« Le Havre aux livres » et nous

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Ils y sont.
Nous y sommes.
Même le dimanche.
Jusqu’à la fin de décembre

Pour vous,
Pour vos cadeaux.
Rue du Départ offre un joli carnet-livre à tout acheteur, dans la boutique, de deux livres dont UN Rue du Départ : qu’on se le dise, qu’on en profite.

Le Havre aux livres
67 rue Bernardin de St Pierre
76600 Le Havre

« Le Havre aux livres » et Rue du Départ

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Le Havre aux Livres est un collectif de 5 éditeurs normands qui ont envie de présenter des projets innovants pour partager leur passion et leur savoir-faire. De rencontres professionnelles en amitiés, ainsi est née la boutique éphémère.

Ce collectif s’est installé, pour deux mois, jusqu’aux fêtes de fin d’année :
67 rue Bernardin de Saint-Pierre (rue piétonne)
76600 Le Havre
Ils sont arrivés juste avant le début du 2ème confinement….
et sont réduits au « clique et collecte » jusqu’à nouvel ordre.

Pourtant, très gentiment, ils ont proposé à d’autres maisons d’édition, dont Rue du Départ, de les rejoindre. Et c’est fait : vous pouvez trouver nos livres à la boutique éphémère. De Pile et face à Un peu de lune.

Chat Bleu : octobre 2020 -2)

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avec un peu de retard… mais le mois de novembre étant, malheureusement, sans possibilité de Chat Bleu… on a pris son temps…

on a évoqué aussi :
– Le crépuscule et l’aube de Ken Follett, édition R. Laffont, 2020 . Un quatrième tome à lire avant Les piliers de la terre. On est en l’an mille, dans un village, en Angleterre et c’est l’arrivée de Vikings.
– Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers, Grasset, 2020 : une femme cherche à se réapproprier son corps, va dans un salon de massage et de thé japonais dans Paris. Elle y découvre entre autres le Japon.
Le discours de Fabrice Caro, 2018 : » un livre drôle, émouvant aussi » : un homme, le temps d’un repas familial, parle.
Buveurs de vent de Franck Bouysse, Albin Michel, 2020 : « une belle écriture et un univers très noir. » Dans une vallée imaginaire, une personne domine toutes les vies.
– Nos espérances d’Anna Hope, traduit par Elodie Leplat, Gallimard 2020 : trois copines en fac vers 1995 se retrouvent en 2010. Ce qu’elles sont devenues.
Les disparus de Daniel Mendelssohn, traduit par Pierre Guglielmina, 2007 Flammarion. Prix Médicis étranger, maintenant en J’ai Lu. Mendelssohn enquête sur sa famille juive. « Une merveille. »
Une mort très douce de Simone de Beauvoir, en Folio : » un très joli livre » de 1964, « pas du tout triste », sur la fin de sa mère.
– Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, chez POL et en Folio. Prix des lycéens et prix du livre Inter. Dans un ancien pensionnat, des marginaux vivent ensemble, forment une sorte de secte. Ils ont un discours sur l’amour, l’accueil. Tout bascule quand un migrant arrive.
– Le dernier des branleurs de Vincent Mondiot, Actes Sud Junior, 2020 : ce n’est pas drôle d’être un ado…
– L’espion et le traître de Ben Macintyre, traduit par Henri Bernard, Pocket, 2020 : l’histoire vraie d’un agent double dans les années 1970. Oleg Gurlievski vit encore en Grande Bretagne. John Le Carré a adoré, dit-on.
– Le bonheur, sa dent, douce à la mort de Barbara Cassin, Fayard 2020 : son autobiographie philosophique : une femme « d’une liberté absolue ».

On a reparlé de :
– Le répondeur  de Luc Blanvillain, édition Quidam, 2020 : « Un livre vraiment drôle, qui fait du bien en ce moment ! »
– D’un cheval l’autre de Bartabas, Gallimard, 2020 : » un beau livre sur les chevaux », les humains, leurs rapports.

A quand le prochain Chat Bleu ? Grande question ! On avait imaginé qu’en décembre, ce serait le 10.
On vous tient au courant.
Prenez soin de vous !

Chat Bleu : octobre 2020 – 1)

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Dur de choisir entre
un rouge : Montagne Saint Emilion avec « pas mal de caractère », au tanin présent mais soyeux
et
un rosé : d’hiver, grain de glace, vendangé de nuit pour conserver les arômes !

Dur mais on a bien vu que personne n’était perdant !

Et nous voilà partis pour :

  L’Islande avec La fenêtre au sud de Gurdir Eliasson, aux éditions québécoises La Peuplade, traduit par Catherine Eyjolfsson, 2020. Un écrivain, seul pendant quatre saisons dans une maison prêtée au bord de la mer, a du mal à travailler : (p 19) « Je tâte le clavier d’une main hésitante, cherchant à retrouver les mots. Mes personnages sont restés tout ce temps à l’hôtel de montagne, sans bouger. Ils sont couchés tous deux, immobiles comme des morts. Je martèle des mots à la machine : REVEILLEZ-VOUS. Ils ne bronchent pas. »
Il marche beaucoup, ne parle à personne ou presque.
Ce livre, c’est une ambiance : (p104) «  La montagne est de plus en plus rarement visible. Les brouillards d’automne s’y sont posés et, certains jours, c’est tout juste si je peux voir quoi que ce soit par la fenêtre. Derrière ce gris camouflage, se cache la mer, grise elle aussi. »
Vladivostok et Oulan-Oude avec Vladivostok Circus d’Elisa Shua Dusapin, éditions Zoé, 2020. C’est le 3ème roman de cette auteure. Chaque fois, une jeune femme dit « je ». Chaque fois, pourtant, c’est un personnage un peu » opaque ». Chaque fois, l’action est infime. Et, bizarrement, c’est ce qui est attirant. Cette fois, le personnage est une costumière venue travailler pour un trio à la barre russe, dans un cirque. (p34) : » Au coeur de la piste, enroulée sur elle-même, la tête sous le ventre, la femme fait onduler ses membres comme une anémone de mer. »
L’Europe des années 1940 avec La décision de Brandes du Catalan Eduard Marquez, paru aux éditions do en 2017, dans une traduction d’Edmond Raillard. Marquez parle d’Histoire et d’Histoire de l’art, de Cranach à « l’art dégénéré », à travers l’histoire intime d’un peintre. La fin est un baume contre le mépris.

