Chat Bleu : décembre 2021

Mis en avant

Déjà, des dates : si covid, omicron et autres virus nous laissent tranquilles, retrouvons-nous  les 20 janvier, 24 février et 24 mars

En décembre, Nsenga nous recevait avec des « vins du monde », un rouge austral, cépage shiraz, koala sur l’étiquette, et un blanc d’Afrique du Sud, chenin, orné d’une baleine !

livres du monde aussi :
– L’île de Sigridur Hagalin Björnsdottir, traduit par Eric Boury, éditions Gaïa, Paru en 2016 en Islande, en 2018 en France : un événement a eu lieu : l’Islande est coupée du monde, plus d’internet, plus de navires ni d’avions arrivant, pas de nouvelles de ceux qui sont partis. On n’en saura pas plus sur le pourquoi mais on verra ce que cela crée : ceux qui en profitent, ceux qui en souffrent, ce qui manque, les métiers (de la culture) qui n’ont plus d’utilité, la montée de la violence, du nationalisme …
– La fracture de Nina Allan, éditions Tristram, traduit par Bernard Sigaud : cette auteure anglo-saxonne dont nous avons lu aussi et beaucoup aimé La course, place son lecteur dans plusieurs genres en même temps : policier, fantastique. Une jeune fille disparaît. Plusieurs années plus tard, elle est de nouveau là et ce qu’elle raconte pose problème à sa soeur, à sa mère…
– En attendant Eden d’Elliot Ackerman, éditions Gallmeister, traduit par Jacques Mailhos. Dans la veine de Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, un livre qui remue, anti-militariste, écrit par quelqu’un qui connaît bien la guerre. Ackerman, né en 1980, est un ancien marine, membre des forces spéciales, revenu de missions en Afghanistan et en Irak.
Et encore :
– Le maître et Marguerite de Boulgakov (1890-1940), pas dans la nouvelle traduction d’André Markowicz : » l’histoire de Faust mais sous Staline, avec un diable foutraque, un bazar joyeux », dit A.
– La neige sous la neige d’Arno Saar, traduit de l’italien par Patrick Vighetti, éditions La Fosse aux Ours : un polar qui commence avec le corps d’une jeune femme trouvé sous la neige à Talinn.
– Soleil amer de Lilia Hassaine, 2021, Gallimard. Une femme algérienne rejoint son mari qui travaille en France. Ils ont déjà trois enfants ; des jumeaux s’annoncent et ils n’ont pas les moyens…
– Les greniers de Babel de Jean-Marie Blas de Roblès, éditions Invenit, 2012 : rafraîchissant, pour toutes générations et plein de références.
– Pachinko de Min Jin Lee, traduit par Laura Bourgeois, éditions Charleston : histoire sur plusieurs générations d’une famille coréenne qui s’installe au Japon.
– La saga des 7 soeurs, en 7 tomes, de Lucinda Riley, aussi aux éditions Charleston.
– La passe-miroir, de Christel Dabos, Gallimard jeunesse : roman d’apprentissage 4 tomes.
Ces trois derniers livres nous sont présentés par Eline, qui, devenue influenceuse sur Instagram, nous a rejoints ce soir-là et c’était super. Comme l’a dit Nsenga : « une autre génération, d’autres livres, d’autres raisons de lire et d’autres moyens d’en rendre compte… »

 

Chat Bleu : novembre 2021- 2)

On a évoqué beaucoup d’autres livres ce jeudi-là :
des polars ou thrillers :
Requiem pour une république, le premier roman de Thomas Cantaloube, Série noire Gallimard 2019 : un crime sur fond d’ « événements » d’Algérie. Peu de fictions ont évoqué le 17 octobre 1961 photographié par Georges Azenstarck, le S A C ou Gerboise. Cantaloube le fait.
Les livres de Jérôme Loubry, tous en poche : Les chiens de Détroit, 2017, pour la force de la ville-personnage. Le 12ème chapitre , Prix Mauves en noir 2018 : 4 qui se sont connus enfants, se retrouvent 30 ans plus tard. Quelqu’un, mais on ne sait pas qui, a envoyé à chacun un texte sur quelque chose qui s’est passé alors. Les refuges, prix Cognac 2019, une jeune femme retrouvée errante.
Alabama 1963, roman à 4 mains de Ludovic Manchette et Christian Miemiec, Le Cherche-Midi 2020, pocket en 2021 : des petites filles noires sont enlevées. La police agit peu. Un détective alcoolique et raciste s’y colle. Sur fond historique de ségrégation

