Et comme on se mêle de tout : 14) LE GOUT DES AUTRES, 2ème édition

    Quand, aux informations nationales, on parle du Havre (et pas pour une fermeture d’usine ou de foyer de travailleurs), quand Radio-France nous dit, du festival littéraire LE GOUT DES AUTRES : « un évènement France-culture », nous sommes légitimement fiers.
Quand nous y assistons, voyons et entendons cette deuxième édition, nous sommes toujours aussi fiers et toujours aussi légitimement.
Le premier festival, en janvier 2012, était du genre : tous les goûts sont dans la nature…On y recevait Chamoiseau, Ovaldé, Winckler, Deville et bien d’autres. C’était bien, intéressant puisqu’il était question de livres, mais sans colonne vertébrale.

Cette fois, tout tourne autour d’Aimé Césaire à l’occasion du centenaire de sa naissance et parce que, quand il est venu en 1931 faire ses études en métropole, il est arrivé par Le Havre. Le Havre, port négrier, qui, comme Nantes, sans faire action de repentance, essaie de travailler sur son passé et de comprendre le présent. LE GOUT DES AUTRES 2013 parle donc de la « Négritude » et reçoit pour cela des auteurs noirs – qui soulignent… qu’on ne dirait pas d’un écrivain blanc qu’il est blanc… ,qui peuvent s’énerver des compartiments où on les parque – auteurs américains : Percival Everett, Eddy L. Harris, francophones : Nimrod, Gaston-Paul Effa, Alain Mabanckou, Lyonel Trouillot, fiers d’une langue qu’ils perpétuent et augmentent, langue que certains Français (même  et surtout franchouillards) ne savent plus manier…
Cette langue, des comédiens viennent la faire entendre : André Wilms, Marianne Denicourt, Daniel Mesguich… Anne Alvaro a incroyablement lu des extraits de « Bicentenaire » et « les dits du fou de l’île » de L.Trouillot. Denis Lavant a immensément dit l’immense « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire.
Un superbe festival d’histoire, de politique et de littérature avec une fin digne de lui : « Cahier d’un retour au pays natal »  de Césaire en concert-lecture-création.
En chiffre, c’est 8000 entrées (vive aussi Lilian Thuram!) :  et une vraie qualité d’écoute, 8000 vrais moments d’écoute.

Et comme on se mêle de tout : 13) « Jérôme » de Jean-Pierre Martinet

Gardé dans les armoires de Jean-Jacques Pauvert, sorti par les éditions Sagittaire (1978), réédité par Finitude (2008):
un livre prisonnier
un livre (dé)libéré
un livre noir
un livre hors-norme
un livre poème
un livre fond/forme
un livre – littérature
un livre – cinéma
un livre de contraires
un livre funèbro/jubilatoire
un livre horriblement beau
un livre de désir
un livre paranoïa
un livre  MOTSNUMENT
un livre, donc, à (faire)
 lire…

Et comme on se mêle de tout : 12) Air doll de Hirokazu Kore-Eda, Japon, 2010

Air doll est  une ode au cinéma, fiction et simulacre et un film d’une grande richesse !
C’est moins l’histoire d’une poupée gonflable que d’un autre Pinocchio, moins une fable érotique qu’un conte philosophique : la naissance d’un être neuf s’ouvrant à la vie, au savoir et aux autres. Inspiré d’un manga dans lequel la poupée était seule, le film parle, lui, beaucoup du lien ou de son impossibilité et montre des solitudes juxtaposées, des stratégies de compensation.
« Je suis vide à l’intérieur » avoue la poupée à un vieil homme qui répond : « A notre époque, ils le sont tous ». Elle est « Candide » dans son rapport au mot, ce qui entraîne la mort : « Où est ta valve? » demande-t’elle à l’homme qu’elle aime et qui lui avait dit qu’ils étaient pareils. Elle a honte d’être un ersatz (la superbe scène du regonflage dans le magasin de vidéos où elle travaille) mais s’aperçoit que l’ersatz est une norme. Par le souffle, elle a un coeur, éprouve la compassion, l’amour et sa douleur, la jalousie et le dégoût. Par le souffle, elle est devenue vivante mais accepte, elle, de vieillir et de mourir (elle jette la pompe qui la regonflerait à jamais).

au cinéma Le Studio, Le Havre, jusqu’au 15 janvier

Comme on se mêle de tout : 11) « le gouffre » aux éditions du Sonneur

Les éditions du Sonneur créées en 2005 publient des textes ou inédits, ou oubliés, méconnus. « Le gouffre » de Frank Norris (1870-1902), paru en 1903, entre dans cette deuxième catégorie et sa modernité est étonnante. Non par son écriture : Norris, influencé par Zola, est un pionnier du naturalisme aux Etats-Unis, mais par son sujet: la spéculation, un « jeu », « pire que la morphine! ». Nous sommes à Chicago, à la bourse au blé où s’affrontent  « baissiers » et « haussiers » : « et les fermiers souffraient ». Le propos est moral, social. La punition est à la hauteur de la faute et la scène de la chute est très cinématographique.
L’autre affrontement dont parle le texte est celui des hommes qui spéculent et des femmes qui aiment et ne comprennent rien à ce qui se passe à la corbeille. L’argent, le pouvoir sont du côté de la virilité contre l’amour et l’art, propres au féminin et finalement gagnants…

Les critiques qui font plaisir !

