Anouk Langaney et la P U N° 124

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Catherine, entre deux publications voyageuses aux éditions Rue du départ, concocte des pièces uniques : des livres augmentés de collages et d’annotations, conçus comme autant de cadeaux. Elle m’a offert sa pièce unique n°124. La matière première en est “La lenteur”, de Milan Kundera. Du 20 février au 18 mai 2021, comme l’attestent les dates qui figurent en bas de page, Catherine a fréquenté, humé, goûté et soupçonné ce livre. Dans sa pièce unique, elle m’offre le roman, mais aussi le précipité de sa propre lecture : associations d’idées et d’images, reconstruction d’une pensée personnelle dans les mots de l’autre, sous forme de poèmes ou d’aphorismes. Et maintenant, débrouille-toi. C’est une expérience réjouissante, qui a quelque chose d’intimidant : comme Kundera lui-même dans le roman, je passe la nuit dans le château d’une autre.
L’affaire est d’autant plus vertigineuse que la question du regard et du secret est au cœur de ce roman déroutant, libre et drôle. Pour quoi, par qui sommes-nous pressés ? Une nuit d’amour vaut-elle une réputation ? Une bonne histoire vaut-elle une nuit d’amour ? Peut-on être héroïque à force de lâcheté ? La présence d’esprit est-elle soluble dans le chlore ? La sodomie est-elle l’affaire des entomologistes ?
J’ai joué le jeu de mon mieux : je l’ai lu très lentement. Décortiqué et savouré, comme une espèce rare d’écrevisse. Je ne me sens pas sortie du piège, loin de là (si je l’étais, ce n’est pas ici que je le dirais). Mais il me semble que je le vois mieux.

Merci encore, Catherine, de m’avoir ralentie (Tu m’as demandé si je trouvais le roman sexiste : pas vraiment. Dans la farce contemporaine du congrès, il n’y a personne à sauver. Hommes et femmes grouillent et vrombissent, tous cherchent à épingler les autres sur leurs tableaux de chasse respectifs par une conquête ou une bonne vanne – bref, une saillie. Pendant ce temps, dans les allées du Parc, Madame de T. et son amant passent entre les mailles du filet. Dans cette strate du récit, la seule où il soit question de plaisir véritable, la répartition des rôles, des désirs et des volontés me semble plutôt équilibrée.

Un Sholem Aleikhem : P U N° 130

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Le traîne-savates et autres contes ferroviaires, publié par Liana Levi, est la Pièce Unique N° 130. Ma première lecture de Sholem Aleikhem (1859-1916). Cet auteur né en Ukraine est mort à New York. Malgré sa judéité et le numerus clausus, il a pu étudier. Riche par son mariage puis ruiné, il a dû vivre de sa plume et a énormément écrit, toujours en yiddish.
Cet ensemble de nouvelles est composé de textes datant de 1902 à 1911. Il consiste en histoires racontées et conversations entre Juifs dans des gares ou en train, en troisième classe. C’est plein d’humour mais décrit très bien leurs conditions de dépendance et de danger. Sholem Aleikhem se moque aussi subtilement de ses coreligionnaires.

Voilà quelques “Poèmes Express” venus de ces textes :

Doux, l’homme bourré de Dieu.
– Pour sortir de l’oeil, deux pieds se bousculent.
– Que je prenne femme et c’est l’agitation du rêve.
– Pendant l’histoire est arrivé le temps.
– Incendies, une centaine de sinistrés un matin où il m’offrit du feu.
– J’ai donc pris un avocat pour l’entendre penser.
– J’ai perdu par tous les trous la vie. J’ai une certaine tendance à la mort.

Ce livre – 3 en 1 – est envoyé à un libraire (libraire, un jour, libraire toujours) qui aide quelques fois Charlotte de La vie devant soi pendant Le festival écrivains en bord de mer. Jean-Pierre Suaudeau, très gentiment enthousiaste, lui a montré sa Pièce Unique et Alain Girard-Daudon a accepté d’en recevoir une.

Un Zahia Rahmani : P U N° 128

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Moze, paru en 2003 puis en 2016 en poche, chez Sabine Wespieser, est le premier ouvrage de Zahia Rahmani. D’autres suivent :  France. Récit  d’une enfance (2006), “Musulman” roman (2005). Tous prennent appui sur la vie de sa famille, victime de la grande Histoire : le père harki, emprisonné 5 ans en Algérie, peut venir en France en 1967. Ils vivent dans un camp. Ce que cela fait à cet homme, à sa femme, à ses enfants. Un beau travail d’écriture, entre prose et poésie. Une colère contre les états, français comme algérien, et contre le père, si abimé qu’il se suicide en 1991.

Quelques “Poèmes express” qui viennent de ce livre :
– Tué par rien. Mort leurre.
– Nous sommes des barbelés, hommes dehors, femmes à l’intérieur.
– Le prix a été négocié ; il a présenté sa douleur et on a ajouté sa honte.
– Vous manquez de père à lire.
– La technique des mères est faite de l’idiotie de l’enfant.
– Un grand drap blanc épuise le drap rouge.
– Temps de pagaille, excès de foulards, enfance qui 
coule.

