Un Sembene Ousmane : P U N° 119

Le Sénégalais Sembene Ousmane (1923-2007), fils de pêcheur, autodidacte, est venu en France en 1946. Docker à Marseille pendant dix ans, son premier roman, « Le docker noir » paraît en 1956.
En 1966, il tourne son premier long-métrage : « La noire de… ». Il est considéré comme « le grand-père des cinéastes africains ». Son dernier film, en 2004, Moolade est sur la force des femmes, et contre l’excision.
Homme de gauche, il voit le cinéma, et l’écriture, comme des moyens politiques.

Véhi-Ciosane suivi du Mandat est paru aux éditions Présence africaine en 1966. Les deux novellas  parlent, l’une, de l’inceste par un père polygame, chef de village, l’autre, de l’obligatoire solidarité entre ceux qui s’en sortent et les autres, mais aussi de tromperie.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Un enfant élève son père ou le blesse.
– Au centre de cette haute sphère de notables, la mort avec sa tête plate.
– Elle haïssait la famille, avait soin de l’individuel.
– Une fille, cette nuit, chasse l’homme. Il se fige.
– Elle se refuse. Silence de bouche triste.
– La morale, tout le monde s’en couvrait ou la suivait.
– La sueur collait sur le mamelon des femmes.

La P U N° 119 est offerte à Bruno Lecoquierre. Ce professeur de géographie, directeur du laboratoire IDEES à l’université du Havre, a entre autres travaillé sur le Sahara.

(Un faux) Chat Bleu :

On n’était pas au Chat Bleu.
On était moins de six.
On a quand même parlé de livres.

Il se trouve que la majorité de ces livres avaient pour propos des vies de femmes.
Cela allait de Corentine de la ministre Roselyne Bachelot… histoire de sa grand-mère bretonne,
à La fin de l’amour, un désarroi contemporain, essai sociologique d’Eva Illouz .

On ne dira rien de plus du premier, mais on pourra le comparer avec Composition française, retour sur une enfance bretonne de Mona Ozouf, paru en 2008, Folio.

Entre les deux, des romans qui évoquent la condition féminine un peu partout, un peu n’importe quand :
Le silence d’Isra, d’etaf Rum. Traduit de l’anglais par Diniz Galhos. Paru aux éditions L’Observatoire en 2020 : la vie d’une jeune Palestinienne mariée sans amour, devenue (ô malheur) mère de filles uniquement.
– Les heures silencieuses, deuxième livre de Gaëlle Josse, trouvable en poche :  la vie d’une femme de la bourgeoisie marchande du XVII ème siècle à La Haye.
– Suzuran d’Aki Shimazaki, Actes Sud, 2020 : ouvre une nouvelle série de la Nippo-québécoise : la vie d’une femme céramiste, divorcée.
– Trencadis (déjà évoqué dans d’autres Chat Bleu) : la bio romancée de Niki de Saint Phalle qui se voulut artiste plus que mère. Aux éditions Quidam, 2020.
– La vengeance m’appartient de Marie N’Diaye, Gallimard, 2021 : une avocate amenée à défendre une femme qui a tué ses trois enfants. Le livre porte aussi sur la bourgeoisie bordelaise et le passé négrier de la ville.
– Alexandra Kim, la Sibérienne, roman graphique de Keum Suk Gendry-Kim aux éditions Cambourakis, 2020 : sur une révolutionnaire d’origine coréenne (1885-1918).

Enfin, donc, l’essai d’Eva Illouz : « Passionnant » : nous sommes dans l’ère du « capitalisme scopique », une économie gérée par les hommes, pour le plaisir des hommes et qui influence les femmes. Un monde où l’éducation des femmes tourne autour du « care », pas celle des hommes, où le marché du développement personnel amène des attentes difficiles à réaliser.

Bientôt, un autre (faux) Chat Bleu. Promis, il n’y sera question que d’hommes.

Un Ray Bradbury : P U N° 118

Un remède à la mélancolie, de Ray Bradbury (1920-2012), est la Pièce Unique N° 118. Il s’agit d’un recueil de 22 nouvelles qui vont de 1948 à 1959, traduites et rassemblées chez Denoël en 1961. Certaines appartiennent au genre de la S F, d’autres au fantastique, d’autres encore à rien de cela. C’est un ensemble extraordinaire, un vrai plaisir. C’est plein d’invention, d’idées inattendues, un feu d’artifice, des fusées multicolores partant dans tous les sens.

