Chat Bleu juin 2018 : 1)

Le prochain Chat Bleu sera le jeudi 5 juillet, 18 h… On essaiera de commencer à l’heure… puisque N’senga accueillera un concert à 20 H 30.

En juin, nous nous sommes retrouvés autour d’un vin rouge de Val de Loire « Le p’tit Lolo » d’un récoltant indépendant et d’un beaujolais blanc, Château de Belleverne, Le Clos.

Nous avons évoqué trois livres des excellentes éditions Gallmeister, dans leur collection de poche Totem, trois livres sur l’Amérique donc, trois livres de guerre puisque les Américains savent faire, eux. Non pas la guerre mais des livres et des films dessus ( c’est vrai, nous nous y mettons avec des écrivaines… Alice Zeniter : L’art de perdre, Brigitte Giraud : Un loup pour l’homme).
– Les choses qu’ils emportaient de Tim O’Brien sur la guerre du Vietnam. Des récits de celui qui est revenu au pays mais qui se souvient de tout.
– La quête de Wynne d’ Aaron Gwyn : un mixte de roman noir, de guerre, d’aventure et de western. On y trouve au moins deux caractères intéressants ou attachants : Wynne, une sorte de Kurtz (Au coeur des ténèbres de Conrad) et le personnage principal, cavalier et humain fabuleux.
– Fin de mission de Phil Klay, né en 1983, des nouvelles / récits sur la guerre en Irak : l’aumônier, le marine qui rentre, le bureaucrate, le propagandiste, leur colère.

Sur Ouest Track, radio du Havre, sur 95.9 FM, dans Viva culture, le dimanche 22 juillet à 11 h ou en téléchargement, vous pourrez en entendre un peu plus sur les éditions Gallmeister. Invitée pour quatre interventions pendant les vacances, je parlerai aussi du Polar à la plage, des Boréales de Normandie et de Rue du Départ…

 

A très vite pour les autres livres dont nous avons parlé le 14 juin.

 

Svevo : à Lurlure éditions

La P. U. n° 61 (3 livres en 1) est née d’un recueil de trois nouvelles d’Italo Svevo ( 1861- 1928) chez Folio.

La première, L’assassinat de la Via Belpoggio a été publiée pour la première fois en épisodes en 1890 alors que Umbertino et Un contrat sont parues après 1924, après La conscience de Zeno et la tardive reconnaissance de Svevo, grâce à James Joyce. Ces deux nouvelles remettent en scène Zéno, « son double moqueur » et le présentent dans ses petites trahisons, ses insuffisances, à l’intérieur de sa famille et dans l’entreprise. De l’auto-fiction avant la création du mot, semble-t’il.

Voici quelques « poèmes express » :
– Quand le coeur saigne, Freud y trempe sa plume.
– Sur un banc, sous un immense marronnier, des vêtements de fête faisaient gai.
– Tuer un corps en un moment. Percevoir là le corps mort.
– Une vendeuse gantée s’empara avec prudence de la question.
– A la maison, l’enfant est dans les bras de la fée qui rend les enfants adultes.
– Comme nombre d’hommes, il perdait son intérêt, finalement.

Les informations mises en parallèle sont principalement les élections italiennes, la Ligue, le M5S, l’arrivée de Giuseppe Conte, les migrants…

Cette P.U. n° 61 est offerte à :
Emmanuel Caroux,
créateur des éditions Lurlure ,
rencontré cette année, au salon de Caen, Epoque. Ces éditions sont nées en 2015 et présentent des textes d’art, littérature ou théorie d’auteurs contemporains (comme Yannick Torlini, le poète picard Ivar Ch’vavar), ou pas (comme Jean Le Houx (XVI è siècle), Alfred Delvau (XIXè siècle) Les dessous de Paris).
Un catalogue étonnant et exigeant.

La Part Commune : P U n° 60

La Part Commune est une maison d’édition rennaise, créée en 1998. Si elle travaille avec des auteurs contemporains, elle croit aussi à l' »éternité d’un texte » et réédite des écrits du passé.
Arrivés à cette maison d’édition par un joli petit livre : Voyages et aventures du baron de Wogan en Californie, du même Emile de Wogan (1817-1891), publié deux fois au XIXè siècle puis oublié. Un de ses récits d’aventures vécues (ou non) : un peu de ruée vers l’or, une rencontre avec des Indiens qu’il aide mais qui le font prisonnier, le sauvetage par l’étrange Lennox. Ambiance de western et étonnante présence d’ Européens, nobles émigrés.

