Un pur


 Bon, le titre est peut-être un peu ampoulé mais je le garde.
De nos frères blessés (2016) prix Goncourt du premier roman, prix refusé par l’auteur,
Kanaky – sur les traces d’Alphonse Dianou (2018), voilà les deux livres que j’ai lus pour le moment de Joseph Andras. D’autres sont parus, d’abord chez Actes Sud et le dernier, Nudem Durak – Sur la terre du Kurdistan, en 2023, aux éditions Ici-Bas.
Ces  trois textes ont en commun :
– de venir d’ « une sorte de commotion. Il faut croire que j’écris ainsi – j’avais auparavant été attrapé par les « cas » Fernand Yveton et Alphonse Dianou. »
d’être le fruit d’une enquête littéraire et historique de plusieurs années.
– d’écrire sur quelqu’un mais de vouloir bien plus : « appréhender une situation collective à travers un cas circonscrit » : le(s) colonialisme(s).
– de donner la parole à des hommes et femmes, les protagonistes, les témoins. Au point que Tiphaine Samoyault, dans Le Monde du 25-05-2023, voit en Nudem Durak un « livre qui défait la notion d’auteur » puisqu’il donne à lire aussi le texte de cette chanteuse kurde emprisonnée depuis 2015, condamnée à 19 ans de réclusion.
Joseph Andras revoit l’Histoire avec« sa grande hache » (cf Georges Pérec), réhabilite des personnages que des Etats ont éliminés, ont tenté – et longtemps réussi – à réduire au silence ou à une image de traitres , de terroristes.

Rien à voir avec

Rien à voir avec Pirouésie
Rien à voir avec les Pièces Uniques
Rien à voir avec le Chat Bleu
Rien à voir avec les Ancres Noires
Rien à voir avec rien
mais
c’est beau-rigolo, non ?

Un Umberto Eco : P U N° 180

Mis en avant

Numéro zéro, paru en Italie, et en France dans la traduction de Jean-Noël Schifano en 2015 est la Pièce Unique N° 180 (180, quand même ! )
Umberto Eco (1932-2016) avait au moins deux surnoms : » il professore » et « il tuttologo ». Tout fait sens et, en amoureux de savoir, ce septième roman mélange faits historiques et théories du complot.
Plus intéressant encore, il y décrypte avec humour les dérives d’un journal sous capitaux privés, « Domani », appartenant au « Commandeur Vimercate » – Au moment de la ressortie du JDD, c’est à lire… –  Vimercate // Berlusconi // B… également propriétaires de télévisions…

Quelques Poèmes Express venus de Numéro zéro :
– Perdez votre latin, entraînez-vous.
– Rêver d’un jacuzzi est moins cher que le payer.
– Personne ne paraissait avoir envie de durer.
– Fou était romanesque. Folie était collector.
– Chaussettes vert petit pois : en déduire un personnage.
– La vie avait renoncé et l’avait montré.
– On ne veut pas finir au tribunal pour une rumeur roulant des hanches.
– Recevoir un chèque pour ne pas écrire.

Ce Numéro zéro additionné de Poèmes Express et d’informations a été offert,
lors de Pirouésie 2023 – on en parle bientôt –
à Coraline Soulier, enseignante, animatrice d’ateliers d’écriture
et Oulipophile
à Pirou comme à Lille, dans Zazie mode d’emploi.

pour accompagner la Pièce unique N° 180, un Umberto Eco

 À Bologne et à Milan, où ont été répartis les 50 000 ouvrages du grand écrivain, l’Italie célèbre « Il Professore » en reconstituant sa bibliothèque idéale.

Un Jean Birnbaum : P U N° 179

Mis en avant

 Le courage de la nuance de Jean Birnbaum paru au Seuil et trouvable en collection Points, prix François Mauriac en 2021.
Jean Birnbaum est journaliste, essayiste, directeur du supplément Le Monde des Livres. Dans ce texte, né d’un « sentiment d’étouffement », il évoque les écrivains qui ont voulu voir et dire le monde en gris (coloré), qui ont refusé la simplification de l’extrême, au risque de n’avoir que des adversaires, d’être vus comme « tièdes », « lâches ». Camus, Barthes, Bernanos, Arendt, Aron ont fait preuve de l' »héroïsme du doute », chose très mal vue actuellement, entre autres ou surtout sur les réseaux sociaux.

