Jeudi 8 septembre, commence Arty Show : un salon des lunetiers proposé depuis plusieurs années par Stéphane Brasse, de Rue des Ateliers. Jeudi soir, à partir de 18h, Rue du Départ sera là. Ce sera l’occasion de voir au Havre ses deux collections, Voyage noir et Voyageur, ensemble. De voir la qualité des maquettes, des couvertures et, bien sûr de ce qu’il y a dedans. A raison d’un ou deux livres par an, Rue du Départ se constitue, s’affirme.
Un salon des lunetiers de super qualité, de vrais designers, créateurs de formes, chercheurs de matériaux, de couleurs, penseurs de l’ergonomie, du made in France de A à Z.
Un salon qui a lieu dans un superbe magasin de mobilier contemporain, Roche-Bobois.
Dans ces conditions, qu’une maison d’édition qui fait de beaux mini-tablebooks, de bons romans noirs, qui s’intéresse à l’esthétique comme au texte, que Rue du Départ soit présente n’est pas si bizarre.
Un Daniel Woodrell : P U N° 157
Un feu d’origine inconnue, paru chez Autrement en 2014 et en poche chez le même éditeur en 2022, traduit par Sabine Porte, est la Pièce Unique n° 157. Daniel Woodrell, souvent édité en France en Rivages/noir, écrit là une histoire basée sur un fait réel : l’explosion, en 1928, d’un dancing dans une petite ville du Missouri. Ce n’est pas une enquête mais des pistes possibles apparaissent tout au long du texte, avant un dévoilement final. Des personnages forts, une belle écriture. Plus intéressant encore, le versant social du livre : la crise économique, la place du religieux, du corps, et de chacun dans la communauté, le fait qu’on ait plus ou moins su qui était coupable mais…
Quelques « Poèmes Express » issus de Un feu d’origine inconnue :
– Terre battue que le soleil tape encore.
– Elle chercha à donner l’impression que ça ne lui avait pas déplu. On l’envia.
– Rince-boyaux et sourire aux lèvres, après le déjeuner, il ne lisait plus.
– Il revint trois jours plus tard, rempli d’histoires.
– Dans un coin, sept puces. Le petit groupe s’élargit. Il y avait tant de corps d’accueil.
– C’est pas parce qu’on est Shakespeare qu’on comprend l’autre.
– Enfoncé dans la poitrine, un râle. Des fissures de sons dans le cou.
Ce livre aux 2 lectures ajoutées est offert à Adeline Miermont-Giustinati, rencontrée au salon Epoque de Caen. Auteure de Sumballein, aux éditions Phloème, elle travaille actuellement à la création d’une Maison de la Poésie en Cotentin.
–
dans le Tregor, Philippe Gestin parle de nous :

le dessin effacé de de Kooning, oeuvre de Rauschenberg
Superbe émission ce jour, 25 août, de 11h à 12h, de Jean de Loisy, sur France Culture
à propos d’un travail de Rauschenberg de 1953 :

un été au Havre :
Un été au Havre, c’est aussi de la musique :
le conservatoire Arthur Honegger a invité des musiciens : cette semaine (la dernière), c’est :
[LES RENDEZ-VOUS D’ARTHUR DE L’ETE]
Dimanche 11 h > La maison de l’Été
La semaine dernière, c’était A Ricuccata, un groupe vocal de cinq hommes interprètes de chants polyphoniques corses (et pas que). Superbe !
Seul bémol : la difficulté qu’a le public avec le silence : à peine, la dernière note chantée, éclatent les applaudissements. C’est sympa, ça part d’un bon sentiment.
MAIS
Le silence fait partie du morceau.
– le mot « morceau » n’est pas joli ; on peut le remplacer par « pièce » mais ça fait quand même toujours boucherie…- : essayons : le silence fait partie de la pièce.
Bref, Emmanuèle Dubost, du conservatoire de Massy, le disait à Pirouésie et, bon sang, ça se sent !