Quelques « poèmes express » nés de là :
– Mon fusil après avoir tué était devenu plus léger.
– Condamné à sagesse, le premier Américain. Cependant.
– Assister un homme ou le descendre.
– Des cris paraissent ficelés dans des écorces de voix.
– S’embourber en 3/4 d’heure, le temps d’ajouter un cerf au fond des marais.
– Bord gazonné, ruisseau, cèdre et 
chêne.

On renvoie la P U n° 60, 3 livres en 1, à son éditeur, juste pour le remercier de ne pas laisser les textes à l’oubli.

Chat Bleu de mai

On est en juin. Le prochain Chat Bleu est ce jeudi 14 juin et je ne vous rends compte que maintenant de ce que nous avons évoqué le mois dernier… Shame on me…

N’senga avait sélectionné deux vins méditerranéens :
en rouge, un vin de Toscane, plutôt rond en bouche, frais : Involtini
en blanc, un vin portugais méconnu, Insolito, un vin de région fleuri mais sec.

Nous avons d’abord parlé de l’exposition : Du rouge garance au bleu horizon qui a lieu jusqu’au 29 juillet à la manufacture Bohin, manufacture d’épingles et aiguilles qui produit toujours ( 1 Le Bourg, 61300 St Sulpice sur Risle ). 16 artistes du textile dont Claire Daniel ont travaillé autour de la guerre de 14. A voir !

Les livres :
– Hiver à Sokcho, premier roman d’Elisa Shua Dusapin, éditions Zoé, 2016, pour lequel cette jeune Franco-Coréenne  diplômée de l’Institut littéraire suisse de Bienne a reçu le prix Robert Walser. On est en Corée du Sud dans un village de pêcheurs, tout près de la Corée du Nord. Ambiance froide : relation sexuelle sans affect, affect sans relation sexuelle, chirurgie esthétique, poulpe et fugu…
– L’homme qui marchait sur la lune d’Howard McCord, ed. Gallmeister 2008, collection de poche Totem. C’est le seul roman de ce vétéran de la guerre de Corée, reconnu pour ses recueils de poésies et de récits. La lune est le nom d’une montagne que gravit régulièrement le personnage narrateur. Le livre, court, étonne par son appartenance à plusieurs genres : nature writing d’abord, puis polar en passant par fantastique. Une belle écriture.
Hors de moi de Claire Marin, éditions Allia, 2008 réédité en 2018. Une  superbe langue. Claire Marin est normalienne, philosophe. Elle parle ici, entre essai poétique et auto-fiction, de la maladie, du corps, des soignants.

Par ailleurs, voilà plein d’autres livres :
( malgré l’information donnée par B : Le temps moyen de lecture d’un Français par jour est de 2′ 50 »… )
– Japon : d’Aki Shimazaki, chez Babel, Au coeur du Yamato. Chacun de ces 5 petits livres est un point de vue différent sur la société japonaise, d’une auteure depuis longtemps immigrée au Québec. Des hommes sans femmes, nouvelles d’Haruki Murakami : petites tranches de vie.
– U S A : de Philip Roth – qui vient de mourir –  La tache, qui aborde les problématiques (américaines mais pas seulement) du racisme,  de la bien-pensance. Superbe aussi : Opération Shylock (1993). Un homme, sur la maladie, d’un point de vue très masculin. Tous chez Folio. Certaines ont découvert lors d’une séance précédente Joyce Carol Oates, ont dévoré Les chutes et présenté Sacrifice (Points), sur la manipulation de la misère sociale, intellectuelle.
– Europe : Nos souvenirs sont des fragments de rêve de Kjell Westö, Finlandais suédophone, aux éditions Autrement. Peut-on cohabiter avec tout le monde ?
– France : Franck Bouysse (que le Polar à la plage, 16 et 17 juin 2018, reçoit) Glaise (Livre de poche): une très belle écriture, sensible, charnelle. On peut rapprocher son univers de celui de Marie-Hélène Lafon. 
La nuit des Béguines d’Alice Kiner, éd. Liana Lévi, au concours Galerne. Qui a tué mon père d’Ed. Louis, Le Seuil, très joli livre concis. Réhabilitation du père et réquisitoire politique.
De Frédéric Lenoir : Le miracle Spinoza, ed. Fayard. Vive Spinoza, ses prises de position sidérantes de modernité et d’humanité (qu’on se le dise : Philopop 2019 sera sur Spinoza !)

