ça pique et c’est juste

A l’émission Midi-culture, sur France-Culture, le 6 septembre :

coup de gueule de Fatou Diome :

et sujet de » l’essai flamboyant, drôle et imagé qu’elle publie en cette rentrée chez Albin Michel ».

« Le verbe libre ou le silence : dans cet essai qui prend la forme d’un plaidoyer pour la liberté des écrivains et contre les diktats imposés par certains professionnels de l’édition, Fatou Diome est catégorique. Les éditeurs ne peuvent interférer dans le processus créatif des auteurs puisque celui-ci relève de l’expression d’une intimité et d’une subjectivité qui leur est propre. »
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Je fais un lien avec une émission qui m’avait hérissée il y a quelque temps sur cette même radio – sans pouvoir, désolée, la retrouver – où une écrivaine et son éditrice parlaient. L’éditrice donnait ses conseils / ordres et ,clairement, ça simplifiait un maximum, influait sur le fond comme sur la forme et avait pour but que « le produit » soit simplifié, se vende plus sûrement, pas pour faire progresser la littérature.
Entre ça et Chatgpt, peu de différence …

Un Magda Szabo : P U N° 184

Magda Szabo (1917-2007), issue d’une famille de la grande bourgeoisie protestante qui dut supporter la guerre, l’occupation par l’armée rouge puis la prise de pouvoir par les communistes.
 Rue Katalin, sorti en 1969 en Hongrie, en France chez Viviane Hamy en 2006, rend compte de ces différents moments. La construction est un peu déconcertante. L’histoire  est celle de  trois familles en six dates, de la seconde guerre mondiale à 1968. Une de ces familles est juive et disparaît. Leur mort change tout entre les personnages restants. Les morts sont là, toujours, et visibles et non reconnaissables. L’histoire d’un pays à travers une rue.

Quelques « Poèmes Express » qui en sont issus :
Le village s’amusait à faire croire qu’il était toujours le village.
– En se raccrochant aux phrases, ils sortiraient des morts.
– Elle ouvrait son mari, le refermait élégamment en petits cubes.
– Un simple regard et il se jetait par terre et rétrécissait.
– Elle pensait droit : elle était élevée à offrir ; il fallait.
– Soldats empilés méthodiquement dans l’odeur des blouses blanches.
– Le savoir était sans souffle. Tout de même formidable mais malade.
– Elle avait été son désir, elle le vit, cela la gênait.
– Ceux qui savaient avaient disparu et il n’y a plus de monde.

Ce Magda Szabo « augmenté » est offert à Florence T., ancienne collègue de lettres, très branchée livres … et Japon… qui m’ a recontactée récemment. Elle a juste à me donner son adresse !

 

Autour des livres du 3 septembre

Il y est question de La paix des ruches d’Alice Rivaz (1901-1998), paru en 1947 :  court roman de femme, deux ans avant Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et reparu en 2022 aux éditions suisses Zoé.
Zoé où paraît le nouveau Elisa Shua Dusapin : Le vieil incendie.
Zoé et son beau papier ivoire.

Un Stig Dagerman : P U N° 182

Stig Dagerman (1923-1954), est en Allemagne en 1946 en tant que journaliste. Il raconte ce qu’il voit, comprend et ressent de l’état du pays, des habitants, selon les zones d’occupation. Il montre l’hypocrisie des Spruchkammern, les tribunaux censément de dénazification qui s’attaquent plus aux petits qu’aux gros. Il s’indigne et dit le risque de la punition infligée à une population entière quand les plus coupables s’en sortent. C’est Automne allemand paru en livre en Suède en 1967, chez Actes Sud en 1980, traduit par Philippe Bouquet (1937-2023, qu’on pouvait rencontrer aux Boréales de Normandie) et trouvable collection Babel.

Des « Poèmes Express » en sont sortis. En voilà quelques uns :
– Un avocat coquin, dans l’obscurité, frôle des dos, pleine peau.
– Le Russe, l’Américain le fait empailler et l’envoie chez lui, en souvenir.
– Les rangées de fauteuils doivent apprendre à attendre.
– En uniforme, lunettes en train de glisser et voix nasillarde.
– Chercher le moyen de tuer ceux qui s’entassent dans la tête.
– La faim fume des cigarettes et boit un thé gris.
– Lorsque les nazis asexués prennent l’air, ils sont d’une beauté de bière.

Cette Pièce Unique est offerte à Stéphanie Van P. rencontrée depuis plusieurs étés dans plein de bons moments festifs à Pirouésie et que l’idée des Pièces Uniques a amusée.

à ne pas rater

A mon avis,
enfin, moi, j’dis ça…
vous faîtes c’ que vous voulez …

non, sérieusement, allez voir.
C’est une B D.
Plutôt un roman graphique :
Le grand Je de Rachel Deville,
à paraître chez Atrabile en septembre.
Les B D, habituellement, ne me font rien.
Là, je trouve fabuleux ce dessin, ces idées de personnages sans corps ou à trois têtes – avec tout ce que cela entraîne – . Séance de psy à l’appui… Allez voir.

