Un Marie Ndiaye : P. U N° 163

Mis en avant

ROYAN – LA PROFESSEURE DE FRANÇAIS
Texte Marie NDiaye, Mise en scene Frederic Belier-Garcia, Lumiere Dominique Bruguiere, Pierre Gaillardot, Son Sebastien Trouve, Decor Jacques Gabel, Costumes Camille Janbon, Collaboration artistique Sandra Choquet, Vincent Deslandres, Caroline Gonce,
Avec Nicole Garcia et la participation de Vincent Deslandres.

Royan – la professeure de français – monologue est paru chez Gallimard en 2020. Tout de suite destiné au théâtre, à une comédienne, Nicole Garcia, le texte continue son chemin au théâtre
Une femme parle. C’est une solitaire. Elle l’a choisi, a quitté une vie, une ville. Elle enseigne et cela ne se passe pas toujours bien. Elle parle de Daniella, une élève différente qui s’intéressait à ses cours, à la poésie.
On entend la difficulté de l’enseignement, la lâcheté qui est quelques fois la seule solution envisagée. On entend la difficulté à être de certains élèves qui ne correspondent pas à la norme, par leur apparence, par leur envie d’apprendre.

Quelques Poèmes Express issus de Royan :
– Couleur de brique des grandes villes malpropres, je n’ai pas voulu vous mettre dans mes yeux.
– S’était fabriqué un visage éternel à dignité tapie.
– Aigre, le goût trop jeune du soutien-gorge blanc sali.
– Un bon bac blond, bien, distingué.
– J’ai eu un bébé-personnage, je suis une femme-personnage, qui est l’auteur ?
– Un pantin enseigne, je crois, à la professeure.

La Pièce Unique n° 163 est rendue à celle qui m’a offert le livre il y a quelques mois, grande lectrice, intéressée par toutes les formes d’art – et comme ça fait du bien ! -.

Un Dostoïevski : P U N° 162

Mis en avant

Le joueur (1865), écrit en à peu près quatre semaines, sous la menace d’une clause de contrat de son éditeur : sinon, « libre à lui, Stellovski, d’éditer pendant neuf ans comme il le voudrait tout ce que j’écrirai sans avoir à me verser de gratification. »
 Et Dostoïevski tient les délais . Le livre est nourri de sa vie : un amour, ses voyages en Europe, la place prépondérante du jeu.
Il est aussi nourri de pensées xénophobes qui s’accordent pleinement avec celles de certains Russes contemporains : jugement plus que négatif des Européens, sans qualité : le Français est un faisan, séducteur sans moralité, les Polonais sont faux, l’Allemand lourd …

Quelques Poèmes Express issus du Joueur :
– Querelle : le gros s’emporta : cicatrice.
– Un secret de famille : elle tient le rôle principal. Muet.
– Comprenez que je puisse délirer. Je veux d’autres temps.
– Comme un paon, mais empoté. Un peu mouton aussi.
– On souleva la massue, se 
décida pour un homme chauve.
– Pour en finir, les gens comme elle, glissent vite, les larmes aux yeux.
– Nous étions comme des ours, vides comme le néant, et le savent nos femmes.

La Pièce Unique N°162 est envoyée en clin d’oeil aux nouvelles éditions Dynastes où vient de paraître Le joueur, poème d’Emmanuel Régniez.

 

Des lettres de J de Lespinasse : P U N° 161

Mis en avant

Mon ami je vous aime, lettres de Julie de Lespinasse  (1732-1776 ),  éditées en 1996 au Mercure de France avec une préface de Chantal Thomas. Des lettres d’amour à l’amant qui a d’autres préoccupations. Des lettres d’admiration pour ce monsieur de Guibert qui en éprouve déjà beaucoup pour lui-même. Les lettres d’une femme intelligente qui reçoit en son Salon les intellectuels du temps mais est fidèle jusqu’à sa fin, à cet homme à la mode qui se marie avec une autre.
( dernière lettre, 1776, alors qu’elle se meurt ) : « Si jamais je revenais à la vie, j’aimerais encore à l’employer à vous aimer ; mais il n’y a plus de temps »

Quelques Poèmes Express issus de ces lettres :
– Si j’étais jeune, je manquerais de coeur.
– Ne faîtes pas de folies mais n’oubliez pas de m’en parler.
– Dans les convulsions et la douleur, des femmes jouent de l’éventail.
– Gens riches et vieux, si vous saviez ce qu’est entendre.
– Pas de repos qui me repose. Me fatigue la longueur des nuits.

Ce court recueil est offert à une grande lectrice nouvellement arrivée au Chat Bleu, M-A.

Un Agnès Desarthe : P U N° 160

Le remplaçant d’Agnès Desarthe est paru en 2009 aux éditions de l’Olivier. Il est trouvable en Points poche. Un beau texte autobio, un beau texte sur Janusz Korczak (1878-1942) , pardon, non, sur « Triple B », le faux grand-père. Je vous perds ? Pas grave. C’est beau et plein d’émotion, d’émotion retenue.
Oxymore ? Pas grave, c’est vrai.

