Un Peter Handke : P U N° 246

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Encore un premier !
A croire que je ne lis pas !
L’heure de la sensation vraie de cet auteur autrichien a été publié en Allemagne en 1975, en France, chez Gallimard en 1977. Traduction de Georges-Arthur Goldschmidt.
Cela a été porté à l’écran en 1988 sous le titre Ville étrangère par Didier Goldschmidt, fils du traducteur, avec Niels Arestrup dans le rôle principal.
Gregor Keuschnig est un homme arrivé, attaché de presse à l’ambassade d’Autriche à Paris.
Il vit deux jours dans une sorte de crise, en homme clivé … et plutôt désagréable, entre autres avec les femmes… Crise professionnelle, familiale, personnelle qui aboutit à un possible nouveau départ, moins fabriqué, plus en phase avec ses origines.

Quelques Poèmes Express issus de ce Peter Handke :
On entend un coup de frein mais remarqué trop tard sans regarder.
– Il n’existe pas d’obligation de continuer à vivre, chairs et tendons.
– Tout était misérablement normal. Quotidien, ce qui lui faisait du bien.
– La rame roulant plus lentement le long d’un chantier, il vit tous ces visages.
– Il pensa à comment il avait couché avec elle, mains, hanches, sans sentiment.
– Un fantôme dépose plainte contre ce monde au lieu de disparaître.
– Dans l’immeuble en face, une femme, cuisses et seins, derrière la vitre.
– Il n’allait pas se raconter d’histoire : fini de se montrer nu.
– Il sentit sa propre sueur. puis d’une femme élégante – chacun révélait qu’il vivait – 

Un Sorj Chalandon : P U N° 245

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Retour à Killybegs, paru en 2011,
est la Pièce Unique N° 245.
332 pages en Livre de poche,
Grand prix du roman de l’Académie française 2011.
Raphaëlle Leyris (dont j’aime toujours les choix) dans le monde des livres, en disait à l’époque : « Retour à Killybegs n’est pas qu’un complément à Mon traître : plus puissant, plus subtil, c’est l’histoire d’une âme rendue grise par la contingence, la fatique et la soif de paix. ».

C’est l’Irlande, les Britanniques, les catholiques, les protestants, la résistance, la compromission,

les morts en prison, ou dans des combats, ou par des bombes.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
–  Cette nuit-là a appartenu à l’armée, la guerre sans jugement.
– Une famille menée par la foule, enfouie contre elle.
– Regard dur, il parlait en claques.
– Elle parlait, la salive suppliait. Le silence était bousculé.
– En lettres noires, à la peinture haineuse, une insulte.
– Un parti saccageait la phrase et des milliers se rebellaient.
– J’avais peur. Les filles arrivaient, un rire plein le ventre.
– Je ne sentais plus. Je n’entendais plus. Tête en peur.
– J’étais noué dans le noueux de l’armée.
– J’ai senti la foule. Son minuit.
– Pas l’autoroute mais des chemins de terre. La pluie contre les vitres.
– Le froid, tellement. Couchée avec pull et chaussettes.
– Deux mains contre sa poitrine. Un rêve en sueur avec des cris.
– Si vous avez quelque chose à quitter, dépêchez-vous.
– La presse s’adressait à mon silence. Enfoncé en bas de page.

La Pièce Unique N°245 est offerte à C. Le G. une grande lectrice.

Atys, de Lully

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L’opéra royal du château de Versailles a monté Atys de Lully et Quinault . La première représentation de cet opéra-ballet avait eu lieu en 1676. Il était aussi appelé « Opéra du Roi » car  Louis XIV en chantait des airs et trouvait des liens entre sa vie privée et la façon d’être des deux héroïnes…
L’histoire : l’amour (contrarié) : Atys aime Sangaride qui l’aime aussi mais le père de Sangaride veut donner sa fille à quelqu’un d’autre, et gâteau sous la cerise, une déesse, Cybèle, aime Atys. Sans vouloir tout divulgâcher, cela va mal finir…
5 actes, un spectacle de presque 3 heures. Pas un seul moment d’ennui. Une merveille au niveau du chant.
Des interprètes fabuleux :

Matthew Newlin : Atys
Giuseppina Bridelli : Cybèle
Ana Quintans : Sangaride
tous étrangers, mais prononçant parfaitement le texte.
Avec, pour moi, une préférence pour la voix de Giuseppina Bridelli.

