Qu’on se le dise !
Dans la collection Voyageur,
C(art)ollage est là.
Marie Thémenet nous a concocté 16 cartes postales à partir de collages.
Qu’on se le dise !
Elles sont étonnantes.
C(art)ollage est en tirage limité, signé par M. T.
Paru en 2017 aux éditions Quidam : Le livre que je ne voulais pas écrire est maintenant trouvable en J’ai Lu. C’était aussi au départ « le livre que je ne voulais pas lire », peur de l’auto fiction non seulement plombante mais « qui la ramène », genre « voyez-comme-j’ai-souffert ». Et puis j’ai réfléchi : ce n’est pas le genre de la maison. Et effectivement, E. Lahrer ne joue pas le rôle du malheureux-puissance-N. Bien que blessé au cours de l’attentat au Bataclan, c’est l’humour, l’auto-dérision qui prévalent.
Il commence le livre avec un « tu » qui le représente puis les « tu » sont autres.
Et, très fort, au cours du même chapitre, sans vraie transition, le « tu » est lui, puis devient un des agresseurs.
Très fort au niveau de l’écriture mais aussi dans cette capacité de décentrement : voir le point de vue de l’autre, celui qui vous fait du mal, qui tue.
Quelques « Poèmes Express » issus du livre :
– Phrase qui commence, première rafale de survie.
– Personne ne parle des décalqués du bulbe. Ce monde rêve de sirène.
– Copain de pastaga, de porto, tu décharges ta parole au café.
– C’est parti pour une éternité, même si c’est long.
– Tu as compris que ton employeur a compris que tu es un gentil indécis.
– Désolé, il a la sexualité un peu chaussettes blanches.
– Aucun des morts ne t’en veut. En un sens, ils ont perdu le goût des drames.
– Je l’embrasserai, non, j’essaierai. Le réel gagne toujours.
Pas pu m’empêcher d’envoyer cette Pièce Unique N° 164 à l’éditeur originel, Pascal Arnaud dont j’aime, entre autres, les Camenisch, Blanvillain, Plamondon, Annocque, Navarre, Cendors…
A – B – C –

ROYAN – LA PROFESSEURE DE FRANÇAIS
Texte Marie NDiaye, Mise en scene Frederic Belier-Garcia, Lumiere Dominique Bruguiere, Pierre Gaillardot, Son Sebastien Trouve, Decor Jacques Gabel, Costumes Camille Janbon, Collaboration artistique Sandra Choquet, Vincent Deslandres, Caroline Gonce,
Avec Nicole Garcia et la participation de Vincent Deslandres.
Royan – la professeure de français – monologue est paru chez Gallimard en 2020. Tout de suite destiné au théâtre, à une comédienne, Nicole Garcia, le texte continue son chemin au théâtre
Une femme parle. C’est une solitaire. Elle l’a choisi, a quitté une vie, une ville. Elle enseigne et cela ne se passe pas toujours bien. Elle parle de Daniella, une élève différente qui s’intéressait à ses cours, à la poésie.
On entend la difficulté de l’enseignement, la lâcheté qui est quelques fois la seule solution envisagée. On entend la difficulté à être de certains élèves qui ne correspondent pas à la norme, par leur apparence, par leur envie d’apprendre.
Quelques Poèmes Express issus de Royan :
– Couleur de brique des grandes villes malpropres, je n’ai pas voulu vous mettre dans mes yeux.
– S’était fabriqué un visage éternel à dignité tapie.
– Aigre, le goût trop jeune du soutien-gorge blanc sali.
– Un bon bac blond, bien, distingué.
– J’ai eu un bébé-personnage, je suis une femme-personnage, qui est l’auteur ?
– Un pantin enseigne, je crois, à la professeure.
La Pièce Unique n° 163 est rendue à celle qui m’a offert le livre il y a quelques mois, grande lectrice, intéressée par toutes les formes d’art – et comme ça fait du bien ! -.
