aux couleurs douces, reposantes. Ce samedi 30 juillet, à 16 h, Xavière Gauthier vient dédicacer son nouveau livre : On les appelait pétroleuses. Puis ce seront les vacances pour les libraires jusqu’au 15 août.
  • Librairie Ryst, une institution, place des Halles. Hyper achalandée, vous devez pouvoir trouver tout ce que vous cherchez. L’atmosphère y est devenue plus « boisée », plus blonde, plus feutrée.
    – Le bouquiniste Rémy Yon qui était installé à Pirou Plage est maintenant 49 rue Maréchal Foch à Cherbourg, en plein coeur de ville. Pour le moment, tous les cartons ne sont pas déballés mais il y a déjà beaucoup à voir : livres, revues, gravures. Une machine à relier « antique » devrait bientôt prendre place dans la vitrine. Rémy Yon continue de s’occuper du salon du livre ancien qui aura lieu du 10 au 14 août à Pirou-Plage.
    Si les livres vous intéressent moyennement et que vous en avez assez de la plage et du soleil plombant, vous pouvez aussi trouver refuge dans les 5 salles du cinéma Art et essai CGR  et au Centre d’art et d’édition photographique Le Point du Jour
    En ce moment, jusqu’au 2 octobre : Prisons de Maxence Rifflet.

musée de la corderie Vallois

Un très bel endroit,
Notre-Dame de Bondeville, près de Rouen
Le long de la Cailly, rivière sans laquelle rien n’aurait été possible.
Une usine du XIXème siècle
Devenue patrimoine industriel.
Où ont lieu des expositions.
Cette fois, Sheila Hicks, venue travailler sur place pour quelques pièces. D’autres prêtées par le centre Pompidou.
Elle y revient fin août.

La nuit du 12

le film de Dominik Moll, avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners dans les rôles principaux est une MERVEILLE.
Une MERVEILLE parce que, oui, ces deux acteurs sont excellents mais, en fait, tout le monde dans La nuit du 12 est excellent : les parents de la victime, sa meilleure amie, les possibles coupables et les enquêteurs. Tous du plus petit au plus grand rôle.
Une MERVEILLE au niveau de la bande-son : musique originale d’Olivier Marguerit. Remarquables, les très belles plages sonores lorsque le policier fait ses tours sur la piste du vélodrome.
Une MERVEILLE dans le nouage du dramatique –  l’horrible fait divers – , et de l’humour – les temps de pose dans la vie des policiers.
Une MERVEILLE sur le plan sociologique : les problèmes de la fonction publique, la photocopieuse qui ne fonctionne pas, le manque de moyens pour une surveillance,  le « on écrit des rapports, des rapports, des rapports. On combat le mal en rédigeant des rapports » que constate Marceau, joué par Bouli Lanners…
Et surtout une MERVEILLE  dans le propos :  » Vous voulez savoir pourquoi elle s’est fait tuer ? Moi  j’sais bien, j’vais vous dire, c’est parce que c’est une fille ! » dit la meilleure copine dans une scène qui fait très Hopper : elle et le responsable de l’enquête assis dans le restau routier où elle travaille, sur des banquettes, devant de grandes baies vitrées. Un propos sur les femmes et leur corps. La majorité des hommes, anciens amants comme inspecteurs, insistent sur le fait que la victime « n’était pas une fille compliquée »… Le film travaille sur ce que les femmes peuvent ou pas faire sans que ce soit sujet à punition, montre qu’il y a  besoin de rappeler que c’est elle qui est morte, pas elle qu’on doit juger par un « elle l’a bien cherché »
Une MERVEILLE, on vous dit !

Annonces :

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Les dates prévues du Chat Bleu cet automne sont : les jeudis 15 septembre, 13 octobre, 17 novembre.

Avis d’une lectrice de Bout portant : « Les remarques des « vieux » sont pleines de bon sens ! On l’imagine bien en film… »

L’image est d’Anna Muller, photographe plasticienne.

