Chat Bleu de décembre 2018 :

Fin d’année fêtée avec un crémant d’Alsace des vignes bio du producteur Beck-Hartweg avec lequel le Chat Bleu travaille depuis six ou sept ans : une valeur sûre accompagnée d’une mise en bouche asperge-parmesan absolument fabuleuse !

Les livres pour cette fin d’année :
En combat singulier de François Belsoeur aux éditions havraises Courte échelle crées en 2017. Elles éditent des textes mais aussi des jeux, des tampons et sont trouvables à la nouvelle librairie Au fil des pages.
Ce Combat singulier est surtout un livre d’images noir et blanc, des dessins au crayon : c’est plein de poésie, intrigant. Allez voir : c’est vraiment très beau !
Les mots sont des pierres de Carlo Levi, paru en 1955 chez Einaudi, en 2018 aux éditions installées en Normandie : Nous, traduction de Laura Brignon. Leurs livres sont beaux, la maquette simple, efficace : rigueur du lettrage et toujours deux couleurs tranchées en aplat. Les mots sont des pierres sont des voyages en Sicile de Levi : drôle : le maire de New York venu dans le village de ses parents, dramatique : l’état de la population ouvrière dans les mines de souffre ou dans le …duché féodal de Nelson ! Impression d’être dans un film réaliste italien. Une belle langue.
– Justement : Dans nos langues de Dominique Sigaud, éditions Verdier, 2018 . Un très beau livre autobiographique sur elle et la langue, comment la langue (nous) constitue, (nous) révèle. Comment les relations parents-enfants ou les relations au monde se jouent dans la langue. A France Culture, à l’émission La Grande Table, Dominique Sigaud, en août 2018, disait : « Une langue, c’est autant ce qu’on est incapable de dire que ce qu’on est capable de dire. Un individu sera désigné autant par ce qu’il ne sait pas dire que par ce qu’il ne s’autorise pas à dire. »

Nous avons aussi évoqué :
Miniaturiste de Jessie Burton,traduit par Dominique Letellier, Folio : un voyage dans l’Amsterdam du XVII è siècle.
Ce que tient ta main droite t’appartient, Points, de Pascal Manoukian, romancier et journaliste de guerre.
Landfall d’Ellen Urbani,traduction Juliane Nivelt, éditions Gallmeister : une histoire de familles face à l’ouragan Katrina.
– Aux mêmes éditions, Idaho d’emily Ruskowich, traduit par Simon Baril, sur la ruralité, la mémoire, la vie des femmes à différentes époques.
Les frères Lehman de Stefano Massini, traduction Nathalie Bauer, éditions Globe, prix Médicis Essai 2018 : histoire de l’empire qu’ont fondé ces banquiers… en vers libre… et franchement, ce n’est pas un problème, au contraire.
– A l’occasion de sa venue à l’institut suédois à Paris, de la rétrospective du cinéaste et d’une exposition de costumes de ses films, le livre de Linn Ullmann évoquant son père : Ingmar Bergman : Le registre de l’inquiétude traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, Actes Sud.
– l’autobiographie de Marie Aude Murail, l’écrivain jeunesse, le plus souvent appréciée… mais pas toujours…
Un jour je m’en irai sans avoir tout dit de Jean d’Ormesson, 2013.

Rentrée littéraire janvier 2019 : merci au Fil des Pages:
Né d’aucune femme de Frank Bouysse, à la Manufacture des Livres : où on accompagne une femme au début du XXè siècle.
Ce qui nous revient de Corinne Royer, éditions Actes Sud : sur une femme, Marthe Gauthier qui découvrit la trisomie 21 et fut spoliée par le dr Lejeune.
Dans le faisceau des vivants de Valérie Zenatti à l’Olivier. Valérie Zenatti qui était la traductrice de l’auteur israélien Aharon Appelfeld évoque leur amitié, la parcours de cet homme qui avait réussi, enfant, à fuir, seul, le nazisme.

Chat Bleu – novembre 2018

Forcément, ce jeudi de novembre, nous buvions du beaujolais nouveau, un vin de deux ou trois mois, non vieilli en fût, presque un jus légèrement fermenté : du « Bio jaulais », d’un regroupement de producteurs, venu d’une parcelle de Bully. Le jeu de mots nous a séduits, forcément !