Certes, c’était le soir du beaujolais nouveau mais Nsenga nous a proposé bien meilleur : un Juliénas du Château de Belleverne, un beaujolais pas du tout nouveau, médaille d’or à Mâcon 2021 ou, en blanc, un Bourgogne du même Château.
Les accompagnaient deux belles écritures, très différentes, et une, plus factuelle :
– Corps flottants de Jane Sautière, 2022, éditions Verticales : l’adolescence de l’auteure à Phnom Penh à la fin des années 60. Le peu de souvenirs d’abord, puis ce qui revient, les « corps flottants » : (p 45 : « Marcher dans la ville aux heures chaudes, cheveux au vent, pieds nus (déjà écrit). J’allais vers le fleuve. Il y avait le désir aigu de s’en aller pendant la sieste, alors que tous dormaient, écrasés de chaleur, dans leur lit, sous les arbres, à l’ombre d’un auvent. Une façon d’être seule, peut-être plus sûrement encore que dans la nuit, mais surtout d’éprouver ce pays par les liens de la terre, de la latérite, des trottoirs crasseux, des crachats de bétel, des bandes de chiens galeux, des chats anoures, de tout ce qui avait besoin de se taire, de s’aplatir sous la chaleur.« ). Le climat, les odeurs, l’appartement, la hiérarchie sociale : entre Cambodgiens et blancs et aussi entre expat’s.
– Aby de Marie de Quatrebarbes, P O L, 2022 : l’auteure, d’abord poète, écrit là son premier roman, autour d’un moment de la vie de l’historien de l’art juif, Aby Warburg (1866-1929), surtout connu pour la bibliothèque qu’il a constituée tout au long de sa vie et qui a pu être transférée à Londres en 1933. Warburg, entre 1918 et 1923, dut être interné dans des cliniques psychiatriques, atteint de bouffées délirantes, se sentant coupable des charniers de la première guerre mondiale.
– Le débutant de Sergueï Lebedev, éditions Noir sur Blanc, 2022. Traduction d’A.M. Tatsis Botton. D’autres textes de Lebedev sont traduits en français chez Verdier. Il a écrit dans « Le Monde », en mars, un texte sur l’attaque de ll’Ukraine par la Russie, évoquant » le racisme post-impérial russe » (…) qui a été et reste le fondement et le carburant de la politique agressive de Poutine ». Le débutant du titre est un poison, parfait, indétectable. Le livre nous entraîne auprès d’un scientifique qui le crée avant 1990 et qui fuit la Russie non soviétique. Des militaires sont envoyés le récupérer …
Le prochain Chat Bleu est prévu jeudi 15 décembre.
Le joueur (1865), écrit en à peu près quatre semaines, sous la menace d’une clause de contrat de son éditeur : sinon, « libre à lui, Stellovski, d’éditer pendant neuf ans comme il le voudrait tout ce que j’écrirai sans avoir à me verser de gratification. »
Et Dostoïevski tient les délais . Le livre est nourri de sa vie : un amour, ses voyages en Europe, la place prépondérante du jeu.
Il est aussi nourri de pensées xénophobes qui s’accordent pleinement avec celles de certains Russes contemporains : jugement plus que négatif des Européens, sans qualité : le Français est un faisan, séducteur sans moralité, les Polonais sont faux, l’Allemand lourd …
Quelques Poèmes Express issus du Joueur :
– Querelle : le gros s’emporta : cicatrice.
– Un secret de famille : elle tient le rôle principal. Muet.
– Comprenez que je puisse délirer. Je veux d’autres temps.
– Comme un paon, mais empoté. Un peu mouton aussi.
– On souleva la massue, se décida pour un homme chauve.
– Pour en finir, les gens comme elle, glissent vite, les larmes aux yeux.
– Nous étions comme des ours, vides comme le néant, et le savent nos femmes.
La Pièce Unique N°162 est envoyée en clin d’oeil aux nouvelles éditions Dynastes où vient de paraître Le joueur, poème d’Emmanuel Régniez.
