Noire est la couleur, Pièce Unique n° 42, à Nicole Dedonder

Noire est la couleur est de John Brunner (1934-1995), auteur britannique réputé de science-fiction. C’est ainsi qu’est classé le livre dans l’édition de poche française Press Pocket de 1984. Sorti en Angleterre en 1969, la même année qu’un de ses ouvrages principaux, considéré comme un classique, primé plusieurs fois : Tous à Zanzibar, il est en fait… assez peu SF… On y voit un homme revenant à Londres, y cherchant une amie, la retrouvant victime d’un Afrikaner sadique, aussi à la tête d’un complot raciste. L’aspect le plus intéressant est la place que prend la magie dans le roman.

Cette Pièce Unique n° 42 est devenue : L’étoile usera un roc. En voilà quelques poèmes express :
– Ce type était tellement clos que j’y pénétrai avec une sensation singulière.
– Naturellement elle parvint à remonter ses seins ; une sorte de souvenir.
– Il n’existait qu’un espoir absurde, une opportunité embryonnaire, imbécile… que Dieu ait le dossier…
– Avec cet homme, l’humiliation rentrait le soir à la 
maison.
– Tomber follement amoureuse d’yeux vides, me trancher la voix.
– Le mégot dans le cendrier cherche une position confortable ; le pyjama recherche le lit.

 

Et c’est envoyé à Nicole Dedonder… qui ne lit sans doute jamais ce type de littérature…. mais que j’ai retrouvée avec plaisir cet été à Pirou pour les Pirouésies. Nicole Dedonder vit en Belgique, a un livre dans la collection Mouchoir de Poche des jolies et poétiques éditions  Motus. La spécificité de cette collection, en plus de son petit format et de l’impression en blanc sur papier noir, est que la même personne écrit et illustre le texte. Je suis venu tout seul, paru en 2011, évoque un enfant qui vient sur la tombe de son frère. C’est tout doux et entre complètement dans le projet de Motus : parler de tout aux petits.

Les petites filles et la mort, Pièce Unique n° 41, à Marc Villemain

Les petites filles et la mort de Alexandre Papadiamantis (1851-1911), traduit du grec par Michel Saunier, paru chez Actes Sud en 1995, est un livre étonnant : une vieille femme, une guérisseuse, ne supporte plus ce que doivent vivre les familles pauvres accablées par la naissance des filles. Elle agit…

La Pièce Unique n° 41, 3 livres en 1, est envoyée à Marc Villemain, auteur un peu âpre, blogueur, directeur de collection aux éditions du Sonneur : quelqu’un qui ne croit pas que les livres ont une date de péremption…
Aux éditions du Sonneur, nées en 2005, dans les « grande » comme « petite collection », on trouve de petits bijoux, de Frank Norris, Le gouffre, à Josef Bor, Le requiem de Terezin en passant par Marie-Noël Rio, Pour Lili ou encore Singapour de Georges Cassel…Ce ne sont pas les plus récents ni peut-être les plus « intéressants » mais ceux qui m’ont attirée sur le stand du Sonneur au Salon de l’Autre Livre.

Voilà quelques exemples de « Poèmes express » :
La jeune femme avait échappé à tout, au jour et à l’époux.
– Elle songeait à faire des garçons, 5 ou 6, pour en donner.
– Un rire étrange, un peu étiré, tout rongé, fixé sur l’orifice.
– Le petit chiffon dormait et le souffle le berçait au milieu du ciel.
– On va gonfler, noircir, devenir.

 

Pedro Paramo, Pièce Unique n° 40, à Emmanuelle Moysan

Pedro Paramo (1955) est le seul roman du Mexicain Juan Rulfo (1917-1986), principalement connu pour son seul recueil de nouvelles, Le Llano en flammes (1953) et ses photographies. Un homme discret donc, doté d’une écriture étonnante (traduite ici par Gabriel Iaculli) qui mélange dans ce texte, morts et vivants, passé et présent du village souffrant et hanté de Comala. Pedro Paramo en est le chef tout puissant, le maître absolu des femmes, des hommes, prêtre compris. Au-dessus du mal.

Cette Pièce Unique est devenue aussi : Pape Rom rôda. En plus du texte de Rulfo, on y trouve, comme dans toutes les Pièces Uniques précédentes, un Poème Express par jour +, cette fois, une information nationale du même jour. 3 livres en 1 !
Quelques exemples :
– Le tremblement de ses mains attendait la fin de l’assassinat.
// 
La nuit européenne des musées.
– J’ai vu passer les roues. C’est à cette heure que l’on ouvre les fours et que le ciel gronde.
//
« Nous autres », deuxième édition sous la direction de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France.
– J’aimerais vous perdre. Demain, je vous montrerai les chemins.
//
28% des 720 000 élèves qui passent le bac sont des élèves de bac pro.
– Longtemps, très longtemps, un sein jeté dans le moule est un amas de cire.
// François Bayrou, garde des sceaux, annonce qu’il quitte le gouvernement.
– Le fait est qu’il s’attendait à donner un pied de femme. Allons, allons, ce n’est pas grand chose.
//
La centrale de Fessenheim complètement à l’arrêt.
Les vieux, c’est les ombres de la terre, c’est les dernières lèvres.
//
Le Parlement donne son accord définitif à la réforme du code du travail par ordonnances.

