Les Vivants – mai 2024 – 1)

Mis en avant

Tout d’abord, un petit plaisir :
Slate nous dit : « Les personnes qui lisent de la fiction ont un cerveau plus performant. »

Puis, pour assurer la suite : le prochain rendez-vous :
Le jeudi 30 mai, à 18h à l’Aub’art, rue Victor Hugo.

– Le journaliste et l’assassin de Janet Malcolm, sorti aux Etats-Unis en 1990, repris aux éditions du Sous-Sol, en 2024 dans une traduction de Lazare Bitoun, et préfacé par Emmanuel Carrère (« Je suis du bâtiment, depuis quinze ans j’écris des livres de non-fiction« ).
De la « littérature du réel »donc. Une histoire en trois temps et trois procès : celui d’un homme accusé d’avoir tué femme et enfants, innocenté, puis rejugé et, à ce moment et pendant quatre ans, accompagné par un journaliste qui écrira un livre sur lui et son histoire. Ce journaliste joue à l’ami mais sort un livre à charge. D’où le troisième procès : intenté par le prisonnier au journaliste, pour tromperie.
Janet Malcolm, elle, écrit un livre sur ce cas, sur « la relation entre un auteur de non-fiction et son sujet », sur la vérité et l’écriture, fût-elle d’un journaliste.
– Les choses que nous avons vues de Hanna Bervoets au Bruit du monde, 2022. Traduit par Noëlle Michel, ce texte était paru en Hollande en 2021. Une jeune femme parle de ses boulots, au téléphone, service clientèle puis, surtout, dans une entreprise de « modérateurs de contenus ». Très documenté, une bibliographie finale l’atteste, le livre raconte ce que voient ces personnes, ce qu’elles ont pour mission de censurer, de laisser passer, en quel temps, à quel rythme, en quoi cela les impacte.
– Au paradis je demeure d’Attica Locke, paru en 2019 aux USA, en 2022 chez Liana Levi. Maintenant en Folio Policier. Traduit par Anne Rabinovitch. On retrouve le personnage de ranger noir de Bluebird bluebird, aux prises avec le même genre de problème : le racisme. D’autant que, cette fois, nous sommes à Jefferson, capitale du Missouri qui fut un état esclavagiste « de première » et où vivent toujours autant de suprémacistes blancs et de trumpistes décomplexés.
Il a cette fois à retrouver un enfant blanc disparu…

La suite, bientôt !

Les Vivants et Le Typhon

Mis en avant

Ce soir, c’est la dernière fois de Un vin, des livres aux Vivants.
Nous n’arrêtons pas,
Sébastien n’arrête pas
mais ne sera plus dans une boutique.
Il continuera son travail de libraire engagé sur Internet, dans les festivals et sur les marchés. Une nouvelle page.
Mais,
avant de quitter la rue Paul Doumer,
il reçoit le 21 mai, à 18h, 

Les Editions du Typhon
maison marseillaise dont on a déjà parlé ici plusieurs fois, pour : Une vie étincelante d’Irmgard Keun, dans leur belle collection poche, et C’est bien écrit d’Andreï Siniavski, préfacé par Iegor Gran, son fils, écrivain chez P O L .
Maison marseillaise dont j’ai quelques volumes dans mes piles de « zundoku »… comme Ironopolis de Glen James Brown.

Le Typhon fait une tournée loin de ses terres.
Leur travail est et beau et intéressant.
Leurs propositions sont différentes et magnifiquement éditées.
( ici, deux exemples de leurs nouveautés)

Venez le 21 mai !!!!!

MZ – mai 2024 – 1)

Mis en avant

Au MZ, on peut déguster « les trois poiriers »,
un Chenin blanc du domaine des Terres Blanches, à Oiron
– haut lieu de l’art contemporain mais pas que, il y a des vignes aussi -.
Sec, notes citronnées et salines
Pour accompagner :
– Le musicien de Charles Reznikoff (1894-1976), son deuxième roman. Paru aux USA après sa mort, une première fois chez P O L en 1986 et réédité maintenant chez Héros-Limite avec la même traduction, de Claude Richard et Emmanuel Hocquard.
Reznikoff n’est pas connu pour cela mais pour ses poèmes, « objectivistes », Et plus particulièrement Testimony (1965) à partir d’archives de tribunaux américains de la fin du XIXème siècle, ou Holocaust (1975), dont une traduction par André Marlowicz existe aux  éditions Unes en 2017, à partir des archives du procès de Nüremberg. Il opère là par sélection, montage, découpe, sans y ajouter de mots.
Avec Le musicien, nous sommes dans les années 30 aux USA. Deux hommes se retrouvent par hasard, le narrateur qui écrivait et est devenu représentant et un autre, Jude Dalsimer, musicien qui tire le diable par la queue. On s’accorde à dire que ces deux personnages sont deux faces de Reznikoff qui n’a jamais vécu de sa plume. Les amis se revoient plusieurs fois. L’évolution de la situation économique et artistique de Dalsimer est le sujet du livre.
– Prison d’Emmy Hennings (1885-1948), aux éditions Monts Métallifères, collection de poche.
Traduit par Sacha Zilberberg.
Encore une femme longtemps oubliée ! Elle a pourtant participé à la création du Cabaret Voltaire à Zürich en 1916, y a été aussi performante, en tant que « diseuse », chanteuse, que son compagnon Hugo Ball, Arp ou Tristan Tzara. Avec Prison (1919), de même qu’avec La flétrissure (1920), paru cette année dans la même maison d’édition, nous sommes dans des textes autobiographiques mais qui disent aussi magnifiquement  l’ambiance de ces années en Allemagne. Elle va être emprisonnée pour avoir volé, va se prostituer pour vivre et se rebeller de manière très actuelle contre des lois qui mettent tout sur le dos de la « séductrice » et non du client.
(sur la photo, Emmy Hennings et Hugo Ball)
– Ne me cherche pas demain d’Adrian McKinty, paru à Londres en 2014, chez Actes Sud en 2021. Trouvable en Babel noir.
McKinty est né en 1968 à Belfast, a fait des études de droit, sciences-politiques et philo à Oxford et s’est installé aux USA. Son premier roman est sorti en 1998 mais ce n’est qu’en 2004 qu’il aborde le roman noir, et en 2012, la série de « romans historiques« , sur les troubles, années 1980 – 1990, en Irlande du Nord. Le personnage récurrent des huit livres est Sean Duffy, un flic catholique en Ulster. C’est documenté et McKinty rend très bien l’ambiance de ces années pour les avoir vécues. Ce livre est le troisième de la série mais on peut les lire séparément. A noter aussi, l’humour. C’est « dark » ET « funny ».

David Foster Wallace

Mis en avant

Voilà un tout petit échantillon de David Foster Wallace (1962-2008), l’homme au roman de quelques 1400 pages, écrit en au moins dix ans, entre 1986 et 1996, L’infinie comédie, sorti en 2015 aux éditions de l’Olivier…
On en est loin avec les deux nouvelles – 87p – traduites par Charles Recoursé.
En J’ai Lu, à partir d’un recueil plus important paru aux USA en 1989 et en France, au Diable Vauvert en 2010, soit deux ans après la mort de l’auteur.

– Ici et là-bas est à deux voix, celles d’un jeune homme et d’une jeune femme et dit ainsi leur relation et, surtout, la personnalité complexe de cet homme.
– La fille aux cheveux étranges : un homme parle. Il est complètement décomplexé. Par la drogue qu’il a ingérée mais aussi par sa position sociale. Il est à un concert de Keith Jarrett avec des amis, des punks. Et tout peut arriver.

