Chat Bleu : mai 2022- 1)

Soutenus par un vin rouge du Val de Loire, un Gamay ou un rosé Côte de Gascogne,
nous avons parlé de livres étrangers :

L’effondrement d’Hans Erich Nossack (1901-1977) aux éditions genevoises Héros-Limite, 2021. Traduit de l’allemand par J.P. Boyer et Silka Hass. Ce texte, paru pour la première fois en France en 1949, dans la revue des Temps modernes, fait partie de la « littérature des ruines ». Ecrit à chaud, après le bombardement de sa ville, Hambourg. Un des rares livres à documenter cela. Nossack était un homme de gauche et il évacue le problème de vaincus victimes / vainqueurs haïssables. Il rend compte de ce qu’il voit, ressent, comprend de la situation et des réactions des sinistrés.
P. 25 : « Un temps sans masques commença ; les déguisements habituels tombèrent d’eux-mêmes », P. 33 :  » L’abime était tout près de nous, oui, peut-être au-dessous de nous, et nous ne planions au-dessus que par quelque grâce.  » (…)  » C’était davantage un accroupissement anormal. » . Une forme de torpeur et des gestes surréalistes comme cette femme faisant ses carreaux dans un paysage en ruine ou ces gens assis à leur balcon. Une lecture parallèle à ce qui se passe aux portes de l’Europe.

La mort et la belle vie de Richard Hugo, en 10-18. Paru aux USA en 1991, traduit par Michel Lederer : le seul roman de cet auteur de poésie, mort en 1982. Un roman policier en deux parties, un peu-beaucoup déjanté dans l’une d’elles, qui se passe au Montana avec un enquêteur qu’on aurait aimé retrouver dans d’autres aventures, un Kurt Wallander américain.
P. 16-17 : « Si vous tenez à ce que ce soit un bon policier, ou du moins un policier expérimenté qui s’occupe de l’affaire, vous avez de la chance que je me trouve là. » (…) Par contre, si vous souhaitez un vrai flic, un dur, vous avez frappé à la mauvaise porte. (…) Le fait que j’aie étudié trois ans à l’Université de l’Etat de Washington pour obtenir un diplôme de création littéraire n’arrangeait rien »…

Ce lien entre nous de David Joy, paru aux USA en 2018, en France chez Sonatine en 2020, et maintenant en 10-18. Traduit par Fabrice Pointeau.
François Busnel dit de David Joy : « Jeune prodige et futur classique ».
Gallmeister aurait pu le prendre dans son catalogue.
Bref, c’est bien.
On est en Caroline du Nord dans un hameau. Les personnages sont des petits Blancs touchés par le système économique. P 60 : « un jour il avait eu une attaque. Et quelques jours plus tard, il en avait eu une autre. Elles étaient arrivées de nulle part et lui avaient pris tout ce qu’il avait ».
Le point de départ est un accident, une erreur. Suit une vengeance. Mais rien de manichéen dans les personnages ; le méchant n’est pas d’un seul tenant. La religiosité est là et on pense à Flannery O’Connor.

Chat Bleu : avril 2022- 2)

Et comme ce n’est pas parce qu’on lit qu’on ne s’intéresse pas au monde, on a parlé de
Les abeilles grises d’Andreï Kourkov, traduit par  Paul Lequesne, éditions Liana Levi, 2022. Kourkov est Ukrainien, russophone. Ce livre est un road-movie : on passe du Donbass à la Crimée avec deux amis d’enfance dont un apiculteur qui veut que ses abeilles vivent mieux. Sur le trajet, des rencontres. Entre poésie et philosophie, de l’absurde qui fait penser à Beckett. Sans parti pris.