Le Bio jaulais a accompagné
– un livre sur les saveurs : Nagori de Ryoko Sekiguchi, chez POL, 2018. Entre document et poésie, ce livre est sorti en octobre, justement octobre, dit  » mois de nagori » : « Nagori évoque à la fois une nostalgie de notre part, pour une chose qui nous quitte ou que nous quittons, » (p.30). Produits de saison, disparition d’une saison, raffinement japonais dans cette attention au temps. Raffinement de Kyoto (p.38) :… » la coutume de contempler la beauté de la neige » (…) Il existe même des fenêtres conçues à cet effet : les yukimi-mado. Dans un shôji (cloison de papier coulissante), une partie est aménagée en verre, qui permet de contempler la neige. » Raffinement de l’auteure qui, à la fin de son année, en 2014, à la Villa Médicis, compose un  » dîner de 100 ingrédients » (p. 123).
– Frère d’âme de David Diop, Le Seuil, 2018, prix Goncourt des lycéens. Alfa, le narrateur,  est un tirailleur sénégalais venu se battre en France, volontairement, avec son ami qui meurt éventré. Mademba lui a demandé de l’achever mais Alfa n’a pas pu. Il s’en veut maintenant, tue par huit fois l’  » ennemi aux yeux bleus » (p.39) et rapporte chaque fois sa main. On : « Les Toubabs et les chocolats, comme dit le capitaine » (p. 42) l’admire puis on le craint et l’envoie se reposer. Je ne vous raconterai pas le twist final. Ce livre évoque ces troupes coloniales dont on a peu entendu parler jusque là. Il aura fallu le centenaire de l’armistice pour les mettre en avant dans les discours commémoratifs et reconstruire le monument de Reims, détruit par les nazis en 1942.
– Le sillon, deuxième livre de Valérie Manteau, Le Tripode , 2018, prix Renaudot. Entre autobiographie et histoire contemporaine de la Turquie, il est question des procès de journalistes, d’avocats,  : « La plaidoirie d’Asli, quatorze pages manuscrites lues dans un silence religieux, circule dans la salle. Elle commence par ce voeu, « je vais me défendre comme si le droit existait encore ». (p.214-215) « Necmiye Alpay prend aussi la parole (…) Ça fait vingt-cinq ans que je suis avocate dans ce pays et j’ai honte pour nous. » La même Asli (Erdogan) relâchée entre deux temps de son procès, marche la nuit dans la ville avec l’auteure. L’écriture est vive, nous transmet les ambiances parallèles d’Istanbul : ses quartiers boboïsés, artistes, de migrants, radicalisés.
Le sillon, c’est aussi le nom du journal de l’intellectuel arménien Hrant Dink, tué par balles en 2007.
Une belle découverte !

Nous avons aussi reparlé de :
– Absolute darling  de Gabriel Tallent, traduit par Laura Derajinski, chez Gallmeister. Dur mais qu’on ne peut quitter.  
– Le lambeau de Philippe Lançon, Gallimard, décidément très beau. A signaler, dans le nouveau numéro de la revue NRF un texte de lui, dédié à son père.
– D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan : perturbant.
– Evasion de Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos, Gallmeister, 2018 : terrible.

et encore de :
– Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal, Verticales, 2018 : un roman d’apprentissage. Très érudit, plein de beaux mots.
– Me voici de Jonathan Safran Sfoer, traduit par Stéphane Roques, Points : un père mort dans les attentats de Manhattan. Points de vue multiples. Art du dialogue.
– L’amour après de Marceline Loridan-Ivens et Judith Pérignon, Grasset, 2018. Après les camps.
Le monde sans hommes de Pramoedya Ananta Toer, (1925-2006) traduit de l’indonésien par Michèle Albaret- Maatsch (2001, Rivages) puis Dominique Vitalyos chez Zulma.. Quatre tomes . Le premier vient de paraître en poche. On est à Java ; un garçon indigène, son éducation à l’européenne, ses difficultés entre les deux identités.
– La première année de Jean-Michel Espitallier, Inculte, 2018. La mort de sa femme. Nous y reviendrons, c’est sûr.

Le prochain Chat Bleu est le Jeudi 20 décembre !