De même qu’un journaliste a parlé d' »impressionnisme » pour se moquer, un critique américain, James Wood, a parlé de « réalisme hystérique » face au travail de David Foster Wallace et quelques autres : Franzen, Eugenides, Eggers et autres Zadie Smith.

Quelques « Poèmes Express » (aussi « hystériques » ?) qui en sont issus :
Vous trouverez un intérêt à devenir généreux de loin. Confortablement.
– Carburer à la pizza pour dormir : sa thèse, c’est sur les systèmes de transfert d’énergie.
– Vouloir disparaître et laisser derrière moi le supermarché.

– Des tresses terminent la pauvre vieille assise à la table de la cuisine
– Une Porsche intérieur cuir sur la Pacific Coast Highway dans un palmier.
– Je suis devenu bol de punch. Cette action a privé d’air l’avocat. J’étais content.
– On s’est tous reculés pour laisser de la place à des déchets radioactifs.

Cette Pièce Unique est envoyée à Guillaume Mélère qui a créé en 2021 les éditions des Monts métallifères. Je viens de lire deux textes d’Emmy Hennings (1885-1948) : Prison et La flétrissure qu’il a publiés.
Si elle a fait autant que son compagnon, Hugo Ball, pour le Cabaret Voltaire, lieu Dada créé à Zürich en 1916, on l’avait oubliée.

Mais on reviendra bientôt sur Emmy Hennings.

Humour et arts plastiques – 6)

Mis en avant

Présence Panchounette
Rien que le nom, déjà
 » Entre 1969 et 1990, c’est à coup de tracts, de lettres irrévérencieuses ou d’interventions potaches que le collectif Présence Panchounette part en guerre contre le monde de l’art. D’abord actif à Bordeaux, le groupe étend son action à la scène artistique internationale dont il pointe avec un jovial acharnement les hypocrisies esthétiques et les tabous idéologiques. Célébrant l’esprit chounette, faisant l’apologie du pire, du banal ou du vulgaire contre le sérieux de la modernité, Présence Panchounette (…) proclame sa dissolution en 1990.

L’œuvre de Présence Panchounette a bénéficié d’une importante rétrospective au CAPC de Bordeaux en 2008, et plus récemment, au Garage Cosmos à Bruxelles ainsi qu’au Lieu Commun et au CIAM La Fabrique à Toulouse en 2019. Leurs œuvres font l’objet de nombreuses expositions monographiques et collectives, au Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, (FR), au MAC VAL, Vitry-sur- Seine (FR), au MAMCO, Genève (CH), à la Power Station of Art, Shanghai (CN), à la Kunsthalle Darmstadt (DE), au Carré, Centre d’art contemporain, Château Gontier (FR) au CAPC et Frac Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux (FR). Leurs œuvres sont conservées dans de nombreuses institutions. »

Humour et arts plastiques – 5)

Mis en avant

Martin Parr, photographe britannique né en 1952 qui dit aujourd’hui dans la presse : « Plus le sujet est grave, plus je tente d’y introduire de l’humour. »

Il mène un travail documentaire sur la « culture prolétarienne » (dixit wikipedia), fait des photos sur le « presque rien, l’ennuyeux ».
Depuis 1982, il utilise la couleur.
Son travail pose aussi vraiment la question de ce qu’est l’humour : le sien va plutôt vers la dérision, l’ironie, et pourrait presque être pris pour « contemptuous ».

 

 

photo 1) série Chew Stoke village – 1992
photo 2) série Death by selfie – 2018
photo 3) série Blackpool – septembre 2020

Quelques fois, l’humour de Parr ne réside pas dans la photo elle-même mais dans le choix de faire série ou dans le titre de celle-ci : comme : Too much photography (2012) , Death by selfie ou The new queue (2020).

Les Vivants – avril 2024- 3)

Mis en avant

Last but not least :

des textes d’auteur(e)s français(es)
– Qui-vive de Valerie Zenatti, l’Olivier 2024 : Une femme perd le sens du toucher, retrouve des lettres de son grand-père, revoit des vidéos de Leonard Cohen à Jérusalem, va  en Israel, de Tel Aviv à Jérusalem, cherche à retrouver ses fantômes.
– L’origine des larmes de Jean-Paul Dubois, L’Olivier 2024. Un homme qui travaille aux pompes funèbres vient tuer son père mort. Il a à en parler à son psychiatre.
– L’amour de la mer de Pascal Quignard, 2023, Gallimard : « une belle écriture mais je n’avance pas » dit M H
– Ellis Island de Georges Perec, P O L 1995 : une description de l’île où arrivaient les migrants de 1892 à 1924. Une édition illustrée existe de même qu’un documentaire.

– La santé psychique des génies, de Patrick Lemoine, 2022 : les génies du bien comme les génies du mal par un psychiatre, chercheur en neuro-sciences à Lyon et spécialiste du sommeil: « une même méthodologie pour chacun : les biographies résumées et les diagnostics. Beaucoup sont dans la bipolarité. J’ai beaucoup aimé ce livre » dit F.
– La rencontre – une philosophie de Charles Pépin, Allary éditions, maintenant en Pocket.
– La personne et le sacré de Simone Weil, écrit peu avant sa mort, à Londres. Publié en 1950 puis de nouveau en 2019.
– Les passeuses d’histoires de Danièle Flaumenbaum, 2015, Payot. Les grands-mères et la transmission d’histoires de vie.
– un podcast « super intéressant et amusant » sur France Culture : de 17h à 18h, toute une semaine sur la ménopause.

Des textes d’auteur(e)s étranger(e)s :
– Ma vie avec Virginia , Des extraits du journal de Leonard Woolf, Les Belles Lettres éditions, 2023, traduction de Micha Venaille. Avant leur mariage, sa vie à Ceylan, son analyse négative du colonialisme. Leur vie commune.
– Le livre de cuisine d’Alice Toklas (1877-1967) éditions de Minuit, traduction de Claire Teeuwissen : des recettes – prétextes, de la compagne de Gertrud Stein. écrit après la mort de celle-ci. Sur leur vie.
– La saga des émigrants de Vilhelm Moberg (1898-1973) en 5 tomes, en Livre de poche, traduit par Philippe Bouquet. « super bien fait » dit M.
– Le liseur de Bernard Schlink, publié en France chez Gallimard en 1997, traduit par Bernard Lortholary. En Folio. Existent de lui, aussi en poche trois « polars » dont Brouillard sur Mannheim.
tout Mario Rigoni Stern (1921-2008) , en 10-18 : des « romans » à base de ses souvenirs de guerre et de captivité en Russie.
– Putain de mort de Michael Herr (1940-2016) : paru en 1977 aux USA, surtout constitué d’articles publiés dans Esquire, journal pour lequel il couvrait la guerre du Vietnam en 1968-69. Traduit par Pierre Alien chez Albin Michel en 1980, puis en Livre de poche. Aussi co-scénariste d’Apocalypse now de Coppola (1979) et Full metal jacket de Kubrick (1987).
– Montana 1948 de Larry Watson, 2010, ed Gallmeister, collection Totem. Traduit par Bertrand Péguillan : histoire de prédateur sexuel. Tout le monde sait mais vu son importance sociale, on dissimule.

Prochain rendez-vous aux Vivants, le jeudi 16 mai à partir de 18H.