Opéra ballet, ai-je dit : donc, de la danse.
Je ne sais pas s’il existe des transcriptions des gestes du XVII è siècle, (si quelqu’un sait, qu’il/elle n’hésite pas à réagir)
une chorégraphie que j’ai assez peu appréciée : eu l’impression d’être avec Esther Williams sans la piscine. Impression venant peut-être des costumes.
D’autant qu’elle est de Angelin Preljocaj dont, habituellement, j’aime beaucoup le travail !
Je n’y avais pas prêté attention et ne l’ai compris que quand il est venu saluer…
Aurais-je mieux aimé si j’avais su que c’était lui ?…

Un Vin, des Livres – janvier 2026 – 3)

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Et enfin, encore quelques romans français :

– Le Crépuscule des Hommes d’Alfred de Montesquiou, 2025, Robert Laffont. Un livre de journaliste, sur les journalistes et écrivains au procès de Nüremberg (comme Joseph Kessel, Martha Gellhorn, Ernst Hemingway, John Dos Passos…) de novembre 1945 à octobre 1946. C’est à ce procès qu’a été utilisée pour la première fois une traduction simultanée en plusieurs langues (4)

Déserter de Mathias Enard, Actes Sud 2025  deux récits s’entrecroisent : celui d’un homme qui déserte mais on ne sait de quel conflit, et l’histoire du mathématicien déporté pour communisme et auteur de Les Conjectures de Buchenwald .

– La Confrontation de Clara Dupont-Monod, 2025, Albin Michel : Une farce : une prise d’otages dans une école primaire sans écran. Le preneur d’otages dit être Elon Musk. On assiste à une joute verbale entre le peut-être Musk et un officier du GIGN. « Haletant » dit I.

– Avant la peine, de Laure Heinich, avocate pénaliste, 2026, Flammarion : deux médecins urgentistes, un homme, une femme, ce soir-là, sauvent une vie. Un baiser, plus que ça ou pas, une procédure : sur le consentement.

– Les Amants du Lutetia, d’Emilie Frèche, 2023, Albin Michel : Ezra et Maud, , rescapés de la Shoah, se sont connus au Lutetia. Ils décident de mourir ensemble à 86 ans. Leur fille unique ne comprend pas,

– L’Entroubli, de Thibault Daelman, 2025, Le Tripode. Un premier roman, « une écriture » dit MC. Un beau titre en référence à François Villon, un texte autobiographique, une enfance dans une famille compliquée. C’est féroce. Peu de dialogues. Beaucoup de descriptions.

Enfin, une Américaine qui a vendu plus de livres que tout le monde en 2025
Frieda McFadden :
P. a lu un texte non encore traduit : Coworker :
du suspens et un revirement final.

 

Un Vin, des Livres – janvier 2026 – 2)

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On a parlé Polars :
avec une journaliste indienne Nilanjana S Roy : Black river, éditions l’Aube noire, traduit par Benoite Dauvergne : un roman noir qui se passe en Inde maintenant. La misère, la corruption, une fin totalement surprenante. « On le dévore » dit MC.
avec des écrivains français qui ont du souffle :
Frédéric Paulin qui a écrit deux trilogies, publiées chez Agullo. La deuxième est sur la guerre au Liban. Son 1er tome, Nul ennemi comme un frère, est maintenant en poche. Réel et fiction se mêlent parfaitement. « C’est prenant et on comprend mieux les tenants et aboutissants de cette guerre. » dit A.
Benjamin Bierstein qui en est, lui aussi, à sa deuxième trilogie, chez Flammarion. Politique française du XX è siècle et fiction. Le 3è tome, 14 juillet vient de sortir. « Excellent », dit V qui a du mal à entrer dans un autre roman.

Un manga :: Gen aux pieds nus : de Keiji Nakazawa (1939-2012). En dix tomes, sur Hiroshima, sur une base autobiographique. Parus au Japon entre 1973 et 1985. Traduit par Vincent Zouzoulkovsky pour les éditions Le Tripode. Tome 1, paru en 2025. « Eprouvant et intéressant » dit S.

Il a été question d’auteurs venus au festival du Goût des autres :
Mathilda di Matteo : La bonne mère, premier roman, 2025, aux éditions de l’Iconoclaste dont elle a dit qu’elle avait toujours voulu être éditée là, présentant cette maison  comme « entre Télérama et Télé Z »
Gabrielle de Tournemire : Des enfants uniques, 2025, éditions Flammarion. Normalienne, 27 ans, nièce de Maylis de Kerangal : premier roman issu d’un an de service civique dans une structure pour handicapés. Deux jeunes y sont amoureux. Réactions des parents, des éducateurs.
Thomas Bontemps : Kiné aux éditions Tarabuste, 2025. Un texte sur ce métier que l’auteur pratique en remplacements, à domicile. Sa pratique, ses pensées, son désarroi devant des réalités.
Louise Rose : Les projectiles, 2025, éditions P O L : une jeune femme quitte tout du jour au lendemain. Une langue ludique.

