Au Studio, Chabrol et les Ancres Noires

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LA FEMME INFIDELE (1969), CYCLE CLAUDE CHABROL, LE STUDIO, MARDI 10 MARS 2026, 20H30

Film programmé en partenariat avec les Ancres noires (Polar à la plage).

Séance présentée par Youri Deschamps, rédacteur en chef de la revue “Eclipses”.

Pour découvrir, réviser, en savoir (encore) plus sur Claude Chabrol, voilà le texte de Patrick Grée (cinéphile devant l’Eternel, ancien collaborateur du Panorama de France Culture), Chabrol et ses monstres,

Chabrol et ses monstres.

 
La tératologie chabrolienne est inhérente à l’individu. Et on ne saurait l’évacuer sans dommage pour la lecture de l’œuvre.

Certes, une clarté, un classicisme hérités du regard critique très favorable porté sur Hawks. La Femme infidèle en serait un exemple, de même que Juste avant la nuit : cadrages au cordeau, rigueur de l’exposé, ses fondements socio-idéologiques et leur développement scénaristique : rien qui coince ! Mais quid à cet égard des Biches ou, à plus forte raison, du Scandale ?

Il y a bien un Chabrol qui détonne quand il ne déraille pas. Il peut s’agir de simples moments dans des films par ailleurs “tenus”, de ces pieds de nez, bras d’honneur éminemment Nouvelle Vague, dans le ton second degré : incongruités réjouissantes somme toute. Mais aussi quelques images déviantes, cadrages biscornus (à travers un aquarium…). Quand ce ne sont pas des films entiers qui basculent dans la dimension nonsensique, carrollienne ou pas (Alice…of course). Et on pourrait parler d’une belle présence baroque chez ce thuriféraire d’Hitchcock pour qui l’image ne doit pas mentir – à cet égard son analyse mordicus de la fameuse “tromperie” du Grand Alibi ne tient pas tant la route. Du baroque donc comme le suggère Fabien Baumann dans un excellent article de la revue Positif (juillet-aout 2025). Et nous en tombons bien d’accord eu égard à la définition de celui-ci (le baroque), par l’étymologie, comme perle irrégulière.

De l’irrégularité, il y en a dans cette filmographie foisonnante, hérissée de cactus. Foisonnante d’hétéroclites et de coruscants. Ce qui n’est pas si surprenant de la part de cet « irrégulier » (pour le coup) de la pellicule qui reprochait à son ancien camarade François Truffaut de ne pas s’être suffisamment colleté au cinéma de genre, et qui revendiquait ingénument n’avoir aucun ego ! Le cinéma comme aventure, avec ses risques, ses paris un peu idiots mais sans trop de regrets à l’arrivée car l’œil du maître y aura régulièrement mis quelque chose de lui-même, aura travaillé, soigné un aspect de tel ou tel “ratage”. Seul peut-être, à ses yeux, Folies Bourgeoises échappait au repêchage : liberté à chacun d’y ajouter ses propres déceptions de spectateur ou cinéphile.

Foisonnement (ne serait-ce que la quantité…), diversité, éclats de lumières noires, zébrures criardes tout au long de la filmographie et à l’intérieur même des pépites qui la composent ; comme un fleuve tumultueux sans cesse en mouvement ! Chez celui qui pourtant s’honorait de filmer au 50 mm comme nous le rappelle Isabelle Huppert qui note dans la foulée que cela ne l’empêcha pas de tomber amoureux de la steadycam (et surtout de son opérateur !). Rappelons-nous ses propres déclarations prônant le primat du cadre sur la lumière : l’image doit être propre avant tout sinon on fait du ton sur ton. Il s’agit bien du même homme, composite lui-même…comme la vie, foncièrement. A savoir le chroniqueur avisé d’une bourgeoisie emblématique de la Ve République, de tout temps pompidolienne. Une bourgeoisie qui s’ennuie (notion essentielle chez Chabrol, l’ennui) et qui s’invente des jeux et des peurs pour se distraire. Des jeux parfois dangereux, un brin pervers : Les Biches, d’une émouvante cruauté. Et que des icônes marmoréennes cristallisent une fois pour toutes : Stéphane Audran, Michel Bouquet, Michel Piccoli, Maurice Ronet (pour de multiples avatars), un occasionnel et pertinent Claude Piéplu, François Périer tout aussi judicieusement convié.

