Chat Bleu : juin 2022 – 1)

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Au début du mois, Le Chat Bleu a eu beaucoup de participants. Cela nous amène à en faire un autre, le 30 juin, pour proposer, au cas où …, des lectures de vacances.

Le Chat Bleu nous recevait cette fois-là avec des alcools forts : vodka, pur malt, gin à l’estragon et aux orties de la distillerie de la Seine, tenue par Manuel Bouvier, 3 ème génération de « bouilleurs de cru »

Pour accompagner ces découvertes,
– Pas Liev de Philippe Annocque, éditions Quidam 2015, paru dernièrement en livre-audio : Un homme arrive quelque part, on ne sait pas vraiment où, pour être précepteur, enfin peut-être… La 4ème de couverture nous dit « Une veine sensiblement expressionniste ». Nous aurions plutôt pensé, nous, à une parenté avec le surréalisme, le théâtre de l’absurde, Beckett. Il se passe  peu de choses et on ne peut jamais en être sûr. Une information est souvent plus tard remise en cause.
Nous avions déjà, de cet auteur, présenté un très joli livre sur sa mère : Les singes rouges, d’une tout autre veine.
Bluebird, Bluebird d’Attica Locke, traduit par Anne Rabinovitch, 2017, aux éditions Liana Levi, maintenant chez Folio policier.
Cette romancière et scénariste est née au Texas en 1974. Son personnage principal est ranger noir au Texas. L’histoire commence avec deux morts : un homme noir venu là en BMW et une femme blanche qui travaillait dans un café de red necks dans la même bourgade. Dans cet ordre-là, inhabituel.
Michel Abescat aime aussi et c’est une sacrée référence.
– Là où nous dansions de Judith Perrignon, 2021, éditions Rivages : Détroit, une ville décidément « littéra-génique ». (  voir aussi Detroit dit-elle  de Marianne Rubinstein chez Verticales, Il était une ville de Thomas Reverdy). Le roman de Judith Perrignon, très documenté, nous fait traverser des temps différents : les années du New Deal avec la venue de madame Roosevelt et la création du « Project », nouveau quartier noir, les débuts de la Motown et de The Supremes, et le moment de la déchéance économique de la ville.

Un été au Havre 2022 a commencé

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Petit retour en arrière :
une autre année d’Un été au Havre,
l’oeuvre d’une diplômée de l’école d’art et du master de création littéraire, Alice Baude.
On l’avait rencontrée lors d’un atelier d’écriture sur sa pièce.
ça avait donné ça :

« LE LIQUIDE POUR SEUL REEL ».

Pas sûre encore de comprendre le sens. Juste sûre d’aimer la pièce, le contraste de la dureté du matériau, du choix du graphisme des lettres – le tranchant du « E » par exemple -, du brillant de l’écrit sur le sombre de l’eau, sur sa mouvance. Evidence des mots dans un endroit où ils n’ont rien à faire. Invisibilité de la technique. Elle bouge peut-être mais elle ne dérive pas. Elle flotte mais des vaguelettes passent dessus, irrégulières, forment plus ou moins des lignes, des rides, un court temps, s’en vont, disparaissent complètement, laissent le « U », le « L », lisses, argentés, nus, puis d’autres viennent, un peu ailleurs, un peu autres.
Donc,
un côté sec sur le mouillé,
un côté sûr sur l’instable,
un côté plat sur une profondeur.
Quelque chose de fort même si le sens, éventuellement, échappe.

Cette année, une girouette sorcière, un skater fou et une baleine échouée, entre autres,  nous attendent dans la ville. Du figuratif. Un clin d’oeil au passant qui se demande s’il voit bien ce qu’il voit.
Le Centre d’Art contemporain Le Portique présente, lui, de nombreuses pièces de l’atelier Van Lieshout autour du voyage. On ne pense pas forcément à cette thématique, plus à des cabinets de curiosité : machines bricolées, un peu gore, étonnantes accumulations d’éléments qui peuvent effrayer, choses assemblées, bricolées et beaux objets. Ma pièce préférée, les scaphandres !