La Pièce Unique N° 128 est offerte à Frédéric Forte, membre de l’Oulipo, rencontré brièvement à Pirouésie, actuel directeur du Master de Création Littéraire du Havre et auteur chez P O L  ( en 2021 : Nous allons perdre deux minutes de lumière )

ça va ? ça va… : il est arrivé… alors, ça va

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Le petit nouveau de Rue du Départ est arrivé..
Plus bordeaux ou prune ou lie de vin que cerise, mais ça ( lui ) va ( bien ). Et ça ne veut pas dire qu’il y a à boire et à manger dedans.
“ça va ?” : une question qu’on ne pose pas vraiment.
” ça va” : une réponse qu’on n’attend pas vraiment. Ou plutôt si. Il vaut mieux que vous ne vous mettiez pas à raconter tout ce qui, réellement, ne va pas.
Un échange qui n’en est pas un, dit une amie allemande qui s’en énerve. Un “wie geht es ihnen ?” est une vraie question qui, elle, attend une vraie réponse. Un peu d’attention, quoi ! De l’empathie. Un partage. Pas un glissement vers autre chose. Pas une politesse de surface.

Donc,  ça va ? ça va… est là : petites histoires, micro-nouvelles, réflexions courtes, anecdotes sur un état du monde ou de soi. Pas plombant. On s’en amuse aussi.

ça va ? ça va… la préface :

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cracked road concrete close up

Un livre contient une histoire, évidemment, au moins une.

Mais un livre vient aussi d’une histoire, au moins une.
Ce livre contient plein d’histoires
et est né de deux histoires.
Celle de Trace2mains : un atelier d’écriture composé de plus d’hommes que de femmes – c’est assez rare pour le noter -, créé autour de Francis Pedu, personnage attachant, auteur d’un recueil de haïkus, aujourd’hui décédé mais toujours vivant dans la mémoire du groupe.
Une rencontre mensuelle. Un bon repas. De bons vins. De bons copains. Tous branchés arts. L’un d’entre eux anime, pas toujours le même.
Voilà ce qui a amené ce petit livre : le sujet de” la catastrophe pour vous », donné après lecture d’extraits des derniers livres de Gaëlle Obiegly, Une chose sérieuse et Olivia Rosenthal, L’éloge des bâtards aux éditions Verticales.
La deuxième histoire est un voyage à Marseille, la visite du FRAC et l’achat de deux micro-livres d’art de Stéphane Le Mercier pour leur humour. Au retour, la recherche de ses travaux sur le net, la trouvaille du « Timbre Walser », un de ses multiples.
Ici reproduit, il évoque lui aussi une catastrophe : la mort dans la neige de l’écrivain suisse allemand Robert Walser, interné pendant des années.

Pierre Mabille et la P U N° 125 :

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merci Catherine!!!!!! je découvre votre technique de parole poétique (et en + on est au n°125! wao!! en fait je découvre une oeuvre…!) je suis impressionné : c’est faire partager une lecture, une écriture + une revue de presse et le tout est à la fois organisé et en dérive (un produit dérivant?) pour moi expérience unique – compil de livre objet lettre manuscrite journal de bord collage en 3 et même 4 dimensions-et j’adore aussi l’idée un peu « de particulier à particulier » vos livres uniques et pluriels qui s’éparpillent dans le monde j’imagine vers des personnes choisies, c’est genial… en + vos cut up (ou stabil-up?) sont toujours inattendus et produisent une vraie complicité (et comme la fabrique est visible on voit aussi vos choix singuliers) parfois ils sont de vrais haikus j’éspère que vous les gardez en archives? (quand on les isole ils changent mais ils me plaisent aussi le hasard fait bien les choses quand on l’apprivoise) et j’ai remarqué que certains verso des collages d’articles ou d’images sont aussi bonnes surprises (un travail soigné!!) en tous cas bravo et surtout merci beaucoup!!!

Faux Chat Bleu 2/3

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Cette fois, on a vu des récits de l’intime :
– Les singes rouges de Philippe Annocque, 2020, éditions Quidaml’auteur, aussi enseignant en lettres, a jusque là publié des romans chez ce même éditeur. Il écrit cette fois un texte sur sa mère guyano-martiniquaise, son enfance, son identité. “Elle avait changé de pays. On a changé son prénom. Sans lui demander son avis.” Il parle de couleur de peau, de norme, de racisme (des soeurs blanches, d’une professeur noire). Et évidemment en évoquant sa mère, il se dit aussi ( p 127) : Quand on lui demande de quoi parlent ses livres, maintenant il répond “d’identité”. Au début il disait “mauvaise conscience”. Maintenant il dit “d’identité”.”

– Aux éditions du sous-sol, parus en 2021, deux textes, tête bêche : Jane, un meurtre et Une partie rouge de Maggie Nelson. Traductions de Céline Leroy et Julia Deck. Les deux tournent autour de la mort par assassinat d’une tante que l’auteure n’a pas connue. L’un est une “enquête poétique” à partir du journal de Jane, l’autre est une suite de ce  “cold case”, le procès de l’assassin éventuel, trente ans plus tard. Morte dans les années 60, Jane “était une progressiste” dans une famille qui ne l’était pas…”Elle cherchait à s’assurer que les étudiants noirs obtiennent ce qu’ils voulaient”…”était farouchement contre la guerre.”, allait épouser un juif.
Maggie Nelson montre à travers ses grands-parents une Amérique pleine de certitudes, à travers ses parents une Amérique qui les a perdues. Perte de repères qui se poursuit actuellement. Ce qu’elle dit et de la justice et de la presse fait froid dans le dos : p188 : une interview d’elle à cause du procès et du premier livre : “Elle me dit de ne pas m’inquiéter – ils ne me filmeraient pas si je n’étais pas jolie. C’est du prime time, précise-t-elle avec un clin d’oeil. Pas de noirs, pas de mauvaises dentitions.”