Mais, face à ce flux ample et mesuré: de francs éclairs comme Le Boucher ou Que la bête meure (indubitablement : un Chabrol/Yanne !) et des dissonances (pas seulement dues aux musiques de Jansen), voire de la cacophonie, Gégauff aidant ; comme pour contrarier le lissage onctueux quoique acide (culinairement pas contradictoire !) de ces “classiques” que sont effectivement devenus La Femme infidèle, Juste avant la nuit ou La Rupture (ce dernier un peu plus mêlé toutefois) : déjà, A double tour et son cadrage “voyant” en plongée avec une amorce marquée dont Chabrol se gaussait ultérieurement affirmant que c’était pour faire parler les critiques, voire…Mais aussi Le Scandale (pourtant bien dans la veine auscultation-de-la-bourgeoisie si typique) qui nous plonge dans les milieux rémois auprès desquels le Bordelais de La Fleur du mal semble d’une équanimité toute mauriacienne. Le Scandale sur un scénario de Gégauff, tout aussi caractéristique mais particulièrement alambiqué, en forme de jeu de dupes et de doubles ( déjà Les Biches…), façon thriller agaçant avec un final à la grue époustouflant : travelling arrière ascensionnel à la stricte verticale qui laisse là la scène et son décor, en révélant tout le factice, théâtre truqué du drame avec ses protagonistes s’agitant-grouillant en un dantesque Fuenteovejuna.

Déjà, nous avions Les Noces rouges et ses stridences visuelles ou narratives : les retrouvailles de Piccoli et Stéphane Audran privés l’un de l’autre et donc de sexe restent gravées dans nos rétines ! Puis, pour peu qu’on y consente, dans la marge de la marge, la galerie des mal-aimés, les cousins de province qu’il est indécent d’évoquer. L’invisibilité de certains films aidant à l’affaire. Il faut dire que l’aventurier du 7e art croisa quelques pirates dans la mare aux producteurs de l’époque et les droits se sont un peu évanouis…Même si la fille du réalisateur le déplore et appelle à réévaluer Docteur Popaul entre autres que Chabrol disait avoir entrepris en complicité de Belmondo sur le principe du « on y va carrément ! ».

Que reste-t-il honnêtement de :

La Route de Corinthe, film parodie, façon Tigre ou Marie-Chantal ? produit par l’incontournable Génovès d’après Claude Rank (pilier du Fleuve Noir) avec scénario et dialogue de Daniel Boulanger, Zidi au cadre (Chabrol l’appréciait à ce poste), Rabier à la lumière, Jansen à la musique (sirtakisante en diable) : toute la Sainte Famille quoi. On y trouve bien un résumé fantaisiste du MacGuffin hitchcockien : « quand il n’y aura plus de petites boîtes noires ce seront de petites boîtes rouges », quelques images composées : sur des quais en gradins ou le plan serré d’une bouteille de champagne se détachant sur le fond vert du déshabillé de Jean Seberg ou encore une petite voiture rouge à distance en plongée au centre d’une étendue de terre jaune et sur laquelle la caméra s’attarde plus que de raison. Et, comme il se doit dans tout bon film récréatif de ces années-là, Jean Seberg change de tenue à chaque séquence. C’est là le moins : on n’est pas non plus chez Jesus Franco.