Un Philip K. Dick : P U N° 112

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Siva  de Philip K. Dick, paru aux USA en 1980 et chez Denoël en 1981 est un texte EXTRAORDINAIRE !
Ecrit deux ans avant sa mort, Siva n’est ni essai, ni roman, ni autobiographie. Ou est un peu tout ça.
C’est sa dernière période, très controversée par les puristes de la S F. Il y parle de la transcendance et de lui. C’est totalement fou, personnel  et super intelligent.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus : Occupé à essayer de tuer, il se souciait uniquement de la méthode.
– S’en branle un crétin, de l’orthographe d’oxymoron.
– La cervelle consommée provoqua chez lui une colère acide.
– Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de trous dans les hommes pour dégager la vérité… ?
– Le monde était en réanimation. Personne ne savait cela.
– Le déterminisme est cassé. Une petite vieille brise l’Empire.
– Un sein a une vie et s’en rend compte.

Cette Pièce Unique sera offerte à Elodie Boyer, des très belles éditions Non Standard.  Elle va se demander ce qui lui arrive, elle qui propose des livres si graphiques.
Elle fait d’ailleurs partie de la Saison Graphique 2020, au THV jusqu’au 31 octobre.

Un Silvio d’arzo : P U N° 111

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Maison des autres est la Pièce Unique N° 111. C’ est un court texte de l’Italien Silvio d’arzo (1920-1952), paru en France aux éditions Verdier. Il est suivi d’un texte encore plus court : Un moment comme ça.
Dans les deux, un homme parle, un curé ou un instituteur.
Le curé de Maison des autres est assez âgé. Il vit dans un petit village de montagne et le climat est rude. Une très vieille et pauvre femme lui pose une question.
L’instituteur de Un moment comme ça aide un homme qu’il n’apprécie pas et découvre avec lui quelque chose de grave.
Silvio d’arzo suggère plus qu’il ne dit. Il nous met sur la piste, à nous de compléter. C’est ténu mais important.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
Le garçon n’était pas homme ;  le fait est, pas homme.
– Au canal, elle se mit à laver les pluies.
– Il suffisait d’un souffle pour être moins mort.
– Je suis venue au mariage faire oui de la tête.
– S’en aller de biais et réussir à trouver un train.
– Chaque soir, j’apprenais à coudre un vieux. Quand commençait l’agonie, on cousait les mains.

La Pièce Unique N° 111 est offerte aux co-gérantes des éditions Verdier. On les aime pour leur collection russe, pour les Pierre Michon, le Anne Pauly et le Camille de Toledo.

Chat Bleu : septembre 2020 – 2)

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Nous avons aussi parlé de :
– Aires de Marcus Malte, éditions Zulma : constitué de types de textes différents. Une novlangue  et un monde nouveau. Des personnages sur des aires d’autoroutes : monsieur et madame tout le monde (un divorcé, une serveuse, un vieux couple, un lanceur d’alerte, etc) qui représentent l’humanité d’autrefois, la nôtre.
– L’art de perdre d’Alice Zeniter, maintenant en poche. Prix Le Monde et Prix des Libraires de Nancy. Nous en avions déjà parlé et étions unanimes : « Très joli et rare, puisque vu du côté des Harkis ».
– Le bal des folles 
de Victoria Mas, chez Albin Michel : Prix Renaudot et Prix des lycéens 2019 : « intéressant sur l’histoire de la Salpêtrière, lorsque Charcot soigne les hystériques » . Une fois par an, un bal avait lieu et la gentry parisienne venait en voyeuse.,
– L’empreinte de Marzano Lesnevich, éditions Sonatine : grand Prix des Lectrices de Elle et Prix du Livre étranger 2019 : un récit autobiographique et documentaire traduit par Héloïse Esquié. L’affaire d’un tueur se mêle à un secret de famille de l’auteure, aussi avocate.
Le miroir de nos peines de Pierre Lemaitre chez Albin Michel : la fin de sa trilogie. Un cadre historique très sérieux et de beaux personnages secondaires. Toujours ce côté feuilleton, foisonnant, qui marche très bien, « mieux que dans le deuxième » pour certaines.
 Là où chantent les écrevisses, premier roman de Delia Owens, au Seuil. Traduction de Marc Amfreville. L’histoire, en Caroline du Nord, de la « fille des marais »Un beau texte sur la nature : la végétation, les oiseaux.
Quand reviennent les âmes errantes de François Cheng, éditions Albin Michel , 2012. Ressorti en 2020, le poème final est recomposé. Légende d’un trio amoureux, platonique dans la Chine ancienne.
– La femme qui fuit, de la Québécoise Anaïs Barbeau Lavalette : une femme s’adresse à sa grand-mère, artiste, qui fréquentait des artistes d’avant-garde dans les années 1940-1970 et considérait le lien familial comme aliénant.

– Enfin, un essai tout juste paru :
Dix attentats qui ont changé le monde, de Cyrille Bret, éditions Armand Colin.
Cyrille Bret est haut-fonctionnaire, maître de conférence à sciences- po. Il écrit pour Slate.fr et travaille sur le terrorisme. Ce livre porte sur ses conséquences, les « effets de terreur ». Il y analyse des attentats survenus en Europe mais aussi au Cachemire ou en Afrique et dissipe trois illusions :il n’y a pas que le terrorisme djihadiste, pas que le terrorisme clandestin et ce n’est pas la seule violence du XXIème siècle.

Si tout se passe bien…, Le Chat Bleu nous recevra les jeudis 8 octobre, 12 novembre, 10 décembre.

PRENEZ SOIN DE VOUS !

Chat Bleu : septembre 2020- 1)

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Heureux de se retrouver, même en assez petit comité, et de partager vins et livres !

Nsenga nous a fait goûter des produits de l’île d’Oléron, du Domaine Faure qui fait du cognac et des vins en agriculture biologique : en blanc, un Grain Marin, fruité et en rouge, le Louvois, rond en bouche, tous deux passés quelques mois en fût de bois.

