Le Chat Bleu de juillet

Mis en avant

Il faisait chaud et Le Chat Bleu nous a proposé des vins du sud :
– un rouge du Lot, cuvée Démon noir. Cépage Malbec, espiègle, entre rubis et noir, à arôme de fruits noirs, un peu confits.
– Un blanc de l’Hérault , Domaine du Paradis. Cépage Viognier. Fraîcheur, tonicité, petite pointe de minéralité et de fruit mais légère.
Démon contre Paradis donc…

Les livres, souvent plus nordiques :
– Pour faire écho au festival, à Edimbourg, du 30 juin au 2 juillet, pour les 30 ans du personnage tout en intuition de l’inspecteur Rebus, un Ian Rankin de 2001, traduit en 2005 : La colline des chagrins où, justement, Edimbourg est un personnage à part entière. L’alcool aussi…
– Que faire des classes moyennes ? de Nathalie Quintane, P O L, 2016 : un texte socio-politique de l’enseignante écrivaine qui publie depuis 1997, surtout chez cet éditeur. Un peu cruelle vis à vis de ce groupe aux limites incertaines qui se définirait principalement par l’achat : » Acheter quelque chose, tenir quelque chose, c’est être moins flou. » et ne verrait pas l’intérêt de la littérature ou de la solidarité.
– Révoltée d’Evgenia Iaroslavskaïa- Markon, 2017, Le Seuil : court mais percutant, ce texte autobiographique d’une jeune femme extraordinaire, morte aux îles Solovki, à 29 ans, en 1931, est accompagné d’une préface d’Olivier Rolin et d’explications d’Irina Flige, directrice d’un centre de recherche russe sur le goulag.

Nous avons aussi évoqué
– sur le même thème, le même lieu, le roman noir de Victor del Arbol avec lequel il est revenu, cette année, au Polar à la Plage : Toutes les vagues de l’océan, chez Babel.
Autres polars : Alex, hyper-écrit, de Pierre Lemaître. Le dernier Fred Vargas : Les recluses. Aux éditions Rue du Départ : La Maison de Nicolas Jaillet : « on est emmené, tenu en haleine »… D’ Alexeï Nikitine, auteur ukrainien ( comme A. Kourkhov), un « polar branque » : Victory park chez Noir sur Blanc. De Cédric Bannel, Baad qui se passe en Afghanistan, actuellement.
 l’histoire aussi : Marie-Antoinette l’insoumise de Simone Bertière, en livre de poche. Passionnant quand cela fait des rapprochements avec notre époque. Un roman : Les indésirables de Diane Ducret, 2017, chez Flammarion, avec de beaux portraits de femmes, d’Allemandes mariées à des Alsaciens ou réfugiées en France, raflées, envoyées dans des camps sous Vichy. L’opéra russe, de 1700 à maintenant, d’Andreï Lischke chez Fayard.
– Un essai sur l’exil de Nancy Huston :  Nord perdu,  chez Actes Sud : on est deux personnes différentes quand on parle dans deux langues. 

A septembre au Chat Bleu !

Un vin – des livres § 10

cevennes02C’était la dernière séance de la saison. Nous reprendrons nos rendez-vous mensuels au Chat Bleu le jeudi, les 11 septembre, 9 octobre, 13 novembre.

Nous avons bu, le 2 juillet, un vin rouge des Cévennes, pays de grands contrastes climatiques et de sols rocailleux bien drainés. Un cépage Syrah grenache, AOP Duché d’Uzes, un bon petit vin de garde au goût de fruits rouges, à la longueur en bouche intéressante.

