Meet John Doe ou, en français L’homme de la rue,
film de Frank Capra de 1941
avec Gary Cooper, Barbara Stanwick
Au Studio jusqu’au 2 décembre
Une merveille.
Et tellement ACTUEL !
dans ces Etats-Unis désunis contemporains,
ou chez nous,
avec ces milliardaires qui s’offrent des journaux
et manœuvrent pour obtenir le pouvoir.
Archives de catégorie : On se mele de tout
Mathieu Belezi et Bérénice Pichat : une proximité étonnante
Mis en avant
Mêmes propos à quelques jours d’intervalle.
Le 27 novembre, Mathieu Belezi était à la Galerne pour son dernier livre Cantique du chaos, paru au Tripode en 2025
Le 25 novembre, Bérénice Pichat, autrice de La petite bonne, édition Les Avrils 2024, proposait, en lien avec La Petite Librairie, le premier volet d’une master-class en trois parties.
Tous deux ont dit, chacun de leur côté : « je ne fais pas de plan »
et, plus étrange encore :
Bérénice Pichat : » je rencontre les personnages, ils m’apparaissent.(…) « J’ai entendu le pas de cette petite bonne. (…) Elle ne m’a pas donné son prénom. »
Mathieu Belezi : « j’entends des voix. Quand j’ai vraiment la voix du personnage, je ne suis plus moi. Les personnages font ce qu’ils veulent. Je ne veux pas les contrôler, les censurer. Je suis heureux d’être arrivé à cette liberté-là. (…) S’il y a cohérence, le texte prend chair. »
Et, pour eux deux, la lecture à voix haute est hyper importante. M. Belezi : « Je relis à haute voix tout ce que j’écris, pour entendre la musicalité ou si ça sonne mal. »
B. Pichat dit, elle, de la lecture à voix haute au cours d’un atelier d’écriture : « elle fait partie de l’expérience. »
Ce sont aussi deux écrivains qui s’intéressent à l’Histoire. Et pas à la plus gaie.
Deux personnes pleines d’empathie.
La proximité s’arrête là.
On traverse le monde et on est transporté dans un avenir plus ou moins proche dans Cantique du chaos
quand on est en France entre les deux guerres dans La petite bonne.
Deux mondes différents dans lesquels plonger.
le 18, l’écrivaine Judith Wiart
Autrice de
Les gens ne se rendent pas compte, éd Le Clos Jouve
Le Havre de paix, ed. Moby Dick
Pas d’équerre, éd. Louise Bottu
Le jour où la dernière Clodette est morte, éd Le Clos Jouve.
Des textes de genres très différents. Polar, essai, autobio.
– Le Havre de paix, forcément, ici, ça fonctionne !
Nous avions accueilli Judith avec ce polar à Polar à la plage cet été.
Il est paru dans le cadre d’une collection, une suite aux « Poulpe » de Jean-Bernard Pouy, « la fille du poulpe » sous la direction de Sergueï Dounovetz : un livre de commande, avec un cahier des charges de 8 pages.
Et, heureusement, Judith Wiart « aime bien la liberté dans la contrainte. »
Elle a travaillé comme dans un commissariat de série américaine, avec des éléments collés au mur, des flèches, des liens .
« L’écriture du livre m’a permis de retourner au Havre et la ville est devenue un des personnages. »
Il faut dire que Judith a vécu au Havre enfant, avant de suivre ses parents à Lyon. Elle vient de revenir » Pour la mer. »
– Pas d’équerre est un petit texte : « du politique par l’oblique »,
un carnet poétique ET témoignage politique sur l’éducation nationale,
vue par une enseignante en lycée professionnel.
Sur la dégradation des moyens, sur le rapetissement des heures de matières de culture générale. Pas tant un avis que des faits.
Difficile à accepter quand le but est de « donner de l’élégance (= de la dignité) aux élèves » ).
– Le jour où la dernière Clodette est morte : sous la forme de courts paragraphes, des moments autobiographiques, Et c’est vraiment plein de fraîcheur, tendresse, drôlerie.
Pas encore
Non, pas encore de date pour la rentrée de septembre d’Un vin, des livres.
Pas plus d’ailleurs que de lieu pour nous héberger.
Mais ça « va viendre »
« aie confiance, aie confiance », dit le serpent Ka. Vous voyez mes yeux ?…
En attendant,
un court topo sur
l’atelier d’écriture et illustration, en Bretagne, avec Olivia et Charlène :
La bonne humeur n’était pas en option
et elles se sont un peu mises la rate au court-bouillon.
