Un Elisabeth Filhol : P U N° 262

Mis en avant

Bois II, d’Elisabeth Filhol, paru en 2014 chez P O L est la Pièce Unique N° 262. C’est le deuxième livre de cette autrice que je lis.
Le premier, La centrale, 2010
– paraît-il adapté avec succès au cinéma –
m’avait énormément plu.
Bois II semble plus complexe au début, du fait d’informations géologiques, mais cela ne dure pas.
Un zoom avant nous amène à une entreprise, son histoire, sa création par un patron de la vieille école, parti de presque rien, paternaliste, à la première reprise par un grand groupe étranger à sa retraite, et enfin à ce qui se passe là, maintenant :  le nouveau propriétaire, Mangin, brade l’usine, place les ouvriers devant le fait accompli. Ils le retiennent un moment pour obtenir de meilleures conditions, plus hautes indemnités, nombre supérieur de postes conservés. Violence possible. Attitudes différentes, ceux et celles pour qui ce n’est pas la première fois, ceux qui auront droit à la pré-retraite… Morgue de Mangin, palpable…
Depuis, sont sortis, toujours chez P O L, doggerland en 2019, et sister-ship en 2024.

Voilà quelques Poèmes Express venus dans Bois II :
– Dieu en impose, l’avocat pas ou plus.
– On simule, agrège, retranche pour finalement délocaliser.
– Sous la menace. Nos habitudes et le sens.
– Diplôme en poche qui ne sert à rien, ils parlent de tuer.
– Ne faire qu’une bouchée de vous, proie vibrante.
– Avant de redessiner l’environnement, beaucoup se blesser.
– Quelques uns s’écartent, elle sent les coups. Pas besoin de savoir de qui.
– Tendus les concurrents sur le terrain de l’avenir !
– On ne serait pas mécontents qu’il y ait une vraie naïveté. Et de la lutte.

Ce « trois en un » est envoyé à Laurent Demanze,
chercheur en littérature française,
directeur d’ouvrages collectifs
et auteur en solitaire par exemple de ce livre et d’un autre sur Pierre Michon, chez le même éditeur, José Corti.
J’ai pu l’entendre à Ecrivains en bord de mer un été,
puis à Lyon sur l’oeuvre de Camille de Toledo,
.

Un Claro : P. U. N° 261

Mis en avant

Réédition sous un nouveau titre d’Éloge de la vache folle, paru en 1996 au Fleuve Noir, Les souffrances du jeune ver de terre chez Actes Sud, Babel noir en 2014.
Un polar assez branque, des jeux avec les mots.
L’histoire ? : un correcteur est embarqué avec des méchants, dans une histoire compliquée de manuscrit.
De l’humour : dans les dialogues : ex :
« – Te retourne pas Frédéric, il y a un iguane qui écoute Sony Youth au walk-man derrière toi. »,
ou ailleurs :
plus ou moins « private joke » : Rémi Pépin : « faussaire récidiviste et pour tout. Graphologue de formation d’obédience schizophrène »
(Rémi Pépin dans la vraie vie étant graphiste et alors directeur artistique des éditions Inculte)

Quelques « Poèmes Express » qui en sont issus :
–  Le Grand Rectificateur jamais n’apprend.
– Incapable d’agoniser discrètement : le pléistocénique vagissement d’un homme.
– Cerveau tapissé de sang, le vieux a entrevu l’avenir.
– Elle pouvait s’avérer fantôme.
– J’aurais pu tromper un réaliste roumain.
– Elle sécha ses cuisses, s’offrit un petit râle de petit orgasme.
– J’ai arrêté d’admirer les yeux pour donner du charme au cerne.

Ce trois en un est offert à Jérémy Bouquin, venu deux fois à Polar à la Plage, qui écrit, écrit, écrit et publie beaucoup. Son dernier texte n’est pas un roman mais un exercice d’admiration, aux éditions Gaussen, pour l’auteur Hervé Prudon.