Un Victor Serge : P U N° 215

S’il est minuit dans le siècle de Victor Serge (1890-1947), écrit entre 1936 et 1938, est paru en 1939 chez Grasset.
C’est un livre d’une grande force et assez incroyable, de la part d’un homme qui, s’il croit toujours au communisme, juge le régime de Staline et le dit dès ce moment. Un livre sur la folie d’un système, un roman qui met en évidence l’absurdité et la misère, montre que tout peut servir à vous perdre et entraîner une arrestation, que la surveillance est permanente, que les dénonciations sont la norme et qu’on n’est jamais quitte.

Quelques Poèmes Express  qui en sont issus :
Un petit hôtel aux portes de la mort. Pressentiment. Même au lit.
Le soir quelque part au-dessus, un fantôme, trente fantômes s’agitaient, possibles et fictifs.
– C’étaient des petits rectangles précis à la surface de la vie ordinaire.
– Il y a un geste sans savoir dans le poing, du brut.
– On paie et l’on a quelques idées imprimées dans le cerveau.
– Bourdonnaient les secrétaires, acquiesçait le politique, ordonnaient les cabinets.
Six millimètres d’acier pointu dans la nuque. Dans le cadre de la parfaite exécution du plan.
– L’envie de rire montait, dépassait la bouche de l’homme en uniforme.
Au fond de la chair, un dégoût quelque part entre séant et nuque.
Il suivit un étroit chemin, se rapprocha des mots, de leur chair.

La Pièce Unique n° 215 est envoyée à Guenaël Boutouillet qui, à St Etienne, le 30 novembre, animera la rencontre autour de Julia Deck.
Julia Deck ayant carte blanche, nous a invitées Joy Sorman et moi-même. Inutile de dire que j’en suis extrêmement fière et reconnaissante !!!!!

Julia Deck, Joy Sorman et moi

Julia Deck qui avait reçu une Pièce Unique à partir de l’un de ses livres, m’a proposé de les accompagner, elle et Joy Sorman, dans une master-class à la Médiathèque Tarentaize, à Saint-Etienne le 30 novembre 2024.

Petit rappel de ce que sont les Pièces Uniques :

A la manière de
Lucien Suel et ses « Poèmes Express »
et de
l’artiste André Cadéré (1934 -1978) qui venait déposer ses oeuvres dans les expositions des autres, et qui a maintenant ses » bâtons » dans des musées d’art moderne du monde entier,
je squatte le travail d’écrivain.es.
Les « Pièces Uniques » sont faites à partir de livres existants, d’auteurs reconnus, publiés.
Mon intervention : je lis deux pages par jour du livre choisi, j’appose la date, je sur-ligne des mots qui constituent un début de narration autre. Puis je cherche dans les actualités quelque chose ( image ou texte collé ou écrit à la main) qui vient ricocher avec ce qui est sur-ligné.
Cela donne un double carambolage. 
Trois livres en un – un livre objet 
que j’envoie à des « gens de la profession », bouteille à la mer,
avec réaction en retour,
ou non.

La réaction de Julia Deck est cette invitation à St-Etienne !

Julia Deck est aussi, pour Ann d’Angleterre aux éditions du Seuil, à La Galerne, ce mercredi,  6 novembre.

 

de Frederick Houdaer pour la Pièce unique

qu’il a reçue, à sa demande, en main propre.
Un auteur et éditeur ( Le Clos Jouve) qui, pour le moment, est lyonnais mais se prépare à arriver au Havre.
Je pense qu’on l’invitera à déjeuner avec nous .
La rencontre a été sympathique : des références communes  : Pascal Garnier, des idées proches sur des auteur.es

Sur les réseaux, il a mis 3 photos, en voici une, et :
Il est des cadeaux uniques dont on ne peut dévoiler que des détails.
Merci, Catherine.

