Red team : P U N° 209

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Ces guerres qui nous attendent, tome 1, paru en 2021 aux éditions des Equateurs et Humensis -Université Paris sciences et lettres, puis en poche Harper Collins (un tome 2 est paru en 2023, édité par les mêmes).
Le tout est à l’initiative du ministère des armées. 600 personnes avaient candidaté pour y participer. Seuls, 10 ont été retenues : analystes, chercheurs (Virginie Touray) , auteurs de romans noirs ( DOA), de SF (Laurent Genefort), de BD (François Schuiten),  designeurs (Jeanne Bregeon).
Ce premier tome est sur
– le voyage interplanétaire : P 20 « En 2026, la France s’est engagée, avec 22 partenaires dont 15 pays européens, dans une voie radicalement nouvelle : celle de l’ascenseur spatial guyanais (ASG, parfois appelé KSE pour Kuru Space Elevator »,
– la piraterie : P 77 « En 2057 (…) un groupe de pirates (…) est le premier à prendre le contrôle du cerveau d’un pilote de navire de la CMA-CGM »,
– les villes flottantes,
– la réalité alternative : P 103 : « 2046-2049 : Face au renforcement de l’enfermement de certaines populations dans des zones où des réalités alternatives ont cours, lancement de l’opération « Sécuriser le réel ».
– les drones : P 173 : … »gestion en essaim. Un essaim est traité par l’hyper-IA comme une entité unique. (…) Les ruches ou nourrices de drones légers(…) contiennent des imprimantes 3D et des micro-usines pour réparer certaines pièces endommagées ou à l’usure avancée. »

Et plein d’autres choses qui sont elles aussi déjà là :
– les problèmes climatiques et les migrations consécutives,
– P 116 : « la Grande Mongolie » et le « cheval de Troie »  de ses « outils numériques grand-mongols »
 P 97 : Vous, les Occidentaux, vous êtes faibles parce que vous tenez trop à la vie et vos grandes idées. »

Quelques Poèmes Express qui en viennent :
– L’agence décide de mettre en danger l’université. Objectif ? Retrouver la réflexion.
– L’être humain perdu dans ses balbutiements s’ouvrait à nos jadis.
– Un pays s’autorisait à juguler la croissance des corps.
– Un citoyen capitaliste distribue des goodies : un mini-drone personnel et des pins.
– Neutralisation du cerveau d’un hacker en théorie sécurisé : un précédent.
– Ecran noir … centre volatilisé en sept secondes.
– Ce qui ralentit l’opération de triage : des bulles de rencontre.
– La communication de base laisse le moins de prise possible à un imaginaire.
– Tout peut être attaqué de l’humain : le délai de réaction, l’intuition, la maîtrise.
– Un gourmand de haut niveau bénéficie d’une énergie abondante.

Un Mikhaïl Boulgakov : P U N° 208

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Les Récits d’un jeune médecin ont été écrits en 1919, publiés en 1925-26 dans deux revues, jamais en volume du vivant de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) qui, avant d’être écrivain, fut médecin. De cette première vie, viennent ces textes.
Envoyé dans un dispensaire, loin de tout, à peine ses études terminées, un jeune médecin se retrouve seul et effrayé de toutes les possibilités de maladies pour lesquelles on peut venir le consulter, des opérations qu’il doit accomplir pour la première fois, des diagnostics difficiles qu’il a à poser. Puis il devient plus sûr de lui et se voit confronté à l’ignorance des patients. Les conditions climatiques et la solitude rendent ces moments encore plus durs.
Un deuxième texte est censé parvenir à ce même jeune docteur, arrivé dans une ville plus grande, dans un véritable hôpital. Celui qui a écrit est lui aussi docteur mais est devenu morphinomane. Il nie d’abord sa dépendance puis en rend compte de manière très forte.
Le troisième et dernier texte parle de guerre en Tchétchénie.
Boulgakov :
– a été médecin pendant la la première guerre mondiale puis dans la révolution et dans la guerre civile russe, du côté de l’armée blanche.
– a été un homme courageux, surveillé par Staline. Donc, pas lu de son vivant. Le livre pour lequel il est reconnu comme un des plus grands écrivains russes, Le maître et Marguerite, ne sera édité en URSS que 26 ans après sa mort, et dans sa version intégrale qu’en 1973.

