Chat Bleu mai 2023 – 1)

Le grand écart : un polar qui se passe au Japon, un moment dans l’Autriche de la fin du XIXème siècle et une femme, pendant tout un week-end, enfermée dans des toilettes :
– Tokyo mirage d’Anne Rambach, 2002 éd. Calmann-Levy
– Vienne au crépuscule d’ Arthur Schnitzler, paru en 1908
– N’être personne de Gaëlle Obiegly, 2017, éd. Verticales

étaient les 3 premiers livres proposés le 25 mai au Chat Bleu.

  •  Vienne au crépuscule est une merveille. Entouré d’intellectuels juifs, un jeune noble, le baron de Wergenthin, doué en musique mais dilettante, vit. Il vient de finir une relation, en commence une autre. La jeune femme, de bonne famille, attend bientôt un enfant. Il ne la laisse pas seule face au problème mais ne lui propose pas le mariage.
    Pourquoi une merveille ? Parce qu’il parle si bien des nombreuses possibilités des hommes face aux situations sans issue des femmes. Parce qu’il montre que le « problème » d’être juif est omniprésent dans cette Autriche fin de siècle, encore et encore évoqué dans toutes les conversations entre ces créateurs, politiciens, fonctionnaires.
  • N’être personne est une digression sur 300 pages. Sans sujet. Plein de la vie d’une femme qui écrit mais ne gagne pas sa vie par son écriture. Pas une auto fiction, bien plus distant que ça, théorique : p 101 : « Quand j’écris – un livre éventuellement- je ne m’adresse à personne, je parle avec l’inconnu, auquel je ne dis rien.(…) Le langage met le réel à distance. C’est cela même qu’interroge mon écriture.(…) Tout ce qui est écrit est fiction. La réalité n’y est pas. La réalité est ce qui est vécu, pas ce qui est relaté. Ce qui est écrit, ce qui est relaté, même oralement, subit une transformation. »
    – Tokyo mirage  : Un homme tué au sabre. Histoire agrémentée de pachinko, tsunami, yakuzas, services de police ennemis et industriels malhonnêtes.

Mais on n’a pas parlé que de ça : deuxième partie bientôt.
Prochain Chat Bleu prévu le 22 juin

Chat Bleu – avril 2023 – 1)

Cette fois, nous  avions le choix entre
un blanc : bio, du pays d’Oc, un Chardonnay -Viognier de chez Mélanie Alexandre B : « L’accord blanc »

et un rouge : un Saumur Champigny : « Le clos des cordeliers » à la belle étiquette dessinée par la graphiste Sarah Boris – venue à une Saison Graphique du Havre. (image ci-contre)

 

Ils accompagnaient :
– Nein Nein Nein – La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar, de Jerry Stahl, Rivages-Payot 2023. Traduit par Morgane Saysana
Un livre horriblement drôle par un homme magnifiquement dépressif… Cet Américain, auteur de romans, de scénarios de séries, écrit là un texte auto-fictif : sa venue, en voyage organisé, dans l’Europe des camps. Il est entouré entre autres d’un couple de Texans, d’un couple gay, d’un nonagénaire juif né en Allemagne, jamais revenu jusque là et de guides un peu psychorigides. Il visite les camps de la mort avec des centaines de « touristes », rend compte de conversations sidérantes, d’ambiances de centres commerciaux.
– Vie de Gérard Fulmar de Jean Echenoz, éd. Minuit, 2020 : tout aussi drôle, mais  comme l’est, chaque fois, un roman d’Echenoz – sur qui on peut trouver désormais un Cahier de L’Herne -. Un travail sur la langue –  ex : « issu d’assez nulle part » ou encore « en provenance de pas loin » – avec, pour prétexte, l’histoire d’un homme sans histoire qui, tout à coup, vit des aventures où on meurt à tour de bras.
– L’empreinte d’Alex Marzano-Lesnevich, éd. Sonatine 2019, en poche en 10-18. Traduit de l’anglais (USA) par Héloïse Esquié. Un premier texte littéraire, un grand texte, qui mêle deux histoires, celle de ( la famille de) l’auteure et celle de Ricky Langley jugé par trois fois pour la mort du même petit garçon. Une interrogation sur la justice, la vérité, la responsabilité.

