Pièce unique n° 19

Constituée à partir de BANDE À PART de Jacques Perret, paru en 1951 chez Gallimard, la pièce unique 19 est : PÉTARD À BAN.
Jacques Perret (1901-1992), journaliste, romancier, est surtout connu pour LE CAPORAL ÉPINGLÉ paru en 1947 qui raconte sa captivité pendant la seconde guerre mondiale. BANDE À PART dit son expérience du maquis après son évasion. Ce livre a obtenu le prix Interallié.
J. Perret, s’il a une vraie, belle écriture où l’humour a toute sa place, est aussi un homme de droite, monarchiste, pour l’Algérie française et ses écrits en 1960 fustigent de Gaulle et la démocratie …
Voici quelques exemples de « poèmes express »  dans PÉTARD À BAN :
– C’est moi l’un peu mystique, avec une odeur de shampooing.
– Tant qu’à faire, autant mettre un, dix, douze hommes dans sa poche.
– Le litre calé dans la ferveur, il enjolive son cas, fermé au goulot.
– C’est pas pour entendre la rumeur que nous nous aplatissons ventre à coeur.
– Jurer que la voiture avait un accent, se passionner pour les couleurs, injurier l’orage : il faut essayer plusieurs positions.
– L’acier lourd semblait dérisoire, la science, probable et la route, pas de celles qu’on affronte.

La pièce unique n° 19 a été envoyée à Paul Otchakovsky-Laurens : P.O.L., l’homme, pas l’éditeur, même si on l’a fait parce qu’on aime ce que cette maison propose (Jean Rolin, Jacques Jouet, Christine Montalbetti, etc..)

Pièce unique n° 18

Cette fois, c’est KYRA KYRALINA de l’auteur roumain Panaït Istrati (1884-1935), paru en 1923, que nous avons transformé en : LYNA IRA A KIRK… Romain Rolland l’avait découvert à l’occasion d’une tentative de suicide et il le présentait comme « un nouveau Gorki des pays balkaniques ». Istrati disait, lui : « je suis son œuvre (…) j’avais besoin de son estime, et pour obtenir cette estime chaude, amicale, il me demandait d’écrire. »
KYRA KYRALINA a un côté mille et une nuits dans la succession des épisodes, dans l’ambiance orientale et nous raconte les aventures d’un homme, ses chutes plus souvent que ses bonheurs.
L’œuvre complète d’Istrati est trouvable chez Phébus.

Voilà quelques exemples de poèmes express de LYNA IRA A KIRK :
– « Prendre deux nuits et calmer un Grec sous de petits plaisirs. »
– « Souvent quelque chose de triste criait avec ses colliers enfilés sur le bras. »
– « Ils ouvrirent mon dos sur la blancheur de l’oreiller : je tombai évanoui. »
– « Bois de basilic, rouge de Kirmiz, mots tendres, été des sirops. »
– « Promener les jours funestes de ma vie, je trouvai cela fort consolant. »

Nous envoyons cette pièce unique à Christophe Mary, jeune poète édité aux éditions caennaises La Renverse. Allez voir le site de cette maison née en 2015, ses plaquettes plutôt élégantes et étonnantes : couvertures aux volutes dorées, forme pas vraiment rectangulaire du livre qui le fait légèrement se renverser et remarquer sur une étagère de  bibliothèque, lettrage d’un doux bleu vert.
Petit extrait de poème de Christophe Mary :
« Le fado peut exalter
Et sentir brûler les feux
Au calage évidé
Des ballons de gaine
Qui nous font perdre pied »

Pièce unique 16

Le livre d’origine est VAN GULIK, SA VIE, SON OEUVRE, une biographie de l’auteur néerlandais des « Juge Ti », par J. van de Wetering aussi auteur de polars, aussi néerlandais. Cette bio insiste sur l’originalité de Robert van Gulik (1910-1967), diplomate, érudit, écrivant dans plusieurs langues, illustrant ses livres de dessins érotiques, vivant entouré de gibbons…
L’ensemble des poèmes express  constitue : K.O., UN OEIL ENVISAGE VA SUR V. et en voilà quelques uns :
– La présence de la pensée intimidait un type dans une grosse voiture.
– Une conscience a donné sa démission et un tiroir rempli de croquis.
– Tout passionné dépourvu de sentiments peut y perdre la tête.
– Une vache poussa un soupir et mourut brutalement, corps servi en pâté.
– Il s’est confié dans les odeurs et dans le crachin du canal.
– Fascination en 58 pages : l’affaire de ses mantras lancée en l’air.

