Un Vin, des Livres – juin 2026 – 1)

D’abord deux dates : on essaie de se retrouver le
jeudi 16 juillet, comme d’habitude à 18h, à l’Art Hôtel
et, à la rentrée,
jeudi 24 septembre

En juin, après le festival du Polar à la plage, j’avais d’abord envie de parler de romans de : Valerio Varesi,  dont : Or, encens et poussière, paru en Italie en 2007 et chez Agullo en 2020, traduit par Florence Rigollet. Trouvable en Points.
Mon 4ème Varesi. Les deux premiers ne m’avaient pas exaltée, Le dernier, reçu en service presse par l’association des Ancres Noires : La peur dans l’âme, 2018 en Italie, 2026 chez Agullo beaucoup plus : L’été, dans la montagne, un fugitif, des rumeurs, jamais aucune certitude. Avec moi, ça a vraiment marché.
J’ai donc pris celui-ci : un début assez fantastique : Parme, le brouillard, un accident sur l’autoroute, des animaux qui se sont échappés et un corps retrouvé. Ces bêtes qui apparaissent tout à coup m’ont fait penser à un passage d’un Jean-Philippe Toussaint : un cheval échappé la nuit, sur le tarmac d’un aéroport.
Par ailleurs, des Roumains, des Roms, l’autour de la ville : social et politique et un commissaire Soneri dans les affres de l’incertitude amoureuse.

  • Sinon, pas polar : un Gerrit Kouwenaar (1923-2014) : Tombe bombe ! éditions Robert Laffont, collection Pavillons. Traduit du néerlandais par Marie Hooghe. Un court roman paru la première fois en 1950. Un adolescent face à l’histoire. Nous sommes en 1940, la guerre est aux portes de la ville, et il en est presque heureux, cela va le libérer de parents très petit-bourgeois. Un oncle plus « olé-olé » lui montre d’autres vies possibles. Et la guerre arrive vraiment …
  • Un Olivier Rolin : Vers les îles éparses, éditions Verdier, 2025, et en poche aussi chez eux, maintenant. Ce grand voyageur est cette fois embarqué sur un navire de la marine nationale en direction des îles du canal du Mozambique que la France « détient » encore. Il évoque avec humour, et même auto-dérision, l’équipage, des gens jeunes face à lui, âgé, dont des jolies femmes face à lui, ancien amoureux du « beau sexe »,  le bateau et la vie à bord. Et ces îles, évidemment mais pas tant que ça.

Un vin, des livres – mai 2026- 2)

Ce jour-là, on est revenus sur :
–  Les éléments de l’auteur irlandais, John Boyne :
 » Passionnant, émouvant « : dit Dominique. 4 récits entralacés. Le fil conducteur, les abus sexuels sur enfants.
– Dans la forêt de Jean Hegeland chez Gallmeister que Marillyne compare à Sue Hubbell  (je préfère de beaucoup cette dernière…) : la chute de la civilisation et deux jeunes filles restent seules à le vivre .. Une suite existe : Le temps d’après.
Restons sur les romans étrangers :
– Celui qui veille de Louise Erdrich, 2022, Albin Michel. Traductionde Sarah Gurcel .
Un personnage inspiré de son grand-père, la volonté d’éradication des Indiens, les mauvais traitements des Amérindiennes, dans les années 50, dans le Dakota du Nord
– Le prince des marais  de Pat Conroy, paru aux USA en 1986. Mémoire d’une famille originaire de Caroline du Sud. 2005 Pocket, 1088 p, nouvelle traduction de Françoise Cartano.
– Pleins de vie de John Fante (1909-1983) : oeuvre largement autobiographique. Une dizaine de livres de cet Italo-américain existent en 10-18. Traduction de Brice Matthieussent. Ce texte est TRES drôle.
– Un peu beaucoup passionnément à la folie pas du tout, nouvelles d’Alice Munro. 2019 éditions L’Olivier, nouvelle traduction d’Agnès Desarthe. Trouvable en Points poche. Un univers dur, Le Canada profond.
– L’accordeur de silences, de Mia Couto, éd Métailié. 2011.Traduction d’Elisabeth Monteiro Rodriguez. Cet auteur blanc du Mozambique est aussi poète.
– Polar : Le bourreau de Gaudi  d’Aro Sainz de la Maza, 2026, Actes Sud, traduit par Serge Mestre. Adapté par Netflix : Cité des ombres. 3 autres existent avec le même personnage : Milo Malart.
Peu de textes français :
Les saules, premier roman, un policier, de Mathilde Beaussault , collection Points poche : dans une Bretagne rurale, l’assassinat d’une jeune un peu libre. Deux sociétés  face à face : agriculteurs, traditionnels et le pharmacien, bourgeois plus moderne.
– L’oreille absolue d’Agnès Desarthe, L’Olivier 2026 : un livre choral, dans un village, l’harmonie municipale, le conseil municipal, plein de vies dont on ne connaît pas tout. Pointilliste.
– Les orphelins  d’Eric Vuillard, Actes Sud, 2026 La vie de Billy The Kid, voleur par nécessité. Comme dans tous les livres de Vuillard, récits historiques, on apprend beaucoup de choses.
Non-fiction :
– Journal 1941-1943 d’Etty Hillesum, en Points poche.
Une jeune femme juive néerlandaise qui est allée volontairement au camp de Westerborch, un parcours spirituel.
en ce moment adapté en série sur Arte : pas une restitution historique, actualisé. Judith qui aime ce texte depuis longtemps apprécie la série, Alain, lui, a du mal.
– Bâiller devant Dieu , carnets, journaux de Inarki Uriarta, Séguier éditions, traduction de Carlos Pardo, préface de Frédéric Schiffter. Né en 1946, vit à Bilbao. Journaliste, critique littéraire basque.
– Indignité de Léa Ypi, éd. Calmann-Lévy, 2026 . Lea Ypi, Albanaise, née en 1979, professeur de théorie politique à Londres, actuellement au Collège de France. Son livre : du siècle dernier à maintenant, le socialisme moral. L’histoire de sa famille, de sa grand-mère, de l’empire ottoman à la période stalinienne en passant par l’occupation italienne.