Nous avons parlé de :
Une adolescence en Gueldre– UNE ADOLESCENCE EN GUELDRE de Jean-Claude Pirotte, paru en 2005 à la Table Ronde. Poète (Prix Goncourt de la poésie en 2012 pour l’ensemble de son œuvre), romancier: son dernier livre BROUILLARD est paru en 2013 au Cherche Midi, Pirotte est mort fin mai à 74 ans et deux livres posthumes devraient sortir en septembre. Ici nous sommes aux Pays-bas; on trouve de belles descriptions de paysages et surtout le narrateur fait part de sa vie à travers les textes, « Je suis incapable de m’engager dans l’existence, de la voir telle qu’elle se déroule et d’accueillir simplement les heures, les paysages, les vagues du quotidien. Rien ne me touche qui ne soit passé par le crible de mes lectures. Pas un instant je ne suis présent au monde… »
– De R.L.Stevenson (1850-1894) forcément : VOYAGE AVEC UN ÂNE DANS LES CÉVENNES qui raconte son parcours du 22 septembre au 4 octobre 1879, ses difficultés avec l’ânesse Modestine — qu’il martyrise ! —, les gens, les panoramas, l’histoire des Camisards et les raisons de ce voyage : « L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. » .
Voyage_avec_stevensonLe réalisateur de documentaires, Jean-François Dars, a, en 2006, refait le voyage en remplaçant l’âne par un vélo poussé à la main : le livre VOYAGE AVEC STEVENSON DANS LES CÉVENNES existe aux éditions Descartes. D’autres encore ont suivi ces traces et publié : Jean-Michel Cornu, Eric Poindron et, depuis 1978, un itinéraire de randonnée existe :
le GR70, « chemin de Stevenson ».
– D’André Chamson (1900-1983), auteur historien, LA TOUR DE CONSTANCE, de 1970: un de ses « romans » en lien avec l’histoire des Camisards, collection Omnibus de 2002. Roman mais hyper-documenté sur cette période de 1686 à 1768 où des femmes furent emprisonnées dans la tour d’Aigues-Mortes pour leur appartenance à la religion réformée.
Nous avons aussi évoqué des auteurs contemporains:  Jeannette Winterson, Victoria Hislop, Lewis Shiner, Hubert Mingarelli, Sylvain Tesson, Milena Michiko Flasar ; des noms déjà évoqués sont revenus : Michèle Lesbre, Céline Minard, de même que des classiques: Victor Hugo, Anthony Trollope.
Bon été de vins et de livres!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Un vin – des livres § 9

D’abord, un rendez-vous, le dernier de la saison pour nous : le mercredi 2 juillet, à partir de 18h15, au Chat bleu, autour d’un vin des Cévennes.

La fois précédente, le 12 juin, à la suite de la rencontre avec R.J.Ellory, nous nous retrouvions autour de vins du Brésil. Normal, puisque c’était, au Brésil, le même soir, l’ouverture de la Coupe du Monde… Quand même un peu pot de terre contre pot de fer, cette histoire, mais bon…
Le vin s’appelait « Brazilian soul », en anglais sur la bouteille, oui, leur production étant essentiellement pour l’exportation, et surtout aux USA. Le blanc, un Chardonnay, sec, fruité, avec de beaux arômes citrus et le rouge, un Merlot, très fruit rouge. Beaucoup ont essayé le blanc et ont été convaincus pour leurs futures soirées tv-footeuses-ambiancées.

Les livres maintenant :
Cacao Jorge Amadoon ne pouvait passer à côté d’un Jorge Amado (1912-2001), sans doute le plus connu et productif des auteurs de ce pays. CACAO, 1933, de nombreuses fois réédité chez Stock, parle de la culture et de ses conditions inhumaines : « J’ai essayé de raconter dans ce livre, avec un minimum de littérature au profit d’un maximum d’honnêteté, la vie des travailleurs dans les plantations de cacao du sud de l’état de Bahia ». De même, L’OR DE QUIPAPA de Hubert Tézenas, aux éditions l’Ecailler, évoque l’agriculture mais cette fois
de canne à sucre pour la fabrication de l’éthanol. Le livre est de 2013 mais l’action est située en 1987. Le temps ne semble pas passer au Brésil : les conditions de travail, l’écart entre les classes sociales que dénonçait Amado se retrouvent dans ce polar ! Hubert Tézenas, traducteur de Mo Hayder et de Robert Crais, que nous avons rencontré au festival Mauves en noir, est fou de ce pays qu’il connaît bien. Il publie là son premier roman.