Le récepteur de la Pièce Unique 16 est Soluto, écrivain et peintre. Ses quatre nouvelles GLACES SANS TAIN parues au Dilettante en 2013 avaient été l’occasion de le recevoir aux Ancres noires. La première surtout est saisissante, installée dans la banlieue rouennaise. Très écrite, ambiance noire, elle dit son admiration pour Maupassant (la scène de l’enterrement).
Si vous tapez Soluto, vous tombez très vite sur son blog, ses dessins, ses peintures.

Anne-Marie Garat et pièce unique 15

Anne-Marie Garat présentait LA SOURCE (Actes Sud) à la Galerne jeudi 8 octobre. Debout pendant une heure, conteuse passionnée, elle a parlé de ce livre mais, plus largement, de la langue, de ce que nous apporte la littérature : »On n’est jamais au plus près de soi que quand on lit un livre qu’on aime.  »
Elle a aussi évoqué son écriture : « Je ne sais pas très bien  ce que j’écris, je vais, comme le dit Giono, « à l’aventure de la phrase »  (…), « Je garde ce mot ou pas? En fait, il va me conduire » (…) Il faut « faire confiance à ce qui vient. » (…) « J’adopte ce que je me suis donné à mon insu » , ici une boule à neige, un nom : » Klondike ». Et si écrire est un bonheur, un luxe, c’est aussi « dix heures par jour pour deux pages que, le lendemain, on doit reprendre… ».
Une belle rencontre, sincère, avec quelqu’un qui croit en la force de la langue. A qui, du coup, nous avons offert la pièce unique n° 15 …

Pièce unique 15 : à partir de LE SEUIL DU JARDIN de André Hardellet, livre paru en 1966 chez Jean-Jacques Pauvert puis en livre de poche. Histoire, dans le Paris des années 50, de rêves, de souvenirs, de bonheur insaisissable, de machine à les retrouver.
C’est devenu (aussi) : J’ ELUDE L’ ISARD NU…
et voilà quelques exemples de ce qu’on peut y trouver :
– « Compliqués, les artistes qui plaisent toute la nuit; ils sont 123 comme ça. 123 exactement. »
– « Un petit homme en forme de conque savait qu’il se trompait de vestiaire. »
– « D’un homme récent, vous verrez l’existence avant de l’ouvrir. »
– « Il pose sa tiédeur crayeuse dans l’atelier de l’amitié. »
– « Admettons que les naïfs importent : cela constitue une raison d’espérer. »
– « La commissure des lèvres quitta le bar plongé dans deux verres. »

Anne-Marie Garat, par un mail du 10 octobre, a remercié pour «  cette idée lumineuse de faire saillir d’un texte, un autre caché qu’invente le lecteur à sa guise. » Remercions donc encore Lucien Suel pour  » l’ idée lumineuse »  que nous avons juste transformée (en l’adaptant à un livre entier, que nous laissons lisible.) !

Pièce unique 14

Cette fois, il s’agit d’une intervention sur le JOURNAL DU DEHORS d’Annie Ernaux paru chez Gallimard en 1993 puis en Folio : un recueil de courtes scènes dans la rue, dans le RER, dans les centres commerciaux, entre 1985 et 1992, des situations que nous vivons toujours, qui nous gênent ou nous intéressent, des conversations que nous volons ou qu’on nous impose. L’exemplaire sur lequel j’ai travaillé était, comme toutes les Pièces Uniques, un livre de seconde main et un lecteur précédent – je pencherais pour une lectrice – avait écrit : « J’aurais honte d’écrire un livre aussi vide, à sa place ». Pas d’accord. Elle parle juste, du monde comme nous le connaissons et ne voulons pas le voir…
En est sorti : LANDE HORS DU JOUR dont voici quelques « textes »:
– « Sur le mur, une femme est passée, tenue par deux cheveux gris. »
– « Phrase qui se détachait sur l’hiver : acheter quelques minutes de manteaux. »
– « Des chips se sentent autorisées à offrir le spectacle d’une intimité en socquettes. »
– « Ma chienne renifle l’âge des rides et se vide doucement. »
– « Je m’aperçois qu’un roman construit des gens avec une fleur de « je ». »
– « Ce soir une bouteille vide hurle l’insulte. »
Ce n° 14 est envoyé à Benoît Verhille, un des fondateurs des éditions lilloises de la Contre-allée qui existent depuis 2008, combattent pour être vues, et y réussissent plutôt bien avec leurs quatre collections, les événements qu’ils organisent à Fives où ils sont installés, ou ailleurs. Leurs auteurs, comme Lucien Suel avec D’AZUR ET D’ACIER ou  Christos Chryssopoulos : TERRE DE COLERE, rendent compte de la vie dans nos sociétés.
Allez voir!