Quelques « Poèmes Express » qui en sont issus :
Coeur fini. On n’a rien senti. Silence du temps.
Il y a une pince à sucre dans mes yeux, un décapsuleur au ventre, une théière aux oreilles d’une jeune fille.
– La guerre l’avait fait sûr de rien, mauvaise mémoire et fruit des tombes.
On les avait forcés à glisser le bizarre du monde dans la géographie.
– Sphères parfaites à planifier mais dont le monde se fiche. C’est la fiction.
– Le journal qu’il tient est avant tout un lieu de vie.

La Pièce Unique N° 160 est envoyée à une ancienne libraire à Lillebonne ( 76 ). Mais libraire un jour, libraire toujours : nous l’avons rencontrée au premier salon du livre de cette ville en 2021.

P U N° 159 : accusé de réception

Mis en avant

« J’ai bien reçu ta PU n°159 et je t’en remercie ! Très honorée.
Le choix de Günther Anders m’enchante. Je lis en triple. Et tu me fais comprendre que le choix de l’information vient après : c’est fort !
Je te redirai mes impressions en fin de lecture. »

Un Günther Anders : P U N° 159

Mis en avant

Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse  est un des entretiens réalisés en 1977 par Mathias Greffrath avec des personnalités ayant quitté l’Allemagne en 1933. Les éditions Alllia ont publié l’entretien avec Günther Anders en 2001 puis, de nouveau, en 2022. Le philosophe se présente, de la Grande Guerre à Hiroshima, en passant par son séjour aux Etats-Unis où il ne réussit/chercha pas, par convictions politiques, à « percer ».

Ce livre présente un intellectuel déraciné : P 47 :  » Je n’étais pas capable, mais je n’avais pas non plus envie d’écrire dans une langue étrangère » « d’ailleurs, je n’arrivais pas à penser dans une langue étrangère –  et je pensais écrire pour l’Allemagne d’après Hitler. » Et P 61 : « à l’étranger, j’étais devenu un puriste de la langue – ce n’est pas étonnant dans la mesure où pendant quinze ans, nous n’avions pas eu d’autre chez nous que la langue, »…

Mais aussi et surtout un humaniste qui se préoccupe du monde à l’ère du nucléaire. Et, en ce moment, en cela, il a toute sa valeur !
P 66 : « …aujourd’hui, notre premier postulat doit être  élargir les limites de ton imagination, pour savoir ce que tu fais. Ceci est d’ailleurs d’autant plus nécessaire que notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons : « (…)  » Et un réacteur atomique, comme il a l’air débonnaire avec son toit en forme de coupole ! »
Pensons non seulement à la centrale de Zaporijia  mais plus encore aux menaces d’utilisation de l’arme nucléaire qui disent, ô combien, le manque d’imagination de ceux qui les profèrent.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont extraits :
–  Il lui serait apparu qu’on ne peut pas tout refouler.
– Platon est passé à côté de Hegel. C’était le philosophe le moins cultivé.
– Des genres littéraires exigeaient des universitaires intellectuellement anéantis.
– Les jeunes se sont sentis morts toutes les années vécues.
– Qu’est-ce qui vous fait croire qu’on va en sortir ?
– Ravage, les sentiments rendent ce terme ridiculement faible.
Labourer le droit ou gueuler. Aujourd’hui penser inquiète.

La Pièce Unique N°159 est envoyée à Marie-Hélène L qui a oeuvré dans le monde des musées et des livres.

 

Un Marielle Macé : P U N° 158

Mis en avant

Directrice de recherche au CNRS et à l’EHESS en théorie littéraire, Marielle Macé écrit poèmes et essais. Nos cabanes, éditions Verdier, 2019, est un très beau petit livre. Petit par sa taille, grand par son sujet et son projet. Travail sur l’écologie, la société face à la nature et ses transformations, les possibles pour que la vie continue au mieux, dans le respect de l’eau, de la végétation, des animaux et des hommes. Un écrit politique. Une recherche de solution, la compréhension et l’adhésion aux actions menées jusque là dans des lieux comme Notre-Dame des Landes.
(p 52:)  » Les cabanes sont « co-construites » comme le dit Sébastien Thiéry, co-construites par le saccage et par les gestes qui sont opposés au saccage ; et de ce tourniquet, on ne saurait sortir. »

Quelques Poèmes-Express venus de Nos cabanes :
– La zone : mot d’où je désigne un état de bout.
– La diversité est chassée de ce qui est pouvoir.
– Nous ne sommes pas tous faits pour élargir les joies.
– La surface bruisse de phrases aux sourds.
– Etre fleuve – évasion de l’eau roulée à l’air.
– Vivre : emprunter les tracés qui font des trajets.

Cet exemplaire, version augmentée de Poèmes Express et des actualités qui ricochent avec eux, est ( r)envoyé aux éditions Verdier qui pourront le garder, le donner à l’auteure, ou le jeter, évidemment.