 

Chat bleu -octobre 2018-2)

Le 18 octobre, on avait évoqué
d’autres livres de la rentrée de septembre 2018 :
Dix sept ans d’Eric Fottorino, Gallimard : la suite de son histoire personnelle : la recherche de sa mère. Une très belle histoire d’amour familial.
– Le grand nord-ouest d’Anne-Marie Garat, Actes Sud. Un western au féminin dans les années 30, un bel hommage aux Amérindiens. Comme dans ses autres livres, importance de l’image, du cinéma. Anne-Marie Garat sera à la Galerne le 29 novembre.
 Mais les yeux dardaient sur Dieu de Zora Neale Hurston, chez Zulma, traduction de Sika Fakambi. Paru en 1937 aux USA, livre culte, jamais encore traduit en français. Histoire d’émancipation d’une jeune femme noire à travers trois mariages.
Maîtres et esclaves de Paul Greveillac, Gallimard : en Chine, un paysan devient peintre pendant la révolution culturelle. Sur la transmission, l’appropriation.

des livres sortis précédemment ( RAPPELEZ-VOUS : LES LIVRES N’ONT PAS UNE DUREE DE VIE DE TROIS MOIS, enfin, certains en tous cas… qu’ils soient sortis en poche ou pas ! ) :
4321 de Paul Auster, Actes Sud, traduit par Gérard Meudal : de beaux personnages, une belle écriture mais…un peu long… disent plusieurs d’entre nous…
– Les invisibles. Une enquête en Corse du journaliste Antoine Albertini, chez Lattès. Arrivés dans les années 50, les immigrés marocains sont d’abord jugés travailleurs et pas chers. Dans les années 80 : on s’attaque à eux.
Et en poche :
– Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, 10-18 : une première chez cet auteur : il sort de la fiction, dit quelque chose qui lui est arrivé quand il avait 17 ans, une « vérité intime ».
Le jour d’avant de Sorj Chalandon, livre de poche : on en avait déjà parlé ici avec enthousiasme. Une très belle construction.
– La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, livre de poche. Renaudot 2018.
– Douleur de Zeruya Shalev, Folio, traduit par Laurence Sendrowicz. Peut-on trouver le bonheur sans faire souffrir autour de soi ?
Le chagrin des vivants d’Anna Hope, Folio, traduit par Elodie Leplat : les cinq jours d’avant l’arrivée du Soldat Inconnu britannique à Londres, le 11 novembre 1920.
Brothers de Yu Hua, Babel, traduit par Angel Pino et Isabelle Rabut. Best-seller en Chine en 2006, il était alors édité en diptyque. Le ton est burlesque ; pourtant on traverse l’histoire de la Chine de la révolution culturelle jusqu’aux vingt dernières années.

Notre prochain Chat bleu est le jeudi 22 novembre !

Chat Bleu – octobre 2018 -1)

Au Chat Bleu, ce mois-ci nous pouvions goûter
– un vin rouge de Corse, du domaine de Terra Vecchia, médaillé en 2017 à Lyon. Assez chargé de soleil, assez puissant, charnu.
– un Beaujolais blanc, sec et un peu fruité.

Pour les accompagner, nous avions les livres de :
– Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux, Actes Sud, rentrée septembre 2018.
Nous sommes en Lorraine et suivons sur 6 ans, de 1992 à 1998, des jeunes et leurs familles plus ou moins touchés par la crise de l’industrie métallurgique. L’adolescence, ses rencontres, ses désirs, ses solutions sur fond de difficultés et de haines sociales.Une belle écriture et des chapitres menés tambour battant.
– Frédéric Paulin : La guerre est une ruse, Agullo, rentrée septembre 2018.
Premier livre d’un auteur français dans cette maison d’édition très active depuis sa création en 2016. Premier volet d’un ensemble prévu de 3 : de 1992 à 1995, entre Algérie et France, dans les milieux du FIS, du GIA, des militaires et des services secrets. Frédéric Paulin se dit intéressé par « les moments de folie généralisée » et c’est le cas, là. Tout part de cette petite phrase : p. 111 : »– Sauf votre respect, si l’Algérie était démocratique, les barbus seraient au pouvoir ». S’il s’agit bien d’une fiction, elle est hyper-documentée et passionnante.
– Elise Shua Dusapin : Les billes du pachinko, Zoé, rentrée septembre 2018.
Son deuxième livre nous emmène à Tokyo, auprès des grands-parents coréens de la narratrice. Même après quarante ans dans cette mégapole où ils tiennent un établissement de pachinko qui végète, ils sont étrangers. Elle l’est également. Elle pose, comme dans Hiver à Sokcho, sorti en poche en même temps, la question de l’identité, de l’appartenance. Avec le même ton un peu sec qui va parfaitement avec cette solitude.

