(photo de Philippe Bréard)
stage d’écriture du vendredi 17 juillet :
… » Panneaux fermés. Normal. Albert n’est pas arrivé. Il met toujours du temps, Albert. Et aujourd’hui, il est avec une stagiaire et j’le connais, Albert, il est joueur, il va lui faire l’ coup du « j’ai plus d’essence » ou « j’ai oublié la clé », ou les deux. Albert, il est capable des deux. D’autant qu’UNE stagiaire, c’est rare et qu’ la petite, elle est pas mal et du genre timide.
Panneaux fermés. Ça fait bien vingt minutes qu’ j’attends. Ils devraient être là quand même !
J’ peux ouvrir. J’ai la clé. Mais pour l’intervention, il faut être deux. Ça n’ sert à rien qu’ j’ouvre. Des gens pourraient tomber.
Presque personne, même personne n’a remarqué c’ local technique Veolia enterré. Moi-même, la première fois, j’l’ai cherché longtemps !
La fille du bureau m’avait juste dit : « place de l’Hôtel de ville », sans plus de précision. Mais, la vache, elle est grande, cette place ! J’ai tourné j’ sais pas combien d’ temps avant d’la trouver. Discrète, elle est ! Presque dans un massif de fleurs. Le paysagiste a super pensé l’ truc. Pas d’ gêne visuelle. Une parfaite intégration. Non, c’est vrai, j’admire. J’ travaille sur toutes celles d’ la communauté d’ communes. En général, tu peux pas les rater, elles sont même soulignées par des couleurs flashy. Là, j’ suppose que l’archi des bâtiments d’ France est intervenu. Discretos, l’ truc ! Alors, c’est bien, hein, point d’ vue esthétique, mais pour les nouveaux sur l’ secteur, je te dis pas la perte de temps ! La secrétaire, c’est plus la même mais aucune n’ va sur l’ terrain, donc, elles t’ disent toutes : « place de l’Hôtel de ville ». Et toi, quand t’es nouveau, tu tournes. Et comme maintenant, y prennent que des intérimaires, c’est jamais les mêmes qui interviennent. Je te dis pas l’ temps perdu !
Pendant c’ temps, la réparation, elle s’ fait pas et l’ client, il est pas content. Et l’ client, c’est quand même la ville ! Faut y penser ! Un gros client.
Et j’te dis pas, si Doudou y d’vient président, y nous f’ra pas d’ cadeaux.
Et franchement, hein, j’trouve qu’il aura raison. On est une grosse boîte, on pourrait être plus efficace.
Enfin, j’dis ça, j’dis rien.
Si Lucile m’entendait, elle m’engueulerait : « c’est ta phrase-couteau-suisse qu’elle m’reproche tout l’temps. Tu la sors à toutes les sauces, ta « j’dis ça, j’dis rien » »
J’fais pas attention. Mais si elle le dit, c’est qu’ c’est vrai. Lucile, elle a son caractère mais elle ment jamais.
J’ parle, j’ parle…
Ça fait bien 3/4 d’heure que j’poireaute. Y s’rait bien capable d’ s’être trompé d’ commune. Faudrait l’appeler. Mais j’ai laissé l’ téléphone dans l’ véhicule de service et l’ véhicule est dans l’ parking souterrain. Si j’y vais et qu’il arrive, il est pas super patient et pourrait r’partir.
Une solution , ce s’rait d’ouvrir les panneaux et, vite fait, aller chercher l’ portable dans la voiture. Mais c’est risqué, y en a qui pourraient tomber ou s’introduire dans l’local et y commettre des déprédations. J’serais bien embêté si ça arrivait !
Non, la seule solution, c’est d’attendre…
Il est déjà 16h30…
Albert, il est l’premier sorti d’la boîte le soir…et aussi l’midi… Y pourrait bien n’pas v’nir et m’laisser là sans m’avertir.
Oui, c’est vrai, m’avertir, y peut pas, l’ téléphone est toujours dans l’kangoo.
On va jamais s’en sortir. »