Un vin – des livres § 6

Seconde de publicité : les jolis petits livres-carnets de notre nouvelle collection: Minutes d’été et Autochtone(s) sont toujours chez l’imprimeur et nous sous pression, plus que les auteurs, François David et Boris Tesnière qui vivent leur vie… L’un habitué et l’autre pas à se voir imprimés.

Minutes d'étéautochtone(s)-05

 

 

 

 

 

 

 

Au Chat Bleu, le 6 février, nous goûtions, pour le nouvel an chinois ou fête du Tet, du vin chinois. Pas de grimaces, svp! nous avions affaire à des cépages français, ni contrefaçon, ni mauvais produit, cultivés sur place, au nord-ouest de la Chine, et importés par des Français : un rouge Cabernet Sauvignon et, en blanc, un Chardonnet. Nous, nous avons apprécié le rouge d’une force certaine mais agréable. Et nous avons eu envie de parler, non seulement de livres, mais aussi d’archi :
Allez voir les bâtiments de Wang Shu, lauréat 2012 du prix Pritzker, l’équivalent du prix Nobel en architecture: la bibliothèque de l’université de Wenzheng, le musée d’histoire de Ningbo par exemple : simplicité et majesté!
Et aussi de cinéma : celui de Jia Zhang-Ke dont est sorti en 2013 A touch of sin et qui sait parler de sujets qui fâchent. Il avait déjà, entre autres, réalisé un fabuleux film sur les lieux du barrage des Trois Gorges, avant la fin des travaux titanesques accomplis par les petits bras de milliers de migrants, avant le départ obligé des populations. Dans son dernier film, c’est la violence des individus qui est pointée, contre les autres ou contre soi, toujours légitimée par la violence de la corruption et de l' »économie socialiste de marché » (Deng Xiaoping : « Qu’importe qu’un chat soit gris ou blanc pourvu qu’il attrape les souris »….)
Cette citation est extraite (parce que nous avons quand même parlé livres) du texte documentaire de Rachel Delcourt sur Shanghaï, ed. de l’Aube 2008. Sinon, quoi de mieux, pour apprendre simplement sur un pays que de lire des polars ou des romans noirs? Si vous devez n’en lire qu’un de Qiu Xiaolong, lisez le premier paru en France: Mort d’une héroïne rouge, ed. Points. Le héros, l’inspecteur Chen, cultivé et sensible est aussi poète, plus un clône de son créateur que d’un réel policier chinois si l’on en croit Jaune camion de Mi Jianxiu, alias Michel Imbert. Ce Français voyageur écrit  toujours sur la Chine mais sous son vrai nom. Jaune camion présentait une Chine de l’intérieur, rurale, boueuse.
Supplice chinois enfin, la relation amoureuse vue par Emmanuelle Pagano dans Nouons-nous  paru  en 2013 aux éditions POL. C’est souvent cruel. Des couples à tous les âges de la vie, dans de courtes fictions Enfin, pas si fiction que ça, il y a de l’autobiographique et de l’entendu dans ce livre.

-Mo Yan a été évoqué aussi, évidemment, avec Au pays de l’alcool. Mais aussi Le lotus bleu qui montre le quartier des Légations de Shanghaï, Les funérailles célestes que plusieurs connaissaient et apprécient, des images du XIXè, sur plaques de verre, visibles au musée N.Niepce et qu’Henri Michaux a trouvées si belles de… supplices chinois ou « des cent couteaux »
-Puis on a parlé d’autres lectures, plus récentes et souvent moins orientales:  Persécution, très fort, d’A. Piperno, du dernier Michèle Lesbre Ecoute la pluie, à lire comme tout ce qu’elle a écrit, d’un thriller écologique Abysses, de Priez pour nous de Lionel Duroy, du texte sur Mandela d’où est sorti le biopic récent, du Quatrième mur de Sorj Chalandon, présent au Goût des Autres, de l’oeuvre de la Vietnamienne Duong Thu Huong.
Qu’on se le dise, le prochain Un vin / des livres a lieu au Chat Bleu, le jeudi 10 avril. Nous vous y attendons aussi nombreux, à partir de 18h15.