Prochain Chat Bleu prévu le jeudi 25 mai.

 

Chat Bleu – mars 2023 – 3)

Certaines avaient aussi lu
des écrits en lien avec l’art :
– La vie sans histoire de James Castle de Luc Vezin, éditions Arléa, 2023 : La vie romancée de cet Américain né sourd, jamais scolarisé, sans accès au langage qui a, pendant soixante ans, avec des papiers, des cartons, créé des autoportraits et maisons. Son travail fait partie de ce que certains appellent l’art brut ou l’art singulier. Un peu connu vers la fin de sa vie, les livres qu’il imaginait avaient disparu. On les a retrouvés cachés dans les murs après sa mort.
King Kasaï de Christophe Boltanski, éditions Stock, collection La nuit au musée, 2023. Ce livre parle de la colonisation belge, des collections d’objets rapportés du Congo : objets sacrés, sculptures, tissus, masques volés et sortis de leur contexte, de leur fonction.
Fair-play de Tove Jansen, en livre de poche : 17 petits récits autobiographiques de cette autrice finlandaise suédophone et de sa compagne, à Helsinki et sur leur île. L’une écrit, l’autre peint.

D’autres romans en lien avec la montagne :
– L’île haute de Valentine Goby Actes Sud, 2022 : 1942, un petit garçon est envoyé à l’abri, dans une famille de paysans. Il vit dans un village coupé du monde, du danger, l’hiver, découvre l’été dans ces hauteurs. « très émouvant, très fin au niveau des sensations, de la description de la nature »
– 
deux romans de C F Ramuz, le « Giono vaudois » : La grande peur dans la montagne  (1926) et Derborence  (1934) trouvables en poche ou en Pléiade. Basés sur des histoires réelles, sur des superstitions. Un monde archaïque, rural, des peurs ancestrales et « des descriptions absolument magnifiques, une écriture poétique, une connaissance et un amour de la montagne évidents.  »

D’autres romans encore, plus exotiques :
– Texaco de Patrick Chamoiseau paru en 1994 chez Gallimard : Un quartier dans les Caraïbes du temps de l’esclavage. Ce qu’ont enduré les populations face aux blancs. Une langue toute nouvelle, saluée dès que le livre est sorti.
– Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse, Franco-Rwandaise, née en 1979. Sur trois générations, des Hutus, des Tutsis, des métis, leurs difficultés à vivre entre les cultures. « Raconté par une femme, un texte fort »
– Crossroads
de Jonathan Franzen, 2022, éditions de l’Olivier, traduction d’Olivier Deparis.  Plus de 700 pages sur les années 1970, une famille américaine avec un père pasteur. « Une très bonne analyse des ambiguïtés et des faiblesses de chacun. »

Enfin, un essai historique de Claire du Chéné, Les sorcières, 2022, éd Michel Lafon : « tellement terrible, inimaginable : le dernière femme brûlée pour sorcellerie en France l’a été en 1856 ! « 

Rappelons-le : le prochain Chat Bleu est programmé le jeudi 20 avril, 18h30

Chat Bleu : mars 2023 – 2)

