2ème (faux) Chat Bleu :

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On a dit que, cette fois, on faisait mâle/viril/ »ombre » =  auteurs et personnages principaux masculins.

Alors voilà : un Jérôme Bonnetto, un Richard Morgiève, un Gunnar Gunnarsson et puis aussi un Laurent Petitmangin et, en prime, Per Wahlöö.

  • Le silence des carpes  de Jérôme Bonnetto, éditions Inculte 2021 : ça commence un peu comme un Jean-Philippe Toussaint première mouture, avec un robinet qui fait « ploc », un propriétaire dudit robinet procrastinateur, un plombier au joli petit accent, une photo tombée de la poche du susdit plombier, une compagne qui a besoin d’air. Et puis, cela devient un roman d’aventures qui nous emmène en Moravie et nous replace dans le temps du communisme.
  • Le cherokee de Richard Morgiève, maintenant en Folio policier. Gand prix de littérature policière 2019, prix Mystère de la critique 2020 : de l’humour et une écriture étonnante. Un shérif, Corey, le « cherokee » du titre, voit dans son coin paumé, une voiture abandonnée et un avion de chasse sans pilote. La suite est improbable  mais ce n’est absolument pas grave.
  • Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson, éditions Zulma 2019, paru pour la première fois en 1936. Le personnage, Benedikt, part chaque année avec son chien et son bélier chercher dans la montagne les moutons qui manquent. Cette année, c’est différent. Il a pris du retard, la météo n’est pas bonne et des hommes lui demandent de l’aide pour retrouver leurs bêtes. L’histoire d’un taiseux, un homme calme qui agit, calmement, qui n’a pas peur, même de la mort.
  • Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin, éditions Manufacture des livres, 2020, le dernier prix Stanislas. Un homme, dans l’Est désindustrialisé, perd sa femme mais réussit à élever ses deux garçons. L’un fait des bêtises, pas l’autre. On est un peu dans la même ambiance sociale, les mêmes réflexions que dans le Prix Goncourt de Nicolas Mathieu.
  • Le camion de Per Wahlöö, paru en 1962, en 2012 chez Payot et Rivages. Per Wahlöö est connu pour les dix livres qu’il a écrits à quatre mains avec Maj Sjöwall, sa compagne, dix romans policiers qui se passent en Suède avec des « héros » récurrents, des policiers qui font les choses petit à petit, calmement, sans éclat. Avec Le camion, on est en Espagne, dans les années 50 – comme y fut l’auteur -. Le personnage principal, Willi, est un mauvais peintre allemand qui vit dans une maison avec un couple de Norvégiens. Un jour, ceux-ci ne reviennent pas d’une partie de pêche avec les frères Alemany. Wahlöö, engagé, donne quelques exemples des « techniques » de la police franquiste. Il montre aussi ces scandinaves libérés face aux autochtones bridés par la religion et le régime.

A bientôt ! Et on l’espère, vite, dans un vrai Chat Bleu.

Super réaction à la P U N° 118 !

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Sylvie Chaumet
Parfois un cadeau tombe du ciel
Immense joie de recevoir

La pièce unique n 118 de

Catherine Hémery Bernet
Le principe
Plusieurs niveaux de lecture
Un roman, ici Un remède à la mélancolie de Ray Bradbury, vingt-deux nouvelles dans un espace-temps propre à l’auteur
Sur chaque page impair, le tampon d’une date associée à une information . Ex : 3 février 2021, Le Monde : Un prototype de fusée SpaceX s’écrase à l’atterrissage au Texas
Sur cette même page des mots surlignés établissant un poème : Il se rappelait qu’étant vert, le soleil était triste.
On s’imagine bien le plaisir que Catherine prend à sélectionner une seule information dans la nuée des brèves quotidiennes . 17 octobre 2020, Le Monde : Brexit : Boris Johnson demande aux Britanniques de se préparer à un « No Deal ». Le plaisir aussi de sélectionner des mots dans le roman. Allez chercher la maladie dans le Londres pluvieux.
Le dialogue entre l’actualité et les mots de l’écrivain.
Le jeu de piste.
Car ni le lecteur ni l’auteur ne sont pris au hasard. Catherine oriente son choix. Dialogue avec Bradbury et moi. Elle glisse des indices, des coupures de journaux. Me parle de la première fois où Le Monde a écrit le mot extraterrestre (1950) dans ce recueil d’un auteur de science-fiction qui a écrit Chroniques martiennes la même année. Elle connaît mon goût pour l’espace et mes (très modestes) participations à une revue du Centre National d’Etudes Spatiales.
Elle pose sur la page 225 la date de la création de la NASA, l’année où l’américain Bradbury écrit Un remède à la mélancolie, prend dans ses mots de quoi servir sa pensée (j’ai fixé le vent au milieu de 1958). Sur la table des matières, elle glisse encore l’actualité la plus récente, jeudi 18 février 2021, après 7 mois de voyage, le rover Perseverance s’est posé sur Mars, au moment où je prends une photo qui me fait penser à la conquête spatiale.
Catherine, Ray et moi dans un triangle malicieux, étonnant, souvent drôle.
D’ailleurs il existe une galaxie qui porte ce nom.
Cette galaxie du triangle est un bonheur assurément.

Un Sembene Ousmane : P U N° 119

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Le Sénégalais Sembene Ousmane (1923-2007), fils de pêcheur, autodidacte, est venu en France en 1946. Docker à Marseille pendant dix ans, son premier roman, « Le docker noir » paraît en 1956.
En 1966, il tourne son premier long-métrage : « La noire de… ». Il est considéré comme « le grand-père des cinéastes africains ». Son dernier film, en 2004, Moolade est sur la force des femmes, et contre l’excision.
Homme de gauche, il voit le cinéma, et l’écriture, comme des moyens politiques.