Chat Bleu de rentrée 2018 -1)

On y est, c’est la rentrée littéraire, scolaire, tout…
C’est aussi la rentrée du Chat BleuUn vin, des livres.
N’senga nous a accueillis avec des vins de l’île d’Oléron, du domaine Favre, un rouge et un blanc de ce vigneron indépendant qui fait surtout de la vente directe, aussi producteur de cognac (que vous pourrez trouver bientôt au Chat Bleu).
Pour la rentrée, nous rencontrions aussi la nouvelle libraire indépendante Caroline Jacquot qui ouvre le 2 octobre Au fil des pages, rue Paul Doumer au Havre. Une nouvelle librairie, c’est toujours un espoir, celui de pérenniser le livre, de concurrencer non pas la grande librairie déjà en place, la fabuleuse Galerne mais le mastodonte Amazon…

Les livres que nous avons évoqués :
rapportés d’ Ecrivains en bord de merLa Baule :
– Plein hiver d’Hélène Gaudy, Actes Sud, 2014. Nous avions déjà parlé d’elle pour son excellent Une île, une forteresse paru en 2015, maintenant en poche chez Babel, livre de mémoire et de voyage à Drancy et Terezin. Plein hiver est une fiction, dans une petite ville américaine de fiction. Un adolescent disparaît et revient quelques années plus tard. Ce que cela fait à ses parents, ses copains, la petite ville de Lisbon. Une belle écriture.
– Une place sur terre, Le Rouergue, 2018, de Catherine Bernard, ancienne journaliste à Libé, devenue viticultrice en 2004. Avec ces trois textes documentaires, elle explique pourquoi elle a quitté le journalisme : le format d’un article ne rend pas la complexité du monde, rétrécit la compréhension qu’on en a. Elle le démontre avec ces trois histoires vraies.

début de moisson de rentrée :
– Asta de Jon Kalman Stefansson, Grasset, traduction d’Eric Boury. La vie d’Asta, une femme islandaise mais racontée dans le désordre par un narrateur qui nous parle : « Commençons par le commencement » (…) « Je vous expose l’origine du prénom d’ Asta. Puis je ne maîtrise plus rien. » (p13), « Si tant est que ça l’ait été un jour, il n’est désormais plus possible de raconter l’histoire d’une personne de manière linéaire, ou comme on dit, du berceau à la tombe. Personne ne vit comme ça. » (p. 33). Stefansson, découvert en France grâce aux Boréales de Normandie nous mène à un train d’enfer dans la vie d’Asta et c’est jouissif et drôle.

Nous avons aussi parlé de nombreux autres livres. A voir dans Chat Bleu de rentrée 2018-2)

Chat Bleu juillet 2018-2)

Déjà, la prochaine date : jeudi 13 septembre !

En juillet, nous avions beaucoup lu :

