Avec Itinéraire, 1962/2012, éditions de Minuit, de Robert Bonnaud (1929-2013), nous ne sommes pas dans la fiction.
Itinéraire fait partie de la collection Documents et contient des lettres, des articles, tous en lien avec » les événements « d’Algérie.
Robert Bonnaud est enseignant, agrégé d’histoire, homme de gauche, anticolonialiste. Il l’est depuis toujours et le temps qu’il passe en Algérie en tant que réserviste rappelé, en 1956, le confirme dans cette vision des choses. Il voit des horreurs, en rend compte, s’indigne entre autres contre le P C qui a, lui aussi, voté les pouvoirs spéciaux. Il est emprisonné aux Baumettes en 1961-62 pour sa résistance à cette guerre menée par la France.
Je disais, dans le post précédent, mon embarras lié au fait d’oser « jouer » avec des livres durs, sérieux, basés sur des faits réels, sociaux ou historiques plus ou moins atroces. C’est évidemment aussi le cas ici. Mais l’idée étant de lire et partager des textes importants et peut-être oubliés, tant pis… je me le permets…
Voilà donc quelques Poèmes Express issus de Itinéraire :
– Le temps passe, ne connaît pas de bord.
– Je demande au comique de faire tomber le politique.
– Il n’y a plus qu’une solution et des militaires en rêvent : des tueries du désir.
– Le Français découpe la Française avant de se demander s’il assume.
– Les anciens manquent, les dents s’émeuvent.
– Des illusions apparaissent, en apparence en tous cas.
– Je n’entends pas les mots et il m’est arrivé des romans.
– L’homme de la rue a les pieds fondus.
La Pièce Unique N° 135 est adressée à Alexandre Feraga, l’auteur de Après la mer, paru chez Flammarion en 2019 – qu’on aimerait bien voir arriver en poche pour le proposer à des élèves de bac pro – .
Cet envoi peut se faire grâce à Jany P., une vraie littéraire, qui travaille au Grand R à La Roche-sur-Yon.
Une lettre au courrier, une écriture de médecin… Michel Simonot parle de son ressenti sur sa Pièce Unique. Et c’est super gentil ! :
Tout bouge autour de moi raconte la catastrophe mais évoque aussi l’histoire de l’île, la manière dont elle est vue dans le monde. Première à revendiquer son indépendance, on lui en veut et on ne retient d’elle que son image de misère et de violence : p. 78 : « Il n’y a pas un seul film sur la plus grande guerre coloniale de tous les temps, celle qui a permis à des esclaves de devenir des citoyens par leur seule volonté. » (…) « Je vois poindre un nouveau label qui s’apprête à nous enterrer complètement : Haïti est un pays maudit. »
Partir léger, un an de chroniques dans Libération, paru chez Actes sud en 2020 est la Pièce Unique N° 131. Pas un roman, donc mais de courts textes en lien avec le voyage. Interviewé sur France Inter, Pierre Ducrozet disait : « Voyager, c’est apprendre que l’on n’est rien du tout. » Il doit avoir besoin de le ré-apprendre assez souvent puisque il en est à plusieurs « tours du monde ». Dans celui-ci, il dit la vie du corps sur l’ Anapurna comme dans Kao San Road à Bangkok, nous fait côtoyer Henri Michaud et Nicolas Bouvier, dit son admiration de Patrick Deville. Il parle aussi d’écologie, de politique et un peu de la pandémie puisqu’elle a arrêté son périple au Japon.



