Chat Bleu – octobre 2022 – 1)

Cette fois Nsenga a insisté sur les produits locaux qui accompagnaient un Baume de Venise en rouge et un Côte catalane en blanc : une mimolette à l’ancienne d’Isigny, un jambon de pays d’Evreux et une confiture de courge de la ferme du Bois Rosé.
Et cela allait très bien avec …
– Le chant du poulet sous vide de Lucie Rico, Folio. Son premier roman que j’ai lu après et préféré à GPS. Pourquoi ? Parce que c’est moins « théorique », plus fou, plus drôle, décalé, frappadingue même. Mais attention, construit ! Une vraie histoire d’auto-entreprise, une relation aux animaux, à la mère, aux films non sous-titrés, à la biographie… Dans ces temps lourdingues, comme elle est légère, Lucie Rico !
– Sniper en Arizona, de Patrick Declerck, éditions Buchet-Chastel, 2022. Decleck a été psy pour les SDF, a écrit sur eux. Mais ce livre-ci est né de son amour des armes. Il s’est donc inscrit à deux stages de sniper aux USA et c’est un documentaire sur ces séjours, les formateurs, les stagiaires, tous anciens d’Afghanistan ou d’Irak ou les deux, tous plutôt proches de l’idéologie sudiste, leur langage (« Fuck » est omniprésent), les lieux, les armes de guerre, le rapport au vivant. Super intéressant aussi, le moment où, au retour, il va chez un armurier français !
– Quand tu écouteras cette chanson, de Lola Lafon, éditions Stock, collection « Ma nuit au musée », 2022 : un GRAND livre sur sa nuit au musée d’Anne Frank à Amsterdam, dans l’annexe où les Frank ont vécu jusqu’au jour où les nazis sont venus, sur ce qu’on a fait au texte d’Anne Frank  à Broadway, à Hollywood et même dans les traductions, sur les raisons pour choisir ce musée.

La deuxième partie vient bientôt.

Nous sommes 14 pour le déjeuner (12h15) avec Arno Bertina, à la Cantine du Fort, le mercredi 9 novembre.
Rappelons qu’il vient pour l’adaptation théâtrale par Anne-Laure Liégeois de son roman Des châteaux qui brûlent (2017- éditions Verticale, et Folio),  présentée au Volcan les 9 et 10 novembre.
Le prochain Chat Bleu, lui, est prévu le jeudi 17 novembre, à 18 h

Chat Bleu : le retour, 15-09-2022 – 2)

et aussi, en livres français :
Chien 51 de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2022 : l’entrée de cet auteur dans un mixte de  SF et de polar : une dystopie : la Grèce est rachetée, une entreprise régule la vie des citoyens en 3 zones. Description d’un univers ségrégué. Une greffe permet à certains de vivre longtemps et sans maladie. Des cadavres sont découverts, « dégreffés »…
– Mer : de Bertil Scali et R de Andréis, éditions Cairn, 2022 : autre dystopie mixée de roman noir : en 2050, dans le Bordelais, l’eau a monté. Ailleurs, cela a été encore plus dramatique. Des réfugiés climatiques arrivent mais certains manquent à l’appel…
– Mohican d’Eric Fottorino, Gallimard, 2021 : un monde de paysans taiseux, un père et un fils. La mère, disparue, existe en tant que fantôme. Le père accepte l’installation d’éoliennes…
– Adrien Ghénie – déchaîner la peinture de Yannick Haenel, Actes Sud 2020. Un texte sur ce peintre roumain né en 1977, installé à Berlin. Ce livre n’est en rien une biographie, mais interroge la peinture de cet artiste qui propose des portraits de dictateurs, un peu à la Bacon. Ce livre vient après un autre sur Caravage et un prix Médicis en 2017 : Tiens ferme ta couronne, chez Gallimard où Haenel s’interroge sur ce qu’est être écrivain, être un être humain, le vrai, le mal à travers des références littéraires (Melville) et cinématographiques (Cimino).