Cette Pièce Unique n° 40 est envoyée à Emmanuelle Moysan, rencontrée lors de différents salons du livre, à Caen, Paris surtout. Responsable littérature chez L’Harmattan de 1995 à 2013, elle a créé Le Soupirail en 2014 où elle propose des textes exigeants. Grâce à elle, nous avons pu lire Le Dilettante du Bulgare Tchavdar Moutafov (1889-1954) qui, par certains aspects, peut faire penser au Huysmans de A rebours.

Rafael, derniers jours, Pièce Unique n° 39, à Gérard Lambert

Rafael, derniers jours de Gregory McDonald, paru aux USA en 1991, en France en 1996,  trouvable en 10-18, a été adapté au cinéma en 1997 par Johnny Depp, avec lui-même et Marlon Brando. On peut se demander si ce film réussit à rendre compte du livre dans la mesure où la scène principale, le chapitre 3, est une annonce : une description, extrêmement détaillée mais presque empathique, par le réalisateur, de ce qui se passera lors du tournage du snuff-movie auquel participera Rafael, APRES le mot fin. Ce chapitre étant très « déplaisant », l’auteur (ou l’éditeur?) propose au lecteur sensible de ne pas le lire. Mais cela empêcherait de voir pleinement le beau personnage de Rafael. C’est un roman noir qui évoque des très pauvres, une Amérique comme elle ne souhaite pas être vue. Gregory McDonald (1937-2008), ancien journaliste qui a surtout écrit des polars, signe là un texte hors-norme.

Cette Pièce Unique n° 39 se nomme aussi : R. Ford, sale, renia les jurés. En voilà quelques Poèmes Express :
– On ouvre un compte et un tiroir. On ne peut pas faire autrement.
– L’eau accumulée, trempée, se débat de toutes ses forces. Mort étang.
– Notre dinde aime les robes élégantes, seins à l’entrée.
– Ils embauchent un assistant, voix grave, lèvres à bière.
– La lune huileuse lava l’eau le long de la nuit.
– On a coupé la vérité en deux et posé l’une après l’autre.

Elle a été donnée à Gérard Lambert, rencontré pour la première fois en 2012. Il était alors libraire à Saint-Nazaire. Nous lui apportions nos deux premières publications. Pile et face de D. Delahaye l’amena à dire qu’il avait été marinier (et, plus tard… qu’il avait aimé le livre). Libraire donc, très très gros lecteur – ce qui ne va pas toujours ensemble -, homme engagé, il a écrit, chez Joca Seria, Dernier chapitre. Depuis, nous nous sommes croisés à Ecrivains en Bord de Mer à La Baule où, en alternance avec Thierry Guichard, entre 11 et 13 h, il présente des lectures apéritives. Cette année, il a ainsi pu évoquer entre autres le poète et romancier « assassiné par l’indifférence » André Laude et Franck Bouysse, publié à la Manufacture des livres. Il est maintenant traducteur et anime des rencontres littéraires en Loire Atlantique.

 

Le Chat Bleu de juillet

Il faisait chaud et Le Chat Bleu nous a proposé des vins du sud :
– un rouge du Lot, cuvée Démon noir. Cépage Malbec, espiègle, entre rubis et noir, à arôme de fruits noirs, un peu confits.
– Un blanc de l’Hérault , Domaine du Paradis. Cépage Viognier. Fraîcheur, tonicité, petite pointe de minéralité et de fruit mais légère.
Démon contre Paradis donc…

Les livres, souvent plus nordiques :
– Pour faire écho au festival, à Edimbourg, du 30 juin au 2 juillet, pour les 30 ans du personnage tout en intuition de l’inspecteur Rebus, un Ian Rankin de 2001, traduit en 2005 : La colline des chagrins où, justement, Edimbourg est un personnage à part entière. L’alcool aussi…
– Que faire des classes moyennes ? de Nathalie Quintane, P O L, 2016 : un texte socio-politique de l’enseignante écrivaine qui publie depuis 1997, surtout chez cet éditeur. Un peu cruelle vis à vis de ce groupe aux limites incertaines qui se définirait principalement par l’achat : » Acheter quelque chose, tenir quelque chose, c’est être moins flou. » et ne verrait pas l’intérêt de la littérature ou de la solidarité.
– Révoltée d’Evgenia Iaroslavskaïa- Markon, 2017, Le Seuil : court mais percutant, ce texte autobiographique d’une jeune femme extraordinaire, morte aux îles Solovki, à 29 ans, en 1931, est accompagné d’une préface d’Olivier Rolin et d’explications d’Irina Flige, directrice d’un centre de recherche russe sur le goulag.