Un Lucie Taïeb : P U N° 156 :
Freshkills est paru au Québec en 2019, puis à la Contre-allée et enfin chez Pocket. Lucie Taïeb est chercheuse en littérature, travaille la question de la mémoire. Mémoire de la dictature argentine, de la Shoah et, avec ce livre, de l’aboutissement de notre société de consommation : ses déchets. Fresh kills est le nom d’une décharge à Staten Island, créée en 1948 pour trois ans, continuée jusqu’en 2001, après le 11 septembre. Freshkills est le nom qu’on donne au lieu maintenant que l’on veut en faire un parc, un lieu sain, agréable. Transformation du nom – minime certes, juste un écart enlevé – mais efficace pour dissimuler l’histoire et la vraie composition du sol, pour faire croire à une « nature ».
Voilà quelques Poèmes Express issus de Freshkills :
– Un beau jour. Le premier jour sur terre où le mot pensera.
– Le métro avance, ralentit, sort du réel et s’arrête.
– En haut du mont, la vue saute aux yeux, pas à l’esprit.
– Ce garçon déhanché torse nu, on a presque honte de le manger, presque.
– Elle égratigne, saigne la mort, sourire sur la face, mains sales.
– La main maintient la main d’oeuvre, la main à coudre, la main à cadence.
– Mosaïque, morceaux portant morsure, interstice, histoire de séparation.
Freshkills a été offert à Christian Girault, une des chevilles ouvrières de Pirouésie, comédien, chanteur baroque. Cette année, il nous a entraînés dans Le bourgeois versifié, le Bourgeois gentilhomme « traduit » en alexandrins par l’oulipien Jacques Jouet. Un atelier de mise en voix qui s’achevait… en spectacle avec la chorale éphémère d’Emmanuelle Dubost. Et pour corser encore la chose, en présence de l’auteur…
Un moment joyeux en fait, et une tout autre manière de rencontrer des écrivants connus depuis des années en atelier d’écriture.
Un éditions Densité : P U N° 155
Les éditions Densité avec leur collection « Discogonie », rencontrées à Rouen, au Salon du livre organisé par Normandie 2L sont une maison spécialisée dans la musique – 18 rue Etoupée 76000 Rouen -. Remarquable, la maquette : le code-barre fait partie du graphisme !
La Pièce Unique N° 155 a été faite à partir de l’étude de Rock Bottom de Robert Wyatt, écrite par Philippe Gonin, universitaire.
Quelques Poèmes Express venus de ce livre :
– Accorder une importance à la fin et y voir une absence de lagune.
– L’école vous bourre de fantômes et c’est passionnant.
– Aiguisons l’espace. Tout l’art consiste à jouer avec le centre.
– Sourire au Petit Chaperon Rouge engage Che le martial.
Cette Pièce Unique est envoyée à deux poètes Emmanuel Adely et Frédéric Dumond, grâce à Jany P.
Emmanuel Adely , rencontré au super festival Ecrivains en bord de mer il y a quelques années, est né à Paris en 1962. Depuis 1993, il a publié près d’une vingtaine de livres dans différentes maisons d’édition – des éditions de Minuit aux éditions du Seuil en passant par Stock, Losfeld, Argol, ou encore Inculte. Emmanuel Adely travaille dans son œuvre aux rapports et aux écarts qu’entretiennent l’expression orale et l’expression écrite, à la possibilité « d’écrire comme on parle et de lire comme on dit ».
Livres – melting-pot
- D’abord, le retour de Nelly D sur sa Pièce Unique, Des hommes impurs de M. Mbougar Sarr : « Une belle découverte. Entre Camus et Ionesco, des personnages forts. Hantés par leurs désirs. Un Sénégal mystérieux. Un roman brûlant. Une inquisition moderne. La pointe d’humour de tes « haïkus » ( heu….pseudo… – note de l’auteur – ) vient souvent ruiner la grandiloquence des discours et pointer la vanité. Ou créer des mises en perspectives insolites ou saisissantes (avec l’Ukraine en particulier). »
- Ensuite, de bonnes adresses : à Cherbourg .
