Retour de Marie A. sur la P. U. N° 103

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Pièce Unique N° 103 de

Catherine Hémery Bernet
Trois lectures en un ouvrage :
– « Rondeur des jours », Contes de Jean Giono
– Sélection par Ca He Be de choses lues dans les quotidiens nationaux et entendues sur France Culture
– Poèmes express de C.H.-B. sur le modèle de Lucien Suel
Premier poème express le 26 janvier 2020 :
La route
a voulu nous persuader que nous allions vers quelque chose.
Dernier poème express le 11 juin 2020 :
Grands clous de douleur
et
petits souliers légers.

Un Arnaud Cathrine : P U N° 106

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 Pièce Unique n° 106 :
Les yeux secs,
 premier livre d’Arnaud Cathrine, paru en 1998 aux éditions Verticales et, en poche, en J’ai Lu.
C’est une histoire de guerre civile, de peur, de décisions à prendre, de confiance ou pas, de résistance ou pas, de collaboration ou pas. On ne connaît pas le contexte. Seuls des noms, des prénoms (Odell, Hamjha) pourraient nous aider. Le style a un côté un peu emphatique quelques fois, surtout si on le compare avec son dernier livre paru : J’entends des regards que vous croyez muets (éd. Verticales 2019).

Voilà des Poèmes Express issus de Les yeux secs :
– Fermer, ouvrir. L’odeur venait d’une sueur.
– Les hommes passent la grille et envahissent le tapis.
– Je repense à un soir, un dîner, un air inquiet.
– Nous ruer l’un contre l’autre et ramasser la frayeur.
– Faire taire les cernes.
– La lame dans le cervelet rempli.
– Ils terminèrent le temps.

La P. U N° 106 est offerte à Isabelle Letélié, efficace animatrice d’ateliers d’écriture, journaliste et auteure.

Un Cynthia Ozick : P U N° 105

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Avant d’écrire ceci, j’ai relu le texte si incroyablement positif de Jean-Pierre Suaudeau. Qu’il en soit encore remercié !!!
Je rajouterai juste que ces Pièces Uniques me sont un moyen de découvrir des livres de l’histoire littéraire, parus il y a longtemps, dans un monde où sortent des centaines de textes qui poussent les précédents dans l’oubli. C’est une façon de dire ma croyance en une littérature patrimoine, en un fonds inaltérable. Une façon de partager cette croyance.
OK, on s’en fout,
OK, c’est pompeux,
mais c’est ça.

La Pièce Unique N° 105 est Le châle de Cynthia Ozick, née en 1928, à New York.
Le châle est un texte court, paru aux USA en 1980 et en 1991 en France. C’est un texte incroyable, une atroce merveille. Dans les premières pages, absolument saisissantes, nous sommes en Pologne en 1945. La suite se passe aux Etats-Unis, parle de folie, de solitude et d’orgueil.

Voilà quelques Poèmes Express issus du texte :
Entre ses seins, un bébé rond sentait.
– La bouche d’un homme en uniforme regorgeait de barbelés.
– Plastique brun déchiré, chemise passée, téléphone coupé.
– Touchez pas à un lapin, pelez un rendez-vous.
– Femme de plastique, j’ai le sentiment un peu technique.
– Le bleu de sa robe près du lit. Petit dieu des folles.

La P U N° 105 est offerte à Catherine D., collègue de radio (Ouest Track), branchée art contemporain et livres.

Un Charles Dickens : P U N° 104

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Temps difficiles de Charles Dickens, a été écrit en 1854. C’ est, dit-on, son roman le plus engagé. Dans la ville industrielle de Coketown, sale et laide, se heurtent les mondes des riches et des ouvriers.  Une troupe de cirque passe.
Temps difficiles est une satire où les Gradgrind, les Bounderby sont ridicules et définis par leur fermeture d’esprit, leur manque d’empathie. Pour eux, seuls les faits comptent. L’imaginaire et les sentiments sont à bannir.
C’est une fable où les nantis seront punis et auront besoin de plus petits qu’eux.

 

Quelques Poèmes Express issus de cette P U N° :
Au-dessus de sa tasse de thé, je demande pardon à quelqu’un.
– On pouvait se procurer un oeil et en trouver une paire.
– Trois larmes : tendance à dériver vers 
l’humain.
– Le matin s’installa, enveloppé par l’été. Il s’ennuya.
– Elle attendait comme une pierre en eau profonde.
– Sauver du vide ou en parler.
– Une femme persécute un homme, le range dans la corbeille destinée à cet usage.

La P.U. N° 104 est offerte à Véro L., grande collectionneuse et consommatrice de livres.

