Chat Bleu : mars 2022 – 1)

Un vin rouge, un Graves du Château Simon et un super fromage d’un petit producteur local « la bonne Cauchoise », ont accompagné des livres du bout du monde :

– Jetés aux ténèbres, de Sandrine Berthet, éditions du Sonneur, 2021 :
Septembre 1872, le premier navire amenant des communards en Nouvelle-Calédonie arrive. Nous sommes dans le bateau avec le personnage-narrateur et nous le suivons le temps de sa peine. Hyper-documenté, ce premier roman d’une jeune femme qui a vécu là nous fait voir et comprendre les conditions de vie des prisonniers, des colons et des Canaques. Nous suivons par exemple Louise Michel, amenée plus tard. Elle « profite » de sa déportation pour étudier faune, flore et « naturels », donne des cours à leurs enfants, poursuit son engagement. Nous voyons arriver les familles de bagnards autorisées à les rejoindre, des Kabyles qui se sont opposés au gouvernement français en Algérie. Nous sommes informés de la manière dont l’armée mate les tribus qui ont de moins en moins de place sur leur terre.
– Le livre de la Jamaïque de Russell Banks, 1980, traduit par Pierre Furlan, 1991 Actes Sud. Aussi en 10-18 : Le point de départ du livre est un fait divers : le meurtre d’une femme noire dont Errol Flynn, propriétaire sur l’île, a été un temps soupçonné. Puis on s’échappe de ce prétexte. Johnny, alias Russell Banks, revient plusieurs fois, de plus en plus longtemps. Il passe de la Jamaïque du littoral, celle des Blancs richissimes et terrorisés de perdre leurs biens, à celle des Noirs qui vivent dans la misère à l’intérieur des terres. Il choisit son camp, s’enfonce dans l’île, rencontre des ancêtres des Marrons et participe à leur vie.
On n’est jamais déçus par un Russell Banks !
– Ce que cela coûte de W.C.Heinz, 2019, éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson. Le livre était sorti en 1958 aux Etats-Unis.
Quand on choisit un volume de cette maison d’édition, on le fait aussi – ou d’abord – du fait de son esthétique … enfin, je parle pour moi… Celui-ci, son côté carnet genre Moleskine, ses coins arrondis, sa couleur, sa matière ( La couverture est en Remake Leather de 250 g, qui dans sa chair de papier compte un quart de particules de cuir, ce qui va de soi. ») en font un objet à la limite du régressif… Bref, il est beau. Il donne envie de l’avoir à tout tsundoku normalement constitué…
Mais évidemment, il y a plus que l’apparence : Heinz (1915-2008) a été un des premiers écrivains du « Nouveau journalisme » dont on connaît mieux Truman Capote, Hunter S. Thompson et Tom Wolfe par exemple. Là, un journaliste sportif accompagne un boxeur juste avant un championnat. Et c’est une approche sociologique de ce sport : les champions, les bons mais inconnus, les Noirs, les Blancs, les anciens, les managers, le public. L’avant-dernier chapitre est le moment du combat et, même si on n’est pas fans de ce sport, on est captivés.

La suite de la soirée, bientôt.
Le prochain Chat Bleu a priori le jeudi 28 avril, 18 h.

Chat Bleu : février 2022- 2)

La deuxième partie de soirée était beaucoup en lien avec Le goût des autres qui venait d’avoir lieu. David Diop, Christine Angot, Clara Dupont-Monod étaient invités et c’est d’eux que certaines ont parlé.
   Frère d’âme, au Seuil , raconte la réaction d’un tirailleur sénégalais qui, à la guerre de 14, perd son « frère d’âme » . Lu magistralement par un comédien lors du festival.
    Le voyage dans l’Est, édition Flammarion. Christine Angot travaille sur son concept comme un navire continue à avancer sur son erre. Témoignage ou objet littéraire ? Cela divise.
   S’adapter chez Stock, prix Fémina et prix Landerneau : comment les membres d’une famille réagissent à la naissance d’un enfant différent. Sans pathos, sans prénom (« le père », l’aîné » …). Les pierres des maisons du hameau parlent et sont un personnage.