des romans d’auteur(e)s français(e)s :
Feu de Marie Pourchet, 2021, Fayard : son 6ème roman. Une passion amoureuse entre une universitaire mariée et un célibataire avec chien.
On avait totalement adoré Toutes les femmes sauf une, 2018.
La fille qu’on appelle de Tanguy Viel, Minuit, 2021 : le sujet est l’emprise. L’écriture est sans pathos. Il se lit d’une traite.
des livres d’Alain Blottière : Le tombeau de Tommy, 2009, chez Flammarion : sur un jeune héros mort, Thomas Elek, Juif d’origine hongroise qui fit partie du groupe Manouchian. Comment Baptiste est mort,, Gallimard, Prix Décembre 2016 : un jeune a été enlevé par des djihadistes. Le débriefing, ensuite, avec un psychologue et ce qui s’est vraiment passé. « Une construction qui fonctionne très bien » dit M..
des livres de Laurence Cossé, auteure Gallimard : « tous bien » dit D. : Le mobilier national (2001), Au bon roman (2009) : un libraire qui décide de ne vendre que des chefs d’oeuvre…. Les autres libraires sont vent debout contre lui…. La grande arche (2016) un récit historique sur la construction de l’arche de la Défense.
La femme de l’Allemand de Marie Sizun, Arléa 2007, grand prix des lectrices Elles 2008 : une relation mère-fille, vue à à travers le regard de celle-ci. « un très beau livre » dit M.
Le voyage d’Etampes d’Abel Quentin, 2021, ed de l’Observatoire, Prix de Flore : « Plein d’humour, de dérision » dit M-A : un universitaire à la retraite cherche un poète communiste américain.

Et on n’a pas fini ! Une courte rubrique de romans étrangers suit.

Chat Bleu : novembre 2021 – 1)

Mis en avant

C’était le jour du beaujolais. Nsenga ne pouvait donc que nous en proposer, d’autant que c’est là » qu’il est « tombé dans le vin », qu’il a fait ses premières vendanges. Certes, avec de plus grands crus que ce petit primeur qui a pour seul atout la fraîcheur du fruit.

Les livres :
– Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert, Seuil 2020, maintenant , en poche, collection Points.
Ellle commente le procès du management de France-Télécom : 7 dirigeants comparaissaient après 10 ans d’instruction et 19 suicides. P.11 : L’obsession du départ en 3 ans de 22 000 salariés et de 10 000 mobilités est devenue le coeur de métier des dirigeants de France-Télécom. »
Elle montre leur manque d’empathie, prouve qu’ils n’ont pas beaucoup de souci à se faire : P 17 : La peine maximale : 15 000 euros d’amende – Olivier Barberot, par exemple, gagne 540 000 euros par an, et une année de prison qu’ils ne feront pas, leurs casiers étant vierges »
Elle fait le parallèle entre la langue managériale et la LTI, la langue oppressive nazie qu’avait étudiée Klemperer.  P 52 : « On ne dit pas protégés, on dit assistés »
L’ écriture de Sandra Lucbert est « cash »,  le sujet est trash. Un tel texte, de même que ceux d’Arno Bertina qui jugent une société de plus en plus « ubérisée » sont essentiels.-
L’aiguilleur de Bertrand Schmid, chez Inculte, 2021. On est en URSS, dans un endroit et un temps assez indéfinis. Plutôt près de la Sibérie. Plutôt du temps de Staline. Le travail de l’aiguilleur est de garder en état les voies, le système d’aiguillage pour les trains qui vont vers l’Est. Il fait froid, il neige. L’ambiance est belle, rude et glaçante, évidemment, mais belle – comme la couverture -.
– Avec Bas Jan Ader de Thomas Giraud, aux éditions lilloises la Contre-allée, 2021 : Comme ses précédents textes – par exemple sur Elysée Reclus – ce n’est pas vraiment une biographie, pas vraiment un essai, pas vraiment un roman mais un peu de tout ça. Thomas Giraud évoque un artiste performeur néerlandais, Bas Jan Ader (1942-1975), un peu son enfance  et surtout ses travaux : ses chutes filmées, le voyage en mer dont il n’est pas revenu. Et ce qu’il dit de ces chutes est beau, délicat. On le voit tomber. Sans jamais appuyer, il nous permet d’imaginer les pensées et les ressentis sous-jacents du plasticien.