Humour et arts plastiques – 4)

Mis en avant

Plonk et Replonk : ces Suisses de la Chaux de Fond :
Le premier arrivé au bureau s’appelle Plonk. Plonk est donc de temps en temps Replonk, et réciproquement.
J’ai quelques cartes postales d’eux.
En voilà une que je n’ai pas :

mais j’ai un « nain bétonné ».
Format M – existent aussi le S et le L-
Je me souviendrai toujours de l’expression d’une amie lorsque je suis sortie de la librairie Les lisières avec le nain dans les bras : « tu as acheté ça !…?… »
Oui et il m’a suivi quand il y a eu une nouvelle vie, alors que d’autres objets sont restés dans l’ancienne. Je précise que, du mien, on ne voit pas le nez.
Multiple mais « Pièce Unique »… Tiens, tiens…

Un Claro

Mis en avant

Tous les diamants du ciel de Claro est paru en 2012 chez Actes Sud, et est trouvable en Babel. Il est devenu la Pièce Unique N° 202

Claro, auteur, traducteur, éditeur.
Claro qui aime le somptueux de la langue comme peu d’auteurs contemporains.
Claro qui s’intéresse rarement au plaisant,
Claro qui va souvent au pire de l’homme, à ses pires erreurs, volontaires ou pas.
Claro a pu ainsi s’intéresser à la chaise électrique, à la radioactivité.
Claro, ici, prend un fait divers de 1951 : une petite ville sans histoire, Pont Saint-Esprit, qui devient folle.
P. 17 : « On n’entend rien mais parfaitement. Sur le parvis de l’église St Saturnin, un chien s’effraie d’une chose qui n’a pas encore d’ombre et aboie sans conviction. Dans la rue, les fenêtres aspirent l’air chaud, l’air chaud meuble l’obscurité, l’obscurité se détache des pierres, tout est cycle et sensuel, » (…)
P. 32 :« Et voilà que soudain ils voient autre chose que la peau du lait, que la buée du carreau, la sueur des fronts, voilà qu’ils voient ce qu’ils entendent »
P 33 : « Le chat de madame Moulin, le gros tigré, après une longue halte devant son écuelle où la mie avale le lait, cherche à coups de tête dans le mur une faille que ses yeux étrécis ont cru voir, mais la pierre ne cède pas, et il se fracasse jusqu’aux derniers os sans même miauler, son corps chiffon presque brûlant quand sa maîtresse le ramasse, d’une paume incrédule. »

le livre nous entraîne de France aux Etats-Unis avec trois personnages : Antoine, Lucy et Wen Kroy. Des poupées gonflables, le LSD et le FBI les accompagnent.

Quelques Poèmes express qui en sont issus :
Voilà le sacre d’une forme, la fête d’un geste.
– Le sang d’un être frais avait échappé à sa plaie.
– Le créateur avait une idée vague de la peine de la créature.
– La mort se changeait en réalité. Poussait dur..
– Au fond il avait du mal à devenir. 
Ça demande du temps et un cerveau.
– Quand il voulut l’attraper, la réalité dérapa et s’imagina.
– Un rapport daté de 1959, épatant, s’est nourri des souvenirs, des délires de…1962…

La Pièce Unique n° 202 a été offerte à Dominique Quelen, venu lire quelques extraits de ses textes, à La Baraque, à Rouen, le jeudi 25 avril. Dominique Quelen qui, pour évoquer un peu ses méthodes de travail, les contraintes qu’il se donne, dit  » Il faut bien s’empêcher pour réussir à y arriver ».

Humour et arts plastiques – 1)

Mis en avant

Pierrick Sorin est exposé au musée de Nantes jusqu’au 24 septembre 2024.

Les Vivants- avril 2024- 2)

Mis en avant

On a ensuite beaucoup parlé de polar et de roman d’espionnage (mais pas que, il faudra un « tome 3 » pour ce mois d’avril)
Parmi les  Français, il a été question :
– de Pierre Lemaître avant qu’il ne soit prix Goncourt et n’aille vers le roman à l’Alexandre Dumas. avec, par exemple La robe de mariée ou Axel : » du noir-noir mais tellement écrit » dit F.
– du 9ème  Jean Meckert ressorti par les éditions Joëlle Losfeld : La lucarne, 2024paru pour la première fois en 1945. Meckert. aussi journaliste et scénariste a été un temps oublié. Il a également publié à la Série Noire des polars sous un autre nom : Jean Amila.
– d’un autre romancier populaire, Léo Malet qu’un essayiste, Michel Marmin, a rapproché en 2018 de André Helena dans Où Nestor Burma rencontre l’Aristo.
Nestor Burma, beaucoup connaissent par la TV. L’aristo, est, lui, un personnage entre Arsène Lupin et Rocambole.
de Keigo Higashino : Les doigts rouges, traduit par Sophie Refle, paru chez Babel en 2020 : un jeune a tué et l’enquêteur Kaga Kyoichiro se retrouve face au poids de la famille.
– de Mick Herron, auteur anglais né en 1963 : La maison des tocards, Babel Noir 2016, traduit par Samuel Sfez : des hommes du M15 mis au placard mais qui réussissent quand même. Des mêmes auteur, traducteur et éditeur : Les lions sont morts : roman dans lequel les Russes se rapprochent.
– d’une B D de David ReesPutain, c’est la guerre, traduction de Claro, éditions Denoël, 2003  des strips sur le 11 septembre : « Contre l’abjection politique, un seul remède, le mauvais esprit. » Et la beauté, parce que ce travail est beau.
– d’une série TV sur Arte : Slow horses : espionnage encore, et histoire vraie.

On revient avec un troisième et dernier pan de ce qui a été dit ce mois-ci.

 

 

 

Les Vivants – avril 2024 – 1)

Mis en avant

on pouvait boire,
en blanc, un Chardonnay de Loire, entre Clisson et Nantes
en rouge, un côte du Rhône bio, fruité, relevé mais pas trop, de la région de Crozes- Hermitage
Et ils accompagnaient :
– Border la bête de Lune Vuillemin, à La Contre-Allée, 2024. : c’est le deuxième livre de cette auteure : nous sommes sans doute au Canada. Une jeune femme arrive dans une réserve pour animaux blessés tenue par Arden et Jeff. Il est question de nature, de saisons, d’animaux, de relations amicales et amoureuses intelligentes. On approche le fantastique. Une belle langue.
P. 10 : « Haute sur ses pattes, l’orignale avance doucement. Elle traverse le matin blanc, grandes oreilles vers le ciel, narines écartées. Douceur dans le regard. La solitaire a le ventre rond, le poil épais et brun avec un coeur qui cogne en-dessous, peut-être même deux. Ses longs doigts agiles évitent les roches et les branches dissimulées par la neige. Des yeux sous les pattes, elle avance confiante vers Lac Petit. »
Journal de Rivesaltes 1941-1942 de Friedel Bohny-Reiter, 1993, Zoé éditions, en poche chez le même éditeur en 2020 : journal écrit par une jeune femme venue de Suisse avec une association caritative, le Secours Suisse, pour s’occuper d’enfants retenus dans des camps en France parce qu’étrangers, Espagnols, Tsiganes, Juifs… Elle s’engage complètement dans sa tâche et soutient les adultes également en apportant nourriture et soins malgré les médecins français, certains gardes et les ordres allemands. Mais (P.162) : 26 août 1942 – « le chef de camp nous fait savoir que les « oeuvres étrangères » n’ont plus l’autorisation de circuler dans le camp. »
– Arrêtez de me casser les oreilles de Joseph Mitchell, traduit par Lazare Bitoun. Editions du Sous-sol, 2020 : Joseph Mitchell (1908-1996) a été reporter au Herald Tribune puis, dès 1933, au New Yorker. On a là des articles très étonnants : autour aussi bien de prédicateurs, d’hommes politiques plutôt véreux, d’une exécution, de danseuses à l’éventail ou de Coney Island le week-end. Des réflexions sur la déontologie : P. 21-22 :  » La presse de ce pays se montre servile envers les imbéciles ; elle ne s’en prend qu’aux faibles et aux excentriques.(…) On peut sans danger écrire ce que l’on veut  sur les cinglés et les clochards. »

La prochaine rencontre aux Vivants est prévue le jeudi 16 mai, à partir de 18H.