Un vin – des livres § 5

Minute de publicité :

VOYAGEUR, une nouvelle collection de Rue du Départ: de micro-livres et carnets tout à la fois, quelques textes d’un auteur, quelques croquis d’un dessinateur, traces de départ et des pages vierges pour poursuivre le voyage.
« Ce conservatoire d’instants que finit par être un livre » écrit Christine Montalbetti, dans Love hotel, ed. P O L.  Et le carnet donc…
2 livrets de VOYAGEUR : Minutes d’été, textes de François David et dessins de Mo Silly-Lechevallier, Autochtone(s) de Boris Tesnière et Philippe Gardien, à paraître en mars.

Le 16 janvier, au Chat bleu, nous buvions du Lacrima Christi.
Evidemment, nous proposions un auteur italien : mais un inconnu, Guido Morselli (1912-1973). Son seul livre, Dissipatio, achevé en 1973, année de son suicide, est très étonnant, avec un départ SF. Un homme qui voulait mourir mais n’en a pas eu le courage, revient à la ville. Elle est vide, le monde est vide. Pas trace de violence mais partout, absence de vie. Lui, le misanthrope, se trouve seul et c’est le vrai sujet.
Et des larmes  avec le  beau Pas de saison pour l’enfer,  textes autobiographiques de Kent Anderson, ed.13è Note, 2013. Cet auteur né de la guerre au Vietnam dit la possibilité de la violence énorme, de la folie. Des larmes encore avec Baltimore de David Simon (1991 aux USA, ed. Sonatine 2012, Points  2013): un an dans le service de la crim’ de cette ville, le quotidien des inspecteurs, le type de criminalité, la population touchée. C’est un document et on le lit comme un roman.
Enfin, quelques larmes de rire avec des livres de l’Oulipien et Papou Hervé Le Tellier : Joconde sur votre indulgence (2002) et Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable (2008) ed. Le Castor Astral.  petit exemple :  « Je pense que le type habillé en légionnaire dans Ben Hur et qui a gardé sa montre bracelet a beaucoup oeuvré pour le mythe du film. »

Ont aussi été évoqués les écrivains du Montana dont Jim Harrison ou des auteurs engagés comme Dashiell Hammett, en lien avec l‘histoire populaire des Etats-Unis par Howard Zinn: histoire de ceux dont les manuels  parlent peu.
On a discuté des livres de Victor del Arbol, P. Markaris, Sandrine Collette, invités au Polar à la plage en juin 2014 au Havre, de Les invisibles de James Ellory, de Arrive un vagabond  de Robert Goolrick, d’un Bernard Werber et, rien à voir avec ces romans, d’Anthony di Mello : Quand la conscience s’éveille.

Le prochain un vin / des livres est le jeudi 6 février, à partir de 18h15.