De là, sont venus d’autres titres en lien avec le soin, la femme ou la société :
   Murène, roman de Valentine Goby, Actes Sud : un homme électrocuté est amputé des bras et nage ainsi : le début d’handi-sport.
   A la folie, beau texte documentaire de Joy Sorman, Flammarion : son immersion dans un service psychiatrique.
Le choeur des femmes de Martin Winckler, éd. P O L 2011, adapté en roman graphique par Aude Mermilliod, éditions Le Lombard 2021 ; le travail du gynécologue vu du point de vue masculin.
La fin de l’amour d’Eva Illouz : étude sociologique passionnante qui met en évidence le rapport homme/femme à travers le système économique.
La femme ourse, roman de Karolina Ramqvist, éditions Buchet-Chastel 2021 : une auteure, mère de 4 enfants, débordée, raconte l’histoire – réelle – d’une femme laissée sur une île déserte de l’Atlantique en 1541.

On a également réinsisté sur Jon Kalman Stefansson avec son D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, et  Asta. Traduit par Eric Boury, presque tout est trouvable en Folio.

Prochain Chat Bleu prévu le 17 mars à partir de 18h.

Chat Bleu : février 2022 – 1)

En dégustant cette fois un Planteur maison, quatre mois de macération ou un vin de Kiwi de « Le Petit Alcoolier », producteur installé près de Dieppe, nous avons parlé de :

  • Les idées noires de Laure Gouraige,
    éditions P O L, 2022 :
    sur la première page, une seule phrase : « Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire. ». Du fantastique ? Un texte à la Kafka ? Non, enfin… oui mais non. C’est plus quotidien, plus sociologique. C’est beaucoup plus amusant aussi. La narratrice est contactée par une radio pour parler du racisme auquel elle doit faire face. Et, dans un sens, ce n’est qu’à ce moment que lui apparaît sa couleur. D’autant que le problème ne se pose pas comme ça. Quoique… P.17 :  » Je cherche un Noir, je cherche un vrai Noir. Première erreur, vous n’êtes pas une vraie Noire. D’ailleurs vous êtes pas Noire du tout » (…) » Votre pull, oui. Incontestablement, votre main n’est pas de la couleur de votre pull. » (…) « A strictement parler, noir ne désigne pas une couleur. » dit le dictionnaire (…) « C’est pire que prévu, noir c’est du vent. ».
     Le livre commence à Paris, se poursuit en Floride avec  » des palmiers de riches et des palmiers de pauvres. », dans la famille, sur une autoroute, dans un commissariat : P. 119 : « …un cube bleu ciel à deux étages, défraîchi, seul sur le bord de la route, coincé entre deux palmiers harassés. Vous n’êtes clairement pas là où ça se passe, on vous a amenée au rebut » (…) » … la mocheté est comparable aux bâtiments du service public français. ». Là aussi, il faut entrer dans une case, qu’on puisse vous répertorier et là aussi, rien ne correspond.
    Et ça ne correspond pas plus, pour de tout autres raisons, dans le dernier tiers du livre, en Haïti.
    De l’humour donc pour parler de notre société, de nos habitudes de classement, de notre racisme. Un texte super enthousiasmant !
    – Au bord de la Sanda de Gyrdir Eliasson. Paru en 2007 en Islande et traduit pour les éditions La Peuplade par Catherine Eyjolfsson. Deuxième opus d’une trilogie. Nous avions déjà parlé d’un Eliasson où le personnage était écrivain, restant dans une maison prêtée pour travailler. Ici, il s’agit d’un peintre qui, lui aussi, se place en marge du monde. Le 3ème qui vient de sortir en France évoque un musicien. Le processus de création, le caractère peu amène de l’artiste, le besoin de s’isoler, se retrouvent dans les trois textes.
    – Dans la gueule de l’ours de James McLaughlin, traduit par Brice Matthieussent. En poche maintenant, ce Prix Edgar Allan Poe du Premier Roman en 2019 et Grand Prix de Littérature policière 2020 appartient à plusieurs genres : roman noir, un peu fantastique aussi et surtout Nature writing. On l’aurait d’ailleurs bien vu édité par Gallmeister. Mais non. Ce sont les éditions Rue de l’Echiquier qui s’y sont intéressées. Un homme recherché par un cartel mexicain trouve refuge dans une réserve privée des Appalaches en tant que garde-forestier. Des hommes genre red-necks-électeurs-de-Trump y pénètrent, y chassent. Il doit intervenir. La végétation, le relief, les animaux sont des personnages à part entière. Et c’est fort.
  • Deuxième partie de la soirée très vite et
  • prochain Chat Bleu prévu le jeudi 17 mars