Véhi-Ciosane suivi du Mandat est paru aux éditions Présence africaine en 1966. Les deux novellas  parlent, l’une, de l’inceste par un père polygame, chef de village, l’autre, de l’obligatoire solidarité entre ceux qui s’en sortent et les autres, mais aussi de tromperie.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Un enfant élève son père ou le blesse.
– Au centre de cette haute sphère de notables, la mort avec sa tête plate.
– Elle haïssait la famille, avait soin de l’individuel.
– Une fille, cette nuit, chasse l’homme. Il se fige.
– Elle se refuse. Silence de bouche triste.
– La morale, tout le monde s’en couvrait ou la suivait.
– La sueur collait sur le mamelon des femmes.

La P U N° 119 est offerte à Bruno Lecoquierre. Ce professeur de géographie, directeur du laboratoire IDEES à l’université du Havre, a entre autres travaillé sur le Sahara.

(Un faux) Chat Bleu :

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On n’était pas au Chat Bleu.
On était moins de six.
On a quand même parlé de livres.

Il se trouve que la majorité de ces livres avaient pour propos des vies de femmes.
Cela allait de Corentine de la ministre Roselyne Bachelot… histoire de sa grand-mère bretonne,
à La fin de l’amour, un désarroi contemporain, essai sociologique d’Eva Illouz .

On ne dira rien de plus du premier, mais on pourra le comparer avec Composition française, retour sur une enfance bretonne de Mona Ozouf, paru en 2008, Folio.

Entre les deux, des romans qui évoquent la condition féminine un peu partout, un peu n’importe quand :
Le silence d’Isra, d’etaf Rum. Traduit de l’anglais par Diniz Galhos. Paru aux éditions L’Observatoire en 2020 : la vie d’une jeune Palestinienne mariée sans amour, devenue (ô malheur) mère de filles uniquement.
– Les heures silencieuses, deuxième livre de Gaëlle Josse, trouvable en poche :  la vie d’une femme de la bourgeoisie marchande du XVII ème siècle à La Haye.
– Suzuran d’Aki Shimazaki, Actes Sud, 2020 : ouvre une nouvelle série de la Nippo-québécoise : la vie d’une femme céramiste, divorcée.
– Trencadis (déjà évoqué dans d’autres Chat Bleu) : la bio romancée de Niki de Saint Phalle qui se voulut artiste plus que mère. Aux éditions Quidam, 2020.
– La vengeance m’appartient de Marie N’Diaye, Gallimard, 2021 : une avocate amenée à défendre une femme qui a tué ses trois enfants. Le livre porte aussi sur la bourgeoisie bordelaise et le passé négrier de la ville.
– Alexandra Kim, la Sibérienne, roman graphique de Keum Suk Gendry-Kim aux éditions Cambourakis, 2020 : sur une révolutionnaire d’origine coréenne (1885-1918).

Enfin, donc, l’essai d’Eva Illouz : « Passionnant » : nous sommes dans l’ère du « capitalisme scopique », une économie gérée par les hommes, pour le plaisir des hommes et qui influence les femmes. Un monde où l’éducation des femmes tourne autour du « care », pas celle des hommes, où le marché du développement personnel amène des attentes difficiles à réaliser.

Bientôt, un autre (faux) Chat Bleu. Promis, il n’y sera question que d’hommes.

Un Ray Bradbury : P U N° 118

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Un remède à la mélancolie, de Ray Bradbury (1920-2012), est la Pièce Unique N° 118. Il s’agit d’un recueil de 22 nouvelles qui vont de 1948 à 1959, traduites et rassemblées chez Denoël en 1961. Certaines appartiennent au genre de la S F, d’autres au fantastique, d’autres encore à rien de cela. C’est un ensemble extraordinaire, un vrai plaisir. C’est plein d’invention, d’idées inattendues, un feu d’artifice, des fusées multicolores partant dans tous les sens.

Voilà quelques Poèmes Express issus d’Un remède à la mélancolie :

– Une fraise des bois demande de l’argent pour acheter des enfants.
– Elle descendit les marches de cette histoire en six à huit mois.
– Tout a cessé. Silence…des êtres se sont desséchés. Lentement.
– Tu nous achèteras un peu de profondeur.
Un fantôme fixait la confiture. Son gémissement troubla le silence.
Mon visage s’ouvrit et j’ouvris le petit homme.
Le saumon ignore le ciel neigeux ou la couleur prune.
– En esprit, faire le saut. Et pendant ce temps, être grenouille.

Cette Pièce Unique est envoyée à Sylvie C. « rencontrée » sur Facebook, donc pas vraiment rencontrée, mais ressentie comme potentiellement proche.

Un Asli Erdogan : P U N° 117

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Le silence même n’est plus à toi : chroniques de la journaliste et romancière Asli Erdogan. Traduites du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, elles sont trouvables dans la collection Babel. Asli Erdogan est une de ces intellectuels poursuivis par le gouvernement turc pour ses prises de position sur le génocide arménien, la situation des Kurdes, le sort fait aux femmes. Ses textes dénoncent dans une prose poétique les horreurs vécues en Turquie.
Elle a pu dire en 2017 à l’émission de François Busnel : « Ma foi dans les mots est inébranlable ». Et il faut croire que c’est aussi le cas de Recep Tayyip Erdogan puisqu’elle a été emprisonnée, jugée, qu’elle doit vivre en exil et pas pour la première fois.