Quelques crans en dessous, il faut bien le dire, se situe Les Magiciens d’après Frédéric Dard avec Jean Rochefort, Gert Fröbe, Franco Nero et Stefania Sandrelli, l’atout de charme indispensable à ce type de coproduction internationale dépaysante. On n’y évite même pas les « inévitables » décollages-atterrissages d’avions avec sortie des vedettes (et des médiums, donc). Certes, le sujet mériterait, pour de futurs exégètes, d’être examiné à la lumière de l’interêt que le cinéaste portait aux faux-semblants, jeux de dupes et de miroirs déjà évoqués, voire les “fakes” fort goûtés de l’invité surprise de La Décade prodigieuse (opus qui mériterait bien de figurer à ce palmarès). S’enchaînent impitoyablement les dialogues informatifs nécessaires à la progression de l’intrigue…qui dans une voiture, au bar de l’hôtel, à celui du night-club : on s’humecte copieusement dans ce “film de vacances” pendant lequel, espérons-le, Chabrol aura, dans les marges du tournage bien entendu, satisfait sa curiosité du genre humain. Notre amphitryon accomplit malgré tout le tour de force de combiner deux de ces “chevilles” inusables lorsque Rochefort offre à Stefania Sandrelli une vodka à bord de sa Jeep blanche ! Seuls pour flatter l’œil mi-clos du spectateur : un gros plan sur une statuette qu’une main féminine pousse vers le bord d’une commode et, quasi enchaînant, une plongée sur Rochefort et son ombre portée sur le fond blanc du mur de l’escalier.

L’étrange Alice ou la dernière fugue ne constitue donc pas la seule incursion de Chabrol dans le fantastique même si traité avec infiniment plus de conviction que l’aimable paradoxe auquel se résume le propos de ces Magiciens. Je procède plus volontiers, on l’aura compris, par associations d’idées que chronologiquement ou graduellement. Louis Malle, la même année ou presque nous propose la folie Black Moon… Claude Chabrol ouvre son ovni par une très conventionnelle scène de couple devant la télé qui diffuse Des chiffres et des lettres (ce qui confirme, au moins, l’intérêt de notre homme pour la petite lucarne, ses émissions-jeux familiales et sa sincère admiration devant la culture des candidats !) Casting composite, comme souvent, et néanmoins impeccable, jusqu’à l’évanescente et cristalline Sylvia Kristel, décalée (forcément) juste ce qu’il faut. Temps et espace sont ici les deux matières malaxées à cœur joie. Le temps, ingrédient récurrent de l’univers fantastique et l’espace naturellement cinématographique : vaste demeure déserte à colonnes et sol en damier, parc verdoyant d’où l’on ne s’évade pas (le Village de la série t.v. Le Prisonnier) ; intrigant puzzle dont il manquera toujours au moins une pièce.

L’escargot sur le pare-brise de la voiture aurait dû pourtant la mettre en garde : on ne sort jamais de sa coquille, on ne quitte pas la demeure que l’on a sécrétée. La bourgeoisie pompidolienne l’a compris qui fait le tour sans fin de la prison dorée qu’elle s’est choisie, tout juste parvient-elle à se divertir (le vieux Charles Vanel en sait quelque chose lorsqu’il parle de “distractions”). Mais ici la manipulation sadique, la cruauté gratuite ne s’exercent pas entre les personnages : c’est bien le réalisateur qui tire les ficelles au premier plan ; le réalisateur qui s’affiche maître du jeu et des illusions, de l’espace sans fin et du temps qui toujours revient. Joli tournis pour une nausée bien chabrolienne et parfaitement maîtrisée : pas d’intersignes ici, de simples signes qui ne disent rien. Exit l’habituelle hypocrisie des classes qui cachent leurs jeux honteux, voilà qu’on triche d’évidence et on le fait savoir. On révèle l’envers des tours ! tout n’est que farce, mensonge, fake, une autre vérité tout bonnement : on ne sort pas de là (dans tous les sens qu’on voudra).

Cette galerie des incongrus de Chabrol pourrait se poursuivre bien sûr, de Folies bourgeoises en Décade prodigieuse, Partie de plaisir et autres Innocents aux mains sales, avec plus ou moins de bonheur, c’est selon, mais le plus souvent, admettons-le, la caméra à la bonne distance et munie de l’objectif adéquat. Et il y a aussi ces instants de ténèbres où souvent l’image, au sens propre, s’obscurcit ( l’injection forcée du contenu rougeâtre de la monstrueuse seringue dans Alice…) avec parfois l’hystérie qui pointe ( L’Enfer, Le Scandale, Le Cri du hibou…) et toujours le mal qui affleure. Impudiques, voire malséants coups de loupe sur les verrues de la bête. Les œuvres majeures tout autant contaminées donc ; comme chez le patron Hitchcock ces moments de bascule autour d’un verre de lait, dans un clocher, le long d’escaliers sombres où l’on plonge mais d’où l’on émerge aussi au bras d’un sauveur qui se ravise.

