Le Chat de mars -2)

Mis en avant

Le livre à gagner cette fois était 6 jours de Ryan Gattis, Fayard et livre de poche, 2015. Sur les 6 jours qui ont suivi le 29 avril 1992, l’acquittement des policiers qui avaient battu Rodney King : Los Angeles à feu et à sang. Un roman choral. La dévastation vue de l’intérieur, les actions des gangs entre eux, contre la police, les magasins d’armes.

Ont aussi été évoqués :
Underground railroad de Colin Whitehead, Gallimard 2017. Le titre fait référence au réseau de solidarité que, au XIX è siècle avant la guerre de sécession, des blancs abolitionnistes avaient mis en place pour aider les esclaves noirs échappés. Epouvantable et magistral.
Alma de Le Clezio, 2017, Gallimard, beau livre sur l’île Maurice, son histoire, son évolution.
L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan, Folio : la justesse (ou non) de la justice face à une croyance. Un beau personnage de femme mûre-juge.
Un Odyssée, un père, un fils, une épopée de Daniel Mendelsohn, 2017, Flammarion. Le père suivant le cours de fac du fils. Le lien.
Kristin Lavransdatter de Sigrid Undset, la prix Nobel de 1928, une des rarissimes (13) femmes prix Nobel de littérature : Le Moyen-âge, en Norvège. Une jeune femme refuse le mari qu’on lui réserve. Histoire et belles descriptions de paysages.
L’inconsolé de Kazuo Ishiguro, 1995, Folio. Autre prix Nobel, 2017. Une sorte de rêve surréaliste dans lequel on se perd.
La diagonale du vide de Pierre Péju, 2009 : un homme rencontre le monde et ses atrocités à travers deux femmes.
– des auteurs qu’on suit : Elena Ferrante : le 3è : « comme un feuilleton, on a l’impression de revoir une copine »; tous les Leonor de Recondo chez Sabine Wespieser : « extraordinaire comme elle parle du corps ! », Herbjorg Wassmö : sa trilogie, Jean Teulé (venu à La Galerne pour La respiration) : « son mélange du vrai et du faux », « sa truculence pour la truculence… »
Les couleurs de l’incendie de Pierre Lemaître qui a conquis ses lecteurs, à la Galerne encore, dernièrement. Tout le monde, ici, a apprécié le livre précédent, Au revoir là-haut, le film qui en a été tiré, fidèle et différent, la BD tout aussi intéressante.
Enfin, un essai, La France d’hier du sociologue Jean-Pierre Le Goff, chez Stock : la France des années 1950-70

Le prochain Chat Bleu, c’est le 12 avril !

Le Chat de mars – 1)

Mis en avant

Le vin était alsacien, d’un petit vigneron qui travaille en bio, vendange à la main : Beck Hartweg.
Le rouge était un Pinot noir de 2014, aux arômes de fruits légèrement confits, avec une note de tanin, un peu sulfurisé au début, peu filtré.
Le blanc : un Riesling de 2013 : une belle robe or/paille du fait de son passage en fût de chêne, sec, au goût, un peu, de pêche de vigne

Les livres nous faisaient voyager : tout d’abord, deux de la même maison d’édition : Quidam Editeur, au super joli logo : au trait, un petit homme encapuchonné :

Taqawan d’Eric Plamondon, 2018 : Au Québec en 1981, la police s’attaque aux Indiens pêcheurs de saumons.
La grande histoire sociale et raciale se mêle à la fiction, une intrigue de polar. Intéressant et vivant. Super rythme de la première descente p 28-29. Phrases courtes et sèches qui nous mettent face à la scène. « Taqawan, t’as qu’à lire » a posté un libraire. T’as qu’à…, tu ne le regretteras pas.

En route vers Okhotsk d’Eléonore Frey, 2018, traduit du suisse allemand par Camille Luscher : tout autre ambiance : une ville, il pleut. On passe d’un bistro à une librairie. Dans une vitrine, un livre au titre évocateur : En route vers Okhotsk et ce que ce livre fait à ceux qui le voient, le lisent. Envie douce de voyage. Rêve dû au livre : belle p 16 : » Le nulle part de Sophie est aussi et surtout le lieu où elle atterrit quand elle lit. Là où un instant plus tôt se trouvait encore une chambre, un salon, s’ouvre un espace que tout ce que les lettres de l’alphabet peuvent nommer, dire, maudire ou nier : En route vers Okhotsk, par exemple, ouvre sur un monde qui n’est pas seulement composé de la Sibérie de Mischa Perm, mais aussi des vastes solitudes de Sophie. Incarnées pour ainsi dire. Mot pour mot. Elle est assise dans la librairie. Penchée sur le livre sibérien. N’entend rien. Ne voit rien.
Une définition de ce que fait la lecture. On est bien dans ce livre !