Nous étions nombreux. Un Chat Bleu – novembre – 2) va suivre.

La date du prochain Chat Bleu change : c’est le 16 décembre.


 

 

Chat Bleu – septembre 2021 – 2)

– Les vins : Ce soir-là, Nsenga nous propose des vins de vacances, des vins d’Oléron,  île au terrain sablonneux.
Le vin rouge, « Naturellement rouge », s’il n’est pas un vrai vin naturel, n’en est pas loin. Bio, au goût de cassis, un peu.
Le blanc, sec, un peu fruité, avec des notes d’abricot, a une certaine persistance en bouche.
Tous les deux proviennent d’une coopérative de vignerons .

Les livres :
– Les graciées de Kiran Milwood Hargrave, traduit par Sarah Tardy, en Pocket : au Danemark, vers 1615, les hommes sont marins, meurent, les femmes sont solidaires et on chasse les sorcières. –
L’une de nous  conseille de lire tout Julie Wolkenstein, chez P O L : par exemple, Et toujours en été, sur la maison de vacances dans la Manche, Adéle et moi qui évoque  la vie d’un ancêtre.
– Deux autres mettent en avant tout Toni Morrison, chez Bourgois.  Beloved : très beau, très marquant, dont on ne sort pas indemne. Presque de la poésie. Sur les absents/présents. Home ou encore La chanson de Salomon : une famille vers 1950, la place des ancêtres, des noirs aux Etats-Unis.
– Hamnet de Maggie O’Farrell, chez Belfond, traduction aussi de Sarah Tardy : un hommage au fils décédé de Shakespeare. Intéressant et facile à lire.
– Les déracinés de Catherine Bardon. Quatre tomes, chez Pocket, pour une saga familiale qui commence en 1930 à Vienne et se poursuit en République dominicaine entre autres.
– Blizzard de Marie Vintgras, édition L’Olivier, fait partie de la rentrée littéraire. Un premier roman fait d’une succession de petits chapitres, un thriller en Alaska.
–  Le problème à trois corps  de Liu Cixin, chez Babel. Une trilogie traduite par Gwennaël Gaffric. De l’ excellente science-fiction qui questionne la politique, l’écologie, le religieux. Prix Hugo 2015.
– Et quelques documentaires : La vie secrète des arbres, du forestier allemand Peter Wohlleben, aux Arènes, traduit par Corinne Tresca. Passionnant même si on ne connaît rien à la sylviculture. Ame de sorcière  d’Odile Chabrillac, chez Pocket : le retour de la figure de la sorcière. Les fossoyeuses, .chez Marchialyd’une journaliste finlandaise en Bosnie avec des femmes archéologues qui travaillent sur les charniers de la guerre d’ex-Yougoslavie.

On était, vous l’aurez remarqué, proches des sorcières…

Le prochain Chat Bleu : jeudi 21 octobre, 18h.

à bientôt !

Vrai Chat Bleu : septembre 2021 – 1)

Le Chat Bleu, le retour, enfin !
Il nous avait manqué.

Retour aussi de vacances : du festival Ecrivains en bord de mer  où on a entendu Sébastien Brebel parler de son livre et, de ce fait, acheté ce livre, paru en 2021 aux éditions  P O L  : Erre, erre.
« En deux mots, un homme qui voulait déserter et s’est retrouvé dans le salon de sa grand-mère, à Morne », 
dit Brebel devant la caméra de Jean-Paul Hirsch (un conseil : regardez les vidéos de P O L : les monologues d’auteurs, toujours intéressants). « J’ai du mal à raconter une histoire. Je dois toujours prendre un détour. Je vais donc retranscrire ce qu’il a vécu comme dans un rêve. ». Et le livre de Brebel est cela : un glissement d’une situation à une autre. On suit le personnage dans ses déplacements, dans ce qui lui arrive. Le réel, le rêve, le souvenir se mêlent, s’imbriquent. On se laisse porter et c’est souvent drôle.