Présentés par Françoise B. qui connaît l’auteur : deux livres de Raphael Jerusalmy : Evacuation juste sorti en poche, chez Babel : un temps de guerre entre Israéliens et Palestiniens mais sans date. On évacue complètement Tel Aviv. Trois personnes refusent de partir et parcourent la ville vidée. Parmi elles, un homme âgé avec Molloy sous le bras. Décidément, Beckett va bien avec tous les moments problématiques.
In Absentiason dernier livre qui vient de sortir chez Actes Sud. Pendant la guerre de 1939-1945, un écrivain communiste, résistant, est raflé. Il passe d’Auschwitz au Struthof en Alsace où un médecin a demandé qu’on lui envoie 90 juifs. Le personnage est protégé s’il fait ce qui lui est demandé…
Jerulsamy est un homme multiple. Fils de juifs marocains arrivés en France dans les années 60, il a étudié à Normal sup, a fait son alyah, est passé par un kibboutz, a fait partie de tsahal, vendu des livres anciens, vit à Tel-Aviv.

Le dernier Jon Kalman Stefansson : Ton absence n’est que ténèbres, toujours traduit par Eric Boury : certains adorent, d’autres moins, du fait des histoires mêlées et des époques qui se télescopent.
Ultramarins de Mariette Navarro, édition Quidam 2021 : une femme aux commandes d’un cargo. M : « ce livre ne ressemble à rien de connu, j’adore »
Reine du réel – Lettre à Griselidis de Nancy Huston, aux éditions Nil, 2022. Une très jolie édition sur cette femme étonnante, peintre, prostituée, écrivaine (1929-2005) dont les livres sont trouvables chez Verticales.
Fragmentation de Patricia Farazzi, éditions de l’Eclat, 2022 : 30 chapitres, 30 années du XXème siècle dans l’Amérique latine et ses dictatures.
Vivre avec nos morts petit traité de consolation de Delphine Horvilleur, 2021, éditions Grasset : être rabbin, c’est vivre avec la mort.
Ci-gît l’amer de Cynthia Fleury, Gallimard 2020 : guérir du ressentiment.
Le journal de mon jardin de Vita Sackville-West (1892-1962), édition Klincksiek, collection de natura rerum, illustré, 2017. Traduction de Patrick Reumaux : Sissinghurst, dans le Kent, est aujourd’hui le jardin anglais le plus visité.

Au jeudi 12 mai, 18h, si cela vous tente

Chat Bleu : avril 2022 -1)

Les livres étaient, cette fois, accompagnés d’un Côte du Rhône en vieilles vignes fort bon.
– Grande couronne  de Salomé Kiner, éditions Christian Bourgois, 2021.
Libération avait publié les premières pages de ce premier roman en septembre et elles fonctionnaient. Le ton est plein d’humour. Le personnage, une adolescente de banlieue, dans les années 90, raconte ses envies de marques, ce que cela l’amène à faire, ce que vivent aussi sa famille et ses amies. C’est percutant et drôle même quand ça pourrait être dur ou sordide.
– Dernière station avant l’autoroute d’Hugues Pagan, 1997, Rivages noir. Prix Mystère de la Critique 1998.  A l’occasion de la sortie de son dernier roman, La carré des indigents, on trouve réimprimés certains de ses textes précédents. Son personnage, flic de la nuit, est fatigué, sans illusions, quasi fini, limite cliché. Mais la langue est belle et décrit bien et le parcours de  ce « lonesome cowboy »,et l’état de la police, de ses locaux, matériels et agents.
– Un essai de Georges Didi-Huberman : Le témoin jusqu’au bout, éditions de Minuit, 2022, évoque le philologue juif Victor Klemperer (1881-1960), l’auteur de la L T I  – Langue du IIIème Reich, paru en 1947 et d’un Journal clandestin tenu de 1933 à 1945, publié en Allemagne en 1995. Ces  textes analysent  la langue, son évolution sous le totalitarisme.  Ce qu’elle dit, comment elle le dit et combien peu de gens se rendent compte de sa violence, de ses transformations et de leur impact.
Et on peut, sans problème, faire le parallèle avec d’autres langues, dans d’autres pays, à d’autres moments : la langue du management dans nos sociétés – voir Sandra Lucbert : Personne ne sort les fusils, Seuil, 2021 – ou celle d’un pays actuellement agresseur par exemple .

La suite de la soirée  bientôt.
Le prochain Chat Bleu est prévu le 12 mai.