De retour du Marché de l’édition indépendante – Rouen

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c’était bien ! On retrouvait les « copains » Lurlure, Phloème, Les Petites Manies, on en rencontrait d’autres comme Densité, et on était super contents que la libraire et éditrice Elisabeth Brunet s’intéresse à notre catalogue ! Le tout dans ce superbe lieu avec l’équipe de Normandie Livre et Lecture aux petits soins pour nous.

Un Nina Berberova : P U N° 151

Une plaquette de 70 pages, un essai de Nina Berberova (1901-1993) : Nabokov et sa Lolita, écrit en 1965, traduit du russe par Cécile Térouanne, paru chez Actes Sud en 1996 est la Pièce Unique N° 151.

 

Ils se sont connus, ils ont tous les deux eu un destin d’écrivains exilés dans plusieurs pays. Berberova n’est pas spécialement réputée pour sa capacité d’admiration, Nabokov non plus. Un point de vue universitaire, une étude un peu sèche donc. Pourtant, elle sait nous dire son respect pour Nabokov avec cette seule phrase : (P. 61) : « Joyce et Nabokov « font vieillir le monde » ».

Des Poèmes Express qui sont sortis de ce ce texte  :
– Deux personnes s’ennuient et un mort jouit : ironie.
L’enfer devient autre, n’a rien à faire, exige une révision.
La confession se fait hurlement que personne ne croit.
Lire son poème avant de tuer un acteur comique.
La témérité est non-sens. Les héros se désagrègent dans ce disloqué.

La Pièce Unique N° 151 a été offerte à Manon Fargeat, juste diplômée de l’ESADHaR qui, parallèlement aux lectures d’élèves du master de création littéraire, présentait son travail à l' »open door », le 24 juin. Un beau travail à partir d’un corpus de 10 ans de la revue Photo, sur la manière dont elle alliait images de reportages de guerre et corps nus de femmes. Point de vue féministe sur le corps cannibalisé. Une vraie réflexion qui se concrétise dans une installation constituée d’écrits, de photos évidemment, d’objets.

Temps permettant, de Christine Lapostolle

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Temps permettant de Christine Lapostolle est sorti en janvier 2022 aux éditions mf, créées en 2005.
D’abord une esthétique : du presque invisible : une première de couverture gaufrée blanc sur blanc : une fenêtre apparaît en léger volume si on retire la jaquette. Le texte imprimé dans un gris ardoise chic.

Pas un hasard, ce choix puisque, dans le texte, il est fait extrêmement souvent référence à des tons : « Bancs de nuages blancs bêtes » (…)  « le gris d’un grain » (…) « La mer devient suie » (…) « incarnat rosé, vert jaspe » (…) « Quatre gris derrière la grue – un premier gris bleuté, bleusé, bleuisé, » Beaucoup de beaux mots pour parler des couleurs, mots qui existent ou créés. Délicats.

Délicats aussi, des mots inventés : « avrilement tiède » (…) « Le vol des oiseaux se déquadrille » (…) « Une ambulance Europe assistance pimponne » 

Les mots sont des matériaux, évidemment. Au service du texte, un texte discret, sans esbroufe : l’inventaire de choses vues, entendues, d’une fenêtre, toujours la même, à Brest.
On commence en se demandant comment cela peut « tenir » sur un livre entier. On a tort. Cela « tient ». La météo, des passants, de petites scènes sans importance :  » Trois scouts tiennent ensemble une carte dépliée / Le vent leur complique la tâche. », une ambiance visuelle, sonore, odorante, mais aussi des faits précis, nécessaires socialement : « C’est dans ces silos qu’est stocké le vrac alimentaire / – tourteaux de soja, graines de colza -issu de la déforestation des terres lointaines / et qui dans quelques mois repartira là-bas sous forme de viande congelée que personne si le monde allait bien n’aurait envie de manger / Empuantissant / Empuantissement des ports industriels ».

Une ville apparaît à travers un unique cadrage.
Un livre élégant, amoureux des mots.
Christine Lapostolle « s’occupe depuis longtemps de questions d’écriture dans une école d’art. » Elle a déjà publié six livres « entre le témoignage et la fiction ».