Clarice Lispector était une autre incontournable. Morte en 1977, elle était souvent comparée à Nathalie Sarraute. LE BÂTISSEUR DE RUINES de 1965, trouvable chez Gallimard dans la collection L’Imaginaire, est un texte singulier, poétique : un homme, ingénieur, fuit après avoir tué et se retrouve dans une ferme. C’est lent, dans une très belle langue.

Des lusophones m’avaient indiqué les noms des auteurs suivants : Lygia Fagundes Telles, Joao Guimaraes Rosa, Patricia Melo, Fernando Sabino.

Mister Elsa BoyerPour rire au départ mais, vraiment intéressant en fait, MISTER d’Elsa Boyer, aux éditions P O L, son troisième livre qui parle d’un entraîneur de football, des joueurs, de l’argent, des corps. Là aussi, vraiment une belle langue !

Il a été également question de pages sur le sport dans François de Cornière et Jean Prévost, de la biographie de Nicolas de Stael par Laurent Greilsamer. D’Hubert Haddad, LA THEORIE DE LA VILAINE PETITE FILLE, ed. Zulma à partir des trois sœurs Fox, américaines qui, au XIXè, ont inventé la mode du spiritisme. De la trilogie new-yorkaise de Paul Auster, de LA CONFUSION DES SENTIMENTS de Zweig, d’un Simenon sans Maigret de 1940 : LE BOURGMESTRE DE FURNES. De poésie, lue un peu à voix haute, extraite du GARDEUR DE TROUPEAUX et d’ODE MARITIME de Fernando Pessoa. De visions apaisantes avec Ph. Delerm, TROTTOIR DU SOLEIL et GARONNE ou avec J. Salomé: JE DERANGERAIS QUI EN ETANT MOI-MEME? ou encore politiques avec le pro-européen Bernard Guetta : INTIME CONVICTION. De livres, donc du monde !!!

Au 2 juillet!

Un vin – des livres §8

Cette fois, nous étions en Val de Loire avec des vins de petits producteurs de Touraine, un cépage Sauvignon blanc et un Bourgueil rouge, cépage Cabernet franc utilisé dans la région bordelaise également, facile à boire, aux arômes de fruits, plutôt léger : très faible présence de tanin, très peu travaillé en fût de chêne.

En accompagnement
loin_d_odile– LOIN D’ODILE de Christian Oster (1998) :
un homme et sa petite vie sans relief, sans attachement, au point de s’intéresser à une mouche et de la prénommer Odile, comme la dernière femme avec laquelle il avait eu une relation: p.14 : « … une femme au demeurant simple, un être direct, d’une franchise à couper le souffle, que j’avais quittée faute de l’aimer assez pour imaginer que je l’aimais encore. Au fond, je l’avais beaucoup aimée, probablement trop comme il m’arrivait de faire, et, lassé de ma propre ivresse, incapable d’entretenir plus avant la fiction en quoi consistait, me semblait-il, toute histoire de coeur, j’avais jeté l’éponge, renouant avec la platitude des jours,… » Du presque rien dans une langue très écrite et doucement humoristique, comme chez ses collègues, Echenoz, Gailly, Toussaint des éditions de Minuit.

Peste_et_cholera– De Patrick Deville (écrivain voyageur, directeur littéraire de la M.E.E.T. qui, depuis 20 ans, à Saint-Nazaire, publie une revue du même nom, accueille en résidence des écrivains étrangers, propose lectures, colloques : le dernier en date, à l’abbaye de Fontevraud, sur Julio Cortazar, avait lieu les 23 et 24 mai) : PESTE ET CHOLERA, prix Fémina et prix du roman FNAC en 2012. Après trois livres traitant de trois continents différents, Deville s’est intéressé à — prenez-le au pied de la lettre — un « illustre-inconnu », Alexandre Yersin (1863-1943), le découvreur du bacille de la peste, Pasteurien, médecin, marin, agronome etc, installé en Annam. Comme dans ses précédents romans, Deville mêle histoire et géographie.