Un pur


 Bon, le titre est peut-être un peu ampoulé mais je le garde.
De nos frères blessés (2016) prix Goncourt du premier roman, prix refusé par l’auteur,
Kanaky – sur les traces d’Alphonse Dianou (2018), voilà les deux livres que j’ai lus pour le moment de Joseph Andras. D’autres sont parus, d’abord chez Actes Sud et le dernier, Nudem Durak – Sur la terre du Kurdistan, en 2023, aux éditions Ici-Bas.
Ces  trois textes ont en commun :
– de venir d’ « une sorte de commotion. Il faut croire que j’écris ainsi – j’avais auparavant été attrapé par les « cas » Fernand Yveton et Alphonse Dianou. »
d’être le fruit d’une enquête littéraire et historique de plusieurs années.
– d’écrire sur quelqu’un mais de vouloir bien plus : « appréhender une situation collective à travers un cas circonscrit » : le(s) colonialisme(s).
– de donner la parole à des hommes et femmes, les protagonistes, les témoins. Au point que Tiphaine Samoyault, dans Le Monde du 25-05-2023, voit en Nudem Durak un « livre qui défait la notion d’auteur » puisqu’il donne à lire aussi le texte de cette chanteuse kurde emprisonnée depuis 2015, condamnée à 19 ans de réclusion.
Joseph Andras revoit l’Histoire avec« sa grande hache » (cf Georges Pérec), réhabilite des personnages que des Etats ont éliminés, ont tenté – et longtemps réussi – à réduire au silence ou à une image de traitres , de terroristes.

Rien à voir avec

Rien à voir avec Pirouésie
Rien à voir avec les Pièces Uniques
Rien à voir avec le Chat Bleu
Rien à voir avec les Ancres Noires
Rien à voir avec rien
mais
c’est beau-rigolo, non ?

Un Umberto Eco : P U N° 180

Numéro zéro, paru en Italie, et en France dans la traduction de Jean-Noël Schifano en 2015 est la Pièce Unique N° 180 (180, quand même ! )
Umberto Eco (1932-2016) avait au moins deux surnoms : » il professore » et « il tuttologo ». Tout fait sens et, en amoureux de savoir, ce septième roman mélange faits historiques et théories du complot.
Plus intéressant encore, il y décrypte avec humour les dérives d’un journal sous capitaux privés, « Domani », appartenant au « Commandeur Vimercate » – Au moment de la ressortie du JDD, c’est à lire… –  Vimercate // Berlusconi // B… également propriétaires de télévisions…

Quelques Poèmes Express venus de Numéro zéro :
– Perdez votre latin, entraînez-vous.
– Rêver d’un jacuzzi est moins cher que le payer.
– Personne ne paraissait avoir envie de durer.
– Fou était romanesque. Folie était collector.
– Chaussettes vert petit pois : en déduire un personnage.
– La vie avait renoncé et l’avait montré.
– On ne veut pas finir au tribunal pour une rumeur roulant des hanches.
– Recevoir un chèque pour ne pas écrire.

Ce Numéro zéro additionné de Poèmes Express et d’informations a été offert,
lors de Pirouésie 2023 – on en parle bientôt –
à Coraline Soulier, enseignante, animatrice d’ateliers d’écriture
et Oulipophile
à Pirou comme à Lille, dans Zazie mode d’emploi.

pour accompagner la Pièce unique N° 180, un Umberto Eco

 À Bologne et à Milan, où ont été répartis les 50 000 ouvrages du grand écrivain, l’Italie célèbre « Il Professore » en reconstituant sa bibliothèque idéale.

Un Jean Birnbaum : P U N° 179

 Le courage de la nuance de Jean Birnbaum paru au Seuil et trouvable en collection Points, prix François Mauriac en 2021.
Jean Birnbaum est journaliste, essayiste, directeur du supplément Le Monde des Livres. Dans ce texte, né d’un « sentiment d’étouffement », il évoque les écrivains qui ont voulu voir et dire le monde en gris (coloré), qui ont refusé la simplification de l’extrême, au risque de n’avoir que des adversaires, d’être vus comme « tièdes », « lâches ». Camus, Barthes, Bernanos, Arendt, Aron ont fait preuve de l' »héroïsme du doute », chose très mal vue actuellement, entre autres ou surtout sur les réseaux sociaux.

Des « Poèmes Express » sont nés dans Le courage de la nuance :
– Peler un silence.
– Des hommes libres que nous avons 
regroupés ont le sentiment que nous avons un   monde à refaire.
– Tranquille sincérité du démon : informe, toxique et véritable.
– Il a appris à vomir dans la dentelle.
– Le destin a produit des banalités : les enterrements.

Trois livres en un donc :1) le Jean Birnbaum = l’essentiel
et, accessoires mais là…,
2) les  » Poèmes Express » qui ricochent avec 3) des infos (inter)nationales.
Exemple : Bras tendu, un fils de bonne famille affiche un engagement assez banal ricoche avec « Procès du projet d’attentat néo-nazi » trouvé ultérieurement dans la presse,
ou encore : Le carnage, effet de cisaille, engage l’irréparable va avec Violence et police : un problème d’encadrement juridique, pris dans The Conversation France
Cette Pièce Unique est offerte à un homme politique qui écrit,
pas B. L M., pas F. H., ni N. S.