– Dans Ilona, ma vie avec le poète, traduit du slovaque par Barbora Faure, aux éditions Do, 2019, Jana Juranova donne la parole à Ilona, l’épouse de Pavol Orszagh Hviezdoslav (1849-1921), poète vénéré en Slovaquie. Cet homme de plume n’a JAMAIS mentionné sa femme dans AUCUN de ses textes. Sa mère, oui, sa soeur, oui – peut-être parce qu’elles étaient mortes – mais pas Ilona qui lui a survécu onze ans et qui a passé sa vie à s’occuper de son bien-être.
Jana Juranova parle d’un temps où les femmes n’étaient qu’épouses et mères. Elle évoque pourtant une poétesse, connue sous le pseudonyme de Timrava (1867-1951), nom qu’elle s’était choisi, ni celui d’un père ni celui d’un mari. Cette femme avait vécu un temps dans la même ville que le couple, à Dolny Kubin, mais ils ne s’étaient pas fréquentés. Le mari d’Ilona voyage sans elle malgré l’envie qu’elle a exprimée de l’accompagner. A une jeune fille qui aimerait peindre, il parle des tableaux qu’il a vus et dit que “la broderie est une bonne activité pour une jeune fille, elle développe sa patience”… Une merveille de vision masculine…datée bien sûr…

Trois super livres dans trois belles maisons.

Faux Chat Bleu 1 / 3

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On ne peut pas bouger, alors on lit !
Et on part avec
 – Andrzej StasiukMon bourricot , juste paru aux éditions Actes Sud, traduit par Charles Zaremba. Stasiuk est un voyageur, surtout pas un touriste. S’ii  s’arrête à la Mer d’Aral, ce n’est que pour prendre de l’argent à un distributeur.
Il part mais ne croit pas plus que ça au voyage (p. 34) : “… l’endroit où est née l’utopie de la steppe. Ça marche comme ça : on s’imagine diverses choses et on a l’impression qu’on va en trouver ne seraient-ce que des traces. (…), c’est dans sa tête qu’on roule de toute façon. On pourrait tout aussi bien rester à la maison.”
Il retourne à l’est, là où il n’y a presque rien à voir mais où il peut ressentir quelque chose. (P. 145) : “ J’aimais regarder l’Europe se transformer en Asie. J’éprouvais une sorte de satisfaction mauvaise en constatant qu’elle se terminait quelque part. Qu’il y avait tous ces chameaux errants, les mouches, la crasse. (…) Mais dans le désert au moins, j’éprouvais une sorte d’angoisse, alors qu’en Italie, je n’avais rien senti.” L’Europe, en plus de l’ennuyer, le débecte : (P. 75) : “Là-bas, les gens meurent. Le Donbass est en feu, l’Ukraine est en sang, et l’Europe “exprime son inquiétude”. De manquer d’eau chaude.”
Stasiuk est à lire, tout Stasiuk, ses récits comme ses “romans”.

– Anthony PoiraudeauProjet El Pocero – dans une ville-fantôme de la crise espagnole, reparu tout récemment dans la collection Barnum des éditions Inculte. Ce voyage est aussi anti-touristique que celui de Stasiuk. Avec A. Poiraudeau également, le voyage est déceptif, on le sait ( lire le magnifique Churchill Manitoba) et c’est ce qui est drôle. Et politique . Ici, nous nous retrouvons dans une ville-champignon, édifiée entre 2003 et 2008, presque mort-née. C’est une rando dans un lieu moche, un scandale immobilier ( P 17) : “La folie édificatrice de cette époque a fait naître des agglomérations entières à l’écart de toute ville préexistante ou de tout site attractif, sans aucune considération territoriale et environnementale.”.  Il fait chaud. C’est vide, ridicule et  symptômatique de la malhonnêteté de ce promoteur et de l’économie.

– Joanes Nielsen : le roman Les collectionneurs d’images aux éditions La Peuplade (2021) traduit par Ines Jorgensen nous emmène à Torshavn, la capitale des îles Féroé, des années 1950 à 2000. Et c’est dépaysant.  On comprend toute une société à travers la vie de 5 jeunes :  la place du religieux – on se sent au tout début dans un film de Dreyer : un moment très beau et fort -, du politique, du social. Les îles dépendent du Danemark et certains souhaitent l’indépendance. Les enfants sont de différents milieux : des pêcheurs aux entrepreneurs. L’inceste existe et pose peut-être moins problème que l’homosexualité. C’est le premier livre traduit en français de Joanes Nielsen qui devrait… si tout va bien… venir au festival Les Boréales en novembre 2021. On croise les doigts.