Perfection_du_crime– De Tanguy Viel qui vécut un temps à Tours : L’ABSOLUE PERFECTION DU CRIME, 2001. Encore un auteur Minuit… mais plus jeune, pas la même patte. Un casse finit en film noir avec une trahison, une courte poursuite, une vengeance et en western avec un duel sans merci. Ça s’installe doucement puis l’écriture hyper-efficace nous entraîne toujours plus vite.

Nous avons aussi évoqué :
– des livres plus récents : FAILLIR ÊTRE FLINGUÉ de Céline Minard qui poursuit son exploration des genres, SOUVIENS-MOI d’Yves Pagès, présent au festival Terres de Paroles (16- 25 mai), DANS LA LUMIÈRE de la romancière américaine écologiste Barbara Kingsolver.
– Jean Christophe Ruffin pour LE GRAND CŒUR, son roman historique sur Jacques Cœur, de Bourges,
– enfin, des auteurs sans âge : Julien Gracq pour LA FORME D’UNE VILLE : Nantes décrite par le poète géographe, Balzac, Jean-Loup Trassard, ancrés dans cette région ouest ou des grands étrangers : Zweig avec LE JOUEUR D’ÉCHECS, Akira Yoshimura dont vous pouvez tout lire !

Comme vous le voyez, nous ne croyons pas que le livre n’a qu’une durée de 3 mois !!!!! Le prochain Un vin – des livres nous emmènera au Brésil, le jeudi 12 juin, coupe du monde oblige MAIS, comme ce même soir, de 18 à 19h, R.J.Ellory, un maître international du noir, sera à la Galerne, nous vous invitons à aller l’écouter PUIS à rejoindre le Chat Bleu à 19h30.

Un vin – des livres §7

    Ce jeudi, au Chat Bleu, c’était un peu le bazar : nous pouvions boire des vins d’Afrique du Sud ou un côte de Couchois (jeu de mot avec cauchois…) – Je vous dis : le bazar! mais  sympathique -.
    Les vins d’Afrique du Sud étaient un Chenin blanc, sec, fruité et un rouge de ce même producteur installé à Chablis que nous avons déjà croisé pour son vin produit au Chili: un Pinotage, entre Pinot et Cinsault, utilisé dans le Côte du Rhône. Ceux qui le préféraient pouvaient boire français : le côte de Couchois est un Bourgogne, assez proche du Haute-Côte de Beaune.
    Au bazar gustatif et géographique correspondait un panachage décomplexé de livres: 
– un roman noir économico-politique de l’Afrikaner, Deon Meyer, présent ce week-end à Quai du polar, à Lyon : LEMMER L’INVISIBLE, publié en 2008  puis en Points Seuil, nous emmène dans le monde des réserves animalières, enjeu touristico-écologique pour les blancs et territorial  pour les noirs.
– Autre roman noir, d’un auteur… américain…, Thomas H. Cook: LES LECONS DU MAL, 2011 au Seuil puis en collection Points. Construit (très) comme son dernier livre paru en France : AU LIEU-DIT NOIR ETANG avec un narrateur-personnage rendu solitaire par l’histoire qui a eu lieu dans les années 50. On est dans le delta du Mississipi, entre pauvres blancs et riches et il est question de responsabilité, de culpabilité.
     « Couchois »… « Cauchois » nous amenaient à des auteurs normands… qui ne parlaient pas… de Normandie:
– Annie Ernaux pour son dernier livre paru dans une nouvelle collection Raconter la vie qui se veut le « roman vrai de la société française », avec des textes documentaires courts. Celui-ci: REGARDE LES LUMIERES MON AMOUR évoque sous forme de journal l’hypermarché que fréquente l’auteure en banlieue parisienne. Elle s’y sent bien mais réfléchit sur sa place dans notre société: p.41: « C’est la grande distribution qui fait la loi dans nos envies », p.38: « De plus en plus sûre que la docilité des consommateurs est sans limites ».
– François David (que nous recevons au Havre à la Galerne, le 15 avril et à Fécamp au chat pitre le lendemain): HOMME, aux éditions Motus: un format singulier, couleurs vives et typographie au service d’une humoristique définition de l’homme. Pour faire le lien avec les poèmes de MINUTES D’ETE, nous avons aussi abordé les deux si jolis petits livres parus chez Esperluète éditions: LA PETITE SOEUR DE KAFKA, grave et MAUPASSANT ET LE JOLI COLLEGIEN, libertin, léger.