Des « Poèmes Express » sont nés dans Le courage de la nuance :
– Peler un silence.
– Des hommes libres que nous avons 
regroupés ont le sentiment que nous avons un   monde à refaire.
– Tranquille sincérité du démon : informe, toxique et véritable.
– Il a appris à vomir dans la dentelle.
– Le destin a produit des banalités : les enterrements.

Trois livres en un donc :1) le Jean Birnbaum = l’essentiel
et, accessoires mais là…,
2) les  » Poèmes Express » qui ricochent avec 3) des infos (inter)nationales.
Exemple : Bras tendu, un fils de bonne famille affiche un engagement assez banal ricoche avec « Procès du projet d’attentat néo-nazi » trouvé ultérieurement dans la presse,
ou encore : Le carnage, effet de cisaille, engage l’irréparable va avec Violence et police : un problème d’encadrement juridique, pris dans The Conversation France
Cette Pièce Unique est offerte à un homme politique qui écrit,
pas B. L M., pas F. H., ni N. S.

Autour des livres- dimanche

Mis en avant

track.com/podcasts/viva-culture-217/1

Au programme 

ENTRETIEN avec Josepha Cuvier, présidente de I love LH, Par Isabelle Royer

AUTOUR DES LIVRES par Catherine Hémery-Bernet : Editions do, Olivier Desmettre, éditeur

AGENDA CULTUREL  : Philippe Mayaux, Songe d’un jour d’été, exposition au Portique jusqu’au 17 septembre 23

https://asso-maisondelaculture.fr/

23 juillet 2023 à 11h – Viva Culture

Mis en avant

DO – Les éditions DO
j’aime beaucoup l’humour de cet éditeur : allez sur son site, vous verrez, sa lettre à ceux qui voudraient envoyer un manuscrit est extrêmement drôle et basée sur un fait si vrai.
Mais pas que, bien sûr,
DO, c’est un beau catalogue, étonnant : entre Stefan Sulzer : Le jour où ma mère toucha Robert Ryman et Malacqua de Nicola Pugliese, vous trouverez forcément votre bonheur de lectures
Ecoutez la pastille sur les éditions DO
à Autour des livres
dans Viva culture
sur Ouest Track radio
dimanche 23 juillet à 11 h
et ensuite en podcast.

Voilà une annonce de la rentrée de DO :

Éditions do
Connues et même reconnues pour la qualité de leurs publications littéraires, souvent empreintes d’une délicate insouciance et d’un humour subtil, les éditions do ont choisi de poursuivre dans la veine qui a fait leur succès en publiant ce jeune primo-romancier qui porte le désormais remarquable patronyme de Luc Dagognet.
Il est inutile aujourd’hui de cacher qu’une douce effervescence, qui pourrait même se prolonger jusqu’à une fébrilité certaine, s’est emparée du monde littéraire autour de ce drôle de roman au titre chargé de tant de promesses : Fraternité.
Et même si on sait depuis longtemps l’éditeur au cœur d’un délicat conflit d’intérêt quand il fait la promotion d’un roman qu’il a justement choisi de publier, cela ne doit pas l’empêcher de dire ici, à cette période où de nombreux regards sont de toute façon tournés vers des horizons plus insouciants que littéraires, combien ce premier roman de seulement deux-cents pages conjugue de qualités, mêlant tout à la fois l’humour subtil à la délicate insouciance dont sont souvent empreintes les publications des éditions do.
On se souvient d’ailleurs que lors de sa présentation à la presse et aux professionnels de la littérature, réunis à l’occasion d’une croisière gourmande effectuée dès le début du printemps sur un paquebot loué à ce seul effet, ont été prononcés ces mots si bien choisis destinés à les convaincre de ces nombreuses qualités réunies en deux centaines de pages seulement : « S’il commence comme un film d’action, Fraternité se poursuit en une valse joyeuse, pleine de rebondissements, de courses-poursuites et de rencontres étonnantes, de portes dérobées et de souterrains mystérieux. »
Fraternité ne paraît que le 17 août 2023.
Pour beaucoup cela doit sembler une éternité.

