Chat Bleu – septembre 2021 – 2)

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– Les vins : Ce soir-là, Nsenga nous propose des vins de vacances, des vins d’Oléron,  île au terrain sablonneux.
Le vin rouge, « Naturellement rouge », s’il n’est pas un vrai vin naturel, n’en est pas loin. Bio, au goût de cassis, un peu.
Le blanc, sec, un peu fruité, avec des notes d’abricot, a une certaine persistance en bouche.
Tous les deux proviennent d’une coopérative de vignerons .

Les livres :
– Les graciées de Kiran Milwood Hargrave, traduit par Sarah Tardy, en Pocket : au Danemark, vers 1615, les hommes sont marins, meurent, les femmes sont solidaires et on chasse les sorcières. –
L’une de nous  conseille de lire tout Julie Wolkenstein, chez P O L : par exemple, Et toujours en été, sur la maison de vacances dans la Manche, Adéle et moi qui évoque  la vie d’un ancêtre.
– Deux autres mettent en avant tout Toni Morrison, chez Bourgois.  Beloved : très beau, très marquant, dont on ne sort pas indemne. Presque de la poésie. Sur les absents/présents. Home ou encore La chanson de Salomon : une famille vers 1950, la place des ancêtres, des noirs aux Etats-Unis.
– Hamnet de Maggie O’Farrell, chez Belfond, traduction aussi de Sarah Tardy : un hommage au fils décédé de Shakespeare. Intéressant et facile à lire.
– Les déracinés de Catherine Bardon. Quatre tomes, chez Pocket, pour une saga familiale qui commence en 1930 à Vienne et se poursuit en République dominicaine entre autres.
– Blizzard de Marie Vintgras, édition L’Olivier, fait partie de la rentrée littéraire. Un premier roman fait d’une succession de petits chapitres, un thriller en Alaska.
–  Le problème à trois corps  de Liu Cixin, chez Babel. Une trilogie traduite par Gwennaël Gaffric. De l’ excellente science-fiction qui questionne la politique, l’écologie, le religieux. Prix Hugo 2015.
– Et quelques documentaires : La vie secrète des arbres, du forestier allemand Peter Wohlleben, aux Arènes, traduit par Corinne Tresca. Passionnant même si on ne connaît rien à la sylviculture. Ame de sorcière  d’Odile Chabrillac, chez Pocket : le retour de la figure de la sorcière. Les fossoyeuses, .chez Marchialyd’une journaliste finlandaise en Bosnie avec des femmes archéologues qui travaillent sur les charniers de la guerre d’ex-Yougoslavie.

On était, vous l’aurez remarqué, proches des sorcières…

Le prochain Chat Bleu : jeudi 21 octobre, 18h.

à bientôt !

Vrai Chat Bleu : septembre 2021 – 1)

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Le Chat Bleu, le retour, enfin !
Il nous avait manqué.

Retour aussi de vacances : du festival Ecrivains en bord de mer  où on a entendu Sébastien Brebel parler de son livre et, de ce fait, acheté ce livre, paru en 2021 aux éditions  P O L  : Erre, erre.
« En deux mots, un homme qui voulait déserter et s’est retrouvé dans le salon de sa grand-mère, à Morne », 
dit Brebel devant la caméra de Jean-Paul Hirsch (un conseil : regardez les vidéos de P O L : les monologues d’auteurs, toujours intéressants). « J’ai du mal à raconter une histoire. Je dois toujours prendre un détour. Je vais donc retranscrire ce qu’il a vécu comme dans un rêve. ». Et le livre de Brebel est cela : un glissement d’une situation à une autre. On suit le personnage dans ses déplacements, dans ce qui lui arrive. Le réel, le rêve, le souvenir se mêlent, s’imbriquent. On se laisse porter et c’est souvent drôle.

Retour de vacances encore, de passage à la librairie les Traversées où Caroline Jacquot officie maintenant : on suit son avis et on prend L’instruction d’ Antoine Bréa, aux éditions Quartanier, 2021 Un faux polar, un faux documentaire, un docu-fiction où le vrai émerge. On en est sûrs, la scène de l’avocate au foulard est réellement arrivée et elle est très forte .
Un jeune juge vient en intérimaire dans une ville de banlieue. Son prédécesseur qui s’est suicidé, avait dû abandonner une affaire qui l’intéressait mais en avait gardé des traces. Le nouveau poursuit l’enquête.
Antoine Bréa est avocat :  » Ce qui m’intéresse, c’est l’espace de pouvoir qui se met en place à travers une machinerie, ici le système judiciaire » disait-il au journal Le Monde, à la sortie du livre.

Et puis le conseil d’une traductrice des Boréales de Normandie Le médecin personnel du roi, de l’auteur suédois Per Olov Enquist (1934-2020,) traduit en 2000 par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach, trouvable chez Babel. Un roman historique sur le Danemark de Christian VII, son intérêt pour les Lumières et plus particulièrement Voltaire, sur un homme qui fut son conseiller et voulut réformer le pays, et sur la cour qui s’éleva contre ces changements. Une belle langue.

