Et comme on se mêle de tout : 8) Craig Johnson

Un Américain au Havre, à la Galerne le 13 novembre et au festival « La fureur du noir » de Lamballe les 17 et 18 novembre. Un vrai, avec stetson et son éditeur français Olivier Gallmeister en traducteur.

Mais d’abord, parlons des éditions GALLMEISTER : elles se sont fondées en 2006, sur la « Nature Writing », les auteurs américains et comptent maintenant  trois collections de plus :  « Americana » (dont le très beau Méditation en vert de Stephen Wright), « Noire » avec des écrivains comme Trevanian, Tapply, Craig Johnson et « Totem », les reprises en poche. GALLMEISTER, c’ est aussi une maquette distinguée, sobre : en première de couverture une belle couleur, une photo N.B. en lucarne, qu’on retrouve pleine page en 2è et 3è de couverture. La chance sourit à la « petite » maison en 2010, avec la découverte de David Vann et son Alaska : les prix  dont le Médicis étranger s’accumulent, gros tirage, reconnaissance, visibilité.

Craig Johnson maintenant  : c’est le Wyoming, ses paysages et ses extrêmes climatiques. Les Indiens. Son héros, Walt Longmire, mixte de Jean Valjean et Athos (dixit l’auteur), un shérif sentimental, éprouvé par la vie, cultivé. Des personnages  avec une vraie épaisseur, en perpétuelle évolution dans une série (9 livres aux USA, le 4è vient de sortir en France : Enfants de poussière et un 5è arrive en février 2013)
Craig Johnson suit immanquablement le conseil que lui donna  Tony Hillerman: « Ne laisse jamais l’écriture se mettre entre une bonne histoire et toi! »

Et comme on se mêle de tout : 7) Olivia Rosenthal / Georges Pérec, « grave mais plutôt amusant »

Dans le cadre des rencontres « Entendez voir, la littérature est-elle soluble dans la télévision? », la MEL (Maison de l’ Ecrivain et de la Littérature) et l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) invitent un auteur à qui ils passent  commande : choisir un autre auteur, le « lire » à travers les archives de l’INA et écrire un texte. Le mercredi 7 novembre, Olivia Rosenthal, elle-même présentée par Frédéric Ferney comme « un écrivain grave mais plutôt amusant », avait choisi Georges Pérec. N’est-ce pas aussi une bonne définition de Georges Pérec? Evidemment puisque la proposition est bâtie sur des affinités électives!
Olivia Rosenthal, publiée aux éditions Verticales depuis les années 1990, a un monde à elle, une phrase à elle que, dernièrement beaucoup ont découverts puisque son roman Que font les rennes après Noël? a obtenu le prix du livre Inter 2011 et est trouvable en livre de poche. Il faut lire les 5 ou 6 précédents, Puisque nous sommes vivants  (2000), On n’est pas là pour disparaître (2007) etc…, les suivants.
A l’auditorium du Petit Palais, la rencontre se passe en trois temps :  le visionnement des extraits d’émissions sélectionnés, ici cinq, de 1965, juste après Les choses,  à 1975, puis la lecture du texte créé, enfin  une parole autour des extraits, du texte produit, de ce qui l’ a permis.
Etonnant de retourner à un écrivain non par ses livres mais à travers ses interventions enregistrées, sa manière de se dire, de dire l’évolution de son travail. Etonnant et porteur, comme un éclairage. Un plaisir de voir et entendre Pérec en 1972, dans son programme d’écriture-puzzle, sa volonté tranquille d’accéder « à une totalité mais par le biais du fragment » (1).
Evident donc que quand un auteur parle d’un disparu, celui-ci parle de l’auteur vivant. Comme G. Perec, le « chercheur en littérature (2) », O. Rosenthal travaille sur des documents, apprend sur un sujet, de la vie animale à Alzheimer en passant par la glande pinéale… Comme G. Perec, O.Rosenthal pourrait sans doute parler de la » jubilation d’énumérer (3) ». Ces deux auteurs se présentent avec la  même simplicité, la même implication.