Sonia Anton et la P U N° 122 :

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“J’aime beaucoup beaucoup mon cadeau, je l’appelle ainsi. J’adore Danube et j’aime les Folio. En général, j’adore les paperolles, les bouts de papier collés, les coupures de journaux. Le papier, les ciseaux, la colle. J’aime beaucoup les dispositifs (une date, une citation, le stabilo). J’adore voir se mélanger des écritures manuscrites, dactylo, couleurs. Il y a là un autre livre à lire, que vous avez construit à partir du premier.. C’est le principe du livre ouvert aux possibles dont parle Eco. C’est faire du beau avec le livre, j’aime beaucoup le livre comme objet.
C’est un livre unique, comme les livres pauvres. J’adore l’idée du livre pauvre. Enfin, c’est un objet que vous m’avez donné, pour moi. En art, en général, j’aime beaucoup la notion (rare) de don. Le Je te donne.”

 

Hélène Gaudy et la P U N° 65

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Hélène Gaudy, l’auteure de ce magnifique livre, entre autres :
Il y a deux ou trois ans, sans doute un peu avant le festival Lettres d’automne de Montauban dont Christian Garcin assurait la programmation, j’ai reçu par la poste ce livre qu’il a écrit avec Éric Faye. Il était couvert du papier qu’on voit sur la photo, abondamment annoté, émaillé de collages, et surtout, sur plusieurs pages, de mots surlignés en jaune qui venaient y tracer des poèmes. Je n’ai aucune idée de l’identité de la personne qui en a fait un objet unique et me l’a envoyé. En rangeant mon bureau, je suis retombée dessus et me suis demandé si ce mystérieux expéditeur ne serait pas tout simplement sur Facebook… MP dans ce cas pour lever le mystère ? Sinon, il restera entier et ce sera bien aussi…
  • Le mystère est donc levé ! Merci à C H B pour ce geste poétique. Je découvre, du coup, le site des éditions Rue du Départ et cette pratique qui me ravit : envoyer des livres choisis, de manière anonyme, après en avoir fait, ainsi, des P U, des pièces uniques. Très heureuse d’avoir l’une d’entre elles dans ma bibliothèque !

    C H B : tu as le n° 65, on en est au 123. L’idée est aussi de réussir, si possible, à envoyer le livre qui correspond bien au récepteur.

     

Charles Recoursé à propos de la P U N° 121

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Charles, date d’envoi : Aujourd’hui, à 13:34
Chère Catherine, Pardon de ne pas vous avoir répondu plus tôt. J’ai enfin pris le temps de me plonger dans votre Pièce Unique, au lieu de simplement la feuilleter, et plus que de m’intéresser, l’exercice m’a réellement touché. Le dispositif s’efface vite au profit de trouvailles touchantes, amusantes ou arrêtantes. Si au début votre démarche m’a un peu fait penser à l’expérience Tree of Codes de Jonathan Safran Foer, elle s’en est bientôt émancipée pour trouver son existence propre, contextuelle, fragile mais très réelle.

Super réaction à la P U N° 118 !

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Sylvie Chaumet
Parfois un cadeau tombe du ciel
Immense joie de recevoir

La pièce unique n 118 de

Catherine Hémery Bernet
Le principe
Plusieurs niveaux de lecture
Un roman, ici Un remède à la mélancolie de Ray Bradbury, vingt-deux nouvelles dans un espace-temps propre à l’auteur
Sur chaque page impair, le tampon d’une date associée à une information . Ex : 3 février 2021, Le Monde : Un prototype de fusée SpaceX s’écrase à l’atterrissage au Texas
Sur cette même page des mots surlignés établissant un poème : Il se rappelait qu’étant vert, le soleil était triste.
On s’imagine bien le plaisir que Catherine prend à sélectionner une seule information dans la nuée des brèves quotidiennes . 17 octobre 2020, Le Monde : Brexit : Boris Johnson demande aux Britanniques de se préparer à un « No Deal ». Le plaisir aussi de sélectionner des mots dans le roman. Allez chercher la maladie dans le Londres pluvieux.
Le dialogue entre l’actualité et les mots de l’écrivain.
Le jeu de piste.
Car ni le lecteur ni l’auteur ne sont pris au hasard. Catherine oriente son choix. Dialogue avec Bradbury et moi. Elle glisse des indices, des coupures de journaux. Me parle de la première fois où Le Monde a écrit le mot extraterrestre (1950) dans ce recueil d’un auteur de science-fiction qui a écrit Chroniques martiennes la même année. Elle connaît mon goût pour l’espace et mes (très modestes) participations à une revue du Centre National d’Etudes Spatiales.
Elle pose sur la page 225 la date de la création de la NASA, l’année où l’américain Bradbury écrit Un remède à la mélancolie, prend dans ses mots de quoi servir sa pensée (j’ai fixé le vent au milieu de 1958). Sur la table des matières, elle glisse encore l’actualité la plus récente, jeudi 18 février 2021, après 7 mois de voyage, le rover Perseverance s’est posé sur Mars, au moment où je prends une photo qui me fait penser à la conquête spatiale.
Catherine, Ray et moi dans un triangle malicieux, étonnant, souvent drôle.
D’ailleurs il existe une galaxie qui porte ce nom.
Cette galaxie du triangle est un bonheur assurément.

Un article de Jean-Pierre Suaudeau sur sa Pièce Unique ! Merci !

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VERTIGE DE LA LITTERATURE
« Ce massage de purs » de

Catherine Hémery Bernet

.

Depuis 2014,

Catherine Hémery Bernet

créé des livres singuliers nommés « Pièce unique » et réalisés, comme on s’en doute, en un seul exemplaire. Ce livre unique vous arrive un jour au bon soin de la Poste par la grâce désintéressée de l’autrice.

