Chat Bleu – octobre 2022 – 1)

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Cette fois Nsenga a insisté sur les produits locaux qui accompagnaient un Baume de Venise en rouge et un Côte catalane en blanc : une mimolette à l’ancienne d’Isigny, un jambon de pays d’Evreux et une confiture de courge de la ferme du Bois Rosé.
Et cela allait très bien avec …
– Le chant du poulet sous vide de Lucie Rico, Folio. Son premier roman que j’ai lu après et préféré à GPS. Pourquoi ? Parce que c’est moins « théorique », plus fou, plus drôle, décalé, frappadingue même. Mais attention, construit ! Une vraie histoire d’auto-entreprise, une relation aux animaux, à la mère, aux films non sous-titrés, à la biographie… Dans ces temps lourdingues, comme elle est légère, Lucie Rico !
– Sniper en Arizona, de Patrick Declerck, éditions Buchet-Chastel, 2022. Decleck a été psy pour les SDF, a écrit sur eux. Mais ce livre-ci est né de son amour des armes. Il s’est donc inscrit à deux stages de sniper aux USA et c’est un documentaire sur ces séjours, les formateurs, les stagiaires, tous anciens d’Afghanistan ou d’Irak ou les deux, tous plutôt proches de l’idéologie sudiste, leur langage (« Fuck » est omniprésent), les lieux, les armes de guerre, le rapport au vivant. Super intéressant aussi, le moment où, au retour, il va chez un armurier français !
– Quand tu écouteras cette chanson, de Lola Lafon, éditions Stock, collection « Ma nuit au musée », 2022 : un GRAND livre sur sa nuit au musée d’Anne Frank à Amsterdam, dans l’annexe où les Frank ont vécu jusqu’au jour où les nazis sont venus, sur ce qu’on a fait au texte d’Anne Frank  à Broadway, à Hollywood et même dans les traductions, sur les raisons pour choisir ce musée.

La deuxième partie vient bientôt.

Nous sommes 14 pour le déjeuner (12h15) avec Arno Bertina, à la Cantine du Fort, le mercredi 9 novembre.
Rappelons qu’il vient pour l’adaptation théâtrale par Anne-Laure Liégeois de son roman Des châteaux qui brûlent (2017- éditions Verticale, et Folio),  présentée au Volcan les 9 et 10 novembre.
Le prochain Chat Bleu, lui, est prévu le jeudi 17 novembre, à 18 h

Un Agnès Desarthe : P U N° 160

Le remplaçant d’Agnès Desarthe est paru en 2009 aux éditions de l’Olivier. Il est trouvable en Points poche. Un beau texte autobio, un beau texte sur Janusz Korczak (1878-1942) , pardon, non, sur « Triple B », le faux grand-père. Je vous perds ? Pas grave. C’est beau et plein d’émotion, d’émotion retenue.
Oxymore ? Pas grave, c’est vrai.

Quelques « Poèmes Express » qui en sont issus :
Coeur fini. On n’a rien senti. Silence du temps.
Il y a une pince à sucre dans mes yeux, un décapsuleur au ventre, une théière aux oreilles d’une jeune fille.
– La guerre l’avait fait sûr de rien, mauvaise mémoire et fruit des tombes.
On les avait forcés à glisser le bizarre du monde dans la géographie.
– Sphères parfaites à planifier mais dont le monde se fiche. C’est la fiction.
– Le journal qu’il tient est avant tout un lieu de vie.

La Pièce Unique N° 160 est envoyée à une ancienne libraire à Lillebonne ( 76 ). Mais libraire un jour, libraire toujours : nous l’avons rencontrée au premier salon du livre de cette ville en 2021.

Un Günther Anders : P U N° 159

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Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse  est un des entretiens réalisés en 1977 par Mathias Greffrath avec des personnalités ayant quitté l’Allemagne en 1933. Les éditions Alllia ont publié l’entretien avec Günther Anders en 2001 puis, de nouveau, en 2022. Le philosophe se présente, de la Grande Guerre à Hiroshima, en passant par son séjour aux Etats-Unis où il ne réussit/chercha pas, par convictions politiques, à « percer ».