  • autour de textes nés du terrorisme :– Le lambeau de Philippe Lançon, Gallimard 2018.
    Philippe Lançon est journaliste, critique théâtral. Il travaillait à Libération et à Charlie Hebdo. Il a été une des victimes de l’attentat à ce journal. Atteint à la mâchoire, il raconte l’attaque de son point de vue, au sens propre : ce qu’il en a vu, perçu, de là où il était étendu, sur soixante pages. Ensuite viennent les soins, les plus de dix sept interventions, ses stratégies pour les supporter, sa relation aux soignants, l’importance de l’écriture pour se sauver. Un grand livre dit la lectrice qui a elle-même été soignante.
    – Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Larher, éditions Quidam, 2017 à propos du 13 novembre 2015, au Bataclan.
    – Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris, Fayard, 2016, sur le même événement durant lequel sa femme est morte.
  • de romans très divers :
  • chez Actes Sud :
    – Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlman : roman historique : les relations entre Gauss et Humboldt.
    – Sui Sen d’Aki Shimazaki : un homme qui assure. Un jour, tout s’écroule.
    – Filles de joie de Murata Kiyoko : 1903, dans une île japonaise, une jeune fille est vendue à une maison close. Education puis révolte. Cruauté et raffinement.
  • Ailleurs :
    – My absolute darling de Gabriel Tallent, chez Gallmeister, 2018 : une relation perverse entre une fille et son père. Tallent sera à Rouen, à Larmitière le 29 septembre et auparavant, au festival America, à Vincennes, du 20 au 23 septembre.
    – Le jour d’avant de Sorj Chalandon : déjà évoqué, beaucoup apprécié du fait de sa construction inattendue et du côté très documenté sur la vie des mineurs.
    – Amalia  Albanesi de Sylvie Tanette, Mercure de France, 2011 : histoire de femmes dans les Pouilles début XXème siècle, d’immigration avortée vers les USA. On suit les personnages jusque dans les années 1980.
  •  en poche :
    –  Un clafoutis aux tomates cerises de Véronique de Bure, J’ai Lu : le regard très frais d’une femme du quatrième âge.
    – La succession de Jean-Paul Dubois, Points : avons-nous le choix ou le destin nous rattrape-t’il toujours ?
    – Je n’ai pas peur de Nicolo Ammaniti, Livre de poche : Années 80, la mafia enlève un enfant.
    – Témoin involontaire de Gianrico Carofiglio, Rivages Noir avec, à la fin, une superbe plaidoirie d’une vingtaine de pages.
  • de non-romans :
    – Le dictionnaire amoureux de Saint Pétersbourg de Vladimir Fedorovski, Plon.
    – Le prophète de Gibran Khalil Gibran (1883-1931) : recueil de poésies commencé en 1915, paru en 1923 à New York.
    – Docteur Coq : essai d’auscultation de la médecine générale de Thierry Lecoquierre, Librinova, 2018 : chroniques et réflexions.
  • Enfin, nous avons parlé de pays nordiques avec  :
    – un livre introuvable : Finlande et Finlandais : sur le pays avant qu’il n’existe avec, par exemple, Bernardin de Saint-Pierre qui y est allé en 1762, quand c’était encore la Suède, sur le Kalevala : l’épopée nationale, sur le féminisme et l’éducation.
    – l’expo Alva Aalto, maison Louis Carré en Ile-de-France, sur réservation, jusqu’au 9 septembre.
    – l’expo Lumières nordiques, à St Pierre de Varengeville
    – et enfin, à venir au Havre : les conférences de l’AMAM sur les peintres nordiques et l’exposition au MUMA de photographes danois.
  • Une belle séance ! non ?

Chat Bleu, juillet 2018 – 1)

Le Chat Bleu nous offrait ce soir-là deux très bons vins :
en blanc, du Condrieu, sec, minéral, venu du côté de Vienne, d’un petit producteur, propriétaire récoltant : domaine Richard.
en rouge, un Mercurey, presque un première côte, du domaine de la Chapelle.

Les livres qui les accompagnaient :

  • aux éditions Passage(s) :

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    – Lettres du Bhoutan de Ragnar Helgi Olafsson, 2017, roman épistolaire ( paru d’abord en islandais en 69 exemplaires aux éditions Tunglio en 2013 ), traduit et préfacé par Jean-Christophe Salaün. Olafsson, autant artiste contemporain qu’auteur, a écrit là un livre  « léger« comme une « esquisse« , plein de « lacunes » et de « vide » : un homme cherche au Bhoutan une cabane où vivre. Il est seul et écrit à sa femme restée en Islande qui a dessiné cette cabane fantasmée. Il ne lui arrive presque rien ou des choses qui le retardent dans sa mission.
    – Frères volcans de Vincent Placoly (1946-1992), 2017, paru pour la première fois en 1983 sur la révolution de 1848 en Martinique : la République, les esclaves, les coloniaux. Le narrateur est un blanc qui voit les choses de haut, un ancien planteur qui a affranchi ses esclaves depuis un moment et vit les événements et ses derniers jours, entouré de ses livres. Placoly pointe que la fin de l’esclavage a été le début du travail salarié, dur et mal payé pour et par les mêmes, que les coloniaux ont su ne pas perdre au change.

