Sept nouvelles enfin assemblées. Entre Lignes croisées sorti début 2012 et les rééditions en 2013, chez Press Pocket, de L’effet carabin et de Obsession elle . Du beau noir!
Et comme on se mêle de tout : 7) Olivia Rosenthal / Georges Pérec, « grave mais plutôt amusant »
Dans le cadre des rencontres « Entendez voir, la littérature est-elle soluble dans la télévision? », la MEL (Maison de l’ Ecrivain et de la Littérature) et l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) invitent un auteur à qui ils passent commande : choisir un autre auteur, le « lire » à travers les archives de l’INA et écrire un texte. Le mercredi 7 novembre, Olivia Rosenthal, elle-même présentée par Frédéric Ferney comme « un écrivain grave mais plutôt amusant », avait choisi Georges Pérec. N’est-ce pas aussi une bonne définition de Georges Pérec? Evidemment puisque la proposition est bâtie sur des affinités électives!
Olivia Rosenthal, publiée aux éditions Verticales depuis les années 1990, a un monde à elle, une phrase à elle que, dernièrement beaucoup ont découverts puisque son roman Que font les rennes après Noël? a obtenu le prix du livre Inter 2011 et est trouvable en livre de poche. Il faut lire les 5 ou 6 précédents, Puisque nous sommes vivants (2000), On n’est pas là pour disparaître (2007) etc…, les suivants.
A l’auditorium du Petit Palais, la rencontre se passe en trois temps : le visionnement des extraits d’émissions sélectionnés, ici cinq, de 1965, juste après Les choses, à 1975, puis la lecture du texte créé, enfin une parole autour des extraits, du texte produit, de ce qui l’ a permis.
Etonnant de retourner à un écrivain non par ses livres mais à travers ses interventions enregistrées, sa manière de se dire, de dire l’évolution de son travail. Etonnant et porteur, comme un éclairage. Un plaisir de voir et entendre Pérec en 1972, dans son programme d’écriture-puzzle, sa volonté tranquille d’accéder « à une totalité mais par le biais du fragment » (1).
Evident donc que quand un auteur parle d’un disparu, celui-ci parle de l’auteur vivant. Comme G. Perec, le « chercheur en littérature (2) », O. Rosenthal travaille sur des documents, apprend sur un sujet, de la vie animale à Alzheimer en passant par la glande pinéale… Comme G. Perec, O.Rosenthal pourrait sans doute parler de la » jubilation d’énumérer
(3) ». Ces deux auteurs se présentent avec la même simplicité, la même implication.
(1-2) : O.Rosenthal, le 7 novembre 2012
(3) : G.Pérec, 1972,
Les rencontres littéraires de la MEL ont en général lieu à l’auditorium du Petit Palais
www.m-e-l.fr
Le Crifo nouveau arrive 2)
Voilà (bientôt) enfin rassemblées des nouvelles écrites entre 1998 et 2012. Nouvelles dispersées, parues dans des quotidiens nationaux, des fanzines, des recueils thématiques, avec d’autres auteurs, nouvelles totalement remaniées pour deux d’entre elles, nouvelles jamais éditées : deux, peut-être les plus belles.
Sept nouvelles. Il était important de les donner à lire ensemble.
Même s’il en manque, même si une, par exemple, pour de bêtes raisons de droits, nous manque : « Léa » (1),
pour connaître Thierry Crifo, sa phrase et son amour des mots que Romain Slocombe évoque si bien dans sa préface, il était essentiel de publier, à côté de ses romans très écrits et forts, ces nouvelles sur la ville, sur les nuits, VILLE DE NUITS.
(1) « Léa », texte étonnant, superbe exercice d’admiration, revisi(tati)on d’un moment de « Razzia sur la chnouf » livre d’Auguste Le Breton et film d’Henri Decoin.
Et comme on se mêle de tout : 6) Rokia Traoré en concert
Rokia Traoré, chanteuse
( et quelle chanteuse!) du Mali,
donne une série limitée de concerts avant la sortie de son prochain album en mars 2013. Le Volcan Maritime du Havre l’accueillait le 16 octobre. Voix et cordes.
Visuellement (un concert, c’est aussi cela) : à gauche, trois hommes, instrumentistes : kora, n’goni, balafon. A droite, trois femmes dont on peut penser au début que ce sont juste des choristes à l’américaine : belles nanas, sculpturales dans leurs longues robes rouges : gestes stéréotypés, voix douces. Une autre femme, Rokia Traoré, tête rasée, plus fine, dans un vêtement plus sophistiqué.
Cette femme frêle a une superbe voix. Elle chante. Elle parle de sa fondation « Passerelle » qui soutient des musiciens maliens et laisse la place, chacune leur tour, à ces jeunes femmes qu’on croyait « presque-Claudettes ». Et là, des voix, des vraies, amples, personnelles, pas seulement d’accompagnatrices!
Des chants malinké mais aussi d’autres pays d’Afrique de l’ouest, du Bob Marley et ! Etonnement et émotion garantie! : »Chez ces gens-là » de Brel! OUAH!