Voilà quelques Poèmes Express issus d’Un remède à la mélancolie :

– Une fraise des bois demande de l’argent pour acheter des enfants.
– Elle descendit les marches de cette histoire en six à huit mois.
– Tout a cessé. Silence…des êtres se sont desséchés. Lentement.
– Tu nous achèteras un peu de profondeur.
Un fantôme fixait la confiture. Son gémissement troubla le silence.
Mon visage s’ouvrit et j’ouvris le petit homme.
Le saumon ignore le ciel neigeux ou la couleur prune.
– En esprit, faire le saut. Et pendant ce temps, être grenouille.

Cette Pièce Unique est envoyée à Sylvie C. « rencontrée » sur Facebook, donc pas vraiment rencontrée, mais ressentie comme potentiellement proche.

Un Asli Erdogan : P U N° 117

Le silence même n’est plus à toi : chroniques de la journaliste et romancière Asli Erdogan. Traduites du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, elles sont trouvables dans la collection Babel. Asli Erdogan est une de ces intellectuels poursuivis par le gouvernement turc pour ses prises de position sur le génocide arménien, la situation des Kurdes, le sort fait aux femmes. Ses textes dénoncent dans une prose poétique les horreurs vécues en Turquie.
Elle a pu dire en 2017 à l’émission de François Busnel : « Ma foi dans les mots est inébranlable ». Et il faut croire que c’est aussi le cas de Recep Tayyip Erdogan puisqu’elle a été emprisonnée, jugée, qu’elle doit vivre en exil et pas pour la première fois.

Quelques « Poèmes Express » issus de ce livre :
– Les snipers déployés autour de la recroquevillée.
– Au pied du F16, les émotions reviennent.
– Descendre au centre du brun triste, tirant 
sur le violet.
– Corps étiquetés, cri égaré.
– C’est interdit, les explosions sur l’autoroute.
– La neige, dans un état fiévreux, a beaucoup changé.

On envoie cette Pièce Unique à une des éditrices d’Actes Sud, Marie Desmeures. Par jeu : une espèce de retour à l’envoyeur.

 

Bientôt…

Bientôt, oui.
On ne sait pas quand. Pas pour Noël, comme tout le monde.
Trop de monde …

Bientôt…
sortira ça va ? ça va.

Bientôt, oui,
on vous expliquera.

Un Stevenson : P U N° 114

L’île au trésor est paru en feuilleton en 1882. En poche en France en 1961. Retraduit récemment, les éditions Tristram lui ont donné une superbe couverture. Vu comme un roman- jeunesse, il a souvent été adapté au cinéma.

R.L. Stevenson, l’écrivain voyageur écossais est mort le 3 décembre 1894 aux îles Samoa. Nous avons offert cette Pièce Unique ce 4 décembre à une voyageuse, Pia G. qui vient se poser ici après avoir habité Milan, Budapest, Vienne…

Voilà quelques Poèmes Express :

– Il mettait le nez à la porte ou avait une façon inquiétante de le poser sur la table.
– Forte peur dans la brume. Pause.
– Un gentleman mort dévisse sa tête, donne le coeur et suce sa fin.
– Il essayait de rire, de retirer le poignard de sa bouche.
– Morts rouges et bouffis, bandage sanglant, mauvaise mine.
– Elle n’a jamais rien raté, la constance.

Un Kamel Daoud : P U N° 113

Le peintre dévorant la femme paru aux éditions Stock en 2018 est aussi en poche chez Babel.  Kamel Daoud est connu pour son Meursault, contre-enquête, Goncourt du premier roman en 2014. Il est par ailleurs journaliste et a des positions vis-à-vis de l’islamisme qui le mettent en danger.
Ce livre est un récit, de la collection « Ma nuit au musée » : un(e) auteur(e)  passe une nuit dans un musée et écrit sur cette expérience. Lydie Salvayre, Santiago Amigorena, par exemple, se sont déjà prêtés à ce dispositif.

Kamel Daoud a été, lui, invité au musée Picasso. L’intérêt du livre n’est pas tant son regard sur l’oeuvre de ce peintre que ce qu’il dit du rapport au corps, au sexe, à l’art et à la collection, de l’autre côté de la Méditerranée. Là, c’est passionnant.

Voilà quelques uns des Poèmes Express qui en sont sortis  :
Le jaune annonce le sourire, le corps et sa chaleur.
– Durant l’amour, se faire appréhender par le muscle-coeur.
– Le sang s’échappe. Plongée dans la mort, la femme en offrande.
– Cet endroit est un monde de piranhas. La fin y est la fin.
– S’il peint l’âme, je peux la dévêtir.
– Le grain de peau rencontre le cannibale et le nu est 
camisolé par l’amant.
– Sous mille angles, cette année se révèle noyade, submersion et fin.