Et rappelez-vous : le Chat Bleu reprend le jeudi 17 septembre!

 

Pièce unique 13

Décidément, les poèmes express sont un exercice rigolo et plein d’enseignement!
Rappelons le : c’est grâce à Lucien Suel, rencontré au cours de Pirouésie 2014, qu’existent ces « Pièces Uniques » et donc, que sont lus des textes jamais feuilletés sans cela. D’abord des Harlequin, comme lui,… bon… puis un peu de fantastique et enfin d’ Auteurs…
Mais rendons à César ce qui est … aussi et même d’abord à … Robert Rapilly puisque c’est lui, en tant qu’organisateur de Pirouésie, qui a invité Lucien Suel. Il est, avec tout son humour, depuis des années, la cheville ouvrière de cette semaine dans la Manche. Basé à Lille, il est aussi membre de Zazie mode d’emploi, asso d’ateliers d’écriture oulipienne. Robert Rapilly, à Pirou, c’est ce monsieur tout en longueur qui se perche sur un promontoire pour annoncer les différents ateliers et n’en propose aucun lui-même parce qu’on ne peut pas tout faire quand on est maître d’oeuvre. A Bruxelles Ba-Belle, à Lille, il en propose. Il écrit. On peut notamment trouver un de ses textes aux éditions de la Contre-allée. Il tient un blog : allez voir!

Cette pièce unique 13 lui a été envoyée. Transformation de CRAINQUEBILLE d’Anatole France en : RIEN QUE BACILLE. Je n’avais jamais lu A. France et ai découvert un écrivain « de gauche », presque anar, avec de belles idées sur la justice, la vraie, et extrêmement critique sur celle qui prévalait alors…
Voilà quelques exemples de « poèmes express » sortis de ses pages :
– Elle tâta son sein comme les saintes dont les têtes reposaient sur le comptoir.
– Un souvenir content de marcher dans la boue pour lubrifier les semaines.
– Il a rassemblé un trésor d’ardeurs, d’idées, une paire de paons blancs et trois amis.
– Enfoncé de force, tout le sang.
– Un château au bord d’un fleuve portait perruque de sentiments.
–  Sans proférer de reproches, les femmes gardaient leur splendeur, gorge fendue.

Pièces uniques 11 et 12

La pièce unique n°11 avait été envoyée à Dominique Chappey, auteur reçu aux Ancres noires 2015. Il en a très gentiment rendu compte sur son site : Quel univers ? le 19 juillet.

La pièce unique n° 12, commencée le 8 juillet et terminée le 3 août 2015, à partir de LA MAISON DE CLAUDINE de Colette, est devenue LE MOINE S. DINA AU LAC D. Eh bien, j’avoue avoir à peine lu Colette jusqu’à présent… et avoir trouvé ces petits textes d’une très grande beauté. Merveilleuses descriptions de nature, d’animaux, grande humanité et ouverture d’esprit du personnage principal, Sido, sa mère.
Ce 12è ensemble de poèmes express sera envoyé à Benoît Richter, rencontré à Pirouésie 2014 et retrouvé à la même occasion en 2015. Homme de théâtre et d’écriture, on peut trouver de lui HISTOIRE DE LA ROUE QUI A INVENTE L’HOMME, 2011, aux éditions Memo, ces superbes et intelligentes éditions pour la jeunesse.

