La Prostituée est magnifique dans son apparence (les livres des éditions Allia sont TOUJOURS magnifiques) et sidérant par son contenu. C’est une courte nouvelle d’un auteur japonais, Hayama Yoshiki (1894-1945), homme de gauche, militant, assez souvent mis en prison pour ses opinions. Ce texte a été écrit au cours d’un emprisonnement au début des années 20..
Magnifique : comme d’habitude, du fait du format, du rabat, des papiers mais aussi, cette fois, par le choix d’une lithographie de l’artiste viennois Koloman Moser pour la couverture.
Sidérante : la situation présentée éveille de drôles de sentiments et de sensations chez le narrateur-personnage mais aussi chez le lecteur. Je n’en dirai pas plus pour ne rien « divulgâcher ».
Voilà quelques Poèmes Express qui en sortent :
– S’il m’arrive des sacrés trucs, c’est que l’étrange me cherche.
– C’était clair : cet homme avait failli vouloir.
– Infime sentiment, là, sur un oreiller.
– Pas d’autre issue. Juste un spectre à suivre.
Avec ce texte, comme avec la Pièce Unique N° 133 et la prochaine, « j’ai un problème » : cela parle de choses difficiles, de faits très durs, fictifs (mais possibles) ou réels. De quel « droit », alors, s’amuser à en extraire un autre sens et jouer, encore à un autre niveau, à en rapprocher une information ? Quand je les choisis, je sais de quoi cela parle mais pas le degré de dureté des événements. Je continue. Le « problème » arrive progressivement. Mais, comme un des buts est de faire connaître des textes, je vais jusqu’au bout.
Cette fois, la nouvelle est offerte à Régine D. avec qui j’ai travaillé et aimé ça, une sacrée femme, efficace, pragmatique, empathique.
Pirouésie 2021, c’était la 15ème édition mais c’étaient aussi les 60 ans de l’Oulipo : ça se fête. Et à Pirouésie, quand on fête quelque chose, on ne rigole pas !
Une lettre au courrier, une écriture de médecin… Michel Simonot parle de son ressenti sur sa Pièce Unique. Et c’est super gentil ! :
Tout bouge autour de moi raconte la catastrophe mais évoque aussi l’histoire de l’île, la manière dont elle est vue dans le monde. Première à revendiquer son indépendance, on lui en veut et on ne retient d’elle que son image de misère et de violence : p. 78 : « Il n’y a pas un seul film sur la plus grande guerre coloniale de tous les temps, celle qui a permis à des esclaves de devenir des citoyens par leur seule volonté. » (…) « Je vois poindre un nouveau label qui s’apprête à nous enterrer complètement : Haïti est un pays maudit. »