(1-2) :  O.Rosenthal, le 7 novembre 2012
(3) : G.Pérec, 1972,

Les rencontres littéraires de la MEL ont en général lieu à l’auditorium du Petit Palais
www.m-e-l.fr

 

 

 

Et comme on se mêle de tout : 6) Rokia Traoré en concert

Rokia Traoré, chanteuse
( et quelle chanteuse!) du Mali,
donne une série limitée de concerts avant la sortie de son prochain album en mars 2013. Le Volcan Maritime du Havre l’accueillait le 16 octobre. Voix et cordes.
Visuellement (un concert, c’est aussi cela) : à gauche, trois hommes, instrumentistes : kora, n’goni, balafon. A droite, trois femmes dont on peut penser au début que ce sont juste des choristes à l’américaine : belles nanas, sculpturales dans leurs longues robes rouges : gestes stéréotypés, voix douces. Une autre femme, Rokia Traoré, tête rasée, plus fine, dans un vêtement plus sophistiqué.
Cette femme frêle a une superbe voix. Elle chante. Elle parle de sa fondation « Passerelle » qui soutient des musiciens maliens et laisse la place, chacune leur tour, à ces jeunes femmes qu’on croyait « presque-Claudettes ». Et là, des voix, des vraies, amples, personnelles, pas seulement d’accompagnatrices!
Des chants malinké mais aussi d’autres pays d’Afrique de l’ouest, du Bob Marley et ! Etonnement et émotion garantie! : »Chez ces gens-là » de Brel! OUAH!

 

Et comme on se mêle de tout : 5) Tobie Nathan

L’ethnopsychiâtre auteur de polars est venu présenter « Ethno-roman », autobiographie intellectuelle, à la Galerne, grande librairie indépendante du Havre – la plus belle de France selon Jean Bernard Pouy -.

Tobie Nathan, particulièrement disert, a des  formules belles et marquantes : « on est constitués des mondes qui nous ont traversés ». Du Caire de 1948 à Gennevilliers et ses migrants, années 50 : « Ce qui est intéressant dans ce monde, c’est ses autres » ou encore « les communistes nous dénoyautaient la tête ».

Il explique son entrée en psychanalyse, en 1968, un « endroit en friche, ouvert » : « les émigrés excellent en ces endroits ». Et de faire le parallèle avec la boxe, le rap. Aviez-vous pensé à la psychanalyse comme au rap d’alors : une niche pour ceux qui ne sont pas les héritiers? Il raconte sa rencontre avec Georges Devereux, pas un professeur, un « Maître » « qui m’a fabriqué en tant qu’être intellectuel ».

Et puis, et puis, il faut lire « Ethno-roman » pour en savoir plus par exemple sur la technique de Tobie Nathan soignant, le travail dans la langue du patient, en équipe, avec des traducteurs. Et puis, et puis, il faut lire « Ethno-roman » pour penser à ces mondes qui nous ont traversés nous aussi!

Et comme on se mêle de tout : 4) l’expo de Paul Graham

au BAL,
(joli nom, non?),
association des amis de Magnum,
6 impasse de la Défense 75018, près de la place Clichy et du cinéma des cinéastes,
(joli endroit aussi!) : café, librairie de photographie et galerie :
on peut voir jusqu’au 9 décembre, le travail du photographe Paul Graham : petite rétrospective, après Londres et Essen, qui va de « Beyond caring » (1984-85) à « the present » (2011).

« Beyond caring »,c’est une enquête sociale dans l’Angleterre de Margaret Thatcher: photos couleur – ce qui, vu le sujet, dérange alors –  prises dans des lieux improvisés d’aide sociale. On lui a refusé le droit de photographier. Il déclenche sans viser, l’appareil au sol ou sur une chaise. Et ce qui saute aux yeux, c’est la laideur des lieux, la tristesse des attitudes, la juxtaposition des solitudes. Etrange effet que de regarder, en 2012, dans un bel espace (bobo?), une exposition sur un tel sujet, historique certes mais aussi actuel…
« The present » montre des scènes de rue dans  New York : elles vont par deux, captées à quelques secondes l’une de l’autre.
Le travail engagé de Paul Graham, loin du bavardage et des fioritures,  passe par le spectaculaire « American night » (1998-2002) où il montre la diversité des USA en surexposant ses images des quartiers défavorisés au point de les rendre pratiquement invisibles.
Une  expo intelligente aux sujets toujours contemporains.