Rien à voir avec les infos précédentes mais un coup de coeur et un lien éventuel avec la vie que proposent certains états aux femmes en ce moment : en bocal, enfermées dans le fondamentalisme…

Un été au Havre 2022 a commencé

Petit retour en arrière :
une autre année d’Un été au Havre,
l’oeuvre d’une diplômée de l’école d’art et du master de création littéraire, Alice Baude.
On l’avait rencontrée lors d’un atelier d’écriture sur sa pièce.
ça avait donné ça :

« LE LIQUIDE POUR SEUL REEL ».

Pas sûre encore de comprendre le sens. Juste sûre d’aimer la pièce, le contraste de la dureté du matériau, du choix du graphisme des lettres – le tranchant du « E » par exemple -, du brillant de l’écrit sur le sombre de l’eau, sur sa mouvance. Evidence des mots dans un endroit où ils n’ont rien à faire. Invisibilité de la technique. Elle bouge peut-être mais elle ne dérive pas. Elle flotte mais des vaguelettes passent dessus, irrégulières, forment plus ou moins des lignes, des rides, un court temps, s’en vont, disparaissent complètement, laissent le « U », le « L », lisses, argentés, nus, puis d’autres viennent, un peu ailleurs, un peu autres.
Donc,
un côté sec sur le mouillé,
un côté sûr sur l’instable,
un côté plat sur une profondeur.
Quelque chose de fort même si le sens, éventuellement, échappe.

Cette année, une girouette sorcière, un skater fou et une baleine échouée, entre autres,  nous attendent dans la ville. Du figuratif. Un clin d’oeil au passant qui se demande s’il voit bien ce qu’il voit.
Le Centre d’Art contemporain Le Portique présente, lui, de nombreuses pièces de l’atelier Van Lieshout autour du voyage. On ne pense pas forcément à cette thématique, plus à des cabinets de curiosité : machines bricolées, un peu gore, étonnantes accumulations d’éléments qui peuvent effrayer, choses assemblées, bricolées et beaux objets. Ma pièce préférée, les scaphandres !

Temps permettant, de Christine Lapostolle

Temps permettant de Christine Lapostolle est sorti en janvier 2022 aux éditions mf, créées en 2005.
D’abord une esthétique : du presque invisible : une première de couverture gaufrée blanc sur blanc : une fenêtre apparaît en léger volume si on retire la jaquette. Le texte imprimé dans un gris ardoise chic.

Pas un hasard, ce choix puisque, dans le texte, il est fait extrêmement souvent référence à des tons : « Bancs de nuages blancs bêtes » (…)  « le gris d’un grain » (…) « La mer devient suie » (…) « incarnat rosé, vert jaspe » (…) « Quatre gris derrière la grue – un premier gris bleuté, bleusé, bleuisé, » Beaucoup de beaux mots pour parler des couleurs, mots qui existent ou créés. Délicats.

Délicats aussi, des mots inventés : « avrilement tiède » (…) « Le vol des oiseaux se déquadrille » (…) « Une ambulance Europe assistance pimponne » 

Les mots sont des matériaux, évidemment. Au service du texte, un texte discret, sans esbroufe : l’inventaire de choses vues, entendues, d’une fenêtre, toujours la même, à Brest.
On commence en se demandant comment cela peut « tenir » sur un livre entier. On a tort. Cela « tient ». La météo, des passants, de petites scènes sans importance :  » Trois scouts tiennent ensemble une carte dépliée / Le vent leur complique la tâche. », une ambiance visuelle, sonore, odorante, mais aussi des faits précis, nécessaires socialement : « C’est dans ces silos qu’est stocké le vrac alimentaire / – tourteaux de soja, graines de colza -issu de la déforestation des terres lointaines / et qui dans quelques mois repartira là-bas sous forme de viande congelée que personne si le monde allait bien n’aurait envie de manger / Empuantissant / Empuantissement des ports industriels ».

Une ville apparaît à travers un unique cadrage.
Un livre élégant, amoureux des mots.
Christine Lapostolle « s’occupe depuis longtemps de questions d’écriture dans une école d’art. » Elle a déjà publié six livres « entre le témoignage et la fiction ».