Retour de vacances encore, de passage à la librairie les Traversées où Caroline Jacquot officie maintenant : on suit son avis et on prend L’instruction d’ Antoine Bréa, aux éditions Quartanier, 2021 Un faux polar, un faux documentaire, un docu-fiction où le vrai émerge. On en est sûrs, la scène de l’avocate au foulard est réellement arrivée et elle est très forte .
Un jeune juge vient en intérimaire dans une ville de banlieue. Son prédécesseur qui s’est suicidé, avait dû abandonner une affaire qui l’intéressait mais en avait gardé des traces. Le nouveau poursuit l’enquête.
Antoine Bréa est avocat :  » Ce qui m’intéresse, c’est l’espace de pouvoir qui se met en place à travers une machinerie, ici le système judiciaire » disait-il au journal Le Monde, à la sortie du livre.

Et puis le conseil d’une traductrice des Boréales de Normandie Le médecin personnel du roi, de l’auteur suédois Per Olov Enquist (1934-2020,) traduit en 2000 par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach, trouvable chez Babel. Un roman historique sur le Danemark de Christian VII, son intérêt pour les Lumières et plus particulièrement Voltaire, sur un homme qui fut son conseiller et voulut réformer le pays, et sur la cour qui s’éleva contre ces changements. Une belle langue.

Un vin, des livres : c’est la rentrée !

Pour celles et ceux
qui ont lu,
qui ont envie de parler de livres,
qui ont envie d’entendre parler de livres

c’est le jeudi
le 23 septembre
le 21 octobre

au CHAT BLEU

et on commencera VRAIMENT à 18 h.

Vous pouvez aussi aimer le vin : on est aussi là pour en goûter …

 

Faux Chat Bleu 1 / 3

On ne peut pas bouger, alors on lit !
Et on part avec
 – Andrzej StasiukMon bourricot , juste paru aux éditions Actes Sud, traduit par Charles Zaremba. Stasiuk est un voyageur, surtout pas un touriste. S’ii  s’arrête à la Mer d’Aral, ce n’est que pour prendre de l’argent à un distributeur.
Il part mais ne croit pas plus que ça au voyage (p. 34) : « … l’endroit où est née l’utopie de la steppe. Ça marche comme ça : on s’imagine diverses choses et on a l’impression qu’on va en trouver ne seraient-ce que des traces. (…), c’est dans sa tête qu’on roule de toute façon. On pourrait tout aussi bien rester à la maison. »
Il retourne à l’est, là où il n’y a presque rien à voir mais où il peut ressentir quelque chose. (P. 145) : «  J’aimais regarder l’Europe se transformer en Asie. J’éprouvais une sorte de satisfaction mauvaise en constatant qu’elle se terminait quelque part. Qu’il y avait tous ces chameaux errants, les mouches, la crasse. (…) Mais dans le désert au moins, j’éprouvais une sorte d’angoisse, alors qu’en Italie, je n’avais rien senti. » L’Europe, en plus de l’ennuyer, le débecte : (P. 75) : « Là-bas, les gens meurent. Le Donbass est en feu, l’Ukraine est en sang, et l’Europe « exprime son inquiétude ». De manquer d’eau chaude. »
Stasiuk est à lire, tout Stasiuk, ses récits comme ses « romans ».

– Anthony PoiraudeauProjet El Pocero – dans une ville-fantôme de la crise espagnole, reparu tout récemment dans la collection Barnum des éditions Inculte. Ce voyage est aussi anti-touristique que celui de Stasiuk. Avec A. Poiraudeau également, le voyage est déceptif, on le sait ( lire le magnifique Churchill Manitoba) et c’est ce qui est drôle. Et politique . Ici, nous nous retrouvons dans une ville-champignon, édifiée entre 2003 et 2008, presque mort-née. C’est une rando dans un lieu moche, un scandale immobilier ( P 17) : « La folie édificatrice de cette époque a fait naître des agglomérations entières à l’écart de toute ville préexistante ou de tout site attractif, sans aucune considération territoriale et environnementale. ».  Il fait chaud. C’est vide, ridicule et  symptômatique de la malhonnêteté de ce promoteur et de l’économie.