Nous avons aussi évoqué
– sur le même thème, le même lieu, le roman noir de Victor del Arbol avec lequel il est revenu, cette année, au Polar à la Plage : Toutes les vagues de l’océan, chez Babel.
Autres polars : Alex, hyper-écrit, de Pierre Lemaître. Le dernier Fred Vargas : Les recluses. Aux éditions Rue du Départ : La Maison de Nicolas Jaillet : « on est emmené, tenu en haleine »… D’ Alexeï Nikitine, auteur ukrainien ( comme A. Kourkhov), un « polar branque » : Victory park chez Noir sur Blanc. De Cédric Bannel, Baad qui se passe en Afghanistan, actuellement.
 l’histoire aussi : Marie-Antoinette l’insoumise de Simone Bertière, en livre de poche. Passionnant quand cela fait des rapprochements avec notre époque. Un roman : Les indésirables de Diane Ducret, 2017, chez Flammarion, avec de beaux portraits de femmes, d’Allemandes mariées à des Alsaciens ou réfugiées en France, raflées, envoyées dans des camps sous Vichy. L’opéra russe, de 1700 à maintenant, d’Andreï Lischke chez Fayard.
– Un essai sur l’exil de Nancy Huston :  Nord perdu,  chez Actes Sud : on est deux personnes différentes quand on parle dans deux langues. 

A septembre au Chat Bleu !

Ecrivains en bord de mer : la 21 ème édition

Cette année était axée sur la traduction et une journée était réservée à Georges Pérec.

 

 

De grands moments avec, entre autres, de  grands penseurs :
l’hyper authentique Camille de Toledo,

 

 

 

 

 

le brillant bougon, lecteur, traducteur, écrivain Claro,  (photo de Jérome Dayre)

 

 

 

 

 

de grands romanciers : Eric Vuillard, Olivia Rosenthal, de grands poètes : Eleni Sikelianos, Ron Padgett, de grands traducteurs : Marc Chenetier, Olivier Brossard, un grand exégète : Claude Burgelin. Et encore bien d’autres.
Merci à Brigitte et Bernard Martin qui organisent ce festival, à Guenaël Boutouillet et ses coups de coeur, à Jany Pineau et ses photos de pieds, à la libraire de La Vie devant soi…

Journal du voleur, de Jean Genet

Journal du voleur  de Jean Genet (1910-1986) est la Pièce Unique n° 38. Un texte incroyable qui mélange les langages, joue autant de l’argot que du mot précieux.

Aussi poétique qu’autobiographique, plus que cela, lyrique ( p 305 :  » Ma vie passée je pouvais la dire sur un autre ton, avec d’autres mots. Je l’ai héroïsée parce que j’avais en moi ce qu’il faut pour le faire, le lyrisme. Mon souci de la cohérence me fait un devoir de poursuivre mon aventure à partir du ton de mon livre. »). Publié en 1949 chez Gallimard, le livre évoque sa vie de 1932 à 1940 : le vol, le désir, la prostitution, le voyage, la prison. Sa relation au corps des hommes, aux policiers, aux traitres. P. 303 : « J’ai dit comme j’aime les hors-la-loi sans autre beauté que celle de leur corps. » P. 306 : « Ces fêtes du bagne, j’en veux parler. La présence autour de moi de mâles blessés, c’est déjà un grand bonheur qui m’est accordé. »

C’est devenu : J. a vu un rôle lourd.
En voilà quelques poèmes express :
– L’éclat et le verglas évoquent les plaies mais l’orgueil bande.
– Un soir qu’il avait reçu un client, il exigea un drap noir, en enveloppa l’hôtel.
– Ma place était au milieu de tas de 
ferrailles, pas du cortège à faux cils.
– Les mythologies contiennent ailes soudaines comme héros de la plus molle gélatine.
– Dieu, pour détruire l’homme, peut simuler le fétiche.
– Le col flottant de soie souple tient la tête haute des salauds qui s’y lovent.

Ce livre 2 en 1 a été offert à un ami, Loïc B, collectionneur d’art contemporain.