En livres étrangers, des auteurs dont nous parlons souvent : 
– Joyce Carol Oates : Cardiff près de la mer, éditions Philippe Reytraduit par Christine Auché : quatre novellas, entre policier et fantastique, histoires intra-familiales, qui forment un roman.
– Ton absence n’est que ténèbres de Jon Kalman Stefansson, Grasset, 2022, traduit par Eric Boury. Prix du livre étranger : » une écriture très poétique » dit V. Un puzzle qui se reconstruit petit à petit. Se passe dans les fjords de l’ouest de l’Islande entre fin XIXème siècle et aujourd’hui. Les thèmes étant : comment aimer, comment mourir, comment le choix d’une personne entraîne la vie d’une famille.
Mais aussi d’autres dont il n’a jamais été question jusqu’alors ici :
– Erich Kästner (1899 – 1974) : Vers l’abîme, traduit par Corinna Gepner. Le livre est paru, en partie censuré, en Allemagne en 1931 et a été brûlé en 1933. Histoire de deux jeunes Juifs, un étudiant et un publicitaire, dans la République de Weimar.
– Sara Stridsberg : L’Antarctique de l’amour, éditions Gallimard, traduit par Jean-Baptiste Coursaud. Une jeune héroïnomane est tuée et c’est elle qui parle. « Une très belle langue » dit M-C.
– Molly Keane (1904 – 1996) écrivaine irlandaise, aristocrate qui a écrit aussi sous le nom de M.J. Farrell, et décrit très bien la vie de son milieu, plus ou moins désargenté. Chez 10-18 ou à la Table ronde. Par exemple : Fragile serment, traduit par Cécile Arnaud.
– Antonio Lobo-Antunes, auteur portugais, né en 1942, éditions Bourgois, traduit par Dominique Nédellec. Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau (2019) évoque, comme d’autres de ses livres, la guerre en Angola. Un homme en est revenu avec un enfant noir qu’il élève comme son fils. Lors de la « tue-cochon », ce jeune le tue. « Ce sont quatre flux de conscience. On écoute la pensée intérieure de personnages. Les phrases sont longues comme des vagues. On s’y abandonne » dit V.

« La traduction, c’est un peu comme une photo en noir et blanc et quelque chose risque de se perdre »
Mais que serions-nous, lecteurs, sans les traducteurs ?

Prochain Chat Bleu prévu jeudi 13 octobre, à partir de 18h !

Chat Bleu : le retour, 15-09-2022 – 1)

On était nombreuses ! Et avec des nouvelles !
N’senga nous proposait en rouge des « Terres d’Aurèle », domaine viticole (mais aussi gîte et chambre d’hôtes) près de Chenonceau. Pas encore labellisé bio mais vendanges à la main. D’un sol d’argile un peu caillouteux. Goût de fruits noirs, de cerise, petite finale un peu poivrée. Gourmand. A consommer avec du fromage ou de la charcuterie.
Le blanc, un Sauvignon,, du Languedoc, sec, un peu herbacé.

Pour accompagner ces vins,
– du roman noir : un vieux George Pélécanos : Liquidation (1992), traduit par Jean Esch en 2003. Son premier livre, un livre d’homme avec grande consommation d’alcool et pas que. Une histoire qui tient mais surtout – comme tout bon roman noir – plein d’informations ur l’Amérique, et plus précisément Washington, à cette époque, la place des noirs, les quartiers abandonnés… Pélécanos est un grand de ce genre. Né en 1957, il a commencé avec ce livre et un personnage, Nick Stefanos, Grec né aux USA, qu’on retrouve dans deux livres ensuite.
– L’inconnu de la poste de Florence Aubenas, 2021, L’Olivier, puis collection Points : un cold case. Un suspect : Gerald Thomassin qui a fait du cinéma grâce à Doillon. Enfant malheureux, honoré à Cannes mais resté dans les marges de la société. Coupable idéal dans un endroit abandonné par l’état.
G P S de Lucie Rico, 2022, P O L : un livre de la rentrée littéraire. D’ailleurs, au moment où on en parlait, Caroline, aux Traversées, recevait l’auteure, entourée de Frédéric Boyer,, directeur de P O L  et de l’écrivain Olivier Cadiot entre autres. Un deuxième roman, un peu fou, mais beaucoup moins que le premier Le chant du poulet sous vide – (Folio) dont on  reparle, je pense, le mois prochain -. G P S  joue sur « la carte et le territoire »…,  le vrai et le faux, le réel et le virtuel, surtout sur le virtuel dans lequel nous nageons, applis, réseaux sociaux… Le personnage principal est représenté par un « tu », une jeune femme, pigiste, qui sort peu, crée des faits divers pour un journal en ligne qui se contrefout que ce soit réellement arrivé et demande toujours plus de détails.

Chat Bleu : juin 2022 – 3)

Pour de belles vacances, des vins et des livres évidemment :
Les vins proposés par Nsenga  étaient siciliens :
en rouge : Nero d’Avola : belle puissance aromatique mais assez souple en bouche – on confirme,
en blanc, un vin de pays, Griglio Sicilia : sec, à note de pêche.