Quelques Poèmes Express en sont issus :
Le papier glacé doit être considéré comme essentiel et contenir l’auteur.
– Pénombre et vent de neige : l’image était simple.
– Veste à plis métalliques, l’homme me colla à lui et m’enroula autour de ses doigts.
– Aujourd’hui est arrivé. Le soir attend son tour.
– Il fallait écouter ! Nous sommes foutus et tout seuls…
– Le bébé ne veut pas voir les yeux des sages-femmes.
– Je vécus une semaine comme dans un tableau. Ensuite, de pire en pire : au fond des couleurs.

 

Un Julia Deck : P U N°207

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Propriété privée est paru chez Minuit puis en Minuit double.
Le prochain Julia Deck, Ann d’Angleterre, paraît aux éditions du Seuil fin août.
Changement d’éditeur donc,
Et de ton ?
Non, sans doute pas : l’ironie est LE ton de Julia Deck.

Propriété privée se passe dans un nouveau quartier en grande banlieue. Les Caradec arrivent là. C’est elle qui raconte et elle a la dent dure. Annabelle Lecoq, la première voisine rencontrée, aussi…

Histoire de bruit gênant, de barbecue gênant, de chat gênant, de relations obligées ou incongrues, de chien disparu, d’épouse disparue.
Johan Faerber, dans Diacritik a classé le livre dans un nouveau genre : le « roman de voisinage », ce que Julia Deck accepte, en parlant, elle, d’influence de séries comme « les premières saisons de Desperate housewives, un des plaisirs les plus jouissifs des années 2000. » Mais Eric Chauvier s’invite aussi dans le roman.
Sociologie romancée, alors peut-être, mais matinée de roman policier…

Poèmes express tirés de Propriété privée :
– Il s’est remis à briquer le parking de l’Intermarché. Il avait sans doute une bonne raison.
– Tu 
faisais ton travail, tu cherchais le moyen d’arrêter une brosse à dents.
– Nous ne sommes pas des animaux, tu l’exposais pendant que je creusais la terre.
– Tu as suggéré plusieurs corps; tes descriptions manquaient de détails.
– Chaque semaine, s’invitaient les occasions de se prolonger.
– Au jardin après le poulet basquaise, elle avait besoin d’être femme.
– Il exerçait la profession de chat : animal et fourrure.
– J’avais des atouts : enlèvement, séquestration ou plus.
– Elle n’était responsable de rien. J’ai observé son visage transparent. Méduse.
– Semer le doute, le récupérer et l’emporter.

La Pièce Unique n° 207  est offerte à Julia Deck…

Un Colson Whitehead : P U N° 205

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Le colosse de New York, paru en 2003 aux Etats-Unis,  traduit par Serge Chauvin en 2020 chez Albin Michel, est maintenant en Livre de poche.
Nathalie Cron en dit dans Télérama :  » Le portrait impressionniste de la ville qui l’a vu naître et grandir ».
Treize courts textes, une belle écriture qui glisse de personnage inconnu en personnage inconnu, qui rend compte de moments de vies new-yorkaises : les nouveaux arrivants à la gare routière, les gens aux heures de pointe dans le métro, dans la rue, sous la pluie, qui boivent dans des bars, qui passent dans Central Park, qui s’impatientent dans les embouteillages, qui changent d’appartement, de quartier, de statut social, qui partent. Les phrases s’entrechoquent, traversent des vies multiples, nous entraînent de l’une à l’autre sans avertissement, en quelques mots. Un texte par touches, plus post-impressionniste qu’impressionniste.
Colson Whitehead aime les mots et aime New York mais il ne se fait pas d’illusion sur cette mégapole et le bonheur de ses habitants : P.153 : « Attendez votre tour, il y a assez d’amertume pour tout le monde. »

Quelques Poèmes Express issus de Le colosse de New York :
– On a du mal, peu de patience et des mauvaises surprises.
– La neige exhume un archéologue, lunettes givrées.
– Sans se rendre compte tout le monde a la même idée : le ressentiment.
– C’est là que plastronnent les chiens. Problème d’hormones, de coup d’état.
– Des adultes piaillent arrêtés dans le tunnel : un mutant essaie de les écraser.
– Ils ont posé des voies jusqu’au centre de la terre, traversé des fantômes, muré le Purgatoire.
– La flaque dans le cycle de l’eau est pour les enfants en bottes rouges.
– La Grande Roue lâche : un boulon mal serré. Pas d’échappatoire.
– Une sirène, le pont passe ses journées à guetter ce moment, et soupire quand il se produit.
– Réveillez votre instinct. Allez au fond de leurs poches.
– Les métros tentent de bifurquer, grondement sous vos pieds, comment voulez-vous ?

La Pièce Unique 205 a été offerte à Michèle Pédinielli, venue au Polar à la plage, les 15 et 16 juin, pour  Sans collier, un livre plein d’allant.