Quelques « Poèmes Express » issus de ce livre :
– Les snipers déployés autour de la recroquevillée.
– Au pied du F16, les émotions reviennent.
– Descendre au centre du brun triste, tirant 
sur le violet.
– Corps étiquetés, cri égaré.
– C’est interdit, les explosions sur l’autoroute.
– La neige, dans un état fiévreux, a beaucoup changé.

On envoie cette Pièce Unique à une des éditrices d’Actes Sud, Marie Desmeures. Par jeu : une espèce de retour à l’envoyeur.

 

« Le Havre aux livres » et nous

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Ils y sont.
Nous y sommes.
Même le dimanche.
Jusqu’à la fin de décembre

Pour vous,
Pour vos cadeaux.
Rue du Départ offre un joli carnet-livre à tout acheteur, dans la boutique, de deux livres dont UN Rue du Départ : qu’on se le dise, qu’on en profite.

Le Havre aux livres
67 rue Bernardin de St Pierre
76600 Le Havre

« Le Havre aux livres » et Rue du Départ

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Le Havre aux Livres est un collectif de 5 éditeurs normands qui ont envie de présenter des projets innovants pour partager leur passion et leur savoir-faire. De rencontres professionnelles en amitiés, ainsi est née la boutique éphémère.

Ce collectif s’est installé, pour deux mois, jusqu’aux fêtes de fin d’année :
67 rue Bernardin de Saint-Pierre (rue piétonne)
76600 Le Havre
Ils sont arrivés juste avant le début du 2ème confinement….
et sont réduits au « clique et collecte » jusqu’à nouvel ordre.

Pourtant, très gentiment, ils ont proposé à d’autres maisons d’édition, dont Rue du Départ, de les rejoindre. Et c’est fait : vous pouvez trouver nos livres à la boutique éphémère. De Pile et face à Un peu de lune.

Chat Bleu : octobre 2020 -2)

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avec un peu de retard… mais le mois de novembre étant, malheureusement, sans possibilité de Chat Bleu… on a pris son temps…

on a évoqué aussi :
– Le crépuscule et l’aube de Ken Follett, édition R. Laffont, 2020 . Un quatrième tome à lire avant Les piliers de la terre. On est en l’an mille, dans un village, en Angleterre et c’est l’arrivée de Vikings.
– Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers, Grasset, 2020 : une femme cherche à se réapproprier son corps, va dans un salon de massage et de thé japonais dans Paris. Elle y découvre entre autres le Japon.
Le discours de Fabrice Caro, 2018 : » un livre drôle, émouvant aussi » : un homme, le temps d’un repas familial, parle.
Buveurs de vent de Franck Bouysse, Albin Michel, 2020 : « une belle écriture et un univers très noir. » Dans une vallée imaginaire, une personne domine toutes les vies.
– Nos espérances d’Anna Hope, traduit par Elodie Leplat, Gallimard 2020 : trois copines en fac vers 1995 se retrouvent en 2010. Ce qu’elles sont devenues.
Les disparus de Daniel Mendelssohn, traduit par Pierre Guglielmina, 2007 Flammarion. Prix Médicis étranger, maintenant en J’ai Lu. Mendelssohn enquête sur sa famille juive. « Une merveille. »
Une mort très douce de Simone de Beauvoir, en Folio : » un très joli livre » de 1964, « pas du tout triste », sur la fin de sa mère.
– Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, chez POL et en Folio. Prix des lycéens et prix du livre Inter. Dans un ancien pensionnat, des marginaux vivent ensemble, forment une sorte de secte. Ils ont un discours sur l’amour, l’accueil. Tout bascule quand un migrant arrive.
– Le dernier des branleurs de Vincent Mondiot, Actes Sud Junior, 2020 : ce n’est pas drôle d’être un ado…
– L’espion et le traître de Ben Macintyre, traduit par Henri Bernard, Pocket, 2020 : l’histoire vraie d’un agent double dans les années 1970. Oleg Gurlievski vit encore en Grande Bretagne. John Le Carré a adoré, dit-on.
– Le bonheur, sa dent, douce à la mort de Barbara Cassin, Fayard 2020 : son autobiographie philosophique : une femme « d’une liberté absolue ».

On a reparlé de :
– Le répondeur  de Luc Blanvillain, édition Quidam, 2020 : « Un livre vraiment drôle, qui fait du bien en ce moment ! »
– D’un cheval l’autre de Bartabas, Gallimard, 2020 : » un beau livre sur les chevaux », les humains, leurs rapports.

A quand le prochain Chat Bleu ? Grande question ! On avait imaginé qu’en décembre, ce serait le 10.
On vous tient au courant.
Prenez soin de vous !

Chat Bleu : octobre 2020 – 1)

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Dur de choisir entre
un rouge : Montagne Saint Emilion avec « pas mal de caractère », au tanin présent mais soyeux
et
un rosé : d’hiver, grain de glace, vendangé de nuit pour conserver les arômes !

Dur mais on a bien vu que personne n’était perdant !