Mon ami je vous aime, lettres de Julie de Lespinasse (1732-1776 ), éditées en 1996 au Mercure de France avec une préface de Chantal Thomas. Des lettres d’amour à l’amant qui a d’autres préoccupations. Des lettres d’admiration pour ce monsieur de Guibert qui en éprouve déjà beaucoup pour lui-même. Les lettres d’une femme intelligente qui reçoit en son Salon les intellectuels du temps mais est fidèle jusqu’à sa fin, à cet homme à la mode qui se marie avec une autre.
( dernière lettre, 1776, alors qu’elle se meurt ) : « Si jamais je revenais à la vie, j’aimerais encore à l’employer à vous aimer ; mais il n’y a plus de temps »
Quelques Poèmes Express issus de ces lettres :
– Si j’étais jeune, je manquerais de coeur.
– Ne faîtes pas de folies mais n’oubliez pas de m’en parler.
– Dans les convulsions et la douleur, des femmes jouent de l’éventail.
– Gens riches et vieux, si vous saviez ce qu’est entendre.
– Pas de repos qui me repose. Me fatigue la longueur des nuits.
Ce court recueil est offert à une grande lectrice nouvellement arrivée au Chat Bleu, M-A.
Après Le Havre, Des châteaux qui brûlent partent en tournée. Voici la troupe, la metteure en scène, l’auteur et les dates :———————————————————————————————-
Il y aura peut-être d’autres retours. Je poste déjà ceux-là.
Rappel : Prochain Chat Bleu prévu, jeudi 17 novembre – 18h
2ème partie de la rencontre de l’Université Populaire, Anne-Laure Liégeois étant repartie travailler sur le plateau. Extraits :
Arnaud Le Marchand : sociologue enseignant-chercheur en économie du travail : « J’ai d’abord lu Ceux qui trop supportent et j’y ai vu un travail de sociologue, une enquête. Actuellement, il n’y a plus de négociations. C’est un constat très sombre. Il n’y a plus d’envie de faire société.
Une partie des sciences sociales, parallèlement à la chute du marxisme, a délaissé le conflit dans le monde ouvrier. Il y a eu volonté de se dégager de ce champ-là. Ainsi, on ampute le réel de quelque chose. C’est la littérature qui reprend ce travail. Elle est la voix des thèmes oubliés.
Ces dernières années, une partie de la violence dans les conflits sociaux vient de ce que les hauts fonctionnaires, les politiques, les R H formés actuellement sont sans référence à ça, partent du principe qu’il ne devrait pas y avoir de collectif stable. »
Arno Bertina : « Et les GM&S, eux, font collectif, font société. Alors, on devient redoutable, on se sent fort, on se redresse. Le but des luttes est qu’on se redresse. (…) Un des ouvriers parle du moment où ils ont bloqué quelques minutes les Champs Elysées. Au début, je trouve ça peu important puis je vois que j’ai tort de snober son émotion. C’est important pour ces gens qui respectent la loi sous toutes ses formes. Mon travail est de décrire l’infime qui, en fait, a une hyper-signification émouvante. ».
A. Le Marchand, interrogé sur les raisons du populisme : « Le populisme arrive quand il n’y plus d’identité de classe. Les gens n’ont plus confiance dans les politiques et les politiques n’ont plus confiance dans les gens non plus.
Il faut reprendre l’habitude de négocier.
Le néolibéralisme, la technocratie = ceux qui savent, contre les autres »
A. Bertina : « La non solidarité ouvrière, les ouvriers de GM&S l’ont vécue quand ils sont allés manifester sur d’autres sites. Or, l’époque où on avait ce logiciel de solidarité, plus généreux n’est pas loin. Ex : Aulnay, années 80, Milan en 1971 et c’était magnifique. »
Ce qui a été magnifique aussi, c’est la rencontre, aujourd’hui, avec Arno Bertina, à la Cantine du Fort de Tourneville. Nous n’avions pas encore vu la pièce Des châteaux qui brûlent, Lui non plus. Certaines d’entre nous l’avaient lu, d’autres vont le faire, c’est sûr parce que son engagement est évident et efficace.