N.B. Les propos rapportés de Claude Chabrol et autres témoins ont été glanés sur le petit écran : je les cite de mémoire.

Pour les Ancres noires,

P.G., le 03 mars 2026

Un vin, des livres – février 2026 – 1)

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D’abord un recueil de nouvelles et 2 romans :
– Tigre, 13 nouvelles de l’auteur letton Janis Jonevs, traduit par Nicolas Auzanneau, 2024, éditions les Argonautes.
Janis Jonevs était au Boréales, à Caen, en novembre 2025. Il était interviewé par Julien Delorme, longtemps représentant européen de La Peuplade, maintenant entré chez Actes Sud. J. Delorme est un vrai grand lecteur qui sait faire passer son enthousiasme.
J. Jonevs parle français, est aussi traducteur du français vers le letton, entre autres… de son traducteur. Il a été en résidence d’écrivain en France, et la deuxième nouvelle, Méthode, en rend compte de manière humoristique. D’autres textes sont, eux, surréalistes : c’est le cas d’Intro qui rassemble Walt Disney et Henry Ford autour d’une machine à café trop sonore, de L’autre agence, de Voyage, de La jambe et de Le jeu.
C’est drôlement sérieux et on sent que l’auteur s’amuse.
– Les dernières écritures, roman d’Hélène Zimmer, P O L 2025 :
D’elle, j’avais lu et beaucoup beaucoup aimé Fairy tale, qui était en lice dans le concours de premier roman de Terres de paroles, avec l’équipe précédente, de Marianne Clévy.
Ici, autre ton, autres milieux : une enseignante de lettres arrête de faire lire les auteurs au programme et les remplace dans toutes ses classes par Le bilan, un texte sur le changement climatique. Une de ses élèves tente de se suicider. Les parents attaquent l’enseignante. On assiste au procès du côté des avocats.
C’est moqueur vis-à-vis de l’éducation antionale, du couple.
– Les gréveuses, premier roman de Romuald Gadegbeku, Grasset 2025. Invité au Goût des autres, en janvier 2026 et présent à la Galerne en même temps que Guillaume Poix.
Un beau titre, un beau néologisme.
Une histoire sociale : des femmes, d’origine africaine pour la plupart, « techniciennes de surface » d’hôtels, de plus en plus maltraitées par le management d’une société de sous-traitance, font grève. On suit les événements, la vie de deux ou trois de ces femmes, leur famille, leurs rêves.

On a parlé de beaucoup d’autres livres : à bientôt donc.
Et déjà, la date retenue pour la prochaine rencontre : le jeudi 19 mars.
Toujours à l’Art Hotel, à 18h.

Un Peter Handke : P U N° 246

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Encore un premier !
A croire que je ne lis pas !
L’heure de la sensation vraie de cet auteur autrichien a été publié en Allemagne en 1975, en France, chez Gallimard en 1977. Traduction de Georges-Arthur Goldschmidt.
Cela a été porté à l’écran en 1988 sous le titre Ville étrangère par Didier Goldschmidt, fils du traducteur, avec Niels Arestrup dans le rôle principal.
Gregor Keuschnig est un homme arrivé, attaché de presse à l’ambassade d’Autriche à Paris.
Il vit deux jours dans une sorte de crise, en homme clivé … et plutôt désagréable, entre autres avec les femmes… Crise professionnelle, familiale, personnelle qui aboutit à un possible nouveau départ, moins fabriqué, plus en phase avec ses origines.

Quelques Poèmes Express issus de ce Peter Handke :
On entend un coup de frein mais remarqué trop tard sans regarder.
– Il n’existe pas d’obligation de continuer à vivre, chairs et tendons.
– Tout était misérablement normal. Quotidien, ce qui lui faisait du bien.
– La rame roulant plus lentement le long d’un chantier, il vit tous ces visages.
– Il pensa à comment il avait couché avec elle, mains, hanches, sans sentiment.
– Un fantôme dépose plainte contre ce monde au lieu de disparaître.
– Dans l’immeuble en face, une femme, cuisses et seins, derrière la vitre.
– Il n’allait pas se raconter d’histoire : fini de se montrer nu.
– Il sentit sa propre sueur. puis d’une femme élégante – chacun révélait qu’il vivait –

Cette Pièce Unique  3 en 1 est envoyée au traducteur actuel en France de Peter Handke : Julien Lapeyre de Cabanes. Dernier livre sorti, en novembre 2025 : Tête à tête. Une conversation.

