Un Norman Manea : P U N° 213

Le bonheur obligatoire, édité en français en 1991 – traduction de Alain Paruit et André Vornic – par Albin Michel, puis Points Seuil en 2006, est constitué de quatre nouvelles parues en roumain entre 1981 et 1990. En roumain mais pas en Roumanie puisque, s’il écrit toujours dans cette langue, Norman Manea a émigré aux Etats-Unis en 1987.
D’origine juive, né en 1936 en Bucovine, il a été envoyé avec sa famille en camp, d’octobre 1941 à 1944. La Shoah est un de ses thèmes.
Un autre, celui de ces textes, est la vie sous le communisme de Nicolae Ceausescu. Ils ont sans doute  été repris en poche du fait du Prix Médicis étranger 2006, obtenu avec Le retour du Hooligan.
Assez peu de textes sont reparus ici depuis. Parmi eux, ses entretiens de 1999 avec Saül Bellow, Avant de s’en aller, à La Baconnière, maison suisse francophone, en 2021.
Mais il a été enregistré chez lui, à New York, par Colette Fellous pour cinq épisodes d’ A voix nue, sur France Culture en mars 2013. Il y parle français.

Dans ces nouvelles, il est donc question de prison, d’interrogatoire, de corruption, de surveillance, de peur, de méfiance, de pénuries, d’attentes, de dysfonctionnements, d’ordres idiots. Pour un lecteur occidental, cela a des côtés incompréhensibles, limite surréalistes.

Quelques « Poèmes express » qui en sont issus :
– La crise le nettoyait. Du cristal, fin, délicat, tranchant.
– Mettons que ce soit un caprice… une nuit ensemble, une nuit de corps.
– Elles avaient hurlé toute la nuit, ces odeurs.
– Duvet parfumé, nuque délicate, charme d’un sourire mais beuglement.
– Il n’y avait qu’un pas à faire pour s’offrir une joie nourrie de strass.
– Mépris : apprentie-coiffeuse…gros seins pâles, sourire huilé ou air boudeur.
– Un trouble violet enveloppe l’âge, il a oublié. 
– Les mots tentaient de vidanger la bouche. On le voyait.
– La névrose, un morceau de nous se glace, on perd le plaisir, c’est ça…
– Nous ne pouvions pas, c’est ça l’enfance.

C’est offert à Monica Irimia, libraire pendant des années et maintenant surdiffuseuse de livres d’Europe de l’Est.

Un Akira Mizubayashi : P. U. N° 212

Petit éloge de l’errance d’Akira Mizubayashi, paru en 2014, est La Pièce Unique N° 212.
Mizubayashi est né au Japon en 1951, a fait des études en France. Il se partage entre les deux cultures mais écrit en français essais et romans.
Si un de ses thèmes de prédilection est la musique, il s’agit ici de la langue comme vecteur d’autonomie, de « singulier » dans un pays où le collectif, le consensuel sont la norme, où « On n’a pas d’autres choix que celui de se laisser enrouler dans ce qui est long ».
Ce livre bref, politique, critique des élites japonaises, qu’elles soient universitaires ou de pouvoir, permet d’aborder ce pays, son histoire – ancienne : les temps de la fermeture du pays, de la guerre du Pacifique, ou plus récente, de la catastrophe de Fukushima -, de comprendre le fonctionnement du « corps social ».

Quelques Poèmes Express qui en sont issus :
La main remonte vers la nuque, racle le corps, sort des bonnes manières.
– Voyager dans une tasse de thé vert et les odeurs d’encre.
– Sur chacun des soldats, la musique militaire se vida.
– Le pays s’engouffrait dans un souvenir d’enfance : nattes et feuilleton télévisé.
– Ouvrir les morts, libérer l’organe : ceci est une tâche technique.
– La toute-puissance entrave interrogations, sens et théorie.
– La débâcle est inévitable à cause des lécheurs de bottes et la nature des choses.

Ce livre – 3 en 1 – est offert à Christiane P., fan de Flaubert et de Maupassant, que le Japon – et beaucoup d’autres sujets – intéresse-nt.