Un vin – des livres § 4

    Le 5 décembre, au Chat Bleu, comme promis, c’était champagne pour tout le monde! Nous étions nombreux pour goûter les produits de Ludovic Messiers, un vigneron qui  plantera … du chardonnay à l’abbaye de Graville, au Havre… le  15 mars 2017, pour les 500 ans de la ville. L’abbaye serait un lieu idéal: la température y est supérieure de 4° à celle de la Porte Océane, des caves troglodytes existent, parfaites pour stocker et la pente pour prendre le soleil est là. Ludovic Messiers parie également sur des terrains de Sainte-Adresse pour produire un autre blanc.
    Le champagne  nous entraînait vers des livres qui pétillent :
et nous avons rendu hommage à un auteur léger, musical, disparu trop tôt, Christian Gailly des éditions de Minuit. Surtout connu pour UN SOIR AU CLUB, livre Inter 2002,LES FLEURS, DERNIER AMOUR, LES OUBLIES par exemple sont trouvables dans la collection « double ». Vive son amour des mots, la musique de sa phrase, ses histoires pleines de tendresse pour des personnages qui font ce qu’ils peuvent!
   Pétillant toujours, Serge Joncour qu’on peut entendre aux Papous dans la tête, avec L’HOMME QUI NE SAVAIT PAS DIRE NON paru aux éditions Flammarion en 2009 et trouvable chez J’ai Lu. Tout le roman est dans ce titre : que se passe-t’il si on ne sait pas dire non? Jusqu’où cela peut-il aller, surtout si on travaille dans un organisme de sondage…? Hilarant mais pas que! Une réflexion sur qui on est et pourquoi.
   Champagne = bulles = évaporation  : voilà LES EVAPORES de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 2013 : un des livres de la rentrée littéraire. Reverdy qui a visiblement une passion pour le Japon, a travaillé en résidence à la Villa Kujoyama, à Kyoto. Son livre suit un « évaporé », un de ces hommes (surtout) qui disparaissent, un vrai fait de société dans ce pays, plus encore en ces temps de crise économique. Une enquête mais pas un polar, pleine d’informations sur le monde de la finance, sur les suites de la catastrophe de Fukushima mais pas un document.
   Nous avons aussi évoqué :
–  les beaux guides des éditions Jonglez, guides des villes dans leurs aspects insolites et secrets, Rome, Venise, New York et bien d’autres sont déjà trouvables . Pour Rio, il faudra attendre encore un peu : le travail de longue haleine est commencé.
– tout aussi beau, le livre de photos de 50 ans de spectacles à la Maison de la Culture du Havre, la première de France, inaugurée par André Malraux, édité par l’association de la Maison de la Culture.
– CONFITEOR encore, par une autre lectrice, tout aussi impressionnée que notre amie!
–  le si poétique ENTRE CIEL ET TERRE, Folio, de Jon Kalman Stefansson, revenu en novembre aux Boréales de Normandie, à Caen.
– LE MONDE D’HIER de Stefan Zweig, son histoire culturelle de l’ Europe.
– MANIFESTATION DE NOTRE DESINTERET que Jean Rouaud a écrit contre les dérives de l’ultra-libéralisme.
– LE COEUR DES ENFANTS LEOPARDS de Wilfried N’Sondé, un monologue que Denis Lavant a lu un jour à Saint Malo, ce qui ne peut que donner envie.
– un polar brésilien : LE SILENCE DE LA PLUIE de Luiz Alfredo Garcia-Roza chez Babel noir
Les polars de J. Burdett évoqués lors de notre deuxième rencontre ont été lus par d’autres et trouvés super : c’est ça, l’esprit et le plaisir d’un vin – des livres / un vin délivre.
A bientôt, un jeudi de janvier.

Un vin – des livres § 2

Un vin délivre

Cette fois, au Chat bleu, les vins étaient chiliens, produits dans les hauteurs: un Sauvignon blanc et un rouge Carménère, issus du Domaine Laroche des terres de Chablis , frais, intensément fruités.
Des livres, chiliens ou non,  les accompagnaient,
mais auparavant un post-scriptum espagnol : une grande lectrice-amie voulait dire tout le bien qu’elle pensait de  CONFITEOR, le dernier livre de Jaume Cabré, Actes Sud, 2013 : « profondément touchant, brillant, intelligent, virtuose de construction » sur lequel il a travaillé pendant huit ans et dont on sort « durablement impressionné, troublé, ému, admiratif »!!!!!!!