Et il est vrai que les Pièces Uniques sont difficiles à photographier ! D’ailleurs, je ne les photographie pas…

A l’Art Hôtel : le 17 octobre – 2)

Nous étions nombreux le 17 octobre :  Plein d’autres livres ont été évoqués, beaucoup de ceux que la rentrée a abondamment mis en avant :
le Kamel Daoud, le Maylis de Kerangal, le Amélie Nothomb, le Marie Vingtras, le Gaël Faye.
des polars d’Alan Parks, de David Joy (voir les résumés de ce qui s’est dit lors de leur venue à la Galerne, sur ce blog), de Joseph Incardona, de Peter Swanson, de la théorie sur le polar : De l’assassinat considéré comme un affaire de femmes de François Rivière et Le détective était une femme de Frédéric Regard.
Des lromans d’auteurs d’ici :
de Bérénice Pichat aux éditions Avril – 2024 : La petite bonne. Vous avez pu la voir à La Grande Librairie.
de Claude Malon qui nous plus habitués à ses livres d’historien : un parfum de neige : terroir et autobiographique.
Des romans graphiques :
Mon petit AVC de Margot Turcat, éd. Larousse : une professeur d’art plastique raconte ce qui lui est tombé dessus à 34 ans.
La chiâle de Claire Braud, éd. Dupuis.
Et puis d’autres encore :
des historiques comme Charlotte Delbo : Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants : toute sa poésie, jusque là disséminéedans ses autres livres, rassemblée en un volume, en Minuit- Double.
des étonnants : Jean Dutourd : Une tête de chien, Gallimard.
des beaucoup moins connus : la S F « space » de Yann Bécu : L’effet coccinelle en Pocket
des écrits de reportersLoin de chez moi, de Maryse Burgot chez Fayard, 2024. Dans le Donbass., Le gardien de Téhéran de Stephane Perez, Pocket, 2024
des romans d’écrivains un peu moins médiatisés ou des livres un peu moins récents :
Zizi Cabane de Bérengère Cornut, au Tripode. Elle eut le prix FNAC pour De pierre et d’os, chez le même éditeur. Tous deux en poche maintenant.
L’absence est une femme aux cheveux noirs d’Emilienne Malfatto. Sur l’Argentine, les enfants disparus.
Acide de Victor Dumiot, ed. Bouquins – : du dur !  L’interview de l’auteur est disponible sur Zone critique.com
Suite inoubliable  d’Akira Mizubayashi, Gallimard : plus doux !
de l’histoire et des images : Le monde sacré des femmes amérindiennes, de Judith et Michael Oren Fitzgerald, éditions Vega 2005.

Prochain Un vin, des livres prévu à l’ Art Hôtel le jeudi 21 novembre18 h.

A l’Art Hotel, le 17 octobre – 1)

On a parlé de :
– Coyote de Sylvain Prudhomme, éditions de Minuit, 2024 : Un parcours de 2500 km en stop au niveau de la frontière américano-mexicaine. Il restitue les conversations avec ceux qui l’emmènent. Petits blocs de leur langage, retenu alors qu’il n’ a ni pris de note dans la voiture, ni enregistré. Des voix, surtout d’hommes, de Mexicains bien plus que d’Américains, de l’oralité. Des informations, plus souvent des opinions. Rarement positives vis-à-vis de l’immigration. Etonnement que quelqu’un ait cette confiance – ou cette inconscience – de faire du stop, ce qui, d’ailleurs, est interdit dans certains états.
Sylvain Prudhomme sera à la Maison de la Poésie – Paris, le 20 novembre.
Celles qu’on tue  de Patricia Melo, paru en grand format chez Buchet-Chastel en 2023 et maintenant en 10/18. Traduction d’Elodie Dupau. Cette auteure brésilienne qui vit maintenant en Suisse parle là des violences faites aux femmes, des féminicides à travers deux histoires, celle de la narratrice, avocate, giflée par son petit ami, et celle de la jeune indigène, massacrée par trois blancs. Un cas plus ou moins grave et une horreur totale que le racisme, la vision des peuples autochtones au Brésil, sous un Bolsonaro, permettent. Une langue de combat.
Christine Ferniot en a dit : « un roman magistral qui ne cherche pas les larmes du lecteur mais plutôt sa colère ».
– L’épouse
d’Anne-Sophie Subilia, éditions Zoé 2021, dans leur collection de poche depuis 2024. Une jeune femme accompagne son mari qui travaille pour la Croix Rouge à Gaza, en 1974. C’est d’une grande délicatesse. L’épouse rencontre des vieux, des enfants palestiniens, des militaires israéliens, des expat’, fait aussi attention aux animaux (d’où, la superbe description de l’âne !). La relation femmes-hommes est évoquée. Et si la position des personnages sur la situation existe, elle n’est que suggérée. Un très joli livre.

