Un Alice Munro : P U N° 254

Mis en avant

Les deux nouvelles « De Sacrées raclées » et « Un demi-pamplemousse », ont paru dans la presse en 1977 et 1978, avant d’être reprises dans un recueil publié sous le titre : Who do you think you are? (Pour qui te prends-tu ?).
Elles mettent en scène, rudement,  Rose, ado, son père et sa belle-mère Flo, à Hanratty, petite ville d’Ontario. Dans la deuxième, s’ajoutent des élèves que côtoie Rose.
Les rapports entre les personnages tiennent plus de l’affrontement que de l’affection.
Et l’aspect social, le fait qu’on vous juge à travers lui, est omniprésent. La volonté de Rose de sortir de son milieu est en conflit avec la jalousie de Flo.
Quelques « Poèmes Express » venus de ces nouvelles :
– Elle prétend et il est lent à saisir le rôle qu’il doit jouer.
– Le regard sait : vient un moment où l’on ne peut plus reculer.
– On prenait pas de précautions. On faisait des expériences.
– Elle croyait au premier matin, au temps qui sépare.
– Elle se voyait en personne réparée.
Cette courte Pièce Unique est offerte à Christine Labourdette qui a si bien lu, le 2 mai, la nouvelle d’Alice Munro, Un peu beaucoup, pas du tout, traduite par Agnès Desarthe, au lieu en devenir qu’est le « théâtre des champs » à Gonneville-la-Mallet.

Un Oscar Peer : P U N° 253

Mis en avant

Coupe sombre,
paru en 1978 en romanche, et en français en 1999 chez Zoé
est la Pièce Unique N° 253.
Oscar Peer (1928-2013) a été instituteur, a vu son premier texte publié en 1952 (La vieille maison), a reçu en 1977 le prix Schiller, le plus ancien prix littéraire suisse.
Coupe sombre est l’histoire d’un homme face à la nature, homme condamné, à la suite d’un accident de chasse, par la majorité des habitants de son village.
Littérature qu’on pourrait ranger dans la case « nature writing », case qui n’existait pas au moment de son écriture. De beaux moments : p 87 :  » Pendant ce temps, il neige. Il reste là, appuyé à un arbre, les sens pris à ce murmure blanc qui apaise et angoisse en même temps. »

Quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Dernier wagon, un chien entend des voix qu’il détache de l’odeur.
– Les femmes disparaissaient lorsque sortaient les grandes gueules.
– Cheveux gris, taches brunes mais habité.
– Devant l’oculaire des jumelles : l’endroit et les chevreuils.
– Toucher son enfant, le manger chaque nuit.
– Il faudrait faire la différence entre poule et pipe.
– Pendant que l’un d’entre eux bat les visages, lui les regarde.
– Elle a le sentiment que gronde son sang, que craque l’essentiel.
_ Un homme et Dieu se taisent. On entend la tension.
– Il ronge sa joie, se fraye un chemin hors du dedans.

Ce livre des éditions suisses Zoé est envoyé… aux éditions Zoé dont j’aime toujours le papier crémeux des grands formats, souvent leurs couvertures et, évidemment, indépendamment de l’ aspect des livres, les auteur.es, les actuel.les (Elisa Shua Dusapin, Anne-Sophie Subilia, Arthur Brügger…) comme les plus anicen.nes (Robert Walser, C. F. Ramuz…)

Un Jean-Christophe Bailly : P U N° 250

Le dépaysement – Voyages en France, paru en 2011 aux éditions du Seuil, est la Pièce Unique N° 250.
Des voyages du sud au nord, de l’est à l’ouest de la France.
Un engagement.
P 225 : « au fond la France serait d’abord une habitude prise par ceux que l’on appelle les Français : un corps de comportements, un corpus de références et de schèmes récurrents inscrits dans une langue qui les énonce et les renouvelle, mais rien de plus, rien qui serait comme une essence configurant un destin.  »
Amour et lecture des paysages, de monuments et des mots.
P 435 : (ZNIEFF, PMR, PACA) : » Le langage fait symptôme » : « La langue technocratique avoue ce qu’elle est et ce qui la caractérise en premier – son incapacité congénitale à nommer le réel, à le toucher (…) manière de fausser la langue en l’aseptisant, il est fatal qu’elle prospère là où on n’a pas besoin de sens, là où on le redoute » = « dans la sphère politico-médiatique »…