Les Vivants – février 2024 – 1)

Mis en avant

Deuxième réunion d’Un vin, des livres aux Vivants, librairie, cave et bar à vins.
Sébastien nous proposait des vins de Loire :
en blanc, un cépage melon de bourgogne : un vin sec à gamme aromatique.
En rouge : un Anjou de St Georges du Layon. Un cépage cabernet franc et grolleau. Très fruité et léger. Ils ont accompagné :

– Le compromis de Sergueï Dovlatov, traduit par Christine Zeytounian-Belous, 2023, éd. La Baconnière. Sergueï Dovlatov, journaliste et auteur est né en 1941 en URSS et mort aux USA en 1990 où il avait émigré en 1978. Ses textes sont d’abord parus en samizdat, ne sont devenus livres qu’à New York. La Baconnière, maison d’édition romande, continue de les traduire.
Dans Le compromis, on a plusieurs récits de « compromis » en tant que journaliste en Estonie, alors colonie russe. C’est plein d’alcool, d’impertinence  et d’humour. Complètement irrévérencieux vis-à-vis du pouvoir, ce qui a entraîné cette invisibilisation de ses romans.
Que s’est-il passé ? d‘Hanif Kureishi, 2023, éditions Christian Bourgois, nouvelles et essais traduits par Florence Cabaret. Ces articles et petites fictions nous donnent à relire l’auteur du Bouddha de banlieue, et aussi scénariste de films de Stephen Frears des années 80 : My beautiful laundrette, Sammy et Rosie s’envoient en l’air. Son métissage (père pakistanais, mère anglaise) lui a fait vivre et montrer l’Angleterre de manière différente d’un Martin Amis, d’un David Lodge ou d’un Ian McEwan.
Là, il est question, entre autres, de la place de la nouvelle génération d’auteurs anglophones venus d’ex-colonies dans l’édition britannique contemporaine, mais aussi d’amis : Bowie, Rushdie…
– Odyssée des filles de l’Est d‘Elitza Gueorguieva, 2024, éd. Verticales : le deuxième livre de cette auteure née en Bulgarie, venue étudier en France, documentariste et écrivaine pleine d’humour. Son premier livre Les cosmonautes ne font que passer est maintenant trouvable en Folio.
C’est franchement drôle et pourtant parle de faits qui ne le sont pas : l’immigration, la relation à une autre langue, la confrontation avec une administration tatillonne et ses fonctionnaires rogues – pléonasme ? -, la prostitution et un moment de l’histoire du XXème siècle de la Bulgarie.

Prochaine réunion prévue le jeudi 14 mars

 

 

Un Robert Walser : Pièce Unique N° 196

Mis en avant

Retour dans la neige de Robert Walser (1878-1956), éditions Zoé, traduction de Golnaz Houchidar :
ensemble de 25 textes écrits entre 1899 et 1920,
d’abord publiés en revues, en Allemagne ou en Suisse alémanique : courtes fictions, et proses descriptives de paysages, de villages, le plus souvent.
ex : extrait P 85 de Le Greifensee (1899) : « …; c’est un doux silence bleu et chaud et c’est le matin ; un beau, beau matin. Je ne trouve pas de mots et pourtant il me semble que j’emploie déjà trop de mots. Je ne sais pas de quoi parler, car tout est si beau, se trouve là seulement pour la beauté. Le soleil embrase le ciel jusqu’au lac qui devient à son tour soleil dans lequel les ombres somnolentes de la vie alentour se bercent doucement. Rien ne dérange, tout sourit, si près, mais aussi dans le lointain le plus vague ;… »

Quelques Poèmes Express issus de Retour dans la neige :
– Me faire enfant quelques jours pour interpréter journaux et revues.
– Celui qui comprend toute cette pauvre terre pleure.
– Vous veillez, présence dans un brouillard épais.
– Les dames doivent. Les femmes doivent. On attend d’une femme.
– Il pleut toujours et on a vu quelque chose de triste.
– De bruyantes statues ont un langage de fureur.
– Je traversai des beautés, une sensation de beau à mourir.

Cette Pièce Unique est envoyée à Cécile C,
libraire à Lyon,
qui a accepté d’en recevoir une.

 

Les prochains Chat Bleu

Mis en avant

Les dates prévues pour le quatrième trimestre de 2023 sont :

  • 19 octobre
  • 9 novembre
  • 14 décembre

Au Chat Bleu, on parle de livres, et pas seulement de romans, on trouve de nouvelles idées de lecture, on gagne des livres,
on boit  – l’autre nom de ces rencontres est : Un vin, des livres -… et on goûte aux belles idées de N’senga.

Un Umberto Eco : P U N° 180

Mis en avant

Numéro zéro, paru en Italie, et en France dans la traduction de Jean-Noël Schifano en 2015 est la Pièce Unique N° 180 (180, quand même ! )
Umberto Eco (1932-2016) avait au moins deux surnoms : » il professore » et « il tuttologo ». Tout fait sens et, en amoureux de savoir, ce septième roman mélange faits historiques et théories du complot.
Plus intéressant encore, il y décrypte avec humour les dérives d’un journal sous capitaux privés, « Domani », appartenant au « Commandeur Vimercate » – Au moment de la ressortie du JDD, c’est à lire… –  Vimercate // Berlusconi // B… également propriétaires de télévisions…

Quelques Poèmes Express venus de Numéro zéro :
– Perdez votre latin, entraînez-vous.
– Rêver d’un jacuzzi est moins cher que le payer.
– Personne ne paraissait avoir envie de durer.
– Fou était romanesque. Folie était collector.
– Chaussettes vert petit pois : en déduire un personnage.
– La vie avait renoncé et l’avait montré.
– On ne veut pas finir au tribunal pour une rumeur roulant des hanches.
– Recevoir un chèque pour ne pas écrire.

Ce Numéro zéro additionné de Poèmes Express et d’informations a été offert,
lors de Pirouésie 2023 – on en parle bientôt –
à Coraline Soulier, enseignante, animatrice d’ateliers d’écriture
et Oulipophile
à Pirou comme à Lille, dans Zazie mode d’emploi.

Un Jean Birnbaum : P U N° 179

Mis en avant

 Le courage de la nuance de Jean Birnbaum paru au Seuil et trouvable en collection Points, prix François Mauriac en 2021.
Jean Birnbaum est journaliste, essayiste, directeur du supplément Le Monde des Livres. Dans ce texte, né d’un « sentiment d’étouffement », il évoque les écrivains qui ont voulu voir et dire le monde en gris (coloré), qui ont refusé la simplification de l’extrême, au risque de n’avoir que des adversaires, d’être vus comme « tièdes », « lâches ». Camus, Barthes, Bernanos, Arendt, Aron ont fait preuve de l' »héroïsme du doute », chose très mal vue actuellement, entre autres ou surtout sur les réseaux sociaux.

Des « Poèmes Express » sont nés dans Le courage de la nuance :
– Peler un silence.
– Des hommes libres que nous avons 
regroupés ont le sentiment que nous avons un   monde à refaire.
– Tranquille sincérité du démon : informe, toxique et véritable.
– Il a appris à vomir dans la dentelle.
– Le destin a produit des banalités : les enterrements.

Trois livres en un donc :1) le Jean Birnbaum = l’essentiel
et, accessoires mais là…,
2) les  » Poèmes Express » qui ricochent avec 3) des infos (inter)nationales.
Exemple : Bras tendu, un fils de bonne famille affiche un engagement assez banal ricoche avec « Procès du projet d’attentat néo-nazi » trouvé ultérieurement dans la presse,
ou encore : Le carnage, effet de cisaille, engage l’irréparable va avec Violence et police : un problème d’encadrement juridique, pris dans The Conversation France
Cette Pièce Unique est offerte à un homme politique qui écrit,
pas B. L M., pas F. H., ni N. S.

