Un Hélène Frappat : P U N° 241

Mis en avant

Encore un premier, mon premier d’Hélène Frappat : un récit,
Trois femmes disparaissent, paru chez Actes Sud en 2023,
trouvable maintenant en Babel.

Une histoire de cinéma et d’invisibilisation,
de relation à son image, aux hommes,
de toxicité, de mise en danger,
de famille, de femmes.
Cela commence avec Tippi Hedren, Alfred Hitchcock  et un désir, mauvais de n’être pas partagé.
Se poursuit avec Melanie Griffith, fille de Tippi,
S’achève avec Dakota Johnson, petite-fille de Tippi.
Hélène Frappat a déjà travaillé et sur le cinéma et sur le féminisme, ainsi : Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes ( éd. de l’Observatoire – 2023 ) à partir du film Gaslight , 1944, avec Ingrid Bergman et Charles Boyer.

Quelques Poèmes Express issus de Trois femmes disparaissent :
_  Délibérément, elle se retirait des phrases.
– Entrer dans quelqu’un, y glisser nécessite un travail.
– Les blondes font des merveilles. Une brune le reconnait.
– Il m’a regardée droit dans la colère.
– La fille gémit. Vrai 
meurtre vrai sang vrai râle.
– Si vous êtes exposé à des écrans, demandez à être examiné.
– Des filles et des femmes : dédale de remplaçantes.
– Peluche rose, décapotable verte et juke-box.

Cette Pièce Unique est offerte à la plasticienne Claire Le Breton qui passe de projets en projets, souvent en lien avec Le Havre ( containers, colonnes d’Auguste Perret …), de matériau en matériau : papier, bois, béton, tampons …

Un Pierre Demarty : P U N° 242

Mis en avant

Mort aux girafes de Pierre Demarty, paru au Tripode en 2021 semble né d’un pari : faire un livre en une seule phrase. Pas de points DU TOUT sur 194 pages. Une dérive, un glissement.
Des registres de langues différents.
On peut avoir l’impression d’être dans un film noir français années 50 comme se retrouver dans un texte de spécialiste en architecture (p 40).
Cela commence avec une épigraphe de l’écrivain Frédéric Berthet, puis on retrouve un Frédéric Berthet à Bar-Le-Duc, cherchant un hôtel.
Cela passe par l’histoire du caoutchouc et
cela aboutit à Sophie la girafe.
C’est donc assez dingue.
Mais le retournement de la fin est complètement étonnant,
d’une vraie intensité dramatique alors que l’humour était la note principale.

Pierre Demarty, né en 1976, avait déjà écrit trois livres avant celui-ci. Pas d’autre depuis, semble-t-il.

Quelques Poèmes Express issus de ce Mort aux girafes :

– Dans le maréchal, un asticot, car il était mort.
– Famille nombreuse installée dans quelques rangées : charivari familial, c’est humain.
– Il nourrissait une légère obsession pour l’hôtel : petite étincelle quelques heures à peine.
– Tout chasseur de grands squales, à Bar-Le-Duc, s’ennuie.
– Un fade petit bourgeois s’affiche en édition de poche.
– Passagers invités à ne pas descendre, faut pas, interdit.
– La modestie n’était pas la plus flagrante des qualités du bruyant.
– Sauter à pieds joints entrechoque torse, cuir chevelu et trottoir.
– Songer à semer la panique le moment venu, la nuit, toujours.
– Le solitaire discret à la main douce se mêle aux onanistes dominicaux.
– Un vieux, pris en flagrant délit de cocotte en papier, c’est parti, rien ne peut l’arrêter.

La Pièce Unique N° 242 est envoyée à Pierre Demarty, bouteille à la mer aux bons soins des éditions du Tripode.

 

 

 

 

Un Charles Bukowski : P U N° 240

Mon premier !… Charles Bukowski (1920-1994)
un recueil de nouvelles : Au sud de nulle part,
paru en 1973 aux USA,
en France en 1982 chez Grasset,
traduit par Brice Matthieussent.

Assez autobiographique.
Au début, me dire que c’est un écrivain pour masculinistes.
Je sais, #metoo n’ a rien à faire en littérature.
Et puis, l’homme et l’oeuvre…
Quand même, les femmes sont souvent violées dans les premières nouvelles…
Ensuite, les textes se font moins durs.
A lire une courte biographie, on comprend mieux : difficultés de Bukowski avec les filles, avec l’alcool, la violence, la non- reconnaissance, la misère, avec la vie en général.
On n’a pas les dates des nouvelles mais il semble qu’elles aient été écrites sur plusieurs décennies.