 

Un Stanley Elkin : P U N° 211

Stanley Elkin (1930-1995), écrivain américain, a eu plusieurs de ses livres traduits en français, d’abord de son vivant, en 10-18 (Un sale type), chez Plon (Le royaume enchanté), Denoël (La chambre de Van Gogh) et, au Mercure de France (Mrs Ted Bliss). Puis plus rien jusqu’à ce que Cambourakis ne dise en 2010 son intention de tout (ré)éditer. Ce qu’il n’a pas pu faire.
Il faut dire que s’il est admiré par Paul Auster, Robert Coover, ou Enrique Vila-Matas, présenté comme un « serious funny writer » et a reçu de nombreux prix, il n’a jamais été très apprécié du grand public. Wikipedia parle d’un « style baroque et extravagant », Babelio reprend ce dernier adjectif et y ajoute « exubérant ».
La Pièce Unique N°211 est faite à partir dLa seconde vie de Preminger, paru en 1973 aux USA, en 2012 chez Cambourakis, traduit par Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet : le père de Preminger vient de mourir et Preminger, conférencier vierge de 37 ans vivant dans le Montana, arrive dans l’appartement que le défunt avait acheté à Chicago. Ils se voyaient peu, le père s’était fait une vie dorée et un look hippie dans ce luxueux condominium de propriétaires, tous juifs.
Scènes de deuil, de rencontre avec les administrateurs, drôles et étonnantes. Conversations plutôt racistes de ses nouveaux voisins,
descriptions de moments et de corps à la piscine où il est momentanément  maître-nageur pour arranger la communauté.
Fin incroyable.

Quelques Poèmes Express issus de ce livre :
– Une douzaine de coups : gravité relevant de centres médicaux et police.
– 4 ou 500 corps, impression de bonne santé dans la mort, comme une blague.
– Trois types larges près du cercueil : comme des fées penchées sur un berceau, s’entre-congratulaient.
– Regard circulaire : de vieux amis, un intime, des rigolos.
– L’enveloppe de cuir du soulier était l’obsession de quelqu’un.
– Les bouteilles à la mer pensent : à quel point la vie d’un homme raconte l’histoire ?
– Comprendre le 
supermarché. Quand même y aller pour penser.
– Ce que les hommes peuvent être femme ! Pourtant il n’y a aucune raison.
– Je découvris la conductrice sous la carrosserie – naïve preuve d’accident.

La personne qui devrait recevoir la Pièce Unique N° 211 est Frédérick Houdaer, écrivain et éditeur – Le Clos Jouve – qui s’intéresse au Havre.

 

Un Maryline Desbiolles : P U N° 210

Fin août 2024, paraîtra L’agrafe aux éditions Sabine Wespieser. Le 3ème livre de Maryline Desbiolles chez cet éditeur.
Auparavant, ses textes étaient publiés dans la collection Fiction et Cie au Seuil.
C’est le cas de La scène, paru en 2010 :
Une histoire de regards
De repas : de famille, de fête, de vernissage,
De tables / de tableaux (Véronèse, Oskar Schlemmer)
De moments de séduction, de drague, autour d’un café, d’un dîner, d’un verre.
De nourriture, d’images et d’affects.

Quelques Poèmes Express issus de La scène :
– Le poisson mangé dans une guinguette raconte des histoires qu’on ne peut retenir.
– Un tout petit peu mort, le vivant, à minuit finit cendre.
– Comme un cochon, bouche et estomac, il mange à toute allure, moustache et gros ventre.
– Il lui mangeait le visage et le doigt. La peau si blanche attisait la gourmandise.
– Prénom de 20 ans d’un enfant de 5 et chapeau vieillot sur peau sans joie.
– Elle souriait, souriait énormément, le sourire s’était installé, content de la bouche, éternellement.
– En tenue de plongeur, enserrant la mariée, saccage la robe et trouve le doux.
– Nous nous sommes échappés des ventres. Cela ne cesse de saigner.

Cette Pièce Unique N° 210 est offerte à Rina H, Bruxelloise rencontrée à Pirouésie à plusieurs reprises, et retrouvée plus longuement cette fois.