Voilà des Poèmes Express nés de ce Jean-Christophe Bailly :
–  Le sujet est signes enchevêtrés, forme sans bord.
– Eloignée de plus d’une vingtaine de kilomètres, la terrasse belvédère. Un groupe de vieilles femmes clignote.
– Un lieu où ceux qui passent sont saisis. Un lieu de pure discorde.
– Enervement dans le soleil. Elancements jaunes. Pays ocre.
– Le grand hôtel ! L’absolu du récit, avec gens charmants et autres poussières de romans.
– L’école prépare à cet effacement du féminin : interdits, limites.
– Un monde paisible peut s’empêcher de penser, pas un monde inquiétant.
– Des paroles dans les dessins, débris sans charme.
– Fleurs fanées, teintes tonalités de brun rouillé et petite tonnelle fatiguée.
– On peut percevoir un rêve, un futur, un tissu d’occasions.
– De l’intérieur à colonnes en marbre rouge couleur foie émane le religieux.
– Ce qui est venu s’échappe du passé : brocante de fragments.
– Le chemin commence dès la porte qui délivre de la famille.
– D’un bout à l’autre d’un gâchis, des morts ou des fragments de vivants.
– Il y a cette impression de sens…une fiction.
– On ne peut que l’imaginer, la « grandeur » de l’histoire catholique : ce qu’elle peut avoir de têtu.
– Des lumières dans un hangar servent à emballer les ouvriers la nuit.
– Le gouvernement avait jugé bon de lancer un débat sur le multiple des désirs.
– Première et rugueuse, la colonisation domination, peau grise des temps.
– Le monde avait cette forme et il s’agissait de la perdre.
–  C’est au fond une pelote d’affects, grave espérance, manque ample.
– La réalité de la bête est l’abattage allant de soi.
– De petits noyaux agressifs ambiance catastrophe découlent de la situation.
– Un clin d’oeil lorsque j’avouai avoir eu peur dans un livre, la nuit.

La P U N° 250 est pour Rémi David dont le 2ème roman chez Gallimard, le voyage d’un iceberg dans le monde : Prélude à la goutte d’eau, vient de sortir.
Magicien, il est aussi directeur littéraire du festival Terres de paroles, Seine Maritime.
Il est attendu à la Petite Librairie, au Havre, le 9 mai à 17h30.

Un Pierre Schoendoerffer : P U N° 252

La 317 ème section, paru en 1963 à la Table ronde est la Pièce Unique N° 252.
Une première. Un auteur que je n’ai jamais approché, un auteur que je cataloguais « pour hommes ».
C’est le cas.
Mais c’est aussi une belle écriture : des descriptions climatiques superbes du paysage, les combats, les blessures.
Schoendoerffer (1928-2012), à 19 ans, s’embarque sur un cargo suédois. Quatrre ans plus tard, il se porte volontaire et s’engage au service cinéma des armées pour partir en Indochine. Le 7 mai 1954, il est fait prisonnier à Diên Biên Phu, libéré le 24 août de la même année par les accords de Genève.
Dans un portrait de l’INA, il dit :  » on se battait pour voir ce qu’on valait, pour voir la mort, comment on s’en sortait (..) ici rien ne se passe, il se passe quelque chose là-bas. A 20 ans, on ne se dit pas, c’est un acte politique. Objectivement, c’est un acte politique mais subjectivement, c’est un acte personnel. »
La 317ème section,
c’est une histoire de guerre coloniale, de mecs, de camaraderie virile, de volonté d’aventure. C’est aussi de la sociologie. Mais c’est surtout les sept jours après que ça a commencé à foirer.
Le film, du même titre, est sorti en 1965 et a obtenu le prix spécial du Jury.

Quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Un grigri autour du cou et la nuit s’éloigne.
– Les blessés s’accumulent. Sang, transpiration, pourriture.
– Des coups claquent ; il se cale contre le mort.
– Excusez-les et les hommes continueront.
– Trouver 2 bâtonnets d’encens et 6 petits enfants
– Mardi baigne dans une humidité grise et tiède et glisse.
– Désignant quelque chose d’un geste, ils se contentent d’attendre les mots.
–  Les deux rient en se forçant. Après, les deux ont les traits tirés.
–  Les mouches se reposent et rêvassent sur les yeux d’une bête.
– Nuque calée sur son avant-bras, Dieu chante.

Aucune idée sur qui peut recevoir ce 3 en 1…, entourée de peu de pro-guerre… ce sera encore plus étonnant que d’habitude à qui l’aura…

Un Kerangal – Sorman : P U N° 251

Seyvoz, un livre écrit à quatre mains par Maylis de Kerangal et Joy Sorman. Paru aux éditions Inculte en 2022, maintenant trouvable en Folio.
Un village. Disparu. Un barrage. Un lac artificiel. L’engloutissement de lieux de vie, l’obligation d’abandonner ce qui était à vous… pour le bien commun…
Histoire venue du réel, qui rappelle un film chinois de 2006, Still life de Jia Zhang-Ke.
Deux temps :
le moment où les habitants doivent partir., où des ouvriers perdent la vie.
Le barrage construit, un ingénieur vient en inspection. Et il se retrouve seul, dans une ambiance inquiétante : P. 42 : « Le lac a toujours cette apparence de mélasse, d’un bleu mat, radioactif, il aimante le paysage, l’engloutit dans son épaisseur liquide. Son trouble s’accentue, une inquiétude grandit, sans objet pourtant, si ce n’est la vision de cette eau dense, lourde, malaisante, une eau qui ne lui dit rien qui vaille. »
Deux écrivaines et il est difficile de dire qui écrit quoi.
Des mots rares auraient pu me conduire vers M.de Kerangal
mais ce n’est pas si évident ici.

Des « Poèmes Express » venus dans Seyvoz :
– Le café dans les timbales qui réchauffe, brûlant, opaque.
– Couloir moquetté de laine bordeaux – chaude, de silence feutré.
– Il dézippe sa polaire, coulisse sous sa série, propice aux sentiments.
– Il masse l’autre, il est d’humeur, essaye le plat de la main.
– Tu as racketté sols, rivière et ciel, tout salopé.
– Gros seins, gros ventre, ça bouge, nus, gonflés.
– Ils ont frémi quand ils ont lu Néant, il était là.
– Sous-bock, typo gothique, sur le comptoir, image nocturne.

La Pièce Unique, 3 textes en 1, a été envoyée à Lydie Turco,
photographe et réalisatrice,
entre autres de Le Docteur et la Femme médecine, documentaire de 2024,
rencontrée à La Baraque, à Rouen lors d’une soirée avec Arno Bertina.

Un Russell Banks : P U N° 249

La relation de mon emprisonnement est paru en 1983 aux USA, en 1985 en France, chez Actes Sud. Traduction de Rémy Lambrechts.
Ce Russell Banks (1940-2023) du début, son quatrième, est déstabilisant après les lectures de son tout dernier, American spirits et de pas mal d’autres depuis vingt ans comme Affliction, De beaux lendemains, etc.
On est là dans une reprise du style, et de la forme inventée au XVII ème siècle par les Pélerins emprisonnés. Ces écrits détaillant les souffrances du prisonnier étaient destinés à être lus à voix haute pendant les services religieux.
Bien qu’il ait écrit d’autres romans historiques,
et que ce texte soit ou pas parodique,
il m’a semblé étrange dans sa bibliographie.
Quoique…
Pourquoi pas…
dans une Amérique hyper-religieuse,
dans un temps où les évangélistes tiennent le haut du pavé à Washington, lire et plaindre cet adorateur de la mort, coupable de fabriquer des cercueils…

Quelques Poèmes Express issus de ce court livre :
– L’aube advint contre le flanc de la maison et apparut l’inquiétude.
– Mère silencieuse et invisible. Père-colère.
– Il était vivant, homme du temps, un des remarquables, au destin stupéfiant.
– Il fallut fonctionner : conversations, espérances et comportement.
– Nous nous attardions à table, ventrus, rubiconds banqueteurs, jour et nuit.
– Une distance me séparait à présent de moi.
– Déchirer les muscles est toujours gratuit, et pur acte de fous ou de brutes.
– Il ne reste plus qu’à se retenir de faire.
– Aux morts, l’usage des vivants.