Les livres : des romans noirs ou proches de ce genre :
– Lieutenant Versiga, une vie de flic dans le Mississippi de Raphaël Malkin, éditions Marchialy, 2022. Cette maison d’éditions est spécialisée dans le document.
Ici, il s’agit du texte d’un journaliste français sur un policier et un cold case. Le corps d’une femme noire est retrouvé. Personne ne vient le réclamer. Un « serial killer », tueur d’une cinquantaine de femmes, arrêté des dizaines d’années plus tard, se raconte. Mais cette victime-là reste encore sans nom. Grâce à l’entêtement du policier et aux avancées de la technologie, celle qu’on a nommée Jane Doe retrouve enfin son identité.
Des passages incroyables sur la relation avec le criminel pour recueillir ses aveux, sur la façon d’être de cet homme face à ses souvenirs morbides. Une narration haletante de la famille du lieutenant piégée par l’ouragan Katrina.
A noter : une exposition en Ardèche, à la médiathèque de St Péray, du 4 juillet au 31 août, des travaux de Guillaume Guilpart, le graveur et typographe, cheville ouvrière de Marchialy.

–  Marseille 73 de Dominique Manotti, éditions Les Arènes, 2020, maintenant en poche, collection Points. Cette grande dame du noir, universitaire, historienne,  est venue plusieurs fois au Polar à la Plage.
–  Profitons-en pour dire que ce festival qui fêtait ses 20 ans cette année, devrait se poursuivre avec une équipe plus ou moins renouvelée -.
Ici, Dominique Manotti s’attelle à la présence de l’extrême-droite dans les années 1970 à Marseille. Des Algériens sont morts alors. La police a d’abord eu tendance à parler d’accidents ou de règlements de compte…
Coma Glasgow 3 de Victor Cohen-Hadria, éditions Le Vistemboir, 2022.
Les éditions Le Vistemboir, de Caen, montent, montent , montent, choisies aussi bien par Belinda Cannone également chez Gallimard, que par Hélène Waysbord éditée par Christian Bourgois ou Victor Cohen-Hadria qui a de nombreux livres chez Albin Michel. Le format carré de cette maison est reconnaissable. Son nom interpelle : « une chose rare », un « machin » (Jacques Perret)
Le personnage principal de Coma Glasgow 3 est photographe. Il passe de photos de stars aux reportages de guerre. Un peu  » lonesome cow-boy « , on le suit dans Paris, à Venise, en Afrique, et…à l’hôpital. Le réel et le fantastique se mêlent.

A suivre, avec un 4ème volet de propositions faîtes en juin.

Chat Bleu : juin 2022 – 1)

Au début du mois, Le Chat Bleu a eu beaucoup de participants. Cela nous amène à en faire un autre, le 30 juin, pour proposer, au cas où …, des lectures de vacances.

Le Chat Bleu nous recevait cette fois-là avec des alcools forts : vodka, pur malt, gin à l’estragon et aux orties de la distillerie de la Seine, tenue par Manuel Bouvier, 3 ème génération de « bouilleurs de cru »

Pour accompagner ces découvertes,
– Pas Liev de Philippe Annocque, éditions Quidam 2015, paru dernièrement en livre-audio : Un homme arrive quelque part, on ne sait pas vraiment où, pour être précepteur, enfin peut-être… La 4ème de couverture nous dit « Une veine sensiblement expressionniste ». Nous aurions plutôt pensé, nous, à une parenté avec le surréalisme, le théâtre de l’absurde, Beckett. Il se passe  peu de choses et on ne peut jamais en être sûr. Une information est souvent plus tard remise en cause.
Nous avions déjà, de cet auteur, présenté un très joli livre sur sa mère : Les singes rouges, d’une tout autre veine.
Bluebird, Bluebird d’Attica Locke, traduit par Anne Rabinovitch, 2017, aux éditions Liana Levi, maintenant chez Folio policier.
Cette romancière et scénariste est née au Texas en 1974. Son personnage principal est ranger noir au Texas. L’histoire commence avec deux morts : un homme noir venu là en BMW et une femme blanche qui travaillait dans un café de red necks dans la même bourgade. Dans cet ordre-là, inhabituel.
Michel Abescat aime aussi et c’est une sacrée référence.
– Là où nous dansions de Judith Perrignon, 2021, éditions Rivages : Détroit, une ville décidément « littéra-génique ». (  voir aussi Detroit dit-elle  de Marianne Rubinstein chez Verticales, Il était une ville de Thomas Reverdy). Le roman de Judith Perrignon, très documenté, nous fait traverser des temps différents : les années du New Deal avec la venue de madame Roosevelt et la création du « Project », nouveau quartier noir, les débuts de la Motown et de The Supremes, et le moment de la déchéance économique de la ville.