« Ville de nuits », 7 nouvelles de Thierry Crifo chez un nouvel éditeur havrais, Rue du départ

Faire la connaissance d’un nouvel éditeur, c’est bien. Quand, parmi ses premières publications, on trouve un recueil de nouvelles de Thierry Crifo, c’est encore mieux, vu qu’on aime bien Thierry Crifo.
L’éditeur s’appelle Rue du Départ, et c’est au Havre que la petite équipe a décidé de se lancer dans l’aventure. Aujourd’hui, il nous offre trois recueils de nouvelles noires signés Dominique Delahaye, Pascal Millet et Thierry Crifo. Trois livres de petit format, joli papier, jolie typo, belles couvertures très graphiques, en deux couleurs, signées du graphiste maison, Eric Enjalbert, chouette tir groupé !
Dans Ville de nuits, Thierry Crifo nous propose sept nouvelles noires, des personnages formidablement émouvants, des histoires humaines terriblement modestes ou terriblement effrayantes…
Lire la suite sur le blog de Catherine Velda

Claude Le Nocher aussi a aimé

…une vraie sensibilité émane des histoires racontées par Thierry Crifo, dans ces portraits qui dessinent les blessures et les petits bonheurs de ses personnages. Que les dénouements soient sombres ou plus optimistes, les récits sont forts en images véridiques, parfois cruelles, comme en émotions. Pour les lecteurs connaissant encore peu ou mal cet auteur, ce recueil est le bienvenu…
Lire la suite sur le blog de Claude Le Nocher

Et comme on se mêle de tout : 10) Yves Pagès au théâtre du Rond-point

le 1er décembre, dans une des conférences-performances des « Trousses de secours en période de crise », spectacles courts, à 18h30. Humour des mots. Amour des jeux. « internet/interflou », « flou tendu »… un patron de gros groupe du monde de l’édition, Jean-Michel Michel, s’adresse à son staff (nous, les spectateurs) et donne ses consignes pour que le groupe en question soit toujours plus concurrentiel. L’utilisation du vocabulaire du management, de la politique mixé à la culture. Des grands mots, du petit sens. Des emprunts, réaménagés, acronymés. Rien d’inventé, juste du libéralisme assemblé, du concassé, avec voix de crooner et diction  de commercial de plus en plus en perdition : vraiment DRÔLE et pas que!

Yves Pagès, écrivain, éditeur, tient un blog.

Et comme on se mêle de tout : 9) « Guns! Guns! Guns! » à Automne en Normandie

Un spectacle qui fait sourire, rire, sursauter, réfléchir, donne les larmes aux yeux. Guns! Un concentré d’énergie : le XXème siècle en liste à la Pérec, du communisme à Tupperware en passant par les camps, le Vietnam et Batman…Du cabaret politique, quelques fois politiquement incorrect. Guns! Guns! Ca marche, c’est fort, intelligent, plein de vie – alors qu’on est immergé dans une langue qu’on ne maîtrise pas, avec un sous-titrage, voire deux -. Le BLITZ THEATRE GROUP, troupe grecque formée en 2004, fourmille d’idées, d’humour et de poésie. Guns! Guns! Guns!

Et comme on se mêle de tout : 8) Craig Johnson

Un Américain au Havre, à la Galerne le 13 novembre et au festival « La fureur du noir » de Lamballe les 17 et 18 novembre. Un vrai, avec stetson et son éditeur français Olivier Gallmeister en traducteur.

Mais d’abord, parlons des éditions GALLMEISTER : elles se sont fondées en 2006, sur la « Nature Writing », les auteurs américains et comptent maintenant  trois collections de plus :  « Americana » (dont le très beau Méditation en vert de Stephen Wright), « Noire » avec des écrivains comme Trevanian, Tapply, Craig Johnson et « Totem », les reprises en poche. GALLMEISTER, c’ est aussi une maquette distinguée, sobre : en première de couverture une belle couleur, une photo N.B. en lucarne, qu’on retrouve pleine page en 2è et 3è de couverture. La chance sourit à la « petite » maison en 2010, avec la découverte de David Vann et son Alaska : les prix  dont le Médicis étranger s’accumulent, gros tirage, reconnaissance, visibilité.

Craig Johnson maintenant  : c’est le Wyoming, ses paysages et ses extrêmes climatiques. Les Indiens. Son héros, Walt Longmire, mixte de Jean Valjean et Athos (dixit l’auteur), un shérif sentimental, éprouvé par la vie, cultivé. Des personnages  avec une vraie épaisseur, en perpétuelle évolution dans une série (9 livres aux USA, le 4è vient de sortir en France : Enfants de poussière et un 5è arrive en février 2013)
Craig Johnson suit immanquablement le conseil que lui donna  Tony Hillerman: « Ne laisse jamais l’écriture se mettre entre une bonne histoire et toi! »

Paris, Lamballe, les 16-17-18 novembre, nous y serons!

A Paris, dans le Marais, à « L’AUTRE LIVRE »,  10ème édition du salon des éditeurs indépendants, Rue du Départ y est et en est bien content!

A Lamballe, Bretagne, à « FUREUR DU NOIR », festival hyper reconnu du polar,   Dominique Delahaye, auteur de Pile et face y est et nous en sommes bien contents!