Un Sorj Chalandon : P U N° 245

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Retour à Killybegs, paru en 2011,
est la Pièce Unique N° 245.
332 pages en Livre de poche,
Grand prix du roman de l’Académie française 2011.
Raphaëlle Leyris (dont j’aime toujours les choix) dans le monde des livres, en disait à l’époque : « Retour à Killybegs n’est pas qu’un complément à Mon traître : plus puissant, plus subtil, c’est l’histoire d’une âme rendue grise par la contingence, la fatique et la soif de paix. ».

C’est l’Irlande, les Britanniques, les catholiques, les protestants, la résistance, la compromission,

les morts en prison, ou dans des combats, ou par des bombes.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
–  Cette nuit-là a appartenu à l’armée, la guerre sans jugement.
– Une famille menée par la foule, enfouie contre elle.
– Regard dur, il parlait en claques.
– Elle parlait, la salive suppliait. Le silence était bousculé.
– En lettres noires, à la peinture haineuse, une insulte.
– Un parti saccageait la phrase et des milliers se rebellaient.
– J’avais peur. Les filles arrivaient, un rire plein le ventre.
– Je ne sentais plus. Je n’entendais plus. Tête en peur.
– J’étais noué dans le noueux de l’armée.
– J’ai senti la foule. Son minuit.
– Pas l’autoroute mais des chemins de terre. La pluie contre les vitres.
– Le froid, tellement. Couchée avec pull et chaussettes.
– Deux mains contre sa poitrine. Un rêve en sueur avec des cris.
– Si vous avez quelque chose à quitter, dépêchez-vous.
– La presse s’adressait à mon silence. Enfoncé en bas de page.

La Pièce Unique N°245 est offerte à C. Le G. une grande lectrice.

Arno Bertina, à Brin de lecture

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Parmi les « possibilités pour se croiser, échanger, gueuler, trinquer »,
« Brin de lecture », librairie indépendante à Thouars (79). Arno Bertina le signalait :
« – ce jeudi (le 4 décembre) je serai à Thouars, dans les Deux-Sèvres, invité par la librairie « Brin de lecture » (la rencontre commencera à 18h30) ;
– vendredi je suis invité à échanger avec Martial Cavatz dans le cadre du séminaire qu’Annick Louis anime au sein de l’EHESS (de 15h à 17h, 54 boulevard Raspail, dans le 6e à Paris, et c’est au 2e étage) ;
– et enfin samedi, le 6 donc, dans le même quartier (au théâtre du Vieux-Colombier) je serai en dialogue avec Yves Pagès et Dominique Rabaté, dans le cadre du festival littéraire organisé par l’association « Littératures sur paroles » trois jours durant. »


une semaine d’enfer donc, mais on a été nombreux et heureux à « Brin de lecture » de cette rencontre autour de son dernier livre : Des obus, des fesses et des prothèses, chez Verticales . Un roman après deux récits documentaires, né de ce que lui a raconté un ami, un sujet coup de foudre, dont il a tout de suite été sûr que c’était pour lui : un palace en Tunisie. Autour de la piscine, d’un côté des hommes abimés par la guerre, de l’autre, des femmes qui ont eu recours à la chirurgie esthétique et attendent que ça cicatrise.
La guerre, la chirurgie esthétique dans le même endroit : rapprochement tragique et grotesque. Carambolage de deux réels, masculin et féminin.  » « Je ne dénonce pas, je décris un paysage. »
« cinq ans de travail » : « 150 pages écrites la première année : cette partie-là ne m’intéresse pas trop. Vient le moment ensuite de suivre chaque personnage. »
Ils sont quatre qui disent successivement « je ». Une femme, Rafika qui aide dans ce lieu, un homme, Madjeb, chirurgien touché par les combats, une autre femme, Naïma, très belle qui veut l’être moins et un jeune homme, Hassen.
Une « polyphonie », « mot qui m’a été suggéré pour parler de mon travail, dont je ne voyais pas trop ce qu’il recouvrait » mais notion présente dans tous mes textes, romans comme récits. » Rendre visible chacun, dans sa différence, dans sa culture, voir que l’idée qu’on avait jusque là ne correspond pas au personnage. »
Que ce soit dans la fiction ou dans le docu, agir en écrivain et non en journaliste : « pas seulement rassembler et agencer des faits mais les questionner et se mettre au plus près des personnages concernés. »
Et dans chacun des livres, une fête (comme il y a un banquet dans tous les Astérix, lui a fait remarquer une universitaire un jour)
Un palace, une piscine, des cabossé.es, une fête : autant de raisons pour lire  Des obus, des fesses et des prothèses.

