Un Jean-Paul Dubois : P U N° 138

Un Jean-Paul Dubois, mon premier : Hommes entre eux, paru en 2007 à L’Olivier. Auteur prolifique, un livre par an, primé souvent.
Ce livre nous emmène au Canada avec Hasselbank, gravement malade, qui cherche à revoir Anna qui l’a quitté. Là, il rencontre deux hommes chez qui elle a vécu, très différents l’un de l’autre et de lui. Comme si Anna était une femme très différente de ce qu’il croyait.
Des moments forts : P. 48 : « …la soirée d’Ultimate fighting (…) « on enfermait deux hommes pêchés dans quelque torrent de misère avec pour instruction de s’entretuer comme des chiens de combat » (…) »au milieu d’une foule délirante ». Les parties de chasse, la tempête de neige,
Un dépaysement.

Voici quelques « Poèmes Express » venus de Hommes entre eux :
– La voix disait des choses, pas grand chose. Rien de vivant.
– Il releva le col de son manteau japonais, et appuya sur un cocon laqué.
– Un gros ver blanc avait fait le tour de la station essence.
– Se délivrer de tous les liens et réparer une banquette en skaï.
– Il comprit quelque 
chose, régla ses oreilles et brossa ses gants.
– Sans doute qu’un sang mêlé est embrouillé.

Cette Pièce Unique N° 138, toujours 3 livres en un : le livre originel + le « Poème Express » sur chaque page de droite + l’actualité qui l’accompagne : … « sauts et gambades » un peu…
Voilà un exemple : Le 9 septembre 2021 : le  Poème express :  » La vieille avait dit : »je crains que vous ne soyez arrivé trop tard… » devant le présentoir de vitamine. » La Croix : « Fin de vie : vers une consultation citoyenne ? ». Petite précision : l’information est cherchée en dernier.

On l’offre  à un plasticien, hyper calé en histoire de l’art contemporain, qui fait un beau boulot abstrait et qui va se demander ce qui lui arrive : Alain Buhot.

Un Carl Jonas Love Almqvist : P U N° 137

Carl Jonas Love Almqvist (1793-1866) s’est essayé à la vie paysanne en admirateur de Rousseau, a dirigé une école, a été journaliste, a dû fuir un temps aux Etats-Unis et a beaucoup écrit.

La nouvelle traduction de ce roman – la première, de Régis Boyer, était de 1998 aux éditions Ombres – est le résultat d’un séminaire de traduction littéraire.

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Sara ou l’émancipation (1838) a fait scandale à sa parution dans la Suède protestante. Scandale parce qu’une jeune fille voyageait seule, avait un métier, rencontrait un jeune homme à qui elle disait sa haine du mariage et la possibilité de vivre l’un près de l’autre sans lien contractuel.

Quelques « Poèmes Express » issus de Sara ou l’émancipation :
– Là-haut peut se promener un gentil petit dragon flottant.
– Certains pouvaient survivre mais ce n’était pas bien vu.
– Tombé le dernier vêtement, une main effleura l’épaule.
– Elle demanda. Il commanda. Elle souhaita. Il dirigea.
– L’univers a disparu ; le sens 
naît.
– Commander avait changé le goût d’une voix.

Cette Pièce Unique est offerte à Elsa Escaffre, créatrice d’objets non identifiés, mais pleins d’humour, entre art plastique et littérature.

Un John Fante : P U N° 136

La route de Los Angeles de John Fante (1909-1983) est la Pièce Unique N° 136. Dans une émission de France Culture Une vie, une oeuvre (23-02-2019) , on disait : « Avec autodérision, John Fante n’a jamais raconté qu’une seule histoire, la sienne. » A travers ses textes, cette histoire devient extraordinaire. Combat apocalyptique contre des crabes, amour pour des pin-up de magazine, vantardises, culture étalée, invention forcenée, coups de gueule viennent combattre son mal être de petit « rital ».
Charles Bukowski aux USA, Christian Bourgois en France se sont battus pour une reconnaissance qui n’arriva qu’après sa mort. Il écrivit une douzaine de romans, des nouvelles et, pour vivre, des scénarios.