Et nous voilà partis pour :

  L’Islande avec La fenêtre au sud de Gurdir Eliasson, aux éditions québécoises La Peuplade, traduit par Catherine Eyjolfsson, 2020. Un écrivain, seul pendant quatre saisons dans une maison prêtée au bord de la mer, a du mal à travailler : (p 19) « Je tâte le clavier d’une main hésitante, cherchant à retrouver les mots. Mes personnages sont restés tout ce temps à l’hôtel de montagne, sans bouger. Ils sont couchés tous deux, immobiles comme des morts. Je martèle des mots à la machine : REVEILLEZ-VOUS. Ils ne bronchent pas. »
Il marche beaucoup, ne parle à personne ou presque.
Ce livre, c’est une ambiance : (p104) «  La montagne est de plus en plus rarement visible. Les brouillards d’automne s’y sont posés et, certains jours, c’est tout juste si je peux voir quoi que ce soit par la fenêtre. Derrière ce gris camouflage, se cache la mer, grise elle aussi. »
Vladivostok et Oulan-Oude avec Vladivostok Circus d’Elisa Shua Dusapin, éditions Zoé, 2020. C’est le 3ème roman de cette auteure. Chaque fois, une jeune femme dit « je ». Chaque fois, pourtant, c’est un personnage un peu » opaque ». Chaque fois, l’action est infime. Et, bizarrement, c’est ce qui est attirant. Cette fois, le personnage est une costumière venue travailler pour un trio à la barre russe, dans un cirque. (p34) : » Au coeur de la piste, enroulée sur elle-même, la tête sous le ventre, la femme fait onduler ses membres comme une anémone de mer. »
L’Europe des années 1940 avec La décision de Brandes du Catalan Eduard Marquez, paru aux éditions do en 2017, dans une traduction d’Edmond Raillard. Marquez parle d’Histoire et d’Histoire de l’art, de Cranach à « l’art dégénéré », à travers l’histoire intime d’un peintre. La fin est un baume contre le mépris.

Un article de Jean-Pierre Suaudeau sur sa Pièce Unique ! Merci !

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VERTIGE DE LA LITTERATURE
« Ce massage de purs » de

Catherine Hémery Bernet

.

Depuis 2014,

Catherine Hémery Bernet

créé des livres singuliers nommés « Pièce unique » et réalisés, comme on s’en doute, en un seul exemplaire. Ce livre unique vous arrive un jour au bon soin de la Poste par la grâce désintéressée de l’autrice.

Celui qui m’est parvenu, le 101ème, s’intitule « Ce massage de purs », anagramme du titre du livre de Jean-Loup Trassard « Campagnes de Russie », paru en 1989, sur lequel il vient s’adosser.
Le dispositif choisi par

Catherine Hémery Bernet

semble simple : d’un livre existant, elle prélève quelques mots, quelques lettres au besoin, en les surlignant sur chaque page impaire, écrivant ainsi son propre texte, soit, ici,133 « poèmes express». Simple et cependant d’une force qui suffit à subvertir toute lecture, à dynamiter l’idée même de littérature et à ouvrir un abîme temporel sous nos yeux de lecteurs subjugués.

Ces « poèmes » se font, au gré des jours, tantôt humoristiques : « Une dame russe cherchait un cinéma. Plus d’un an après on en localise un. » (p 11), « Nous enlevons nos chaussettes sur le canapé et je vois bien la déception » (p 81), fantaisistes : « les cerises répondent non aux petites mouches » (p 189), « une énorme patte appelle les petits pois, marche dans ce vert tendre » (p 241), sensibles : « Le rose très pâle vient jusqu’au bord du rouge » (p 141), « deux tracteurs soulèvent deux nuages, petites usines qui fument » (p 185), saisissants : « Une femme, sur le char, attend dans un paletot de peur » (p 69), aussi bien sensuels : « ce qui m’intéresse, c’est la peau » (p 153), « forte odeur de femmes et robe rouge à pois blancs » (p 187), prennent la forme d’adages : « Quand est malade le vétérinaire, grince le chien » (p 223), d’incipits de romans : « Deux femmes repoussent sur le canapé un étranger à l’air malcommode » (p 55), ou de polars : « Dix-neuf millions dans un bocal de verre ? c’est pas beaucoup. » (p 73), et pensées qu’on imagine influencées par le confinement : « Remerciements au Livre parce que les livres sont toujours là » (p 159, 29 mars), « Nous demandons le possible demain. » (p 215, 26 avril), « On se demande comment reprendre » (p 225, 1er mai).
Le lecteur ignorera si les créations quotidiennes de

Catherine Hémery Bernet

t répondent à un cahier des charges précis, à une série de contraintes oulipiennes ou si l’humeur créative prévaut. Et qu’importe : on se laisse guider, porter par les images qui en surgissent, amusé, ému, étonné, entraîné par le plaisir évident de l’autrice à se saisir des mots, à les faire parler, sonner, s’entrechoquer : la langue, le livre devenus terrain de jeux.