Un Hélène Gaudy : P U N° 214

Vues sur la mer est le premier livre d’Hélène Gaudy, paru en 2006 aux éditions Impressions nouvelles, reparu en poche en collection Babel.
La déclinaison d’un départ souhaité, rêvé, fantasmé ou réel.
Départ momentané ou définitif, on ne le sait qu’à la fin.
Départ en 7 chapitres,
Jeanne, femme à la robe rouge, arrive dans un hôtel, seule.
Hôtel dans la forêt, ou en montagne, ou en bord de mer.
Autour d’elle, serveuses, réceptionnistes et leurs attitudes déclinées.
Autour d’elle, des clients qu’on retrouve, ce qu’on se raconte sur eux, la relation qu’on s’invente avec eux.
Un patchwork de possibles.

Quelques Poèmes express qui viennent de Vues sur la mer :
Regarder les fantômes quand ses parents dorment. Tranquilles et aveugles. Plats et vides.
– La chaleur est sueur grasse sur cou pâle et bâillement.
– Il n’en reste qu’une, de grue sauvage, peut-être. Il faut faire attention.
– Il suffit d’un détail pour que les journées soient cernes sous les yeux et ne paraissent plus très nettes.
– C’est là qu’elle avait dû voir un film et l’installer dans sa mémoire dans les moindres détails.
– La nuque a l’air de rompre. Ca plait, ils attendent.
– Il démonte le sourire qui clignote, monte, rose vif et s’affaiblit.

J’ai la faiblesse d’aimer particulièrement le rapprochement  d’un Poème Express avec cet élément d’information :
– L’appeler papa. Juste essayer. Main sur l’épaule, sans réfléchir. // France Culture : Les Afghanes sous la loi des talibans.
Oui, je sais, humour noir. Et je vous assure, je suis féministe…

Le dernier livre d’Hélène Gaudy est Archipelsparu à L’Olivier lors de cette rentrée littéraire. Il est sur la liste de très nombreux prix.

Arno Bertina nous invite

 
« Hello, hello,
Le mardi 5 novembre à 17h30, l’Ehess inaugure la chaire de création artistique en organisant une rencontre autour de mes livres. Elle se tiendra dans le grand hall du 54 boulevard Raspail, à Paris. Des chercheuses et des chercheurs de l’Ecole ont accepté d’échanger avec moi (Anne Lafont, Pascale Barthélémy, Marielle Macé et Gisèle Sapiro), ce qui me touche infiniment. La rencontre est en accès libre, on ne vous demandera pas votre carte d’étudiant.e, pas non plus votre déclaration d’impôt ou votre dernier bilan sanguin. Je serais vraiment très heureux de vous apercevoir à cette rencontre un peu hors-norme, et de trinquer avec vous ensuite – que le verre soit offert par l’Ecole ou par moi (il suffirait alors de traverser la rue). Vous notez la date du 5 ? Il sera surtout question de « Des lions comme des danseuses », de « L’âge de la première passe », « Des Châteaux qui brûlent » et « Ceux qui trop supportent », mais peut-être aurai-je aussi à coeur de renvoyer vers leurs travaux respectifs… Allez, dites-moi que vous avez noté la date du 5 ? »
Certaines d’entre vous se rappelleront du déjeuner avec Arno Bertina à la cantine du fort, de sa gentillesse, de son énergie, de son investissement.
Des lions comme des danseuses est à lire en parallèle du film Dahomey..
L’âge de la première passe
parle de jeunes femmes africaines et de leurs corps utilisés.
Des châteaux qui brûlent théâtralisé et présenté au Volcan était l’occasion de la venue d’Arno au Havre. Mais lisez le livre, en Folio !
Ceux qui trop supportent est un document fondamental sur le fonctionnement capitaliste  : production et ouvriers moins importants que bourse et actionnaires.

 