Quelques Poèmes Express issus de ce livre :
– L’humanité ? Une cravate, une bedaine, un volant.
– A quoi bon gagner si on doit se tondre l’âme en se frappant le calepin ?
– Il y aurait sans doute quelques exécutions. Les ennuis n’allaient pas tarder.
– J’étais un authentique frimeur, un vague dieu du mot.
– Claquer un pervers avant d’effleurer un bonheur.
– Je passais dans la classe. Je cherchais un vivant.

C’est offert à Florence Deguen, journaliste, rédactrice en chef de la revue Michel.

Un Robert Bonnaud : P U N° 135

Avec Itinéraire, 1962/2012, éditions de Minuit, de Robert Bonnaud (1929-2013), nous ne sommes pas dans la fiction.
Itinéraire fait partie de la collection Documents et contient des lettres, des articles, tous en lien avec  » les événements « d’Algérie.

Robert Bonnaud est enseignant, agrégé d’histoire, homme de gauche, anticolonialiste. Il l’est depuis toujours et le temps qu’il passe en Algérie en tant que réserviste rappelé, en 1956, le confirme dans cette vision des choses. Il voit des horreurs, en rend compte, s’indigne entre autres contre le P C qui a, lui aussi, voté les pouvoirs spéciaux. Il est emprisonné aux Baumettes en 1961-62 pour sa résistance à cette guerre menée par la France.

Je disais, dans le post précédent, mon embarras lié au fait d’oser « jouer » avec des livres durs, sérieux, basés sur des faits réels, sociaux ou historiques plus ou moins atroces. C’est évidemment aussi le cas ici. Mais l’idée étant de lire et partager des textes importants et peut-être oubliés, tant pis… je me le permets…

Voilà donc quelques Poèmes Express issus de Itinéraire :
– Le temps passe, ne connaît pas de bord.
– Je demande au comique de faire tomber le politique.
– Il n’y a plus qu’une solution et des militaires en rêvent : des tueries du désir.
– Le Français découpe la Française avant de se demander s’il assume.
– Les anciens manquent, les dents s’émeuvent.
– Des illusions apparaissent, en apparence en tous cas.
– Je n’entends pas les mots et il m’est arrivé des romans.
– L’homme de la rue a les pieds fondus.

La Pièce Unique N° 135 est adressée à Alexandre Feraga, l’auteur de Après la mer, paru chez Flammarion en 2019 – qu’on aimerait bien voir arriver en poche pour le proposer à des élèves de bac pro – .
Cet envoi peut se faire grâce à Jany P., une vraie littéraire, qui travaille au Grand R à La Roche-sur-Yon.

Michel Simonot et la P U N° 132 :

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Une lettre au courrier, une écriture de médecin… Michel Simonot parle de son ressenti sur sa Pièce Unique. Et c’est super gentil ! :

« J’ai lu tout ce parcours, ton parcours dans le texte de Tchekhov. Entre tes sélections de textes, notes, lettres et tes annotations, références et tes inserts d’articles, et les dates bien entendu. C’est tout un travail de correspondances, d’échos toujours inattendus et qui sonnent. Ce que tu fais est formidable, c’est poétique, contemporain.
Je suis très touché. »

Et moi donc !