Des classiques :
Félix Fénéon (1861-1944) : Nouvelles en trois lignes, parues en 1905-1906, trouvables en Libretto.
Stefan Zweig : pour Le Joueur d’échecs
Emile Ajar pour La vie devant soi, ces deux derniers ayant été lus au Goût des autres par Bruno Putzulu.
Conan Doyle : Une étude en rouge, : la première des enquêtes de Sherlock Holmes, parue en 1887.
Jorn Riel : Danois mort en Malaisie en 2023 : La Vierge froide et autres racontars : qui se passe au …Groenland : « drôle, dépaysant, épique, un univers masculin » dit D. Autre livre de lui : paru en 1993 chez Gaïa : Le Garçon qui voulait devenir un être humain : de petites histoires mais qui ont entre elles des liens.

Et on n’a pas fini !
Je reviens bientôt
et vous rappelle la prochaine date : le jeudi 19 février, 18h
à l’Art Hôtel

 

Un Colette : P U N° 244

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Bon, me voilà enfonceuse de portes ouvertes : tout le monde le sait et l’exposition qui vient de finir à la BNF le prouve :
C’est une merveille d’écriture.
Un fabuleux choix d’adjectifs.
Une incroyable gamme de couleurs et de matières .
C’est Colette (1873-1954)
et, plus particulièrement, Sido, suivi de Les vrilles de la vigne, paru chez Hachette en 1961. Ses pages sur les chiens, les chats, la nature, les femmes. Et surtout sa description sociologique dans le dernier texte, Music-halls

Quelques Poèmes express issus de ce magnifique recueil :

– Ce rouge, ce violet se réfugiaient dans les fraises, les cassis et les groseilles.
– Une zone échappait : terres inconnues et brumes sur étangs.
– Pour fuir l’humide verdure étouffante, la maison demeure rigueur.
– Il traitait légèrement la vie, par échappées.
– Odeur de beau papier Vergé crémeux…il m’en faut.
– ça fait du bien, la musique, analgésique qu’on s’applique.
– Je me lamente des nuits entières, je n’ai plus de muscles, de dents.
– Elle a l’air oubliée là, lit défait.
– Dans la demi-obscurité d’un aquarium…descend une cigarette.

Un Vin, des Livres – janvier 2026 -1)

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  • Une forêt, de Jean-Yves Jouannais, paru en janvier chez Albin Michel :
    Jean -Yves Jouannais a, pendant des années, été son propre conférencier, celui de son projet L’Encyclopédie des Guerres au Centre Pompidou . Ces rendez-vous mensuels se sont arrêtés l’an dernier. Le livre est une extension de ce travail.
    Un Américain d’origine allemande arrive à Brême en 1947 pour faire partie d’une commission de dénazification. Le cas sur lequel il a à travailler est un peu spécial…
    On est dans une ville détruite, c’est l’hiver. C’est beau du fait de cette atmosphère.
  • Un effondrement parfait, de Jérôme Leroy, 2025, paru à la Table ronde : l’auteur, que l’on connaît pour ses romans noirs politiques, écrit là des réflexions sur des écrivains, sur des faits de société. C’est fait de courts chapitres, et cela ne se prend vraiment pas au sérieux.
  • Hôtel des adieux, de Brad Kessler, un roman paru aux USA en 2006, traduit en français en 2009 par Odile Demange, pour les éditions Nil. Paru en 10-18 ensuite.
    Brad Kessler a, après ce roman, écrit un récit sur sa nouvelle vie d’éleveur de chèvres puis une fiction, en 2021, mettant en scène un monastère au Vermont et des réfugiés somalis.
    Au premier chapitre,  nous sommes dans un avion et il y a un problème. Ensuite, l’avion s’étant écrasé, on se retrouve avec les proches venus espérer un miracle, ou rechercher des traces. Ils sont pris en charge dans un hôtel. Et là, on est un peu comme dans un roman policier genre Agatha Christie,  en circuit fermé. On voit les réactions de chacun. Puis ce sont les années suivantes, l’évolution de ces gens qui reviennent dans cet hôtel, y sont reçus, plus comme des amis que comme des clients.

On revient pour la suite,
mais, déjà, notez le prochain rendez-vous d’Un Vin, des Livres : le jeudi 19 février.
C’est à 18h à l’Art Hôtel !