Le Crifo nouveau arrive…
Notre prochain livre, « Ville de nuits » est bientôt sous presse !
Comme avant-goût, voici la 4ème de couverture :
« Thierry Crifo f
ait résonner les voix paumées de la société (…) Et toute l’injustice, l’accumulation, le trop-plein, la connerie, la dégueulasserie conduisent à cet instantané où le monde bascule, où les verrous sautent, les plombs pètent, les digues cèdent, précipitant l’être humain dans le fait divers, terrifiant ou sordide ou tout simplement triste et banal à en chialer. C’est ce cheminement sombre et tragique à travers la nuit de la ville et des banlieues qui nous est conté et dont les accents bouleversent. »
Romain Slocombe
Et comme on se mêle de tout : 5) Tobie Nathan
L’ethnopsychiâtre auteur de polars est venu présenter « Ethno-roman », autobiographie intellectuelle, à la Galerne, grande librairie indépendante du Havre – la plus belle de France selon Jean Bernard Pouy -.
Tobie Nathan, particulièrement disert, a des formules belles et marquantes : « on est constitués des mondes qui nous ont traversés ». Du Caire de 1948 à Gennevilliers et ses migrants, années 50 : « Ce qui est intéressant dans ce monde, c’est ses autres » ou encore « les communistes nous dénoyautaient la tête ».
Il explique son entrée en psychanalyse, en 1968, un « endroit en friche, ouvert » : « les émigrés excellent en ces endroits ». Et de faire le parallèle avec la boxe, le rap. Aviez-vous pensé à la psychanalyse comme au rap d’alors : une niche pour ceux qui ne sont pas les héritiers? Il raconte sa rencontre avec Georges Devereux, pas un professeur, un « Maître » « qui m’a fabriqué en tant qu’être intellectuel ».
Et puis, et puis, il faut lire « Ethno-roman » pour en savoir plus par exemple sur la technique de Tobie Nathan soignant, le travail dans la langue du patient, en équipe, avec des traducteurs. Et puis, et puis, il faut lire « Ethno-roman » pour penser à ces mondes qui nous ont traversés nous aussi!
Et comme on se mêle de tout : 4) l’expo de Paul Graham
au BAL,
(joli nom, non?),
association des amis de Magnum,
6 impasse de la Défense 75018, près de la place Clichy et du cinéma des cinéastes,
(joli endroit aussi!) : café, librairie de photographie et galerie :
on peut voir jusqu’au 9 décembre, le travail du photographe Paul Graham : petite rétrospective, après Londres et Essen, qui va de « Beyond caring » (1984-85) à « the present » (2011).

« Beyond caring »,c’est une enquête sociale dans l’Angleterre de Margaret Thatcher: photos couleur – ce qui, vu le sujet, dérange alors – prises dans des lieux improvisés d’aide sociale. On lui a refusé le droit de photographier. Il déclenche sans viser, l’appareil au sol ou sur une chaise. Et ce qui saute aux yeux, c’est la laideur des lieux, la tristesse des attitudes, la juxtaposition des solitudes. Etrange effet que de regarder, en 2012, dans un bel espace (bobo?), une exposition sur un tel sujet, historique certes mais aussi actuel…
« The present » montre des scènes de rue dans New York : elles vont par deux, captées à quelques secondes l’une de l’autre.
Le travail engagé de Paul Graham, loin du bavardage et des fioritures, passe par le spectaculaire « American night » (1998-2002) où il montre la diversité des USA en surexposant ses images des quartiers défavorisés au point de les rendre pratiquement invisibles.
Une expo intelligente aux sujets toujours contemporains.
Et comme on se mêle de tout : 3) Le dernier film de Noémi Lvovsky!
Si on cherche « fraîcheur » dans un dictionnaire de synonymes, on trouve par extension : « grâce ».
CAMILLE REDOUBLE, c’est ça :
une grande fraîcheur, (de) la grâce,
parce que le film est basé sur une jolie idée : le retour en enfance, en sachant la suite et surtout parce que Noémi Lvovsky joue parfaitement, ou plutôt ne joue pas.
Elle est Camille, à 16 comme à 40 ans.
Un livre nous a plu : « Dans l’ombre »
un presque faux polar,
un presque vrai livre de politique,
un roman à quatre mains, le deuxième
d’Edouard Philippe, actuel maire du Havre et Gilles Boyer.
En France, une élection présidentielle pleine de danger après des primaires où il semble qu’il y ait eu fraude. C’est l’apparatchik du présidentiable, narrateur, qui révèle les coulisses d’une campagne électorale avec morts.
Un ton plein d’humour mais pas seulement :
impression de sincérité au royaume assumé de l’insincère, impression qu’au-delà de l’histoire policière qui fonctionne, on nous parle, de l’intérieur, tous camps confondus, vraiment, de ce milieu-là, de ces moments-là.
(ed.J.Cl.Lattès 2011, livre de poche 2012)
Et comme on se mêle de tout… : 2) CINEMA!
On adore la bande-annonce de rentrée du cinéma 2012 faite par la fédération des cinémas français et BNP Paribas. Allez voir!
Bonne rentrée en émotions!