Prochain « Un vin-des livres »- 17 octobre

Il aura lieu à l‘Art Hôtel, 147 rue Louis Brindeau :  privatisation de l’espace petit déjeuner le jeudi 17 octobre 2024 ; de 18 h à 20 h.
Je sais que certaines seront ailleurs jusqu’à 19h : qu’elles n’hésitent surtout pas à nous rejoindre !
Un petit peu bousculée ces jours-ci, je n’ai pas fait le compte – rendu de tout ce qui avait été dit : je résume donc :
en auteurs étrangers, vous avez parlé de Grecs :
M. Karagatsis (1908-1960) : «  La grande chimère », traduit par René Bouchet, éditions Aiora : « une claque » en a dit Carine sur la position des femmes dans la famille, sur le désir féminin. « ça ne démarre pas bien, ça finit très mal, mais !… »
Petros Markaris ( né à Istanbul d’une mère grecque et d’un père arménien ) : ses polars se passent dans Athènes, parlent de la société, de la crise financière, de la corruption, de l’éducation.
Minos Efstathiadis : Le plongeur, chez Babel noir, autre polar.
Polar aussi et aussi chez Babel noir, le Japonais Keigo Higashino : Le dévouement du système X
Polar toujours, mais français : Thomas Cantaloube : une trilogie, chez Folio Policier : du bon policier historique sur le XXè siècle français : autour de l’Algérie, de la France-Afrique pour Frakas et de la Guadeloupe pour le 3è. On y retrouve les mêmes personnages. Ce sont aussi des romans d’aventure. Vient de sortir de lui Les mouettes, au Fleuve noir, suite du Bureau des légendes.
Polars encore, ou pas : les Michaël Mention : Power (excellent : sur les Black Panthers), Dehors les chiens, un western : « Tu sens bien l’ambiance, le décor » dit Delphine L, Les fantômes de Manhattan sur Miles Davis.
Des auteurs qui ont écrit des romans policiers mais pas cette fois :
Le dernier Olivier Norek : Les guerriers de l’hiver, éditions Michel Lafon : histoire d’un sniper finlandais en 1940. Basé sur des faits réels, écrit après un séjour de trois mois en Finlande.
Sandrine Collette : On était des loups, chez Lattès et en poche maintenant : « une écriture. Magnifique, bien tenu. » dit Anne-Marie Z. »Elle tient les deux : le paysage, la nature sauvage et ce personnage de père. »

On a aussi évoqué, en écrivains d’ailleurs :  Eri de Luca,  Les règles du Mikado, éd. Gallimard, Joyce Maynard (venue à la Galerne la semaine dernière) pour L’hôtel des oiseaux , ed 10-18, Jeffrey Eugenides pour Middlesex, l’histoire d’une famille sur plusieurs générations,
Jenny Erpenbeck : Kaïros, Booker Prize : Berlin Est avant et après la chute du mur, une histoire aussi d’amour entre une jeune femme et un homme plus âgé et marié… Elle était sur la liste des Nobélisables . Mais ce n’est encore pas elle. C’est la Sud Coréenne Han Kang.
Et aussi en auteurs français : Amélie Nothomb, Maylis de Kerangal (toutes deux venues récemment à la Galerne), Jean-Paul Dubois, Hélène Gaudy en lice en ce moment pour le Goncourt avec Archipels, ed.L’Olivier, Gaëlle Josse, Sandrine Tolotti, Laure Murat, Anita Conti, Marc Hedrich…

Les USA à la Galerne

Richard Ford, mardi 1er octobre, Joyce Maynard, le 2 et Craig Johnson le 3 !
Richard Ford était accompagné de sa traductrice, Josée Kamoun, auteure du Dictionnaire amoureux de la traduction.
Ford comprend le français mais préfère répondre en anglais. Il est là pour le cinquième roman ayant pour personnage Frank Bascombe : Le paradis des fous, éditions de l’Olivier : » Je n’ai pas vraiment de relation avec Frank Bascombe. (…) Je n’ai pas eu de vie intéressante, j’ai juste écrit des livres intéressants. (…) il y a des années, ma femme – depuis 57 ans -, alors que j’avais publié deux romans que personne n’avait lus, des livres « faulkneriens », m’a suggéré d’écrire sur quelqu’un d’heureux. C’est un grand sujet. (…)
Le peu plausible est un bon point de départ. »
Dans ce livre, Bascombe, 74 ans, voyage avec son fils, Paul, 47 ans, mourant. « A mesure que je vieillis, j’éprouve de plus en plus d’intérêt pour la mort. »
Ils vont au mont Rushmore, voient le Corn Palace dans le Dakota, « une sorte de Kremlin, une salle des fêtes très très bizarre. J’y suis allé une fois et je voulais l’avoir dans le livre. C’est OK parce que si ça m’intéresse, ça va être bon pour le lecteur. »
Richard Ford a de l’humour, et quand on lui parle de la situation politique américaine peu évidente, il rétorque :  » Pensez-vous que, en France aujourd’hui, vous pouvez dire que tout est clair ? »