Prochain Un vin, des livres, jeudi 25 juin, à l’Art Hotel.

Polar à la plage 2026

beaucoup de bons moments :
la venue de Jeanne Guyon, des éditions Rivages noir
avec Danielle Thiéry ici, interviewées par Olivier, à la Galerne
en présence de Philippe Huet.

Le documentaire de Matthieu Serveau sur James Crumley
L’esprit de la route, au Studio.


La conférence, drôle et érudite,
sur l’histoire de la police scientifique
de Stanislas Petrosky à la médiathèque Niemeyer.
Et celles sous la tente, de nos camarades, sur Georges Arnaud et Jean-François Vilar,
et de Jérémy Bouquin, sur Hervé Prudon
(la biographie, fruit de 7 ans de travail, sort bientôt, chez Gaussen), de grands oubliés.
Et des tables rondes, une sur le polar jeunesse, une autre animée par Patrick Grée : De la police à l’écriture, avec l’ex-commissaire principale Danielle Thiéry

De grands invités :

Valerio Varesi, Didier Daeninckx,
l’un chez Agullo et l’autre chezGallimard
Mais aussi Nadine Monfils, et beaucoup d’autres…
(Valerio Varesi avec la présidente des Ancres Noires, Odile Marteau-Guernion)

 

 

et, évidemment,
la lauréate du Prix Ancres Noires 2026 :
Michaeëla Watteaux,
scénariste et réalisatrice,
pour son roman policier historique.

Didier Daeninckx – Polar à la Plage

Le Pierre Schoendorffer
La Pièce Unique n° 252 a finalement été offerte
Pendant le Polar à la Plage de juin 2026
à Didier Daeninckx
qui n’avait rien demandé…
Pourquoi à lui ?
Parce qu’il était là,
parce que j’étais là
en tant qu’Ancre Noire historique,
présente déjà lors de ses venues précédentes.
Parce qu’il travaille sur l’Histoire
à travers des histoires d’anonymes

Parce que le Schoendorffer disait le fin de l’Empire
disait l’Histoire française
de la France se cramponnant à une de ses colonies
de la même façon,

avec les destins anonymes
de ces soldats-là
à ce moment-là de la guerre d’Indochine.

 

Un Vin, Des Livres- mai 2026 -1)

– Humour avec Court-circuit de Wolf Haas, paru en 2025 à Munich et chez Flammarion en 2026, traduit par Rose Labourie.
Haas est un auteur autrichien, entre autres de polars. Ce livre n’en est pas un.
Il est constitué de deux grands chapitres : Off et On.
Le personnage principal s’appelle Franz Escher
– et son patronyme a de l’importance -.
Il est amateur de puzzles, de livres sur la mafia.
Sa vie, après un problème domestique d’électricité, se mêle avec une de ses lectures et le passage de l’un à l’autre se fait de plus en plus rapidement.
Aucun risque de vous perdre et sourire assuré.