Chat Bleu : janvier 2022 -2)

Ensuite, ce jeudi, on  a surtout pointé des livres français, voire régionaux  avec :
– Philippe Besson : Paris-Briançon, Julliard 2022 : l’intrigue se passe, comme chez Hiro Arikawa, dans un train. Mais un train de nuit. Besson se sert du huis-clos pour créer le mystère : on ne maîtrise pas son destin.
– Un homme d’Ouessant d’Henri Queffelec (1910-1992) : un livre de 1953, « magistral, puissant » sur une Bretagne dure, miséreuse.
– Armen de Jean-Pierre Abraham (1936-2003) : « un très beau livre » dans lequel Abraham raconte sa vie de gardien de phare
Après la Bretagne, la Normandie :  Une enfance havraise, chronique des années 50  de Vincent Colin, aux éditions L’Harmattan, 2021. La carte, la crème et les hannetons  de Christophe Wargny, aussi sur les années d’après-guerre, le quotidien. Ma grand-mère paysanne, ccontes normands, parus en 1954, de Jehan Le Povremoyne (1903-1970).

On a visité les « grands », mais autrement, avec :
– Balzac et moi de Titiou Lecoq, journaliste, féministe, au Livre de poche en 2021 : le Balzac bourreau de travail  parce que toujours sans argent. Dandy comme Baudelaire.
Crénom, Baudelaire ! de Jean Teulé, en J’ai lu, 2021. Dandy détestable. Sa fascination pour le néant.

Et aussi :
– La carte postale d’Anne Berest, 2021, Grasset. Une histoire familiale, la recherche de ce qui s’est passé.
– Le cerf-volant de Laetitia Colombani , 2021, Grasset : une femme va enseigner en Inde auprès d’enfants très défavorisés.
– Le service des manuscrits d’Antoine Laurain, Flammarion 2020, maintenant en J’ai Lu : une éditrice reçoit un manuscrit. Elle ne sait pas de qui. Des meurtres ont lieu et tout se passe comme dans le livre.

On est enfin repartis vers l’international :
– Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse, 2019, éditions Noir sur Blanc : sur Vivian Maier (1926-2009), cette femme américaine qui a photographié pendant des années sans jamais montrer, et dont le travail a été découvert après sa mort.
– La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey (Paris) et Jimsaan (Dakar). Prix Goncourt 2021  : sur l’écriture, un face à face entre Afrique et Occident.
– La force des femmes de Denis Mukwege, 2021, éditions Gallimard : ce gynécologue et chirurgien témoigne de ce que vivent les femmes en R D C où le viol est utilisé comme arme de guerre.
–  Clara et le soleil de Kazuo Ishiguro, traduction de Anne Rabinovitch, 2021, Gallimard : des amies artificielles à vendre, la « vie » de l’une d’elles.

Un Chat Bleu ? Le 24 février, vous venez ?