Nous avons parlé de :
– Hollywood, ville mirage  de Joseph Kessel, reportage paru en 1936, éditions du Sonneur, 2020. Kessel livre une vue très critique et originale de la Mecque du cinéma, des logiques de production des 900 films par an d’alors.
– Patagonie route 203 de Eduardo Fernando Varela, éditions Métailié, 2020. Un premier roman, traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry. Une histoire de camionneur sur des routes toutes droites et sans fin. Il rencontre une femme, l’emmène. C’est un peu fou, poétique. Cela parle de solitude, de la relation amoureuse.
– Sang chaud de Kim Un-Su, paru en 2010 en Corée du Sud, en 2020 en France aux éditions Matin calme. Traduction de Kyungran Choi et Lise Charrin. Un roman noir, presque sociologique de la mafia du pays, des affaires de petits malfrats. Très visuel, plutôt violent, un peu à la manière des cartoons quelques fois.

 

Un Gabriel Garcia Marquez : P U N° 110

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La Pièce Unique N° 110 est De l’amour et autres démons, paru en 1995 dans une traduction de Annie Morvan.
Garcia Marquez (1928-2014), prix Nobel de littérature en 1982, est connu pour le « réalisme magique » que l’on retrouve ici.
Au  XVIII ème siècle, sur la côte caribéenne de la Colombie, maîtres et esclaves se mêlent. La rage est là. L’Inquisition n’est pas loin. La bêtise non plus. Les sentiments sont exacerbés. Une belle enfant de douze ans, Sierva Maria, en paie le prix.

 

 

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Un ventre pouvait toucher.
– l’obscurité devint folle, déguisée en dents.
– Elle cachait des vaches mi-mars, et l’iguane les mois de canicule.
– Trois étages de pierre, trois étages d’emmurées.
– Connaître la fin de tous les livres, en informer l’évêque.
– La mort s’enferme et un cadavre sort.
– Une femme inconsolable, la nuit tombée, était retournée sous l’oreiller.

On offre cette Pièce Unique à Veronica B – P, l’amie colombienne, pleine de fougue et d’enthousiasme dans tout ce qu’elle entreprend.

Un Tibor Déry : P U N° 109

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La Pièce Unique N° 109 est, aux éditions Circé, Niki L’histoire d’un chien, de Tibor Déry.

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Tibor Déry (1894-1977), aussi scénariste et traducteur, a été exclu du Parti Communiste  en 1953 et emprisonné jusqu’en 1960 pour avoir participé à la révolution de 1956 en Hongrie.
Le roman a été traduit par Ladislas Gara (1904-1966), alias Imre Laszlo, un grand passeur de textes hongrois, apatride, ayant vécu en France dès 1924.

Niki L’histoire d’un chien est bien plus que cela. C’est l’histoire de la Hongrie entre 1948 et 1955, à travers un couple, monsieur et madame Ancsa, les maîtres de Niki, mais pas de leur vie.
C’est un livre attachant, comme le chien.

Voilà quelques Poèmes Express nés de ce livre :
Lécher les lèvres d’un tigre. Apprendre – finir par apprendre.
– La souplesse connut la laisse.
– Détruire 
l’ancien. L’ouvrir pour voir.
– A l’étroit dans sa jeunesse, le corps vous déchire.
– Afficher un air stupide et prendre un homme ou deux.
– Le bec des poules s’élargit sur un petit cri pourpre.

La P U N° 109 est offerte à Valérie Barbe, libraire à Caen, au Brouillon de culture. Rencontrée lors de salons à Livre Paris, Epoque ou Boréales de Normandie, on la sait aussi très « branchée animaux ». Bon, plus chats que chiens, mais…

Un Sigrid Undset : P U N° 108

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La Pièce Unique N° 108 est Vigdis la farouche, paru en Norvège en 1909, traduit en 1954 chez Stock par « madame Metzger » (rigolo, non ? Cette femme, traductrice aussi de Selma Lagerlöf, Karen Blixen, se prénomme Marthe)

Sigrid Undset (1882-1949) a reçu le prix Nobel en 1928. Ses livres se partagent entre romans contemporains et romans historiques. Vigdis la farouche fait partie de ces derniers. On est au Moyen-Age, entre Norvège et Islande, entre christianisme et paganisme. L’amour-haine qui lie Vigdis et Ljot s’étire sur une vingtaine d’années.

Voilà quelques Poèmes Express sortis de Vigdis la farouche :
On apporta alors la nuit. Elle paraît avoir besoin d’un toit.
– S’il demande mon amitié, je lui arracherai les dents.
– Mains de glace, genoux de neige, sueur blanche.
– J’ai éprouvé un chagrin brodé.
– La neige cessa. Elle ne sera plus jamais évoquée.
– La main saisit la main et la main rougit la joue.
– Il sauta à l’eau avec les Ecossais qu’on lançait sur eux.

Le livre est envoyé à  Eric Boury, le super traducteur de l’islandais qui nous a permis de lire Arnaldur Indridason comme l’extraordinaire Jon Kalman Stefansson.

 

« le patrimoine à ma sauce « 2) avec Isabelle Letélié

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L’écrivaine et journaliste Isabelle Letélié a proposé , cet été, trois sessions d’ateliers d’écriture en lien avec le patrimoine du Havre. Avec les écrivants, elle a 1) arpenté St François, 2) visité la cathédrale et 3) St Joseph.
Voilà un des résultats de l’atelier 2) de genre fantastique :