– Joanes Nielsen : le roman Les collectionneurs d’images aux éditions La Peuplade (2021) traduit par Ines Jorgensen nous emmène à Torshavn, la capitale des îles Féroé, des années 1950 à 2000. Et c’est dépaysant.  On comprend toute une société à travers la vie de 5 jeunes :  la place du religieux – on se sent au tout début dans un film de Dreyer : un moment très beau et fort -, du politique, du social. Les îles dépendent du Danemark et certains souhaitent l’indépendance. Les enfants sont de différents milieux : des pêcheurs aux entrepreneurs. L’inceste existe et pose peut-être moins problème que l’homosexualité. C’est le premier livre traduit en français de Joanes Nielsen qui devrait… si tout va bien… venir au festival Les Boréales en novembre 2021. On croise les doigts.

2ème (faux) Chat Bleu :

On a dit que, cette fois, on faisait mâle/viril/ »ombre » =  auteurs et personnages principaux masculins.

Alors voilà : un Jérôme Bonnetto, un Richard Morgiève, un Gunnar Gunnarsson et puis aussi un Laurent Petitmangin et, en prime, Per Wahlöö.

  • Le silence des carpes  de Jérôme Bonnetto, éditions Inculte 2021 : ça commence un peu comme un Jean-Philippe Toussaint première mouture, avec un robinet qui fait « ploc », un propriétaire dudit robinet procrastinateur, un plombier au joli petit accent, une photo tombée de la poche du susdit plombier, une compagne qui a besoin d’air. Et puis, cela devient un roman d’aventures qui nous emmène en Moravie et nous replace dans le temps du communisme.
  • Le cherokee de Richard Morgiève, maintenant en Folio policier. Gand prix de littérature policière 2019, prix Mystère de la critique 2020 : de l’humour et une écriture étonnante. Un shérif, Corey, le « cherokee » du titre, voit dans son coin paumé, une voiture abandonnée et un avion de chasse sans pilote. La suite est improbable  mais ce n’est absolument pas grave.
  • Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson, éditions Zulma 2019, paru pour la première fois en 1936. Le personnage, Benedikt, part chaque année avec son chien et son bélier chercher dans la montagne les moutons qui manquent. Cette année, c’est différent. Il a pris du retard, la météo n’est pas bonne et des hommes lui demandent de l’aide pour retrouver leurs bêtes. L’histoire d’un taiseux, un homme calme qui agit, calmement, qui n’a pas peur, même de la mort.
  • Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin, éditions Manufacture des livres, 2020, le dernier prix Stanislas. Un homme, dans l’Est désindustrialisé, perd sa femme mais réussit à élever ses deux garçons. L’un fait des bêtises, pas l’autre. On est un peu dans la même ambiance sociale, les mêmes réflexions que dans le Prix Goncourt de Nicolas Mathieu.
  • Le camion de Per Wahlöö, paru en 1962, en 2012 chez Payot et Rivages. Per Wahlöö est connu pour les dix livres qu’il a écrits à quatre mains avec Maj Sjöwall, sa compagne, dix romans policiers qui se passent en Suède avec des « héros » récurrents, des policiers qui font les choses petit à petit, calmement, sans éclat. Avec Le camion, on est en Espagne, dans les années 50 – comme y fut l’auteur -. Le personnage principal, Willi, est un mauvais peintre allemand qui vit dans une maison avec un couple de Norvégiens. Un jour, ceux-ci ne reviennent pas d’une partie de pêche avec les frères Alemany. Wahlöö, engagé, donne quelques exemples des « techniques » de la police franquiste. Il montre aussi ces scandinaves libérés face aux autochtones bridés par la religion et le régime.

A bientôt ! Et on l’espère, vite, dans un vrai Chat Bleu.

(Un faux) Chat Bleu :

On n’était pas au Chat Bleu.
On était moins de six.
On a quand même parlé de livres.

Il se trouve que la majorité de ces livres avaient pour propos des vies de femmes.
Cela allait de Corentine de la ministre Roselyne Bachelot… histoire de sa grand-mère bretonne,
à La fin de l’amour, un désarroi contemporain, essai sociologique d’Eva Illouz .

On ne dira rien de plus du premier, mais on pourra le comparer avec Composition française, retour sur une enfance bretonne de Mona Ozouf, paru en 2008, Folio.