Atys, de Lully

L’opéra royal du château de Versailles a monté Atys de Lully et Quinault . La première représentation de cet opéra-ballet avait eu lieu en 1676. Il était aussi appelé « Opéra du Roi » car  Louis XIV en chantait des airs et trouvait des liens entre sa vie privée et la façon d’être des deux héroïnes…
L’histoire : l’amour (contrarié) : Atys aime Sangaride qui l’aime aussi mais le père de Sangaride veut donner sa fille à quelqu’un d’autre, et gâteau sous la cerise, une déesse, Cybèle, aime Atys. Sans vouloir tout divulgâcher, cela va mal finir…
5 actes, un spectacle de presque 3 heures. Pas un seul moment d’ennui. Une merveille au niveau du chant.
Des interprètes fabuleux :

Matthew Newlin : Atys
Giuseppina Bridelli : Cybèle
Ana Quintans : Sangaride
tous étrangers, mais prononçant parfaitement le texte.
Avec, pour moi, une préférence pour la voix de Giuseppina Bridelli.

Opéra ballet, ai-je dit : donc, de la danse.
Je ne sais pas s’il existe des transcriptions des gestes du XVII è siècle, (si quelqu’un sait, qu’il/elle n’hésite pas à réagir)
une chorégraphie que j’ai assez peu appréciée : eu l’impression d’être avec Esther Williams sans la piscine. Impression venant peut-être des costumes.
D’autant qu’elle est de Angelin Preljocaj dont, habituellement, j’aime beaucoup le travail !
Je n’y avais pas prêté attention et ne l’ai compris que quand il est venu saluer…
Aurais-je mieux aimé si j’avais su que c’était lui ?…

Un Vin, des Livres – janvier 2026 – 3)

Et enfin, encore quelques romans français :

– Le Crépuscule des Hommes d’Alfred de Montesquiou, 2025, Robert Laffont. Un livre de journaliste, sur les journalistes et écrivains au procès de Nüremberg (comme Joseph Kessel, Martha Gellhorn, Ernst Hemingway, John Dos Passos…) de novembre 1945 à octobre 1946. C’est à ce procès qu’a été utilisée pour la première fois une traduction simultanée en plusieurs langues (4)

Déserter de Mathias Enard, Actes Sud 2025  deux récits s’entrecroisent : celui d’un homme qui déserte mais on ne sait de quel conflit, et l’histoire du mathématicien déporté pour communisme et auteur de Les Conjectures de Buchenwald .

– La Confrontation de Clara Dupont-Monod, 2025, Albin Michel : Une farce : une prise d’otages dans une école primaire sans écran. Le preneur d’otages dit être Elon Musk. On assiste à une joute verbale entre le peut-être Musk et un officier du GIGN. « Haletant » dit I.

– Avant la peine, de Laure Heinich, avocate pénaliste, 2026, Flammarion : deux médecins urgentistes, un homme, une femme, ce soir-là, sauvent une vie. Un baiser, plus que ça ou pas, une procédure : sur le consentement.

– Les Amants du Lutetia, d’Emilie Frèche, 2023, Albin Michel : Ezra et Maud, , rescapés de la Shoah, se sont connus au Lutetia. Ils décident de mourir ensemble à 86 ans. Leur fille unique ne comprend pas,

– L’Entroubli, de Thibault Daelman, 2025, Le Tripode. Un premier roman, « une écriture » dit MC. Un beau titre en référence à François Villon, un texte autobiographique, une enfance dans une famille compliquée. C’est féroce. Peu de dialogues. Beaucoup de descriptions.

