« Bout portant » et des lecteurs – suite

Mis en avant

Jeunes, moins jeunes,
femmes ou hommes,
amateurs ou professionnels
du polar ou de la retraite,
impactés donc
– ou pas –
par le problème,
ils en disent ceci :

A. D . : « J’ai lu Bout Portant : totalement amoral et réjouissant »
L. B : « ça claque. C’est drôle mais pas que »
C. P : « vu mon métier, je ne pouvais pas passer à côté, je l’ai lu d’une traite. »

Ils ne le savent pas mais…

Bout portant
a d’autres solutions pour vous que :

« Investissement EHPAD
Votre argent mérite le meilleur
Bénéficiez d’un rendement compris entre 3,5% et 5,8% »
(reçu dans notre boîte mails)

Un Duong Thu Huong : P U N° 149 :

Au zénith de Duong Thu Huong, éditions Sabine Wespieser, 2009, traduit par Phuong Dang Tran, est la Pièce Unique N° 149.
L’auteure vietnamienne, née en 1947, a, dès 1980, dénoncé la censure, milité pour les droits de l’homme. Elle a été emprisonnée plus de six mois sans procès en 1991, puis a vécu en résidence surveillée à Hanoï jusqu’à son arrivée en France en 2006.
Au zénith, fondé sur des faits réels, montre un président âgé, retenu loin de la capitale. Un Ho-Chi-Minh ( 1890-1969 ) –  jamais nommé – qui regrette une jeune femme qu’il n’a pas eu le droit d’épouser afin de préserver l’image d’un dirigeant entièrement dévoué à son peuple. Le livre juge durement « ceux qui, hier encore, mendiaient au coin des rues en comptant chaque sou et qui, aujourd’hui, s’installent dans des fauteuils de ministre des finances, légitimés par la Révolution » ( p. 649 du livre de poche ), ceux qui ont, peut-être, été authentiques mais ne le sont plus.
« Le vieux lion était mort. Mais sa présence était indispensable à la préservation de leurs privilèges et de leur gloire » ( p. 695 ). Privilèges bien réels alors que la population meurt de faim. Privilèges que la guerre contre les Américains leur permet de conserver.

Quelques Poèmes Express issus de Au zénith :
– En train de muer, il voit sa colère marcher sur un champ de mines.
– Chambre close, jardin de suie, sanglots.
– Nourrir un fauve de trois boeufs. Le chronométrer.
– Je n’ai pas envie d’avoir des cheveux blancs. Je n’ai pas envie de sucer mes mains.
– Bande de méninges allumeuses de fesses.
– Une armée dans une fête foraine. Deux jours de préparation et un jour pour ranger.
– La nuit se tait. Le noir s’étale. Le cerveau se vide.

La Pièce Unique N° 149 est offerte à M. qui, depuis toute petite, est collectionneuse de mots .

Chat Bleu : mai 2022 – 3)

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Last but not least,
encore quelques romans étrangers :
Le dévoué de Viet Thanh Nguyen, traduit par Clément Baude, éditions Belfond 2022 : la suite du Sympathisant, prix Pulitzer. De mère vietnamienne, et de père français, échappé d’un camp de rééducation, le personnage arrive à Paris en 1981. L’auteur né au Vietnam en 1971, parti vivre aux USA,  pose la question de l’identité, traite de la colonisation.
Le dernier mouvement de Robert Seethaler, traduction d’ Elisabeth Landes, éditions Sabine Wespieser, 2022 : Gustav Mahler, sur le pont d’un paquebot, rentre pour la dernière fois de New York où il a été chef du Metropolitan. Il est fiévreux, se souvient de toute sa carrière. On l’accompagne dans ses souvenirs, dans son attachement à la nature et bien sûr à la musique.
– On est revenus sur Un livre de martyrs américains, de Joyce Carol Oates, traduit par Claude Seban, livre d’autant plus important que les Américaines sont menacées de perdre ce droit des femmes à disposer de leur corps.