Chat Bleu : mars 2022 – 2)

On a ensuite évoqué des grandes fresques, des sagas, des gros livres qui nous plongent dans d’autres lieux, d’autres milieux, d’autres époques. Quelqu’un a commencé et les titres sont venus les uns après les autres : plaisirs d’histoires dépaysantes, au long cours, qui nous empoignent :
– Les Dukay de Lajos Zilahy, traduit du hongrois par Pierre Singer, Folio : se passe dans l’empire austro-hongrois, de 1919 à 1940.
– saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard, traduction d’Anouk Neuhoff, Folio. 4 tomes existent en français, un 5è n’est pas encore traduit : de la première à la deuxième guerre mondiale, une grande famille d’industriels anglais.
– La garde blanche de Mikhaïl Boulgakov , traduit par Claude Ligny, éd Robert Laffont, Papillons poche : fin 1918, l’Ukraine devient le refuge des Russes blancs. C’est écrit en 1923-24. Staline adorait (parait-il).
Le grand monde de Pierre Lemaitre : son dernier : une famille opulente à Beyrouth dans les années 50 doit s’exiler. On peut de plus en plus le comparer à Alexandre Dumas. En plus politique.
– Les hommes de Laurent Mauvignier, éd Minuit. Livre moins épais mais parlant à travers un homme, dans un village français, après, de l’histoire de la guerre d’Algérie.
– Le clan des Otori, de Lian Hearn, traduit par Philippe Giraudon, éditions Picquier : , aventures au Moyen-âge, au Japon
– La pierre et le sabre d’Eiji Yoshikawa, traduit par Léo Dilé, éd . Picquier : Cape et épée dans le Japon du XVII ème siècle.

– On a reparlé du Goncourt 2022 : La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey / Jimsaan : « ambitieux, intelligent. » « Une réflexion sur ce qu’est écrire. Une tentative de mêler des mondes : on passe d’Afrique à Paris et Buenos Aires. » « Une belle partie finale et des personnages féminins magnifiques. »
et quelques livres très récents :
– Seyvoz de Maylis de Kerangal et Joy Sorman aux éditions Inculte. Livre à deux voix sur le barrage de Tignes. Deux écritures de couleurs différentes, au sens propre et au sens figuré.
La décision de Karine Tuil, chez Gallimard : histoire de juges antiterroristes. « une écriture efficace »

Enfin, un livre d’art : L’arrivée du printemps- Normandie 2020, éd Royal Academy, peintures de David Hockney, préface de William Boyd. Fait sur iPad, envoyé sur iPhone au moment du confinement.

Rendez-vous jeudi 28 avril, 18h au Chat Bleu

Chat Bleu : mars 2022 – 1)

Un vin rouge, un Graves du Château Simon et un super fromage d’un petit producteur local « la bonne Cauchoise », ont accompagné des livres du bout du monde :