 

Et comme on se mêle de tout : 3) Le dernier film de Noémi Lvovsky!

Si on cherche « fraîcheur » dans un dictionnaire de synonymes, on trouve par extension : « grâce ».
CAMILLE REDOUBLE, c’est ça :
une grande fraîcheur, (de) la grâce,
parce que le film est basé sur une jolie idée : le retour en enfance, en sachant la suite et surtout parce que Noémi Lvovsky joue parfaitement, ou plutôt ne joue pas.
Elle est Camille, à 16 comme à 40 ans.

Et comme on se mêle de tout… : 2) CINEMA!

On adore la bande-annonce de rentrée du cinéma 2012 faite par la fédération des cinémas français et BNP Paribas. Allez voir!
Bonne rentrée en émotions!

Et comme on se mêle de tout : 1) la Dokumenta 13, à Kassel

Beaucoup d’entrées possibles, évidemment, dans cette énorme expo quinquennale dont la commissaire est, cette fois, Caroline Christov-Bakargiev : bien sûr, l’écologie mais aussi par exemple, l’histoire, l’engagement.

Première remarque : des mots en abondance à la Dokumenta, dans les travaux souvent, sur les cartels toujours. En anglais, en allemand.
Et ils sont indispensables puisque, nous l’avouons…., dans leur écrasante majorité, les noms des artistes nous étaient inconnus. Insuffisance personnelle ou appartenance à des histoires nationales de l’art. Resituer le travail, parler de la pièce est plus qu’utile. Elle ne se suffit souvent pas à elle-même, a besoin de son contexte pour éviter le contresens. D’autant que sont mêlés dans les mêmes lieux d’exposition, les espaces – artistes du monde entier – et les temps – XXè et XXIè siècles -.

Deuxième remarque : la volonté d’évoquer l’œuvre d’artistes disparues plus ou moins militantes, de les extraire de leur contexte historique national, de montrer leur vraie place, leur modernité : tapisseries politiques des années 30 d’Hannah Ryggen, travaux de 1927

Charlotte Salomon

Les cahiers de Charlotte salomon

de l’australienne Margaret Preston sur les « objets indigènes », pièces « ethniques » de Doreen Reid Nakamarra australienne elle aussi mais du peuple pintupi ou cahiers de Charlotte Salomon, alliage d’histoires personnelle et mondiale.
Une forme de féminisme? et alors?
D’ailleurs, superbe, la définition qu’en donne Rebecca West dans une pièce de Susan Hiller : « Je n’ai moi-même jamais été capable de découvrir ce qu’est le féminisme, je sais seulement que les gens me disent féministe chaque fois que j’exprime des sentiments qui me différencient d’un paillasson… »
Superbe aussi la pièce de Susan Hiller : « 100 chansons pour les 100 jours de la Dokumenta ». Installation sonore avec jukebox, textes au mur des chants qui ont marqué les nations du monde entier au XXè siècle et livre redonnant le contexte politique, sociologique, d’apparition de ces chants. C’était drôle, les gens restaient, écoutaient, faisaient leur choix sur le jukebox. Les jukebox, on les retrouvait dans deux cafés de Kassel, sans explication mais utilisables gratuitement.

Autre belle pièce, et nous finirons sur elle, l’installation dans le Karlsaue (n°98) « Light and belief », 2012, sur la guerre du Vietnam: sont rassemblés des portraits, scènes de guerre au crayon ou à l’aquarelle faits à l’époque par des artistes qui, dans une vidéo actuelle, parlent de ces dessins, de leur utilité alors.

Bien d’autres choses encore sont à voir à Kassel jusqu’à mi-septembre.