Un Carl Jonas Love Almqvist : P U N° 137

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Carl Jonas Love Almqvist (1793-1866) s’est essayé à la vie paysanne en admirateur de Rousseau, a dirigé une école, a été journaliste, a dû fuir un temps aux Etats-Unis et a beaucoup écrit.

La nouvelle traduction de ce roman – la première, de Régis Boyer, était de 1998 aux éditions Ombres – est le résultat d’un séminaire de traduction littéraire.

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Sara ou l’émancipation (1838) a fait scandale à sa parution dans la Suède protestante. Scandale parce qu’une jeune fille voyageait seule, avait un métier, rencontrait un jeune homme à qui elle disait sa haine du mariage et la possibilité de vivre l’un près de l’autre sans lien contractuel.

Quelques « Poèmes Express » issus de Sara ou l’émancipation :
– Là-haut peut se promener un gentil petit dragon flottant.
– Certains pouvaient survivre mais ce n’était pas bien vu.
– Tombé le dernier vêtement, une main effleura l’épaule.
– Elle demanda. Il commanda. Elle souhaita. Il dirigea.
– L’univers a disparu ; le sens 
naît.
– Commander avait changé le goût d’une voix.

Cette Pièce Unique est offerte à Elsa Escaffre, créatrice d’objets non identifiés, mais pleins d’humour, entre art plastique et littérature.

Un John Fante : P U N° 136

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La route de Los Angeles de John Fante (1909-1983) est la Pièce Unique N° 136. Dans une émission de France Culture Une vie, une oeuvre (23-02-2019) , on disait : « Avec autodérision, John Fante n’a jamais raconté qu’une seule histoire, la sienne. » A travers ses textes, cette histoire devient extraordinaire. Combat apocalyptique contre des crabes, amour pour des pin-up de magazine, vantardises, culture étalée, invention forcenée, coups de gueule viennent combattre son mal être de petit « rital ».
Charles Bukowski aux USA, Christian Bourgois en France se sont battus pour une reconnaissance qui n’arriva qu’après sa mort. Il écrivit une douzaine de romans, des nouvelles et, pour vivre, des scénarios.

Quelques Poèmes Express issus de ce livre :
– L’humanité ? Une cravate, une bedaine, un volant.
– A quoi bon gagner si on doit se tondre l’âme en se frappant le calepin ?
– Il y aurait sans doute quelques exécutions. Les ennuis n’allaient pas tarder.
– J’étais un authentique frimeur, un vague dieu du mot.
– Claquer un pervers avant d’effleurer un bonheur.
– Je passais dans la classe. Je cherchais un vivant.

C’est offert à Florence Deguen, journaliste, rédactrice en chef de la revue Michel.

Un vin, des livres : c’est la rentrée !

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Pour celles et ceux
qui ont lu,
qui ont envie de parler de livres,
qui ont envie d’entendre parler de livres

c’est le jeudi
le 23 septembre
le 21 octobre

au CHAT BLEU

et on commencera VRAIMENT à 18 h.

Vous pouvez aussi aimer le vin : on est aussi là pour en goûter …

 

Un Robert Bonnaud : P U N° 135

Avec Itinéraire, 1962/2012, éditions de Minuit, de Robert Bonnaud (1929-2013), nous ne sommes pas dans la fiction.
Itinéraire fait partie de la collection Documents et contient des lettres, des articles, tous en lien avec  » les événements « d’Algérie.

Robert Bonnaud est enseignant, agrégé d’histoire, homme de gauche, anticolonialiste. Il l’est depuis toujours et le temps qu’il passe en Algérie en tant que réserviste rappelé, en 1956, le confirme dans cette vision des choses. Il voit des horreurs, en rend compte, s’indigne entre autres contre le P C qui a, lui aussi, voté les pouvoirs spéciaux. Il est emprisonné aux Baumettes en 1961-62 pour sa résistance à cette guerre menée par la France.

Je disais, dans le post précédent, mon embarras lié au fait d’oser « jouer » avec des livres durs, sérieux, basés sur des faits réels, sociaux ou historiques plus ou moins atroces. C’est évidemment aussi le cas ici. Mais l’idée étant de lire et partager des textes importants et peut-être oubliés, tant pis… je me le permets…

Voilà donc quelques Poèmes Express issus de Itinéraire :
– Le temps passe, ne connaît pas de bord.
– Je demande au comique de faire tomber le politique.
– Il n’y a plus qu’une solution et des militaires en rêvent : des tueries du désir.
– Le Français découpe la Française avant de se demander s’il assume.
– Les anciens manquent, les dents s’émeuvent.
– Des illusions apparaissent, en apparence en tous cas.
– Je n’entends pas les mots et il m’est arrivé des romans.
– L’homme de la rue a les pieds fondus.

La Pièce Unique N° 135 est adressée à Alexandre Feraga, l’auteur de Après la mer, paru chez Flammarion en 2019 – qu’on aimerait bien voir arriver en poche pour le proposer à des élèves de bac pro – .
Cet envoi peut se faire grâce à Jany P., une vraie littéraire, qui travaille au Grand R à La Roche-sur-Yon.