Presque au moment où la Galerne invite des auteurs de polars : William Boyle, il y a une semaine, et Thomas Mullen le 5 avril, on a beaucoup parlé de lectures de policiers/thrillers/romans noirs, de pays extrêmement différents :
– Out de la japonaise Natsuo Kirino. Son premier livre, sur une vingtaine, traduit en français, par Ryöji Nakamura et René de Ceccatty : des femmes travaillent de nuit en usine. L’une d’elles tue son mari, qui profite d’elle et de son salaire depuis des années. Toutes l’aident à se débarrasser du corps. Un thriller certes mais aussi de la sociologie…
– Tout n’est pas perdu de Wendy Walker, le premier roman paru en 2016 chez Sonatine de cette avocate du Connecticut. Traduction Fabrice Pointeau. Le héros-narrateur est un psychothérapeute. Si on croit qu’en supprimant le souvenir du traumatisme, tout ira  bien, on fait une grosse erreur !
– La face nord du coeur de Dolorès Redondo, traduit par Anne Plantagenet. Auteure du Pays Basque Espagnol où elle a implanté une trilogie – Trilogie du Baztan, traduite par Marianne Millon – très ancrée sur les croyances, D. Redondo est, avec ce livre, passée à la Nouvelle-Orléans. Le tout est trouvable chez Folio Noir.
– L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi , traduit par Anatole Pons-Reumaux, éditions Gallmeister, 2022, se passe en Sardaigne et évoque des traditions rituelles sataniques.
– La femme du deuxième étage de Jurica Pavicic, traduction du croate d’Olivier Lannuzel, éditions Agullo, 2022 : une jeune femme tue sa belle-mère.

Que les romans noirs soient des reflets de société, qu’ils nous fassent voyager dans des temps et des lieux lointains, qu’ils nous apprennent des choses sur le monde et ses différences est évident. Pour le prouver, encore quelques noms d’auteurs français : Caryl Ferey, Hervé Le Corre, Sandrine Collette ou encore Jean-Patrick Manchette, Jérôme Leroy, Hugues Pagan…

Le prochain Chat Bleu est prévu le 20 avril, à 18h30

Chat Bleu – mars 2023 – 1)

  • Comme nous existons de Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021 : récit autobiographique d’une chercheuse en sociologie. Seule enfant d’un couple marocain venu travailler en banlieue de Strasbourg, elle conte leur volonté de la voir utiliser l’ascenseur social que fournit alors l’école, sa scolarité auprès de fillettes blanches racistes dans un établissement du centre ville, les vacances au Maroc où ils ne peuvent  pour continuer, que mentir sur leur vie en France qu’ils présentent comme idéale.

  • Strega
    de Johanne Lykke Holm, éditions La Peuplade, 2022, traduit par Catherine Renaud. Des jeunes filles arrivent dans un grand hôtel en montagne, loin de tout. On ne peut y venir que par un téléphérique. Elles travaillent là. Des femmes leur apprennent les métiers de l’hôtellerie. Mais il n’y a jamais de clients. Un soir, une fête a lieu et une d’elles disparait.
    Ce n’est ni un polar, ni du fantastique. On est dans un entre-deux poétique, avec une très belle part laissée à l’odorat
  • L’usine de Hiroko Oyamada, éditions Christian Bourgois, 2021. Traduction de Sylvain Chupin. Le livre était paru à Tokyo en 2013.
    Dans un gigantesque complexe industriel traversé par un large fleuve, vivent oiseaux, ragondins et un « déculotteur »… Des personnages viennent travailler à des postes totalement improbables : un de correction de textes toujours repris et assez incompréhensibles, un de végétalisation de toit jamais effectuée, et un de déchiquetage de papiers chaque jour renouvelés, des boulots qui semblent sans fin ni utilité. La fin est inattendue.

Tout cela était accompagné d’un excellent baume de Venise.
La suite, bientôt.

Chat Bleu : février 2023 – 2)

En parallèle du post-apocalyptique Brian Evenson L’antre aux éditions Quidam, ont été évoqués : Barjavel et son Ravage, paru en 1943, Malevil de Robert Merle, Emily Saint-John Mandel : Station eleven, le dernier Laurent Gaudé : Chien 51, et autres Damasio.