Ce livre présente un intellectuel déraciné : P 47 :  » Je n’étais pas capable, mais je n’avais pas non plus envie d’écrire dans une langue étrangère » « d’ailleurs, je n’arrivais pas à penser dans une langue étrangère –  et je pensais écrire pour l’Allemagne d’après Hitler. » Et P 61 : « à l’étranger, j’étais devenu un puriste de la langue – ce n’est pas étonnant dans la mesure où pendant quinze ans, nous n’avions pas eu d’autre chez nous que la langue, »…

Mais aussi et surtout un humaniste qui se préoccupe du monde à l’ère du nucléaire. Et, en ce moment, en cela, il a toute sa valeur !
P 66 : « …aujourd’hui, notre premier postulat doit être  élargir les limites de ton imagination, pour savoir ce que tu fais. Ceci est d’ailleurs d’autant plus nécessaire que notre perception n’est pas à la hauteur de ce que nous produisons : « (…)  » Et un réacteur atomique, comme il a l’air débonnaire avec son toit en forme de coupole ! »
Pensons non seulement à la centrale de Zaporijia  mais plus encore aux menaces d’utilisation de l’arme nucléaire qui disent, ô combien, le manque d’imagination de ceux qui les profèrent.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont extraits :
–  Il lui serait apparu qu’on ne peut pas tout refouler.
– Platon est passé à côté de Hegel. C’était le philosophe le moins cultivé.
– Des genres littéraires exigeaient des universitaires intellectuellement anéantis.
– Les jeunes se sont sentis morts toutes les années vécues.
– Qu’est-ce qui vous fait croire qu’on va en sortir ?
– Ravage, les sentiments rendent ce terme ridiculement faible.
Labourer le droit ou gueuler. Aujourd’hui penser inquiète.

La Pièce Unique N°159 est envoyée à Marie-Hélène L qui a oeuvré dans le monde des musées et des livres.

 

Chat Bleu : le retour, 15-09-2022 – 2)

et aussi, en livres français :
Chien 51 de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2022 : l’entrée de cet auteur dans un mixte de  SF et de polar : une dystopie : la Grèce est rachetée, une entreprise régule la vie des citoyens en 3 zones. Description d’un univers ségrégué. Une greffe permet à certains de vivre longtemps et sans maladie. Des cadavres sont découverts, « dégreffés »…
– Mer : de Bertil Scali et R de Andréis, éditions Cairn, 2022 : autre dystopie mixée de roman noir : en 2050, dans le Bordelais, l’eau a monté. Ailleurs, cela a été encore plus dramatique. Des réfugiés climatiques arrivent mais certains manquent à l’appel…
– Mohican d’Eric Fottorino, Gallimard, 2021 : un monde de paysans taiseux, un père et un fils. La mère, disparue, existe en tant que fantôme. Le père accepte l’installation d’éoliennes…
– Adrien Ghénie – déchaîner la peinture de Yannick Haenel, Actes Sud 2020. Un texte sur ce peintre roumain né en 1977, installé à Berlin. Ce livre n’est en rien une biographie, mais interroge la peinture de cet artiste qui propose des portraits de dictateurs, un peu à la Bacon. Ce livre vient après un autre sur Caravage et un prix Médicis en 2017 : Tiens ferme ta couronne, chez Gallimard où Haenel s’interroge sur ce qu’est être écrivain, être un être humain, le vrai, le mal à travers des références littéraires (Melville) et cinématographiques (Cimino).

En livres étrangers, des auteurs dont nous parlons souvent : 
– Joyce Carol Oates : Cardiff près de la mer, éditions Philippe Reytraduit par Christine Auché : quatre novellas, entre policier et fantastique, histoires intra-familiales, qui forment un roman.
– Ton absence n’est que ténèbres de Jon Kalman Stefansson, Grasset, 2022, traduit par Eric Boury. Prix du livre étranger : » une écriture très poétique » dit V. Un puzzle qui se reconstruit petit à petit. Se passe dans les fjords de l’ouest de l’Islande entre fin XIXème siècle et aujourd’hui. Les thèmes étant : comment aimer, comment mourir, comment le choix d’une personne entraîne la vie d’une famille.
Mais aussi d’autres dont il n’a jamais été question jusqu’alors ici :
– Erich Kästner (1899 – 1974) : Vers l’abîme, traduit par Corinna Gepner. Le livre est paru, en partie censuré, en Allemagne en 1931 et a été brûlé en 1933. Histoire de deux jeunes Juifs, un étudiant et un publicitaire, dans la République de Weimar.
– Sara Stridsberg : L’Antarctique de l’amour, éditions Gallimard, traduit par Jean-Baptiste Coursaud. Une jeune héroïnomane est tuée et c’est elle qui parle. « Une très belle langue » dit M-C.
– Molly Keane (1904 – 1996) écrivaine irlandaise, aristocrate qui a écrit aussi sous le nom de M.J. Farrell, et décrit très bien la vie de son milieu, plus ou moins désargenté. Chez 10-18 ou à la Table ronde. Par exemple : Fragile serment, traduit par Cécile Arnaud.
– Antonio Lobo-Antunes, auteur portugais, né en 1942, éditions Bourgois, traduit par Dominique Nédellec. Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau (2019) évoque, comme d’autres de ses livres, la guerre en Angola. Un homme en est revenu avec un enfant noir qu’il élève comme son fils. Lors de la « tue-cochon », ce jeune le tue. « Ce sont quatre flux de conscience. On écoute la pensée intérieure de personnages. Les phrases sont longues comme des vagues. On s’y abandonne » dit V.

