Arno Bertina et Florence Aubenas , le 10 septembre, à La Manufacture des Idées. C’est sur Youtube. Autour de littérature / enquête / journalisme, « aux prises avec le réel » :
Quelques phrases d’Arno Bertina qui permettent de comprendre le pourquoi et le comment de son travail :
– « Ce qui pousse à faire ce type de livres, » c’est qu' »il y a des moments où la vie est humiliée. La littérature parvient à répondre à cette humiliation-là. (…) C’est là pour redresser la vie quand elle est humiliée. (…) La littérature est contre ma propre colère. Ecrire, c’est essayer d’être toujours plus malin »
– « La littérature, c’est une espèce de passion pour ce qui se passe à l’intérieur d’une phrase. La littérature, la création artistique en général, c’est remettre du mystère. »
– » Il est facile de raconter des histoires. Il est plus difficile de les habiter vraiment. Si, par exemple, vous voulez raconter une histoire d’amour, il y a à la connecter avec votre propre mélancolie. »
– « J’écris par claustrophobie » (…) « pour me démultiplier, pour essayer d’atteindre le fou qui est en moi, que je censure tout le temps. »


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Jeudi 8 septembre, commence Arty Show : un salon des lunetiers proposé depuis plusieurs années par Stéphane Brasse, de Rue des Ateliers. Jeudi soir, à partir de 18h, Rue du Départ sera là. Ce sera l’occasion de voir au Havre ses deux collections, Voyage noir et Voyageur, ensemble. De voir la qualité des maquettes, des couvertures et, bien sûr de ce qu’il y a dedans. A raison d’un ou deux livres par an, Rue du Départ se constitue, s’affirme.
Un salon qui a lieu dans un superbe magasin de mobilier contemporain, Roche-Bobois.
Un feu d’origine inconnue, paru chez Autrement en 2014 et en poche chez le même éditeur en 2022, traduit par Sabine Porte, est la Pièce Unique n° 157. Daniel Woodrell, souvent édité en France en Rivages/noir, écrit là une histoire basée sur un fait réel : l’explosion, en 1928, d’un dancing dans une petite ville du Missouri. Ce n’est pas une enquête mais des pistes possibles apparaissent tout au long du texte, avant un dévoilement final. Des personnages forts, une belle écriture. Plus intéressant encore, le versant social du livre : la crise économique, la place du religieux, du corps, et de chacun dans la communauté, le fait qu’on ait plus ou moins su qui était coupable mais…

[LES RENDEZ-VOUS D’ARTHUR DE L’ETE]
Freshkills est paru au Québec en 2019, puis à la Contre-allée et enfin chez Pocket. Lucie Taïeb est chercheuse en littérature, travaille la question de la mémoire. Mémoire de la dictature argentine, de la Shoah et, avec ce livre, de l’aboutissement de notre société de consommation : ses déchets. Fresh kills est le nom d’une décharge à Staten Island, créée en 1948 pour trois ans, continuée jusqu’en 2001, après le 11 septembre. Freshkills est le nom qu’on donne au lieu maintenant que l’on veut en faire un parc, un lieu sain, agréable. Transformation du nom – minime certes, juste un écart enlevé – mais efficace pour dissimuler l’histoire et la vraie composition du sol, pour faire croire à une « nature ».
Freshkills a été offert à Christian Girault, une des chevilles ouvrières de Pirouésie, comédien, chanteur baroque. Cette année, il nous a entraînés dans Le bourgeois versifié, le Bourgeois gentilhomme « traduit » en alexandrins par l’oulipien Jacques Jouet. Un atelier de mise en voix qui s’achevait… en spectacle avec la chorale éphémère d’Emmanuelle Dubost. Et pour corser encore la chose, en présence de l’auteur…