Ivar Ch’Vavar- Laurent Albarracin- Emmanuel Caroux

Un très joli petit livre,
joli comme objet : orange tout vif dans la main
joli pour ce qui s’y lit : de faux haïkus, des textes courts, 3 vers
pour dire un animal,
le dessiner avec les mots,
le rendre dans sa forme (la vache), ou
dans un geste (l’éléphant d’Afrique), ou
dans une allure (la cane), ou
dans son nom ( la brebis), ou
dans l’histoire qu’on s’en fait (le chat), ou
dans sa réputation (l’âne)

Beaucoup sont drôles, certains sont émouvants (le cheval attelé, la taupe)

J’y ai même trouvé mon horoscope :
« Il court il court le bélier
sur la spirale de ses cornes
il vient s’affronter à lui-même »

Et la préface de Laurent Albarrracin présente super bien ces petits bonbons.

Un Italo Calvino : P U N° 188

Leçons américaines, conférences commandées en 1984 à Italo Calvino (1923-1985) par une université américaine. 5 ont été écrites : Légèreté, Rapidité, Exactitude, Visibilité, Multiplicité. De nombreux écrivains y sont convoqués, de Lucrèce à Gadda en passant par Borgès et Pérec.
Elles sont rassemblées dans la collection Points.

Une de ses phrases m’a particulièrement touchée (dans Rapidité, p.89 : « J’aimerais, quant à moi, rassembler une collection de récits tenant en une seule phrase, voire en une seule ligne si possible »… = ce que veulent plus ou moins faire les Pièces Uniques…

Me touche également ce § dans Visibilité : p149 : « Si j’ai inscrit la visibilité sur ma liste des valeurs à préserver, c’est pour mettre en garde contre le danger que nous courons de perdre une faculté humaine fondamentale : la vision nette les yeux fermés, le pouvoir de faire jaillir couleurs et formes d’un alignement de lettres noires sur une page blanche, l’aptitude à penser par images. » En 1985, Calvino définissait un des plaisirs, personnel, individuel, de la lecture. En 2023, ce plaisir est laissé de côté par beaucoup. Est privilégiée l’image créée par d’autres pour tous. L’individualisme de nos sociétés s’est révélé moins fort que l’immédiateté.

Quelques « Poèmes Express » qui en sont sortis :
– Classée dans une chemise transparente et dans un dossier rigide, la pensée.
– Une femme prend conscience de sa main pleine de laine, de sa légèreté.
– Le cadavre refusait de se faire ensevelir.
– L’économie ne tient compte que de 
l’essentiel; la littérature de l’inverse._
– Je m’en vais relire la nuit, parce que la nuit contient la sensation.
– Revenons à une littérature qui serait origine, oeuf collectif.
– Nous sommes exposés à des images-ordures, à en étouffer.
– L’histoire commence à noircir du papier, l’écrit devient maître des images.
– Les strophes sont comme un tourbillon, comme une pelote qui venait aux lèvres.
– Le projet s’épaissit et se compose de corps occupés.

Cette Pièce Unique N°188 est offerte à M-A qui en a déjà reçu une, charge à elle de … la garder si elle veut… ou la faire passer à une lectrice d’essais, Danielle G., historienne de l’art.

livres en lice pour 2024 : Ancres Noires ET Robes Noires

Voilà les six livres en compétition :

– Le fils du père  de Victor des Arbol, éditions Actes Sud, traduit par Claude Bleton et Emilie Fernandez
– Le régisseur de Jeanne Desaubry, éditions L’Archipel
– Le bureau des affaires occultes d’Eric Fouassier, Livre de poche
– Les corps solides de Joseph Incardona, Pocket
– Promets-moi d’avoir peur de Frédéric Lepage, chez Robert Laffont
– Sans collier de Michèle Pedinielli, éditions L’Aube

Deux femmes pour quatre hommes, la parité n’y est pas tout à fait…
Deux étrangers (un Espagnol, un Suisse francophone) pour quatre Français, là non plus…
Deux déjà en poche pour quatre en grande collection
Des drôles, des effrayants, des historiques, des sociaux…
A vos lunettes ! 