Save the date : 12 octobre !

Mis en avant

Evénement :

Victor del Arbol, en tournée promotionnelle en France, vient à La Galerne le 12 octobre 2023 pour son dernier livre traduit par Claude Bleton,
chez Actes-Sud.

Save the date, ses livres claquent ;
il est beau (… je sais…, comme critique littéraire, c’est moyen…) et sympathique. Les Ancres Noires ont déjà eu la chance de le recevoir.

Autour des livres- dimanche

Mis en avant

track.com/podcasts/viva-culture-217/1

Au programme 

ENTRETIEN avec Josepha Cuvier, présidente de I love LH, Par Isabelle Royer

AUTOUR DES LIVRES par Catherine Hémery-Bernet : Editions do, Olivier Desmettre, éditeur

AGENDA CULTUREL  : Philippe Mayaux, Songe d’un jour d’été, exposition au Portique jusqu’au 17 septembre 23

https://asso-maisondelaculture.fr/

23 juillet 2023 à 11h – Viva Culture

Mis en avant

DO – Les éditions DO
j’aime beaucoup l’humour de cet éditeur : allez sur son site, vous verrez, sa lettre à ceux qui voudraient envoyer un manuscrit est extrêmement drôle et basée sur un fait si vrai.
Mais pas que, bien sûr,
DO, c’est un beau catalogue, étonnant : entre Stefan Sulzer : Le jour où ma mère toucha Robert Ryman et Malacqua de Nicola Pugliese, vous trouverez forcément votre bonheur de lectures
Ecoutez la pastille sur les éditions DO
à Autour des livres
dans Viva culture
sur Ouest Track radio
dimanche 23 juillet à 11 h
et ensuite en podcast.

Voilà une annonce de la rentrée de DO :

Éditions do
Connues et même reconnues pour la qualité de leurs publications littéraires, souvent empreintes d’une délicate insouciance et d’un humour subtil, les éditions do ont choisi de poursuivre dans la veine qui a fait leur succès en publiant ce jeune primo-romancier qui porte le désormais remarquable patronyme de Luc Dagognet.
Il est inutile aujourd’hui de cacher qu’une douce effervescence, qui pourrait même se prolonger jusqu’à une fébrilité certaine, s’est emparée du monde littéraire autour de ce drôle de roman au titre chargé de tant de promesses : Fraternité.
Et même si on sait depuis longtemps l’éditeur au cœur d’un délicat conflit d’intérêt quand il fait la promotion d’un roman qu’il a justement choisi de publier, cela ne doit pas l’empêcher de dire ici, à cette période où de nombreux regards sont de toute façon tournés vers des horizons plus insouciants que littéraires, combien ce premier roman de seulement deux-cents pages conjugue de qualités, mêlant tout à la fois l’humour subtil à la délicate insouciance dont sont souvent empreintes les publications des éditions do.
On se souvient d’ailleurs que lors de sa présentation à la presse et aux professionnels de la littérature, réunis à l’occasion d’une croisière gourmande effectuée dès le début du printemps sur un paquebot loué à ce seul effet, ont été prononcés ces mots si bien choisis destinés à les convaincre de ces nombreuses qualités réunies en deux centaines de pages seulement : « S’il commence comme un film d’action, Fraternité se poursuit en une valse joyeuse, pleine de rebondissements, de courses-poursuites et de rencontres étonnantes, de portes dérobées et de souterrains mystérieux. »
Fraternité ne paraît que le 17 août 2023.
Pour beaucoup cela doit sembler une éternité.

Un Oliver Rohe : P U N° 178

Mis en avant

Défaut d’origine d’Oliver Rohe : Pièce Unique N°178.

Oliver Rohe était à Ecrivains en bord de mer
– où je lui ai donné cette P. U., trois livres (dont le sien) en un … Le pauvre … –
et où il est intervenu deux fois : la première, avec Mathias Enard, un des amis cofondateurs de la revue Inculte, la deuxième, pour évoquer Chant balnéaire sorti chez Allia en 2023, un retour sur le Liban / au Liban. Chant balnéaire est la deuxième partie du presse-livres, la première étant Défaut d’origine, paru en 2003.

Tout Défaut d’origine se passe à bord d’un avion et surtout dans le for intérieur d’un passager-narrateur qui évoque un pays en guerre jamais nommé, la place de la langue, l’ami Roman : un autre lui-même, le rapport aux autres : le mimétisme, à la mère : une mère / araignée qui retient. Un monologue, un flux de conscience.

Quelques « Poèmes express » nés dans Défaut d’origine :
– Dans ce siège il est convenu de penser à penser.
– Les habitants au cimetière imaginent sous leurs 
pieds des os d’habitants.
– Ils déboulent un jour en bas de leurs délires.
– Il nous faut du clinquant, de la mode, ne pas rester à l’écart des Mercedes.
– Elle accumulait secrets et mensonge en couches bien épaisses de fiches.
– Depuis sa tombe, il croyait naïvement être débarrassé de ses frustrations.
– Dès que je me trouvais seul je courais me fondre tout entier dans ma tête. Mon corps était de trop.

Chat Bleu – juin 2023 – 1)

Mis en avant

Avec un St Nicolas de Bourgueil ou un « Chemin blanc« , un chenin d’Afrique du Sud, on a parlé de :
Sans collier de Michèle Pedinielli, édition de L’Aube, collection L’Aube noire, 2023 : une histoire de chantier mortel, mais aussi un polar plein d’humour. On y retrouve le personnage récurrent de Giulia Boccanegra, une femme-détective à Nice :
 » detectiv particular ? C’est drôle
– C’est drôle pourquoi ?
– Parce que vous êtes une femme.
Il faut savoir évaluer les moments où entamer un débat féministe est totalement inutile. Celui qui implique un dealer de coke moldave et son gigantissime garde du corps en est un. » 
( p. 161)
– Les vaches de Staline de Sofi Oksanen, paru en 2011 chez Stock, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli. Actuellement en Livre de poche. Un livre d’une énorme force. Une histoire qui s’étend de 1940 à 1984 environ, sur trois pays : Finlande, Estonie et Sibérie. C’est le premier livre d’Oksanen mais paru en France après Purge. Ses personnages ne sont pas sympathiques : pas plus Anna que Katariina, pas plus la fille que la mère. Celle-ci est une pro de la débrouille dans le système soviétique. L’autre n’a pas d’autre choix que contrôler son image à travers son rapport à la nourriture. Etre femme est un problème dans un pays communiste, dans un pays envahi, comme dans un pays où l’on fuit. Un grand livre !
– Une saison à Venise de Wlodzimierz Odojewski (1930-2016). Paru en 1976 en Pologne, en 2000 et 2006 aux éditions Les Allusifs. Traduction d’Agnès Wisniewski et Charles Zaremba. Trouvable maintenant chez Rivages. Un joli texte, une fable : l’imagination peut nous sauver. Nous sommes en Pologne, en août 1939, dans une maison familiale. Les femmes et les enfants se retrouvent là. De l’eau apparaît dans la cave et monte, et tante Barbara y invente Venise.

Prochain Chat Bleu prévu le jeudi 14 septembre 2023. Mais on a évoqué beaucoup d’autres livres et on vous en parle bientôt ici.

Chat Bleu mai 2023 – 1)

Mis en avant

Le grand écart : un polar qui se passe au Japon, un moment dans l’Autriche de la fin du XIXème siècle et une femme, pendant tout un week-end, enfermée dans des toilettes :
– Tokyo mirage d’Anne Rambach, 2002 éd. Calmann-Levy
– Vienne au crépuscule d’ Arthur Schnitzler, paru en 1908
– N’être personne de Gaëlle Obiegly, 2017, éd. Verticales

étaient les 3 premiers livres proposés le 25 mai au Chat Bleu.