A demain pour les autres livres dont il a été question…

Délocalisés

Mis en avant

Pour raison de Goût des autres, un Chat Bleu, le jeudi 18 janvier, n’était pas forcément une bonne idée. Proposition d’une lectrice : un autre jour, une rencontre délocalisée, privée, chez elle… Vous savez, les salons… comme aux XVIII è – XIX è siècles …ouah !…

Donc, voilà, délocalisés pour cette fois, les livres dont il a été question :
– Nos richesses de Kaouther Adimi, Seuil, 2017 : le troisième livre d’une auteure née en 1986 à Alger, vivant à Paris, un hommage à l’éditeur-libraire Edmond Charlot, son parcours porté par l’amour du livre, des auteurs. D’Alger à Paris… et retour. Un fabuleux passionné, c’est sûr. Un mauvais gestionnaire peut-être, victime en tous cas des événements entre la France et l’Algérie. Une bio-fiction, basée sur un (vrai/faux : ?) journal intime.
La daronne d’Hannelore Cayre, Métailié 2017 : – allez, on vous le dit… avant la présentation officielle, le 4 février, à la médiathèque Niemeyer au Havre : Hannelore Cayre  a répondu OUI à l’invitation du Polar à la plage. Elle vient au festival, mi – juin. –
Son roman est plein d’humour, pas toujours politiquement correct. Elle rejoint par exemple Didier Fassin (L’ombre du monde, Points Essais) sur les prisons improductivement pleines de porteurs de quelques grammes de drogue – et elle s’y connaît puisqu’elle est d’abord avocate pénaliste. Mais elle peut aussi cibler les EHPAD… Réjouissant, vraiment !
– La route bleue de Kenneth White, 1983 Grasset (prix Médicis), réédité en 2013 et en 2017 par les éditions Le mot et le reste. Ecrivain voyageur né en Ecosse, vivant en France, il parle là du Labrador, un de ses rêves d’enfance, du point de vue de sa nature, de ses habitants, de tout ce que cela crée en lui : sensations, réflexions, poèmes. Kenneth White a inventé la géopoétique.

Ont aussi été évoqués :
– La jeune épouse d’Alessandro Baricco, 2016 Gallimard, trouvable en Folio.
– Les étoiles de Sidi Moumen de l’écrivain et plasticien marocain Mahi Binebine, 2010, Flammarion. Sur les mécanismes de radicalisation, l’embrigadement des jeunes.
– Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud, chez Heloïse d’Ormesson, 2016, écrit pour comprendre la foi, l’enfermement accepté.
– trois romans à propos de l’Algérie, de la guerre : Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud,  L’art de perdre d’Alice Zenither, tous les deux chez Flammarion, 2017. B. Giraud parle d’un jeune Français qui ve veut pas tuer et vit cela du côté des soignants. A. Zenither évoque trois générations entre Algérie et France, des harkis. Dans l’épaisseur de la chair de Jean-Marie Blas de Roblès, 2017, Zulma est un « roman vrai » autour de son père.
Par amour de Valérie Tong Cuong, livre de poche 2018 : deux familles havraises entre 1939 et 45.
– Blonde de Joyce Carol Oates, livre de poche 2002 : « roman biographique ou biographie inventive » de Norma Jeane alias Marilyn Monroe. Plutôt contemporain si on pense à H. Weinstein, ce Hollywoodien qui a su …si bien… parler à l’oreille des femmes…
Donc, des romans principalement, mais aussi :
– Le miracle Spinoza de Frédéric Lenoir, 2017, Fayard. Le philosophe du XVIIè, nous et la joie.
– tout Gilles Kepel et son travail sur l’islamisme.

Nous revenons au CHAT BLEU le 1er février, 18H15.