– Jetés aux ténèbres, de Sandrine Berthet, éditions du Sonneur, 2021 :
Septembre 1872, le premier navire amenant des communards en Nouvelle-Calédonie arrive. Nous sommes dans le bateau avec le personnage-narrateur et nous le suivons le temps de sa peine. Hyper-documenté, ce premier roman d’une jeune femme qui a vécu là nous fait voir et comprendre les conditions de vie des prisonniers, des colons et des Canaques. Nous suivons par exemple Louise Michel, amenée plus tard. Elle « profite » de sa déportation pour étudier faune, flore et « naturels », donne des cours à leurs enfants, poursuit son engagement. Nous voyons arriver les familles de bagnards autorisées à les rejoindre, des Kabyles qui se sont opposés au gouvernement français en Algérie. Nous sommes informés de la manière dont l’armée mate les tribus qui ont de moins en moins de place sur leur terre.
– Le livre de la Jamaïque de Russell Banks, 1980, traduit par Pierre Furlan, 1991 Actes Sud. Aussi en 10-18 : Le point de départ du livre est un fait divers : le meurtre d’une femme noire dont Errol Flynn, propriétaire sur l’île, a été un temps soupçonné. Puis on s’échappe de ce prétexte. Johnny, alias Russell Banks, revient plusieurs fois, de plus en plus longtemps. Il passe de la Jamaïque du littoral, celle des Blancs richissimes et terrorisés de perdre leurs biens, à celle des Noirs qui vivent dans la misère à l’intérieur des terres. Il choisit son camp, s’enfonce dans l’île, rencontre des ancêtres des Marrons et participe à leur vie.
On n’est jamais déçus par un Russell Banks !
– Ce que cela coûte de W.C.Heinz, 2019, éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson. Le livre était sorti en 1958 aux Etats-Unis.
Quand on choisit un volume de cette maison d’édition, on le fait aussi – ou d’abord – du fait de son esthétique … enfin, je parle pour moi… Celui-ci, son côté carnet genre Moleskine, ses coins arrondis, sa couleur, sa matière ( La couverture est en Remake Leather de 250 g, qui dans sa chair de papier compte un quart de particules de cuir, ce qui va de soi. ») en font un objet à la limite du régressif… Bref, il est beau. Il donne envie de l’avoir à tout tsundoku normalement constitué…
Mais évidemment, il y a plus que l’apparence : Heinz (1915-2008) a été un des premiers écrivains du « Nouveau journalisme » dont on connaît mieux Truman Capote, Hunter S. Thompson et Tom Wolfe par exemple. Là, un journaliste sportif accompagne un boxeur juste avant un championnat. Et c’est une approche sociologique de ce sport : les champions, les bons mais inconnus, les Noirs, les Blancs, les anciens, les managers, le public. L’avant-dernier chapitre est le moment du combat et, même si on n’est pas fans de ce sport, on est captivés.

La suite de la soirée, bientôt.
Le prochain Chat Bleu a priori le jeudi 28 avril, 18 h.

Chat Bleu : février 2022- 2)

La deuxième partie de soirée était beaucoup en lien avec Le goût des autres qui venait d’avoir lieu. David Diop, Christine Angot, Clara Dupont-Monod étaient invités et c’est d’eux que certaines ont parlé.
   Frère d’âme, au Seuil , raconte la réaction d’un tirailleur sénégalais qui, à la guerre de 14, perd son « frère d’âme » . Lu magistralement par un comédien lors du festival.
    Le voyage dans l’Est, édition Flammarion. Christine Angot travaille sur son concept comme un navire continue à avancer sur son erre. Témoignage ou objet littéraire ? Cela divise.
   S’adapter chez Stock, prix Fémina et prix Landerneau : comment les membres d’une famille réagissent à la naissance d’un enfant différent. Sans pathos, sans prénom (« le père », l’aîné » …). Les pierres des maisons du hameau parlent et sont un personnage.

De là, sont venus d’autres titres en lien avec le soin, la femme ou la société :
   Murène, roman de Valentine Goby, Actes Sud : un homme électrocuté est amputé des bras et nage ainsi : le début d’handi-sport.
   A la folie, beau texte documentaire de Joy Sorman, Flammarion : son immersion dans un service psychiatrique.
Le choeur des femmes de Martin Winckler, éd. P O L 2011, adapté en roman graphique par Aude Mermilliod, éditions Le Lombard 2021 ; le travail du gynécologue vu du point de vue masculin.
La fin de l’amour d’Eva Illouz : étude sociologique passionnante qui met en évidence le rapport homme/femme à travers le système économique.
La femme ourse, roman de Karolina Ramqvist, éditions Buchet-Chastel 2021 : une auteure, mère de 4 enfants, débordée, raconte l’histoire – réelle – d’une femme laissée sur une île déserte de l’Atlantique en 1541.

On a également réinsisté sur Jon Kalman Stefansson avec son D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, et  Asta. Traduit par Eric Boury, presque tout est trouvable en Folio.

Prochain Chat Bleu prévu le 17 mars à partir de 18h.