Des textes français :
– Arène de Negar Djavani, éditions Liana Levi, 2020 : Paris, quartiers Est, des mondes se côtoient. Un téléphone disparaît, un autre révèle des images. Et ils ont un impact sur des vies.
Changer : méthode d’Edouard Louis, éditions du Seuil, 2021 : toujours la même histoire, mais autrement. Et la rencontre avec Didier Eribon.
L’amour est très surestimé de Brigitte Giraud, 2007, éditions Stock : onze moments qui disent la fin d’un amour.
Plus patrimoniaux :
Le pressentiment d’Emmanuel Bove (1898-1945) : paru en 1935, réédité en 2009, collection Points. Un avocat quitte sa vie de bourgeois et personne ne le comprend, ni ceux de son milieu, ni les autres.
– Les mains du miracle de Joseph Kessel (1898-1979) : paru en 1960, réédité deux fois chez Folio  : l’histoire de Félix Kersten, le masseur qui soulageait les douleurs de Himmler.
Ceux de 14 de Maurice Genevoix ( 1890-1980) : quatre textes rassemblés, éditions Flammarion 2013.

Le prochain Chat Bleu : le 9 juin

Chat Bleu : mai 2022 – 2)

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Beaucoup de livres présentés, étrangers et français, et même cette fois, jeunesse, du fait de la présence de Delphine Thibon et de sa petite fille.
– Delphine, artiste, en reconversion  Année spéciale Métiers du Livre, est à l’origine des 4 émissions ça bouquine : interviews et table ronde autour du livre et de ses professions au Havre. Elle avait invité Rue du Départ à participer -.
La petite a choisi d’apporter deux albums :
– Le rideau de mrs Lugton de Virginia Woolf, écrit en 1924, édition bilingue Seghers jeunesse, 2018. Traduction de Magali Attiogbe. Une couturière s’endort sur son rideau. Onirique.
– Gruffalo de Julia Donaldson, illustrations d’Axel Scheffler, Gallimard jeunesse. C’est écrit en vers et l’enfant les retient.

Autres livres étrangers  évoqués :
– Le rouge vif de la rhubarbe  d’Audur Ava Olafsdottir, traduit par Catherine Eyjolfsson, 2016, éditions Zulma, ( Zulma qui vient d’ouvrir une librairie, d’abord éphémère, maintenant pérenne, à Veules-les Roses). La vie quotidienne d’une fille de 14 ans dans un petit port islandais.
– Fair play de Tove Jansson, traduction d’Agneta Segol, 2019, La Peuplade. Le dernier livre de cette auteure de Finlande, suédophone.
– Danse parmi les tombes de Mika Waltari (1945), traduit du finnois en 1994 par Jean-Luc Moreau, éditions Phébus. Alexandre Ier envahit la Finlande en 1809. Auparavant, le pays faisait partie du royaume de Suède.
L’homme de Kiev de Bernard Malamud, Prix Pulitzer 1967, traduit par Georges et Solange Lalène, ed Rivages poche. 1911 : un homme juif, autodidacte, dont le père est mort au cours d’un pogrom, que sa femme a abandonné, part de son schtetl, trouve un travail dans une briqueterie comme surveillant. Un enfant meurt. On l’accuse. Et c’est la justice à la Kafka. Un livre sur l’antisémitisme. L’histoire de Mendel Beiliss, fut une autre affaire Dreyfus, suivie par les intellectuels européens. « un très beau livre »
– Ce n’était que la peste de Ludmilla Oulitskaïa, Gallimard, traduit par Sophie Benech. Ecrit en 1988, publié en France en 2021, en parallèle avec la crise du covid. Oulitskaïa est aussi biologiste. Elle a fait le choix de quitter la Russie début mai.
– Le grand tour – autoportrait de l’Europe, ouvrage collectif sous la direction d’Olivier Guez, éditions Grasset, 2022. 27 auteurs représentant les 27 membres de l’U.E. Sofia Oksanen écrit sur le bateau qui relie Talinn à Helsinki.
Vous aurez peut-être remarqué que nous avons parlé de lieux actuellement martyrisés ou  proches de la guerre. Léa T, Finlandaise venue vivre en France, se souvient de ses livres d’histoire, des 20 ans avec le même président, Urho Kekkonen, pro-russe ( son rôle était de garantir la neutralité de la Finlande et le respect du traité d’amitié, de collaboration et d’assistance mutuelle signé en 1948 entre la Finlande et l’URSS ; la ligne Paasikivi-Kekkonen ), de l’indépendance gagnée mais de la guerre perdue, de la dette à payer.
A creuser pour nous, Français, si « à la ramasse » sur l’histoire des autres pays.