Celui qui m’est parvenu, le 101ème, s’intitule « Ce massage de purs », anagramme du titre du livre de Jean-Loup Trassard « Campagnes de Russie », paru en 1989, sur lequel il vient s’adosser.
Le dispositif choisi par

Catherine Hémery Bernet

semble simple : d’un livre existant, elle prélève quelques mots, quelques lettres au besoin, en les surlignant sur chaque page impaire, écrivant ainsi son propre texte, soit, ici,133 « poèmes express». Simple et cependant d’une force qui suffit à subvertir toute lecture, à dynamiter l’idée même de littérature et à ouvrir un abîme temporel sous nos yeux de lecteurs subjugués.

Ces « poèmes » se font, au gré des jours, tantôt humoristiques : « Une dame russe cherchait un cinéma. Plus d’un an après on en localise un. » (p 11), « Nous enlevons nos chaussettes sur le canapé et je vois bien la déception » (p 81), fantaisistes : « les cerises répondent non aux petites mouches » (p 189), « une énorme patte appelle les petits pois, marche dans ce vert tendre » (p 241), sensibles : « Le rose très pâle vient jusqu’au bord du rouge » (p 141), « deux tracteurs soulèvent deux nuages, petites usines qui fument » (p 185), saisissants : « Une femme, sur le char, attend dans un paletot de peur » (p 69), aussi bien sensuels : « ce qui m’intéresse, c’est la peau » (p 153), « forte odeur de femmes et robe rouge à pois blancs » (p 187), prennent la forme d’adages : « Quand est malade le vétérinaire, grince le chien » (p 223), d’incipits de romans : « Deux femmes repoussent sur le canapé un étranger à l’air malcommode » (p 55), ou de polars : « Dix-neuf millions dans un bocal de verre ? c’est pas beaucoup. » (p 73), et pensées qu’on imagine influencées par le confinement : « Remerciements au Livre parce que les livres sont toujours là » (p 159, 29 mars), « Nous demandons le possible demain. » (p 215, 26 avril), « On se demande comment reprendre » (p 225, 1er mai).
Le lecteur ignorera si les créations quotidiennes de

Catherine Hémery Bernet

t répondent à un cahier des charges précis, à une série de contraintes oulipiennes ou si l’humeur créative prévaut. Et qu’importe : on se laisse guider, porter par les images qui en surgissent, amusé, ému, étonné, entraîné par le plaisir évident de l’autrice à se saisir des mots, à les faire parler, sonner, s’entrechoquer : la langue, le livre devenus terrain de jeux.

ll est indispensable d’évoquer également le livre de Jean-Loup Trassard, l’écrivain-paysan, journal d’une singulière résidence en Russie encore soviétique se déroulant du 11 mai au 5 juin 1986. Résidence qu’il a voulu rurale, afin de visiter fermes et installations agricoles, d’échanger avec ceux celles qui y travaillent, en connaisseur. Ce journal passionnant donne à voir la Russie des campagnes, avec précision, humour, sens de la notation, attention aux gens et aux paysages. Rien n’échappe à l’écrivain. Passionnant et instructif carnet de voyage, témoignage autant historique sur la Russie soviétique à l’aube de la chute du mur qu’humain tant abondent les portraits attachants, « visages cloués sur la paroi du temps »1. Livre captivant. Puissant. Et il le faut pour résister aux interventions malicieuses de Catherine Hémery Bernet qui en bousculent la lecture selon un dispositif à la fois simple et complexe qu’il est nécessaire de décrire précisément pour en saisir toute la portée.
Le dispositif comporte en effet plusieurs strates : la première, déjà évoquée, est composée de « poèmes » distillés à l’intérieur même du texte d’origine ; la deuxième accueille en marge haute des fragments d’actualité sourcée (en l’occurrence surtout consacrée à la Russie contemporaine, actualité rien moins que réjouissante sous l’ère Poutine) ; la troisième enfin, en bas de page, révèle les dates de ses interventions quotidiennes (soit du 1er janvier au 27 mai 2020). Interventions auxquelles elle joint parfois un article, une photo, collés en haut de page.
Le lecteur se trouve dès lors confronté à une profusion d’informations qui se chevauchent, se télescopent, le convient à un voyage enjambant temps et espace : la Russie soviétique et rurale de 1986, circonscrite aux territoires forcément réduits visités par Trassard ; celle de 2020 aux tentacules mondiaux dont l’autrice nous donne des nouvelles en haut de pages ; les « poèmes express » réalisés dans les cinq premiers mois de 2020 (lesquels recoupent la période de confinement) ; à quoi on ajoutera le temps de notre lecture, décalé de quelques semaines, qui met en perspective ces différentes temporalités à l’heure du déconfinement. Le champ de cette lecture s’en trouve considérablement élargi à la fois dans le temps (mai-juin 1986, janvier-mai 2020, juin 2020) et dans l’espace (Biélorussie soviétique, Russie de Poutine, le monde en temps de pandémie), nous obligeant à de continuels allers-retours entre différentes couches de temps, entre divers espaces qui charrient une épaisseur, une densité troublantes, aussi vives et décapantes qu’un vent d’est.
Si

Catherine Hémery Bernet

dit s’inspirer des « poèmes express » de Lucien Suel, elle procède cependant tout autrement. Lucien Suel en effet biffe, noircit sur la page du livre d’origine mots et phrases jusqu’à y substituer par soustraction son propre texte.