Quelques Poèmes Express issus de ces nouvelles :

Une queue de marins a des trucs à faire dans l’obscurité d’un bar.
– La femme regardait droit devant elle, gros cul mouvant et hésitant.
– Je suis le meilleur : un type formidable. Même mort.
– J’étais ému : processus totalement dépourvu de sens.
– Piégé, nulle part où aller, attendre, ramper.
– Un tigre fatigué boit dans une mince couche de brouillard.
– Imaginer la douleur, c’est comme l’essayer.
– J’serais un bon Américain si j’avais un attaché-case. Et un psychiatre.
– Elle a dessiné une femme et Dieu en terrasse, apathiques.
– Navette entre ponton et bateaux. Vieux à bord en compagnie de jeunes femmes, de jeunes hommes.
– Parfum de taxi de nuit, de vieilles femmes solitaires.
– Dans un blanc écaillé, le sang de la mort.

Ce trois livres en 1 :
l’originel,
les « Poèmes express » surlignés
et les actualités /informations qui ricochent avec eux
sont offerts,
recouverts d’une couverture de Monde Mag,  « les chics types »
à quelqu’un que je ne soupçonne aucunement de misogynie : Stéphane Nappez,
écrivain et responsable de La Baraque Walden, ses soirées et ses résidences d’écrivain.es.

Un George Sand : P U N° 239

Un hiver à Majorque est la Pièce Unique N° 239.
Le séjour a eu lieu au cours de l’hiver 1838-1839, mais le livre n’a été composé que deux ans plus tard.
G. Sand (1804-1876) réside à Majorque avec ses enfants et Chopin (dont le nom n’apparaît jamais). Malade, il est de ce fait, mal perçu par la population. D’où le ton négatif de Sand sur les Majorquins. Elle insiste sur leur manque de compassion, mais aussi de culture.
Ils ont du mal à se loger. Faire venir un piano coûte une fortune,
Les seuls aspects positifs sont les paysages et la Chartreuse où ils vécurent finalement.

Quelques Poèmes Express qui en sont issus :
– Un revenant a quelque douleur à traverser.
– Trompeuse l’espérance car qui n’a pas quelque joug à secouer ?
– Jetés autour, menacent les orages, fendus par la violence.
– Visiter la poésie, céder à un récit en lecteur compétent.
– Les murailles existent aujourd’hui, un trop plein de prisons.
– Déplorer le violent, l’atmosphère politique en convulsion.
– Une doublure s’assied, les pieds écartés, et hésite à se jeter dans quelque précipice.
– Bruit des sandales sur le pavé nous allions dans les ruines.
– Des historiens attribuent des miracles à des paroles.

Ce 3 en 1 est offert à Régine D. qui ne sera certainement pas d’accord sur la vision de l’auteure sur les Majorquins.
Problème … qui n’en est pas un : Le N° 238 est prêt mais je ne sais pas encore à qui l’envoyer

 

Un Laszlo Krasznahorkai : P U N° 237

Petits travaux pour un palais  de Laszlo Krasznahorkai, livre de 2018, paru aux éditions Cambourakis en 2024, dans la traduction de Joëlle Dufeuilly
est la Pièce Unique N° 237.
Commencée le 26 août 2025, c’est à dire presque deux mois avant qu’il n’obtienne le Prix Nobel de Littérature.
C’était ma première lecture de cet auteur hongrois, réputé difficile.
Petits travaux pour un palais est court, 107 pages.
Une seule phrase sur 107 pages.
Là est la seule « difficulté » de lecture.
Un homme dit « Je », il est un vieux bibliothécaire en activité.
Il s’appelle Herman Melvill, sans E.
Il se penche sur son homonyme, sur Malcolm Lowry, sur un architecte, Lebbeus Woods,
et sur leurs trajets de vie, dans sa / leur ville, New York.
Il a un projet : une bibliothèque idéale …  je ne « divulgâcherai » pas, ne dirai pas en quoi consiste cet « idéal »…
Il y a de l’humour dans cet « idéal » et on a quelques lignes rigolotes sur les bibliothécaires, pas tous… certains…. (p 20), et  sur les visiteurs d’expositions (p 25)…

Quelques « Poèmes express »  issus de ce livre :
– Rangés les bibliothécaires, pas les auteurs ni les livres.
Ce genre de niaiserie est ce qu’il y a de plus vide.
– Il était complètement perdu dans un jour de la semaine.
Carnets de croquis et de concepts de dévastations : dévastations qui résultent des hommes.
– On peut savoir qui frappe la pensée.
– L’apocalypse nous a conduits dans les textes qui font trembler.