Ce trois textes en un sera envoyé, par jeu, à son dernier traducteur, Pierre Furlan.

Un Frédéric Berthet : P U N° 248

Daimler s’en va, paru la première fois en 1988 chez Gallimard, puis à la Table ronde, avec une préface de Jérôme Leroy, est le seul roman écrit par Frédéric Berthet (1954-2003). Il a par ailleurs écrit nouvelles et essais.
Le ton du livre : un humour totalement décalé et – mais c’est moi qui le dis… et je suis sans doute sentimentalement influencée par son suicide … un 25 décembre … – du désespoir.
Citation : P 116 :  Ralph « avait développé » … »une théorie littéraire  » : « selon lui, le narrateur devait toujours être perché sur la branche d’un arbre au bord d’une route et, quand le personnage principal passait (au volant d’une voiture décapotable blanche, avec la radio à fond), se laisser tomber sans bruit au fond des sièges arrière, quand ils existaient. Outre le fait que, dans ces voitures, les sièges arrière n’existent qu’une fois sur deux, je me souviens aussi de son opinion selon laquelle, je cite, il y a à peu prés autant de ressemblances entre un artiste et un critique qu’entre un mérou et le directeur d’un institut océanographique. »

Quelques « Poèmes Express » venus dans, et de Daimler s’en va :
– Sujette, Eve de son Adam, pauvre type.

– Pour mieux danser en prenant appui sur l’autre, l’un accepte que l’autre se rendorme.
– Quelqu’un retenant un fou rire jouait à la roulette russe..
– Respire l’odeur d’une lettre. Regarde-la. Essaie.
– Boire un grand verre d’eau : un noyé dans l’eau se met à rire.
– Wenders en larmes – le rêve était d’une netteté parfaite – remplissait mon verre.

Cette Pièce Unique, 3 en 1, n’a pas été offerte
mais déposée à la médiathèque Oscar Niemeyer du Havre, à B, sur l’étagère entre Henriette Bernier et Jean Berthier .
Il n’y a évidemment aucune cote, et si on veut le prendre, on peut…

Un Sigrid Undset : P U N° 247

Pas mon premier livre lu de l’autrice norvégienne Sigrid Undset (1882-1949). Jenny était le premier.
Ici, il s’agit de deux nouvelles : L’âge heureux et Simonsen. Elles font partie d’une première manière, qu’elle a nommée « romans de nos jours », la seconde manière étant celle qui lui vaudra le Prix Nobel de Littérature en 1928 : des romans historiques qui remettent à la mode le Moyen-Age.
Sigrid Undset est une femme libre, combattive, dans sa vie personnelle, comme dans les événements internationaux. Elle quitte la Norvège après l’invasion allemande et l’arrivée au pouvoir du régime collaborationniste Vidkum Quisling. En Suède puis aux USA, elle se met au service de la résistance norvégienne de l’extérieur. Elle y fait de nombreuses conférences, est extrêmement populaire. Elle revient dans son pays et sa maison dévastés en 1945. Elle continue à écrire mais elle est malade.
Pour moi, elle est sujet d’étonnements : elle a reçu un salaire d’écrivain à vie vers 1921 (quelle belle idée !), s’est convertie au catholicisme en 1924 après avoir été si en dehors de la morale bourgeoise.

Dans L’âge heureux, le personnage principal est une jeune femme pauvre qui veut réussir au théâtre. Elle joue, a du succès mais aime et est aimée d’un jeune homme qui souhaiterait qu’elle quitte la scène. Elle le fait, a un enfant…
Dans Simonsen, un homme peu doué pour le travail, vit hors-mariage et a une enfant avec une couturière. Son fils d’un premier lit, embourgeoisé et influencé par sa femme, certes laide mais riche, l’envoie dans un village lointain. Il y part seul…
La norme, la bienséance comptent dans ces textes du début du XXème siècle, comme dans Jenny.