     Puis il a été question de THEOREME DE STAEL, 25 pages pour mieux voir l’exposition Nicolas de Stael qui a lieu au Muma, au Havre à partir de juin.
    De romans étrangers:
– de Jon Kalman Stefansson, la trilogie si poétique chez Folio de nouveau évoquée,
– LA LETTRE A ELGA  chez Zulma,
– le régime communiste vu par le Niki de NIKI, L’HISTOIRE D’UN CHIEN du Roumain Tibor Deri,
– LE FAKIR QUI VOYAGEAIT DANS UNE ARMOIRE IKEA, de Romain Puertolas, ed. Dilettante: drôle et profond,
– CONCERT BAROQUE d’Alejo Carpentier: Venise et la musique,
    de textes français:
– L’ECHANGE DES PRINCESSES de Chantal Thomas,
– LA PASSAGERE DU SILENCE de Fabienne Verdier,
– REPARER LES VIVANTS de Maylis de Kerangal,
– MAINTENANT OU JAMAIS de François de Closets.

    Beaucoup de références et d’autres encore à découvrir avant (ou après) notre prochaine rencontre, un vendredi cette fois, le 23 mai.

Un vin – des livres § 6

Seconde de publicité : les jolis petits livres-carnets de notre nouvelle collection: Minutes d’été et Autochtone(s) sont toujours chez l’imprimeur et nous sous pression, plus que les auteurs, François David et Boris Tesnière qui vivent leur vie… L’un habitué et l’autre pas à se voir imprimés.

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Au Chat Bleu, le 6 février, nous goûtions, pour le nouvel an chinois ou fête du Tet, du vin chinois. Pas de grimaces, svp! nous avions affaire à des cépages français, ni contrefaçon, ni mauvais produit, cultivés sur place, au nord-ouest de la Chine, et importés par des Français : un rouge Cabernet Sauvignon et, en blanc, un Chardonnet. Nous, nous avons apprécié le rouge d’une force certaine mais agréable. Et nous avons eu envie de parler, non seulement de livres, mais aussi d’archi :
Allez voir les bâtiments de Wang Shu, lauréat 2012 du prix Pritzker, l’équivalent du prix Nobel en architecture: la bibliothèque de l’université de Wenzheng, le musée d’histoire de Ningbo par exemple : simplicité et majesté!
Et aussi de cinéma : celui de Jia Zhang-Ke dont est sorti en 2013 A touch of sin et qui sait parler de sujets qui fâchent. Il avait déjà, entre autres, réalisé un fabuleux film sur les lieux du barrage des Trois Gorges, avant la fin des travaux titanesques accomplis par les petits bras de milliers de migrants, avant le départ obligé des populations. Dans son dernier film, c’est la violence des individus qui est pointée, contre les autres ou contre soi, toujours légitimée par la violence de la corruption et de l' »économie socialiste de marché » (Deng Xiaoping : « Qu’importe qu’un chat soit gris ou blanc pourvu qu’il attrape les souris »….)
Cette citation est extraite (parce que nous avons quand même parlé livres) du texte documentaire de Rachel Delcourt sur Shanghaï, ed. de l’Aube 2008. Sinon, quoi de mieux, pour apprendre simplement sur un pays que de lire des polars ou des romans noirs? Si vous devez n’en lire qu’un de Qiu Xiaolong, lisez le premier paru en France: Mort d’une héroïne rouge, ed. Points. Le héros, l’inspecteur Chen, cultivé et sensible est aussi poète, plus un clône de son créateur que d’un réel policier chinois si l’on en croit Jaune camion de Mi Jianxiu, alias Michel Imbert. Ce Français voyageur écrit  toujours sur la Chine mais sous son vrai nom. Jaune camion présentait une Chine de l’intérieur, rurale, boueuse.
Supplice chinois enfin, la relation amoureuse vue par Emmanuelle Pagano dans Nouons-nous  paru  en 2013 aux éditions POL. C’est souvent cruel. Des couples à tous les âges de la vie, dans de courtes fictions Enfin, pas si fiction que ça, il y a de l’autobiographique et de l’entendu dans ce livre.

