2ème jour de festival : 7 juillet 2023

après une remarque de Bertrand Schefer sur Ecrivains en bord de mer  : « dans ce festival, on bichonne les auteurs »
– Oliver Rohe, là pour Chant balnéaire: éditions Allia, 2023.
Il était venu en 2010, « treize ans d’attente » dit Bernard Martin.
« Un peuple en petit, livre de 2010,  passe par le roman. Cette façon de faire m’a conduit à une impasse. »(…) « J’éprouve le besoin de passer par le réel, l’authentique. Le roman était comme une altération. La façon dont parle le Liban de la guerre tend à le faire passer pour une fiction. Il n’y a pas de travail dessus comme en Afrique du Sud, pas de traces : Beyrouth est reconstruit. Comprendre tout ça a pris du temps. »
« La station balnéaire, le quotidien sur cinq ans, c’est là que j’avais le plus de souvenirs. (…) j’ai compris que j’allais pouvoir le rendre par la sensation. » (…) « j’essayais juste d’écrire ces années-là. La forme qui venait, je l’acceptais. » (…) « Le but était de faire apparaître la guerre là où elle n’est pas visible. »
– 
Christel Périssé-Nasr  : L’art du dressage , éditions du Sonneur
Un père, Marceau et ses deux fils, Gilles et « Le collectionneur ».
l’auteure : « J’ai tendance à voir la famille comme une structure d’individus enchaînés les uns aux autres  » (…) « J’ai travaillé non pas la masculinité, comme on l’a dit dans certains articles, mais la virilité, le rapport des hommes entre eux. Et là, pour Marceau et Gilles, une virilité complètement et seulement fantasmée. » (…) » Les hommes eux-mêmes dans une structure de ce type sont victimes. »

– Pierre Senges, qu’on peut « résumer » par deux mots , érudition et humour. Il est  là pour deux parutions récentes : Un long silence interrompu par le cri d’un griffon chez Verticales et Epître aux wisigoths chez Corti.
A l’origine du premier, « il y a un intérêt pour le silence, qui s’est manifesté, déjà, il y a plus de dix ans par un feuilleton à Radio France. Environ dix épisodes de cinq minutes. Laure Egoroff donnait une texture à chaque silence. » (…) « il a fallu du temps, de l’oubli de cette première forme. »
« La blague est plutôt le moteur de mon écriture » (…) « mais je voulais rendre hommage à tous ces écrivains assez fascinants (Mandelstam, Siniavski…) des années 1920 à 1970, à leur esprit, à leur rapport à l’écriture dans cette période fiévreuse. »
Quant à la parution chez Corti, il s’agit d’un essai à partir de l’expression de Giorgio Manganelli qui voulait la » littérature comme mensonge », celle » des wisigoths » contre une littérature du fait vrai .
– Eleni Sikelianos et sa traductrice pour deux ouvrages chez Joca Seria, Beatrice Trotignon : « cela fait quinze ans que Beatrice travaille sur ma poésie et elle m’a appris beaucoup de choses sur mon travail. »
Un travail plein de paronomases, de paronymes.
Sur le temps, sur la maternité dans les deux recueils traduits chez Joca Seria.

Une belle deuxième journée !

C’est commencé !

Ecrivains en bord de mer a commencé.

Des lectures en avant-première :
– du livre qui sortira chez Flammarion fin août, de Hugo Lindenberg, déjà présent l’an dernier pour son premier livre, Un jour ce sera vide, prix du Livre Inter 2021. Super gentil.
Une prestation à laquelle il n’est pas habitué, et le moment où il en est : «  Quand le livre est fini, il y a ce qu’en disent les gens. Mais là, personne n’en a encore parlé, c’est difficile. » (…) »pendant l’écriture, je suis content. Après, j’ai honte. Là, j’ai honte. »
Il n’y a pas de quoi. Ce qu’on a entendu de La nuit imaginaire fait envie.
– de Déserteur de Mathias Enard, à paraître chez Actes Sud le 23 août également. Une belle lecture à voix haute. Une pratique qu’il aime – il a d’ailleurs il y a quelques années enregistré la totalité de Boussole – » et c’est superbe » : dixit Bernard Martin.
Deux histoires s’imbriquent : celle d’un soldat et celle d’un colloque mathématique fluvial, peut-être pas à la même époque.

Puis une conversation entre Mathias Enard, Oliver Rohe et Bernard Martin : « On se connaît depuis vingt ans »
Ils ont créé ensemble, avec d’autres, dont Arno Bertina, Claro, la revue Inculte. « une revue, l’horizon d’une communauté » dit Rohe. Et ce qui les lie aussi, c’est le Liban, les livres qu’ils ont tous deux écrits sur ce pays.

Voilà ! Un bon commencement de festival.