ll est indispensable d’évoquer également le livre de Jean-Loup Trassard, l’écrivain-paysan, journal d’une singulière résidence en Russie encore soviétique se déroulant du 11 mai au 5 juin 1986. Résidence qu’il a voulu rurale, afin de visiter fermes et installations agricoles, d’échanger avec ceux celles qui y travaillent, en connaisseur. Ce journal passionnant donne à voir la Russie des campagnes, avec précision, humour, sens de la notation, attention aux gens et aux paysages. Rien n’échappe à l’écrivain. Passionnant et instructif carnet de voyage, témoignage autant historique sur la Russie soviétique à l’aube de la chute du mur qu’humain tant abondent les portraits attachants, « visages cloués sur la paroi du temps »1. Livre captivant. Puissant. Et il le faut pour résister aux interventions malicieuses de Catherine Hémery Bernet qui en bousculent la lecture selon un dispositif à la fois simple et complexe qu’il est nécessaire de décrire précisément pour en saisir toute la portée.
Le dispositif comporte en effet plusieurs strates : la première, déjà évoquée, est composée de « poèmes » distillés à l’intérieur même du texte d’origine ; la deuxième accueille en marge haute des fragments d’actualité sourcée (en l’occurrence surtout consacrée à la Russie contemporaine, actualité rien moins que réjouissante sous l’ère Poutine) ; la troisième enfin, en bas de page, révèle les dates de ses interventions quotidiennes (soit du 1er janvier au 27 mai 2020). Interventions auxquelles elle joint parfois un article, une photo, collés en haut de page.
Le lecteur se trouve dès lors confronté à une profusion d’informations qui se chevauchent, se télescopent, le convient à un voyage enjambant temps et espace : la Russie soviétique et rurale de 1986, circonscrite aux territoires forcément réduits visités par Trassard ; celle de 2020 aux tentacules mondiaux dont l’autrice nous donne des nouvelles en haut de pages ; les « poèmes express » réalisés dans les cinq premiers mois de 2020 (lesquels recoupent la période de confinement) ; à quoi on ajoutera le temps de notre lecture, décalé de quelques semaines, qui met en perspective ces différentes temporalités à l’heure du déconfinement. Le champ de cette lecture s’en trouve considérablement élargi à la fois dans le temps (mai-juin 1986, janvier-mai 2020, juin 2020) et dans l’espace (Biélorussie soviétique, Russie de Poutine, le monde en temps de pandémie), nous obligeant à de continuels allers-retours entre différentes couches de temps, entre divers espaces qui charrient une épaisseur, une densité troublantes, aussi vives et décapantes qu’un vent d’est.
Si

Catherine Hémery Bernet

dit s’inspirer des « poèmes express » de Lucien Suel, elle procède cependant tout autrement. Lucien Suel en effet biffe, noircit sur la page du livre d’origine mots et phrases jusqu’à y substituer par soustraction son propre texte.

Catherine Hémery Bernet

se contente elle de désigner sur la page les mots nécessaires à ses créations, organisant ainsi un double trajet de lecture. Le résultat n’en est que plus saisissant, au point de ne plus savoir si c’est « Campagnes de Russie » qui préexistait au texte de Hémery Bernet ou si « Ce massage de purs » était enfoui sous celui de Trassard. Le lecteur assisterait alors à une opération de mise à jour, un travail d’archéologie de la langue, de patient déblaiement. Laissant sourdre l’idée insistante qu’aussi bien d’autres textes seraient encore à découvrir dissimulés dans celui de Trassard qui les masque, textes dans le texte qu’on aurait ignorés sans l’intervention de

Catherine Hémery Bernet

. C’est tout l’univers de la littérature qui est ainsi interrogé en une subtile leçon borgésienne : chaque texte en contient d’autres à l’infini, chaque livre contient à lui seul tous les livres selon une combinatoire qu’il suffit de modifier pour qu’ils surgissent. Vertigineuse expérience de lecture.

Travail époustouflant, rien moins qu’anecdotique, constitué par ces 101 recueils, ces 101 pièces uniques, œuvre précieuse semée aux quatre vents que Catherine Hémery Bernet élabore à bas bruit avec modestie, inventivité, intelligence, humour… et générosité. On en reste subjugué.

Ouest Track et nous : le 21 juin

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Le 21 juin 2020, à 11h et après, en podcast quand vous voulez,

dans la pastille Autour des livres  de Viva Culture :

« Black lives matter »

Margaret Mitchell chez Gallmeister

Arno Bertina chez La Contre-allée, Verticales et Sometimes éditions

des oeuvres dans les musées

des statues dans les villes

Ouest Track et nous :

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Le dimanche 24 mai à 11h sur Ouest Track, et après, en podcast quand vous voulez :
Autour des livres vous parle de
Rouge pute de Perrine Le Querrec
aux éditions La contre-allée.

Chat Bleu : mars 2020 :

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Vu la tempête en cours, Nsenga nous a proposé, pour nous réconforter, des vins du sud de la France :
en rouge, un corbières de la région de Narbonne, à la robe assez intense, d’une certaine puissance et persistance en bouche  : un  » Champ des murailles » du Domaine de la petite muraille.
en blanc : un chardonnay de la région de Béziers, du Domaine de Cibadiès, dans le fruit mais avec une petite minéralité.

Ils ont accompagné :
– Chroniques d’une station-service d’Alexandre Labruffe, éditions Verticales, 2019 : un texte très visuel, des petites scènes dans lesquelles la station-service est autant un personnage que son pompiste. Labruffe s’amuse et nous aussi.
– L’agence de Mike Nicol, traduction de Jean Esch, éditions Gallimard série noire, 2019. Nous sommes en Afrique du Sud. Le titre fait référence aux services d’espionnage, nombreux, travaillant chacun de leurs côtés et n’allant peut-être pas tous dans le même sens. On y croise des femmes belles et courageuses, des hommes puissants et assez immondes, et ça fonctionne !
– Aux armes de Boris Marme, aux éditions Liana Levi, 2020 : le premier roman d’un Français qui nous plonge dans un petit comté des U S A, ceux que nous connaissons grâce aux films de la côte est, aux livres comme ceux de Russell Banks. Une tuerie a lieu dans un lycée mais le sujet de Marme est la suite de cet événement. Un très bon livre, dont on reparle prochainement dans Autour des Livres sur Ouest-Track.

