IMEC – Georges Didi-Huberman

« Aimer fait travailler » a dit Georges Didi-Huberman lors de l’ouverture, le 4 mai, de cette exposition titrée Tables de montage à l’abbaye d’Ardenne.

Y est montré « l’artisanat », le travail avant l’oeuvre : à partir du découpage des fiches, l’écriture sur ces fiches, avant les livres. Plus de 20 000 existent. 4 000 sont montrées : 2 000 de mots et 2 000 d’images, qui se correspondent.
Une approche très émouvante, un rite qui ouvre le processus de pensée et d’écriture.
Un homme, aussi, émouvant et ému devant cette installation : « Il n’y a qu’ici que cela était possible. »

L’exposition est jusqu’au dimanche 22 octobre 2023, du mercredi au dimanche, de 14 à 18 h

Un Yannis D. Yerakis : P U N° 176

Pêcheurs d’éponges  de Yannis D. Yerakis, éditions Cambourakis, est la Pièce Unique n° 176. Traduit du grec par Spiro Ampelas, il donne à lire l’unique texte de cet homme. Un document, doublé d’un poème. Une entrée dans deux mondes inconnus : au début du XXème siècle, ce travail de pêcheur d’éponges et, par ailleurs, la présence d’enfants grecs – esclaves en Russie. Y. Yerakis a vécu les deux. Une leçon d’histoire aussi : à qui appartient alors le Dodécanèse, les premières guerres balkaniques, les colons ottomans italiens puis l’indépendance.
Et :
Extrait de l’article de Ulysse Baratin dans En attendant Nadeau du 26 août 2020 : « Pêcheurs d’éponges atteste surtout d’une société plus ouverte aux textes provenant de non-professionnels de la littérature. La Grèce a eu Yànnis Makriyànnis, éleveur illettré et personnage important de la révolution de 1821, aux antipodes du monde des lettres et dont les Mémoires constituent un jalon des lettres néo-helléniques. Le poète Níkos Kavvadìas travailla toute sa vie sur un cargo et la poésie « rébétiko » fut le fait de garçons bouchers (écoutez l’immense Màrkos Vamvakàris). Encore aujourd’hui, on peut trouver en Grèce des poètes et des conteurs chez des gens éloignés de tout « milieu » littéraire. Ce continuum entre civilisation orale, travail manuel et écriture s’incarne chez Yànnis D. Yérakis.  »

Quelques « Poèmes Express » issus de Pêcheurs d’éponges :

– Rêves partagés. Fragilité des siens. Lumière des leurs.
– On manquait de pétrole. Ne vous fâchez pas si j’écris que de gros en avaient.
– Les requins devaient se cultiver mais le plus grand nombre se traînait.
– Ils étaient nombreux ; la rue et la place étaient pleines de mauvais.
– Des petites vieilles se regroupaient, les plus jeunes les laissaient flotter.
– Poisson dans la barque, temps calme et requin rond au fond.
– Aucune terre au petit matin et pas un seul qui sache.
– Ils sont tous entrés. Je leur ai raconté ce qu’ils avaient vécu. Ils ont répondu : « Nom de Dieu ! »

Cette Pièce Unique est destinée à Arnaud de La Cotte, auteur d’un Journal filmé.

( ci-contre : Cinématon n° 3030
– Fondation Gerard Courant )

 

J’adoooore !

Tout le monde s’en fout
et quand je le dis, on se moque,
mais
j’adoooore ( à prononcer comme dans cette chanson de je ne sais plus qui )
la Citroën – Ami.
Elle est toute la SF des années 50.
Elle me fait sourire chaque fois que je la vois
Un feel-good perso sur roues.
Je précise que ce moment publicitaire ne me rapporte rien. Juste, pas pu m’empêcher.

Un Kafka : P U N° 175

Kafka (1883-1924) écrit la Lettre au père en 1919. Et jamais le père ne la lira. Il semble d’ailleurs qu’il n’ait lu aucun des textes de son écrivain de fils.
Cette lettre dit une souffrance mais surtout l’acceptation jusqu’à l’intériorisation de l’image négative qu’on a de lui  » …plus je grandissais, plus le matériel que tu pouvais exhiber pour preuve de mon insuffisance était important ; à certains égards, je me suis mis à coïncider avec ce que tu prétendais. », l’incroyable capacité à trouver des excuses au tyran domestique, l’effrayante impossibilité, adulte, de se défaire de son autorité.

« Poèmes express » qui en sont issus :
– Tu mangeais vite, chaud, à bouchées doubles, l’enfant.
– Assez viril, gentiment, il te parle tranquillement de tes troubles de coeur et te saute et te saute.
– Dents serrées de l’enfer, plainte enfantine des durs.
– Au début, c’était vraiment pareil, ce n’était pas vraiment autre.
– On n’avait aucune intention, on n’a pas souffert, on n’a été qu’inconscient.
– A la maturité, je n’étais occupé que de moi, et je 
montrais là d’étonnantes capacités.
– Il renonce au meurtre. Dans la mesure du possible.