  •  Vienne au crépuscule est une merveille. Entouré d’intellectuels juifs, un jeune noble, le baron de Wergenthin, doué en musique mais dilettante, vit. Il vient de finir une relation, en commence une autre. La jeune femme, de bonne famille, attend bientôt un enfant. Il ne la laisse pas seule face au problème mais ne lui propose pas le mariage.
    Pourquoi une merveille ? Parce qu’il parle si bien des nombreuses possibilités des hommes face aux situations sans issue des femmes. Parce qu’il montre que le « problème » d’être juif est omniprésent dans cette Autriche fin de siècle, encore et encore évoqué dans toutes les conversations entre ces créateurs, politiciens, fonctionnaires.
  • N’être personne est une digression sur 300 pages. Sans sujet. Plein de la vie d’une femme qui écrit mais ne gagne pas sa vie par son écriture. Pas une auto fiction, bien plus distant que ça, théorique : p 101 : « Quand j’écris – un livre éventuellement- je ne m’adresse à personne, je parle avec l’inconnu, auquel je ne dis rien.(…) Le langage met le réel à distance. C’est cela même qu’interroge mon écriture.(…) Tout ce qui est écrit est fiction. La réalité n’y est pas. La réalité est ce qui est vécu, pas ce qui est relaté. Ce qui est écrit, ce qui est relaté, même oralement, subit une transformation. »
    – Tokyo mirage  : Un homme tué au sabre. Histoire agrémentée de pachinko, tsunami, yakuzas, services de police ennemis et industriels malhonnêtes.

Mais on n’a pas parlé que de ça : deuxième partie bientôt.
Prochain Chat Bleu prévu le 22 juin

IMEC – Georges Didi-Huberman

Mis en avant

« Aimer fait travailler » a dit Georges Didi-Huberman lors de l’ouverture, le 4 mai, de cette exposition titrée Tables de montage à l’abbaye d’Ardenne.

Y est montré « l’artisanat », le travail avant l’oeuvre : à partir du découpage des fiches, l’écriture sur ces fiches, avant les livres. Plus de 20 000 existent. 4 000 sont montrées : 2 000 de mots et 2 000 d’images, qui se correspondent.
Une approche très émouvante, un rite qui ouvre le processus de pensée et d’écriture.
Un homme, aussi, émouvant et ému devant cette installation : « Il n’y a qu’ici que cela était possible. »

L’exposition est jusqu’au dimanche 22 octobre 2023, du mercredi au dimanche, de 14 à 18 h

Retour sur la P U N° 155 : youhou !

Mis en avant

tardivement, très, car déplacements multiples et l’objet-livre caché facétieusement glissé entre et entre, mais retrouvé

donc lu maintenant,
picoré
avec appétit
et déjà merci pour la pensée de l’envoi
de ce 155ème
objet multiple en effet
et mystérieux
(sachant que j’ignore qui est robert wyatt)
(et que donc l’étrangeté est absolue, d’un livre sur qui je ne connais pas)
(comme une biographie inventée)
(quelque chose de totalement fictionnel)

(et s’arrêtant sur un album que je ne connais pas non plus)
(mais qu’écoutant ce matin je reconnais bien sûr) (alors c’est donc lui)
(mais pourquoi lui alors, en dehors de la maquette qui vous plaît)
une sorte de folie borgesiennne
qui immédiatement
et ludiquement
m’a rappelé ces découpages qu’enfant on faisait
de silhouettes à habiller
de différentes tenues qu’on clipait, qu’on changeait
(je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans…)
mais aussi les mille milliards de poèmes
ces lectures en tout sens
pulvérisant l’ordre narratif, le recomposant
drôlement aussi
entre art brut et poésie minimale
entre humour et absurde (le verso découpé de certains collages est aussi signifiant dans ses manques)
aussi merci catherine
oui
amicalement
ea&fd = Emmanuel Adely et Frédéric Dumond !!!!!

C(ART)ollage

Mis en avant

C(ART)ollage
(suite et fin :  était annoncé… mais pas complet.
Il est maintenant prêt )

Voilà un des éléments de C(ART)ollage pour accompagner les voeux de Rue du Départ :

voeux pour
un 2023 plus heureux que vous ne pouvez l’imaginer à l’heure actuelle, mais VRAIMENT bien bien plus heureux … ! …

c(ART)ollage de Marie Thémenet :

Mis en avant

c(ART)ollage, c’est un ensemble de 16 collages qu’on peut voir comme :
cadreurs – « effriteurs » – « enfileurs » – « exfolieurs » – « exhorteurs » – « exileurs » – exportateurs –  extracteurs – faiseurs – inséminateurs – « métaboliseurs » – monteurs – producteurs – profiteurs – « sublimeurs »
de
rêves – fariboles – perles – mensonges – folies – fantasmes – songes – possibles – sublime – ludions – rêveries – verbe – plus – fadaises – signifiés – inattendu.
c(ART)ollage, c’est un luxe de possibilités de sens ou d’insensé.

C(ART)ollage est arrivé

Mis en avant

Qu’on se le dise !
Dans la collection Voyageur,
C(art)ollage
est là.

Marie Thémenet nous a concocté 16 cartes postales  à partir de collages.
Qu’on se le dise !
Elles sont étonnantes.

C(art)ollage
 est en tirage limité, signé par M. T.

Bout portant par Françoise Sergeant

Mis en avant

Babelio  FrancineS
FrancineS   20 juin 2022
Tout commence dans une voiture, la tension est palpable. Au volant, un homme jeune. Côté passager, une femme armée. A l’arrière trois petits vieux terrorisés, ou presque. Car au fil des pages, on ne sait plus vraiment qui sont les méchants de l’histoire ! L’histoire justement ? Une sombre affaire de vol, de kidnapping, de show business même !
En moins d’une centaine de pages, l’auteur nous emporte, de sa plume acérée, dans un road movie aussi statique que critique, de notre société et du monde du livre. Plus qu’un roman, une tuerie, nette et sans bavure.

« Bout portant » et des lecteurs – suite

Mis en avant

Jeunes, moins jeunes,
femmes ou hommes,
amateurs ou professionnels
du polar ou de la retraite,
impactés donc
– ou pas –
par le problème,
ils en disent ceci :

A. D . : « J’ai lu Bout Portant : totalement amoral et réjouissant »
L. B : « ça claque. C’est drôle mais pas que »
C. P : « vu mon métier, je ne pouvais pas passer à côté, je l’ai lu d’une traite. »

« Bout portant » et des lecteurs

Mis en avant

M-C. J : «  La couverture est superbe ! »
(ça n’est peut-être rien pour vous, mais pour nous, c’est beaucoup. Que ces livres soient beaux est, depuis le début, un de nos buts)
M.S : « J’ai déjeuné avec : il est de bonne compagnie »
(
c’est sûr, avec Bout portant, on veut vous faire rire… de choses sérieuses…)
L. B : «  Chaque personnage a du caractère. Un peu excessif… et on en rit  »
( oui, Louis, Nicole et Joséphine ont du mordant, et ça réconforte dans ce monde de brutes)

« 

article dans Ouest-France

Mis en avant

Ouest-France

Pascal Millet publie une comédie noire pour adultes

L’auteur Pascal Millet est déjà connu pour ses nouvelles, romans noirs et livres pour enfants. Aujourd’hui, il publie dans un autre genre, une comédie noire intitulée Bout Portant, illustrée par Eric Enjalbert.  Un texte humoristique qui traite de sujets sérieux comme la vieillesse et la littérature. 