Quelques Poèmes Express nés de ces deux nouvelles :
Le vieux connaissait tout le monde ; mais surtout aurait préféré ne pas.
– Perles bleuâtres dans le rouge foncé de son manteau par un matin d’hiver.
– Dans la chambre noire, sensible, un monde mort.
– Sans les autres, on est privé de sujets.
– Le désir triomphe d’un corset.
– Chambre froide et petits corps…
– Accepter la main posée sur la tête, ne pas… se débarrasser du sentiment.
– Elle se tenait dans l’épaisseur de l’horloge… et commençait à glisser.

Ce Sigrid Undset est offert à la douce Estelle Rocchitelli, sortie du Master de création littéraire du Havre, autrice de Après la brume, trouvable en Pocket,

Un Peter Handke : P U N° 246

Encore un premier !
A croire que je ne lis pas !
L’heure de la sensation vraie de cet auteur autrichien a été publié en Allemagne en 1975, en France, chez Gallimard en 1977. Traduction de Georges-Arthur Goldschmidt.
Cela a été porté à l’écran en 1988 sous le titre Ville étrangère par Didier Goldschmidt, fils du traducteur, avec Niels Arestrup dans le rôle principal.
Gregor Keuschnig est un homme arrivé, attaché de presse à l’ambassade d’Autriche à Paris.
Il vit deux jours dans une sorte de crise, en homme clivé … et plutôt désagréable, entre autres avec les femmes… Crise professionnelle, familiale, personnelle qui aboutit à un possible nouveau départ, moins fabriqué, plus en phase avec ses origines.

Quelques Poèmes Express issus de ce Peter Handke :
On entend un coup de frein mais remarqué trop tard sans regarder.
– Il n’existe pas d’obligation de continuer à vivre, chairs et tendons.
– Tout était misérablement normal. Quotidien, ce qui lui faisait du bien.
– La rame roulant plus lentement le long d’un chantier, il vit tous ces visages.
– Il pensa à comment il avait couché avec elle, mains, hanches, sans sentiment.
– Un fantôme dépose plainte contre ce monde au lieu de disparaître.
– Dans l’immeuble en face, une femme, cuisses et seins, derrière la vitre.
– Il n’allait pas se raconter d’histoire : fini de se montrer nu.
– Il sentit sa propre sueur. puis d’une femme élégante – chacun révélait qu’il vivait –

Cette Pièce Unique  3 en 1 est envoyée au traducteur actuel en France de Peter Handke : Julien Lapeyre de Cabanes. Dernier livre sorti, en novembre 2025 : Tête à tête. Une conversation.

Un Sorj Chalandon : P U N° 245

Retour à Killybegs, paru en 2011,
est la Pièce Unique N° 245.
332 pages en Livre de poche,
Grand prix du roman de l’Académie française 2011.
Raphaëlle Leyris (dont j’aime toujours les choix) dans le monde des livres, en disait à l’époque : « Retour à Killybegs n’est pas qu’un complément à Mon traître : plus puissant, plus subtil, c’est l’histoire d’une âme rendue grise par la contingence, la fatique et la soif de paix. ».

C’est l’Irlande, les Britanniques, les catholiques, les protestants, la résistance, la compromission,

les morts en prison, ou dans des combats, ou par des bombes.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
–  Cette nuit-là a appartenu à l’armée, la guerre sans jugement.
– Une famille menée par la foule, enfouie contre elle.
– Regard dur, il parlait en claques.
– Elle parlait, la salive suppliait. Le silence était bousculé.
– En lettres noires, à la peinture haineuse, une insulte.
– Un parti saccageait la phrase et des milliers se rebellaient.
– J’avais peur. Les filles arrivaient, un rire plein le ventre.
– Je ne sentais plus. Je n’entendais plus. Tête en peur.
– J’étais noué dans le noueux de l’armée.
– J’ai senti la foule. Son minuit.
– Pas l’autoroute mais des chemins de terre. La pluie contre les vitres.
– Le froid, tellement. Couchée avec pull et chaussettes.
– Deux mains contre sa poitrine. Un rêve en sueur avec des cris.
– Si vous avez quelque chose à quitter, dépêchez-vous.
– La presse s’adressait à mon silence. Enfoncé en bas de page.

La Pièce Unique N°245 est offerte à C. Le G. une grande lectrice.