Red team : P U N° 209

Ces guerres qui nous attendent, tome 1, paru en 2021 aux éditions des Equateurs et Humensis -Université Paris sciences et lettres, puis en poche Harper Collins (un tome 2 est paru en 2023, édité par les mêmes).
Le tout est à l’initiative du ministère des armées. 600 personnes avaient candidaté pour y participer. Seuls, 10 ont été retenues : analystes, chercheurs (Virginie Touray) , auteurs de romans noirs ( DOA), de SF (Laurent Genefort), de BD (François Schuiten),  designeurs (Jeanne Bregeon).
Ce premier tome est sur
– le voyage interplanétaire : P 20 « En 2026, la France s’est engagée, avec 22 partenaires dont 15 pays européens, dans une voie radicalement nouvelle : celle de l’ascenseur spatial guyanais (ASG, parfois appelé KSE pour Kuru Space Elevator »,
– la piraterie : P 77 « En 2057 (…) un groupe de pirates (…) est le premier à prendre le contrôle du cerveau d’un pilote de navire de la CMA-CGM »,
– les villes flottantes,
– la réalité alternative : P 103 : « 2046-2049 : Face au renforcement de l’enfermement de certaines populations dans des zones où des réalités alternatives ont cours, lancement de l’opération « Sécuriser le réel ».
– les drones : P 173 : … »gestion en essaim. Un essaim est traité par l’hyper-IA comme une entité unique. (…) Les ruches ou nourrices de drones légers(…) contiennent des imprimantes 3D et des micro-usines pour réparer certaines pièces endommagées ou à l’usure avancée. »

Et plein d’autres choses qui sont elles aussi déjà là :
– les problèmes climatiques et les migrations consécutives,
– P 116 : « la Grande Mongolie » et le « cheval de Troie »  de ses « outils numériques grand-mongols »
 P 97 : Vous, les Occidentaux, vous êtes faibles parce que vous tenez trop à la vie et vos grandes idées. »

Quelques Poèmes Express qui en viennent :
– L’agence décide de mettre en danger l’université. Objectif ? Retrouver la réflexion.
– L’être humain perdu dans ses balbutiements s’ouvrait à nos jadis.
– Un pays s’autorisait à juguler la croissance des corps.
– Un citoyen capitaliste distribue des goodies : un mini-drone personnel et des pins.
– Neutralisation du cerveau d’un hacker en théorie sécurisé : un précédent.
– Ecran noir … centre volatilisé en sept secondes.
– Ce qui ralentit l’opération de triage : des bulles de rencontre.
– La communication de base laisse le moins de prise possible à un imaginaire.
– Tout peut être attaqué de l’humain : le délai de réaction, l’intuition, la maîtrise.
– Un gourmand de haut niveau bénéficie d’une énergie abondante.

Cette Pièce Unique est offerte à Sarah Kügel, designer (designeuse ?) de talent, rencontrée à La Baraque à Rouen

Un Mikhaïl Boulgakov : P U N° 208

Les Récits d’un jeune médecin ont été écrits en 1919, publiés en 1925-26 dans deux revues, jamais en volume du vivant de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) qui, avant d’être écrivain, fut médecin. De cette première vie, viennent ces textes.
Envoyé dans un dispensaire, loin de tout, à peine ses études terminées, un jeune médecin se retrouve seul et effrayé de toutes les possibilités de maladies pour lesquelles on peut venir le consulter, des opérations qu’il doit accomplir pour la première fois, des diagnostics difficiles qu’il a à poser. Puis il devient plus sûr de lui et se voit confronté à l’ignorance des patients. Les conditions climatiques et la solitude rendent ces moments encore plus durs.
Un deuxième texte est censé parvenir à ce même jeune docteur, arrivé dans une ville plus grande, dans un véritable hôpital. Celui qui a écrit est lui aussi docteur mais est devenu morphinomane. Il nie d’abord sa dépendance puis en rend compte de manière très forte.
Le troisième et dernier texte parle de guerre en Tchétchénie.
Boulgakov :
– a été médecin pendant la la première guerre mondiale puis dans la révolution et dans la guerre civile russe, du côté de l’armée blanche.
– a été un homme courageux, surveillé par Staline. Donc, pas lu de son vivant. Le livre pour lequel il est reconnu comme un des plus grands écrivains russes, Le maître et Marguerite, ne sera édité en URSS que 26 ans après sa mort, et dans sa version intégrale qu’en 1973.

Quelques Poèmes Express en sont issus :
Le papier glacé doit être considéré comme essentiel et contenir l’auteur.
– Pénombre et vent de neige : l’image était simple.
– Veste à plis métalliques, l’homme me colla à lui et m’enroula autour de ses doigts.
– Aujourd’hui est arrivé. Le soir attend son tour.
– Il fallait écouter ! Nous sommes foutus et tout seuls…
– Le bébé ne veut pas voir les yeux des sages-femmes.
– Je vécus une semaine comme dans un tableau. Ensuite, de pire en pire : au fond des couleurs.

 

Un Julia Deck : P U N°207

Propriété privée est paru chez Minuit puis en Minuit double.
Le prochain Julia Deck, Ann d’Angleterre, paraît aux éditions du Seuil fin août.
Changement d’éditeur donc,
Et de ton ?
Non, sans doute pas : l’ironie est LE ton de Julia Deck.