Petits travaux pour un palais « augmenté » de « Poèmes express »  et de ricochets pris dans l’actualité est envoyé à sa traductrice, Joëlle Dufeuilly, qui a très gentiment accepté de le recevoir.

Un Fumiko Enchi : P U N° 236

Chemin de femmes, de Fumiko Enchi (1905-1986),
est paru en 1957 au Japon et en 1999 chez Gallimard.
Ce beau roman peut être considéré
comme un texte sociologique, féministe
avant l’heure, juste par la narration de ce que vit Tomo Shirakawa, épouse d’un haut fonctionnaire, début XXème siècle.
Fumiko Enchi, élue en 1970 à la Japan Art Academy,
écrit là sur les rôles traditionnels dans la « bonne » société japonaise :
accepter les concubines, et même … les choisir…
N’être plus « objet » d’amour mais intendante sagace. Certes ne pas sortir du rôle qu’implique le genre
mais ne pas en penser moins.

Poèmes Express issus de Chemin de femmes :
– La femme ne devait pas faire montre d’un caractère de lame.
– Sous la lampe de nuit et son indulgence, le corps ravi.
– Bandant dans l’ombre de cette femme adulée, un membre avait fait retour.
–  Il existait des êtres sacrés, comme des replis ultimes.
– Une lueur avait effleuré le regard, obligation pour une femme.
– Expression ambiguë, rire sur les joues, nuque officielle.
– Un ruban écarlate au milieu d’un pont en bois, une voix effarouchée dans la chambre à coucher.
– Les deux femmes retentissaient dans le bleu, fines et jeunes.
– une évidente froideur fit une distance sèche.
– Il glaça ses sentiments, les limita à l’intimité.
Le nouveau-né, petit amas de chair, se nichait dans l’instant.
– Voix aiguë, bouche éperdue. Colère pour fissurer.
– D’une infinie chaleur, ces lampes à la fragile lueur et ce sentiment mélancolique.

Un Alexander Starritt : P U N° 235

Nous, les Allemands, d’abord paru chez Belfond, traduit de l’anglais par la traductrice et autrice Diane Meur, existe aussi en Pocket.
Il a été lauréat du Dayton Litterary Peace Price.
Ecrit par Alexander Starritt, né en 1985, fils d’une Allemande et d’un Ecossais, vivant au Royaume-Uni, ce livre évoque la seconde guerre mondiale à l’Est .

Le narrateur est un vieil homme qui l’a vécue en tant que soldat de la Wehrmacht et en parle à son petit-fils à double nationalité.
C’est la guerre déjà perdue, la débâcle des troupes allemandes, des atrocités commises alors.
C’est raconté du point de vue de quelqu’un qui n’a pas choisi d’y aller, qui n’a rien d’un va t’en guerre ni d’un nazi. Quelqu’un qui sera fait prisonnier et rentrera très tard. Quelqu’un plus agi qu’acteur, dans un petit groupe de soldats où seul, un est convaincu, odieux, et déverse un discours antisémite et anti-bolchevique.

Quelques Poèmes Express  issus de Nous, les Allemands :
– Prendre des bains de soleil dans la télévision, l’idée qui fait du bien.
– La guerre : faire du mal est à faire au mieux.
– Il n’y avait que la brume épaisse. Et quelqu’un qui parle.
– Sous un bel emballage : la mort militaire.
– La simple odeur douce et piquante réveille la langue.
– Une grenade sur chacune : explosion, grand sourire, baiser d’adieu.
– Parfois, j’avais besoin de neige. Cela m’apparaissait comme une clémence.
– Chevelures laquées de 
country, coupes mulet de nostalgiques.
– L’homme vomissait ; c’était insolite, un monstre vulnérable.
– Je me suis rendu compte qu’un homme qui en réprimande un autre est plus ou moins du bruit.

Cadeau contre cadeau, la P U N° 235 est envoyée à François David qui écrit pour les enfants et les adultes. Son  troisième Grain de livre vient d’arriver chez moi. Celui-ci en prose, est « hommage  aux artistes qui ont privilégié le court ».
Dans ces trois très jolies plaquettes « c’est toujours du bref qu’il s’agit ».