Bout portant par Françoise Sergeant

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Babelio  FrancineS
FrancineS   20 juin 2022
Tout commence dans une voiture, la tension est palpable. Au volant, un homme jeune. Côté passager, une femme armée. A l’arrière trois petits vieux terrorisés, ou presque. Car au fil des pages, on ne sait plus vraiment qui sont les méchants de l’histoire ! L’histoire justement ? Une sombre affaire de vol, de kidnapping, de show business même !
En moins d’une centaine de pages, l’auteur nous emporte, de sa plume acérée, dans un road movie aussi statique que critique, de notre société et du monde du livre. Plus qu’un roman, une tuerie, nette et sans bavure.

Deux Richard Brautigan : P U N° 150

Sucre de pastèque  et La pêche à la truite en Amérique, publiés aux USA en 1968 et en 1967, de Richard Brautigan (1935-1984)  sont la Pièce Unique N° 150.
C’est La pêche à la truite, son best-seller, qui le fait reconnaître par un grand nombre.
Les deux textes sont assemblés chez Christian Bourgois dès 1974. Le volume est préfacé et traduit par Michel Doury (1931-2007), aussi traducteur de Pynchon, Cheever.
Ces textes sont un peu dingues, du « surréalisme dans la vie de tous les jours ». Des » tigres » qui sont « désolés », « une cabane » « entièrement en sucre de pastèque », « des cercueils de verre au fond des rivières », un « ruisseau à truite » « à vendre d’occasion »…
Mais aussi des faits qui s’ancrent dans le réel : une femme abandonnée pour une autre, un bébé qui vomit, « un beatnik » « en train de manger des pommes de deuxième choix » : « comme protestation, c’était sans doute plus efficace que d’aller manifester devant les bases de missiles atomiques ».
Un peu de mise en abîme : « –  Au fait, demanda le dr, comment avance ce livre ?
– ça marche.
– c’est sur quoi ?
– Juste au fil de la plume : un mot pousse l’autre. »
Et quelques fois, mais rarement, c’est vrai…

Quelques Poèmes Express issus de ce Brautigan :
– Du sucre au creux d’une main d’enfant, au lit, la nuit. C’est paisible.
– Plaire avait une forme de pouce.
– Les yeux sans regard fabriquaient des choses oubliées.
– Elevage de cendres derrière les portes de verre.
– Sortir de mon lit. Retrouver mes pieds. Les réveiller.
– Soleil Levé, bruit lisse de petit-déjeuner.
– Incroyable chapitre de l’Ancien Testament : la migration des enfants jusqu’à un magasin.

Cette Pièce Unique sera envoyée à Bernard Peschet, plasticien qui a été professeur à l’école d’art de Quimper, qui a pu exposer au domaine de Kerguehennec et travaille sur des carnets, des dessins, des annotations.

Réaction à chaud super gentille de Christine Lapostolle à la Pièce Unique reçue :
« J’ai commencé la lecture de la 147, ça me plaît beaucoup, j’y trouve quelque chose d’un rapport au monde dedans/dehors que j’ai moi-même cherché parfois à mettre en forme sans jamais arriver à cette composition subtile, ce beau dosage  que vous mettez en place, vraiment bravo. Le livre d’Olga Ravn pour le moment je ne le vois pas, j’y reviendrai dans un deuxième temps. j’ai observé que vos textes me revenaient, ensuite à d’autres moments comme encore une prolongation de vos prolongations. Mais je vais m’interrompre quelques jours car je ne veux pas gâcher cette expérience et là je suis submergée de choses à lire pour les beaux-arts; je vous raconterai la suite… »

 

 

Le 26 juin 2022

A Rouen, à l’aître saint-Maclou – superbe endroit -,
a lieu la deuxième édition du Marché de l’édition indépendante.
C’est sur deux jours.
Rue du Départ y est le dimanche 26 juin

« Bout portant » et des lecteurs – suite

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Jeunes, moins jeunes,
femmes ou hommes,
amateurs ou professionnels
du polar ou de la retraite,
impactés donc
– ou pas –
par le problème,
ils en disent ceci :

A. D . : « J’ai lu Bout Portant : totalement amoral et réjouissant »
L. B : « ça claque. C’est drôle mais pas que »
C. P : « vu mon métier, je ne pouvais pas passer à côté, je l’ai lu d’une traite. »