Chat Bleu : février 2022 – 1)

En dégustant cette fois un Planteur maison, quatre mois de macération ou un vin de Kiwi de « Le Petit Alcoolier », producteur installé près de Dieppe, nous avons parlé de :

  • Les idées noires de Laure Gouraige,
    éditions P O L, 2022 :
    sur la première page, une seule phrase : « Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire. ». Du fantastique ? Un texte à la Kafka ? Non, enfin… oui mais non. C’est plus quotidien, plus sociologique. C’est beaucoup plus amusant aussi. La narratrice est contactée par une radio pour parler du racisme auquel elle doit faire face. Et, dans un sens, ce n’est qu’à ce moment que lui apparaît sa couleur. D’autant que le problème ne se pose pas comme ça. Quoique… P.17 :  » Je cherche un Noir, je cherche un vrai Noir. Première erreur, vous n’êtes pas une vraie Noire. D’ailleurs vous êtes pas Noire du tout » (…) » Votre pull, oui. Incontestablement, votre main n’est pas de la couleur de votre pull. » (…) « A strictement parler, noir ne désigne pas une couleur. » dit le dictionnaire (…) « C’est pire que prévu, noir c’est du vent. ».
     Le livre commence à Paris, se poursuit en Floride avec  » des palmiers de riches et des palmiers de pauvres. », dans la famille, sur une autoroute, dans un commissariat : P. 119 : « …un cube bleu ciel à deux étages, défraîchi, seul sur le bord de la route, coincé entre deux palmiers harassés. Vous n’êtes clairement pas là où ça se passe, on vous a amenée au rebut » (…) » … la mocheté est comparable aux bâtiments du service public français. ». Là aussi, il faut entrer dans une case, qu’on puisse vous répertorier et là aussi, rien ne correspond.
    Et ça ne correspond pas plus, pour de tout autres raisons, dans le dernier tiers du livre, en Haïti.
    De l’humour donc pour parler de notre société, de nos habitudes de classement, de notre racisme. Un texte super enthousiasmant !
    – Au bord de la Sanda de Gyrdir Eliasson. Paru en 2007 en Islande et traduit pour les éditions La Peuplade par Catherine Eyjolfsson. Deuxième opus d’une trilogie. Nous avions déjà parlé d’un Eliasson où le personnage était écrivain, restant dans une maison prêtée pour travailler. Ici, il s’agit d’un peintre qui, lui aussi, se place en marge du monde. Le 3ème qui vient de sortir en France évoque un musicien. Le processus de création, le caractère peu amène de l’artiste, le besoin de s’isoler, se retrouvent dans les trois textes.
    – Dans la gueule de l’ours de James McLaughlin, traduit par Brice Matthieussent. En poche maintenant, ce Prix Edgar Allan Poe du Premier Roman en 2019 et Grand Prix de Littérature policière 2020 appartient à plusieurs genres : roman noir, un peu fantastique aussi et surtout Nature writing. On l’aurait d’ailleurs bien vu édité par Gallmeister. Mais non. Ce sont les éditions Rue de l’Echiquier qui s’y sont intéressées. Un homme recherché par un cartel mexicain trouve refuge dans une réserve privée des Appalaches en tant que garde-forestier. Des hommes genre red-necks-électeurs-de-Trump y pénètrent, y chassent. Il doit intervenir. La végétation, le relief, les animaux sont des personnages à part entière. Et c’est fort.
  • Deuxième partie de la soirée très vite et
  • prochain Chat Bleu prévu le jeudi 17 mars

Chat Bleu : janvier 2022 -2)

Ensuite, ce jeudi, on  a surtout pointé des livres français, voire régionaux  avec :
– Philippe Besson : Paris-Briançon, Julliard 2022 : l’intrigue se passe, comme chez Hiro Arikawa, dans un train. Mais un train de nuit. Besson se sert du huis-clos pour créer le mystère : on ne maîtrise pas son destin.
– Un homme d’Ouessant d’Henri Queffelec (1910-1992) : un livre de 1953, « magistral, puissant » sur une Bretagne dure, miséreuse.
– Armen de Jean-Pierre Abraham (1936-2003) : « un très beau livre » dans lequel Abraham raconte sa vie de gardien de phare
Après la Bretagne, la Normandie :  Une enfance havraise, chronique des années 50  de Vincent Colin, aux éditions L’Harmattan, 2021. La carte, la crème et les hannetons  de Christophe Wargny, aussi sur les années d’après-guerre, le quotidien. Ma grand-mère paysanne, ccontes normands, parus en 1954, de Jehan Le Povremoyne (1903-1970).