Ce qui est flatteur pour les six « écrivantes » que nous étions
mais un peu dommage pour elles.
Consignes rigolotes, soleil, chants, camaraderie et voluptés gustatives.
ET
Un tour à Bécherel, le très joli village breton du livre,
possibilité…rare …d’acheter des livres…
Chez des bouquinistes super souriants qui ont un choix ENÔÔÔRME.
ET
Occasion pour moi de revoir Samia Kachkachi
(cf. Entravés Rue du Départ éditions)
qui démontait son exposition de linogravures « Submersion » à Rennes, à Grand Angle Imoja.
Planètes intérieures au M Z :
Poésie-bagarre
Poésie-bagarre est un beau titre. C’est celui du recueil de Sarah Kügel, paru aux éditions Baraques en 2025.
Baraques, comme Baraques Walden où, chaque jeudi et vendredi soirs, à Rouen, 59 rue du Pré de la Bataille, on peut écouter des textes, des musiques.
Sarah Kügel est graphiste et c’est elle qui a réalisé cette première de couverture, dessin et typo.
Le titre, l’image disent la personnalité de Sarah Kügel qui écrit et se bat mais de manière rigolote ou soft avec la langue, le corps, la relation amoureuse.
C’est un livre de poésie du plaisir, du désir, un ensemble érotico-punchy, d’amour physique et pas que.
Voilà quelques traces de son écriture – mais des poèmes entiers comme Digression douce (p 47) montrent encore mieux combien l’auteure aime les mots – :
» les pavés turbulents pleins de soiffeurs joyeux » (p 11)
« ça durerait des heures à se lécher les petits détails » (p 35)
» l’heure des hommes-goûters » (p 43)
« je te trempe et je te déguste » (p 126)
« sous la bouscule des doigts » (p 135)
Palmarès : je suis sûre que
vous en avez lu un bon nombre :
Les 25 chefs-d’œuvre de la littérature mondiale qui vont marquer le XXIᵉ sièclePALMARÈS. Quels sont les meilleurs livres depuis l’an 2000 ? Pour le savoir, nous avons demandé à soixante écrivains, éditeurs, libraires, traducteurs, critiques français et internationaux de choisir les cinq ouvrages qui ont imprimé à jamais leur mémoire. Verdict.
25. “La Carte et le Territoire”, de Michel Houellebecq (2010)
24. “Une histoire d’amour et de ténèbres”, d’Amos Oz (2002)
23. “Neige”, d’Orhan Pamuk (2002)
22. “Les Argonautes”, de Maggie Nelson (2015)
20. “Purge”, de Sofi Oksanen (2008)
20 ex-aequo. “La Plus Secrète Mémoire des hommes”, de Mohamed Mbougar Sarr (2021)
18. “La Bascule du souffle”, de Herta Müller (2009)
18 ex-aequo. “Underground Railroad”, de Colson Whitehead (2016)
17. “O”, de Miki Liukkonen (2017)
16. “La Fête au Bouc”, de Mario Vargas Llosa (2000)
15. “La Végétarienne”, de Han Kang (2007)
14. “Kafka sur le rivage”, de Haruki Murakami (2002)
13. “La Maison des feuilles”, de Mark Z. Danielewski (2000)
12. “Solénoïde”, de Mircea Cartarescu (2015)
11. “Le Lambeau”, de Philippe Lançon (2018)
10. “Americanah”, de Chimamanda Ngozi Adichie (2013)
9. “L’Adversaire”, d’Emmanuel Carrère (2000)
8. “L’Année de la pensée magique”, de Joan Didion (2005)
7. “Les Livres de Jakób”, d’Olga Tokarczuk (2014)
6. “Les Années”, d’Annie Ernaux (2008)
5. “La Tache”, de Philip Roth (2000)
4. “La Route”, de Cormac McCarthy (2006)
3. “La Fin de l’homme rouge”, de Svetlana Alexievitch (2013)
2. “Austerlitz”, de W.G. Sebald (2001)
1. “2666”, de Roberto Bolaño (2004)
CINEMA – au Studio, avec les Ancres Noires – un Maigret
Vendredi 28 mars, à 20h30,
La tête d’un homme de Julien Duvivier (1933) avec Harry Baur
est projeté
au Studio
– super cinéma d’art et essai patrimonial du Havre –
en partenariat avec les Ancres noires.
La séance sera présentée par Emmanuel Burdeau,
ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, qui collabore avec la revue littéraire en ligne En attendant Nadeau.
En avant-première, ici, la présentation de Patrick Grée :
D’un certain classicisme et des cinéphiles.