Ensuite, il a beaucoup été question de la famille, de sa toxicité, dans des romans français :

– Les enfants endormis d’Anthony Passeron, 2022, éditions Globe, Prix Wepler : un oncle atteint du sida au début de la pandémie, dans les années 80. Le déni de l’entourage, dans un milieu de commerçants de bouche en province.
– Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson, 2023, Julliard : Un féminicide du point de vue des enfants. Inspiré de faits réels, un « crime de propriétaire » dit l’auteur, »pas un crime passionnel ». Et donc « un fait politique » dont le roman peut « faire prendre conscience ».
– Même sujet et même point de vue dans Le cri du sablier de Chloé Delaume, auto-fiction parue en 2001, prix Décembre, trouvable en Folio. La langue de Chloé Delaume est remarquable.
Les sources de Marie-Hélène Lafon, 2023, éd. Buchet-Chastel : là encore, un mari violent, mais cette fois  la femme s’échappe avec ses enfants. Trois chapitres : de trois acteurs et trois temps de cette histoire : la femme lors de son mariage, de la vie à la ferme, le mari une vingtaine d’années après et la fille après la vente de l’exploitation. Cela se situe dans le terroir, en moyenne montagne et « la ciseleuse » qu’est M.H. Lafon suggère plus qu’elle ne dit.
– Une somme humaine de Makenzy Orcel, éditions Payot et Rivages, 2022 : le deuxième volet d’une trilogie : une autre superbe langue autour d’une autre vie terrible, celle de la narratrice, une femme morte.
– On a pu parler de Annie Ernaux et de l’essai du sociologue Gerald Bronner : Les origines. Pourquoi devient-on ce que l’on est ?, éditions Autrement, 2023 : sur les transfuges de classe et « la honte » ressentie, ou pas, vis-à-vis de sa classe sociale.
– Les yeux de Milos de Patrick Grainville, en collection Points : roman plein de réflexions sur l’art et les musées, autour de Picasso et de Nicolas de Stael. A Antibes, un étudiant fasciné par ces deux peintres, fascinant par son regard.
Enfin, dans deux romans étrangers :
– encore une histoire de famille mais traitée en thriller : La chute de la maison Whyte, de Katerina Autet, éditions Robert Laffont, 2020. Prix des Enquêteurs.
– A prendre ou à laisser de Lionel Shriver, traduit par Catherine Gibert, chez Belfond. Son dernier livre, pour lequel elle est venue au festival le Goût des autres, au Havre, en janvier. Un couple se promet qu’ils se suicideront quand ils arriveront à leurs 80 ans. L’écrivaine explore les différents scénarios…

Prochain Chat Bleu, jeudi 9 mars, 18h30

Chat Bleu de février 2023 – 1)

En l’honneur de ce temps de carnaval, N’senga nous proposait du Beaumes de Venise en rouge, un vin vegan, nommé simplement Venitia,
et, en blanc, un côte catalane, Magda, muscat sec du domaine de Bezombes

Ils accompagnaient :
– L’antre de Brian Evenson, traduit par Stéphane Vanderhaeghe, 2023, aux éditions Quidam. Une « fable apocalyptique« , parue en 2016 aux USA, mais rien d’une S.F sanglante, à rebondissements, vaisseaux spatiaux et bombes à neutrons. Enfin, si, sans doute qu’une telle bombe a explosé avant la première page. On est plus dans un monde à la Becketttechnologie en mauvais état, « surface désolée » pratiquement vide de vivant – gens, animaux, végétaux -. Les personnages sont très peu nombreux et ne sont pas obligatoirement des « personnes ».
– Nourrir la bête. Portrait d’un grimpeur d’Al Alvarez, 2001 Métailié, Points en 2021. Traduction d’Anatole Pons-Remaux. Al Alvarez (1929-2019) a été critique littéraire pour des revues comme le New Yorker, professeur d’université puis s’est consacré à des sujets qui lui tenaient à coeur comme l’escalade. Ce livre est le beau portrait d’un homme, Mo Antoine, spécialiste de très haute montagne, bon vivant, avec une vraie philosophie sur le risque, et sur la vie ensemble pour atteindre les sommets.
209 rue St Maur Paris Xè – autobiographie d’un immeuble de Ruth Zylberman, Seuil- Arte éditions, 2020 : venu du documentaire du même nom, sorti à Arte en 2018.
Ruth Zylberman reconstitue l’histoire d’un immeuble, de ses habitants, principalement pendant et depuis la guerre de 1939-1945. Ce sont alors des immigrés, des Juifs et elle tente de savoir ce qui leur est arrivé, de retrouver les vivants, les interroger. Moments d’émotion d’adultes revenant sur des lieux quittés dramatiquement. C’est aussi l’évolution du bâti dans une capitale : de la Commune à nos jours, la situation du quartier dans la ville, la bobo-isation, les travaux, le confort et  les surfaces des appartements.