                                                  Palissandre
Un manchot*. Dans un sous-sol ou une mine ou dans le ventre d’une salle des machines. De la vapeur. Des hommes, beaucoup, s’activent. Et ce manchot qui ne fait rien, qui les fixe, comme un commandeur. De l’eau, beaucoup, à flots, qui monte, monte. Le manchot n’est plus là. Il n’a peut-être pas pu nager. Il est peut-être sous ces tonnes d’eau. Du feu aussi, du feu et des soldats, du feu et de l’eau. Des soldats dans l’eau. Des soldats, mais absents : sous l’eau ? Le manchot surgit, Neptune mais un seul bras et une gueule, une vraie gueule. Tout est accéléré, comme 24 images/ seconde qui passeraient en 72. Tout est muet. Non, tout était muet. Maintenant, sur le feu, l’eau, le manchot, il y a ce bruit, ce grincement, comme si on traînait du métal sur un sol grumeleux et ça s’impose, ça devient de plus en plus fort. A crier.
Ca sonne, ça grince, ça frotte. C’est froid, c’est sombre. Je ne comprends pas. Le son s’allonge, fluctue, fort, étouffé, inquiétant, comme si… comme si c’était…. je ne sais pas. J’ai l’impression que je connais ce bruit mais à chaque fois que je crois l’identifier, les mots me fuient. Les mots fuient mais la sensation reste : désagréable, bien plus que ça : épouvantable. Oui, c’est ça, je sens l’épouvante qui monte. Le son continue et l’horreur monte. Je n’ai jamais vécu cette montée ni la sensation qu’elle ne peut pas s’arrêter. Sensation atroce. Ça grince, c’est sombre, j’ai froid. Il n’y a personne que moi, ici. Il est tard. Il fait presque nuit. Et puis, ce son, à rendre fou.
Face à ce panneau de palissandre, celui-là. C’est devant celui-là que ça a commencé. Rien devant les onze autres. Ce panneau qui provient de la chapelle du paquebot Normandie*. Le plus luxueux paquebot de l’histoire de la navigation française, « Ruban bleu », le seul de France. Enorme, décoré par les plus grands : Lalique, Dunand, Ruhlmann et ces bas-reliefs de Le Bourgeois*. Les années 30 en majesté. Une courte exploitation, quatre ans de vie et deux moments de mort, au moins deux. Deux morts et mon père a assisté à l’une d’elles. Il était là en 1942, quand le feu a pris. Il travaillait. Il n’y avait presque plus rien à enlever du décor pour faire de tout ce luxe un vulgaire transport de troupes. Une étincelle minuscule et des tonnes d’eau pour tenter de réparer, réparer quoi ? l’irréparable.
Et moi, le petit Américain, plus de cinquante après, je me retrouve, touriste bête, dans cette ville-port, devant ce panneau et ça crie, ça hurle.
Je ne savais rien de ces objets dispersés dans des musées, des collections, une cathédrale.
Je ne savais pas non plus que l’un d’eux me « parlerait ».
                                                      ……………………
* : Blaise Cendrars a voyagé sur le Normandie (et aussi Mohamed V, Douglas Fairbanks, Marlène Dietrich).
* : Le Normandie a effectué 140 traversées entre Le Havre et New York de 1935 à 1939. Elles se faisaient en 4 jours, avec plus de 1300 membres d’équipage et jusqu’à 1971 passagers.
Fin 1941, il a été réquisitionné par les USA et rebaptisé USS Lafayette pour devenir transport de troupes. Le 9 février 1942, 3 000 hommes travaillent à bord et un incendie éclate. 6 000 tonnes d’eau sont déversées par les pompiers et il chavire. Il ne reflotte que fin octobre 1943, est vendu pour démolition en octobre 1946 et démoli de janvier à octobre 1947.
* : Le sculpteur Gaston Le Bourgeois (1880-1946) a créé le Chemin de Croix de la chapelle du bateau, maintenant installé dans la cathédrale du Havre.

« Anachroniques »

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SOUSCRIPTION

La lune, les laitues et moi.

Anachroniques d’un maraîcher

Clément Lechartier

Illustrations et maquette Eric Enjalbert

Un maraîcher revient sur ses dix dernières années de pratique au sein d’une Amap de la ville du Havre. En une cinquantaine de chroniques, il nous raconte son cheminement pour résoudre les problèmes concrets qui se posent dans la production bio, et son questionnement sur une agriculture paysanne. Mais son texte va bien au-delà. Clément le maraîcher cultive l’humour et les panais, la poésie et les laitues, la tendresse pour les patates qui germent, la sagesse de l’installation perpétuelle.

« Pour marcher droit, accroche ta charrue à une étoile. » dit un proverbe chinois. C’est ce que fait Clément. Et dès lors, ses légumes prennent une autre saveur. Un livre à consommer sans modération.

En souscription jusqu’au 15 septembre 2020 : 10 euros.

Prix de vente après le 15/09 : 13 euros

Chèque à l’ordre de : association La buse du Tôt, à envoyer à l’adresse du siège de l’association, avec vos coordonnées : La Buse du Tôt/Clément Lechartier, 36 Hameau du Tôt, 76280 Gonneville-la-Mallet, ou en espèces auprès d’un des membres de l’association.

Sortie prévue en septembre 2020.

 

Chat Bleu, le retour 3) juin-juillet 2020 :

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Mais nous n’avons pas évoqué que ces livres-là : voilà, dans le complet désordre :

 

  • Le bal des folles de Victoria Mas : premier livre, plus ou moins documentaire sur l’hystérie au 19 ème siècle, « qui manque d’empathie ».

L’abattoir de verre de J. M. Coetzee, traduction de Georges Lory : sept nouvelles avec le personnage, déjà évoqué dans un précédent roman, d’Elizabeth Costello.

  • Les larmes noires sur la terre de Sandrine Colette : « fort ! »
  • Le mystère de la chambre 622 de Joe Dickers : aimé par une et pas par une autre.
  • Ceux qui partent de Jeanne Benameur, Actes Sud, sur l’exil, la migration : « Cette auteure, c’est toujours bien »
  • Dé mem brer de Joyce Carol Oates, traduit par Christine Auché, éditions Philippe Rey, 2020 : sept nouvelles « gothiques », avec des femmes . D’elle aussi, on dit : « Oates, c’est toujours bien. »
  • Vache tachetée et concombre fugitif : compilation d’articles, de chroniques, de récits d’Octave Mirbeau (1848-1917), collection » l’exhumérante », éditions L’arbre vengeur.
  • Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin McArthur, traduction de France Camus-Pichon, Albin Michel, 2019 : un premier roman après un recueil de nouvelles : on est dans le Vermont, de 1848 à 1996.
  • des histoires d’épidémie… tiens donc !…: En un monde parfait de Laura Kasischke, traduit par Eric Chedaille, en Folio en 2020. L’aveuglement de José Saramago, traduit par Geneviève Leibrich, 2000, Points. La quarantaine de Le Clezio, 1997, Folio.
  • Le tiers-temps de Maylis Besserie, éditions Gallimard 2020 : le premier roman de cette productrice à France-Culture : les derniers mois imaginés de Samuel Beckett dans la maison de retraite parisienne nommée Le Tiers Temps où il a réellement fini ses jours.
  •  Et puis, on est revenus sur des livres déjà évoqués et beaucoup aimés :  de Rodolphe Barry, chez Finitude : Honorer la fureur, de Joseph O’Connor : Le bal des ombres. L’ordre du jour d’Eric Vuillard : « ouah ! »

Enfin, des classiques que le confinement nous a donné envie de relire : La peste d’Albert Camus, évidemment, Orgueil et préjugé de Jane Austen : « délicieusement ennuyeux », Récits de Kolyma de Varlam Chalamov : …un autre enfermement…

Si le coronavirus nous laisse tranquilles…
nous vous donnons rendez-vous au Chat Bleu le jeudi 17 septembre
et vous souhaitons un bel été.