La Pièce Unique N° 113 est à offrir à Laurence Drocourt, plasticienne qui travaille à l’ESADHaR. Elle a aussi conçu une pseudo-galerie : une vitrine / une oeuvre ( souvent intéressante et ludique ).

 

« Le Havre aux livres » et nous

Ils y sont.
Nous y sommes.
Même le dimanche.
Jusqu’à la fin de décembre

Pour vous,
Pour vos cadeaux.
Rue du Départ offre un joli carnet-livre à tout acheteur, dans la boutique, de deux livres dont UN Rue du Départ : qu’on se le dise, qu’on en profite.

Le Havre aux livres
67 rue Bernardin de St Pierre
76600 Le Havre

« Le Havre aux livres » et Rue du Départ

Le Havre aux Livres est un collectif de 5 éditeurs normands qui ont envie de présenter des projets innovants pour partager leur passion et leur savoir-faire. De rencontres professionnelles en amitiés, ainsi est née la boutique éphémère.

Ce collectif s’est installé, pour deux mois, jusqu’aux fêtes de fin d’année :
67 rue Bernardin de Saint-Pierre (rue piétonne)
76600 Le Havre
Ils sont arrivés juste avant le début du 2ème confinement….
et sont réduits au « clique et collecte » jusqu’à nouvel ordre.

Pourtant, très gentiment, ils ont proposé à d’autres maisons d’édition, dont Rue du Départ, de les rejoindre. Et c’est fait : vous pouvez trouver nos livres à la boutique éphémère. De Pile et face à Un peu de lune.

Chat Bleu : octobre 2020 -2)

avec un peu de retard… mais le mois de novembre étant, malheureusement, sans possibilité de Chat Bleu… on a pris son temps…

on a évoqué aussi :
– Le crépuscule et l’aube de Ken Follett, édition R. Laffont, 2020 . Un quatrième tome à lire avant Les piliers de la terre. On est en l’an mille, dans un village, en Angleterre et c’est l’arrivée de Vikings.
– Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers, Grasset, 2020 : une femme cherche à se réapproprier son corps, va dans un salon de massage et de thé japonais dans Paris. Elle y découvre entre autres le Japon.
Le discours de Fabrice Caro, 2018 : » un livre drôle, émouvant aussi » : un homme, le temps d’un repas familial, parle.
Buveurs de vent de Franck Bouysse, Albin Michel, 2020 : « une belle écriture et un univers très noir. » Dans une vallée imaginaire, une personne domine toutes les vies.
– Nos espérances d’Anna Hope, traduit par Elodie Leplat, Gallimard 2020 : trois copines en fac vers 1995 se retrouvent en 2010. Ce qu’elles sont devenues.
Les disparus de Daniel Mendelssohn, traduit par Pierre Guglielmina, 2007 Flammarion. Prix Médicis étranger, maintenant en J’ai Lu. Mendelssohn enquête sur sa famille juive. « Une merveille. »
Une mort très douce de Simone de Beauvoir, en Folio : » un très joli livre » de 1964, « pas du tout triste », sur la fin de sa mère.
– Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, chez POL et en Folio. Prix des lycéens et prix du livre Inter. Dans un ancien pensionnat, des marginaux vivent ensemble, forment une sorte de secte. Ils ont un discours sur l’amour, l’accueil. Tout bascule quand un migrant arrive.
– Le dernier des branleurs de Vincent Mondiot, Actes Sud Junior, 2020 : ce n’est pas drôle d’être un ado…
– L’espion et le traître de Ben Macintyre, traduit par Henri Bernard, Pocket, 2020 : l’histoire vraie d’un agent double dans les années 1970. Oleg Gurlievski vit encore en Grande Bretagne. John Le Carré a adoré, dit-on.
– Le bonheur, sa dent, douce à la mort de Barbara Cassin, Fayard 2020 : son autobiographie philosophique : une femme « d’une liberté absolue ».

On a reparlé de :
– Le répondeur  de Luc Blanvillain, édition Quidam, 2020 : « Un livre vraiment drôle, qui fait du bien en ce moment ! »
– D’un cheval l’autre de Bartabas, Gallimard, 2020 : » un beau livre sur les chevaux », les humains, leurs rapports.

A quand le prochain Chat Bleu ? Grande question ! On avait imaginé qu’en décembre, ce serait le 10.
On vous tient au courant.
Prenez soin de vous !