Entre les deux, des romans qui évoquent la condition féminine un peu partout, un peu n’importe quand :
Le silence d’Isra, d’etaf Rum. Traduit de l’anglais par Diniz Galhos. Paru aux éditions L’Observatoire en 2020 : la vie d’une jeune Palestinienne mariée sans amour, devenue (ô malheur) mère de filles uniquement.
– Les heures silencieuses, deuxième livre de Gaëlle Josse, trouvable en poche :  la vie d’une femme de la bourgeoisie marchande du XVII ème siècle à La Haye.
– Suzuran d’Aki Shimazaki, Actes Sud, 2020 : ouvre une nouvelle série de la Nippo-québécoise : la vie d’une femme céramiste, divorcée.
– Trencadis (déjà évoqué dans d’autres Chat Bleu) : la bio romancée de Niki de Saint Phalle qui se voulut artiste plus que mère. Aux éditions Quidam, 2020.
– La vengeance m’appartient de Marie N’Diaye, Gallimard, 2021 : une avocate amenée à défendre une femme qui a tué ses trois enfants. Le livre porte aussi sur la bourgeoisie bordelaise et le passé négrier de la ville.
– Alexandra Kim, la Sibérienne, roman graphique de Keum Suk Gendry-Kim aux éditions Cambourakis, 2020 : sur une révolutionnaire d’origine coréenne (1885-1918).

Enfin, donc, l’essai d’Eva Illouz : « Passionnant » : nous sommes dans l’ère du « capitalisme scopique », une économie gérée par les hommes, pour le plaisir des hommes et qui influence les femmes. Un monde où l’éducation des femmes tourne autour du « care », pas celle des hommes, où le marché du développement personnel amène des attentes difficiles à réaliser.

Bientôt, un autre (faux) Chat Bleu. Promis, il n’y sera question que d’hommes.

Chat Bleu : octobre 2020 -2)

avec un peu de retard… mais le mois de novembre étant, malheureusement, sans possibilité de Chat Bleu… on a pris son temps…

on a évoqué aussi :
– Le crépuscule et l’aube de Ken Follett, édition R. Laffont, 2020 . Un quatrième tome à lire avant Les piliers de la terre. On est en l’an mille, dans un village, en Angleterre et c’est l’arrivée de Vikings.
– Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers, Grasset, 2020 : une femme cherche à se réapproprier son corps, va dans un salon de massage et de thé japonais dans Paris. Elle y découvre entre autres le Japon.
Le discours de Fabrice Caro, 2018 : » un livre drôle, émouvant aussi » : un homme, le temps d’un repas familial, parle.
Buveurs de vent de Franck Bouysse, Albin Michel, 2020 : « une belle écriture et un univers très noir. » Dans une vallée imaginaire, une personne domine toutes les vies.
– Nos espérances d’Anna Hope, traduit par Elodie Leplat, Gallimard 2020 : trois copines en fac vers 1995 se retrouvent en 2010. Ce qu’elles sont devenues.
Les disparus de Daniel Mendelssohn, traduit par Pierre Guglielmina, 2007 Flammarion. Prix Médicis étranger, maintenant en J’ai Lu. Mendelssohn enquête sur sa famille juive. « Une merveille. »
Une mort très douce de Simone de Beauvoir, en Folio : » un très joli livre » de 1964, « pas du tout triste », sur la fin de sa mère.
– Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, chez POL et en Folio. Prix des lycéens et prix du livre Inter. Dans un ancien pensionnat, des marginaux vivent ensemble, forment une sorte de secte. Ils ont un discours sur l’amour, l’accueil. Tout bascule quand un migrant arrive.
– Le dernier des branleurs de Vincent Mondiot, Actes Sud Junior, 2020 : ce n’est pas drôle d’être un ado…
– L’espion et le traître de Ben Macintyre, traduit par Henri Bernard, Pocket, 2020 : l’histoire vraie d’un agent double dans les années 1970. Oleg Gurlievski vit encore en Grande Bretagne. John Le Carré a adoré, dit-on.
– Le bonheur, sa dent, douce à la mort de Barbara Cassin, Fayard 2020 : son autobiographie philosophique : une femme « d’une liberté absolue ».

On a reparlé de :
– Le répondeur  de Luc Blanvillain, édition Quidam, 2020 : « Un livre vraiment drôle, qui fait du bien en ce moment ! »
– D’un cheval l’autre de Bartabas, Gallimard, 2020 : » un beau livre sur les chevaux », les humains, leurs rapports.

A quand le prochain Chat Bleu ? Grande question ! On avait imaginé qu’en décembre, ce serait le 10.
On vous tient au courant.
Prenez soin de vous !