Un Leslie Kaplan : P U N° 204

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Le psychanalyste,
édité chez P O L en 1999,
paru ensuite en Folio
=
Pièce Unique N°204

Leslie Kaplan, née en 1943, vient de sortir son 23ème livre : L’assassin du dimanche, chez P O L .
On y retrouve des prénoms de personnages vivant dans Le psychanalyste : Louise, Eva. On y retrouve Kafka qui « dit qu’écrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins (…) c’est mettre une distance avec ce monde habituel, la distance d’un saut. »

…et   » il y a aussi ses assassins à soi, intérieurs » disait Leslie Kaplan dans l’émission Affaires Culturelles en 2022.
Et forcément, dans Le psychanalyste, ce sont eux les plus importants, les « assassins intérieurs ».
Des chapitres se passent dans le cabinet du psy Simon Scop, lors de séances. On entend Louise, Eva, Edouard et d’autres. Simon Scop lance quelques  « Oui ? » après certaines phrases, au coeur de certains silences.
Dans d’autres chapitres, nous sommes dans des moments de vie des patients, ou de Simon Scop

Quelques Poèmes Express qui en sont issus
(il y en a beaucoup, le Folio fait un peu plus de 600 pages…) :
Le conférencier saute dans les mots et c’est comme s’il avait fait cela à son insu.
– Dresser une liste de tes cauchemars et te détester. C’est pas rentable.
– Un kangourou dormait. Quelques hommes discutaient sport. C’était à la fois très ordinaire et pas du tout normal.
– Le monde était petite maison pleine de poussière et gros silences.
– Freud aimait Freud, c’est sûr, cet homme si vieux et enfoncé dans l’analyse.
– Plus rien n’existait sauf les grandes grilles : grille et grande.
– Un jeune catatonique s’absente, me laisse et s’enferme dans sa peau.
– Atelier de théâtre : petite moustache, petit ventre se met à gueuler comme un gros bébé.
– Dans les flaques de bière et saleté de sentiments, tout se mélangeait.
– Transgressif, l’esprit-bretelles. Transgressif, le pas sexy.
– Un clochard, cinq montres au poignet, avait abandonné le temps.
– Je n’ai que ça dans la tête, mes pieds. Je suis bête comme mes pieds.
– On ne peut pas guérir du truc. Ou c’est la fin du truc.
– Il a répété le nom de l’auteur qui était descendu de ma bouche.
– La vie avait pris le métro; elle fixait les rails.

David Foster Wallace

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Voilà un tout petit échantillon de David Foster Wallace (1962-2008), l’homme au roman de quelques 1400 pages, écrit en au moins dix ans, entre 1986 et 1996, L’infinie comédie, sorti en 2015 aux éditions de l’Olivier…
On en est loin avec les deux nouvelles – 87p – traduites par Charles Recoursé.
En J’ai Lu, à partir d’un recueil plus important paru aux USA en 1989 et en France, au Diable Vauvert en 2010, soit deux ans après la mort de l’auteur.

– Ici et là-bas est à deux voix, celles d’un jeune homme et d’une jeune femme et dit ainsi leur relation et, surtout, la personnalité complexe de cet homme.
– La fille aux cheveux étranges : un homme parle. Il est complètement décomplexé. Par la drogue qu’il a ingérée mais aussi par sa position sociale. Il est à un concert de Keith Jarrett avec des amis, des punks. Et tout peut arriver.

De même qu’un journaliste a parlé d' »impressionnisme » pour se moquer, un critique américain, James Wood, a parlé de « réalisme hystérique » face au travail de David Foster Wallace et quelques autres : Franzen, Eugenides, Eggers et autres Zadie Smith.

Quelques « Poèmes Express » (aussi « hystériques » ?) qui en sont issus :
Vous trouverez un intérêt à devenir généreux de loin. Confortablement.
– Carburer à la pizza pour dormir : sa thèse, c’est sur les systèmes de transfert d’énergie.
– Vouloir disparaître et laisser derrière moi le supermarché.

– Des tresses terminent la pauvre vieille assise à la table de la cuisine
– Une Porsche intérieur cuir sur la Pacific Coast Highway dans un palmier.
– Je suis devenu bol de punch. Cette action a privé d’air l’avocat. J’étais content.
– On s’est tous reculés pour laisser de la place à des déchets radioactifs.