Deux librairies se sont faites belles. Elles l’étaient déjà, chacune à leur façon mais l’une vient de changer de quartier, et l’autre a une nouvelle déco.
– Les schistes bleus sont maintenant installés 19 place Henri Gréville qui, avec son gros palmier, est étonnante. Les libraires en ont fait leur emblème. Librairie généraliste avec un gros rayon jeunesse, le lieu est accueillant, avec un jardin et un salon de thé cosy aux couleurs douces, reposantes. Ce samedi 30 juillet, à 16 h, Xavière Gauthier vient dédicacer son nouveau livre : On les appelait pétroleuses. Puis ce seront les vacances pour les libraires jusqu’au 15 août. - Librairie Ryst, une institution, place des Halles. Hyper achalandée, vous devez pouvoir trouver tout ce que vous cherchez. L’atmosphère y est devenue plus « boisée », plus blonde, plus feutrée.
– Le bouquiniste Rémy Yon qui était installé à Pirou Plage est maintenant 49 rue Maréchal Foch à Cherbourg, en plein coeur de ville. Pour le moment, tous les cartons ne sont pas déballés mais il y a déjà beaucoup à voir : livres, revues, gravures. Une machine à relier « antique » devrait bientôt prendre place dans la vitrine. Rémy Yon continue de s’occuper du salon du livre ancien qui aura lieu du 10 au 14 août à Pirou-Plage.
Si les livres vous intéressent moyennement et que vous en avez assez de la plage et du soleil plombant, vous pouvez aussi trouver refuge dans les 5 salles du cinéma Art et essai CGR et au Centre d’art et d’édition photographique Le Point du Jour
En ce moment, jusqu’au 2 octobre : Prisons de Maxence Rifflet.
musée de la corderie Vallois
Un très bel endroit,
Notre-Dame de Bondeville, près de Rouen
Le long de la Cailly, rivière sans laquelle rien n’aurait été possible.
Une usine du XIXème siècle
Devenue patrimoine industriel.
Où ont lieu des expositions.
Cette fois, Sheila Hicks, venue travailler sur place pour quelques pièces. D’autres prêtées par le centre Pompidou.
Elle y revient fin août.
La nuit du 12
le film de Dominik Moll, avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners dans les rôles principaux est une MERVEILLE.
Une MERVEILLE parce que, oui, ces deux acteurs sont excellents mais, en fait, tout le monde dans La nuit du 12 est excellent : les parents de la victime, sa meilleure amie, les possibles coupables et les enquêteurs. Tous du plus petit au plus grand rôle.
Une MERVEILLE au niveau de la bande-son : musique originale d’Olivier Marguerit. Remarquables, les très belles plages sonores lorsque le policier fait ses tours sur la piste du vélodrome.
Une MERVEILLE dans le nouage du dramatique – l’horrible fait divers – , et de l’humour – les temps de pose dans la vie des policiers.
Une MERVEILLE sur le plan sociologique : les problèmes de la fonction publique, la photocopieuse qui ne fonctionne pas, le manque de moyens pour une surveillance, le « on écrit des rapports, des rapports, des rapports. On combat le mal en rédigeant des rapports » que constate Marceau, joué par Bouli Lanners…
Et surtout une MERVEILLE dans le propos : » Vous voulez savoir pourquoi elle s’est fait tuer ? Moi j’sais bien, j’vais vous dire, c’est parce que c’est une fille ! » dit la meilleure copine dans une scène qui fait très Hopper : elle et le responsable de l’enquête assis dans le restau routier où elle travaille, sur des banquettes, devant de grandes baies vitrées. Un propos sur les femmes et leur corps. La majorité des hommes, anciens amants comme inspecteurs, insistent sur le fait que la victime « n’était pas une fille compliquée »… Le film travaille sur ce que les femmes peuvent ou pas faire sans que ce soit sujet à punition, montre qu’il y a besoin de rappeler que c’est elle qui est morte, pas elle qu’on doit juger par un « elle l’a bien cherché »
Une MERVEILLE, on vous dit !