Suite de février bientôt,
et prochain Chat Bleu, programmé le jeudi 9 mars, à 18h30

 

Chat Bleu – janvier 2023 -2)

Il a aussi été question de romans policiers :
– La disparition de Perek d’Hervé Le Tellier : un Poulpe de 1997.
Le Poulpe est une création de Jean-Bernard Pouy, une collection de polars à contraintes : on doit par exemple y trouver des personnages récurrents : Gabriel Lecouvreur, sa copine coiffeuse Cheryl. Le titre est forcément un jeu de mots. Le premier, de Pouy, s’intitulait La petite écuyère a cafté. Jean-Paul Jody a pu titrer 20 000 vieux sur les nerfs
J.B. Pouy a dit de ces livres : « Un Poulpe, tu fais ça en deux mois ou tu oublies ». N’empêche : c’est drôle et souvent réussi.
– Tout Tanguy Viel, mais plus précisément  Article 353 du code pénal, éditions de Minuit. Tanguy Viel a participé au scénario de L’innocent, film de 2022 de Louis Garrel. On n’est pas vraiment dans le polar mais pas loin.
– Hervé Le Corre : L’homme aux lèvres de saphir, roman policier historique, une merveille parue en 2004 chez Payot et Rivages. En 1870, à Paris, des meurtres…
et de « patrimonial » :
– Blaise Cendrars, l’auteur-voyageur, fasciné par Sarah Bernhardt, proche des Delaunay, de Fernand Léger avec Emmène-moi au bout du monde !…, éditions Denoël, 1956, et Aujourd’hui, une compilation d’articles parus entre 1914 et 1930. Un écrivain dans son temps.
– Françoise Héritier, le goût des autres,un bel hommage de Laure Adler à celle qui fut la première femme anthropologue au Collège de France. Ses sujets d’études se sont concentrés sur la domination masculine. Elle a aussi agi contre cette domination avec le « bus des femmes », créé pour aider les prostituées.

Prochain Chat Bleu prévu jeudi 9 février à 18h30. Le suivant, le 9 mars. 

Chat Bleu – janvier 2023 – 1)

Des vins coups de coeur pour cette nouvelle année :
un vin nature en rouge du domaine Ricardelle de Lautrec, près des Corbières. Un petit vignoble, le long de la voie romaine, quatre générations de vignerons. Proche du pinot noir, souple, soyeux, idéal à l’apéritif et sur des plats exotiques.
un blanc du Languedoc, plutôt sec, bio, cépage « L’accord »,