Un Dany Laferrière : P U N° 133 :

Horrible coïncidence : La Pièce Unique n° 133 : Tout bouge autour de moi de Dany Laferrière, consacré au séisme de janvier 2010 a été envoyée le jour où un autre tremblement de terre agitait Haïti. Magnitude 7,3. Plus de 1900 morts et 9000 blessés.
Tout bouge autour de moi raconte la catastrophe mais évoque aussi l’histoire de l’île, la manière dont elle est vue dans le monde. Première à revendiquer son indépendance, on lui en veut et on ne retient d’elle que son image de misère et de violence : p. 78 : « Il n’y a pas un seul film sur la plus grande guerre coloniale de tous les temps, celle qui a permis à des esclaves de devenir des citoyens par leur seule volonté. » (…) « Je vois poindre un nouveau label qui s’apprête à nous enterrer complètement : Haïti est un pays maudit. »
D. Laferrière parle aussi de lui, son départ, la famille et les amis restés, Duvalier.
Critique, il pointe le journalisme, ses simplifications : p. 88 : « J’ai l’impression que tout le monde puise dans la même banque d’images. », et notre façon de consommer l’information télévisée : p.143 : « On exige des changements instantanés ».
Quelques » Poèmes Express » issus de ce texte :
 Les cyclones étaient invités à la TV plus souvent que les députés.
Un bruit de nuage, un cri dans le ciel, un récit de terre.
Faut être vraiment occidental pour mériter d’être mondial.
– Discuter de silence et ne parler de rien.
– Les journalistes ont été élégants ; c’était de l’information.
– Un bruit d’assiette précipite les mâchoires, l’eau desserre la bouche.
– Un gratte-ciel requiert de l’esprit.
La P U N° 133 est offerte à monsieur Coignet de la librairie Ryst à Cherbourg  qui  accueille toujours très positivement les livres de Rue du Départ.

Un Anton Tchekhov : P U N° 132

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Voilà 5 nouvelles de Tchekhov (1860-1904) parues entre 1884 et 1903. Des personnages d’hommes falots, des coquettes. Des sentiments étriqués ou au contraire des ressentis amoureux exacerbés face à des faits minuscules. Une « enquête policière » aux avancées et conclusions totalement capilo-tractées ( qui résonnent avec les futurs procès soviétiques). Une critique sociologique : dans une propriété, des domestiques sont mal traités et un invité s’en aperçoit.

 

Quelques « Poèmes Express » :
– Une épingle à cheveux regarde dans un miroir des cheveux qui tombent.
– Il pleut de la boue et l’air nous observe.
– Une robe noire, une valse triste et un cognac.
– Inviter sa poitrine dans son lit.
– Elle a tué Dostoïevski ! Elle a commencé à écrire.
– La lune était sortie un instant dans sa soie de soir silencieux. 

Ce Tchekhov  non théâtral a été envoyé à Michel Simonot, homme de théâtre,

Un Pierre Ducrozet : P U N° 131

Partir léger, un an de chroniques dans Libération, paru chez Actes sud en 2020 est la Pièce Unique N° 131. Pas un roman, donc mais de courts textes en lien avec le voyage. Interviewé sur France Inter, Pierre Ducrozet disait : « Voyager, c’est apprendre que l’on n’est rien du tout. » Il doit avoir besoin de le ré-apprendre assez souvent puisque il en est à plusieurs « tours du monde ». Dans celui-ci, il dit la vie du corps sur l’ Anapurna comme dans Kao San Road à Bangkok, nous fait côtoyer Henri Michaud et Nicolas Bouvier, dit son admiration de Patrick Deville. Il parle aussi d’écologie, de politique et un peu de la pandémie puisqu’elle a arrêté son périple au Japon.

Quelques « Poèmes Express » issus de Partir léger :
– Lu l’histoire d’une boîte à outils, un programme de vie.
– S’apercevoir que le 
je en a plein le cul du toi. Tes mains, épaules, couettes. T’écarter.
– Un regard suisse imaginait les tropiques.
– Des milliers se tordent, giclent et s’emportent.
– Son odeur avait une épaisseur. On vient de prendre une bière.
– Le sidérant se noue, l’impardonnable s’efface, il y a crise.

Partir léger, en P. U. 3 en 1, est envoyée à Martine S., rencontrée à écrivains en bord de mer, pas vraiment par hasard.