Irrévérences

Un Rothko…

 

 

 

 

Autre irrévérence :
L’impression que je formule là, qu’une interview, maintenant en podcast, a été un peu transformée : j’avais cru entendre Nanni Moretti dire à Olivia Gesbert, dans Bienvenue au club, qu’il n’avait pas besoin d’expliquer ses films, il les faisait, c’était son boulot. Aux critiques, à elle, de faire le leur, le sien.
Le ton de Moretti était un peu vif, limite désagréable. En écoutant l’interview entière, je n’ai pas entendu ce passage… L’aurais-je inventé ?

Jose Manuel Ballester

Après avoir vidé des tableaux de l’histoire de l’art de leurs personnages, dans « Espacios ocultos », série de 2021, Jose Manuel Ballester expose des arbres au Jardin Botanique de Madrid jusqu’au 27 août 2023.

 « Espacios ocultos » :
Ici :
Le 3 mai de Goya,

Mais aussi, Les Ménine de Velasquez,
Le radeau de la Méduse, de Géricault
Guernica, de Picasso
Aphrodite, de Botticelli
ou la Cène, de Leonard de Vinci, etc…  : « Espacios ocultos » série de 2021
C’était drôle et devenait abstrait !

JAPON

JAPON : de Tokyo à Kyoto, en passant par les Alpes japonaises :
Tokyo, la ville contemporaine, ses immeubles à côté des petites rues, des temples et cimetières. Un monde fou et peu de bruit.
Histoire de guerres, de samouraïs, de shoguns et de religions, shintoïsme et bouddhisme.
Paysages luxuriants : montagnes, forêts, rizières, cascades.

« Arigato » à Ogawa Takahisa san, notre guide qui travaille aussi aux traductions de textes publicitaires pour Pierre Hermé au Japon et qui a pu trouver certaines d’entre nous… trop françaises !…

Tokyo : Meiji-jingu : un « torii » de 12 mètres dans un bois vieux de 1500 ans : à l’entrée de ce sanctuaire shintoïste.
Et puis forcément le mont Fuji, aussi impressionnant en vrai qu’en photo et parfaitement visible ce jour-là.
La bambouseraie d’Arashiyama, étonnante par ses couleurs de gris bleuté.
Le sanctuaire de Fushimi Inari et ses allées aux 10 000 torii de ce rouge orange incroyable

IMEC – Georges Didi-Huberman

« Aimer fait travailler » a dit Georges Didi-Huberman lors de l’ouverture, le 4 mai, de cette exposition titrée Tables de montage à l’abbaye d’Ardenne.

Y est montré « l’artisanat », le travail avant l’oeuvre : à partir du découpage des fiches, l’écriture sur ces fiches, avant les livres. Plus de 20 000 existent. 4 000 sont montrées : 2 000 de mots et 2 000 d’images, qui se correspondent.
Une approche très émouvante, un rite qui ouvre le processus de pensée et d’écriture.
Un homme, aussi, émouvant et ému devant cette installation : « Il n’y a qu’ici que cela était possible. »

L’exposition est jusqu’au dimanche 22 octobre 2023, du mercredi au dimanche, de 14 à 18 h

J’adoooore !

Tout le monde s’en fout
et quand je le dis, on se moque,
mais
j’adoooore ( à prononcer comme dans cette chanson de je ne sais plus qui )
la Citroën – Ami.
Elle est toute la SF des années 50.
Elle me fait sourire chaque fois que je la vois
Un feel-good perso sur roues.
Je précise que ce moment publicitaire ne me rapporte rien. Juste, pas pu m’empêcher.

Patrick Declerck – Emmanuel Meirieu

LE
VOL
CAN
SCÈNE NATIONALE
DU HAVRE

SAISON 22/23

LES NAUFRAGÉS

LE BLOC OPÉRATOIRE / EMMANUEL MEIRIEU

vendredi 7 et samedi 8 avril

Un monument pour les fracassés

En 1986, à Nanterre, Patrick Declerck ouvrait la première consultation de psychanalyse destinée aux personnes sans abri. En plus d’un repas chaud, d’un comprimé ou d’une couverture, il voulait donner à ces fous de pauvreté, ces fous de solitude et d’alcool, l’écoute d’un psychothérapeute. « Pendant quinze ans de ma vie, je me suis intéressé aux clochards de Paris. Je les ai suivis dans la rue, dans le métro, les centres d’hébergement, à l’hôpital. J’ai aidé à les soigner. Je pense en avoir soulagé certains. Je sais n’en avoir guéri aucun. »

Lorsqu’Emmanuel Meirieu adapte son récit pour la scène, il le fait exister comme celui d’un explorateur des temps modernes, parti découvrir un continent oublié, abandonné… les grands fonds des sociétés humaines aux coins de nos rues.