Cette Pièce Unique n°175 sera envoyée à Christine Marcandier, critique littéraire, enseignante, aimant beaucoup l’oeuvre de Kafka (c’est un risque… évidemment), créatrice de Diacritik.

Viva Culture du 30 avril – autour des livres et autres rubriques

Dimanche prochain  à 11 heures, sur Ouest-track radio : https://ouest-track.com ou en podcast  : https://ouest-track.com/podcasts/viva-culture-217/1

Au programme 

ENTRETIEN  avec Yann Cantais, vidéaste et réalisateur, par Isabelle Royer

AUTOUR DES LIVRES  Huysmans, Echenoz, Jérôme Leroy, Hugues Pagan, par Catherine Hémery-Bernet

AGENDA : Esclavage, mémoires normandes Du 10 mai au 10 novembre 2023 – Hôtel Dubocage de Bléville –
L’exposition Esclavage, mémoires normandes a pour vocation de montrer la participation des Normands et de leur territoire au commerce triangulaire en Afrique et en Amérique entre le XVIe et le XIXe siècle. Cette exposition d’ampleur régionale est présentée simultanément par les trois collectivités partenaires et dans trois lieux :
•    à l’Hôtel Dubocage de Bléville (Musées d’Art et d’Histoire du Havre) – Ville du Havre
•    au musée Eugène Boudin (Musées de Honfleur) – Ville de Honfleur
•    et au musée de la Corderie Vallois (Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie) – Métropole Rouen Normandie

https://asso-maisondelaculture.fr/

Encore un peu de… ?

Plutôt contente du Autour des livres du 16 avril, dans Viva Culture, sur Ouest Track Radio… Contente du retour positif et d’avoir, peut-être, soyons fous, réussi à donner envie de (re)lire Huysmans.
Alors, j’en rajoute,
et pointe des rapprochements avec deux auteurs du noir : Jérôme Leroy et Hugues Pagan.

Vous voulez en savoir plus ?

C’est à 11h, dimanche 30 avril, ou en podcast ensuite sur Ouest Track radio

Chat Bleu – avril 2023 – 1)

Cette fois, nous  avions le choix entre
un blanc : bio, du pays d’Oc, un Chardonnay -Viognier de chez Mélanie Alexandre B : « L’accord blanc »

et un rouge : un Saumur Champigny : « Le clos des cordeliers » à la belle étiquette dessinée par la graphiste Sarah Boris – venue à une Saison Graphique du Havre. (image ci-contre)

 

Ils accompagnaient :
– Nein Nein Nein – La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar, de Jerry Stahl, Rivages-Payot 2023. Traduit par Morgane Saysana
Un livre horriblement drôle par un homme magnifiquement dépressif… Cet Américain, auteur de romans, de scénarios de séries, écrit là un texte auto-fictif : sa venue, en voyage organisé, dans l’Europe des camps. Il est entouré entre autres d’un couple de Texans, d’un couple gay, d’un nonagénaire juif né en Allemagne, jamais revenu jusque là et de guides un peu psychorigides. Il visite les camps de la mort avec des centaines de « touristes », rend compte de conversations sidérantes, d’ambiances de centres commerciaux.
– Vie de Gérard Fulmar de Jean Echenoz, éd. Minuit, 2020 : tout aussi drôle, mais  comme l’est, chaque fois, un roman d’Echenoz – sur qui on peut trouver désormais un Cahier de L’Herne -. Un travail sur la langue –  ex : « issu d’assez nulle part » ou encore « en provenance de pas loin » – avec, pour prétexte, l’histoire d’un homme sans histoire qui, tout à coup, vit des aventures où on meurt à tour de bras.
– L’empreinte d’Alex Marzano-Lesnevich, éd. Sonatine 2019, en poche en 10-18. Traduit de l’anglais (USA) par Héloïse Esquié. Un premier texte littéraire, un grand texte, qui mêle deux histoires, celle de ( la famille de) l’auteure et celle de Ricky Langley jugé par trois fois pour la mort du même petit garçon. Une interrogation sur la justice, la vérité, la responsabilité.

Prochain Chat Bleu prévu le jeudi 25 mai.

 

Un Iris Brey : P U N° 174

Iris Brey, journaliste, collabore aux Inrocks, à Mediapart, France Culture, Canal +. Elle est spécialiste de la question du genre au cinéma et dans les séries.
Le regard féminin – Une révolution à l’écran est paru à l’Olivier en 2020 puis en collection Points et a obtenu le Prix de l’essai féministe du magazine Causette.
L’auteure  différencie « male » et « female gaze », les façons différentes de raconter le monde à travers scénario mais aussi mise en scène, et dit bien que tous les hommes ne sont pas porteurs de ce « male gaze » ni toutes les femmes du « female gaze ».
Au début, un peu gênée par l’écriture inclusive, puis plus. Au début, un peu une impression de caricatural, puis plus.

