La promo 49, le septième roman de Don Carpenter (1931-1995), éditions Cambourakis, traduction de Céline Leroy, dans leur chic collection de poche.
La belle couverture : photo de Bud Shively ; Vivian Demaria/Time and Life Pictures/Getty Images dit toute l’Amérique de cette époque-là, de ce livre-là. Tout comme le roman de Don Carpenter. 24 chapitres pour plus de 24 vies de jeunes gens, au moment crucial de la fin du lycée. Filles et garçons, leurs rêves stéréotypés, ou leur vision du monde, de leur avenir, de ce qui se fait , de ce que, eux, peuvent faire. Comment on continue : l’armée ? le mariage ? Un travail ? les études ? A travers une génération, le livre montre tout de l’Amérique d’alors, les milieux, la place de l’argent, du genre, les ambitions, les (im)possibilités. Toute une sociologie.
Quelques Poèmes Express issus de La promo 49 :
– Deux ans qu’on lui faisait quelque chose sous la jupe ; c’était la vie.
– La stupidité réfléchissait à faire le malin, elle avait l’air con.
– Embrasser et en être éreinté.
– Son inconscient n’avait jamais voulu l’accompagner
– Le poivrot but, se mit en route pour la folie, y arriva.
– Je sais que le mot réfléchit et reste.
Et puis, tant pis, on le renvoie, « augmenté », transformé en tous cas, à Frédéric Cambourakis…
Les Pièces Uniques sont l’occasion de lectures qu’on aurait dû faire bien plus tôt. Le N° 140 nous permet d’aborder Tourgueniev (1815-1883) pour la première fois. Encore une première fois.
Un Jean-Paul Dubois, mon premier : Hommes entre eux, paru en 2007 à L’Olivier. Auteur prolifique, un livre par an, primé souvent.
Carl Jonas Love Almqvist (1793-1866) s’est essayé à la vie paysanne en admirateur de Rousseau, a dirigé une école, a été journaliste, a dû fuir un temps aux Etats-Unis et a beaucoup écrit.
La route de Los Angeles de John Fante (1909-1983) est la Pièce Unique N° 136. Dans une émission de France Culture Une vie, une oeuvre (23-02-2019) , on disait : « Avec autodérision, John Fante n’a jamais raconté qu’une seule histoire, la sienne. » A travers ses textes, cette histoire devient extraordinaire. Combat apocalyptique contre des crabes, amour pour des pin-up de magazine, vantardises, culture étalée, invention forcenée, coups de gueule viennent combattre son mal être de petit « rital ».
Avec Itinéraire, 1962/2012, éditions de Minuit, de Robert Bonnaud (1929-2013), nous ne sommes pas dans la fiction.
La Pièce Unique N° 135 est adressée à Alexandre Feraga, l’auteur de Après la mer, paru chez Flammarion en 2019 – qu’on aimerait bien voir arriver en poche pour le proposer à des élèves de bac pro – .
Une lettre au courrier, une écriture de médecin… Michel Simonot parle de son ressenti sur sa Pièce Unique. Et c’est super gentil ! :
Tout bouge autour de moi raconte la catastrophe mais évoque aussi l’histoire de l’île, la manière dont elle est vue dans le monde. Première à revendiquer son indépendance, on lui en veut et on ne retient d’elle que son image de misère et de violence : p. 78 : « Il n’y a pas un seul film sur la plus grande guerre coloniale de tous les temps, celle qui a permis à des esclaves de devenir des citoyens par leur seule volonté. » (…) « Je vois poindre un nouveau label qui s’apprête à nous enterrer complètement : Haïti est un pays maudit. »
Partir léger, un an de chroniques dans Libération, paru chez Actes sud en 2020 est la Pièce Unique N° 131. Pas un roman, donc mais de courts textes en lien avec le voyage. Interviewé sur France Inter, Pierre Ducrozet disait : « Voyager, c’est apprendre que l’on n’est rien du tout. » Il doit avoir besoin de le ré-apprendre assez souvent puisque il en est à plusieurs « tours du monde ». Dans celui-ci, il dit la vie du corps sur l’ Anapurna comme dans Kao San Road à Bangkok, nous fait côtoyer Henri Michaud et Nicolas Bouvier, dit son admiration de Patrick Deville. Il parle aussi d’écologie, de politique et un peu de la pandémie puisqu’elle a arrêté son périple au Japon.