Nobel et « polardeuse »

C’est rare.
C’est plus ou moins le cas d‘ Olga Tokarczuk, auteure de Sur les ossements des morts (2010, en Pologne, 2012 aux Éditions Noir sur Blanc, et en poche en Libretto, 2014, traduit par Margot Carlier). Prix Transfuge du meilleur roman européen 2018.
Ce livre a été adapté au cinéma en 2017 et le film primé. Elle en était co-scénariste.

Olga Tokarczuk est née en 1962, a fait des études de psycho, a été psychothérapeute mais s’est consacrée dès 1997 à l’écriture.
Elle est le Prix Nobel de Littérature 2018.
Féministe, pro-européenne dans une Pologne alors gouvernée par le PIS (Droit et Justice), parti conservateur fondé en 2001 par les frères Kaczynski.

Sur les ossements des morts a pour narratrice Janina Doucheyko, une retraitée, pas très ordonnée, pas non plus folle de ménage, une originale qui traduit du William Blake (auteur qu’aime particulièrement Olga Tokarczuk) avec un ancien élève, croit fermement en l’astrologie, garde des maisons secondaires l’hiver dans le village alors presque désert où elle réside et, surtout, adore les animaux.
Un homme meurt, puis un autre, encore un autre et un dernier.
Doucheyko écrit à la police que ce sont les animaux qui ont tué pour se venger de ces hommes, tous chasseurs. On ne répond pas à ses lettres.

Quelques passages qui disent le ton du livre :
P 32 : « Matoga avait acheté sa maison une année après moi, et tout porte à croire qu’il avait décidé d’entamer une nouvelle vie, comme toute personne qui se retrouve à court d’idées et de moyens pour continuer l’ancienne. »

P 206 : pour un bal costumé, elle est en loup et son voisin, le longiligne Matoga… : « Je fus émerveillée. Il portait des souliers noirs, des bas blancs et une adorable jupette à fleurs agrémentée d’un petit tablier. Des rubans noués sous son menton mettaient en valeur le chaperon rouge qu’il avait sur la tête.
Il était de mauvaise humeur. Il s’assit à côté de moi , s’affala sur son siège et tout au long du trajet, ne dit pas un seul mot. »

Et puis quelques coups de griffe : P 197 : « Décidément, dans ce pays, les gens n’ont pas la moindre aptitude à se rassembler, à créer une union. (…) C’est un pays d’individualistes névrosés, où chacun, lorsqu’il se retrouve en groupe, se met à vouloir donner des leçons, critiquer, insulter, et montrer aux autres sa prétendue supériorité.
Je pense qu’en Tchéquie, c’est totalement différent. Là-bas, les gens savent discuter dans le calme, sans se quereller. Et même s’ils le voulaient, ce serait impossible : leur langue ne se prête pas aux disputes. »

On ne peut s’empêcher de rapprocher le personnage de l’auteure qui, en 2015, recevait des menaces de mort pour avoir dit à la télévision polonaise que l’idée d’une Pologne ouverte et tolérante n’était qu’un « mythe » .
Sans doute est-il plus facile pour Olga Tokarczuk de vivre dans son pays actuellement.

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