Un Nancy Mitford : P U N° 234

Nancy Mitford (1904 – 1973), aristocrate anglaise,
est venue s’installer en France à partir de 1946.
Ici, ce sont des articles
que l’on peut
voir comme du snobisme pur
ou délicieusement  britanniques
mais c’est surtout souvent d’une drôlerie un peu vacharde.
Elle y parle de mode,
de littérature française, des mésententes entre Gide et Mauriac, d’un mauvais prix Femina (dont personne ne se souvient),
de politique. En mai 68, elle est gaulliste, nomme Cohn Bendit « Cohn Bandit » et se moque du « taureau de la Nièvre » ( = Mitterrand )

Quelques Poèmes Express issus de Une Anglaise à Paris :
– Moins d’une heure de voiture de la capitale, les fermiers étaient des personnalités en muflerie.
– L’Amérique n’a jamais joui. Le terme incarne le désir des femmes.
– Les Américains sont repartis à s’offrir un spectacle de marionnettes.
– Aucune trace de Philippe de Champaigne dans une idée amusante.
– Le barman ne peut s’empêcher de penser au 
ramassage des poubelles et les écrivains aux articles.
– A été créée la plus humble dans le but de la sauter.
– Un stylo plume est entré et a dit : V. Hugo pouvait rendre une femme heureuse.
– L’oubli. Autant que je m’en souvienne remonte à un temps de sinistre mémoire.
– On circule, travaille ; le monde fait son apparition dans l’infernal.
– Dieu vient de fermer ses portes et les banques une heure après.

C’est offert lors d’un atelier à Valérie et / ou Oskar,
tous deux passés par le master de création littéraire du Havre.
Ils en font ce qu’ils veulent…

 

Un Han Kang : P U N° 233

Celui qui revient de Han Kang,
paru en 2014 en Corée du Sud, et
en France en Livre de Poche en 2024,
est la Pièce Unique N° 233
et le deuxième livre que je lis de cette auteure devenue Prix Nobel de littérature.
La végétarienne, paru avant ce prix, au Serpent à plumes était le premier.

On est, avec Celui qui revient, dans un des moments de dictature en Corée du Sud,
sous Chun Doo-hwan en 1980, un moment de répression d’un mouvement populaire d’une énorme violence. Un livre très beau, très fort où plusieurs voix rendent compte de la censure, de l’horreur vis-à-vis de jeunes non armés.

Poèmes Express issus de Celui qui revient :
– Le calme s’impose, soir tombé. Corps sous un drap blanc.
– Crois au ciel vide.
– C’était un cadavre noble, c’est 
vrai, puant sous le soleil.
– Un mort a ouvert les yeux, haussé la voix, réveillé les autres.
– Vous partagiez des poèmes, les introduisant dans votre bouche.
– En sueur, corps trempé rue vide.
– Mémoire dans le placard, bruit dans le magnétophone.
– Voua aviez fait de la prison… fatigue au fond de la tête.
– Dents serrées, lèvres déformées. Pression de la catastrophe.
– On dirait un rêve à avaler et à travailler.

Ce Han Kang « modifié » est offert à Richard Meier, éditions Voix dont voilà un livre de 2024

Récit de Mantegna : P U N° 232

Dans la jolie collection co-éditée par Hazan et le Musée du Louvre en 2008,
une biographie d’Andrea Mantegna (1431-1506)
par l’historien de l’art Giovanni Agosti
parue d’abord chez Feltrinelli en 2005.

Mantegna débuta à Padoue, alors « nombril artistique de l’Italie »,
Il fut ensuite appelé à la cour des Este,
Apparenté par son mariage avec les Bellini,
il fut en lien avec «  le plus important atelier de peinture à Venise « .
Il travailla surtout pour les marquis de Mantoue,
les Gonzaga qui ne le « prêtaient » pas toujours ,
mais put se rendre à Rome à la demande du pape Innocent VIII pour peindre une chapelle.
Il pratiqua  » l’art tout nouveau de la gravure sur cuivre « ,
s’intéressa à l’architecture et eut un cabinet de curiosités.
Puis, à la fin du XV ème siècle, on se mit à apprécier un art plus sentimental et Perugin devint le peintre à la mode.
Mantegna ne fut cependant jamais oublié, comme Giotto l’a été par exemple, même si « chaque époque a cherché un Mantegna différent. »

Quelques Poèmes Express issus de cette biographie :
– La maison du mort engage au passé. Il est facile de flipper.
– Vigueur, braguette ouverte, dans un fait-divers sordide.
– A un moment donné, a été réduit l’art à un travail.
– Abondent les citations de satyres aussi hommes.
– Comment comprendre les époux prêts à faire la roue ?
– C’est une solution  : la Judith en pyjama de soirée.
– L’homme lent plus tard se limite au moment.