D’abord : Duvivier, l’autre ! Face à Renoir. La cinéphilie (plus que la critique, et c’est tant mieux… pour la critique) marche comme ça, par grosses alternatives, binaires forcément ! Le cinéphile est binaire, acceptons-le une fois pour toutes. Donc Duvivier, le Poulidor du cinéma français classique. Pour beaucoup et non des moindres : le préféré en fait, le discret, le modeste, le soi-disant simple artisan mais (forcément) le meilleur. La cinéphilie procède aussi par inversions assez systématiques et violentes : c’est toujours “le moins”, celui de l’ombre, qui en fait vaut le plus, mérite les feux du cinéphile éclairé. Ne renaudons pas trop, cela nous a valu de belles (re)découvertes, voire de véritables révélations. Le bât blesse un peu certes quand l’Université s’en mêle et vire encore plus récupératrice de nanars que le cinéphile ébloui de quartier, ceci avec force gloses… universitaires.
Malgré tout en tant que cinéphile je préfère Duvivier, sa noirceur légendaire mais surtout ses “flash”, ses éclairs d’hystérie dans le naturalisme poétique des années trente : la course sur les toits de M. Hire campé par un Michel Simon particulièrement inspiré, la danse tragique d’Aimos, à nouveau sur un toit, dans La Belle Equipe, et toujours dans La Belle Equipe les copains allongés sur le toit (décidément) en plein orage pour protéger leur guinguette. Il faut dire que ces situations perchées permettaient à Duvivier les cadrages de traviole (il les qualifiait lui-même ainsi) qu’il affectionnait particulièrement. Mais c’est aussi le lyrisme réellement adolescent de Marianne de ma jeunesse (revoir d’urgence ce grand Meaulnes bavarois) ou le chien de Gérard Blain qui bouffe littéralement la garce géniale, Danièle Delorme (Viviane Romance n’était pas mal non plus dansPanique) dans Voici le temps des assassins, son meilleur opus années cinquante.
Et puis Harry Baur ! Un des fameux monstres sacrés de cette époque, tout habités qu’ils étaient du complexe de Cyrano : » l’ai-je bien éructé ? « . Il peut en faire des tonnes le Baur même dans la retenue : ça s’appelle la sobriété m’as-tu vu ! Mais là quand même, chapeau ! La méthode Simenon-Maigret de l’imprégnation n’a jamais été aussi bien montrée : les cercles concentriques dans l’approche du suspect, de son milieu. Saluons au passage les seconds rôles prégnants, ici encore plus qu’ailleurs… et pourtant : relisons les notices du Barrot-Chirat* pour nous convaincre que Rignault et Inkijinoff n’étaient en rien des cas isolés. Même si Baur n’est sans doute pas le Maigret le plus fidèle à l’original, nécessairement plus neutre, plus “ fonctionnaire” comme le rêvait Simenon lui-même. Et là, attention ! : n’accordons pas un crédit définitif aux déclarations du grand romancier, fin stratège, excellent comédien lui-même, interprète émérite de sa propre personne (un peu à la Renoir tiens !), trop habile à se forger une légende, fabuleux vendeur de son œuvre et de ses prolongements, jamais à une contradiction près pour vanter les mérites du film qui fait l’actualité. Un coup le meilleur Maigret c’est Gabin (il en a tout de même tourné trois) et puis une autre fois c’est Pierre Renoir (le frangin). Fidèle ou pas l’interprétation de Baur est la plus marquante ! Baur au destin tragique et mystérieux. Mais là… je vous laisse enquêter.
Patrick Grée, le 21 mars 2025
PS (Patrick scriptum)
*Barrot-Chirat : Le très riche et remarquablement rédigé recueil de portraits d’acteurs français des années 30-40 d’Olivier Barrot et Raymond Chirat )… De préférence dans une de ses dernières mises à jour (Noir et blanc, 250 acteurs du cinéma français 1930-1960, Flammarion 2010).
Solène Langlais au Tetris – Le Havre
Samedi 1er mars,
après un atelier d’écriture et de mise en voix avec l’écrivaine Shane Haddad ( 2 livres parus chez P O L ), et organisé par deux jeunes femmes en service civique au Tetris,
avait lieu une performance de Solène Langlais.
C’était le vernissage et beaucoup d’anciens élèves de l’ESADHaR et du master de création littéraire étaient là.
Solène Langlais est graphiste ; elle a dessiné le logo de Ouest-Track Radio.