Enfin, une Américaine qui a vendu plus de livres que tout le monde en 2025
Frieda McFadden :
P. a lu un texte non encore traduit : Coworker :
du suspens et un revirement final.

 

Un Vin, des Livres – janvier 2026 – 2)

On a parlé Polars :
avec une journaliste indienne Nilanjana S Roy : Black river, éditions l’Aube noire, traduit par Benoite Dauvergne : un roman noir qui se passe en Inde maintenant. La misère, la corruption, une fin totalement surprenante. « On le dévore » dit MC.
avec des écrivains français qui ont du souffle :
Frédéric Paulin qui a écrit deux trilogies, publiées chez Agullo. La deuxième est sur la guerre au Liban. Son 1er tome, Nul ennemi comme un frère, est maintenant en poche. Réel et fiction se mêlent parfaitement. « C’est prenant et on comprend mieux les tenants et aboutissants de cette guerre. » dit A.
Benjamin Bierstein qui en est, lui aussi, à sa deuxième trilogie, chez Flammarion. Politique française du XX è siècle et fiction. Le 3è tome, 14 juillet vient de sortir. « Excellent », dit V qui a du mal à entrer dans un autre roman.

Un manga :: Gen aux pieds nus : de Keiji Nakazawa (1939-2012). En dix tomes, sur Hiroshima, sur une base autobiographique. Parus au Japon entre 1973 et 1985. Traduit par Vincent Zouzoulkovsky pour les éditions Le Tripode. Tome 1, paru en 2025. « Eprouvant et intéressant » dit S.

Il a été question d’auteurs venus au festival du Goût des autres :
Mathilda di Matteo : La bonne mère, premier roman, 2025, aux éditions de l’Iconoclaste dont elle a dit qu’elle avait toujours voulu être éditée là, présentant cette maison  comme « entre Télérama et Télé Z »
Gabrielle de Tournemire : Des enfants uniques, 2025, éditions Flammarion. Normalienne, 27 ans, nièce de Maylis de Kerangal : premier roman issu d’un an de service civique dans une structure pour handicapés. Deux jeunes y sont amoureux. Réactions des parents, des éducateurs.
Thomas Bontemps : Kiné aux éditions Tarabuste, 2025. Un texte sur ce métier que l’auteur pratique en remplacements, à domicile. Sa pratique, ses pensées, son désarroi devant des réalités.
Louise Rose : Les projectiles, 2025, éditions P O L : une jeune femme quitte tout du jour au lendemain. Une langue ludique.

Des classiques :
Félix Fénéon (1861-1944) : Nouvelles en trois lignes, parues en 1905-1906, trouvables en Libretto.
Stefan Zweig : pour Le Joueur d’échecs
Emile Ajar pour La vie devant soi, ces deux derniers ayant été lus au Goût des autres par Bruno Putzulu.
Conan Doyle : Une étude en rouge, : la première des enquêtes de Sherlock Holmes, parue en 1887.
Jorn Riel : Danois mort en Malaisie en 2023 : La Vierge froide et autres racontars : qui se passe au …Groenland : « drôle, dépaysant, épique, un univers masculin » dit D. Autre livre de lui : paru en 1993 chez Gaïa : Le Garçon qui voulait devenir un être humain : de petites histoires mais qui ont entre elles des liens.