Propriété privée se passe dans un nouveau quartier en grande banlieue. Les Caradec arrivent là. C’est elle qui raconte et elle a la dent dure. Annabelle Lecoq, la première voisine rencontrée, aussi…

Histoire de bruit gênant, de barbecue gênant, de chat gênant, de relations obligées ou incongrues, de chien disparu, d’épouse disparue.
Johan Faerber, dans Diacritik a classé le livre dans un nouveau genre : le « roman de voisinage », ce que Julia Deck accepte, en parlant, elle, d’influence de séries comme « les premières saisons de Desperate housewives, un des plaisirs les plus jouissifs des années 2000. » Mais Eric Chauvier s’invite aussi dans le roman.
Sociologie romancée, alors peut-être, mais matinée de roman policier…

Poèmes express tirés de Propriété privée :
– Il s’est remis à briquer le parking de l’Intermarché. Il avait sans doute une bonne raison.
– Tu 
faisais ton travail, tu cherchais le moyen d’arrêter une brosse à dents.
– Nous ne sommes pas des animaux, tu l’exposais pendant que je creusais la terre.
– Tu as suggéré plusieurs corps; tes descriptions manquaient de détails.
– Chaque semaine, s’invitaient les occasions de se prolonger.
– Au jardin après le poulet basquaise, elle avait besoin d’être femme.
– Il exerçait la profession de chat : animal et fourrure.
– J’avais des atouts : enlèvement, séquestration ou plus.
– Elle n’était responsable de rien. J’ai observé son visage transparent. Méduse.
– Semer le doute, le récupérer et l’emporter.

La Pièce Unique n° 207  est offerte à Julia Deck…

Un Colson Whitehead : P U N° 205

Le colosse de New York, paru en 2003 aux Etats-Unis,  traduit par Serge Chauvin en 2020 chez Albin Michel, est maintenant en Livre de poche.
Nathalie Cron en dit dans Télérama :  » Le portrait impressionniste de la ville qui l’a vu naître et grandir ».
Treize courts textes, une belle écriture qui glisse de personnage inconnu en personnage inconnu, qui rend compte de moments de vies new-yorkaises : les nouveaux arrivants à la gare routière, les gens aux heures de pointe dans le métro, dans la rue, sous la pluie, qui boivent dans des bars, qui passent dans Central Park, qui s’impatientent dans les embouteillages, qui changent d’appartement, de quartier, de statut social, qui partent. Les phrases s’entrechoquent, traversent des vies multiples, nous entraînent de l’une à l’autre sans avertissement, en quelques mots. Un texte par touches, plus post-impressionniste qu’impressionniste.
Colson Whitehead aime les mots et aime New York mais il ne se fait pas d’illusion sur cette mégapole et le bonheur de ses habitants : P.153 : « Attendez votre tour, il y a assez d’amertume pour tout le monde. »

Quelques Poèmes Express issus de Le colosse de New York :
– On a du mal, peu de patience et des mauvaises surprises.
– La neige exhume un archéologue, lunettes givrées.
– Sans se rendre compte tout le monde a la même idée : le ressentiment.
– C’est là que plastronnent les chiens. Problème d’hormones, de coup d’état.
– Des adultes piaillent arrêtés dans le tunnel : un mutant essaie de les écraser.
– Ils ont posé des voies jusqu’au centre de la terre, traversé des fantômes, muré le Purgatoire.
– La flaque dans le cycle de l’eau est pour les enfants en bottes rouges.
– La Grande Roue lâche : un boulon mal serré. Pas d’échappatoire.
– Une sirène, le pont passe ses journées à guetter ce moment, et soupire quand il se produit.
– Réveillez votre instinct. Allez au fond de leurs poches.
– Les métros tentent de bifurquer, grondement sous vos pieds, comment voulez-vous ?

La Pièce Unique 205 a été offerte à Michèle Pédinielli, venue au Polar à la plage, les 15 et 16 juin, pour  Sans collier, un livre plein d’allant.