  • en poche, deux aspects du travail d’un auteur venu au Polar à la Plage en juin : Benoit Séverac, professeur d’anglais à l’école vétérinaire de Toulouse, aussi … oenologue…
    – Rendez-vous au 10 avril : un polar historique. La guerre de 14 est finie. L’inspecteur en est revenu très abimé. Il a à résoudre deux affaires qui tournent toutes deux autour de l’école vétérinaire.
    – Trafics, paru en 2016 sous le titre de Chien arabe à la Manufacture des LivresCela se passe dans les années 2010 dans un quartier défavorisé de Toulouse. Il y est question de chien-mule et d’Islam radical, du travail des polices et d’une vétérinaire enquêtrice.

Chat bleu juin 2018 : 2)

Ce jeudi-là, en plus de Gallmeister, il a été question de livres de poche pour l’été, pour des valises plus légères et la plage :
– Eclipses japonaises d’Eric Faye, collection Points : entrelacement de roman et d’histoire :  des rapts de Japonais, de Coréens du sud, même d’un Américain pour aider à l’espionnage par la compréhension de la société japonaise.
Le printemps des barbares de Jonas Lüscher,  en J’ai lu. Le premier roman de cet auteur suisse qui a obtenu le prix Frantz Hessel, Un sujet gravissime : la banqueroute toujours possible dans notre société, traité de manière complètement déjantée.
– Samedi de Ian McEwan, chez Folio : une journée qui change tout dans la vie d’un neuro-chirurgien, dans Londres, parallèlement à une manifestation contre la guerre d’Irak.
– La tresse de Laetitia Colombani, au Livre de poche : « un bon scénario, une idée intéressante plus qu’un bon livre » en ont dit les lectrices.
– Les furies de Lauren Groff, Points : deux visions de la même vie de couple et manipulation.
Fête fatale, un thriller de William Katz, Livre de poche.

Plus lourds, plus récents, pas encore en poche mais presque tous primés :
– Bakhita  de Véronique Olmi, Albin Michel, prix du roman FNAC 2017, qui restitue le destin (vrai) d’une esclave devenue religieuse.
– La disparition de Joseph Mengele d’Olivier Guez, Grasset, prix Renaudot 2017 : là aussi, « roman vrai »,  la cavale de ce criminel nazi en Amérique latine jusqu’à sa mort en 1979.
Summer de Monica Sabolo,  éd.J.Cl. Lattès, prix de la fête du livre de Bron : la disparition d’une jeune fille.
Les loyautés de Delphine de Vigan, aussi chez Lattès : Théo, 12 ans, enfant de divorcés, une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre :  » prend aux tripes… » 

Vous l’aurez remarqué : les livres primés et les livres de poche sont principalement cités… Pourquoi ? Sont-ils réellement meilleurs ou plus visibles, plus médiatisés ?
Moins chers, les poches, oui  : une deuxième vie pour des textes qui ont « bien marché« . S’il vous plaît, pensez-y : n’acheter que des poches ou des livres primés n’aide pas la littérature. La preuve de la qualité d’un livre n’est pas la quantité vendue. La quantité vendue dit juste la force de frappe des maisons d’édition qui, rappelons-le, appartiennent souvent actuellement à de grands groupes financiers…

 

Chat Bleu d’avril 2)