Un Douna Loup : P U N°243

 Boris 1985 a été publié chez Zoé en 2023.
Le premier livre de Douna Loup était paru au Mercure de France en 2011 et avait reçu les prix Schiller découverte, et Michel-Dentan.
Avec Boris 1985, c’est la première fois qu’elle dit JE.
Elle conte la quête de la vérité sur la disparition de son grand-oncle, Boris Weisfeiler dans le Chili de Pinochet.
Ce mathématicien, né en URSS, exilé aux USA était un pro de la rando.
On a dit de lui qu’il s’était noyé… Son corps n’a pas été retrouvé…
40 ans après, faire émerger la vérité n’est toujours pas facile.

Quelques Poèmes Express issus de Boris 1985 :
– J’ai rendez-vous avec une brute. Réel glacé.
– Pas question de s’approcher des souvenirs.
– Au bout d’années décachetées, fin de sa vie.
– La communauté des disparus gratte le ciel.
– Ils n’ont aucun intérêt à dire la vérité. Ils l’ont éliminée
– Cesser de pardonner : inscriptions-cris des vivantes.

Cette Pièce Unique est offerte à Marie-Hélène Calvignac, historienne de l’art, rencontrée à Bâle, qui a un peu conté ses liens avec le Chili.

Un Hélène Frappat : P U N° 241

Encore un premier, mon premier d’Hélène Frappat : un récit,
Trois femmes disparaissent, paru chez Actes Sud en 2023,
trouvable maintenant en Babel.

Une histoire de cinéma et d’invisibilisation,
de relation à son image, aux hommes,
de toxicité, de mise en danger,
de famille, de femmes.
Cela commence avec Tippi Hedren, Alfred Hitchcock  et un désir, mauvais de n’être pas partagé.
Se poursuit avec Melanie Griffith, fille de Tippi,
S’achève avec Dakota Johnson, petite-fille de Tippi.
Hélène Frappat a déjà travaillé et sur le cinéma et sur le féminisme, ainsi : Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes ( éd. de l’Observatoire – 2023 ) à partir du film Gaslight , 1944, avec Ingrid Bergman et Charles Boyer.

Quelques Poèmes Express issus de Trois femmes disparaissent :
_  Délibérément, elle se retirait des phrases.
– Entrer dans quelqu’un, y glisser nécessite un travail.
– Les blondes font des merveilles. Une brune le reconnait.
– Il m’a regardée droit dans la colère.
– La fille gémit. Vrai 
meurtre vrai sang vrai râle.
– Si vous êtes exposé à des écrans, demandez à être examiné.
– Des filles et des femmes : dédale de remplaçantes.
– Peluche rose, décapotable verte et juke-box.

Cette Pièce Unique est offerte à la plasticienne Claire Le Breton qui passe de projets en projets, souvent en lien avec Le Havre ( containers, colonnes d’Auguste Perret …), de matériau en matériau : papier, bois, béton, tampons …

Un Pierre Demarty : P U N° 242

Mort aux girafes de Pierre Demarty, paru au Tripode en 2021 semble né d’un pari : faire un livre en une seule phrase. Pas de points DU TOUT sur 194 pages. Une dérive, un glissement.
Des registres de langues différents.
On peut avoir l’impression d’être dans un film noir français années 50 comme se retrouver dans un texte de spécialiste en architecture (p 40).
Cela commence avec une épigraphe de l’écrivain Frédéric Berthet, puis on retrouve un Frédéric Berthet à Bar-Le-Duc, cherchant un hôtel.
Cela passe par l’histoire du caoutchouc et
cela aboutit à Sophie la girafe.
C’est donc assez dingue.
Mais le retournement de la fin est complètement étonnant,
d’une vraie intensité dramatique alors que l’humour était la note principale.

Pierre Demarty, né en 1976, avait déjà écrit trois livres avant celui-ci. Pas d’autre depuis, semble-t-il.

Quelques Poèmes Express issus de ce Mort aux girafes :

– Dans le maréchal, un asticot, car il était mort.
– Famille nombreuse installée dans quelques rangées : charivari familial, c’est humain.
– Il nourrissait une légère obsession pour l’hôtel : petite étincelle quelques heures à peine.
– Tout chasseur de grands squales, à Bar-Le-Duc, s’ennuie.
– Un fade petit bourgeois s’affiche en édition de poche.
– Passagers invités à ne pas descendre, faut pas, interdit.
– La modestie n’était pas la plus flagrante des qualités du bruyant.
– Sauter à pieds joints entrechoque torse, cuir chevelu et trottoir.
– Songer à semer la panique le moment venu, la nuit, toujours.
– Le solitaire discret à la main douce se mêle aux onanistes dominicaux.
– Un vieux, pris en flagrant délit de cocotte en papier, c’est parti, rien ne peut l’arrêter.

La Pièce Unique N° 242 est envoyée à Pierre Demarty, bouteille à la mer aux bons soins des éditions du Tripode.