Chat Bleu : mai 2022 – 3)

Last but not least,
encore quelques romans étrangers :
Le dévoué de Viet Thanh Nguyen, traduit par Clément Baude, éditions Belfond 2022 : la suite du Sympathisant, prix Pulitzer. De mère vietnamienne, et de père français, échappé d’un camp de rééducation, le personnage arrive à Paris en 1981. L’auteur né au Vietnam en 1971, parti vivre aux USA,  pose la question de l’identité, traite de la colonisation.
Le dernier mouvement de Robert Seethaler, traduction d’ Elisabeth Landes, éditions Sabine Wespieser, 2022 : Gustav Mahler, sur le pont d’un paquebot, rentre pour la dernière fois de New York où il a été chef du Metropolitan. Il est fiévreux, se souvient de toute sa carrière. On l’accompagne dans ses souvenirs, dans son attachement à la nature et bien sûr à la musique.
– On est revenus sur Un livre de martyrs américains, de Joyce Carol Oates, traduit par Claude Seban, livre d’autant plus important que les Américaines sont menacées de perdre ce droit des femmes à disposer de leur corps.

Des textes français :
– Arène de Negar Djavani, éditions Liana Levi, 2020 : Paris, quartiers Est, des mondes se côtoient. Un téléphone disparaît, un autre révèle des images. Et ils ont un impact sur des vies.
Changer : méthode d’Edouard Louis, éditions du Seuil, 2021 : toujours la même histoire, mais autrement. Et la rencontre avec Didier Eribon.
L’amour est très surestimé de Brigitte Giraud, 2007, éditions Stock : onze moments qui disent la fin d’un amour.
Plus patrimoniaux :
Le pressentiment d’Emmanuel Bove (1898-1945) : paru en 1935, réédité en 2009, collection Points. Un avocat quitte sa vie de bourgeois et personne ne le comprend, ni ceux de son milieu, ni les autres.
– Les mains du miracle de Joseph Kessel (1898-1979) : paru en 1960, réédité deux fois chez Folio  : l’histoire de Félix Kersten, le masseur qui soulageait les douleurs de Himmler.
Ceux de 14 de Maurice Genevoix ( 1890-1980) : quatre textes rassemblés, éditions Flammarion 2013.

Le prochain Chat Bleu : le 9 juin

Chat Bleu : mai 2022- 1)

Soutenus par un vin rouge du Val de Loire, un Gamay ou un rosé Côte de Gascogne,
nous avons parlé de livres étrangers :

L’effondrement d’Hans Erich Nossack (1901-1977) aux éditions genevoises Héros-Limite, 2021. Traduit de l’allemand par J.P. Boyer et Silka Hass. Ce texte, paru pour la première fois en France en 1949, dans la revue des Temps modernes, fait partie de la « littérature des ruines ». Ecrit à chaud, après le bombardement de sa ville, Hambourg. Un des rares livres à documenter cela. Nossack était un homme de gauche et il évacue le problème de vaincus victimes / vainqueurs haïssables. Il rend compte de ce qu’il voit, ressent, comprend de la situation et des réactions des sinistrés.
P. 25 : « Un temps sans masques commença ; les déguisements habituels tombèrent d’eux-mêmes », P. 33 :  » L’abime était tout près de nous, oui, peut-être au-dessous de nous, et nous ne planions au-dessus que par quelque grâce.  » (…)  » C’était davantage un accroupissement anormal. » . Une forme de torpeur et des gestes surréalistes comme cette femme faisant ses carreaux dans un paysage en ruine ou ces gens assis à leur balcon. Une lecture parallèle à ce qui se passe aux portes de l’Europe.