 

Polar à la plage 2018

Ce post est tapé en écoutant la compile des Ancres Noires 2018… et en marquant le rythme !

Nous sommes une semaine avant le festival du POLAR A LA PLAGE qui aura lieu pour la seizième fois sur la digue promenade au Havre, les 16 et 17 juin.

Dans le CD, un texte de Pascal Millet
(auteur de Suite n°11 et de Ton visage aux Editions Rue du Départ :
présents – Pascal et nous – aussi sous la tente du festival).

Dans le CD, des textes donc de Pascal Millet, Philippe Huet, Peter Guttridge, Marc Villard, Dominique Delahaye, Franck Bouysse, Michel Embarek, Benoît Severac, Jean Hugues Oppel, Tove Alsterdahl, Max Obione, quelques uns des 24 auteurs du Noir invités cette année. Ne ratez pas non plus Hervé Le Corre, Hannelore Cayre, Cay Rademacher, et tous les autres, qu’ils écrivent du thriller comme Johan Theorin ou du soft comme Michèle Lesbre. Une belle moisson pour l’été. Beaucoup de livres en poche, pratiques dans une valise ou sur la plage.

Dans le CD, les musiques, sont écrites par des groupes de rock d’ici – vous savez bien : Le Havre est un haut lieu du rock – dont Orange Yeti, The sound drivers, Dizzy Yug, Cosmic Chicken … et c’est vraiment vivant !!!

Howard Hawks : P U n° 58

Howard Hawks, aux Editions Universitaires, Classiques du Cinéma, écrit par J.C. Missiaen en 1966.
Howard Hawks (1896-1977) est un des grands Hollywoodiens qui a touché à tous les genres : films de guerre, de gangsters, comédies, westerns, policiers.

Cette étude est offerte à Y. D., une grande amatrice de cinéma et de livres, fidèle des réunions du Chat Bleu et de Philopop.

Voilà quelques uns des « poèmes express »:
Amoureuse chute de perles. Subtil balancement de main et tendre élan.
– Deux gorilles tenant des fleurs : séduction chorégraphique.
– L’U S Army ferme les portes de sa guerre et la met au service de chewing-gum.
– Les petits renards sont nettement conçus pour le drame.
– L’homme se signale par un appareillage qui préfère les blondes.
– Remarquons les pantins, tous au bord de la crise de nerfs.
– Les dents préfèrent les little girls. C’est ce qui nous vaut l’oeil glacé du cinéma.

Si ça vous dit, à jeudi 24 mai au Chat Bleu !

Caen : « Epoque »

Rue du Départ y a un stand, à côté des copains de La Renverse !
C’est en coeur de ville.
C’est les 26-27 mai.
C’est la quatrième édition.
Eric Fottorino et la revue le 1 sont là.
On y parle d’espoir et de paix.
Venez !

Borgès et Sabato : P U n° 57

Conversations à Buenos Aires entre Jorge-Luis Borgès et Ernesto Sabato, parues en 1966 en Argentine, en 2001 aux éditions du Rocher puis chez 10-18.
Les deux grands écrivains sud-américains acceptent la proposition d’un admirateur et libraire : pendant à peu près trois mois, se rencontrer certains après-midi, échanger autour de l’écriture : auteurs préférés, comment vous viennent vos sujets, la traduction etc… Borgès et Sabato ont peu en commun : l’un est un grand bourgeois, l’autre pas. Sabato est au départ un scientifique. Ils ne parleront que littérature, pas politique, ils n’auraient pas été d’accord.

Voilà quelques poèmes express issus de ces conversations :
Cette phrase a assez de force, assez de puanteur.
– Elles sont toujours dangereuses, les couleurs profondes.
– Le kangourou est un cygne noir : en Australie, il n’y a que des cygnes noirs.
– Une religieuse qui a une rage de dents nie l’existence des dents.
– Un rêve rencontre quelqu’un dans mon rêve. Dialogue.
– La folie est dans la chambre, la médiocrité dans un tiroir.
– Comme la mort se prépare, les enfants sont des accumulations de crainte.


La P U n° 57 est offerte à Daniel Damart – rencontré à l’Autre Livre – des éditions Le Réalgar, implantées à Saint-Etienne. Ingénieur, entrepreneur, galériste, éditeur, diffuseur, il est force de proposition, a plusieurs vies et n’a pas l’intention de s’arrêter là. Plusieurs collections au Réalgar : poésies, lettres ouvertes (dont celles d’Eric Bonnargent évoquée à un Chat Bleu), romans ou nouvelles (ex : de Jean-Noël Blanc, voir le dernier post).