L’histoire se passe en huis clos dans l’habitacle d’une vieille Volvo. Trois petits vieux ont créé une fausse maison d’édition afin de recevoir gratuitement des manuscrits. Ils sont alors menacés par une jeune femme qui cherche son frère et surtout le manuscrit de ce dernier qui a été publié, après corrections, par ces trois vieillards.  Pour le paysage, je me suis inspiré de Trégastel, de l’île Renote , ​ajoute l’auteur.

Dans son ouvrage, Pascal Millet nous parle d’Ehpad et de littérature avec le cheminement d’un manuscrit, le travail de l’édition et la commercialisation.  On va retrouver des références littéraires, des critiques sur le monde littéraire et audiovisuel et on va comprendre le refus de finir sa vie dans un mouroir​, souligne-t-il.

Bout Portant, de Pascal Millet, éditions Rue du départ, 10 €. À commander en librairie.

 

 

Bout portant de Pascal Millet est sorti

Mis en avant

« À lire absolument….juste déjanté comme il faut et… à la réflexion… »
dit une primo-lectrice.

Et on lui répond : « Bang Bang »… 

Vous pouvez nous le commander,
le commander à votre libraire préféré,
le trouver à la Galerne seulement, pour le moment.
le trouver au salon Epoque, à Caen, les 21 et 22 mai,
sur le stand de Rue du Départ : on vous y attend.

Pascal Millet : Bout portant

Mis en avant

Il a l’air sympa, Pascal Millet…
Pourtant, il a écrit Bout portant.
une comédie où des vieillards sont capables de pensées délétères, de mauvaises actions.  ET d’imagination..

Bout portant : Pascal Millet

Mis en avant

 
Quand trois petits vieux décident de survivre loin des Ehpad, rien ne les arrête.
Une comédie noire qui parle autant de vue qui baisse que de littérature.

Bout portant de Pascal Millet

Mis en avant

Bout portant, livre farceur de Pascal Millet, illustré par Eric Enjalbert, est actuellement chez l’imprimeur.

Bout portant est d’actualité…
Bout portant parle de personnes âgées qui veulent éviter les Ehpad, privés comme publics, et on les comprend. Bon, leur méthode n’est peut-être pas très éthique…
Bout portant s’amuse du monde du livre.
Bout portant n’est pas sérieux mais dit des choses ô combien sérieuses.

 

ça bouquine ? 3)

Mis en avant

 

La troisième émission du podcast Ça bouquine ? est sortie : elle aborde la transmission du goût de la lecture. Vous pourrez choisir une plateforme d’écoute en cliquant sur ce lien : https://linktr.ee/cabouquine .

C’est trouvable sur Youtube. C’est fait par un groupe d’étudiantes et c’était très sympathique d’enregistrer avec elles.

Et on y est avec le Chat Bleu et nos séances un vin, des livres,
et avec « ça va? ça va... », le petit dernier de Rue du Départ, né d’un atelier d’écriture. Bientôt avant-dernier : on travaille à Bout portant: de Pascal Millet 

Heureuses fêtes !

Mis en avant

à côté de Percival Everett ! de Paul Auster !

cette année, c’est avec  ça va ? ça va… 
le mini-table book plein d’esprit (si si), le petit-cadeau-d’assiette mais bien plus que ça aussi…
Et, pour les gens d’ici, presque 100% d’ici…

ça va ? ça va… : il est arrivé… alors, ça va

Mis en avant

Le petit nouveau de Rue du Départ est arrivé..
Plus bordeaux ou prune ou lie de vin que cerise, mais ça ( lui ) va ( bien ). Et ça ne veut pas dire qu’il y a à boire et à manger dedans.
« ça va ? » : une question qu’on ne pose pas vraiment.
 » ça va » : une réponse qu’on n’attend pas vraiment. Ou plutôt si. Il vaut mieux que vous ne vous mettiez pas à raconter tout ce qui, réellement, ne va pas.
Un échange qui n’en est pas un, dit une amie allemande qui s’en énerve. Un « wie geht es ihnen ? » est une vraie question qui, elle, attend une vraie réponse. Un peu d’attention, quoi ! De l’empathie. Un partage. Pas un glissement vers autre chose. Pas une politesse de surface.

Donc,  ça va ? ça va… est là : petites histoires, micro-nouvelles, réflexions courtes, anecdotes sur un état du monde ou de soi. Pas plombant. On s’en amuse aussi.

ça va ? ça va… la préface :

Mis en avant

cracked road concrete close up

Un livre contient une histoire, évidemment, au moins une.

Mais un livre vient aussi d’une histoire, au moins une.
Ce livre contient plein d’histoires
et est né de deux histoires.
Celle de Trace2mains : un atelier d’écriture composé de plus d’hommes que de femmes – c’est assez rare pour le noter -, créé autour de Francis Pedu, personnage attachant, auteur d’un recueil de haïkus, aujourd’hui décédé mais toujours vivant dans la mémoire du groupe.
Une rencontre mensuelle. Un bon repas. De bons vins. De bons copains. Tous branchés arts. L’un d’entre eux anime, pas toujours le même.
Voilà ce qui a amené ce petit livre : le sujet de » la catastrophe pour vous », donné après lecture d’extraits des derniers livres de Gaëlle Obiegly, Une chose sérieuse et Olivia Rosenthal, L’éloge des bâtards aux éditions Verticales.
La deuxième histoire est un voyage à Marseille, la visite du FRAC et l’achat de deux micro-livres d’art de Stéphane Le Mercier pour leur humour. Au retour, la recherche de ses travaux sur le net, la trouvaille du « Timbre Walser », un de ses multiples.
Ici reproduit, il évoque lui aussi une catastrophe : la mort dans la neige de l’écrivain suisse allemand Robert Walser, interné pendant des années.

Hélène Gaudy et la P U N° 65

Mis en avant

Hélène Gaudy, l’auteure de ce magnifique livre, entre autres :
Il y a deux ou trois ans, sans doute un peu avant le festival Lettres d’automne de Montauban dont Christian Garcin assurait la programmation, j’ai reçu par la poste ce livre qu’il a écrit avec Éric Faye. Il était couvert du papier qu’on voit sur la photo, abondamment annoté, émaillé de collages, et surtout, sur plusieurs pages, de mots surlignés en jaune qui venaient y tracer des poèmes. Je n’ai aucune idée de l’identité de la personne qui en a fait un objet unique et me l’a envoyé. En rangeant mon bureau, je suis retombée dessus et me suis demandé si ce mystérieux expéditeur ne serait pas tout simplement sur Facebook… MP dans ce cas pour lever le mystère ? Sinon, il restera entier et ce sera bien aussi…
  • Le mystère est donc levé ! Merci à C H B pour ce geste poétique. Je découvre, du coup, le site des éditions Rue du Départ et cette pratique qui me ravit : envoyer des livres choisis, de manière anonyme, après en avoir fait, ainsi, des P U, des pièces uniques. Très heureuse d’avoir l’une d’entre elles dans ma bibliothèque !

    C H B : tu as le n° 65, on en est au 123. L’idée est aussi de réussir, si possible, à envoyer le livre qui correspond bien au récepteur.

     

Un article de Jean-Pierre Suaudeau sur sa Pièce Unique ! Merci !

Mis en avant

VERTIGE DE LA LITTERATURE
« Ce massage de purs » de

Catherine Hémery Bernet

.

Depuis 2014,

Catherine Hémery Bernet

créé des livres singuliers nommés « Pièce unique » et réalisés, comme on s’en doute, en un seul exemplaire. Ce livre unique vous arrive un jour au bon soin de la Poste par la grâce désintéressée de l’autrice.