– Premier roman : L’oeil de l’espadon d’Arthur Brügger, éd. Zoé, 2015
a reçu le prix Bibliomedia 2016, prix de Suisse romande existant depuis 1979.
Le narrateur, Charlie, 24 ans, est apprenti-poissonnier au Grand Magasin. Il parle de son travail, de ses collègues, de celle dont il est amoureux, de comment fonctionne la grande distribution : par exemple ce qui est considéré comme du « vol », ce qu’on présente comme des « cadeaux » aux employés.
– Reportage ou essai :
Envoyé spécial dans la cage aux fauves, d’Armand Gatti, éd Marchialy 2021.
Ce texte est paru en 1954 sous forme d’articles dans Le Parisien Libéré puis au Seuil et a valu le prix Albert Londres à Gatti ( 1924-2017) qui n’était alors pas encore un homme de théâtre.
Une histoire des fauves dans le cirque, de Rome aux années 50. Des noms et vies d’animaux, de dresseurs ou dompteurs restés dans l’histoire. Des pratiques, plus ou moins cruelles, pour obtenir ce qu’on veut des fauves.

Bientôt, les autres livres vus en mai.
Le prochain un Vin des Livres est prévu le jeudi 25 juin, 18h à l’Art Hôtel

Avant, venez  au Polar à la plage !
les 13 et 14 juin :
Valerio Varesi, Didier Daeninckx, Hugues Pagan (euh ben non, pas lui), Danielle Thiéry, Nadine Monfils  et bien d’autres auteurs et autrices vous accueilleront à la plage du Havre.

Un Pierre Cendors : P U N° 256

Mon deuxième Pierre Cendors.
Le premier était Silens Moon, paru au Tripode en 2019. Cette  Pièce Unique est antérieure,
parue une première fois chez Finitude en 2010
et reparue chez Quidam en 2025 : Engeland.
Ce que je ne retrouve pas : la folie de création, incroyable, magnifique, de mots.
Ce que je retrouve : la période historique : années 30, les références artistiques, les personnages / masques.
Rien n’est simple chez Cendors et c’est bien !

Quelques « Poèmes Express » venus de / dans Engeland :
– Un homme en uniforme, et cesse l’enfance. Elle rebondit contre la façade.
– Les soldats brisaient des femmes.
– A l’intérieur de sa jeunesse mordante, ce courant de langage neuf.
– Geste de la main, rire aux lèvres fardées, un rôle.
– Elle manque souvent, quitte la conversation, n’a pas de projet.
– Réalise que vivre en exil est une tension.
– L’industrie se reconvertit dans l’armement, la réalité rouge.
– L’histoire en un mot : crainte.
– Je ne quitte jamais le mot que j’ai mis des années à trouver.
– Dans des hlm monolithiques, personne n’a de visage.

Cette Pièce Unique est offerte à Eric Pessan,
auteur de la même génération que Pierre Cendors,
qui travaille lui aussi les mots comme matière, les mots des autres.
On ne verra pas les fleurs le long de la route,
aux éditions Aux forges de Vulcain,
est son dernier texte paru.
L’effondrement et les livres.
Une dystopie – enfin…pas sûr…-
En cut-up. 1033 phrases empruntées.

 

Un Alice Munro : P U N° 254

Les deux nouvelles « De Sacrées raclées » et « Un demi-pamplemousse », ont paru dans la presse en 1977 et 1978, avant d’être reprises dans un recueil publié sous le titre : Who do you think you are? (Pour qui te prends-tu ?).
Elles mettent en scène, rudement,  Rose, ado, son père et sa belle-mère Flo, à Hanratty, petite ville d’Ontario. Dans la deuxième, s’ajoutent des élèves que côtoie Rose.
Les rapports entre les personnages tiennent plus de l’affrontement que de l’affection.
Et l’aspect social, le fait qu’on vous juge à travers lui, est omniprésent. La volonté de Rose de sortir de son milieu est en conflit avec la jalousie de Flo.
Quelques « Poèmes Express » venus de ces nouvelles :
– Elle prétend et il est lent à saisir le rôle qu’il doit jouer.
– Le regard sait : vient un moment où l’on ne peut plus reculer.
– On prenait pas de précautions. On faisait des expériences.
– Elle croyait au premier matin, au temps qui sépare.
– Elle se voyait en personne réparée.
Cette courte Pièce Unique est offerte à Christine Labourdette qui a si bien lu, le 2 mai, la nouvelle d’Alice Munro, Un peu beaucoup, pas du tout, traduite par Agnès Desarthe, au lieu en devenir qu’est le « théâtre des champs » à Gonneville-la-Mallet.