Chili : Le 2 octobre 2013, c’était la sortie nationale du documentaire LES ENFANTS DES MILLE JOURS,  de Claudia Soto Mansilla et Jaco Bidermann évoquant les trois ans de gouvernement de Salvador Allende avant sa mort au Palais présidentiel le 11 septembre 1973, avant la dictature d’Augusto Pinochet, certes terminée mais dont la constitution est toujours en vigueur… Anniversaire donc. Il semble que si l’on cherche en France des textes d’auteurs chiliens, on trouve principalement des livres d’émigrés politiques. L’un d’eux, le plus connu peut-être, Luis Sepulveda, fut arrêté, torturé, vécut en exil pendant 14 ans. HISTOIRES D’ICI ET D’AILLEURS, ed. Métailié 2011, repris en poche en collection Points est un ensemble de chroniques d’abord publiées dans un journal en 2009. Elles évoquent l’exil, les amis écrivains, le retour au Chili : « dans le discours officiel, tout a changé : maintenant on appelle ignorance le manque de courage civil et la complicité avec les criminels en uniforme, l’oubli des devoirs élémentaires est devenu de la négligence et l’assassinat, un excès. (….) concours d’euphémismes » (p.10), les mille jours : « chaque Chilien était membre d’au moins trois associations différentes. En y repensant, le mot élire m’a semblé beau et lointain, (…) Et je me suis également rappelé, avec un mélange de douleur et de honte, que j’avais fait partie de ceux qui, avec dans une main les plus douteuses interprétations du marxisme et dans l’autre les plus nobles intentions, avaient porté les premiers coups mortels à cette vie démocratique et saine. » (p.13), la croyance dans le livre comme salvateur quand (p.48), il évoque un adolescent « bibliothécaire volontaire dans une commune pauvre de Santiago », venu demander des livres : « je le regarde s’éloigner, convaincu et décidé. Cet agitateur de la lecture, ce dangereux combattant de la culture : je pleure, parce que tout n’est pas perdu ».
CHIENS FERAUX de Felipe Becerra Calderon né en 1985, est un premier roman et a reçu, à ce titre, le prix Roberto Bolano en 2006. Il est paru en France en 2011 aux éditions Anne Carrière. Ce livre parle aussi de la dictature alors que l’auteur, trop jeune, ne l’a pas vécue. Il dit dans son avant-propos qu’elle est entrée en lui par l’ouïe, avec tous ces gens qui, au cours de longs repas, en parlaient, qu’ils soient du côté des victimes ou des bourreaux. C’est un texte de plus en plus lyrique (p.126-127).
On a aussi évoqué :
– les polars de John Burdett, un ancien avocat d’affaires anglais. Tous se passent à Bangkok, avec un enquêteur métis incorruptible et nous plongent dans la culture bouddhiste… sur fond d’industrie du sexe.
– une merveille, HOME de Toni Morrison
– et une autre merveille, LES TROIS LUMIERES de Claire Keegan.

Le prochain rendez-vous est le jeudi 5 décembre à partir de 18h,
toujours au Chat Bleu parce que le vin délivre!

Sortie d’été…rnation : reparlons films et livres !

Les films de l’été et de la rentrée, on les a surtout trouvés remarquables par leur interprétation, de supers acteurs : Greta Gerwig dans FRANCES HA, les femmes des deux SHOKUZAI, Tahar Rahim dans GRAND CENTRAL, Adèle Exarchopoulos évidemment dans LA VIE D’ADÈLE, Cate Blanchett tout aussi évidemment dans BLUE JASMINE, mais aussi d’excellents figurants  et de tout petits rôles dans ELLE S’EN VA.

Un vin – des livres
Un vin délivre…
On s’est retrouvés pour la première fois au CHAT BLEU, 6 rue du Roi Albert à Sainte-Adresse un jeudi d’octobre. Nsenga parlait vin, un vin espagnol et on le buvait en parlant livres, espagnols ou non. Le vin choisi était du nord-est du pays, de l’Aragon : un vin chaud et rond, aux notes épicées qui naît d’un micro-climat idéal au pied de la Sierra del Moncayo : le Campo de Porja.

Les livres ont été :
LE CYCLISTE DE TCHERNOBYL de Javier Sebastian aux éditions Métailié, un roman, un bon, mais vraiment pas que! un texte hyper-documenté sur la catastrophe, sur la zone, sur ce qui s’est passé après pour les irradiés ou pour certains comme Vassili Nesterenko, expert du nucléaire, qui avait le tort de vouloir mesurer et révéler ses mesures de la radioactivité.
DIALOGUE AVEC NAVEGANTE au Diable Vauvert, dans son abondante collection tauromachique : des articles de spécialistes -Jose Tomas qui parle au taureau qui l’a encorné-, d’aficionados comme Podalydès et Vargas Llosa, qui défendent la pratique de la corrida.
TRAVESTI de David Dumortier aux éditions Dilettante était la touche érotisme -l’Espagne est un pays érotique-.. Il est poète mais écrit là un texte autobiographique: sa vie de travesti, ce « choix » lié à son enfance, à un père violent. Cette narration d’une vie autre se fait dans une langue souvent superbe.
Puis d’autres livres ont été évoqués, d’autres auteurs comme Jean Philippe Toussaint, ou des écrivains de polars ou de romans noirs que nous aurons peut-être la chance de voir au Havre, en juin 2014… la prochaine rencontre a lieu au même endroit le jeudi 7 novembre à partir de 18h. Qu’on se le dise! Le vin des livres/ Le vin délivre