Chat Bleu, le retour 2) juin-juillet 2020 :

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Et puis il y a eu le vrai retour au Chat Bleu, le 16 juillet :
Nsenga nous accueillait avec deux vins italiens : en blanc, un AOP Frascatti, sec avec une légère pointe de fruit et une belle robe jaune-vert. En rouge, un Cantina Tollo, bio, léger, dans le fruit.

(on vous rassure, nous avions aussi bu en juin…)

  •     , éditions Asphalte, 2020, traduction Maïra Muchnik : un pseudo-polar : il y a bien une mort, un policier, une explication mais ce n’est pas là que le livre nous a plu. Ce qui fascine, c’est le lieu, loin de tout, l’image enneigée d’un pays auquel on ne pense pas sous la neige, le rythme et les décisions étonnantes de l’enquêteur.
  • Les hommes d’août  de Sergueï Lebedev, 2019, éditions Verdier, traduit par Luba Jurgenson : de l’URSS du tout début à la Russie de Poutine : un jeune homme, d’abord à la recherche de son grand-père, devient spécialiste de ces recherches dans les goulags.
  • Le répondeur de Luc Blanvillain, éditions Quidam, 2020 : un premier roman : un imitateur est contacté par un écrivain célèbre pour qu’il prenne sa place  au téléphone pendant qu’il écrit le livre qui lui tient à coeur. Il lui laisse son portable et des éléments pour assurer à sa place. Et c’est drôle !

 

 

 

Un article de Jean-Pierre Suaudeau sur sa Pièce Unique ! Merci !

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VERTIGE DE LA LITTERATURE
« Ce massage de purs » de

Catherine Hémery Bernet

.

Depuis 2014,

Catherine Hémery Bernet

créé des livres singuliers nommés « Pièce unique » et réalisés, comme on s’en doute, en un seul exemplaire. Ce livre unique vous arrive un jour au bon soin de la Poste par la grâce désintéressée de l’autrice.

Celui qui m’est parvenu, le 101ème, s’intitule « Ce massage de purs », anagramme du titre du livre de Jean-Loup Trassard « Campagnes de Russie », paru en 1989, sur lequel il vient s’adosser.
Le dispositif choisi par

Catherine Hémery Bernet

semble simple : d’un livre existant, elle prélève quelques mots, quelques lettres au besoin, en les surlignant sur chaque page impaire, écrivant ainsi son propre texte, soit, ici,133 « poèmes express». Simple et cependant d’une force qui suffit à subvertir toute lecture, à dynamiter l’idée même de littérature et à ouvrir un abîme temporel sous nos yeux de lecteurs subjugués.

Ces « poèmes » se font, au gré des jours, tantôt humoristiques : « Une dame russe cherchait un cinéma. Plus d’un an après on en localise un. » (p 11), « Nous enlevons nos chaussettes sur le canapé et je vois bien la déception » (p 81), fantaisistes : « les cerises répondent non aux petites mouches » (p 189), « une énorme patte appelle les petits pois, marche dans ce vert tendre » (p 241), sensibles : « Le rose très pâle vient jusqu’au bord du rouge » (p 141), « deux tracteurs soulèvent deux nuages, petites usines qui fument » (p 185), saisissants : « Une femme, sur le char, attend dans un paletot de peur » (p 69), aussi bien sensuels : « ce qui m’intéresse, c’est la peau » (p 153), « forte odeur de femmes et robe rouge à pois blancs » (p 187), prennent la forme d’adages : « Quand est malade le vétérinaire, grince le chien » (p 223), d’incipits de romans : « Deux femmes repoussent sur le canapé un étranger à l’air malcommode » (p 55), ou de polars : « Dix-neuf millions dans un bocal de verre ? c’est pas beaucoup. » (p 73), et pensées qu’on imagine influencées par le confinement : « Remerciements au Livre parce que les livres sont toujours là » (p 159, 29 mars), « Nous demandons le possible demain. » (p 215, 26 avril), « On se demande comment reprendre » (p 225, 1er mai).
Le lecteur ignorera si les créations quotidiennes de

Catherine Hémery Bernet

t répondent à un cahier des charges précis, à une série de contraintes oulipiennes ou si l’humeur créative prévaut. Et qu’importe : on se laisse guider, porter par les images qui en surgissent, amusé, ému, étonné, entraîné par le plaisir évident de l’autrice à se saisir des mots, à les faire parler, sonner, s’entrechoquer : la langue, le livre devenus terrain de jeux.