et aussi :
– L’autoportrait au radiateur de Christian Bobin, Gallimard, 2000, maintenant en Folio. : un journal, quelques lignes par jour. L’histoire d’un deuil et pourtant le bonheur de l’instant.
– Etre ici est une splendeur de Marie Darrieussecq, P O L, 2016 : la biographie de la peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907) : une artiste déterminée, indépendante qui a vécu un temps dans une communauté près de Brême et a créé près de 700 toiles.
Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin, Gallimard, 2019 : un texte sur la fin de Gérard Philippe par celui qui est devenu son gendre posthume.
– Les furtifs d’Alain Damasio, 2019, éditions La Volte : nous sommes en 2050, en France et, dans ce texte très travaillé, Damasio nous promet un monde peu agréable, un monde dans lequel nous sommes presque déjà.
– Le sauvage de Guillermo Arriaga, Fayard, 2019. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Alexandra Carrasco : A Mexico, le parcours initiatique d’un jeune, une réflexion sur la sauvagerie animale et humaine. Après avoir eu un peu de mal à entrer, M-Cl. a beaucoup aimé ce roman.
Americanah  de Chimamanda Ngozi Adichie, 2015 Gallimard, maintenant en Folio : un livre que R. a adoré. Les personnages sont justes. « Elle soulève le tapis » sur l’Amérique et sur son pays, le Nigéria.

On a aussi reparlé de :
– Muréne de Valentine Goby, Actes Sud : un beau livre sur ce qu’est vivre avec le handicap.
Changer le sens des rivières de Murielle Magellan, en poche : parce que cela se passe au Havre !

Prochain Chat Bleu prévu le jeudi 16 avril. A bientôt !

Chat bleu : février 2020

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Nous pouvions boire :
en rouge, un Saint Amour, La Madone, Château Belleverne : d’un petit producteur indépendant en conversion bio, dans le Beaujolais, médaille d’or 2019,
en blanc, un petit Bourgogne très dans le fruit.
Nous avons parlé de :
– Extérieur monde d’Olivier Rolin, 2019, Gallimard : un livre nostalgique, un peu crépusculaire, des mémoires qui évoquent le vieillissement, la place des femmes et bien sûr les voyages. P. 61 : « Il n’y a pas de bout du monde, le monde est parfaitement cousu à lui-même, ». P. 301 : « On a vu des pays, des gens, entendu bruisser des langues, abattu des milliers de Km »…
– Floride de Lauren Groff, 2019, L’Olivier : des nouvelles traduites par Carine Chichereau comme les autres livres de cette auteure américaine. Une ambiance chaque fois un peu étrange, éventuellement inquiétante. Des reptiles. De beaux personnages de femmes, ambigus. Des mères qui ont du mal à l’être.
La dernière histoire se passe à Yport.
Les services compétents de Iegor Gran, 2020, P O L : c’est plein d’humour même si cela parle de ce qui a changé sa vie et celle de ses parents : l’arrestation de son père, André Siniavski, après la longue recherche, par le KGB, de cet auteur de textes contraires à la ligne du parti. Nous sommes en URSS du temps de Krouchtchev, moment de relatif dégel, de marché noir incroyable (l’épisode du « jazz sur ossements » !) C’est jubilatoire.

 

 

On parle de nous et du Chat Bleu ! Merci !

Mis en avant

EDITO : Le regard du spectateur

« Il me semble que la civilisation est toujours à recommencer ; qu’elle n’est pas un état de grâce, mais bien un travail continuel sur soi-même et les autres, dans la direction indiquée par l’expérience et par l’espoir. L’homme est une question de persévérance. » Cette citation de l’écrivain roumain Petru Dumitriu (1924-2002) est plus que jamais d’actualité. En effet on ne compte plus les motifs d’inquiétude dans un monde traversé par plusieurs défis.
Où en sommes-nous d’une société où l’on pourrait ne pas perdre sa vie à la gagner ? Où l’on ne se méfierait pas des pauvres, selon Esther Duflo (prix Nobel d’économie 2019)? Où le langage des poings ne prévaudrait pas sur la parole ? Où l’éducation serait prédominante parce que les pays s’enrichissent grâce à l’intelligence et au savoir ? Où nos instances politiques et économiques seraient capables de répondre à l’urgence écologique hors de la domination de grandes firmes ? Où l’on ne craindrait pas les tentations populistes et une dérive autoritaire ?
« La démocratie est par nature expérimentale » écrit l’historien Pierre Rosanvallon dans Les siècles du populisme(Seuil). C’est dire que nos démocraties sont fragiles, soumises à des aspirations légitimes et parfois contradictoires.
« La question du totalitarisme n’est pas derrière nous mais devant nous » affirme le philosophe Jean-Jacques Rosat auteur de Chroniques orwelliennes (Collège de France).

C’est la raison pour laquelle le rôle des artistes et des acteurs culturels est si précieux. Partager les arts avec le plus grand nombre et avec l’exigence la plus élevée, c’est ce qui anime également beaucoup de spectateurs moins « consommateurs » qu’acteurs.
La part de la culture dans les programmes des candidats aux élections est, hélas, significative : elle est le plus souvent réduite quand elle n’est pas passée sous silence….
La démocratie pourtant est à ce prix : les fondements du totalitarisme sont la censure, l’ignorance et la pauvreté ou l’instrumentalisation du langage.