Un vin, des livres – avril 2026 – 3)

Vous aviez parlé d’essais aussi
politiques :
– d’Umberto Eco : Reconnaître le fascisme, Grasset collection la petite Vermillon, 1995 : le discours qu’il a fait à Columbia University, le fascisme en 14 points.
– de Johann Chapoutot : Les irresponsables, ce qui a porté Hitler au pouvoir. Gallimard, 2025. Analogie faite entre les années 1930 et aujourd’hui.
– du sociologue Bertrand Badie, L’art de la paix éd.Flammarion et Par delà la puissance et la guerre, 2026, éd Odile Jacob.
– de Nicholas Carr : Communiquer à tous prix, éditions L’échappée. Une histoire très critique des réseaux sociaux.
– Un des Tracts de Gallimard (n°75), sur Alexandre Grothendieck et une ordonnance de 1945 qu’on utilisera contre lui dans un procès quand il hébergera en 1978 un Japonais. Plaidoirie sur le délit d’hospitalité. Préfaces de Giorgio Agamben et Hervé Le Tellier.
– de Cyrille Bret et Florent Parmentier : La géopolitique de l’Eurovision, éd. Bréal, 2026.
essais ou plutôt romans historiques :
– La redoutable veuve Mozart d’Isabelle Duquesnoy, La Martinière, 2019, puis en Points : sur Constance, d’après des écrits, les lettres.
– de Christine Orban : Soumise, Albin Michel puis en Livre de Poche :
sur la soeur (1625-1661) de Blaise Pascal, écrivaine, devenue hyper-croyante, entrée à Port-Royal.
une BD, de David Rees, traduite par Claro, Denoël, 2003 : Putain, c’est la guerre ! Des strips parus sur le web après le 11 septembre.
romans étrangers :
de Ferenc Karinthy : Epepe, paru en 1970, republié chez Zulma : Un linguiste arrive dans une société dont il ne comprend pas la langue et ce n’est pas normal.
– de Feurat Alani, reporter français d’origine irakienne, Le ciel est immense, chez J.C.Lattès, 2025. Son deuxième livre, le retour en Irak pour essayer d’éclairer l’histoire d’un oncle. Il a reçu de nombreux prix pour ce texte et pour le premier.
Enfin une poétesse américaine : Sylvia Plath (1932-1963)… à laquelle M-A est arrivée par Lydie Salvayre : 7 femmes, éditions Perrin, 2013. On peut trouver d’elle, dans la collection l’Imaginaire de Gallimard, La cloche de détresse.

Prochain Un Vin Des Livres, jeudi 28 mai, à partir de 18h

Un Oscar Peer : P U N° 253

Coupe sombre,
paru en 1978 en romanche, et en français en 1999 chez Zoé
est la Pièce Unique N° 253.
Oscar Peer (1928-2013) a été instituteur, a vu son premier texte publié en 1952 (La vieille maison), a reçu en 1977 le prix Schiller, le plus ancien prix littéraire suisse.
Coupe sombre est l’histoire d’un homme face à la nature, homme condamné, à la suite d’un accident de chasse, par la majorité des habitants de son village.
Littérature qu’on pourrait ranger dans la case « nature writing », case qui n’existait pas au moment de son écriture. De beaux moments : p 87 :  » Pendant ce temps, il neige. Il reste là, appuyé à un arbre, les sens pris à ce murmure blanc qui apaise et angoisse en même temps. »

Quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Dernier wagon, un chien entend des voix qu’il détache de l’odeur.
– Les femmes disparaissaient lorsque sortaient les grandes gueules.
– Cheveux gris, taches brunes mais habité.
– Devant l’oculaire des jumelles : l’endroit et les chevreuils.
– Toucher son enfant, le manger chaque nuit.
– Il faudrait faire la différence entre poule et pipe.
– Pendant que l’un d’entre eux bat les visages, lui les regarde.
– Elle a le sentiment que gronde son sang, que craque l’essentiel.
_ Un homme et Dieu se taisent. On entend la tension.
– Il ronge sa joie, se fraye un chemin hors du dedans.

Ce livre des éditions suisses Zoé est envoyé… aux éditions Zoé dont j’aime toujours le papier crémeux des grands formats, souvent leurs couvertures et, évidemment, indépendamment de l’ aspect des livres, les auteur.es, les actuel.les (Elisa Shua Dusapin, Anne-Sophie Subilia, Arthur Brügger…) comme les plus anicen.nes (Robert Walser, C. F. Ramuz…)