Un Leslie Kaplan : P U N° 204

Le psychanalyste,
édité chez P O L en 1999,
paru ensuite en Folio
=
Pièce Unique N°204

Leslie Kaplan, née en 1943, vient de sortir son 23ème livre : L’assassin du dimanche, chez P O L .
On y retrouve des prénoms de personnages vivant dans Le psychanalyste : Louise, Eva. On y retrouve Kafka qui « dit qu’écrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins (…) c’est mettre une distance avec ce monde habituel, la distance d’un saut. »

…et   » il y a aussi ses assassins à soi, intérieurs » disait Leslie Kaplan dans l’émission Affaires Culturelles en 2022.
Et forcément, dans Le psychanalyste, ce sont eux les plus importants, les « assassins intérieurs ».
Des chapitres se passent dans le cabinet du psy Simon Scop, lors de séances. On entend Louise, Eva, Edouard et d’autres. Simon Scop lance quelques  « Oui ? » après certaines phrases, au coeur de certains silences.
Dans d’autres chapitres, nous sommes dans des moments de vie des patients, ou de Simon Scop

Quelques Poèmes Express qui en sont issus
(il y en a beaucoup, le Folio fait un peu plus de 600 pages…) :
Le conférencier saute dans les mots et c’est comme s’il avait fait cela à son insu.
– Dresser une liste de tes cauchemars et te détester. C’est pas rentable.
– Un kangourou dormait. Quelques hommes discutaient sport. C’était à la fois très ordinaire et pas du tout normal.
– Le monde était petite maison pleine de poussière et gros silences.
– Freud aimait Freud, c’est sûr, cet homme si vieux et enfoncé dans l’analyse.
– Plus rien n’existait sauf les grandes grilles : grille et grande.
– Un jeune catatonique s’absente, me laisse et s’enferme dans sa peau.
– Atelier de théâtre : petite moustache, petit ventre se met à gueuler comme un gros bébé.
– Dans les flaques de bière et saleté de sentiments, tout se mélangeait.
– Transgressif, l’esprit-bretelles. Transgressif, le pas sexy.
– Un clochard, cinq montres au poignet, avait abandonné le temps.
– Je n’ai que ça dans la tête, mes pieds. Je suis bête comme mes pieds.
– On ne peut pas guérir du truc. Ou c’est la fin du truc.
– Il a répété le nom de l’auteur qui était descendu de ma bouche.
– La vie avait pris le métro; elle fixait les rails.

David Foster Wallace

Voilà un tout petit échantillon de David Foster Wallace (1962-2008), l’homme au roman de quelques 1400 pages, écrit en au moins dix ans, entre 1986 et 1996, L’infinie comédie, sorti en 2015 aux éditions de l’Olivier…
On en est loin avec les deux nouvelles – 87p – traduites par Charles Recoursé.
En J’ai Lu, à partir d’un recueil plus important paru aux USA en 1989 et en France, au Diable Vauvert en 2010, soit deux ans après la mort de l’auteur.

– Ici et là-bas est à deux voix, celles d’un jeune homme et d’une jeune femme et dit ainsi leur relation et, surtout, la personnalité complexe de cet homme.
– La fille aux cheveux étranges : un homme parle. Il est complètement décomplexé. Par la drogue qu’il a ingérée mais aussi par sa position sociale. Il est à un concert de Keith Jarrett avec des amis, des punks. Et tout peut arriver.

De même qu’un journaliste a parlé d' »impressionnisme » pour se moquer, un critique américain, James Wood, a parlé de « réalisme hystérique » face au travail de David Foster Wallace et quelques autres : Franzen, Eugenides, Eggers et autres Zadie Smith.

Quelques « Poèmes Express » (aussi « hystériques » ?) qui en sont issus :
Vous trouverez un intérêt à devenir généreux de loin. Confortablement.
– Carburer à la pizza pour dormir : sa thèse, c’est sur les systèmes de transfert d’énergie.
– Vouloir disparaître et laisser derrière moi le supermarché.

– Des tresses terminent la pauvre vieille assise à la table de la cuisine
– Une Porsche intérieur cuir sur la Pacific Coast Highway dans un palmier.
– Je suis devenu bol de punch. Cette action a privé d’air l’avocat. J’étais content.
– On s’est tous reculés pour laisser de la place à des déchets radioactifs.

Cette Pièce Unique est envoyée à Guillaume Mélère qui a créé en 2021 les éditions des Monts métallifères. Je viens de lire deux textes d’Emmy Hennings (1885-1948) : Prison et La flétrissure qu’il a publiés.
Si elle a fait autant que son compagnon, Hugo Ball, pour le Cabaret Voltaire, lieu Dada créé à Zürich en 1916, on l’avait oubliée.

Mais on reviendra bientôt sur Emmy Hennings.