On suivra sur ce point l’économiste Deirdre Mc Closkey qui affirme que c’est la production des intellectuels et des artistes qui explique le grand enrichissement qui gagne l’Europe de l’Ouest, puis le reste du monde entre le 18ème et le 20ème siècle : grâce à eux, l’éthique bascule.
Ils font de la liberté, de la créativité et de l’innovation les nouvelles vertus morales en lieu et place de l’honneur, du rang et de la soumission à l’Eglise et au prince.
N’est-ce pas ce qui définirait un nouvel individualisme porteur d’actions solidaires ? Celles des jeunes des Fridays for future pour nous éveiller et protéger la terre et celles des Sardines, en Italie, dans une belle énergie de vie commune ?
Isabelle Royer

GRANDE CONVERSATION
11e Grande conversation
Le 13 mars, à 18h30, Bibliothèque Oscar Niemeyer
Qui sont nos zombies ?
De la fiction aux fantasmes

Les zombies sont désormais un phénomène culturel. Leurs hordes vacillantes d’êtres terrifiants nous sont devenues familières et font partie de notre imaginaire.
Ils ont envahi le cinéma, la télévision, internet, la bande dessinée, la littérature … Ils s’incarnent dans des défilés carnavalesques : les Zombies Walks.
Mais c’est quoi un zombie ? De quoi sa popularité est-elle devenue le symptôme ?
Ces êtres inconcevables auxquels personne ne peut s’identifier – trop morts, trop vivants – on pouvait aisément les mettre dans la case du simple divertissement de la pop-culture. Mais ils se sont infiltrés dans les réflexions de philosophes, de sociologues, de neurologues, d’ethnologues, qui, se saisissant du sujet, ont dévoilé les préoccupations contemporaines.

Dans le cinéma des années Trente, aux Etats-Unis, la figure du zombie était associée aux fantasmes liés au Vaudou et au réveil des morts. En 1968, La nuit des morts-vivants, le film de George A. Romero, lui a donné un sens différent. Des zombies déferlent en une meute vacillante et deviennent le symbole de l’effrayant inattendu, d’un quelque chose qui pourrait atteindre l’individu et l’humanité entière, dans une dimension inouïe et irrémédiable.
C’est le déclenchement d’une réflexion où le zombie n’apparaît plus comme un objet d’imaginaire récréatif mais celui d’une pensée critique de la société. Au rythme du questionnement sur les significations qu’il peut prendre, il va changer progressivement de sens, jusqu’à ne plus être seulement une silhouette errante et affamée de chair humaine mais la représentation de différentes formes de phénomènes qui caractérisent notre époque. Des colloques universitaires, des conférences, des essais, des émissions de radio, des documentaires, lui sont consacrés et se multiplient.
Parmi toutes les figures de monstres, pourquoi le zombie, serait-il aujourd’hui celui qui symboliserait le mieux les interrogations de notre monde ? En quoi une créature de fiction peut-elle nous aider à décrypter notre époque ?
Entre distraction et réflexion, nous aurons cette conversation en compagnie de nos invités :
                                            Clémentine Hougue, chercheuse en études culturelles,
                                                   auteure de Le zombie au-delà de la fiction
                                                                                      et
                                                           l’association Cannibale peluche,
                                          de cinéphiles et programmateurs de l’étrange.
Entrée libre
Les 9 et 23 février, le 8 mars, écoutez sur Viva culture – 11h à 11h 30, dans 10mn chronique, sur Ouest Track radio : Pourquoi les zombies ?
Catherine Désormière

COUPS DE COEUR
Au festival Le Goût des autres

1- Le jeune noir à l’épée
Abd Al Malik/Salia Sanou (vu dans Multiple(s) à Avignon l’été dernier)
J’ai été absolument emballée, emportée par la prestation chorégraphiée de quatre magnifiques (dans tous les sens du terme) danseurs, à savoir Salomon Asaro, Akeem Alias Washko, Vincent Keys Lafif et Bolewa Sabourin : un pur et rare moment de bonheur total !

2- La cuisine de Marguerite
Un vrai régal en cette heure de déjeuner (12h30), et pas seulement pour les papilles : le propos est léger, pétillant. On y apprend, entre autres, la recette des boulettes « à la grecque »(là-bas, on dit « kèftédès »), façon Mélina Mercouri, qui aurait pu candidater pour des étoiles au Michelin ! Ce n’est pas exactement ce que j’ai dégusté lors de mes nombreux séjours au pays des Héllènes : des plats basiques mais néanmoins fort savoureux….
La comédienne Julie Martigny (qui intervient à l’atelier théâtre du lycée Porte Océane) porte bien la légèreté joyeuse de ce texte si frais, révélant une facette peu connue de la grande Marguerite Duras.
N’oublions pas les femmes de La Fabrique Pierre Hamet qui nous ont régalés avec leur succulente (et durassienne) soupe de poireaux !

3- Beloved
Toni Morrison


Une lecture musicale très émouvante de cet ouvrage connu pour la rudesse du propos, par la comédienne Astrid Bayiha (découverte par Bob Wilson) et le groupe électro ORK dans une belle osmose.
Annette Maignan

AUTOUR DES LIVRES
Le Chat Bleu, c’est à Sainte-Adresse, tout près de la plage. Brocante, petite épicerie fine, restauration le midi, salon de thé, bar à vins-tapas le soir…Tout cela dans un décor chaleureux, un joyeux petit bazar avec des recoins partout et une jolie petite terrasse avec vue sur la mer.