Anouk Langaney et la P U N° 124

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Catherine, entre deux publications voyageuses aux éditions Rue du départ, concocte des pièces uniques : des livres augmentés de collages et d’annotations, conçus comme autant de cadeaux. Elle m’a offert sa pièce unique n°124. La matière première en est « La lenteur », de Milan Kundera. Du 20 février au 18 mai 2021, comme l’attestent les dates qui figurent en bas de page, Catherine a fréquenté, humé, goûté et soupçonné ce livre. Dans sa pièce unique, elle m’offre le roman, mais aussi le précipité de sa propre lecture : associations d’idées et d’images, reconstruction d’une pensée personnelle dans les mots de l’autre, sous forme de poèmes ou d’aphorismes. Et maintenant, débrouille-toi. C’est une expérience réjouissante, qui a quelque chose d’intimidant : comme Kundera lui-même dans le roman, je passe la nuit dans le château d’une autre.
L’affaire est d’autant plus vertigineuse que la question du regard et du secret est au cœur de ce roman déroutant, libre et drôle. Pour quoi, par qui sommes-nous pressés ? Une nuit d’amour vaut-elle une réputation ? Une bonne histoire vaut-elle une nuit d’amour ? Peut-on être héroïque à force de lâcheté ? La présence d’esprit est-elle soluble dans le chlore ? La sodomie est-elle l’affaire des entomologistes ?
J’ai joué le jeu de mon mieux : je l’ai lu très lentement. Décortiqué et savouré, comme une espèce rare d’écrevisse. Je ne me sens pas sortie du piège, loin de là (si je l’étais, ce n’est pas ici que je le dirais). Mais il me semble que je le vois mieux.

Merci encore, Catherine, de m’avoir ralentie (Tu m’as demandé si je trouvais le roman sexiste : pas vraiment. Dans la farce contemporaine du congrès, il n’y a personne à sauver. Hommes et femmes grouillent et vrombissent, tous cherchent à épingler les autres sur leurs tableaux de chasse respectifs par une conquête ou une bonne vanne – bref, une saillie. Pendant ce temps, dans les allées du Parc, Madame de T. et son amant passent entre les mailles du filet. Dans cette strate du récit, la seule où il soit question de plaisir véritable, la répartition des rôles, des désirs et des volontés me semble plutôt équilibrée.

Un Sholem Aleikhem : P U N° 130

Le traîne-savates et autres contes ferroviaires, publié par Liana Levi, est la Pièce Unique N° 130. Ma première lecture de Sholem Aleikhem (1859-1916). Cet auteur né en Ukraine est mort à New York. Malgré sa judéité et le numerus clausus, il a pu étudier. Riche par son mariage puis ruiné, il a dû vivre de sa plume et a énormément écrit, toujours en yiddish.
Cet ensemble de nouvelles est composé de textes datant de 1902 à 1911. Il consiste en histoires racontées et conversations entre Juifs dans des gares ou en train, en troisième classe. C’est plein d’humour mais décrit très bien leurs conditions de dépendance et de danger. Sholem Aleikhem se moque aussi subtilement de ses coreligionnaires.

Voilà quelques « Poèmes Express » venus de ces textes :

Doux, l’homme bourré de Dieu.
– Pour sortir de l’oeil, deux pieds se bousculent.
– Que je prenne femme et c’est l’agitation du rêve.
– Pendant l’histoire est arrivé le temps.
– Incendies, une centaine de sinistrés un matin où il m’offrit du feu.
– J’ai donc pris un avocat pour l’entendre penser.
– J’ai perdu par tous les trous la vie. J’ai une certaine tendance à la mort.

Ce livre – 3 en 1 – est envoyé à un libraire (libraire, un jour, libraire toujours) qui aide quelques fois Charlotte de La vie devant soi pendant Le festival écrivains en bord de mer. Jean-Pierre Suaudeau, très gentiment enthousiaste, lui a montré sa Pièce Unique et Alain Girard-Daudon a accepté d’en recevoir une.