Et on n’a pas fini !
Je reviens bientôt
et vous rappelle la prochaine date : le jeudi 19 février, 18h
à l’Art Hôtel

 

Un Colette : P U N° 244

Bon, me voilà enfonceuse de portes ouvertes : tout le monde le sait et l’exposition qui vient de finir à la BNF le prouve :
C’est une merveille d’écriture.
Un fabuleux choix d’adjectifs.
Une incroyable gamme de couleurs et de matières .
C’est Colette (1873-1954)
et, plus particulièrement, Sido, suivi de Les vrilles de la vigne, paru chez Hachette en 1961. Ses pages sur les chiens, les chats, la nature, les femmes. Et surtout sa description sociologique dans le dernier texte, Music-halls

Quelques Poèmes express issus de ce magnifique recueil :

– Ce rouge, ce violet se réfugiaient dans les fraises, les cassis et les groseilles.
– Une zone échappait : terres inconnues et brumes sur étangs.
– Pour fuir l’humide verdure étouffante, la maison demeure rigueur.
– Il traitait légèrement la vie, par échappées.
– Odeur de beau papier Vergé crémeux…il m’en faut.
– ça fait du bien, la musique, analgésique qu’on s’applique.
– Je me lamente des nuits entières, je n’ai plus de muscles, de dents.
– Elle a l’air oubliée là, lit défait.
– Dans la demi-obscurité d’un aquarium…descend une cigarette.

Un Vin, des Livres – janvier 2026 -1)

  • Une forêt, de Jean-Yves Jouannais, paru en janvier chez Albin Michel :
    Jean -Yves Jouannais a, pendant des années, été son propre conférencier, celui de son projet L’Encyclopédie des Guerres au Centre Pompidou . Ces rendez-vous mensuels se sont arrêtés l’an dernier. Le livre est une extension de ce travail.
    Un Américain d’origine allemande arrive à Brême en 1947 pour faire partie d’une commission de dénazification. Le cas sur lequel il a à travailler est un peu spécial…
    On est dans une ville détruite, c’est l’hiver. C’est beau du fait de cette atmosphère.
  • Un effondrement parfait, de Jérôme Leroy, 2025, paru à la Table ronde : l’auteur, que l’on connaît pour ses romans noirs politiques, écrit là des réflexions sur des écrivains, sur des faits de société. C’est fait de courts chapitres, et cela ne se prend vraiment pas au sérieux.
  • Hôtel des adieux, de Brad Kessler, un roman paru aux USA en 2006, traduit en français en 2009 par Odile Demange, pour les éditions Nil. Paru en 10-18 ensuite.
    Brad Kessler a, après ce roman, écrit un récit sur sa nouvelle vie d’éleveur de chèvres puis une fiction, en 2021, mettant en scène un monastère au Vermont et des réfugiés somalis.
    Au premier chapitre,  nous sommes dans un avion et il y a un problème. Ensuite, l’avion s’étant écrasé, on se retrouve avec les proches venus espérer un miracle, ou rechercher des traces. Ils sont pris en charge dans un hôtel. Et là, on est un peu comme dans un roman policier genre Agatha Christie,  en circuit fermé. On voit les réactions de chacun. Puis ce sont les années suivantes, l’évolution de ces gens qui reviennent dans cet hôtel, y sont reçus, plus comme des amis que comme des clients.

On revient pour la suite,
mais, déjà, notez le prochain rendez-vous d’Un Vin, des Livres : le jeudi 19 février.
C’est à 18h à l’Art Hôtel !

Un Douna Loup : P U N°243

 Boris 1985 a été publié chez Zoé en 2023.
Le premier livre de Douna Loup était paru au Mercure de France en 2011 et avait reçu les prix Schiller découverte, et Michel-Dentan.
Avec Boris 1985, c’est la première fois qu’elle dit JE.
Elle conte la quête de la vérité sur la disparition de son grand-oncle, Boris Weisfeiler dans le Chili de Pinochet.
Ce mathématicien, né en URSS, exilé aux USA était un pro de la rando.
On a dit de lui qu’il s’était noyé… Son corps n’a pas été retrouvé…
40 ans après, faire émerger la vérité n’est toujours pas facile.

Quelques Poèmes Express issus de Boris 1985 :
– J’ai rendez-vous avec une brute. Réel glacé.
– Pas question de s’approcher des souvenirs.
– Au bout d’années décachetées, fin de sa vie.
– La communauté des disparus gratte le ciel.
– Ils n’ont aucun intérêt à dire la vérité. Ils l’ont éliminée
– Cesser de pardonner : inscriptions-cris des vivantes.

Cette Pièce Unique est offerte à Marie-Hélène Calvignac, historienne de l’art, rencontrée à Bâle, qui a un peu conté ses liens avec le Chili.