Nsenga, le patron, y accueille régulièrement des concerts, des soirées à thème…Il nous y accueille aussi, nous, amoureux…amoureuses plutôt, il n’y vient pas beaucoup d’hommes… des livres et de la lecture, une fois par mois autour de Catherine Hémery-Bernet qui a inventé avec lui ces soirées « Un vin, des livres » il y a plusieurs années. Ou comment faire rimer littérature et oenologie !
Rappelons que Catherine présente une rubrique Autour des livres dans Viva Culture sur www.ouest-trackradio.fr (95.9 DAB ou en podcast)
Nsenga nous propose à chaque fois un vin rouge et un vin blanc qu’il a choisis avec soin. Il nous les « raconte » pour nous les mettre en bouche et nous les sert avec quelques petits tapas maison toujours originaux et délicieux.

C’est le moment d’écouter Catherine qui commence toujours par nous présenter, elle, deux ou trois livres qu’elle a aimés, elle nous en lit quelques passages pour nous donner le ton. Un de ces livres sera gagné par un(e) participant(e) tiré(e) au sort. Cadeau de la soirée, très apprécié ! Puis Catherine donne la parole à qui souhaite la prendre, pour parler d’un ou de plusieurs livres aimés. C’est l’occasion d’un riche échange entre nous. Les envies de lectures circulent, les livres se prêtent, les avis se confrontent. Parfois la conversation s’ouvre sur des spectacles vus, des films découverts…C’est joyeux, simple et convivial. On peut même venir juste pour écouter, on n’est pas obligé de prendre la parole !
Et ce sont de bons moments de partage.
C’est bien sûr ouvert à tout le monde. On trouve le calendrier de ces rencontres sur le site de la maison d’édition dirigée par Catherine et dont voici l’adresse : www.ruedudepart-editions.com
Et donc, si vous aimez lire, partager vos lectures, découvrir de nouveaux titres, de nouveaux auteurs, soyez les bienvenus au Chat Bleu parmi nous !
Véronique Garrigou

Suite n° 11

Mis en avant

Suite n°11 vient de sortir,
Suite n°11 est de Pascal Millet, auteur de polar mais pas que !
Suite n°11 est un poème narratif sur les débuts d’une relation amoureuse. C’est l’homme qui parle, de son histoire particulière.
Suite n°11, c’est, face à ce texte contemporain, des images de corps féminin, des détails de sculptures, des courbes, des nuques, des seins, des mains de tous les temps et de lieux différents. Un éternel féminin, fabuleusement photographié par Eric Enjalbert. Certaines pierres sont des peaux !
Suite n°11, c’est une histoire particulière face à La Femme.

Un Gunnar Gunnarsson : P U N° 116

Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson (1889-1975) est la Pièce Unique N° 116. Paru en 1936 pour la première fois, on le trouve actuellement dans le catalogue des éditions Zulma.
Un bandeau l’orne : «  »un joyau » Jon Kalman Stefansson ».
Et comme on aime les textes de Jon Kalman Stefansson, on est allés voir et on n’a pas été déçus.
Chaque année, un homme, Benedikt, va, avec son chien et son bélier, dans la montagne, chercher les moutons égarés. Cette fois, il part alors que la tempête menace et des hommes lui demandent de les aider à retrouver leurs moutons. Il le fait mais il a pris du retard et le temps est mauvais… On ne vous en dit pas plus…
Sachez juste que c’est très court mais très fort, que Benedikt est un vrai héros de western, sagace et taiseux. Et aussi, forcément, que la nature est la principale héroïne.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
S’en sortir vivants, vieux ou monstres.
– Il taillait dans des contes de fées qui le fascinaient.
– Les lignes disparurent, le bleu resta. C’était peu.
– Une fois la nuit déchaînée, il fit fondre les jours.
– Lire : faciliter l’entre deux mondes.
– Lourds nuages, jour court et humeur pierreuse.

La Pièce Unique N° 116 sera objet de loterie, façon Chat Bleu.

Moscou 47 : P U N° 115

La Pièce Unique N° 115 n’est pas un roman mais un livre constitué de dessins de Roger Parry de l’Agence France-Presse et de reportages de journalistes de trois quotidiens : France-soir (Claude Veillet Lavallée), Le Figaro (Dominique Auclères) et Franc-Tireur (Charles Ronsac). Ils avaient été, comme des vingtaines d’autres de tous les pays, invités officiellement en avril 1947 par l’ URSS.

Ils se montrent plutôt positifs : (p 181) : « L’entourage de Staline est fait d’hommes supérieurs, véritable élite d’hommes d’Etat, tirés de la sélection naturelle : Vorochilov (Armée), Molotov (Affaires étrangères), qui doit succéder à Staline, Mikoyan (Commerce), Béria (Intérieur, Police), etc… »(…) » D’opposition véritable, il n’y en a pour ainsi dire pas. Ceux qui pourraient la faire ou la diriger, c’est à dire les intellectuels, sont comblés matériellement. Il y a une forte police politique. Mais il y en a toujours eu en Russie ; »(…) » Il y a certainement des départs pour la Sibérie; il y en avait aussi sous les Tsars. »

Voilà quelques Poèmes Express issus de Moscou 47 :
– Au plafond, Gogol a l’air de quelqu’un qui connaît son métier.
– Dans trente ans, nous aurons dépassé nos organes.
– Le pope se démonte : barbe, yeux, poitrine, pied, ventre.
– Le maréchal est ouvert, la forêt abattue et le cercueil hurle.
– Amérique rose saumon. Vertige de duvet…et gros consommateurs.
– Poule sur la neige : corps de kapok.

La Pièce Unique N° 115 est offerte à Virginie R. Féministe, sa pensée progresse sur le mode du fourmillement. C’est déstabilisant et intéressant.