Un Oliver Rohe : P U N° 178

Mis en avant

Défaut d’origine d’Oliver Rohe : Pièce Unique N°178.

Oliver Rohe était à Ecrivains en bord de mer
– où je lui ai donné cette P. U., trois livres (dont le sien) en un … Le pauvre … –
et où il est intervenu deux fois : la première, avec Mathias Enard, un des amis cofondateurs de la revue Inculte, la deuxième, pour évoquer Chant balnéaire sorti chez Allia en 2023, un retour sur le Liban / au Liban. Chant balnéaire est la deuxième partie du presse-livres, la première étant Défaut d’origine, paru en 2003.

Tout Défaut d’origine se passe à bord d’un avion et surtout dans le for intérieur d’un passager-narrateur qui évoque un pays en guerre jamais nommé, la place de la langue, l’ami Roman : un autre lui-même, le rapport aux autres : le mimétisme, à la mère : une mère / araignée qui retient. Un monologue, un flux de conscience.

Quelques « Poèmes express » nés dans Défaut d’origine :
– Dans ce siège il est convenu de penser à penser.
– Les habitants au cimetière imaginent sous leurs 
pieds des os d’habitants.
– Ils déboulent un jour en bas de leurs délires.
– Il nous faut du clinquant, de la mode, ne pas rester à l’écart des Mercedes.
– Elle accumulait secrets et mensonge en couches bien épaisses de fiches.
– Depuis sa tombe, il croyait naïvement être débarrassé de ses frustrations.
– Dès que je me trouvais seul je courais me fondre tout entier dans ma tête. Mon corps était de trop.

Jour 3 : toujours plus d’Ecrivains en bord de mer

Toujours plus d’auteur(e)s, toujours plus de surprises :
Le matin, un roman graphique , dans le cadre de Présence argentine à La Baule : Naphtaline de Sole Otero, éditions ça et là. Histoires mêlées de familles paternelle et maternelle, de migration, de patriarcat, de genre.
– L’après-midi :
Camille Laurens à l’occasion de la sortie du volume en Quarto Gallimard :« une étape dans la vie d’un écrivain. Le premier roman ayant été publié en 1991, ça oblige à revenir sur un parcours déjà long. J’ai dû choisir, éliminer. Il fallait trouver un fil directeur : le désir. Les Quarto commençant par un album photos, là aussi, il a fallu choisir. Je l’ai fait en montrant comment je décalais le vrai, par exemple avec une photo de mon père et un extrait d’un de mes romans en légende » : « l’auto-fiction, la fiction de soi-même consiste à présenter son « livre intérieur » (cf Proust). (…) « Pour moi, ce qui est vécu est remplacé par ce qui est écrit ».
Makenzy Orcel dont Camille Laurens dit : « Dès que j’ai lu Une somme humaine, j’ai entendu une voix, un rythme, une scansion particulière. C’est une réussite, le rapport à la langue est premier, c’est un roman-monde, un grand roman politique. » Lui-même en dit : « J’ai porté ce livre une dizaine d’années. L’acte d’écrire est un acte transitionnel. Je suis avec cette vieille femme qui parle depuis la mort et donne à voir les choses » (…) » un réel très teinté de merveilleux. »
Après une conférence de Gabrielle Trujillo sur L’invention de Morel  de Bioy Casares, Mélanie Sadler a parlé de son roman Borges Fortissimo, le tout dans le cadre de Présence argentine à La Baule.
Lucie RicoGPS, éditions P O L: « Il y avait plusieurs points de départ ou objectifs :
– adapter Fenêtre sur cours où la fenêtre cache autant qu’elle montre. La fenêtre de notre téléphone fait de même.
– la description : comment décrire un paysage qui n’est pas réel
– parler du 
chômage où on perd ses repères, où on a du mal à trouver sa place.
La question du champ / hors-champ est primordiale aussi dans le livre » (…)  » Je donne de fausses infos, et j’ai utilisé un cede scout que, seuls, des lycéens ont décrypté. Aussi scénariste, j’écris mes livres comme mes scénarios, en sachant la fin. » …qu’on ne dévoilera pas au cas où vous ne l’auriez pas lu.
Bertrand Schefer est venu pour Francesca Woodman, aussi aux éditions P O L qui fêtent leurs 40 ans cette année. Le livre est sur cette artiste photographe américaine, ses « images de disparition, de flou, de fulgurance, photos performatives d’elle-même », la première lorsqu’elle a 13 ans, la dernière avant sa mort à 22 ans.
Bertrand Schefer a d’abord « rejeté ces images » puis « pas cessé d’y penser » et l’a découvert 20 ans après en voyant des photos d’elle, prises par un ami, à l’atelier : « l’effet de réalité, l’instant arrêté, le visage qu’elle a » (…) » un coup de foudre en deux temps »