ll est indispensable d’évoquer également le livre de Jean-Loup Trassard, l’écrivain-paysan, journal d’une singulière résidence en Russie encore soviétique se déroulant du 11 mai au 5 juin 1986. Résidence qu’il a voulu rurale, afin de visiter fermes et installations agricoles, d’échanger avec ceux celles qui y travaillent, en connaisseur. Ce journal passionnant donne à voir la Russie des campagnes, avec précision, humour, sens de la notation, attention aux gens et aux paysages. Rien n’échappe à l’écrivain. Passionnant et instructif carnet de voyage, témoignage autant historique sur la Russie soviétique à l’aube de la chute du mur qu’humain tant abondent les portraits attachants, « visages cloués sur la paroi du temps »1. Livre captivant. Puissant. Et il le faut pour résister aux interventions malicieuses de Catherine Hémery Bernet qui en bousculent la lecture selon un dispositif à la fois simple et complexe qu’il est nécessaire de décrire précisément pour en saisir toute la portée.
Le dispositif comporte en effet plusieurs strates : la première, déjà évoquée, est composée de « poèmes » distillés à l’intérieur même du texte d’origine ; la deuxième accueille en marge haute des fragments d’actualité sourcée (en l’occurrence surtout consacrée à la Russie contemporaine, actualité rien moins que réjouissante sous l’ère Poutine) ; la troisième enfin, en bas de page, révèle les dates de ses interventions quotidiennes (soit du 1er janvier au 27 mai 2020). Interventions auxquelles elle joint parfois un article, une photo, collés en haut de page.
Le lecteur se trouve dès lors confronté à une profusion d’informations qui se chevauchent, se télescopent, le convient à un voyage enjambant temps et espace : la Russie soviétique et rurale de 1986, circonscrite aux territoires forcément réduits visités par Trassard ; celle de 2020 aux tentacules mondiaux dont l’autrice nous donne des nouvelles en haut de pages ; les « poèmes express » réalisés dans les cinq premiers mois de 2020 (lesquels recoupent la période de confinement) ; à quoi on ajoutera le temps de notre lecture, décalé de quelques semaines, qui met en perspective ces différentes temporalités à l’heure du déconfinement. Le champ de cette lecture s’en trouve considérablement élargi à la fois dans le temps (mai-juin 1986, janvier-mai 2020, juin 2020) et dans l’espace (Biélorussie soviétique, Russie de Poutine, le monde en temps de pandémie), nous obligeant à de continuels allers-retours entre différentes couches de temps, entre divers espaces qui charrient une épaisseur, une densité troublantes, aussi vives et décapantes qu’un vent d’est.
Si

Catherine Hémery Bernet

dit s’inspirer des « poèmes express » de Lucien Suel, elle procède cependant tout autrement. Lucien Suel en effet biffe, noircit sur la page du livre d’origine mots et phrases jusqu’à y substituer par soustraction son propre texte.

Catherine Hémery Bernet

se contente elle de désigner sur la page les mots nécessaires à ses créations, organisant ainsi un double trajet de lecture. Le résultat n’en est que plus saisissant, au point de ne plus savoir si c’est « Campagnes de Russie » qui préexistait au texte de Hémery Bernet ou si « Ce massage de purs » était enfoui sous celui de Trassard. Le lecteur assisterait alors à une opération de mise à jour, un travail d’archéologie de la langue, de patient déblaiement. Laissant sourdre l’idée insistante qu’aussi bien d’autres textes seraient encore à découvrir dissimulés dans celui de Trassard qui les masque, textes dans le texte qu’on aurait ignorés sans l’intervention de

Catherine Hémery Bernet

. C’est tout l’univers de la littérature qui est ainsi interrogé en une subtile leçon borgésienne : chaque texte en contient d’autres à l’infini, chaque livre contient à lui seul tous les livres selon une combinatoire qu’il suffit de modifier pour qu’ils surgissent. Vertigineuse expérience de lecture.

Travail époustouflant, rien moins qu’anecdotique, constitué par ces 101 recueils, ces 101 pièces uniques, œuvre précieuse semée aux quatre vents que Catherine Hémery Bernet élabore à bas bruit avec modestie, inventivité, intelligence, humour… et générosité. On en reste subjugué.

Ouest Track et nous : le 21 juin

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Le 21 juin 2020, à 11h et après, en podcast quand vous voulez,

dans la pastille Autour des livres  de Viva Culture :

« Black lives matter »

Margaret Mitchell chez Gallmeister

Arno Bertina chez La Contre-allée, Verticales et Sometimes éditions

des oeuvres dans les musées

des statues dans les villes

Ouest Track et nous :

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Le dimanche 24 mai à 11h sur Ouest Track, et après, en podcast quand vous voulez :
Autour des livres vous parle de
Rouge pute de Perrine Le Querrec
aux éditions La contre-allée.

Chat Bleu : mars 2020 :

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Vu la tempête en cours, Nsenga nous a proposé, pour nous réconforter, des vins du sud de la France :
en rouge, un corbières de la région de Narbonne, à la robe assez intense, d’une certaine puissance et persistance en bouche  : un  » Champ des murailles » du Domaine de la petite muraille.
en blanc : un chardonnay de la région de Béziers, du Domaine de Cibadiès, dans le fruit mais avec une petite minéralité.

Ils ont accompagné :
– Chroniques d’une station-service d’Alexandre Labruffe, éditions Verticales, 2019 : un texte très visuel, des petites scènes dans lesquelles la station-service est autant un personnage que son pompiste. Labruffe s’amuse et nous aussi.
– L’agence de Mike Nicol, traduction de Jean Esch, éditions Gallimard série noire, 2019. Nous sommes en Afrique du Sud. Le titre fait référence aux services d’espionnage, nombreux, travaillant chacun de leurs côtés et n’allant peut-être pas tous dans le même sens. On y croise des femmes belles et courageuses, des hommes puissants et assez immondes, et ça fonctionne !
– Aux armes de Boris Marme, aux éditions Liana Levi, 2020 : le premier roman d’un Français qui nous plonge dans un petit comté des U S A, ceux que nous connaissons grâce aux films de la côte est, aux livres comme ceux de Russell Banks. Une tuerie a lieu dans un lycée mais le sujet de Marme est la suite de cet événement. Un très bon livre, dont on reparle prochainement dans Autour des Livres sur Ouest-Track.

et aussi :
– L’autoportrait au radiateur de Christian Bobin, Gallimard, 2000, maintenant en Folio. : un journal, quelques lignes par jour. L’histoire d’un deuil et pourtant le bonheur de l’instant.
– Etre ici est une splendeur de Marie Darrieussecq, P O L, 2016 : la biographie de la peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907) : une artiste déterminée, indépendante qui a vécu un temps dans une communauté près de Brême et a créé près de 700 toiles.
Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin, Gallimard, 2019 : un texte sur la fin de Gérard Philippe par celui qui est devenu son gendre posthume.
– Les furtifs d’Alain Damasio, 2019, éditions La Volte : nous sommes en 2050, en France et, dans ce texte très travaillé, Damasio nous promet un monde peu agréable, un monde dans lequel nous sommes presque déjà.
– Le sauvage de Guillermo Arriaga, Fayard, 2019. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Alexandra Carrasco : A Mexico, le parcours initiatique d’un jeune, une réflexion sur la sauvagerie animale et humaine. Après avoir eu un peu de mal à entrer, M-Cl. a beaucoup aimé ce roman.
Americanah  de Chimamanda Ngozi Adichie, 2015 Gallimard, maintenant en Folio : un livre que R. a adoré. Les personnages sont justes. « Elle soulève le tapis » sur l’Amérique et sur son pays, le Nigéria.