Craig Johnson et son stetson, pour la deuxième fois ici. La première était en 2012. Le 3 octobre est le premier jour, et de sa tournée en France, et de la sortie, chez Gallmeister, traduit par Sophie Aslanides, de Le dernier combat, son 22è roman.
Johnson a fait plein de boulots, dont policier à New York. Né dans une famille de conteur d’histoires, avec une mère d’origine française, professeur et bibliothécaire, il a réellement commencé à vivre avec l’écriture. Ses « damaged heroes »  ont du Athos ou du Jean Valjean. « Je trouvais que, dans le roman noir, les hommes étaient différents des policiers que je fréquentais. » D’où le personnage de Walt Longmire, shérif du 24è comté du Wyoming, comté fictif, le plus vide.
Craig Johnson a un doctorat d’études dramatiques et pour lui, le dialogue est très important pour caractériser un personnage. « On ne le décrit physiquement qu’une fois mais sa voix, son ton, ses mots disent tout de lui. »
Une série d’après son oeuvre existe, mais « l’imagination du lecteur est bien plus efficace que la série »
Ce roman a pour point de départ un tableau : Le dernier combat de Custer, popularisé par le brasseur Budweiser. Ce combat est un massacre d’Indiens, la bataille de Little Big Horn, un lieu historique qui n’est pas loin de sa ferme, dans le Wyoming, où il est « voisin de Cheyennes, de Crows et de Lakotas. Après cette bataille, ils n’ont plus eu de lieu où aller. On a parqué ces tribus ennemies dans des réserves proches les unes des autres en espérant qu’ils s’entretuent. Mais ils ont réussi à s’entendre. Ils sont magnifiques dans leur culture, leurs croyances (…) Il y a actuellement d’excellents auteurs et pas seulement en fiction. Parmi eux, beaucoup de « native writers » dans la région, et ils donnent un (autre) sens à l’Ouest. »

 

Un vin, des livres – septembre 2024 – 1)

Septembre, c’était carrés de chocolat et pas verre de vin.
Ils accompagnaient
– Tout est jazz de Lili Grün, paru en 2024 aux belles éditions du Typhon (oui, je sais, je me répète ! ), traduit par Sylvaine Duclos. Lili Grün (1904-1942) a été  actrice, et auteure, souvent comparée à Irmgard Keun, aussi présente dans le catalogue du Typhon. On est dans le Berlin des années 30, avec un personnage de jeune femme libre qui chante, joue, fait partie de l’aventure de la création d’un cabaret, qui a un amant et souvent faim. Le titre et la couv’ disent tout de l’écriture, enlevée, rapide.
– Le vide et le plein – carnets du Japon, de Nicolas Bouvier, édition Hoëbeke, 2004 : Nicolas Bouvier (1929-1998) est, dit-on, le premier étiqueté « Ecrivain-Voyageur ». Ce Suisse a parcouru le monde seul, ou avec son ami Thierry Vernet, ou avec sa femme, Eliane et ses enfants, Ce livre est MAGNIFIQUE. Il dit beaucoup sur le pays dans lequel, alors, il demeure, son esthétique : (P 12) : « On vous vend un programme de plusieurs pages. Vous entrez :eh bien, il n’y a presque rien dans les vitrines : un panier de bambou tressé dans lequel on mettrait quatre pommes et signé par un certain Rokanzai Iizuka, troisième d’une dynastie de tresseurs de paniers, dispose d’autant d’espace qu’un grand Rubens dans un de nos musées. Quelques mètres plus loin se trouve un cendrier de bronze, plus loin encore, une écharpe de soie. Tout cela signé, bien entendu. On cherche à donner l’impression que chaque objet forme le centre d’une pièce vide, et on y parvient. », le fonctionnement de la population, de l’homme par rapport à la femme, vis-à-vis de l’étranger, mais évoque aussi ses difficultés intimes.
– Présumée disparue de Susie Steiner, un polar britannique traduit aux Arènes en 2018 par Yoko Lacour, trouvable en livre de poche. L’auteure (1971-2022), journaliste, a écrit trois romans avec le même personnage, la policière Manon Bradshaw. Et c’est ce personnage qui rend le livre attachant : femme seule, cherchant à ne plus l’être, plus très jeune, pas super-sexy. Tout ce qui est dit sur elle et ses essais de rencontre est vraiment drôle : (P 11) : « ..., il croise les jambes et son pied vient lui heurter le tibia (…)elle se baisse pour se frotter la jambe. Il ne remarque rien. (…) Son profil le décrit comme « sensible » avec, en parallèle, un intérêt pour l’aviation militaire (…) , il semblerait que le taux de compatibilité ne soit pas un modèle de fiabilité. »…
Mais évidemment, on a parlé de beaucoup d’autres livres. Je reviens…
Prochain rendez-vous prévu : jeudi 17 octobre