La mort et la belle vie de Richard Hugo, en 10-18. Paru aux USA en 1991, traduit par Michel Lederer : le seul roman de cet auteur de poésie, mort en 1982. Un roman policier en deux parties, un peu-beaucoup déjanté dans l’une d’elles, qui se passe au Montana avec un enquêteur qu’on aurait aimé retrouver dans d’autres aventures, un Kurt Wallander américain.
P. 16-17 : « Si vous tenez à ce que ce soit un bon policier, ou du moins un policier expérimenté qui s’occupe de l’affaire, vous avez de la chance que je me trouve là. » (…) Par contre, si vous souhaitez un vrai flic, un dur, vous avez frappé à la mauvaise porte. (…) Le fait que j’aie étudié trois ans à l’Université de l’Etat de Washington pour obtenir un diplôme de création littéraire n’arrangeait rien »…

Ce lien entre nous de David Joy, paru aux USA en 2018, en France chez Sonatine en 2020, et maintenant en 10-18. Traduit par Fabrice Pointeau.
François Busnel dit de David Joy : « Jeune prodige et futur classique ».
Gallmeister aurait pu le prendre dans son catalogue.
Bref, c’est bien.
On est en Caroline du Nord dans un hameau. Les personnages sont des petits Blancs touchés par le système économique. P 60 : « un jour il avait eu une attaque. Et quelques jours plus tard, il en avait eu une autre. Elles étaient arrivées de nulle part et lui avaient pris tout ce qu’il avait ».
Le point de départ est un accident, une erreur. Suit une vengeance. Mais rien de manichéen dans les personnages ; le méchant n’est pas d’un seul tenant. La religiosité est là et on pense à Flannery O’Connor.

Chat Bleu : avril 2022- 2)

Et comme ce n’est pas parce qu’on lit qu’on ne s’intéresse pas au monde, on a parlé de
Les abeilles grises d’Andreï Kourkov, traduit par  Paul Lequesne, éditions Liana Levi, 2022. Kourkov est Ukrainien, russophone. Ce livre est un road-movie : on passe du Donbass à la Crimée avec deux amis d’enfance dont un apiculteur qui veut que ses abeilles vivent mieux. Sur le trajet, des rencontres. Entre poésie et philosophie, de l’absurde qui fait penser à Beckett. Sans parti pris.

Présentés par Françoise B. qui connaît l’auteur : deux livres de Raphael Jerusalmy : Evacuation juste sorti en poche, chez Babel : un temps de guerre entre Israéliens et Palestiniens mais sans date. On évacue complètement Tel Aviv. Trois personnes refusent de partir et parcourent la ville vidée. Parmi elles, un homme âgé avec Molloy sous le bras. Décidément, Beckett va bien avec tous les moments problématiques.
In Absentiason dernier livre qui vient de sortir chez Actes Sud. Pendant la guerre de 1939-1945, un écrivain communiste, résistant, est raflé. Il passe d’Auschwitz au Struthof en Alsace où un médecin a demandé qu’on lui envoie 90 juifs. Le personnage est protégé s’il fait ce qui lui est demandé…
Jerulsamy est un homme multiple. Fils de juifs marocains arrivés en France dans les années 60, il a étudié à Normal sup, a fait son alyah, est passé par un kibboutz, a fait partie de tsahal, vendu des livres anciens, vit à Tel-Aviv.

Le dernier Jon Kalman Stefansson : Ton absence n’est que ténèbres, toujours traduit par Eric Boury : certains adorent, d’autres moins, du fait des histoires mêlées et des époques qui se télescopent.
Ultramarins de Mariette Navarro, édition Quidam 2021 : une femme aux commandes d’un cargo. M : « ce livre ne ressemble à rien de connu, j’adore »
Reine du réel – Lettre à Griselidis de Nancy Huston, aux éditions Nil, 2022. Une très jolie édition sur cette femme étonnante, peintre, prostituée, écrivaine (1929-2005) dont les livres sont trouvables chez Verticales.
Fragmentation de Patricia Farazzi, éditions de l’Eclat, 2022 : 30 chapitres, 30 années du XXème siècle dans l’Amérique latine et ses dictatures.
Vivre avec nos morts petit traité de consolation de Delphine Horvilleur, 2021, éditions Grasset : être rabbin, c’est vivre avec la mort.
Ci-gît l’amer de Cynthia Fleury, Gallimard 2020 : guérir du ressentiment.
Le journal de mon jardin de Vita Sackville-West (1892-1962), édition Klincksiek, collection de natura rerum, illustré, 2017. Traduction de Patrick Reumaux : Sissinghurst, dans le Kent, est aujourd’hui le jardin anglais le plus visité.