Le Café Crime du 10 novembre – 1)

La Petite Librairie nous accueillait  et nous y avons évoqué plein de bouquins :

ceux sélectionnés par Marie, ceux qu’une lectrice et moi avions envie de mettre en avant et….

CEUX de la sélection des ANCRES NOIRES
pour le festival du POLAR A LA PLAGE 2024.

Marie a présenté :
– une série en 10-18, en partenariat avec la revue Society : des textes de journalistes américains autour de « cold case » dans des états américains différents. Sur les 4 sortis, Marie a lu Les meurtres de Low-country d’Arthur Cerf et L’affaire Alice Crimmins d’Anaïs Renevier. Et chaque fois, elle a lu le livre en deux heures sans décrocher.
– Le grand test de Jacques Expert : de courts chapitres, hyper-prenants même si on sait dès le départ qui a tué.
– Sebastian Fitzek : L’accompagnateur : là aussi, des chapitres courts, du suspens. Autour d’un service d’appel pour femmes qui se sentent en danger…
– Morgan Audic : Personne  ne meurt à Longyearbyen, éditions Albin Michel : 2 cadavres, 2 enquêtes. Un polar écologique.

La lectrice inconnue nous a parlé de
– Keigo Higashino, en poche en Babel noir : Le nouveau : un enquêteur dans un quartier de Tokyo. Une certaine lenteur très caractéristique et agréable.
– tous les Craig Johnson, aux éditions Gallmeister, dans leur collection Totem : avec ce plaisir, chaque fois, de retrouver le personnage principal. Comme retrouver un ami, un refuge.

Ceux que je proposais :
– L’été froid de Gianrico Carofiglio, chez Folio. Carofiglio a été procureur, juge du pôle anti-mafia à Foggia et Bari, et sénateur. L’histoire se passe sur fond des attentats contre les juges (dont le juge Falcone). Le petit garçon d’un chef de la mafia est enlevé. Le policier Fenoglio, sensible, intello, enquête efficacement avec son adjudant, plus « brute de décoffrage ». On a énormément d’informations sur ce qui se passe quand des repentis aident la police italienne.
– Des serpents au paradis d’Alicia Gimenez Bartlett, chez Rivages noir : Barcelone, un quartier résidentiel. Un homme tout habillé mort dans une piscine. Petra, l’enquêtrice plutôt rock’nroll et son second au look vieillot trouveront évidemment ce qui s’est passé. D’autres livres de cette autrice espagnole avec ce duo de  policiers sont réédités en Rivages noir.
– Les initiés de Thomas Bronnec, journaliste et auteur de documentaires TV. Une histoire très proche de celle du Crédit Lyonnais. Des femmes se suicident. Entre milieu bancaire au plus haut niveau, ministre des finances de gauche et hauts-fonctionnaires.
– Adios Hemingway de Leonardo Padura en collection Points : un squelette est retrouvé dans le jardin de la maison qu’a habitée Hemingway à La Havane. Prétexte à évoquer Hemingway.

Pour la sélection des Ancres Noires, il vous faudra lire le prochain post …

Café crime !

Vendredi 10 novembre, de 18h à 20h,
à La Petite Librairie,
place Danton au Havre,
les libraires
et l’asso
Les Ancres noires
parlent
POLAR 

VENEZ !
C’est sans danger, sauf celui d’avoir envie de lire

Chat Bleu d’octobre 2023 – 2)