Il fait entendre la voix des fracassés, des sans parole et sans mémoire, dans un spectacle percutant comme une gifle, mais aussi bouleversant et poétique. Les personnages viennent se raconter sans fard et sans détour : ils se confient aux spectateurs comme s’ils parlaient pour la première et la dernière fois, et érigent peu à peu un monument à la beauté de ces hommes et femmes fragiles, un hommage qui leur ressemble un peu, vaguement de travers, d’un goût parfois douteux, presque une ruine

Voilà :
ce spectacle passe en fin de semaine.
Hier, au Fitz, les deux hommes étaient interviewés par Florence Lafond.
Ils s’entendent super bien, ça saute aux yeux ; ça fait 7 ans que le spectacle existe en « trois vies, trois décors »  et Declerck dit avoir été  » encore plus impressionné par cette épave » aux Bouffes du Nord que par le voilier dans la halle, la première fois.
Patrick Declerck se présente en atrabiilaire dès les premiers mots, et continue : « Je suis un normal raté. La normalité m’ennuie, mangoisse. Ne comptez pas sur moi pour l’optimisme en général. » (…)  » L’homo-sapiens est l’être le plus monstrueux , cette espèce est une horreur. Le progrès n’existe pas. Malheureusement je suis homo-sapiens » (…) « Il faut combien de Jean-Sébastien Bach pour compenser Auschwitz ? »
Et derrière cette misanthropie affichée pour la collectivité, il y a un homme qui a travaillé pour des personnes laissées pour compte, auprès des « clodos » : «  pour limiter la souffrance. On aide de jour en jour, d’heure en heure, on a prolongé la vie. J’ai une profonde admiration pour eux de parvenir à survivre dans ces conditions. Ils sont une énorme leçon du vivant  » (…)  » Tout ça est fragilissime, précieux. Plus ça semble dérisoire, plus c’est précieux.
Les 
cimetières sont pleins de
winners…« 

 

Meirieu et Declerck se retrouvent sur la nécessité de  » la compassion « .

 

 

 

La vache !

22 August 2019, Schleswig-Holstein, Noer: Cows lie and stand on a pasture of the Lindhof sample with measuring instruments on their backs. The ruminants produce methane, a climate-damaging greenhouse gas. Researchers at the University of Kiel want to reduce methane production by using a mixture of herbs. In return, they tie the livestock to a belt of experimental material. Photo: Carsten Rehder/dpa (Photo by CARSTEN REHDER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP)

« Le géant américain Cargill développe en partenariat avec la start-up britannique Zelp un dispositif en forme de licol. Placé au-dessus des naseaux des vaches, il filtre le méthane pour le transformer en C02, dont l’effet de réchauffement de chaque molécule est bien moindre par rapport à une molécule de méthane. » (…)
« Les premières données sont intéressantes, avec des réductions d’émissions de méthane de moitié », soulignait récemment auprès de l’AFP Ghislain Boucher, responsable du service ruminants chez le fabricant d’aliments pour animaux Provimi (filiale de Cargill). » (Ouest-France 27-10-2021)

« Recours à des races moins émettrices, optimisation des régimes alimentaires, maintien prolongé en production des vaches, captation des émissions du fumier pour les valoriser en biogaz… Autant de leviers que Danone prévoit d’actionner, »(…)
« Danone dit avoir réduit « d’environ 14% » ses émissions de méthane entre 2018 et 2020. » (…)
« Comment compte-t-il faire pour aller plus loin ? Au Maroc, où le groupe collecte du lait auprès de petits producteurs, « il y a énormément de progrès qui peuvent être faits en optimisant la production », a illustré Mme Coombs-Lanot. Concrètement, Danone veut améliorer le rendement laitier de chaque vache. Cela permettra de réduire, à production égale, le nombre d’animaux présents sur une exploitation, et donc les émissions. Il est généralement aussi prescrit d’avancer l’âge auquel les vaches ont leur premier veau, et donc leur lactation, afin de limiter la période pendant laquelle des ruminants sont improductifs. »
(Capital- 17-01-2023)

Comme on se mêle de tout,
comme c’est le salon de l’agriculture,
comme on a vu cette image,

on s’est intéressés au
méthane produit par les vaches quand elles rotent
=
« 40%  du méthane lié aux activités humaines, le reste venant du secteur gazier » (Capital)
Comme d’hab, c’est l’animal qui trinque. Les 60 autres %, on verra plus tard

Le photographe Alain Keler à la Galerne

A l’occasion d’un colloque ( ouvert au public, les 26 et 27 janvier 2023, aux Affaires Internationales de l’Université ), organisé par Anouk Guiné, professeure spécialiste du Pérou, le photographe Alain Keler est de retour au Havre.
Ses deux derniers livres sont sur L’Amérique, celle de New York et la Latine, tous deux parus aux éditions de Juillet installées en Bretagne. Belle couverture toilée, reliure originale, beaux noirs !
Alain Keler a aussi travaillé sur les Roms, sur les ex-pays communistes d’Europe. Beaucoup sur des terrains de guerre ( Pérou – où ses travaux sont censurés – Salvador, Uruguay, Liban, Tchétchénie, etc…). Toujours sur les minorités, sur les populations en difficulté : « Je me suis aperçu que j’allais sur ma propre histoire » dit ce petit-fils d’émigrés polonais déportés et jamais revenus. Passionné de géopolitique, il voit « la photographie comme une manière de vivre, une philosophie à part entière. »