Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse est un des entretiens réalisés en 1977 par Mathias Greffrath avec des personnalités ayant quitté l’Allemagne en 1933. Les éditions Alllia ont publié l’entretien avec Günther Anders en 2001 puis, de nouveau, en 2022. Le philosophe se présente, de la Grande Guerre à Hiroshima, en passant par son séjour aux Etats-Unis où il ne réussit/chercha pas, par convictions politiques, à « percer ».
Ce livre présente un intellectuel déraciné : P 47 : » Je n’étais pas capable, mais je n’avais pas non plus envie d’écrire dans une langue étrangère » « d’ailleurs, je n’arrivais pas à penser dans une langue étrangère – et je pensais écrire pour l’Allemagne d’après Hitler. » Et P 61 : « à l’étranger, j’étais devenu un puriste de la langue – ce n’est pas étonnant dans la mesure où pendant quinze ans, nous n’avions pas eu d’autre chez nous que la langue, »…
Mais aussi et surtout un humaniste qui se préoccupe du monde à l’ère du nucléaire. Et, en ce moment, en cela, il a toute sa valeur !
P 66 : « …aujourd’hui, notre premier postulat doit être élargir les limites de ton imagination, pour savoir ce que tu fais. Ceci est d’ailleurs d’autant plus nécessaire que notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons : « (…) » Et un réacteur atomique, comme il a l’air débonnaire avec son toit en forme de coupole ! »
Pensons non seulement à la centrale de Zaporijia mais plus encore aux menaces d’utilisation de l’arme nucléaire qui disent, ô combien, le manque d’imagination de ceux qui les profèrent.
Voilà quelques Poèmes Express qui en sont extraits :
– Il lui serait apparu qu’on ne peut pas tout refouler.
– Platon est passé à côté de Hegel. C’était le philosophe le moins cultivé.
– Des genres littéraires exigeaient des universitaires intellectuellement anéantis.
– Les jeunes se sont sentis morts toutes les années vécues.
– Qu’est-ce qui vous fait croire qu’on va en sortir ?
– Ravage, les sentiments rendent ce terme ridiculement faible.
– Labourer le droit ou gueuler. Aujourd’hui penser inquiète.
La Pièce Unique N°159 est envoyée à Marie-Hélène L qui a oeuvré dans le monde des musées et des livres.






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Jeudi 8 septembre, commence Arty Show : un salon des lunetiers proposé depuis plusieurs années par Stéphane Brasse, de Rue des Ateliers. Jeudi soir, à partir de 18h, Rue du Départ sera là. Ce sera l’occasion de voir au Havre ses deux collections, Voyage noir et Voyageur, ensemble. De voir la qualité des maquettes, des couvertures et, bien sûr de ce qu’il y a dedans. A raison d’un ou deux livres par an, Rue du Départ se constitue, s’affirme.
Un salon qui a lieu dans un superbe magasin de mobilier contemporain, Roche-Bobois.
Freshkills est paru au Québec en 2019, puis à la Contre-allée et enfin chez Pocket. Lucie Taïeb est chercheuse en littérature, travaille la question de la mémoire. Mémoire de la dictature argentine, de la Shoah et, avec ce livre, de l’aboutissement de notre société de consommation : ses déchets. Fresh kills est le nom d’une décharge à Staten Island, créée en 1948 pour trois ans, continuée jusqu’en 2001, après le 11 septembre. Freshkills est le nom qu’on donne au lieu maintenant que l’on veut en faire un parc, un lieu sain, agréable. Transformation du nom – minime certes, juste un écart enlevé – mais efficace pour dissimuler l’histoire et la vraie composition du sol, pour faire croire à une « nature ».
Freshkills a été offert à Christian Girault, une des chevilles ouvrières de Pirouésie, comédien, chanteur baroque. Cette année, il nous a entraînés dans Le bourgeois versifié, le Bourgeois gentilhomme « traduit » en alexandrins par l’oulipien Jacques Jouet. Un atelier de mise en voix qui s’achevait… en spectacle avec la chorale éphémère d’Emmanuelle Dubost. Et pour corser encore la chose, en présence de l’auteur…