A ce Chat Bleu d’avril, vins et textes ensoleillés,
nous avons aussi parlé de :
Avec mes meilleurs sentiments de Jean-Noël Blanc, illustrations d’Elzevir, aux éditions Réalgar, 2015. Trois nouvelles : trois ambiances : on est en province, au mi-temps du XXè siècle. Histoires de couple de vieux ou de femmes. Histoires de manières de s’en sortir, de vies ou de mort. Les personnages sont là ; on les voit, on les connaît. Plutôt dramatiques, ils n’ont pas vraiment le choix, ils ne sont pas de la génération « parce que je le vaux bien »….
Les revenants, récit du journaliste David Thomson, 2016 au Seuil, prix Albert Londres 2017, sorti depuis peu en poche : enquête sur des hommes, des femmes parti-es en Syrie depuis 2012 et revenu-es. Qui ils/elles sont, ce qui les a motivé-es à partir, à revenir, leur vie là-bas, dans quel esprit ils/elles reviennent. – Et là, l’écriture inclusive se justifie : leurs destins sur place sont complètement différents du fait de leur sexe -. Intéressant et pas rassurant… Ils/elles reviennent sans plus accepter l’Occident qu’avant leur départ.
Ensoleillement toujours :
– De nouveau : Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, Flammarion, 2018 : sur la guerre d’Algérie d’un Français qui se fait soignant pour l’éviter mais qui la voit d’autant plus dans un hôpital de l’Oranais. (Brigitte Giraud qui a fait une très belle lecture musicale d’un extrait du livre au festival Terres de Paroles, accompagnée de Sébastien Souchois, à Duclair le 26 avril.)
Moins ensoleillés :
– un coup de coeur que nous avons déjà signalé : Le grand marin de Catherine Poulain, maintenant en poche.
deux remords de Monet de Michel Bernard : lecture faite par Agnès Desarthe à Terres de Paroles (encore).
– des livres de Finlande -merci Léa – Mademoiselle van Brooklyn de Mika Waltari (1908-1979) chez Actes-sud et sous l’étoile polaire, trilogie écrite par Väinö Linna, sur une famille finlandaise rurale de 1890 à 1950. Editions Les Bons Caractères, 2011.
Sous la même étoile de Dorit Rabinyan, Pocket, 2018 : la rencontre d’un Palestinien de Ramallah et d’une Israélienne de Tel Aviv à New York
De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages de Matthias Debureaux, éditions Cavatines, 2005 : un petit traité présenté par une grande voyageuse…à qui on en avait fait cadeau…Lol.

Voilà pour avril.
Le Chat Bleu prochain est prévu le 24 mai

« Traversée » de F. Tabouret

Mis en avant

Chat Bleu d’avril 1)
Il faisait beau et N’senga nous a proposé des vins du soleil :
Un rouge du Languedoc, d’un petit viticulteur : domaine d’Erian, cuvée les Bermudes aux notes de fruits noirs.
Un blanc, un Uby de même cépage que le n°4 : à doux goût d’ananas.

Pour accompagner cet ensoleillement :
Traversée de Francis Tabouret aux éditions POL, 2018. Un premier livre. Francis Tabouret était un collaborateur de la revue Tigre, aujourd’hui disparue. Son métier est de convoyer des chevaux. Ce livre parle de cela mais à travers un voyage précis, de huit jours, entre Rouen, Pointe-à-Pitre et Fort-de-France sur un porte-containers, avec chevaux certes mais aussi moutons et taureaux… Une première pour lui. Il évoque les animaux, son travail auprès d’eux et sa vie à bord : (P. 25) : »…, je suis monté aux barreaux d’une échelle au relief de rouille et de peinture, je me suis faufilé entre deux rangs de containers sur des grilles de ventilation, entre des câbles et des tuyaux. La voilà ! Petite cour de ferme. Les bêtes comme au fond d’une crevasse ou d’une faille géologique. Une pile de containers supprimée au centre du bateau fait que le préposé aux animaux, le palefrenier, le convoyeur, l’accompagnateur, le groom, le cow-boy (prenez le mot que vous voulez) dispose d’un couloir et peut accéder aux bêtes, qu’elles peuvent mettre une tête dehors. »

Etonnant, non ? Pour Francis Tabouret aussi, qui est spécialisé dans les chevaux :
(p.46) : »Il faut le temps, la répétition. Le métier est de faire de ce monde de ferraille et d’eau, de saillies et de trous, d’un peu de rouille, de dangers, de faire de ces quatre boîtes et de cette petite cour au fond des si hautes piles un monde d’humanité et d’animalité, une chaleur et un chez-soi. »
et qui se retrouve avec des animaux aux comportements inconnus : grégaire, le mouton (p.16) : « Ce ne sont pas des moutons, c’est un troupeau que vous prenez par la main. », (p.15) : « force comme en veille », les taureaux dans la boîte desquels il n’est pas question d’entrer pendant le voyage.

De beaux moments en mer, la place des hommes sur le bateau, les relations existantes ou non. L’arrivée, la séparation, les nouveaux propriétaires des chevaux qui ne semblent pas y connaître grand chose.
Un beau livre !

On parle des autres livres évoqués ce soir-là dans le post suivant…