Celui qui m’est parvenu, le 101ème, s’intitule « Ce massage de purs », anagramme du titre du livre de Jean-Loup Trassard « Campagnes de Russie », paru en 1989, sur lequel il vient s’adosser.
Le dispositif choisi par

Catherine Hémery Bernet

semble simple : d’un livre existant, elle prélève quelques mots, quelques lettres au besoin, en les surlignant sur chaque page impaire, écrivant ainsi son propre texte, soit, ici,133 « poèmes express». Simple et cependant d’une force qui suffit à subvertir toute lecture, à dynamiter l’idée même de littérature et à ouvrir un abîme temporel sous nos yeux de lecteurs subjugués.

Ces « poèmes » se font, au gré des jours, tantôt humoristiques : « Une dame russe cherchait un cinéma. Plus d’un an après on en localise un. » (p 11), « Nous enlevons nos chaussettes sur le canapé et je vois bien la déception » (p 81), fantaisistes : « les cerises répondent non aux petites mouches » (p 189), « une énorme patte appelle les petits pois, marche dans ce vert tendre » (p 241), sensibles : « Le rose très pâle vient jusqu’au bord du rouge » (p 141), « deux tracteurs soulèvent deux nuages, petites usines qui fument » (p 185), saisissants : « Une femme, sur le char, attend dans un paletot de peur » (p 69), aussi bien sensuels : « ce qui m’intéresse, c’est la peau » (p 153), « forte odeur de femmes et robe rouge à pois blancs » (p 187), prennent la forme d’adages : « Quand est malade le vétérinaire, grince le chien » (p 223), d’incipits de romans : « Deux femmes repoussent sur le canapé un étranger à l’air malcommode » (p 55), ou de polars : « Dix-neuf millions dans un bocal de verre ? c’est pas beaucoup. » (p 73), et pensées qu’on imagine influencées par le confinement : « Remerciements au Livre parce que les livres sont toujours là » (p 159, 29 mars), « Nous demandons le possible demain. » (p 215, 26 avril), « On se demande comment reprendre » (p 225, 1er mai).
Le lecteur ignorera si les créations quotidiennes de

Catherine Hémery Bernet

t répondent à un cahier des charges précis, à une série de contraintes oulipiennes ou si l’humeur créative prévaut. Et qu’importe : on se laisse guider, porter par les images qui en surgissent, amusé, ému, étonné, entraîné par le plaisir évident de l’autrice à se saisir des mots, à les faire parler, sonner, s’entrechoquer : la langue, le livre devenus terrain de jeux.

ll est indispensable d’évoquer également le livre de Jean-Loup Trassard, l’écrivain-paysan, journal d’une singulière résidence en Russie encore soviétique se déroulant du 11 mai au 5 juin 1986. Résidence qu’il a voulu rurale, afin de visiter fermes et installations agricoles, d’échanger avec ceux celles qui y travaillent, en connaisseur. Ce journal passionnant donne à voir la Russie des campagnes, avec précision, humour, sens de la notation, attention aux gens et aux paysages. Rien n’échappe à l’écrivain. Passionnant et instructif carnet de voyage, témoignage autant historique sur la Russie soviétique à l’aube de la chute du mur qu’humain tant abondent les portraits attachants, « visages cloués sur la paroi du temps »1. Livre captivant. Puissant. Et il le faut pour résister aux interventions malicieuses de Catherine Hémery Bernet qui en bousculent la lecture selon un dispositif à la fois simple et complexe qu’il est nécessaire de décrire précisément pour en saisir toute la portée.
Le dispositif comporte en effet plusieurs strates : la première, déjà évoquée, est composée de « poèmes » distillés à l’intérieur même du texte d’origine ; la deuxième accueille en marge haute des fragments d’actualité sourcée (en l’occurrence surtout consacrée à la Russie contemporaine, actualité rien moins que réjouissante sous l’ère Poutine) ; la troisième enfin, en bas de page, révèle les dates de ses interventions quotidiennes (soit du 1er janvier au 27 mai 2020). Interventions auxquelles elle joint parfois un article, une photo, collés en haut de page.
Le lecteur se trouve dès lors confronté à une profusion d’informations qui se chevauchent, se télescopent, le convient à un voyage enjambant temps et espace : la Russie soviétique et rurale de 1986, circonscrite aux territoires forcément réduits visités par Trassard ; celle de 2020 aux tentacules mondiaux dont l’autrice nous donne des nouvelles en haut de pages ; les « poèmes express » réalisés dans les cinq premiers mois de 2020 (lesquels recoupent la période de confinement) ; à quoi on ajoutera le temps de notre lecture, décalé de quelques semaines, qui met en perspective ces différentes temporalités à l’heure du déconfinement. Le champ de cette lecture s’en trouve considérablement élargi à la fois dans le temps (mai-juin 1986, janvier-mai 2020, juin 2020) et dans l’espace (Biélorussie soviétique, Russie de Poutine, le monde en temps de pandémie), nous obligeant à de continuels allers-retours entre différentes couches de temps, entre divers espaces qui charrient une épaisseur, une densité troublantes, aussi vives et décapantes qu’un vent d’est.
Si

Catherine Hémery Bernet

dit s’inspirer des « poèmes express » de Lucien Suel, elle procède cependant tout autrement. Lucien Suel en effet biffe, noircit sur la page du livre d’origine mots et phrases jusqu’à y substituer par soustraction son propre texte.

Catherine Hémery Bernet

se contente elle de désigner sur la page les mots nécessaires à ses créations, organisant ainsi un double trajet de lecture. Le résultat n’en est que plus saisissant, au point de ne plus savoir si c’est « Campagnes de Russie » qui préexistait au texte de Hémery Bernet ou si « Ce massage de purs » était enfoui sous celui de Trassard. Le lecteur assisterait alors à une opération de mise à jour, un travail d’archéologie de la langue, de patient déblaiement. Laissant sourdre l’idée insistante qu’aussi bien d’autres textes seraient encore à découvrir dissimulés dans celui de Trassard qui les masque, textes dans le texte qu’on aurait ignorés sans l’intervention de

Catherine Hémery Bernet

. C’est tout l’univers de la littérature qui est ainsi interrogé en une subtile leçon borgésienne : chaque texte en contient d’autres à l’infini, chaque livre contient à lui seul tous les livres selon une combinatoire qu’il suffit de modifier pour qu’ils surgissent. Vertigineuse expérience de lecture.

Travail époustouflant, rien moins qu’anecdotique, constitué par ces 101 recueils, ces 101 pièces uniques, œuvre précieuse semée aux quatre vents que Catherine Hémery Bernet élabore à bas bruit avec modestie, inventivité, intelligence, humour… et générosité. On en reste subjugué.

Suite n° 11

Mis en avant

Suite n°11 vient de sortir,
Suite n°11 est de Pascal Millet, auteur de polar mais pas que !
Suite n°11 est un poème narratif sur les débuts d’une relation amoureuse. C’est l’homme qui parle, de son histoire particulière.
Suite n°11, c’est, face à ce texte contemporain, des images de corps féminin, des détails de sculptures, des courbes, des nuques, des seins, des mains de tous les temps et de lieux différents. Un éternel féminin, fabuleusement photographié par Eric Enjalbert. Certaines pierres sont des peaux !
Suite n°11, c’est une histoire particulière face à La Femme.

Humour et vraie vie :

Une vieille dame meurt
et reçoit,
deux mois après,
feuille d’impôts
et
proposition d‘Escape Game
« Super Senior »
gratuit.

Escape Room neon sign,

Au MZ jeudi 2 mai

à partir de 18h, le jeudi 2 mai, au MZ,

On partage autour de bouquins.
On en parle ou
si on préfère,
on écoute seulement.
On peut en tous cas en gagner.