Catherine Hémery Bernet

se contente elle de désigner sur la page les mots nécessaires à ses créations, organisant ainsi un double trajet de lecture. Le résultat n’en est que plus saisissant, au point de ne plus savoir si c’est « Campagnes de Russie » qui préexistait au texte de Hémery Bernet ou si « Ce massage de purs » était enfoui sous celui de Trassard. Le lecteur assisterait alors à une opération de mise à jour, un travail d’archéologie de la langue, de patient déblaiement. Laissant sourdre l’idée insistante qu’aussi bien d’autres textes seraient encore à découvrir dissimulés dans celui de Trassard qui les masque, textes dans le texte qu’on aurait ignorés sans l’intervention de

Catherine Hémery Bernet

. C’est tout l’univers de la littérature qui est ainsi interrogé en une subtile leçon borgésienne : chaque texte en contient d’autres à l’infini, chaque livre contient à lui seul tous les livres selon une combinatoire qu’il suffit de modifier pour qu’ils surgissent. Vertigineuse expérience de lecture.

Travail époustouflant, rien moins qu’anecdotique, constitué par ces 101 recueils, ces 101 pièces uniques, œuvre précieuse semée aux quatre vents que Catherine Hémery Bernet élabore à bas bruit avec modestie, inventivité, intelligence, humour… et générosité. On en reste subjugué.

Ouest Track et nous : le 21 juin

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Le 21 juin 2020, à 11h et après, en podcast quand vous voulez,

dans la pastille Autour des livres  de Viva Culture :

“Black lives matter”

Margaret Mitchell chez Gallmeister

Arno Bertina chez La Contre-allée, Verticales et Sometimes éditions

des oeuvres dans les musées

des statues dans les villes

Ouest Track et nous :

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Le dimanche 24 mai à 11h sur Ouest Track, et après, en podcast quand vous voulez :
Autour des livres vous parle de
Rouge pute de Perrine Le Querrec
aux éditions La contre-allée.

On parle de nous et du Chat Bleu ! Merci !

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EDITO : Le regard du spectateur

« Il me semble que la civilisation est toujours à recommencer ; qu’elle n’est pas un état de grâce, mais bien un travail continuel sur soi-même et les autres, dans la direction indiquée par l’expérience et par l’espoir. L’homme est une question de persévérance. » Cette citation de l’écrivain roumain Petru Dumitriu (1924-2002) est plus que jamais d’actualité. En effet on ne compte plus les motifs d’inquiétude dans un monde traversé par plusieurs défis.
Où en sommes-nous d’une société où l’on pourrait ne pas perdre sa vie à la gagner ? Où l’on ne se méfierait pas des pauvres, selon Esther Duflo (prix Nobel d’économie 2019)? Où le langage des poings ne prévaudrait pas sur la parole ? Où l’éducation serait prédominante parce que les pays s’enrichissent grâce à l’intelligence et au savoir ? Où nos instances politiques et économiques seraient capables de répondre à l’urgence écologique hors de la domination de grandes firmes ? Où l’on ne craindrait pas les tentations populistes et une dérive autoritaire ?
« La démocratie est par nature expérimentale » écrit l’historien Pierre Rosanvallon dans Les siècles du populisme(Seuil). C’est dire que nos démocraties sont fragiles, soumises à des aspirations légitimes et parfois contradictoires.
« La question du totalitarisme n’est pas derrière nous mais devant nous » affirme le philosophe Jean-Jacques Rosat auteur de Chroniques orwelliennes (Collège de France).

C’est la raison pour laquelle le rôle des artistes et des acteurs culturels est si précieux. Partager les arts avec le plus grand nombre et avec l’exigence la plus élevée, c’est ce qui anime également beaucoup de spectateurs moins « consommateurs » qu’acteurs.
La part de la culture dans les programmes des candidats aux élections est, hélas, significative : elle est le plus souvent réduite quand elle n’est pas passée sous silence….
La démocratie pourtant est à ce prix : les fondements du totalitarisme sont la censure, l’ignorance et la pauvreté ou l’instrumentalisation du langage.

On suivra sur ce point l’économiste Deirdre Mc Closkey qui affirme que c’est la production des intellectuels et des artistes qui explique le grand enrichissement qui gagne l’Europe de l’Ouest, puis le reste du monde entre le 18ème et le 20ème siècle : grâce à eux, l’éthique bascule.
Ils font de la liberté, de la créativité et de l’innovation les nouvelles vertus morales en lieu et place de l’honneur, du rang et de la soumission à l’Eglise et au prince.
N’est-ce pas ce qui définirait un nouvel individualisme porteur d’actions solidaires ? Celles des jeunes des Fridays for future pour nous éveiller et protéger la terre et celles des Sardines, en Italie, dans une belle énergie de vie commune ?
Isabelle Royer

GRANDE CONVERSATION
11e Grande conversation
Le 13 mars, à 18h30, Bibliothèque Oscar Niemeyer
Qui sont nos zombies ?
De la fiction aux fantasmes

Les zombies sont désormais un phénomène culturel. Leurs hordes vacillantes d’êtres terrifiants nous sont devenues familières et font partie de notre imaginaire.
Ils ont envahi le cinéma, la télévision, internet, la bande dessinée, la littérature … Ils s’incarnent dans des défilés carnavalesques : les Zombies Walks.
Mais c’est quoi un zombie ? De quoi sa popularité est-elle devenue le symptôme ?
Ces êtres inconcevables auxquels personne ne peut s’identifier – trop morts, trop vivants – on pouvait aisément les mettre dans la case du simple divertissement de la pop-culture. Mais ils se sont infiltrés dans les réflexions de philosophes, de sociologues, de neurologues, d’ethnologues, qui, se saisissant du sujet, ont dévoilé les préoccupations contemporaines.