Chat Bleu : janvier 2022 – 1)

Un Chat Bleu sous le signe de l’ailleurs :
par ses vins : Nsenga avait choisi un rouge, grenache espagnol, dans le fruit, pas si charpenté. Un mono-cépage, à 30% vieilli en tonneau de chêne : La Maldita.
Le blanc, bio, Magda, du domaine Besombes, était de la côte catalane française. Plutôt sec, un peu minéral.
Ils accompagnaient un super cake au reblochon et petites graines, torréfiées dans le four solaire de l’entreprise Néo Loco.

par les livres : deux Américains et un Japonais.
Le visage de pierre de William Gardner Smith (1927-1974), éditions Christian Bourgois, 2021, paru aux USA en 1963. Traduction de Brice Matthieussent. Le personnage, Afro-américain, vient vivre en France au début des années 50. Il y trouve une vie agréable : sa couleur ne le pénalise pas. Il s’aperçoit par contre que les Français se montrent aussi racistes vis-à-vis des Algériens que les Blancs américains vis-à-vis de lui. Il rend compte entre autres de la manifestation du 17 octobre 1961 ( ce qui explique, sans doute, le tardif de la publication française… ).
Il s’agit d’un roman mais clairement documenté par le vécu de l’auteur qui a rencontré, à Paris, Baldwin et Wright.
Le titre renvoie au visage du Blanc, raciste, haineux.

Tu ne désireras pas de Jonathan Miles, éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit par J.Ch. Khalifa, 2021. Ce roman, trois histoires mêlées, a été édité en 2013 aux USA. Nous sommes côte Est, dans trois ambiances différentes : avec un universitaire presque obèse séparé de sa femme, un jeune couple qui squatte à New-York, une veuve du 11 septembre remariée à un homme d’affaires un peu « beauf » et véreux. On rit assez souvent, par exemple du jeune voisin dont hérite le prof de fac, On comprend son père, érudit, atteint d’Alzheimer, dans sa maison de retraite. On reconnaît la façon dont certains jeunes parlent à leurs aînés avec la belle-fille du business-man. On frémit pour elle à un autre moment.
Tu ne désireras pas est un bon roman qui place le lecteur face à des milieux aux idéaux opposés, dans une société qui jette et ne sait quoi faire de ses déchets, nucléaires ou quotidiens. Remarquez le choix esthétique de l’éditeur : le livre est broché, recouvert de tissu imprimé.
– Au prochain arrêt de Hiro Arikawa, traduit par Sophie Refle, chez Actes Sud, 2021 : un trajet de train nous permet d’entrer dans la société japonaise d’aujourd’hui, de comprendre la relation amoureuse, la place de la personne âgée, et ce qui est gênant socialement. Très facile à lire et intéressant.

Prochain Chat Bleu prévu le 24 février.

Chat Bleu : décembre 2021

Déjà, des dates : si covid, omicron et autres virus nous laissent tranquilles, retrouvons-nous  les 20 janvier, 24 février et 24 mars

En décembre, Nsenga nous recevait avec des « vins du monde », un rouge austral, cépage shiraz, koala sur l’étiquette, et un blanc d’Afrique du Sud, chenin, orné d’une baleine !

livres du monde aussi :
– L’île de Sigridur Hagalin Björnsdottir, traduit par Eric Boury, éditions Gaïa, Paru en 2016 en Islande, en 2018 en France : un événement a eu lieu : l’Islande est coupée du monde, plus d’internet, plus de navires ni d’avions arrivant, pas de nouvelles de ceux qui sont partis. On n’en saura pas plus sur le pourquoi mais on verra ce que cela crée : ceux qui en profitent, ceux qui en souffrent, ce qui manque, les métiers (de la culture) qui n’ont plus d’utilité, la montée de la violence, du nationalisme …
– La fracture de Nina Allan, éditions Tristram, traduit par Bernard Sigaud : cette auteure anglo-saxonne dont nous avons lu aussi et beaucoup aimé La course, place son lecteur dans plusieurs genres en même temps : policier, fantastique. Une jeune fille disparaît. Plusieurs années plus tard, elle est de nouveau là et ce qu’elle raconte pose problème à sa soeur, à sa mère…
– En attendant Eden d’Elliot Ackerman, éditions Gallmeister, traduit par Jacques Mailhos. Dans la veine de Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, un livre qui remue, anti-militariste, écrit par quelqu’un qui connaît bien la guerre. Ackerman, né en 1980, est un ancien marine, membre des forces spéciales, revenu de missions en Afghanistan et en Irak.
Et encore :
– Le maître et Marguerite de Boulgakov (1890-1940), pas dans la nouvelle traduction d’André Markowicz : » l’histoire de Faust mais sous Staline, avec un diable foutraque, un bazar joyeux », dit A.
– La neige sous la neige d’Arno Saar, traduit de l’italien par Patrick Vighetti, éditions La Fosse aux Ours : un polar qui commence avec le corps d’une jeune femme trouvé sous la neige à Talinn.
– Soleil amer de Lilia Hassaine, 2021, Gallimard. Une femme algérienne rejoint son mari qui travaille en France. Ils ont déjà trois enfants ; des jumeaux s’annoncent et ils n’ont pas les moyens…
– Les greniers de Babel de Jean-Marie Blas de Roblès, éditions Invenit, 2012 : rafraîchissant, pour toutes générations et plein de références.
– Pachinko de Min Jin Lee, traduit par Laura Bourgeois, éditions Charleston : histoire sur plusieurs générations d’une famille coréenne qui s’installe au Japon.
– La saga des 7 soeurs, en 7 tomes, de Lucinda Riley, aussi aux éditions Charleston.
– La passe-miroir, de Christel Dabos, Gallimard jeunesse : roman d’apprentissage 4 tomes.
Ces trois derniers livres nous sont présentés par Eline, qui, devenue influenceuse sur Instagram, nous a rejoints ce soir-là et c’était super. Comme l’a dit Nsenga : « une autre génération, d’autres livres, d’autres raisons de lire et d’autres moyens d’en rendre compte… »