Cette Pièce Unique est envoyée à Guillaume Mélère qui a créé en 2021 les éditions des Monts métallifères. Je viens de lire deux textes d’Emmy Hennings (1885-1948) : Prison et La flétrissure qu’il a publiés.
Si elle a fait autant que son compagnon, Hugo Ball, pour le Cabaret Voltaire, lieu Dada créé à Zürich en 1916, on l’avait oubliée.

Mais on reviendra bientôt sur Emmy Hennings.

Un Claro

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Tous les diamants du ciel de Claro est paru en 2012 chez Actes Sud, et est trouvable en Babel. Il est devenu la Pièce Unique N° 202

Claro, auteur, traducteur, éditeur.
Claro qui aime le somptueux de la langue comme peu d’auteurs contemporains.
Claro qui s’intéresse rarement au plaisant,
Claro qui va souvent au pire de l’homme, à ses pires erreurs, volontaires ou pas.
Claro a pu ainsi s’intéresser à la chaise électrique, à la radioactivité.
Claro, ici, prend un fait divers de 1951 : une petite ville sans histoire, Pont Saint-Esprit, qui devient folle.
P. 17 : « On n’entend rien mais parfaitement. Sur le parvis de l’église St Saturnin, un chien s’effraie d’une chose qui n’a pas encore d’ombre et aboie sans conviction. Dans la rue, les fenêtres aspirent l’air chaud, l’air chaud meuble l’obscurité, l’obscurité se détache des pierres, tout est cycle et sensuel, » (…)
P. 32 :« Et voilà que soudain ils voient autre chose que la peau du lait, que la buée du carreau, la sueur des fronts, voilà qu’ils voient ce qu’ils entendent »
P 33 : « Le chat de madame Moulin, le gros tigré, après une longue halte devant son écuelle où la mie avale le lait, cherche à coups de tête dans le mur une faille que ses yeux étrécis ont cru voir, mais la pierre ne cède pas, et il se fracasse jusqu’aux derniers os sans même miauler, son corps chiffon presque brûlant quand sa maîtresse le ramasse, d’une paume incrédule. »

le livre nous entraîne de France aux Etats-Unis avec trois personnages : Antoine, Lucy et Wen Kroy. Des poupées gonflables, le LSD et le FBI les accompagnent.

Quelques Poèmes express qui en sont issus :
Voilà le sacre d’une forme, la fête d’un geste.
– Le sang d’un être frais avait échappé à sa plaie.
– Le créateur avait une idée vague de la peine de la créature.
– La mort se changeait en réalité. Poussait dur..
– Au fond il avait du mal à devenir. 
Ça demande du temps et un cerveau.
– Quand il voulut l’attraper, la réalité dérapa et s’imagina.
– Un rapport daté de 1959, épatant, s’est nourri des souvenirs, des délires de…1962…

La Pièce Unique n° 202 a été offerte à Dominique Quelen, venu lire quelques extraits de ses textes, à La Baraque, à Rouen, le jeudi 25 avril. Dominique Quelen qui, pour évoquer un peu ses méthodes de travail, les contraintes qu’il se donne, dit  » Il faut bien s’empêcher pour réussir à y arriver ».

Stefan Zweig

Le wagon plombé, Voyage en Russie, Sur Maxime Gorki : trois textes ensemble dans un livre de poche de la Petite bibliothèque Payot, traduits par Olivier Mannoni, avec une préface conséquente de Sabine Dublin, historienne spécialiste de l’URSS.
C’est la Pièce Unique N° 201.
Zweig aborde là 1) Lénine, 2) le voyage qu’il a pu faire
 » en tant que délégué autrichien à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Tolstoï « , 3) Gorki et l’admiration inconditionnelle qu’il a pour lui.
Au contraire d’autres écrivains venus en URSS, il ne donne pas son avis politique, met en avant l’aspect littéraire, artistique

Quelques « Poèmes Express » issus de ce livre, « écrits » entre le 17 février et le 14 avril 2024 alliés à des informations dénichées dans un deuxième temps, choisies parce qu’elles viennent – pour moi – caramboler avec eux.  Ecrites à la main à même le livre ou découpées et collées, paperoles :

Petite île : hôtels de luxe d’où sort un essaim d’hommes d’affaires –
(assorti d’un collage) :
 T V – Capital – 115 ‘ :  » vacances : peut-on encore s’évader à petits prix ?  »
– La réalité est mugissante. Et cent projecteurs sont braqués sur les rues  –
assorti de : Le Point :
 » Quand Trump promet le « jugement 
dernier » pour ses opposants « 
– 
Cette patience coriace sort et déborde des grappes humaines –
(avec un collage de la N R) :
 » Des milliers de Russes se sont rassemblés vendredi pour 
l’enterrement de l’opposant Alexeï Navalny, mort en prison le 16 février dernier dans des circonstances troubles. »
– Une foule attend le ministre, un monsieur gris et silencieux ressemblant à tout le monde  – (avec Le Point) :
 » Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, dans un livre sorti le 20 mars, appelle à la fin de l’Etat-providence. »