On a visité les « grands », mais autrement, avec :
– Balzac et moi de Titiou Lecoq, journaliste, féministe, au Livre de poche en 2021 : le Balzac bourreau de travail  parce que toujours sans argent. Dandy comme Baudelaire.
Crénom, Baudelaire ! de Jean Teulé, en J’ai lu, 2021. Dandy détestable. Sa fascination pour le néant.

Et aussi :
– La carte postale d’Anne Berest, 2021, Grasset. Une histoire familiale, la recherche de ce qui s’est passé.
– Le cerf-volant de Laetitia Colombani , 2021, Grasset : une femme va enseigner en Inde auprès d’enfants très défavorisés.
– Le service des manuscrits d’Antoine Laurain, Flammarion 2020, maintenant en J’ai Lu : une éditrice reçoit un manuscrit. Elle ne sait pas de qui. Des meurtres ont lieu et tout se passe comme dans le livre.

On est enfin repartis vers l’international :
– Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse, 2019, éditions Noir sur Blanc : sur Vivian Maier (1926-2009), cette femme américaine qui a photographié pendant des années sans jamais montrer, et dont le travail a été découvert après sa mort.
– La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey (Paris) et Jimsaan (Dakar). Prix Goncourt 2021  : sur l’écriture, un face à face entre Afrique et Occident.
– La force des femmes de Denis Mukwege, 2021, éditions Gallimard : ce gynécologue et chirurgien témoigne de ce que vivent les femmes en R D C où le viol est utilisé comme arme de guerre.
–  Clara et le soleil de Kazuo Ishiguro, traduction de Anne Rabinovitch, 2021, Gallimard : des amies artificielles à vendre, la « vie » de l’une d’elles.

Un Chat Bleu ? Le 24 février, vous venez ?

Chat Bleu : janvier 2022 – 1)

Un Chat Bleu sous le signe de l’ailleurs :
par ses vins : Nsenga avait choisi un rouge, grenache espagnol, dans le fruit, pas si charpenté. Un mono-cépage, à 30% vieilli en tonneau de chêne : La Maldita.
Le blanc, bio, Magda, du domaine Besombes, était de la côte catalane française. Plutôt sec, un peu minéral.
Ils accompagnaient un super cake au reblochon et petites graines, torréfiées dans le four solaire de l’entreprise Néo Loco.

par les livres : deux Américains et un Japonais.
Le visage de pierre de William Gardner Smith (1927-1974), éditions Christian Bourgois, 2021, paru aux USA en 1963. Traduction de Brice Matthieussent. Le personnage, Afro-américain, vient vivre en France au début des années 50. Il y trouve une vie agréable : sa couleur ne le pénalise pas. Il s’aperçoit par contre que les Français se montrent aussi racistes vis-à-vis des Algériens que les Blancs américains vis-à-vis de lui. Il rend compte entre autres de la manifestation du 17 octobre 1961 ( ce qui explique, sans doute, le tardif de la publication française… ).
Il s’agit d’un roman mais clairement documenté par le vécu de l’auteur qui a rencontré, à Paris, Baldwin et Wright.
Le titre renvoie au visage du Blanc, raciste, haineux.