Avec, au choix, un Saint Véran sec et minéral ou un Pinot noir Vieilles Vignes, on a parlé de :
Toni Morrison : L’oeil le plus bleu, son premier livre (1970) traduit par Jean Guiloineau : « et déjà tout y est« . Une petite fille dans un Ohio plein de violence et miséreux ne rêve que d’avoir les yeux bleus.
Richard Ford : Rien à déclarer aux éditions de l’Olivier, traduit par Josée Kamoun : dix nouvelles. On entre dans la vie des personnages, leur ressenti. C’est sans événement fort, sans chute, leur vie.
Claire Berest : L’épaisseur d’un cheveu, 2023 Albin Michel : dès le début, on sait qu’il va la tuer…
– Patrick Modiano : La danseuse, 
Gallimard 2023 : tout un chapitre sur la discipline de la danse, sur le fait de briser les corps. Et bien sûr, des déambulations dans Paris.
Chahdortt Djavann : Les putes voilées n’iront jamais au paradis : 2016, Grasset, maintenant en livre de poche : « un roman très documenté, poignant« 
Jules Michelet : La sorcière : Babelio parle de « protoféminisme » pour ce texte du XIXème siècle, toujours plus qu’intéressant..
– Emmanuelle Favier : Le livre de Rose aux éditions les Pérégrines, 2023 : sur Rose Valland qui, au musée du Jeu de Paume, pendant la seconde guerre mondiale, a sauvé des trésors de la peinture.
– Sorj Chalandon : L’enragé, 2023 : à partir d’un fait réel : des jeunes s’évadent d’un bagne pour enfants, un réussit et devient mousse.
– Livre d’entretiens :  le photographe belge Harry Gruyaert et Brice Matthieussent

On a aussi évoqué quelques expos :
– Sylvie Hugues à La Maison du Regard au Havre
– Gertrud Stein / Picasso au musée du Luxembourg
Prochain Chat Bleu : jeudi 9 novembre,
mais à 18h cette fois.

Chat Bleu d’octobre 2023 – 1)

Une vie étincelante d’ Irmgard Keun,

Fraternité de Luc Dagognet


 

 

 

 


Voyage clandestin
avec deux femmes bavardes de Iegor Gran sont les trois livres présentés cette fois.

 

 

 

Je reviens !

Hugues Pagan au Havre

Hugues Pagan reçoit aujourd’hui deux prix : celui des Ancres Noires 2023 et  le prix des Robes Noires, décerné par avocat(e)s, greffier(e)s et juges du Havre, Une première ( grâce à maîtres Haussetete et à Nelly Dassonville ), et nous l’espérons, pas la dernière collaboration avec le festival du Polar à la plage.

Hugues Pagan a écrit 13 romans, recueils de nouvelles et des scénarios.
Dans  Le carré des indigents, aux éditions Rivages, on retrouve son personnage : Schneider, « un policier intègre« .

« Je parle pour ceux qui ne peuvent pas parler » dit Pagan. Et aussi :
« J’ai un style rugueux parce que je raconte rugueusement des choses rugueuses. Et puis c’est mon style, voilà tout. Quelqu’un m’a dit un jour que j’écrivais comme un écrivain du XIXème siècle. Je trouve que c’est un super compliment ! » (…)
« Gide disait que la forme, c’est le fond qui remonte. Je suis d’accord avec ça. »

Hugues Pagan est effectivement un des auteurs français pour lesquels la distinction littéraire entre la noire et la blanche ne fonctionne pas. Il écrit sur une société rarement belle et juste mais c’est beau.

Emission de G. Erner :

Ici, normalement, je ne me montre que positive
MAIS …
dans l’émission de Guillaume Erner de ce jour, en lien avec la mort de Dominique Bernard :
Camille Taillefer, 20 ans d’enseignement, se montre pleine de passion.
Elle est entourée d’un inspecteur d’académie honoraire et d’un professeur de collège, secrétaire général de l’APHG, tous deux bien plus ternes et donneurs de leçons.
Le collègue se permet de dire qu’elle a été longue dans son intervention. Le manspreading ne lui pose pas de problème, le womanspreading, si, apparemment.
Il a cette façon insupportable de parler en faisant entendre en même temps la salive ravalée. Je m’imagine élève, en cours avec lui…
Les deux hommes faisaient, pour moi, très « voix de son maître ». La norme, la loi, une forme de pompe, pas vraiment l’investissement dans son travail…

Mais c’est moi, sans doute…