« Traversée » de F. Tabouret

Mis en avant

Chat Bleu d’avril 1)
Il faisait beau et N’senga nous a proposé des vins du soleil :
Un rouge du Languedoc, d’un petit viticulteur : domaine d’Erian, cuvée les Bermudes aux notes de fruits noirs.
Un blanc, un Uby de même cépage que le n°4 : à doux goût d’ananas.

Pour accompagner cet ensoleillement :
Traversée de Francis Tabouret aux éditions POL, 2018. Un premier livre. Francis Tabouret était un collaborateur de la revue Tigre, aujourd’hui disparue. Son métier est de convoyer des chevaux. Ce livre parle de cela mais à travers un voyage précis, de huit jours, entre Rouen, Pointe-à-Pitre et Fort-de-France sur un porte-containers, avec chevaux certes mais aussi moutons et taureaux… Une première pour lui. Il évoque les animaux, son travail auprès d’eux et sa vie à bord : (P. 25) : »…, je suis monté aux barreaux d’une échelle au relief de rouille et de peinture, je me suis faufilé entre deux rangs de containers sur des grilles de ventilation, entre des câbles et des tuyaux. La voilà ! Petite cour de ferme. Les bêtes comme au fond d’une crevasse ou d’une faille géologique. Une pile de containers supprimée au centre du bateau fait que le préposé aux animaux, le palefrenier, le convoyeur, l’accompagnateur, le groom, le cow-boy (prenez le mot que vous voulez) dispose d’un couloir et peut accéder aux bêtes, qu’elles peuvent mettre une tête dehors. »

Etonnant, non ? Pour Francis Tabouret aussi, qui est spécialisé dans les chevaux :
(p.46) : »Il faut le temps, la répétition. Le métier est de faire de ce monde de ferraille et d’eau, de saillies et de trous, d’un peu de rouille, de dangers, de faire de ces quatre boîtes et de cette petite cour au fond des si hautes piles un monde d’humanité et d’animalité, une chaleur et un chez-soi. »
et qui se retrouve avec des animaux aux comportements inconnus : grégaire, le mouton (p.16) : « Ce ne sont pas des moutons, c’est un troupeau que vous prenez par la main. », (p.15) : « force comme en veille », les taureaux dans la boîte desquels il n’est pas question d’entrer pendant le voyage.

De beaux moments en mer, la place des hommes sur le bateau, les relations existantes ou non. L’arrivée, la séparation, les nouveaux propriétaires des chevaux qui ne semblent pas y connaître grand chose.
Un beau livre !

On parle des autres livres évoqués ce soir-là dans le post suivant…

55 : Jack London

P.U. n° 55 : L’invasion sans pareille, nouvelle de Jack London (1876-1916) parue en revue en 1910, publiée aux éditions du Sonneur en 2016, préfacée et traduite par Thierry Beauchamp.

Un récit dystopique : la Chine des années 1970-80 surpeuplée fait peur au monde et on lui envoie des avions qui déversent des tubes de verre fin qui éclataient en mille fragments dans les rues et sur les toits. (p 48)… L’Occident tue les Chinois par une vingtaine d’épidémies (p 50)…

Cela ne nous rappelle rien ? : les expériences japonaises de l’Unité 731, créée en 1932-33, activées pendant la seconde guerre mondiale ou les frappes chimiques de la Syrie en 2018…
London a – en 1910 ! – vu juste sur
– l’utilisation d’armes inhumaines – si tant est qu’il y en ait d’humaines –
et
– la démographie chinoise.

La P.U. n°55, 3 livres en 1, est offerte à Jean-François T., grand « écrivant », défenseur des mots dans un collectif de frappadingues à tendance oulipienne qui pratiquent régulièrement l’écriture par la contrainte.

Quelques exemples de Poèmes Express :
Les Chinois faisaient les Chinois, comprenaient les Chinois et l’esprit chinois.
– Grandir calmement. Et l’inquiétude cesse.
– Rien fut déjà beaucoup trop ; c’est tout.
– A peine la moitié de la vérité était possible. Et l’on n’y pouvait rien.
– Sous le regard des moustiques, de grands avions pourrissaient, empilés.