-Mo Yan a été évoqué aussi, évidemment, avec Au pays de l’alcool. Mais aussi Le lotus bleu qui montre le quartier des Légations de Shanghaï, Les funérailles célestes que plusieurs connaissaient et apprécient, des images du XIXè, sur plaques de verre, visibles au musée N.Niepce et qu’Henri Michaux a trouvées si belles de… supplices chinois ou « des cent couteaux »
-Puis on a parlé d’autres lectures, plus récentes et souvent moins orientales:  Persécution, très fort, d’A. Piperno, du dernier Michèle Lesbre Ecoute la pluie, à lire comme tout ce qu’elle a écrit, d’un thriller écologique Abysses, de Priez pour nous de Lionel Duroy, du texte sur Mandela d’où est sorti le biopic récent, du Quatrième mur de Sorj Chalandon, présent au Goût des Autres, de l’oeuvre de la Vietnamienne Duong Thu Huong.
Qu’on se le dise, le prochain Un vin / des livres a lieu au Chat Bleu, le jeudi 10 avril. Nous vous y attendons aussi nombreux, à partir de 18h15.

Un vin – des livres § 5

Minute de publicité :

VOYAGEUR, une nouvelle collection de Rue du Départ: de micro-livres et carnets tout à la fois, quelques textes d’un auteur, quelques croquis d’un dessinateur, traces de départ et des pages vierges pour poursuivre le voyage.
« Ce conservatoire d’instants que finit par être un livre » écrit Christine Montalbetti, dans Love hotel, ed. P O L.  Et le carnet donc…
2 livrets de VOYAGEUR : Minutes d’été, textes de François David et dessins de Mo Silly-Lechevallier, Autochtone(s) de Boris Tesnière et Philippe Gardien, à paraître en mars.

Le 16 janvier, au Chat bleu, nous buvions du Lacrima Christi.
Evidemment, nous proposions un auteur italien : mais un inconnu, Guido Morselli (1912-1973). Son seul livre, Dissipatio, achevé en 1973, année de son suicide, est très étonnant, avec un départ SF. Un homme qui voulait mourir mais n’en a pas eu le courage, revient à la ville. Elle est vide, le monde est vide. Pas trace de violence mais partout, absence de vie. Lui, le misanthrope, se trouve seul et c’est le vrai sujet.
Et des larmes  avec le  beau Pas de saison pour l’enfer,  textes autobiographiques de Kent Anderson, ed.13è Note, 2013. Cet auteur né de la guerre au Vietnam dit la possibilité de la violence énorme, de la folie. Des larmes encore avec Baltimore de David Simon (1991 aux USA, ed. Sonatine 2012, Points  2013): un an dans le service de la crim’ de cette ville, le quotidien des inspecteurs, le type de criminalité, la population touchée. C’est un document et on le lit comme un roman.
Enfin, quelques larmes de rire avec des livres de l’Oulipien et Papou Hervé Le Tellier : Joconde sur votre indulgence (2002) et Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable (2008) ed. Le Castor Astral.  petit exemple :  « Je pense que le type habillé en légionnaire dans Ben Hur et qui a gardé sa montre bracelet a beaucoup oeuvré pour le mythe du film. »

Ont aussi été évoqués les écrivains du Montana dont Jim Harrison ou des auteurs engagés comme Dashiell Hammett, en lien avec l‘histoire populaire des Etats-Unis par Howard Zinn: histoire de ceux dont les manuels  parlent peu.
On a discuté des livres de Victor del Arbol, P. Markaris, Sandrine Collette, invités au Polar à la plage en juin 2014 au Havre, de Les invisibles de James Ellory, de Arrive un vagabond  de Robert Goolrick, d’un Bernard Werber et, rien à voir avec ces romans, d’Anthony di Mello : Quand la conscience s’éveille.