Au jeudi 12 mai, 18h, si cela vous tente

Chat Bleu : avril 2022 -1)

Les livres étaient, cette fois, accompagnés d’un Côte du Rhône en vieilles vignes fort bon.
– Grande couronne  de Salomé Kiner, éditions Christian Bourgois, 2021.
Libération avait publié les premières pages de ce premier roman en septembre et elles fonctionnaient. Le ton est plein d’humour. Le personnage, une adolescente de banlieue, dans les années 90, raconte ses envies de marques, ce que cela l’amène à faire, ce que vivent aussi sa famille et ses amies. C’est percutant et drôle même quand ça pourrait être dur ou sordide.
– Dernière station avant l’autoroute d’Hugues Pagan, 1997, Rivages noir. Prix Mystère de la Critique 1998.  A l’occasion de la sortie de son dernier roman, La carré des indigents, on trouve réimprimés certains de ses textes précédents. Son personnage, flic de la nuit, est fatigué, sans illusions, quasi fini, limite cliché. Mais la langue est belle et décrit bien et le parcours de  ce « lonesome cowboy »,et l’état de la police, de ses locaux, matériels et agents.
– Un essai de Georges Didi-Huberman : Le témoin jusqu’au bout, éditions de Minuit, 2022, évoque le philologue juif Victor Klemperer (1881-1960), l’auteur de la L T I  – Langue du IIIème Reich, paru en 1947 et d’un Journal clandestin tenu de 1933 à 1945, publié en Allemagne en 1995. Ces  textes analysent  la langue, son évolution sous le totalitarisme.  Ce qu’elle dit, comment elle le dit et combien peu de gens se rendent compte de sa violence, de ses transformations et de leur impact.
Et on peut, sans problème, faire le parallèle avec d’autres langues, dans d’autres pays, à d’autres moments : la langue du management dans nos sociétés – voir Sandra Lucbert : Personne ne sort les fusils, Seuil, 2021 – ou celle d’un pays actuellement agresseur par exemple .

La suite de la soirée  bientôt.
Le prochain Chat Bleu est prévu le 12 mai.

Chat Bleu : mars 2022 – 2)

On a ensuite évoqué des grandes fresques, des sagas, des gros livres qui nous plongent dans d’autres lieux, d’autres milieux, d’autres époques. Quelqu’un a commencé et les titres sont venus les uns après les autres : plaisirs d’histoires dépaysantes, au long cours, qui nous empoignent :
– Les Dukay de Lajos Zilahy, traduit du hongrois par Pierre Singer, Folio : se passe dans l’empire austro-hongrois, de 1919 à 1940.
– saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard, traduction d’Anouk Neuhoff, Folio. 4 tomes existent en français, un 5è n’est pas encore traduit : de la première à la deuxième guerre mondiale, une grande famille d’industriels anglais.
– La garde blanche de Mikhaïl Boulgakov , traduit par Claude Ligny, éd Robert Laffont, Papillons poche : fin 1918, l’Ukraine devient le refuge des Russes blancs. C’est écrit en 1923-24. Staline adorait (parait-il).
Le grand monde de Pierre Lemaitre : son dernier : une famille opulente à Beyrouth dans les années 50 doit s’exiler. On peut de plus en plus le comparer à Alexandre Dumas. En plus politique.
– Les hommes de Laurent Mauvignier, éd Minuit. Livre moins épais mais parlant à travers un homme, dans un village français, après, de l’histoire de la guerre d’Algérie.
– Le clan des Otori, de Lian Hearn, traduit par Philippe Giraudon, éditions Picquier : , aventures au Moyen-âge, au Japon
– La pierre et le sabre d’Eiji Yoshikawa, traduit par Léo Dilé, éd . Picquier : Cape et épée dans le Japon du XVII ème siècle.

– On a reparlé du Goncourt 2022 : La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey / Jimsaan : « ambitieux, intelligent. » « Une réflexion sur ce qu’est écrire. Une tentative de mêler des mondes : on passe d’Afrique à Paris et Buenos Aires. » « Une belle partie finale et des personnages féminins magnifiques. »
et quelques livres très récents :
– Seyvoz de Maylis de Kerangal et Joy Sorman aux éditions Inculte. Livre à deux voix sur le barrage de Tignes. Deux écritures de couleurs différentes, au sens propre et au sens figuré.
La décision de Karine Tuil, chez Gallimard : histoire de juges antiterroristes. « une écriture efficace »

Enfin, un livre d’art : L’arrivée du printemps- Normandie 2020, éd Royal Academy, peintures de David Hockney, préface de William Boyd. Fait sur iPad, envoyé sur iPhone au moment du confinement.

Rendez-vous jeudi 28 avril, 18h au Chat Bleu