 

Un Jean Giono : P U N° 103

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 L‘eau vive ou Rondeur des jours, paru en 1943  chez Grasset est la Pièce Unique N° 103.
Jean Giono a là, comme toujours, des formules merveilleuses qu’on ne rencontre chez aucun autre écrivain et encore neuves en 2020 .
Il s’agi d’un recueil de 16 textes très divers, écrits surtout entre 1930 et 1937 : quelques nouvelles mais plus souvent des textes descriptifs de la montagne ou de la forêt provençales, de villages mourants, de croyances paysannes, des moments de vie : découpage de l’animal qu’on a tué, repas de viande et désir physique, moisson faite en commun : Mort du blé, en une vingtaine de pagesest le superbe rendu par l’écriture du rythme du travail, de la chaleur plombante puis des corps éreintés.

Voilà quelques Poèmes Express tirés de ces textes :
Je finissais le soleil à la scie et tout suivait.
– L’eau coule, le cresson craque au fond.
– Il faudra se charger d’hier. Je compris ce qu’il voulait dire.
– Le ventre est là. L’odeur de la chair est là, dans les danseuses fourrées.
– Des petits pas légers dans du lait tout doux.
– On sent son âge. Il est trop. Il fait poche.

Ce Giono est offert à Marie A., lectrice, écrivante et psy ( Nobody’s perfect ).

Un Camara Laye : P U N° 102

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L’enfant noir, l’autobiographie de l’enfance de Camara Laye (1928-1980), parue en 1953 aux éditions Plon, reparue en 2006 dans la même maison avec une préface d’Alain Mabanckou, n’est plus trouvable qu’en poche.
Camara Laye est né en Guinée, a étudié en France, est revenu dans son pays où il a été haut-fonctionnaire sous Sekou Touré puis s’est exilé au Sénégal. Il a alors collecté des histoires auprès de griots de toute l’Afrique de l’ouest.
L’enfant noir s’arrête au moment où il part en France. Ce qui est raconté est donc la famille, le père forgeron, les pouvoirs de la mère, l’école, les cérémonies d’initiation, le rapport à la tradition, à la croyance, mélange d’animisme et d’Islam.
Le livre, à caractère anthropologique plus que littéraire, a connu un grand succès.
Un film du même nom est sorti en 1995, coproduction franco-guinéenne, réalisée par Laurent Chevallier : une adaptation re-présentée au festival Cinémondes de 2016 : non pas une reconstitution historique, mais une transcription documentaire avec des non-acteurs dont un neveu de Camara Laye qui « tient son rôle ».

– on peut voir une vidéo sur Youtube du réalisateur… il est assez désagréable…
– A noter aussi : l’article consacré à Camara Laye dans l’Encyclopedia Universalis, écrit par Jacques Jouet, où il est moyennement sympa vis-à-vis de L’enfant noir.

Quelques « poèmes express » sortis de L’enfant noir :
– A la ville, les années dévoraient les gosses.
– J’ai peur d’un mot. Celui-là ? Non, celui-ci.
– On offrit une vérité mais que la dernière année.
– Nous nous serrions, elle soupirait. Je m’esquivais.
– Un médicament va se reposer : la douleur est revenue.
– Nous nous sommes glissés dans des circonstances et nous y sommes restés.

La Pièce Unique n° 102 est offerte à Céline D, une incroyable lectrice !

Un Jean-Loup Trassard : P U N° 101

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Campagnes de Russie de Jean-Loup Trassard est paru en 1989 chez Gallimard, puis  en folio mais n’est, semble-t-il, plus trouvable.

Cet auteur, né en 1933, qui se présente comme « écrivain de l’agriculture », a été une de nos nombreuses découvertes au Festival écrivains en bord de mer. Ces rencontres ont habituellement lieu autour du 14 juillet à La Baule. Sans doute, cette année, nous manqueront-elles.
Dans ce livre, Jean-Loup Trassard rend compte de 25 jours passés en Russie paysanne soviétique, sans parler russe, accompagné d’un traducteur. Il décrit et photographie des paysages, des animaux élevés, chassés, des isbas, des églises désaffectées et laides, des kolkhoziens, des repas arrosés, des fêtes cosaques, et une jolie serveuse un peu triste qu’on n’oubliera pas.

Voici quelques Poèmes Express venus de Campagnes de Russie :
– Terre poudreuse et sieste d’été dans la forêt de cinéma.
– Petits cubes de femme…transformation de produits divers en poussière.
Les écrivains régionaux en laine beige donnent le sens.
– Des vaches après consommation, en tapis.
– On ne mange pas un fossoyeur.
– Nous souffrons des petites chaussettes blanches arrêtées à mi-jambe.
– On produit du passé, on en garde un souvenir.
– Deux tracteurs soulèvent deux nuages, petites usines qui fument.