Un Hayama Yoshiki : P U N° 134

La Prostituée est magnifique dans son apparence (les livres des éditions Allia sont TOUJOURS magnifiques) et sidérant par son contenu. C’est une courte nouvelle d’un auteur japonais, Hayama Yoshiki (1894-1945), homme de gauche, militant, assez souvent mis en prison pour ses opinions. Ce texte a été écrit au cours d’un emprisonnement au début des années 20..
Magnifique : comme d’habitude, du fait du format, du rabat, des papiers mais aussi, cette fois, par le choix d’une lithographie de l’artiste viennois Koloman Moser pour la couverture.
Sidérante : la situation présentée éveille de drôles de sentiments et de sensations chez le narrateur-personnage mais aussi chez le lecteur. Je n’en dirai pas plus pour ne rien « divulgâcher ».

Voilà quelques Poèmes Express qui en sortent :
– S’il m’arrive des sacrés trucs, c’est que l’étrange me cherche.
– C’était clair : cet homme avait failli vouloir.
– Infime sentiment, là, sur un oreiller.
– Pas d’autre issue. Juste un spectre à suivre.

Avec ce texte, comme avec la Pièce Unique N° 133 et la prochaine, « j’ai un problème » : cela parle de choses difficiles, de faits très durs, fictifs (mais possibles) ou réels. De quel « droit », alors, s’amuser à en extraire un autre sens et jouer, encore à un autre niveau, à en rapprocher une information ? Quand je les choisis, je sais de quoi cela parle mais pas le degré de dureté des événements. Je continue. Le « problème » arrive progressivement. Mais, comme un des buts est de faire connaître des textes, je vais jusqu’au bout.

Cette fois, la nouvelle est offerte à Régine D. avec qui j’ai travaillé et aimé ça, une sacrée femme, efficace, pragmatique, empathique.

Pirouésie 2021 !

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Pirouésie 2021, c’était la 15ème édition mais c’étaient aussi les 60 ans de l’Oulipo : ça se fête. Et à Pirouésie, quand on fête quelque chose, on ne rigole pas !
SIX OULIPIENS étaient présents : Paul Fournel, Eduardo Berti, Jacques Jouet, Olivier Salon, Daniel Levin Becker, Etienne Lécroart.

Et on s’est rendus le 5 août à la ferme La Prioudière pour des ateliers. Vaches, paille, Oulipiens ci-dessus nommés et nombreux Oulipophiles étaient rassemblés. Certes, il faisait froid et humide mais on l’a vite oublié.
Déjà allée dans des ateliers avec E. Berti, J. Jouet et O. Salon, j’ai eu  la chance de pouvoir participer à celui de Paul Fournel qui nous a proposé un « Exercices de style« .
Voilà le texte souche de l’un d’entre nous, choisi démocratiquement :
«  A marée haute, une dame âgée de 73 ans alla se baigner dans la Manche. L’eau était fraîche mais bonne. Elle y resta 45 minutes puis elle en sortit pour se sécher. Elle constata alors qu’elle avait perdu une bague à laquelle elle tenait. L’eau froide avait rétréci le diamètre de son annulaire. »
Nous avons tous décidé d’ une manière de le réécrire : bègue, livres Arlequin, épistolaire,  point de vue du bulot, policier, à la Fénéon, commentaire sportif, enfantin etc… Et on a beaucoup ri.
voilà les miens, (juste pour vous rendre compte) :

1) onomatopéique  (ou clownesque) :
« Ouah ! La dame. Glouglou. Elle rentre dans l’eau. Glagla. Plouf la bague! Ouin la dame! »

2) mélodramatique :
« Par une matinée morose de brouillard et de bruine, une femme déjà fort triste, perclue d’arthrose et rhumatismes, se glisse dans les eaux froides, sombres et alguées. Elle nage, d’abord heureuse puis douloureuse. Glacée terriblement, elle se laisse flotter et réagit in extremis. Une crampe atroce l’a prise. Elle a failli couler.
Enfin, elle arrive au bord et, chancelante, sort de l’onde. Elle se sèche en tremblant et c’est alors qu’elle s’aperçoit de l’épouvantable fait : sa bague, ce symbole de leur défunt mais toujours important amour, a disparu dans les profondeurs insondables. »

 

L’auteur d’Exercices de style,
Raymond Queneau en 1976.

OULIPO, OULIPO quand tu nous tiens ! 

Michel Simonot et la P U N° 132 :

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Une lettre au courrier, une écriture de médecin… Michel Simonot parle de son ressenti sur sa Pièce Unique. Et c’est super gentil ! :

« J’ai lu tout ce parcours, ton parcours dans le texte de Tchekhov. Entre tes sélections de textes, notes, lettres et tes annotations, références et tes inserts d’articles, et les dates bien entendu. C’est tout un travail de correspondances, d’échos toujours inattendus et qui sonnent. Ce que tu fais est formidable, c’est poétique, contemporain.
Je suis très touché. »

Et moi donc !