 

Chat Bleu : novembre 2021- 2)

On a évoqué beaucoup d’autres livres ce jeudi-là :
des polars ou thrillers :
Requiem pour une république, le premier roman de Thomas Cantaloube, Série noire Gallimard 2019 : un crime sur fond d’ « événements » d’Algérie. Peu de fictions ont évoqué le 17 octobre 1961 photographié par Georges Azenstarck, le S A C ou Gerboise. Cantaloube le fait.
Les livres de Jérôme Loubry, tous en poche : Les chiens de Détroit, 2017, pour la force de la ville-personnage. Le 12ème chapitre , Prix Mauves en noir 2018 : 4 qui se sont connus enfants, se retrouvent 30 ans plus tard. Quelqu’un, mais on ne sait pas qui, a envoyé à chacun un texte sur quelque chose qui s’est passé alors. Les refuges, prix Cognac 2019, une jeune femme retrouvée errante.
Alabama 1963, roman à 4 mains de Ludovic Manchette et Christian Miemiec, Le Cherche-Midi 2020, pocket en 2021 : des petites filles noires sont enlevées. La police agit peu. Un détective alcoolique et raciste s’y colle. Sur fond historique de ségrégation

des romans d’auteur(e)s français(e)s :
Feu de Marie Pourchet, 2021, Fayard : son 6ème roman. Une passion amoureuse entre une universitaire mariée et un célibataire avec chien.
On avait totalement adoré Toutes les femmes sauf une, 2018.
La fille qu’on appelle de Tanguy Viel, Minuit, 2021 : le sujet est l’emprise. L’écriture est sans pathos. Il se lit d’une traite.
des livres d’Alain Blottière : Le tombeau de Tommy, 2009, chez Flammarion : sur un jeune héros mort, Thomas Elek, Juif d’origine hongroise qui fit partie du groupe Manouchian. Comment Baptiste est mort,, Gallimard, Prix Décembre 2016 : un jeune a été enlevé par des djihadistes. Le débriefing, ensuite, avec un psychologue et ce qui s’est vraiment passé. « Une construction qui fonctionne très bien » dit M..
des livres de Laurence Cossé, auteure Gallimard : « tous bien » dit D. : Le mobilier national (2001), Au bon roman (2009) : un libraire qui décide de ne vendre que des chefs d’oeuvre…. Les autres libraires sont vent debout contre lui…. La grande arche (2016) un récit historique sur la construction de l’arche de la Défense.
La femme de l’Allemand de Marie Sizun, Arléa 2007, grand prix des lectrices Elles 2008 : une relation mère-fille, vue à à travers le regard de celle-ci. « un très beau livre » dit M.
Le voyage d’Etampes d’Abel Quentin, 2021, ed de l’Observatoire, Prix de Flore : « Plein d’humour, de dérision » dit M-A : un universitaire à la retraite cherche un poète communiste américain.