La Pièce Unique n° 101 est offerte à Jean-Pierre Suaudeau, auteur de Les forges, un roman, livre sur un lieu de mémoire ouvrière près de Saint-Nazaire, paru aux éditions Joca Seria en 2018.

Un Julio Cortazar : P U N° 100

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oui, N° 100 !!!!!

Voilà dix Poèmes Express issus de

Les armes secrètes,
une merveille de livre, onze nouvelles toutes plus fabuleuses les unes que les autres, de Julio Cortazar, traduites par Laure Guille- Bataillon, parues chez Gallimard en 1963 :

Un autre corps se défendait d’un autre coup de fouet.
– Je pensais aux lions dans les tulipes.
– Sur le bristol bleu, un savon aux amandes dans du papier vert clair.
– Le lit paraissait flotter dans le vinaigre. Je plongeai dans la chambre.
– Je me rappelle du craquement. Il n’y a plus personne.
– Racontons quelque chose d’anormal, mettons-y des nuages.
– Il a du mal à entrer dans les étoiles ; il y a tant de temps dans le temps.
– Un ver luisant n’a dormi que deux heures. Il faut qu’il pense à prendre des comprimés.
– Il écarte les petites bêtes tièdes, il a peur.
– Des anges applaudissent et les gens croient tout ce qu’on dit.

Les armes secrètes, 3 livres en 1 :  l’original + 1 poème express par jour + 1 info par jour sont offerts à Sylvie B. et à Philippe G., des « compagnons de longtemps », de ceux dont on est proche même quand on ne les a pas vus depuis… eh bien ! longtemps !…

Un John Cowper Powys : P U N° 99

Synopsis:
‘What I’ve tried to do in this tale is to invent a group of really mad people who have the fantastic and grotesquely humorous extravagance that, afer all, is an element in life’.

So wrote John Cowper Powys himself in his prefatory note to this novel first published in 1952.

En anglais le livre est paru sous le titre de the inmates, c’est à dire « les internés » , en français, en 1976, au Seuil :la fosse aux chiens.

Nous sommes dans un asile psychiatrique tenu par le docteur Echetus qui pratique la vivisection sur les chiens. Les personnages principaux sont Tenna Sheer qui a voulu tuer son père – dont on peut se demander s’il n’a pas eu avec elle des relations incestueuses – et John Hush qui a une attirance pour les boucles des jeunes filles au point de les leur couper. Il aime Tenna pour qui « ce n’était pas n’importe quel genre d’homme ! Il était du genre inanimé. Plus une poupée qu’une personne.…(p. 47)
Le personnel est aussi étrange que les malades.
L’univers de ce livre de Cowper Powys (1872-1963) est extrêmement étonnant et on a l’impression que Powys comprend parfaitement les folies dont il rend compte.

De ce texte sont sortis des « poèmes express » :
Flot continu de hochements de tête. Conversation de ventriloque par tous ces dos.
– On avait déjà oublié la dynamite dans sa chambre.
– Sur l’oreiller protestait cet agressif de l’amour.
– Elle se mit enfin à déformer les hommes, à jouer de leurs têtes.
– Mon voisin est catholique, son regard pas.
– Une femme sur le carrelage et un groupe de mâles.

Ce livre est offert à Bernard G. amateur d’étrangetés littéraires

Un Marie Ndiaye : P U N° 98

Un temps de saison est paru  aux éditions de Minuit en 1994, quatrième roman d’une auteure de 27 ans !
Herman est professeur. C’est la rentrée, le moment de partir, mais sa femme Rose et leur fils ont disparu dans le village où ils passent leurs vacances. Il reste pour les retrouver évidemment. Personne ne l’aide. On l’engage à s’installer. Au début, son seul souhait est que ça cesse puis il s’habitue, d’autant qu’il les revoit…

Plein de choses intéressantes dans ce livre inclassable : l’engourdissement d’Herman, la séparation entre ceux qui restent et ceux qui veulent partir, un fantastique quotidien.

Voilà quelques uns des Poèmes Express qui en sont issus :
Il était temps de rassurer les femmes quand on était mari.
– Les événements seraient joyeux. Mais serrées, les cuisses.
– Un sanglot s’échapperait des lèvres molles. Indécence. Air ennuyé.
– Femmes rembourrées et galanterie. Chair amollie et sueur.
– Le village semblait de plus en plus rouge et inventait le regard haineux.
– Vous auriez pu prévenir que le ciel était toujours en guerre.

La Pièce Unique n° 98 est offerte à Caroline L.qui travaille avec moi et qui a tellement d’envies qu’une seule vie ne peut pas suffire !