Dans le cinéma des années Trente, aux Etats-Unis, la figure du zombie était associée aux fantasmes liés au Vaudou et au réveil des morts. En 1968, La nuit des morts-vivants, le film de George A. Romero, lui a donné un sens différent. Des zombies déferlent en une meute vacillante et deviennent le symbole de l’effrayant inattendu, d’un quelque chose qui pourrait atteindre l’individu et l’humanité entière, dans une dimension inouïe et irrémédiable.
C’est le déclenchement d’une réflexion où le zombie n’apparaît plus comme un objet d’imaginaire récréatif mais celui d’une pensée critique de la société. Au rythme du questionnement sur les significations qu’il peut prendre, il va changer progressivement de sens, jusqu’à ne plus être seulement une silhouette errante et affamée de chair humaine mais la représentation de différentes formes de phénomènes qui caractérisent notre époque. Des colloques universitaires, des conférences, des essais, des émissions de radio, des documentaires, lui sont consacrés et se multiplient.
Parmi toutes les figures de monstres, pourquoi le zombie, serait-il aujourd’hui celui qui symboliserait le mieux les interrogations de notre monde ? En quoi une créature de fiction peut-elle nous aider à décrypter notre époque ?
Entre distraction et réflexion, nous aurons cette conversation en compagnie de nos invités :
                                            Clémentine Hougue, chercheuse en études culturelles,
                                                   auteure de Le zombie au-delà de la fiction
                                                                                      et
                                                           l’association Cannibale peluche,
                                          de cinéphiles et programmateurs de l’étrange.
Entrée libre
Les 9 et 23 février, le 8 mars, écoutez sur Viva culture – 11h à 11h 30, dans 10mn chronique, sur Ouest Track radio : Pourquoi les zombies ?
Catherine Désormière

COUPS DE COEUR
Au festival Le Goût des autres

1- Le jeune noir à l’épée
Abd Al Malik/Salia Sanou (vu dans Multiple(s) à Avignon l’été dernier)
J’ai été absolument emballée, emportée par la prestation chorégraphiée de quatre magnifiques (dans tous les sens du terme) danseurs, à savoir Salomon Asaro, Akeem Alias Washko, Vincent Keys Lafif et Bolewa Sabourin : un pur et rare moment de bonheur total !

2- La cuisine de Marguerite
Un vrai régal en cette heure de déjeuner (12h30), et pas seulement pour les papilles : le propos est léger, pétillant. On y apprend, entre autres, la recette des boulettes « à la grecque »(là-bas, on dit « kèftédès »), façon Mélina Mercouri, qui aurait pu candidater pour des étoiles au Michelin ! Ce n’est pas exactement ce que j’ai dégusté lors de mes nombreux séjours au pays des Héllènes : des plats basiques mais néanmoins fort savoureux….
La comédienne Julie Martigny (qui intervient à l’atelier théâtre du lycée Porte Océane) porte bien la légèreté joyeuse de ce texte si frais, révélant une facette peu connue de la grande Marguerite Duras.
N’oublions pas les femmes de La Fabrique Pierre Hamet qui nous ont régalés avec leur succulente (et durassienne) soupe de poireaux !

3- Beloved
Toni Morrison


Une lecture musicale très émouvante de cet ouvrage connu pour la rudesse du propos, par la comédienne Astrid Bayiha (découverte par Bob Wilson) et le groupe électro ORK dans une belle osmose.
Annette Maignan

AUTOUR DES LIVRES
Le Chat Bleu, c’est à Sainte-Adresse, tout près de la plage. Brocante, petite épicerie fine, restauration le midi, salon de thé, bar à vins-tapas le soir…Tout cela dans un décor chaleureux, un joyeux petit bazar avec des recoins partout et une jolie petite terrasse avec vue sur la mer.

Nsenga, le patron, y accueille régulièrement des concerts, des soirées à thème…Il nous y accueille aussi, nous, amoureux…amoureuses plutôt, il n’y vient pas beaucoup d’hommes… des livres et de la lecture, une fois par mois autour de Catherine Hémery-Bernet qui a inventé avec lui ces soirées « Un vin, des livres » il y a plusieurs années. Ou comment faire rimer littérature et oenologie !
Rappelons que Catherine présente une rubrique Autour des livres dans Viva Culture sur www.ouest-trackradio.fr (95.9 DAB ou en podcast)
Nsenga nous propose à chaque fois un vin rouge et un vin blanc qu’il a choisis avec soin. Il nous les « raconte » pour nous les mettre en bouche et nous les sert avec quelques petits tapas maison toujours originaux et délicieux.