Et on n’a pas fini ! Une courte rubrique de romans étrangers suit.

Chat Bleu : novembre 2021 – 1)

C’était le jour du beaujolais. Nsenga ne pouvait donc que nous en proposer, d’autant que c’est là » qu’il est « tombé dans le vin », qu’il a fait ses premières vendanges. Certes, avec de plus grands crus que ce petit primeur qui a pour seul atout la fraîcheur du fruit.

Les livres :
– Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert, Seuil 2020, maintenant , en poche, collection Points.
Ellle commente le procès du management de France-Télécom : 7 dirigeants comparaissaient après 10 ans d’instruction et 19 suicides. P.11 : L’obsession du départ en 3 ans de 22 000 salariés et de 10 000 mobilités est devenue le coeur de métier des dirigeants de France-Télécom. »
Elle montre leur manque d’empathie, prouve qu’ils n’ont pas beaucoup de souci à se faire : P 17 : La peine maximale : 15 000 euros d’amende – Olivier Barberot, par exemple, gagne 540 000 euros par an, et une année de prison qu’ils ne feront pas, leurs casiers étant vierges »
Elle fait le parallèle entre la langue managériale et la LTI, la langue oppressive nazie qu’avait étudiée Klemperer.  P 52 : « On ne dit pas protégés, on dit assistés »
L’ écriture de Sandra Lucbert est « cash »,  le sujet est trash. Un tel texte, de même que ceux d’Arno Bertina qui jugent une société de plus en plus « ubérisée » sont essentiels.-
L’aiguilleur de Bertrand Schmid, chez Inculte, 2021. On est en URSS, dans un endroit et un temps assez indéfinis. Plutôt près de la Sibérie. Plutôt du temps de Staline. Le travail de l’aiguilleur est de garder en état les voies, le système d’aiguillage pour les trains qui vont vers l’Est. Il fait froid, il neige. L’ambiance est belle, rude et glaçante, évidemment, mais belle – comme la couverture -.
– Avec Bas Jan Ader de Thomas Giraud, aux éditions lilloises la Contre-allée, 2021 : Comme ses précédents textes – par exemple sur Elysée Reclus – ce n’est pas vraiment une biographie, pas vraiment un essai, pas vraiment un roman mais un peu de tout ça. Thomas Giraud évoque un artiste performeur néerlandais, Bas Jan Ader (1942-1975), un peu son enfance  et surtout ses travaux : ses chutes filmées, le voyage en mer dont il n’est pas revenu. Et ce qu’il dit de ces chutes est beau, délicat. On le voit tomber. Sans jamais appuyer, il nous permet d’imaginer les pensées et les ressentis sous-jacents du plasticien.

Nous étions nombreux. Un Chat Bleu – novembre – 2) va suivre.

La date du prochain Chat Bleu change : c’est le 16 décembre.


 

 

Chat Bleu – septembre 2021 – 2)

– Les vins : Ce soir-là, Nsenga nous propose des vins de vacances, des vins d’Oléron,  île au terrain sablonneux.
Le vin rouge, « Naturellement rouge », s’il n’est pas un vrai vin naturel, n’en est pas loin. Bio, au goût de cassis, un peu.
Le blanc, sec, un peu fruité, avec des notes d’abricot, a une certaine persistance en bouche.
Tous les deux proviennent d’une coopérative de vignerons .