Elle a passé son diplôme en 2019 avec un travail sur la famille parfaite, « le mode de vie hétéro-normal ». La pièce Family relaxing on sofa se présentait ainsi : 2000 pages sur un socle et proposait « d’épuiser cette image normale de manière collective. Chaque visiteur.euse est invité.e à se saisir d’une feuille, faisant ainsi diminuer le stock et décomposant la famille jusqu’à sa disparition. »
Ringside seat, visible au Tetris au Havre jusqu’au 29 mars 2025, est la première exposition personnelle de Solène Langlais. Le sujet, servi par deux vidéos – un cut-up à partir de treize films parlant de boxe et une sorte de chorégraphie qui « reprend les codes du shadow boxing »-, des objets, et des textes, est la boxe que la jeune femme pratique en amateure.
La performance consistait en la présentation et l’installation dans l’espace de textes brefs par Solène Langlais marchant posément, voire lentement, en talons hauts argentés, court short rouge et petit haut blanc. Ces textes sur « dix panneaux recto-verso reprenant des répliques de films de boxe. Initialement adressées aux boxeurs, elles prennent un double sens sorties de l’écran. A travers cette oeuvre, elle interroge le Male Gaze. »
Cette performance : pour moi,
un moment d’audace par le temps long recherché, le rythme lent voulu, dans un monde où si cela ne va pas vite, c’est mort, vu notre faible capacité de concentration et/ou notre envie de toujours plus vite passer à autre chose.
Mais ce n’est pas que ça :c’est aussi la place des corps, de la femme et de l’homme dans ce sport.
Un moment de courage puisque, même si le public ici était un public de vernissage, constitué presque uniquement de créateurs ou assimilés, de copains, ils et elles ont vite parlé, bu un pot, mangé un morceau pendant ce temps…
Une belle pièce, pleine de sens. A ne pas survoler, à voir, à lire vraiment. Dans chacun de ses éléments.
32 ème festival Les BOREALES
Les Boréales, c’est de la musique, de la danse, du théâtre, du cinéma, des expos et la LITTERATURE.
Cette année, le pays mis en avant est la Finlande.
Mais il n’y a pas que des auteurs finlandais.
Les Islandais étaient nombreux ce week-end : Hallagrimur Helgason, Thora Hjörleifsdottir, Sigridur Hagalin Björnsdottir et Jon Kalman Stefansson.
Des Norvégiens également, tous deux chez Gallmeister : Maren Uthaug et Lars Elling.
De Finlande,
– le poète, musicien, et activiste same, Jalvvi Niillas Holmberg, auteur de La femme grenouille, paru au Seuil en 2024..
– Pirkko Saisio, auteure multi-cartes, dont deux tomes d’un « journal intime » La trilogie de Helsinki viennent de paraître chez Robert Laffont en 2024.
Ces deux auteurs sont traduits par Sébastien Cagnoli
– Maria Turtschaninoff, Finlandaise suédophone autrice de Nevabacka chez Paulsen 2024. Traduction de Marina Helde et Johanna Kuningas.
A remarquer : les Sames prennent place dans la littérature de ces contrées.
Holmberg voit son livre comme la continuité de son activisme contre le colonialisme qu’a vécu ce peuple, sous forme de christianisme autrefois et maintenant d’écologie. Les peuples autochtones en ont assez qu’on choisisse pour eux, assez de l’extraction minière, des coupes massives de forêts, assez qu’on les tienne éloignés des décisions.
Son livre évoque la dualité de deux modes de valeurs, la vision moderne et la culture originelle.
Maren Uthaug (en blanc et noir sur la photo) est à demi Same mais elle insiste, elle, dans son livre, 11 %, sur le féminisme. Elle le fait de manière complètement humoristique et radicale.
Remarquable et féministe aussi : Magma de Thora Hjörleifsdottir, aux éditions Agullo,, traduit par Jean-Christophe Salaün. Cette auteure a, auparavant, publié de la poésie. Le texte se présente en courts chapitres, de plus en plus courts, montrant que Lilja commence à s’effacer. Très frontal, cru, il a pour but de dénoncer la violence invisible, psychologique dans une relation toxique. Lilja est une jeune femme ordinaire, sans fragilité, avec un socle social solide.
Thora Hjörleifsdottir a eu, à l’époque de la publication en Islande, un peu peur des réactions, a été la première surprise de la réception hyper-positive du livre. Il est maintenant traduit en treize langues et Oprah Winfrey en a parlé en 2021.
Sigridur Hagalin Björnsdottir et Jon Kalman Stefansson ont clos le week-end. Avec le charme (oui, je sais…) et l’humour qu’on connait à l’auteur de Mon sous-marin jaune, éd. Christian Bourgois et à son traducteur Eric Boury.
