Un Fabien Clouette – P U N° 198 :

Quelques rides de Fabien Clouette, son premier livre aux éditions de L’ Ogre, 2015. Depuis, d’autres sont sortis : Le bal des ardents en 2016, Speed boat, manifeste pour une littérature révolutionnaire et illimitée en 2019 avec Quentin Leclerc et Tombant en 2022. C’est cette année-là, à Ecrivains en bord de mer que j’ai entendu et vu Fabien Clouette pour la première fois. Un jeune homme (né en 1989) complet, complexe : diplômé de l’EHESS en sociologie, il fait des recherches sur l’évolution du monde de la pêche, écrit des fictions, des essais, filme des documentaires, propose des spectacles vivants, enseigne.
Un des éditeurs de L’Ogre dit de la maison qu’elle cherche à montrer « une littérature qui provoque l’effritement du réel, qui déconstruise le réel. »

Et c’est ce que fait Quelques rides :
On a des personnages, Capvrai, Cashon, Devaux, la muette…
On a des lieux, en bord de mer, un hôtel, un chantier …
On a des actions : une plongée, une partie de chasse, un trajet en bus…
Mais rien n’est certain et ce n’est pas le plus important.
F. Clouette définit ce travail :  » la description, l’échelon un de l’échelle de Beaufort (…) texte (…) qui essaie de cadrer les phénomènes qui sont la variété même, l’indescriptible. L’étape 1, c’est l’étape où tout se brouille, où on a l’effet des choses, pas les choses mêmes. » Ce qui l’intéresse :  « la manière d’écrire les événements plus que les événements ».

Comme chez Eugene Marten par exemple, le lecteur a
à travailler
ou
à se laisser aller, juste profiter des la langue et des images qu’elle crée.

Exemple : P 16 :  » Il ne faut pas risquer trop de choses à 80 mètres de fond. D’autant plus que les masques-enfants se détachent facilement, et qu’on prend vite de l’eau dans le nez. On est peu habitué aux si grands groupes. D’ici on peut voir le mérou géant immobile, sonné par les coups; la grosse peau grise et verte. Les guides le disaient tous – plus de taches jaunes à cet âge. On ne sait pourquoi il a grandi là, sans sortir du bac, grand maintenant comme une petite voiture, incapable de quitter l’épave. C’est une aubaine pour la compagnie de plongée. Il commence à connaître le déroulement des journées de la fosse ; toujours les têtes de petits poissons coupées, les roussettes déchiquetées qu’ils lancent à travers plusieurs grilles. »

Des « Poèmes Express » nés de Quelques rides :
– Le ciel voyage à côté de la voiture. 
Ça cogne au nord.
– Sur les mollets, le tatouage : une biche et un nuage.
– Le calme du bois n’égaie pas les jours vides.
– Il avait cassé le couple. On fait plus résistant que ça.
– Ressemblaient à l’idée que je me fais des mots « plage », « maillot », des photographies.
– Il avait été facile de commencer ce texte. Il faut maintenant faire traîner.
– On sert de la viande. Du hachis de chevaux. C’est le silence sur les assiettes.
– On s’était enfoncé vers les sables mouvants. Et personne ne vient. C’est pas juste.
– Plusieurs villages collent au chemin de boue.

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