Les livres :
– Les graciées de Kiran Milwood Hargrave, traduit par Sarah Tardy, en Pocket : au Danemark, vers 1615, les hommes sont marins, meurent, les femmes sont solidaires et on chasse les sorcières. –
L’une de nous  conseille de lire tout Julie Wolkenstein, chez P O L : par exemple, Et toujours en été, sur la maison de vacances dans la Manche, Adéle et moi qui évoque  la vie d’un ancêtre.
– Deux autres mettent en avant tout Toni Morrison, chez Bourgois.  Beloved : très beau, très marquant, dont on ne sort pas indemne. Presque de la poésie. Sur les absents/présents. Home ou encore La chanson de Salomon : une famille vers 1950, la place des ancêtres, des noirs aux Etats-Unis.
– Hamnet de Maggie O’Farrell, chez Belfond, traduction aussi de Sarah Tardy : un hommage au fils décédé de Shakespeare. Intéressant et facile à lire.
– Les déracinés de Catherine Bardon. Quatre tomes, chez Pocket, pour une saga familiale qui commence en 1930 à Vienne et se poursuit en République dominicaine entre autres.
– Blizzard de Marie Vintgras, édition L’Olivier, fait partie de la rentrée littéraire. Un premier roman fait d’une succession de petits chapitres, un thriller en Alaska.
–  Le problème à trois corps  de Liu Cixin, chez Babel. Une trilogie traduite par Gwennaël Gaffric. De l’ excellente science-fiction qui questionne la politique, l’écologie, le religieux. Prix Hugo 2015.
– Et quelques documentaires : La vie secrète des arbres, du forestier allemand Peter Wohlleben, aux Arènes, traduit par Corinne Tresca. Passionnant même si on ne connaît rien à la sylviculture. Ame de sorcière  d’Odile Chabrillac, chez Pocket : le retour de la figure de la sorcière. Les fossoyeuses, .chez Marchialyd’une journaliste finlandaise en Bosnie avec des femmes archéologues qui travaillent sur les charniers de la guerre d’ex-Yougoslavie.

On était, vous l’aurez remarqué, proches des sorcières…

Le prochain Chat Bleu : jeudi 21 octobre, 18h.

à bientôt !

Vrai Chat Bleu : septembre 2021 – 1)

Le Chat Bleu, le retour, enfin !
Il nous avait manqué.

Retour aussi de vacances : du festival Ecrivains en bord de mer  où on a entendu Sébastien Brebel parler de son livre et, de ce fait, acheté ce livre, paru en 2021 aux éditions  P O L  : Erre, erre.
« En deux mots, un homme qui voulait déserter et s’est retrouvé dans le salon de sa grand-mère, à Morne », 
dit Brebel devant la caméra de Jean-Paul Hirsch (un conseil : regardez les vidéos de P O L : les monologues d’auteurs, toujours intéressants). « J’ai du mal à raconter une histoire. Je dois toujours prendre un détour. Je vais donc retranscrire ce qu’il a vécu comme dans un rêve. ». Et le livre de Brebel est cela : un glissement d’une situation à une autre. On suit le personnage dans ses déplacements, dans ce qui lui arrive. Le réel, le rêve, le souvenir se mêlent, s’imbriquent. On se laisse porter et c’est souvent drôle.

Retour de vacances encore, de passage à la librairie les Traversées où Caroline Jacquot officie maintenant : on suit son avis et on prend L’instruction d’ Antoine Bréa, aux éditions Quartanier, 2021 Un faux polar, un faux documentaire, un docu-fiction où le vrai émerge. On en est sûrs, la scène de l’avocate au foulard est réellement arrivée et elle est très forte .
Un jeune juge vient en intérimaire dans une ville de banlieue. Son prédécesseur qui s’est suicidé, avait dû abandonner une affaire qui l’intéressait mais en avait gardé des traces. Le nouveau poursuit l’enquête.
Antoine Bréa est avocat :  » Ce qui m’intéresse, c’est l’espace de pouvoir qui se met en place à travers une machinerie, ici le système judiciaire » disait-il au journal Le Monde, à la sortie du livre.

Et puis le conseil d’une traductrice des Boréales de Normandie Le médecin personnel du roi, de l’auteur suédois Per Olov Enquist (1934-2020,) traduit en 2000 par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach, trouvable chez Babel. Un roman historique sur le Danemark de Christian VII, son intérêt pour les Lumières et plus particulièrement Voltaire, sur un homme qui fut son conseiller et voulut réformer le pays, et sur la cour qui s’éleva contre ces changements. Une belle langue.