Voilà quelques exemples extraits de cette pièce unique n°12 :
– Un velours de rhum ceignait un cri de liberté.
– Les allées grandes comme des jambes écartées, leur fuite lourde.
– Le petit escargot rayé jaune et noir a tout son bon sens et respire par le nez.
– Le toucher de plumes mouillait les tétines délicates.
– Peau bleutée, nuque humiliée, regard chargé d’ennui : merveilles inaccessibles.
– Rire rire rire rire mais maigrir de chagrin.
– Des yeux qui brodaient le blanc d’ivoire du ventre sans défense.

Ecrivains en bord de mer + Pièce unique 10

Ecrivains en bord de mer, c’est du 15 au 19 juillet à La Baule; c’est la 19è édition. Il y est question de James Joyce et on y rencontrera entre autres Philippe Forest, Yannick Haenel, Tiphaine Samoyault, Charles Juliet, Chloé Delaume. Rue du Départ y participe avec ses livres-carnets!

Pièce unique 10 :
Elle est faite à partir de L’ERREUR de Jean Daniel (1997). On y sent l’influence de Camus. Un jeune homme se regarde être malheureux… La place des femmes n’est pas des plus agréables… Ca a vieilli…
C’est devenu LEURRER, commencé le 26 mai et fini le 19 juin 2015, envoyé à Fabrice Caravaca, poète et éditeur. En tant que poète, nous l’avons entendu à Rouen dire FALAISE dont voici un vers : « La falaise sait mieux que l’homme la possibilité du saut « . En tant qu’éditeur, Dernier Télégramme, installé à Limoges, il fait un beau travail, publiant par exemple Lucien Suel.
Quelques exemples pris dans LEURRER :
– J’avais vécu dans une fille entière.
– 23 suicides en prévision : lubricité.
– Attendre la force, demander un soulagement, retomber dans le bouleversement.
– Je contemplais la rondeur du bord des promesses mal tenues.
– Sur la femme je m’allongeai et vis une profondeur confiante.
Fabrice Caravaca a eu l’extrême gentillesse de répondre et d’envoyer un texte de lui : LE POULPE aux éditions du Cadran Ligné. Merci à lui!

Pièce unique 9

Ca s’appelait NEVERWHERE (1996), c’était de Neil Gaiman, auteur britannique de « fantasy » très connu. Un livre très très agréable, plein de trouvailles.

C’est devenu HER NEW EVE, « retravaillé » en deux mois du 31 mars au 26 mai 2015 et a été offert à Bernard Cattin qui aurait pu devenir un auteur de Rue du Départ si la poste – et ses tarifs au-delà de 3 cm d’épaisseur… si, si vous lisez bien..! Il existe même maintenant un instrument de mesure fou, surréaliste pour savoir si vous entrez dans la catégorie envoi cher ou pas cher!!! – n’était pas le fossoyeur du petit éditeur de gros livres…!!!
De Bernard Cattin, vous pouvez picorer, sur le net, de jolies nouvelles très différentes de ce roman, A LA PETITE SEMAINE (que, je le répète, vous ne lirez pas chez nous…), plus trash, plus dingue, énôôôrme, en lien avec son amour pour  la série des Dortmunder de Donald Westlake …

Quelques exemples de poèmes express dans NEVERWHERE / HER NEW EVE :
– Cette nuit seulement, une vague se brise sur le rose vif de sa bouche, vulgaire.
– Une créature de pure ironie accompagnera un mort au supermarché.
– Le métro passa les mains sur le dos du quai.
– Emprunter une porte et six marionnettes à main.
– Je veux frémir un tout petit peu, caresser et, centimètre par centimètre, ne rien trouver d’assez immense à dire.

 

 

Retard dans les pièces uniques … Ecrivains en bord de mer

Les pièces uniques 9, 10, 11 sont faîtes et envoyées. Nous reviendrons sur chacune d’entre elles et leurs récepteurs : Bernard Cattin, Fabrice Caravaca et Dominique Chappey.

D’abord, Tan Tan! Nous serons au festival Ecrivains en bord de mer à La Baule du 15 au 19 juillet. Nous sommes très contents de cette participation : nos carnets-livres Autochtones offerts aux festivaliers, une page du petit catalogue réservée à Rue du Départ et nos livres sur la table du libraire!