« La traduction, c’est un peu comme une photo en noir et blanc et quelque chose risque de se perdre »
Mais que serions-nous, lecteurs, sans les traducteurs ?

Prochain Chat Bleu prévu jeudi 13 octobre, à partir de 18h !

Chat Bleu : le retour, 15-09-2022 – 1)

On était nombreuses ! Et avec des nouvelles !
N’senga nous proposait en rouge des « Terres d’Aurèle », domaine viticole (mais aussi gîte et chambre d’hôtes) près de Chenonceau. Pas encore labellisé bio mais vendanges à la main. D’un sol d’argile un peu caillouteux. Goût de fruits noirs, de cerise, petite finale un peu poivrée. Gourmand. A consommer avec du fromage ou de la charcuterie.
Le blanc, un Sauvignon,, du Languedoc, sec, un peu herbacé.

Pour accompagner ces vins,
– du roman noir : un vieux George Pélécanos : Liquidation (1992), traduit par Jean Esch en 2003. Son premier livre, un livre d’homme avec grande consommation d’alcool et pas que. Une histoire qui tient mais surtout – comme tout bon roman noir – plein d’informations ur l’Amérique, et plus précisément Washington, à cette époque, la place des noirs, les quartiers abandonnés… Pélécanos est un grand de ce genre. Né en 1957, il a commencé avec ce livre et un personnage, Nick Stefanos, Grec né aux USA, qu’on retrouve dans deux livres ensuite.
– L’inconnu de la poste de Florence Aubenas, 2021, L’Olivier, puis collection Points : un cold case. Un suspect : Gerald Thomassin qui a fait du cinéma grâce à Doillon. Enfant malheureux, honoré à Cannes mais resté dans les marges de la société. Coupable idéal dans un endroit abandonné par l’état.
G P S de Lucie Rico, 2022, P O L : un livre de la rentrée littéraire. D’ailleurs, au moment où on en parlait, Caroline, aux Traversées, recevait l’auteure, entourée de Frédéric Boyer,, directeur de P O L  et de l’écrivain Olivier Cadiot entre autres. Un deuxième roman, un peu fou, mais beaucoup moins que le premier Le chant du poulet sous vide – (Folio) dont on  reparle, je pense, le mois prochain -. G P S  joue sur « la carte et le territoire »…,  le vrai et le faux, le réel et le virtuel, surtout sur le virtuel dans lequel nous nageons, applis, réseaux sociaux… Le personnage principal est représenté par un « tu », une jeune femme, pigiste, qui sort peu, crée des faits divers pour un journal en ligne qui se contrefout que ce soit réellement arrivé et demande toujours plus de détails.

Arno Bertina – 2)

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Arno Bertina et Florence Aubenas , le 10 septembre, à La Manufacture des Idées. C’est sur Youtube. Autour de littérature / enquête / journalisme, « aux prises avec le réel » :

Quelques phrases d’Arno Bertina qui permettent de comprendre le pourquoi et le comment de son travail :
– «  Ce qui pousse à faire ce type de livres, » c’est qu' »il y a des moments où la vie est humiliée. La littérature parvient à répondre à cette humiliation-là. (…) C’est là pour redresser la vie quand elle est humiliée. (…)  La littérature est contre ma propre colère. Ecrire, c’est essayer d’être toujours plus malin »