 

Un Daniel Woodrell : P U N° 157

Un feu d’origine inconnue, paru chez Autrement en 2014 et en poche chez le même éditeur en 2022, traduit par Sabine Porte, est la Pièce Unique n° 157. Daniel Woodrell, souvent édité en France en Rivages/noir, écrit là une histoire basée sur un fait réel : l’explosion, en 1928, d’un dancing dans une petite ville du Missouri. Ce n’est pas une enquête mais des pistes possibles apparaissent tout au long du texte, avant un dévoilement final. Des personnages forts, une belle écriture. Plus intéressant encore, le versant social du livre : la crise économique, la place du religieux, du corps, et de chacun dans la communauté, le fait qu’on ait plus ou moins su qui était coupable mais…

Quelques « Poèmes Express » issus de Un feu d’origine inconnue :
Terre battue que le soleil tape encore.
– Elle chercha à donner l’impression que ça ne lui avait pas déplu. On l’envia.
– Rince-boyaux et sourire aux lèvres, après le déjeuner, il ne lisait plus.
– Il revint trois jours plus tard, rempli d’histoires.
– Dans un coin, sept puces. Le petit groupe s’élargit. Il y avait tant de corps d’accueil.
– C’est pas parce qu’on est Shakespeare qu’on comprend l’autre.
– Enfoncé dans la poitrine, un râle. Des fissures de sons dans le cou.

Ce livre aux 2 lectures ajoutées est offert à Adeline Miermont-Giustinati, rencontrée au salon Epoque de Caen. Auteure de Sumballein, aux éditions Phloème, elle travaille actuellement à la création d’une Maison de la Poésie en Cotentin.

Un Lucie Taïeb : P U N° 156 :

Freshkills est paru au Québec en 2019, puis à la Contre-allée et enfin chez Pocket. Lucie Taïeb est chercheuse en littérature, travaille la question de la mémoire. Mémoire de la dictature argentine, de la Shoah et, avec ce livre, de l’aboutissement de notre société de consommation : ses déchets. Fresh kills est le  nom d’une décharge à Staten Island, créée en 1948 pour trois ans, continuée jusqu’en 2001, après le 11 septembre. Freshkills est le nom qu’on donne au lieu maintenant que l’on veut en faire un parc, un lieu sain, agréable. Transformation du nom – minime certes, juste un écart enlevé –  mais efficace pour dissimuler l’histoire et la vraie composition du sol, pour faire croire à une « nature ».

Voilà quelques Poèmes Express issus de Freshkills :
Un beau jour. Le premier jour sur terre où le mot pensera.
– Le métro avance, ralentit, sort du réel et s’arrête.
– En haut du mont, la vue saute aux yeux, pas à l’esprit.
– Ce garçon déhanché torse nu, on a presque honte de le manger, presque.
– Elle égratigne, saigne la mort, sourire sur la face, mains sales.
– La main maintient la main d’oeuvre, la main à coudre, la main à cadence.
– Mosaïque, morceaux portant morsure, interstice, histoire de séparation.

Freshkills a été offert à Christian Girault, une des chevilles ouvrières de Pirouésie,  comédien, chanteur baroque. Cette année, il nous a entraînés dans Le bourgeois versifié, le Bourgeois gentilhomme « traduit » en alexandrins par l’oulipien Jacques Jouet. Un atelier de mise en voix qui s’achevait… en spectacle avec la chorale éphémère d’Emmanuelle Dubost. Et pour corser encore la chose, en présence de l’auteur…
Un moment joyeux en fait, et une tout autre manière de rencontrer des écrivants connus depuis des années en atelier d’écriture.

Un éditions Densité : P U N° 155

Les éditions Densité avec leur collection « Discogonie », rencontrées à Rouen, au Salon du livre organisé par Normandie 2L sont une maison spécialisée dans la musique – 18 rue Etoupée 76000 Rouen -. Remarquable, la maquette : le code-barre fait partie du graphisme !

La Pièce Unique N° 155 a été faite à partir de l’étude de Rock Bottom de Robert Wyatt, écrite par Philippe Gonin, universitaire.

Quelques Poèmes Express venus de ce livre :
– Accorder une importance à la fin et y voir une absence de lagune.
– L’école vous bourre de fantômes et c’est passionnant.
– Aiguisons l’espace. Tout l’art consiste à jouer avec le centre.
– Sourire au Petit Chaperon Rouge engage Che le martial.

Cette Pièce Unique est envoyée à deux poètes Emmanuel Adely et Frédéric Dumond, grâce à Jany P.
Emmanuel Adely , rencontré au super festival Ecrivains en bord de mer il y a quelques années, est né à Paris en 1962. Depuis 1993, il a publié près d’une vingtaine de livres dans différentes maisons d’édition – des éditions de Minuit aux éditions du Seuil en passant par Stock, Losfeld, Argol, ou encore Inculte. Emmanuel Adely travaille dans son œuvre aux rapports et aux écarts qu’entretiennent l’expression orale et l’expression écrite, à la possibilité « d’écrire comme on parle et de lire comme on dit ».