Ils accompagnaient
– Dem de William Melvin Kelley (1937-2017), auteur afro-américain. Ce livre est sorti en 1967 aux Etats-Unis, en France au Castor Astral en 1992 et à La Croisée en 2001. Il est maintenant trouvable chez 10-18. Traduction de Michelle Herpe-Voslinsky. Moments de la vie d’un couple blanc, middle-class, la trentaine, Mitchell et Tam. Ils sont peu sympathiques et leur relation n’est pas enthousiasmante mais ils attendent pour la deuxième fois un enfant. Pardon, deux…de deux couleurs différentes…
– Détails, II – Suite et fin – Faits de Marcel Cohen, éditions Gallimard, 2021 : des notes sur des sujets extrêmement différents : la vie des marins philippins, l’usage du portable, la ville d’Anniston en Alabama polluée par Monsanto, les chevaux pendant la guerre de 14, des horlogers d’exception, mais, surtout un très beau chapitre, sur « les paysages cénotaphes, selon l’expression du critique d’art et universitaire Pierre Wat », et un autre sur les révoltants « souvenirs d’Auschwitz ».
– 
Fenêtres sur le Japon d’Eric Faye, éditions Picquier, 2021 : un magnifique réservoir de lectures et de films. Si on est fasciné par ce pays, on connaît bien sûr beaucoup de ces  références ( comme Tanizaki, Oé, Sekiguchi, Ozu, Naruse). Mais vraiment pas toutes, loin de là, ( Endô, Ooka  ou Shindô par exemple) !
Eric Faye, aussi écrivain et voyageur, avec Christian Garcin ou seul, avance par thèmes : la fermeture du pays, les femmes, les Burakumin, l’empereur, la bombe ou des concepts spécifiques à l’archipel : le « Ma« .

Trouvé par ailleurs dans un petit livre de Benoit Reiss chez Esperluète, 2018 : « Si un jour tu veux raconter le Japon, prends des ciseaux, coupe des petits et des grands morceaux et jette tout en l’air. »

Prochain Chat Bleu prévu le jeudi 9 février à 18h30.
Mais on n’a pas parlé que de ça…Un Chat Bleu janvier – 2) devrait suivre.

Chat Bleu – décembre 2022 -1)

commençons par les dates prévues en 2023 :
les jeudis 12 janvier, 9 février et 16 mars.
Et notez-le : l’heure change : 18h30

Jeudi dernier, nous avons bu des vins de fête :
un Blanc « bleu », oui vraiment, bleu lagon : un vin espagnol « Pasionblue ». Un chardonnay, sec, assez fruité dont la couleur, étrange mais naturelle, vient de la maturation du raisin. – un hommage à l’équipe de France ? Euh …non…
En rouge, plus classiquement, un Saint Emilion de 2017

Ils accompagnaient des livres à couverture de fête :
deux textes de femmes parus auparavant chez Folio sous une autre jaquette. Deux livres qui ont reçu des prix lors de leur première publication. Sayaka Murata a obtenu avec Kombini, renommé La fille de la supérette, le prix Akutagawa au Japon en 2016 et Notre-Dame du Nil, le prix Renaudot en 2012.
Le Murata, comme son titre l’indique, parle d’une jeune femme qui travaille dans un de ces petits magasins ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Sauf que ce n’est plus une si jeune femme, que ces boulots sont habituellement réservés à des étudiants, qu’il n’est donc pas normal qu’elle reste là pendant des années. Plus ou moins autobiographique, cela parle de la norme au Japon, de quelqu’un de différent qui trouve ses solutions pour correspondre à cette norme.
Le Scholastique Mukasonga évoque le Rwanda après…
Nous sommes, loin de toute ville, dans une institution privée pour jeunes filles plutôt riches. Leurs prénoms indiquent leur place sociale, Gloriosa est du bon côté de la barrière. Son amie Modesta mi-Hutue, mi-Tutsie n’est là que grâce aux quotas…

– Et, last but not least, un troisième livre de femme : un premier roman paru lors de la rentrée littéraire de septembre 2022, aux éditions de Minuit : En salle de Claire Baglin.
L’auteure est née en en 1998 ! Elle livre en parallèle l’enfance – dans une famille ouvrière, le père à l’usine, la mère au foyer, la récup’, le choix des restaurants pas chers au moment des vacances – et le travail dans un fast-food de la fille devenue majeure : les différents postes, plus ou moins durs, plus ou moins « prestigieux », la manière dont vous parlent le directeur et le petit chef, l’évaluation… Une écriture qui rend compte sans sentiments. Pourtant, les sentiments, les sensations sont là : fierté du père qui reçoit une médaille au travail, rivalité entre les petites mains de la restauration rapide, orgueil des petits détenteurs de pouvoir, pression permanente…