– « La littérature, c’est une espèce de passion pour ce qui se passe à l’intérieur d’une phrase. La littérature, la création artistique en général, c’est remettre du mystère. »

–  » Il est facile de raconter des histoires. Il est plus difficile de les habiter vraiment. Si, par exemple, vous voulez raconter une histoire d’amour, il y a à la connecter avec votre propre mélancolie. »

– « J’écris par claustrophobie » (…) « pour me démultiplier, pour essayer d’atteindre le fou qui est en moi, que je censure tout le temps. »

Arno Bertina – Le Havre – création Le Volcan

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Arno Bertina vient au Havre en novembre pour l’adaptation au théâtre par Anne-Laure Liégeois de Des châteaux qui brûlent.

Voilà quelques uns de ses écrits pour vous y préparer. Des écrits engagés, pleins d’empathie pour les « vraies personnes » que sont ses personnages : ouvriers en train de perdre leur emploi, femmes exploitées, habitants de banlieue… Des « romans » mais en fait, bien plus que ça, des prises de position.

ses derniers textes :

  • Des Lions comme des danseuses, Éditions de la Contre-allée, 2015
  • Des châteaux qui brûlent, Verticales, 2017 ; rééd. collection Folio, 2019.
  • L’Âge de la première passe, Verticales, 2020.
  • Ceux qui trop supportent, Verticales, 2021 (Prix du meilleur ouvrage sur le monde du travail 2022).
Photographies
Quelques uns de ses livres en collaboration :
– C’est quoi ce pays, Joca Seria, 2018.
– Boulevard de Yougoslavie, avec Mathieu Larnaudie et Olivier Rohe, éditions Inculte, 2021

Un Marielle Macé : P U N° 158

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Directrice de recherche au CNRS et à l’EHESS en théorie littéraire, Marielle Macé écrit poèmes et essais. Nos cabanes, éditions Verdier, 2019, est un très beau petit livre. Petit par sa taille, grand par son sujet et son projet. Travail sur l’écologie, la société face à la nature et ses transformations, les possibles pour que la vie continue au mieux, dans le respect de l’eau, de la végétation, des animaux et des hommes. Un écrit politique. Une recherche de solution, la compréhension et l’adhésion aux actions menées jusque là dans des lieux comme Notre-Dame des Landes.
(p 52:)  » Les cabanes sont « co-construites » comme le dit Sébastien Thiéry, co-construites par le saccage et par les gestes qui sont opposés au saccage ; et de ce tourniquet, on ne saurait sortir. »

Quelques Poèmes-Express venus de Nos cabanes :
– La zone : mot d’où je désigne un état de bout.
– La diversité est chassée de ce qui est pouvoir.
– Nous ne sommes pas tous faits pour élargir les joies.
– La surface bruisse de phrases aux sourds.
– Etre fleuve – évasion de l’eau roulée à l’air.
– Vivre : emprunter les tracés qui font des trajets.

Cet exemplaire, version augmentée de Poèmes Express et des actualités qui ricochent avec eux, est ( r)envoyé aux éditions Verdier qui pourront le garder, le donner à l’auteure, ou le jeter, évidemment.

 

Artyshow, installation…

Installation Rue du Départ / Le tanneur à Artyshow,
chez Roche et Bobois.
142 rue Victor Hugo
18h, dégustation

Nous y sommes

Jeudi 8 septembre, commence Arty Show : un salon des lunetiers proposé depuis plusieurs années par Stéphane Brasse, de Rue des Ateliers. Jeudi soir, à partir de 18h,  Rue du Départ sera là. Ce sera l’occasion de voir au Havre ses deux collections, Voyage noir et Voyageur, ensemble. De voir la qualité des maquettes, des couvertures et, bien sûr de ce qu’il y a dedans. A raison d’un ou deux livres par an, Rue du Départ se constitue, s’affirme.
Un salon des lunetiers de super qualité, de vrais designers, créateurs de formes, chercheurs de matériaux, de couleurs, penseurs de l’ergonomie, du made in France de A à Z.
Un salon qui a lieu dans un superbe magasin de mobilier contemporain, Roche-Bobois.
Dans ces conditions, qu’une maison d’édition qui fait de beaux mini-tablebooks, de bons romans noirs, qui s’intéresse à l’esthétique comme au texte, que Rue du Départ soit présente n’est pas si bizarre.