Des « Poèmes Express » nés de :  Le regard féminin – une révolution à l’écran :
– En premier lieu le miroir appréhende les images, considère un corps comme réfléchi.
– Le « impossible », je l’entends, je le ressens. Il existe, part du corps.
– Le regard n’est pas l’analyse. Nous vivons dans le regard.
Des cinéastes se focalisent sur les Cahiers du cinéma mais juste pour rire.
– Au bout d’une heure de mariage, elle semblait avoir été mise dans un cercueil.
– Si on reprend la définition d’héroïne, on l’imagine en marbre.
– Montage de premier film : une femme masturbe une lionne qui coule d’une casserole.
– Visage au creux du cou, bouche entrouverte par l’émotion, comme velours.
– Une femme s’arrête devant des hommes qui regardent un homme qui ferme les yeux   devant des femmes.
– Les textures fondent. Les désirants demeurent.
– La voiture démarre en trombe, deux visages côte à côte oscillent de droite à gauche.

La Pièce Unique N°174, trois livres en un,
est offerte à Carine Chichereau, traductrice ( d’une centaine de textes, dont de Joseph O’Connor, Lauren Groff…). Elle travaille par ailleurs à un inventaire de femmes peintres oubliées.

vous reprendrez bien un peu de…

Vous reprendrez bien un peu de Huysmans …!?

Si oui, c’est dans Viva Culture, dimanche 16 avril à 11 h, ou en podcast, sur Ouest Track Radio.
La rubrique Autour des livres tourne autour de A rebours, cette fois. C’est court, moins de 10 minutes. On entend du Huysmans, le magnifique, l’incroyable.

Chat Bleu – mars 2023 – 3)

Certaines avaient aussi lu
des écrits en lien avec l’art :
– La vie sans histoire de James Castle de Luc Vezin, éditions Arléa, 2023 : La vie romancée de cet Américain né sourd, jamais scolarisé, sans accès au langage qui a, pendant soixante ans, avec des papiers, des cartons, créé des autoportraits et maisons. Son travail fait partie de ce que certains appellent l’art brut ou l’art singulier. Un peu connu vers la fin de sa vie, les livres qu’il imaginait avaient disparu. On les a retrouvés cachés dans les murs après sa mort.
King Kasaï de Christophe Boltanski, éditions Stock, collection La nuit au musée, 2023. Ce livre parle de la colonisation belge, des collections d’objets rapportés du Congo : objets sacrés, sculptures, tissus, masques volés et sortis de leur contexte, de leur fonction.
Fair-play de Tove Jansen, en livre de poche : 17 petits récits autobiographiques de cette autrice finlandaise suédophone et de sa compagne, à Helsinki et sur leur île. L’une écrit, l’autre peint.

D’autres romans en lien avec la montagne :
– L’île haute de Valentine Goby Actes Sud, 2022 : 1942, un petit garçon est envoyé à l’abri, dans une famille de paysans. Il vit dans un village coupé du monde, du danger, l’hiver, découvre l’été dans ces hauteurs. « très émouvant, très fin au niveau des sensations, de la description de la nature »
– 
deux romans de C F Ramuz, le « Giono vaudois » : La grande peur dans la montagne  (1926) et Derborence  (1934) trouvables en poche ou en Pléiade. Basés sur des histoires réelles, sur des superstitions. Un monde archaïque, rural, des peurs ancestrales et « des descriptions absolument magnifiques, une écriture poétique, une connaissance et un amour de la montagne évidents.  »

D’autres romans encore, plus exotiques :
– Texaco de Patrick Chamoiseau paru en 1994 chez Gallimard : Un quartier dans les Caraïbes du temps de l’esclavage. Ce qu’ont enduré les populations face aux blancs. Une langue toute nouvelle, saluée dès que le livre est sorti.
– Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse, Franco-Rwandaise, née en 1979. Sur trois générations, des Hutus, des Tutsis, des métis, leurs difficultés à vivre entre les cultures. « Raconté par une femme, un texte fort »
– Crossroads
de Jonathan Franzen, 2022, éditions de l’Olivier, traduction d’Olivier Deparis.  Plus de 700 pages sur les années 1970, une famille américaine avec un père pasteur. « Une très bonne analyse des ambiguïtés et des faiblesses de chacun. »

Enfin, un essai historique de Claire du Chéné, Les sorcières, 2022, éd Michel Lafon : « tellement terrible, inimaginable : le dernière femme brûlée pour sorcellerie en France l’a été en 1856 ! « 

Rappelons-le : le prochain Chat Bleu est programmé le jeudi 20 avril, 18h30