– Avec le déplacement de la population se réveille cette ville de fatigués –
(avec un collage pris dans Libé) :
 » 
Avec le développement des locations touristiques, de plus en plus de propriétaires sont tentés de récupérer leur bien, même au mépris de la loi. « 
– On s’approche d’une barbarie : des scènes de chasse et de défunts visages  –
(avec La Croix):
 » Coup de force de la Russie à l’ONU : La Russie a imposé la dissolution du système de surveillance des sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord. »
– Pas une seule image, pas un seul récit à avoir traversé le dernier monde 
(assorti de Radio France) :
« L’autrice franco-rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse, dans Le convoi, éditions Flammarion, dit le silence assourdissant de la communauté internationale. »

 

Un François Beaune : P U N° 200 (oui oui, 200 ! )

L’esprit de famille – 77 positions libanaises de François Beaune, paru en 2018 chez Elyzad.
Beaune, né en 1978, a vu son premier livre publié en 2009 chez Verticales : Un homme louche.
Son travail change à partir des années 2011-2013 avec sa première collecte d’histoires de Méditerranée, devenue La lune dans le puits, Verticales. Depuis, c’est son job, collecteur d’histoires à travers la France (actuellement, à Echirolles, bientôt à Briançon) et le monde : le Liban pour L’esprit de famille, l’Oural pour Slatka ou la conquête de l’est , Le Caire et en projet, le Japon.
La question que pose François Beaune, ici aux Libanais(es) : « Quelle histoire vraie vous a marqué(e), vous est chère ? ».
Et sept fois sur dix, il s’agit d’une histoire de famille.
Mais au Liban, forcément, c’est également une histoire de communauté, de confession. Et cela a une sacrée influence sur la relation amoureuse.

Quelques « Poèmes Express » issus de L’esprit de famille – 77 positions libanaises :
– Les pétards ça stimule le corps, c’est l’absence de solitude.
– Ce type te déteste parce que tu es né dans une voiture toutes options, toit ouvrant et sièges en cuir.
– Partout où il va, il se marie ; la famille est la seule intuition réalisée.
– Il a organisé ses business, une grosse usine de poulets, et gens au pouvoir.
– Je devais mentir, empoisonner le romanesque.
– C’est beau des mots plein la bouche, l’amour au téléphone.
– Laissés sur le carreau des guerres, des hommes sont instruments.

Un Luis Sepulveda : P U N° 199

La folie de Pinochet de Luis Sepulveda n’est pas un roman, ni même un essai comme le présente Métailié mais un ensemble d’articles qui vont de fin 1998 à fin 2001.
Cet écrivain chilien, connu par beaucoup pour son premier roman, Le vieux qui lisait des romans d’amour, né en 1949, victime de la Covid en 2020, a été emprisonné et torturé sous Pinochet. Sa femme également.
Les articles rassemblés ici ont été publiés dans des journaux en Italie, en Argentine et en Espagne où ils s’étaient exilés. Ils ont pour point de départ un moment d’espoir fabuleux : l’arrestation d’Augusto Pinochet à Londres le 16 octobre 1998, grâce à l’implication du juge espagnol Baltasar Garzon . Un moment où Sepulveda croit en la possibilité d’un procès par la Cour Pénale Internationale pour tous les morts, les disparus de la dictature chilienne et leurs familles. Les textes expliquent ce qui s’est passé dès 1973 avec l’aide de la CIA, ce qui est arrivé ensuite, quand Pinochet n’était « plus que » sénateur à vie et enfin, quand il a été renvoyé parce que gravement malade à Santiago et … s’est levé du fauteuil roulant sur le tarmac …

Quelques Poèmes express issus de La folie de Pinochet :
– Les bouches se transformaient en boutons ridés dans les contes.
– Les cachots gonflent et des générations souffrent atrocement.
– Dans le palais, les fanatiques.
– Le message n’a pas convaincu : il n’y a pas d’idées.
– Quelque part, des centaines de soldats ont nourri les casernes.
– Juges et avocats voyaient que mentir se savait.
– Un vieil homme sous les caresses de la vieille a parlé daïquiris.
– Des hommes cherchent dans les médias des droits. Les pauvres.