De et à Jean-Bernard Pouy

La Pièce Unique n° 37 est faîte à partir d’un des 13 « petits polars du Monde », co-production du journal Le Monde et de la S N C F en 2012. Dans Ce crétin de Stendhal, nouvelle de J.B. Pouy, il est question d’amiante, d’industriel sans souci de la santé des ouvriers et des suites de cette incurie, attendues et inattendues…

Jean-Bernard Pouy est venu souvent au Polar à la plage. Il était là cette année. Il a par ailleurs très gentiment accepté en 2011 d’écrire la préface de Pile et face, premier livre de Rue du Départ, une présentation de copain de Dominique Delahaye qui, quelques années auparavant, l’avait contacté pour lui demander s’il l’aiderait à créer un festival. Banco. Il l’avait fait, l’avait soutenu, amené au Havre des écrivains de romans policiers et noirs comme Marc Villard.
Même si vous n’avez pas lu Pouy (mais c’est pas possible), vous connaissez certainement la collection « historique » qu’il a co-créée : « Le Poulpe » et peut-être l’écoutez-vous sur France Culture dans l’émission des Papous dans la tête où humour, mots et contraintes cohabitent. D’où cette Pièce Unique oulipinophile, à la manière de Lucien Suel, qui lui est dédiée.

En voilà quelques Poèmes Express :
Ce n’est pas beaucoup, l’essentiel. Presque personne, pas grand monde.
– L’amiante a brûlé. Le pompier a servi le café.
– Une menace pénétrait saucisses et pain de deux. Elle attaqua.
– Quelques cris acides pour repousser le mot.
– Un homme tout drôle sur son engin bleu courait avec insouciance.

Pièce Unique n° 36, de et à Pascal Dessaint

Cette Pièce Unique est un peu spéciale puisqu’elle est faîte à partir de Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint et lui est dédiée.
Pascal Dessaint est un auteur de romans noirs dont pratiquement toute l’oeuvre depuis 1992 est parue chez Rivages. Sauf ce joli petit livre de 43 pages, à LA CONTRE ALLEE, maison d’éditions de Lille dont nous avons déjà parlé dans ce blog. Pascal Dessaint est un habitué des festivals, de Mauves en noir à Quai du Polar en passant par bien d’autres, dont Le Polar à la Plage, au Havre. Son univers est celui de la nature que l’homme détruit si facilement, du monde industriel qui détruit l’homme si facilement. L’environnement est  très souvent son sujet. Il s’est même engagé politiquement pour lui.
Son prochain livre Un homme doit mourir sort en librairie le 27 septembre 2017 et sa venue à Fleury sur Orne les 3-4 février 2018 est déjà programmée.

Quelques pas de solitude, – beau titre, non ? – est un court texte plus autobiographique qui évoque les frères dont le poète, Eusèbe, la mort, les promenades, les animaux rencontrés et bien sûr la solitude, de l’homme en général, de l’écrivain Dessaint en particulier.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont sortis :
– Il a une demi-vie mais l’air n’appartient qu’à lui.
– Le ruban de terre est peut-être dans mon cerveau.
– Le bas-côté n’a pas fui, encore moins continué sa route. Absurde idée.
– Sous la brise. L’étang. Envie de partage.
– Je pousse un tigre affamé dans un lagon fréquenté par des requins.

Pièce Unique n° 35, à Pascal Millet

La Pièce Unique n° 35 est constituée à partir de J’étais Jack Mortimer de Alexander Lernet-Holenia (1897-1976), un texte de 1933, reparu en 10-18 en 1988. Cet auteur autrichien a quelques livres traduits en français, dont Le baron Bagge chez Actes Sud.

J’étais Jack Mortimer se passe en une nuit. Un homme est tué dans un taxi à Vienne et le chauffeur qui n’a rien vu, rien entendu, doit se débrouiller avec ça.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont sortis :
– Ils échangeaient des divans contre infiniment de choses au fond des divans.
– Le sang prend quelques minutes jusqu’à la sortie ; dans l’intervalle, il s’est arrêté.
– La colère avait froncé les voix et pleine d’eau, une dame désirait la torpeur.
– Croyez les épaules, écoutez le mot des mains.
– Ouvert, le policier est nécessaire ; à clé, il a peu de choses pour lui.
– Toutes les nuits, les chevaux surgissaient et entendaient comme en rêve les flocons de neige.

Ce livre deux-en-un a été offert à Pascal Millet, auteur franco-québécois, (re)venu au Havre pour le Polar à la plage en juin 2017. Son livre Sayonara, chez Sixto, était en compétition pour le prix des Ancres noires. Pascal Millet est un habitué du Polar à la plage et de tous les autres festivals du roman noir. La première fois, nous l’avions rencontré lorsqu’il était venu pour L’Iroquois aux éditions XYZ. Chez Rue du Départ, il a publié Ton Visage. Il écrit également pour la jeunesse.