On a aussi reparlé de :
– Muréne de Valentine Goby, Actes Sud : un beau livre sur ce qu’est vivre avec le handicap.
Changer le sens des rivières de Murielle Magellan, en poche : parce que cela se passe au Havre !

Prochain Chat Bleu prévu le jeudi 16 avril. A bientôt !

Chat bleu : février 2020

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Nous pouvions boire :
en rouge, un Saint Amour, La Madone, Château Belleverne : d’un petit producteur indépendant en conversion bio, dans le Beaujolais, médaille d’or 2019,
en blanc, un petit Bourgogne très dans le fruit.
Nous avons parlé de :
– Extérieur monde d’Olivier Rolin, 2019, Gallimard : un livre nostalgique, un peu crépusculaire, des mémoires qui évoquent le vieillissement, la place des femmes et bien sûr les voyages. P. 61 : « Il n’y a pas de bout du monde, le monde est parfaitement cousu à lui-même, ». P. 301 : « On a vu des pays, des gens, entendu bruisser des langues, abattu des milliers de Km »…
– Floride de Lauren Groff, 2019, L’Olivier : des nouvelles traduites par Carine Chichereau comme les autres livres de cette auteure américaine. Une ambiance chaque fois un peu étrange, éventuellement inquiétante. Des reptiles. De beaux personnages de femmes, ambigus. Des mères qui ont du mal à l’être.
La dernière histoire se passe à Yport.
Les services compétents de Iegor Gran, 2020, P O L : c’est plein d’humour même si cela parle de ce qui a changé sa vie et celle de ses parents : l’arrestation de son père, André Siniavski, après la longue recherche, par le KGB, de cet auteur de textes contraires à la ligne du parti. Nous sommes en URSS du temps de Krouchtchev, moment de relatif dégel, de marché noir incroyable (l’épisode du « jazz sur ossements » !) C’est jubilatoire.

 

 

On parle de nous et du Chat Bleu ! Merci !

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EDITO : Le regard du spectateur

« Il me semble que la civilisation est toujours à recommencer ; qu’elle n’est pas un état de grâce, mais bien un travail continuel sur soi-même et les autres, dans la direction indiquée par l’expérience et par l’espoir. L’homme est une question de persévérance. » Cette citation de l’écrivain roumain Petru Dumitriu (1924-2002) est plus que jamais d’actualité. En effet on ne compte plus les motifs d’inquiétude dans un monde traversé par plusieurs défis.
Où en sommes-nous d’une société où l’on pourrait ne pas perdre sa vie à la gagner ? Où l’on ne se méfierait pas des pauvres, selon Esther Duflo (prix Nobel d’économie 2019)? Où le langage des poings ne prévaudrait pas sur la parole ? Où l’éducation serait prédominante parce que les pays s’enrichissent grâce à l’intelligence et au savoir ? Où nos instances politiques et économiques seraient capables de répondre à l’urgence écologique hors de la domination de grandes firmes ? Où l’on ne craindrait pas les tentations populistes et une dérive autoritaire ?
« La démocratie est par nature expérimentale » écrit l’historien Pierre Rosanvallon dans Les siècles du populisme(Seuil). C’est dire que nos démocraties sont fragiles, soumises à des aspirations légitimes et parfois contradictoires.
« La question du totalitarisme n’est pas derrière nous mais devant nous » affirme le philosophe Jean-Jacques Rosat auteur de Chroniques orwelliennes (Collège de France).

C’est la raison pour laquelle le rôle des artistes et des acteurs culturels est si précieux. Partager les arts avec le plus grand nombre et avec l’exigence la plus élevée, c’est ce qui anime également beaucoup de spectateurs moins « consommateurs » qu’acteurs.
La part de la culture dans les programmes des candidats aux élections est, hélas, significative : elle est le plus souvent réduite quand elle n’est pas passée sous silence….
La démocratie pourtant est à ce prix : les fondements du totalitarisme sont la censure, l’ignorance et la pauvreté ou l’instrumentalisation du langage.

On suivra sur ce point l’économiste Deirdre Mc Closkey qui affirme que c’est la production des intellectuels et des artistes qui explique le grand enrichissement qui gagne l’Europe de l’Ouest, puis le reste du monde entre le 18ème et le 20ème siècle : grâce à eux, l’éthique bascule.
Ils font de la liberté, de la créativité et de l’innovation les nouvelles vertus morales en lieu et place de l’honneur, du rang et de la soumission à l’Eglise et au prince.
N’est-ce pas ce qui définirait un nouvel individualisme porteur d’actions solidaires ? Celles des jeunes des Fridays for future pour nous éveiller et protéger la terre et celles des Sardines, en Italie, dans une belle énergie de vie commune ?
Isabelle Royer

GRANDE CONVERSATION
11e Grande conversation
Le 13 mars, à 18h30, Bibliothèque Oscar Niemeyer
Qui sont nos zombies ?
De la fiction aux fantasmes

Les zombies sont désormais un phénomène culturel. Leurs hordes vacillantes d’êtres terrifiants nous sont devenues familières et font partie de notre imaginaire.
Ils ont envahi le cinéma, la télévision, internet, la bande dessinée, la littérature … Ils s’incarnent dans des défilés carnavalesques : les Zombies Walks.
Mais c’est quoi un zombie ? De quoi sa popularité est-elle devenue le symptôme ?
Ces êtres inconcevables auxquels personne ne peut s’identifier – trop morts, trop vivants – on pouvait aisément les mettre dans la case du simple divertissement de la pop-culture. Mais ils se sont infiltrés dans les réflexions de philosophes, de sociologues, de neurologues, d’ethnologues, qui, se saisissant du sujet, ont dévoilé les préoccupations contemporaines.