C’est le moment d’écouter Catherine qui commence toujours par nous présenter, elle, deux ou trois livres qu’elle a aimés, elle nous en lit quelques passages pour nous donner le ton. Un de ces livres sera gagné par un(e) participant(e) tiré(e) au sort. Cadeau de la soirée, très apprécié ! Puis Catherine donne la parole à qui souhaite la prendre, pour parler d’un ou de plusieurs livres aimés. C’est l’occasion d’un riche échange entre nous. Les envies de lectures circulent, les livres se prêtent, les avis se confrontent. Parfois la conversation s’ouvre sur des spectacles vus, des films découverts…C’est joyeux, simple et convivial. On peut même venir juste pour écouter, on n’est pas obligé de prendre la parole !
Et ce sont de bons moments de partage.
C’est bien sûr ouvert à tout le monde. On trouve le calendrier de ces rencontres sur le site de la maison d’édition dirigée par Catherine et dont voici l’adresse : www.ruedudepart-editions.com
Et donc, si vous aimez lire, partager vos lectures, découvrir de nouveaux titres, de nouveaux auteurs, soyez les bienvenus au Chat Bleu parmi nous !
Véronique Garrigou

Suite n° 11

Mis en avant

Suite n°11 vient de sortir,
Suite n°11 est de Pascal Millet, auteur de polar mais pas que !
Suite n°11 est un poème narratif sur les débuts d’une relation amoureuse. C’est l’homme qui parle, de son histoire particulière.
Suite n°11, c’est, face à ce texte contemporain, des images de corps féminin, des détails de sculptures, des courbes, des nuques, des seins, des mains de tous les temps et de lieux différents. Un éternel féminin, fabuleusement photographié par Eric Enjalbert. Certaines pierres sont des peaux !
Suite n°11, c’est une histoire particulière face à La Femme.

Un Khalil Gibran : P U N° 129

 Une soixantaine de lettres inédites de Khalil Gibran ont été rassemblées en 2009 par les éditions rennaises La Part Commune dans un volume nommé Autoportrait.
Khalil Gibran (1883-1931), né au Liban, a vécu une grande partie de sa vie aux Etats-Unis. C’est de cet éloignement que naît cette correspondance. Le Liban lui manque. La maladie l’empêche de voyager et de travailler comme il le souhaiterait.
Il écrit et dessine. Ses dessins sont exposés pour la première fois en 1904 à Boston. Son recueil de poèmes The Prophet paraît en 1923 chez Alfred Knopf. Il deviendra hyper populaire dans les années 60, entre autres auprès des mouvements New-Age.

Quelques Poèmes Express issus de ces textes :
– Pensez à moi car les pins tendent les bras.
– Ne pas troubler le monde arabe ni nous serrer l’âme.

– Quand tu es au sommet, rappelle-toi de descendre.
– La brume engloutit la petite boîte et les couleurs.
– Acceptez un poète qui brûle.
– Poudré, fardé, l’occidental.
– C’est une chaîne d’hésitation. Chaque fois : “demain”.

Autoportrait est offert à Vincent Guillier, créateur des éditions Voix de garage, à Amiens en 2014.
Voix de garage : des livres imprimés à la main, au plomb mobile, avec du matériel ancien. Une forme d'”arte povera” des lettres.

ça va ? ça va …

Dans ça va ? ça va…, on trouve des textes de ficition ( et nous en reparlerons ) mais aussi  des “relevés”, des informations choisies par Marthe Cahèbe.  Marthe Cahèbe qui reprend à son compte cette citation du poète objectiviste américain Charles Reznikoff :

« Je vois une chose, elle m’émeut, je la transcris comme je la vois. Je m’abstiens de tout commentaire dans ma façon d’en parler. Si j’ai bien décrit la chose, il pourra y avoir quelqu’un pour être ému à son tour, mais aussi quelqu’un pour dire : Mais Bon Dieu, qu’est-ce que c’est que ça ? Peut-être les deux auront-ils raison. »

 

Un Cheikh Hamidou Kane : P U N° 127

L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, paru en 1961 chez Julliard a obtenu le Prix de Littérature d’Afrique noire en 1962.
C’est LE grand livre de ce Peul, croyant, né en 1928 au Sénégal, qui fut haut-fonctionnaire, ministre sous deux présidents différents.
L’aventure ambiguë est né entre autres de sa propre vie.  Enfant, comme le personnage de Samba Diallo, il a d’abord été à l’école coranique, puis à l’école des colons. Le roman parle de la culture qu’on altère en prenant celle de l’autre. Il pose le problème : peut-être se divise-t-on, se perd-on en apprenant du Blanc, peut-être (se) trahit-on. Un beau sujet, d’autant plus important qu’il était traité avant l’indépendance.

Quelques Poèmes Express nés de ce livre :
– Craquement, soupir, gémissements et ton bruit collé à la terre.
– Ceux qui étaient sans semblable, on les laissa approcher.

– Apprenez l’extérieur, tragédie à portée de main.
– Mouvement commencé, mouvement achevé. Elle se berce.
– De l’oeil, le regard se dérobe.
– Je n’ose pas, jamais. Mais je n’ai pas peur, de rien.
– Philosopher ensable.

La Pièce Unique n° 127 est envoyée à Guillaume Richez de la revue en ligne et sonore (littérature, poésie, théâtre, polar, mauvais genre) Les Imposteurs. Il y prête sa voix aux textes.