Le prochain un vin / des livres est le jeudi 6 février, à partir de 18h15.

Un vin – des livres § 4

    Le 5 décembre, au Chat Bleu, comme promis, c’était champagne pour tout le monde! Nous étions nombreux pour goûter les produits de Ludovic Messiers, un vigneron qui  plantera … du chardonnay à l’abbaye de Graville, au Havre… le  15 mars 2017, pour les 500 ans de la ville. L’abbaye serait un lieu idéal: la température y est supérieure de 4° à celle de la Porte Océane, des caves troglodytes existent, parfaites pour stocker et la pente pour prendre le soleil est là. Ludovic Messiers parie également sur des terrains de Sainte-Adresse pour produire un autre blanc.
    Le champagne  nous entraînait vers des livres qui pétillent :
et nous avons rendu hommage à un auteur léger, musical, disparu trop tôt, Christian Gailly des éditions de Minuit. Surtout connu pour UN SOIR AU CLUB, livre Inter 2002,LES FLEURS, DERNIER AMOUR, LES OUBLIES par exemple sont trouvables dans la collection « double ». Vive son amour des mots, la musique de sa phrase, ses histoires pleines de tendresse pour des personnages qui font ce qu’ils peuvent!
   Pétillant toujours, Serge Joncour qu’on peut entendre aux Papous dans la tête, avec L’HOMME QUI NE SAVAIT PAS DIRE NON paru aux éditions Flammarion en 2009 et trouvable chez J’ai Lu. Tout le roman est dans ce titre : que se passe-t’il si on ne sait pas dire non? Jusqu’où cela peut-il aller, surtout si on travaille dans un organisme de sondage…? Hilarant mais pas que! Une réflexion sur qui on est et pourquoi.
   Champagne = bulles = évaporation  : voilà LES EVAPORES de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 2013 : un des livres de la rentrée littéraire. Reverdy qui a visiblement une passion pour le Japon, a travaillé en résidence à la Villa Kujoyama, à Kyoto. Son livre suit un « évaporé », un de ces hommes (surtout) qui disparaissent, un vrai fait de société dans ce pays, plus encore en ces temps de crise économique. Une enquête mais pas un polar, pleine d’informations sur le monde de la finance, sur les suites de la catastrophe de Fukushima mais pas un document.
   Nous avons aussi évoqué :
–  les beaux guides des éditions Jonglez, guides des villes dans leurs aspects insolites et secrets, Rome, Venise, New York et bien d’autres sont déjà trouvables . Pour Rio, il faudra attendre encore un peu : le travail de longue haleine est commencé.
– tout aussi beau, le livre de photos de 50 ans de spectacles à la Maison de la Culture du Havre, la première de France, inaugurée par André Malraux, édité par l’association de la Maison de la Culture.
– CONFITEOR encore, par une autre lectrice, tout aussi impressionnée que notre amie!
–  le si poétique ENTRE CIEL ET TERRE, Folio, de Jon Kalman Stefansson, revenu en novembre aux Boréales de Normandie, à Caen.
– LE MONDE D’HIER de Stefan Zweig, son histoire culturelle de l’ Europe.
– MANIFESTATION DE NOTRE DESINTERET que Jean Rouaud a écrit contre les dérives de l’ultra-libéralisme.
– LE COEUR DES ENFANTS LEOPARDS de Wilfried N’Sondé, un monologue que Denis Lavant a lu un jour à Saint Malo, ce qui ne peut que donner envie.
– un polar brésilien : LE SILENCE DE LA PLUIE de Luiz Alfredo Garcia-Roza chez Babel noir
Les polars de J. Burdett évoqués lors de notre deuxième rencontre ont été lus par d’autres et trouvés super : c’est ça, l’esprit et le plaisir d’un vin – des livres / un vin délivre.
A bientôt, un jeudi de janvier.