Un 3ème papier sera nécessaire pour parler de tous les livres présentés en mai.
Mais le prochain Chat Bleu est prévu le 9 juin.

« Bout portant » et des lecteurs

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M-C. J : «  La couverture est superbe ! »
(ça n’est peut-être rien pour vous, mais pour nous, c’est beaucoup. Que ces livres soient beaux est, depuis le début, un de nos buts)
M.S : « J’ai déjeuné avec : il est de bonne compagnie »
(
c’est sûr, avec Bout portant, on veut vous faire rire… de choses sérieuses…)
L. B : «  Chaque personnage a du caractère. Un peu excessif… et on en rit  »
( oui, Louis, Nicole et Joséphine ont du mordant, et ça réconforte dans ce monde de brutes)

« 

Un Loys Masson : P U N° 148

Le notaire des noirs, éditions Robert Laffont (1961) est de Loys Masson ( 1915-1969 ), de l’île Maurice, alors colonie britannique, arrivé en France en 1939.

L’action se passe à Maurice, dans la bourgeoisie blanche. Racontée bien plus tard, à la première personne, par un homme maintenant seul, âgé. Il revient sur son affection pour un enfant, mort d’avoir attendu vainement son père. Un père idolâtré, qu’il croyait révolutionnaire, combattant auprès des noirs, mais qui n’est qu’un ivrogne endetté, éloigné pour préserver l’image de la « famille ».
Arrive un cyclone. La vie des noirs empire ; ils se révoltent et effraient les blancs qui, habituellement, les méprisent.
Les relations humaines sont surtout négatives : jalousie, tromperie, intérêt, rancoeur.

Voilà quelques « Poèmes Express », issus du Notaire des noirs :
Il hait son miroir qui garde les yeux.
– La nuit en velours et gravité est là.
– Revenus de l’émoi furtif, on se hâtait vers le silence.
– Les dames avaient prié dans la société d’un très joli gris.
– Je me fous d’un monarque aussi porc.
– Chemisier chaud, seins larges, tu vas me montrer le désir.
– Le dimanche réalisait le ridicule de sa situation : l’intimité, sa comédie.

Le notaire des noirs, augmenté de « Poèmes Express » et d' »actualités qui ricochent », a été offert à Audomauro Hidalgo, poète mexicain arrivé en France il y a cinq ans, pour le master de création littéraire. Ses textes sont parus aux éditions Phloèmes, aussi présentes à Epoque.

Chat Bleu : mai 2022- 1)

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Soutenus par un vin rouge du Val de Loire, un Gamay ou un rosé Côte de Gascogne,
nous avons parlé de livres étrangers :

L’effondrement d’Hans Erich Nossack (1901-1977) aux éditions genevoises Héros-Limite, 2021. Traduit de l’allemand par J.P. Boyer et Silka Hass. Ce texte, paru pour la première fois en France en 1949, dans la revue des Temps modernes, fait partie de la « littérature des ruines ». Ecrit à chaud, après le bombardement de sa ville, Hambourg. Un des rares livres à documenter cela. Nossack était un homme de gauche et il évacue le problème de vaincus victimes / vainqueurs haïssables. Il rend compte de ce qu’il voit, ressent, comprend de la situation et des réactions des sinistrés.
P. 25 : « Un temps sans masques commença ; les déguisements habituels tombèrent d’eux-mêmes », P. 33 :  » L’abime était tout près de nous, oui, peut-être au-dessous de nous, et nous ne planions au-dessus que par quelque grâce.  » (…)  » C’était davantage un accroupissement anormal. » . Une forme de torpeur et des gestes surréalistes comme cette femme faisant ses carreaux dans un paysage en ruine ou ces gens assis à leur balcon. Une lecture parallèle à ce qui se passe aux portes de l’Europe.