Tu ne désireras pas de Jonathan Miles, éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit par J.Ch. Khalifa, 2021. Ce roman, trois histoires mêlées, a été édité en 2013 aux USA. Nous sommes côte Est, dans trois ambiances différentes : avec un universitaire presque obèse séparé de sa femme, un jeune couple qui squatte à New-York, une veuve du 11 septembre remariée à un homme d’affaires un peu « beauf » et véreux. On rit assez souvent, par exemple du jeune voisin dont hérite le prof de fac, On comprend son père, érudit, atteint d’Alzheimer, dans sa maison de retraite. On reconnaît la façon dont certains jeunes parlent à leurs aînés avec la belle-fille du business-man. On frémit pour elle à un autre moment.
Tu ne désireras pas est un bon roman qui place le lecteur face à des milieux aux idéaux opposés, dans une société qui jette et ne sait quoi faire de ses déchets, nucléaires ou quotidiens. Remarquez le choix esthétique de l’éditeur : le livre est broché, recouvert de tissu imprimé.
– Au prochain arrêt de Hiro Arikawa, traduit par Sophie Refle, chez Actes Sud, 2021 : un trajet de train nous permet d’entrer dans la société japonaise d’aujourd’hui, de comprendre la relation amoureuse, la place de la personne âgée, et ce qui est gênant socialement. Très facile à lire et intéressant.

Prochain Chat Bleu prévu le 24 février.

Chat Bleu : décembre 2021

Déjà, des dates : si covid, omicron et autres virus nous laissent tranquilles, retrouvons-nous  les 20 janvier, 24 février et 24 mars

En décembre, Nsenga nous recevait avec des « vins du monde », un rouge austral, cépage shiraz, koala sur l’étiquette, et un blanc d’Afrique du Sud, chenin, orné d’une baleine !

livres du monde aussi :
– L’île de Sigridur Hagalin Björnsdottir, traduit par Eric Boury, éditions Gaïa, Paru en 2016 en Islande, en 2018 en France : un événement a eu lieu : l’Islande est coupée du monde, plus d’internet, plus de navires ni d’avions arrivant, pas de nouvelles de ceux qui sont partis. On n’en saura pas plus sur le pourquoi mais on verra ce que cela crée : ceux qui en profitent, ceux qui en souffrent, ce qui manque, les métiers (de la culture) qui n’ont plus d’utilité, la montée de la violence, du nationalisme …
– La fracture de Nina Allan, éditions Tristram, traduit par Bernard Sigaud : cette auteure anglo-saxonne dont nous avons lu aussi et beaucoup aimé La course, place son lecteur dans plusieurs genres en même temps : policier, fantastique. Une jeune fille disparaît. Plusieurs années plus tard, elle est de nouveau là et ce qu’elle raconte pose problème à sa soeur, à sa mère…
– En attendant Eden d’Elliot Ackerman, éditions Gallmeister, traduit par Jacques Mailhos. Dans la veine de Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, un livre qui remue, anti-militariste, écrit par quelqu’un qui connaît bien la guerre. Ackerman, né en 1980, est un ancien marine, membre des forces spéciales, revenu de missions en Afghanistan et en Irak.
Et encore :
– Le maître et Marguerite de Boulgakov (1890-1940), pas dans la nouvelle traduction d’André Markowicz : » l’histoire de Faust mais sous Staline, avec un diable foutraque, un bazar joyeux », dit A.
– La neige sous la neige d’Arno Saar, traduit de l’italien par Patrick Vighetti, éditions La Fosse aux Ours : un polar qui commence avec le corps d’une jeune femme trouvé sous la neige à Talinn.
– Soleil amer de Lilia Hassaine, 2021, Gallimard. Une femme algérienne rejoint son mari qui travaille en France. Ils ont déjà trois enfants ; des jumeaux s’annoncent et ils n’ont pas les moyens…
– Les greniers de Babel de Jean-Marie Blas de Roblès, éditions Invenit, 2012 : rafraîchissant, pour toutes générations et plein de références.
– Pachinko de Min Jin Lee, traduit par Laura Bourgeois, éditions Charleston : histoire sur plusieurs générations d’une famille coréenne qui s’installe au Japon.
– La saga des 7 soeurs, en 7 tomes, de Lucinda Riley, aussi aux éditions Charleston.
– La passe-miroir, de Christel Dabos, Gallimard jeunesse : roman d’apprentissage 4 tomes.
Ces trois derniers livres nous sont présentés par Eline, qui, devenue influenceuse sur Instagram, nous a rejoints ce soir-là et c’était super. Comme l’a dit Nsenga : « une autre génération, d’autres livres, d’autres raisons de lire et d’autres moyens d’en rendre compte… »