Dans le cinéma des années Trente, aux Etats-Unis, la figure du zombie était associée aux fantasmes liés au Vaudou et au réveil des morts. En 1968, La nuit des morts-vivants, le film de George A. Romero, lui a donné un sens différent. Des zombies déferlent en une meute vacillante et deviennent le symbole de l’effrayant inattendu, d’un quelque chose qui pourrait atteindre l’individu et l’humanité entière, dans une dimension inouïe et irrémédiable.
C’est le déclenchement d’une réflexion où le zombie n’apparaît plus comme un objet d’imaginaire récréatif mais celui d’une pensée critique de la société. Au rythme du questionnement sur les significations qu’il peut prendre, il va changer progressivement de sens, jusqu’à ne plus être seulement une silhouette errante et affamée de chair humaine mais la représentation de différentes formes de phénomènes qui caractérisent notre époque. Des colloques universitaires, des conférences, des essais, des émissions de radio, des documentaires, lui sont consacrés et se multiplient.
Parmi toutes les figures de monstres, pourquoi le zombie, serait-il aujourd’hui celui qui symboliserait le mieux les interrogations de notre monde ? En quoi une créature de fiction peut-elle nous aider à décrypter notre époque ?
Entre distraction et réflexion, nous aurons cette conversation en compagnie de nos invités :
                                            Clémentine Hougue, chercheuse en études culturelles,
                                                   auteure de Le zombie au-delà de la fiction
                                                                                      et
                                                           l’association Cannibale peluche,
                                          de cinéphiles et programmateurs de l’étrange.
Entrée libre
Les 9 et 23 février, le 8 mars, écoutez sur Viva culture – 11h à 11h 30, dans 10mn chronique, sur Ouest Track radio : Pourquoi les zombies ?
Catherine Désormière

COUPS DE COEUR
Au festival Le Goût des autres

1- Le jeune noir à l’épée
Abd Al Malik/Salia Sanou (vu dans Multiple(s) à Avignon l’été dernier)
J’ai été absolument emballée, emportée par la prestation chorégraphiée de quatre magnifiques (dans tous les sens du terme) danseurs, à savoir Salomon Asaro, Akeem Alias Washko, Vincent Keys Lafif et Bolewa Sabourin : un pur et rare moment de bonheur total !

2- La cuisine de Marguerite
Un vrai régal en cette heure de déjeuner (12h30), et pas seulement pour les papilles : le propos est léger, pétillant. On y apprend, entre autres, la recette des boulettes « à la grecque »(là-bas, on dit « kèftédès »), façon Mélina Mercouri, qui aurait pu candidater pour des étoiles au Michelin ! Ce n’est pas exactement ce que j’ai dégusté lors de mes nombreux séjours au pays des Héllènes : des plats basiques mais néanmoins fort savoureux….
La comédienne Julie Martigny (qui intervient à l’atelier théâtre du lycée Porte Océane) porte bien la légèreté joyeuse de ce texte si frais, révélant une facette peu connue de la grande Marguerite Duras.
N’oublions pas les femmes de La Fabrique Pierre Hamet qui nous ont régalés avec leur succulente (et durassienne) soupe de poireaux !

3- Beloved
Toni Morrison


Une lecture musicale très émouvante de cet ouvrage connu pour la rudesse du propos, par la comédienne Astrid Bayiha (découverte par Bob Wilson) et le groupe électro ORK dans une belle osmose.
Annette Maignan

AUTOUR DES LIVRES
Le Chat Bleu, c’est à Sainte-Adresse, tout près de la plage. Brocante, petite épicerie fine, restauration le midi, salon de thé, bar à vins-tapas le soir…Tout cela dans un décor chaleureux, un joyeux petit bazar avec des recoins partout et une jolie petite terrasse avec vue sur la mer.

Nsenga, le patron, y accueille régulièrement des concerts, des soirées à thème…Il nous y accueille aussi, nous, amoureux…amoureuses plutôt, il n’y vient pas beaucoup d’hommes… des livres et de la lecture, une fois par mois autour de Catherine Hémery-Bernet qui a inventé avec lui ces soirées « Un vin, des livres » il y a plusieurs années. Ou comment faire rimer littérature et oenologie !
Rappelons que Catherine présente une rubrique Autour des livres dans Viva Culture sur www.ouest-trackradio.fr (95.9 DAB ou en podcast)
Nsenga nous propose à chaque fois un vin rouge et un vin blanc qu’il a choisis avec soin. Il nous les « raconte » pour nous les mettre en bouche et nous les sert avec quelques petits tapas maison toujours originaux et délicieux.

C’est le moment d’écouter Catherine qui commence toujours par nous présenter, elle, deux ou trois livres qu’elle a aimés, elle nous en lit quelques passages pour nous donner le ton. Un de ces livres sera gagné par un(e) participant(e) tiré(e) au sort. Cadeau de la soirée, très apprécié ! Puis Catherine donne la parole à qui souhaite la prendre, pour parler d’un ou de plusieurs livres aimés. C’est l’occasion d’un riche échange entre nous. Les envies de lectures circulent, les livres se prêtent, les avis se confrontent. Parfois la conversation s’ouvre sur des spectacles vus, des films découverts…C’est joyeux, simple et convivial. On peut même venir juste pour écouter, on n’est pas obligé de prendre la parole !
Et ce sont de bons moments de partage.
C’est bien sûr ouvert à tout le monde. On trouve le calendrier de ces rencontres sur le site de la maison d’édition dirigée par Catherine et dont voici l’adresse : www.ruedudepart-editions.com
Et donc, si vous aimez lire, partager vos lectures, découvrir de nouveaux titres, de nouveaux auteurs, soyez les bienvenus au Chat Bleu parmi nous !
Véronique Garrigou

Suite n° 11

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Suite n°11 vient de sortir,
Suite n°11 est de Pascal Millet, auteur de polar mais pas que !
Suite n°11 est un poème narratif sur les débuts d’une relation amoureuse. C’est l’homme qui parle, de son histoire particulière.
Suite n°11, c’est, face à ce texte contemporain, des images de corps féminin, des détails de sculptures, des courbes, des nuques, des seins, des mains de tous les temps et de lieux différents. Un éternel féminin, fabuleusement photographié par Eric Enjalbert. Certaines pierres sont des peaux !
Suite n°11, c’est une histoire particulière face à La Femme.