La mort et la belle vie de Richard Hugo, en 10-18. Paru aux USA en 1991, traduit par Michel Lederer : le seul roman de cet auteur de poésie, mort en 1982. Un roman policier en deux parties, un peu-beaucoup déjanté dans l’une d’elles, qui se passe au Montana avec un enquêteur qu’on aurait aimé retrouver dans d’autres aventures, un Kurt Wallander américain.
P. 16-17 : « Si vous tenez à ce que ce soit un bon policier, ou du moins un policier expérimenté qui s’occupe de l’affaire, vous avez de la chance que je me trouve là. » (…) Par contre, si vous souhaitez un vrai flic, un dur, vous avez frappé à la mauvaise porte. (…) Le fait que j’aie étudié trois ans à l’Université de l’Etat de Washington pour obtenir un diplôme de création littéraire n’arrangeait rien »…

Ce lien entre nous de David Joy, paru aux USA en 2018, en France chez Sonatine en 2020, et maintenant en 10-18. Traduit par Fabrice Pointeau.
François Busnel dit de David Joy : « Jeune prodige et futur classique ».
Gallmeister aurait pu le prendre dans son catalogue.
Bref, c’est bien.
On est en Caroline du Nord dans un hameau. Les personnages sont des petits Blancs touchés par le système économique. P 60 : « un jour il avait eu une attaque. Et quelques jours plus tard, il en avait eu une autre. Elles étaient arrivées de nulle part et lui avaient pris tout ce qu’il avait ».
Le point de départ est un accident, une erreur. Suit une vengeance. Mais rien de manichéen dans les personnages ; le méchant n’est pas d’un seul tenant. La religiosité est là et on pense à Flannery O’Connor.

Un Olga Ravn : P U N° 147

Les employés est le premier livre traduit en français de cette auteure danoise. Il a d’abord été publié au Québec, aux éditions La Peuplade.
Olga Ravn était invitée aux Boréales de Normandie en 2020.

Certains disent que c’est « un ovni de la S F », d’autres qu’il s’agit d' »un poème philosophique ». En fait, c’est les deux.
On est dans le 6000ème vaisseau, avec des hommes, des « ressemblants » et des « objets ». On apprend tout grâce à des « dépositions ». Tout, mais sans forcément tout comprendre immédiatement, parce que les données sont partielles, subjectives. Une sorte de puzzle donc mais sans qu’il soit besoin de patience. On se laisse imbiber, on s’immerge doucement dans le texte.

Quelques « Poèmes Express » qui en sont issus :
C’est ça un sentiment ? Est-ce normal ? Est-ce liquide ?
– Un squelette vérifie le futur, le déroulement du programme.
– Tous s
e plient au problème, et le problème est un abîme.
– Dix chaises vides disposées en cercle. Une sorte de mort.
– De l’eczéma au ciel. Il se passe quelque chose.
– Les bretelles de la robe sont fines. Elle a eu trois enfants.

Cette Pièce Unique N° 147 est envoyée à Christine Lapostolle, enseignante en école d’art et écrivaine. Son dernier ouvrage, Temps permettant, est paru aux éditions MF.

article dans Ouest-France

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Ouest-France

Pascal Millet publie une comédie noire pour adultes

L’auteur Pascal Millet est déjà connu pour ses nouvelles, romans noirs et livres pour enfants. Aujourd’hui, il publie dans un autre genre, une comédie noire intitulée Bout Portant, illustrée par Eric Enjalbert.  Un texte humoristique qui traite de sujets sérieux comme la vieillesse et la littérature. 

L’histoire se passe en huis clos dans l’habitacle d’une vieille Volvo. Trois petits vieux ont créé une fausse maison d’édition afin de recevoir gratuitement des manuscrits. Ils sont alors menacés par une jeune femme qui cherche son frère et surtout le manuscrit de ce dernier qui a été publié, après corrections, par ces trois vieillards.  Pour le paysage, je me suis inspiré de Trégastel, de l’île Renote , ​ajoute l’auteur.

Dans son ouvrage, Pascal Millet nous parle d’Ehpad et de littérature avec le cheminement d’un manuscrit, le travail de l’édition et la commercialisation.  On va retrouver des références littéraires, des critiques sur le monde littéraire et audiovisuel et on va comprendre le refus de finir sa vie dans un mouroir​, souligne-t-il.

Bout Portant, de Pascal Millet, éditions Rue du départ, 10 €. À commander en librairie.