2ème jour de festival : 7 juillet 2023

après une remarque de Bertrand Schefer sur Ecrivains en bord de mer  : « dans ce festival, on bichonne les auteurs »
– Oliver Rohe, là pour Chant balnéaire: éditions Allia, 2023.
Il était venu en 2010, « treize ans d’attente » dit Bernard Martin.
« Un peuple en petit, livre de 2010,  passe par le roman. Cette façon de faire m’a conduit à une impasse. »(…) « J’éprouve le besoin de passer par le réel, l’authentique. Le roman était comme une altération. La façon dont parle le Liban de la guerre tend à le faire passer pour une fiction. Il n’y a pas de travail dessus comme en Afrique du Sud, pas de traces : Beyrouth est reconstruit. Comprendre tout ça a pris du temps. »
« La station balnéaire, le quotidien sur cinq ans, c’est là que j’avais le plus de souvenirs. (…) j’ai compris que j’allais pouvoir le rendre par la sensation. » (…) « j’essayais juste d’écrire ces années-là. La forme qui venait, je l’acceptais. » (…) « Le but était de faire apparaître la guerre là où elle n’est pas visible. »
– 
Christel Périssé-Nasr  : L’art du dressage , éditions du Sonneur
Un père, Marceau et ses deux fils, Gilles et « Le collectionneur ».
l’auteure : « J’ai tendance à voir la famille comme une structure d’individus enchaînés les uns aux autres  » (…) « J’ai travaillé non pas la masculinité, comme on l’a dit dans certains articles, mais la virilité, le rapport des hommes entre eux. Et là, pour Marceau et Gilles, une virilité complètement et seulement fantasmée. » (…) » Les hommes eux-mêmes dans une structure de ce type sont victimes. »

– Pierre Senges, qu’on peut « résumer » par deux mots , érudition et humour. Il est  là pour deux parutions récentes : Un long silence interrompu par le cri d’un griffon chez Verticales et Epître aux wisigoths chez Corti.
A l’origine du premier, « il y a un intérêt pour le silence, qui s’est manifesté, déjà, il y a plus de dix ans par un feuilleton à Radio France. Environ dix épisodes de cinq minutes. Laure Egoroff donnait une texture à chaque silence. » (…) « il a fallu du temps, de l’oubli de cette première forme. »
« La blague est plutôt le moteur de mon écriture » (…) « mais je voulais rendre hommage à tous ces écrivains assez fascinants (Mandelstam, Siniavski…) des années 1920 à 1970, à leur esprit, à leur rapport à l’écriture dans cette période fiévreuse. »
Quant à la parution chez Corti, il s’agit d’un essai à partir de l’expression de Giorgio Manganelli qui voulait la » littérature comme mensonge », celle » des wisigoths » contre une littérature du fait vrai .
– Eleni Sikelianos et sa traductrice pour deux ouvrages chez Joca Seria, Beatrice Trotignon : « cela fait quinze ans que Beatrice travaille sur ma poésie et elle m’a appris beaucoup de choses sur mon travail. »
Un travail plein de paronomases, de paronymes.
Sur le temps, sur la maternité dans les deux recueils traduits chez Joca Seria.

Une belle deuxième journée !