Chat Bleu, novembre :

N’senga nous proposait un beaujolais blanc : un cépage chardonnay, sec mais fruité. Arôme de pêches blanches pour ce Château de Belleverne, d’un producteur, propriétaire récoltant, de l’agriculture raisonnée.
Cela accompagnait très agréablement des verrines …
et des livres, forcément :
–  Une île, une forteresse, sur Terezin d’Hélène Gaudy, paru chez Inculte en 2015 puis en poche, chez Babel. Ce beau texte est le récit de voyages qu’elle a effectués dans ce camp-forteresse à la Vauban, d’un savoir amassé sur cette « vitrine » des nazis, où étaient emmenés les Juifs artistes, intellectuels, connus, où ils créaient, où est venue la Croix Rouge, pour rien, où un film mensonger a été tourné…
– Churchill, Manitoba, d’Anthony Poiraudeau, aux éditions Inculte, 2017. Ce livre né d’une résidence peut faire penser à l’humour des Jean-Philippe Toussaint du début, quand un personnage allait à Venise et s’enfermait dans une chambre d’hôtel ou jouait au tennis tout le temps de son séjour. A l’humour, pas au style de Toussaint, la phrase est longue, touffue. Texte déceptif d’une aventure attendue qui aurait pu changer le narrateur en héros dans ce lieu si souhaité, si lointain, si glacé et si petit. Qui aurait pu…
– La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel, Minuit, 2013- 2017 : là aussi, humour et jeu avec les codes du cinéma, avec des clichés du roman américain.

Egalement, des romans policiers :  Les harmoniques de Marcus Malte, transcrit aussi dans une lecture musicale qui tourne toujours en France. Blues bar d’Ace Atkins, réédité chez Rivages en 2008, Qu’attendent les singes ? de Yasmina Khadra paru chez Julliard en 2014.
des auteurs qui ont reçu des prix : Eric Vuillard, Goncourt 2017 pour L’ordre du jour chez Actes Sud. Comme dans tous ses textes, il dit la grande Histoire par des moments précis peu connus mais très parlants. Kazuo Ishiguro, prix Nobel 2017 pour, entre autres, Les vestiges du jour, adapté au cinéma par James Ivory : où, là aussi petite et grande histoires se mêlent.
Un court texte poétique de Joseph Andras : S’il ne restait qu’un chien, chez Actes Sud. Dit dans le cadre du festival Ciné salé par Torreton. Une ode au Havre qui fait parler la ville.
De Kamel Daoud : Zabor, Actes Sud 2017, poétique aussi. Une fable sur la force de l’écriture, de la littérature, de l’imaginaire, contre la croyance mortifère.
D’ Arno Bertina : Des châteaux qui brûlent chez Verticale, un livre engagé qui donne la parole aux ouvriers d’une usine agroalimentaire qui doit fermer, à l’homme politique de gauche qu’ils ont séquestré.
Beaucoup donc de bons auteurs plutôt jeunes, de livres juste sortis ou plus anciens. Rappelons- le :  les livres « intéressants » DOIVENT avoir une vie de plus de trois mois et sont bien plus nombreux que les quelques titres mis en avant lors de la rentrée littéraire par les revues et les libraires…
Prochain Chat Bleu le jeudi 7 décembre !

Le Chat Bleu de juillet

Il faisait chaud et Le Chat Bleu nous a proposé des vins du sud :
– un rouge du Lot, cuvée Démon noir. Cépage Malbec, espiègle, entre rubis et noir, à arôme de fruits noirs, un peu confits.
– Un blanc de l’Hérault , Domaine du Paradis. Cépage Viognier. Fraîcheur, tonicité, petite pointe de minéralité et de fruit mais légère.
Démon contre Paradis donc…

Les livres, souvent plus nordiques :
– Pour faire écho au festival, à Edimbourg, du 30 juin au 2 juillet, pour les 30 ans du personnage tout en intuition de l’inspecteur Rebus, un Ian Rankin de 2001, traduit en 2005 : La colline des chagrins où, justement, Edimbourg est un personnage à part entière. L’alcool aussi…
– Que faire des classes moyennes ? de Nathalie Quintane, P O L, 2016 : un texte socio-politique de l’enseignante écrivaine qui publie depuis 1997, surtout chez cet éditeur. Un peu cruelle vis à vis de ce groupe aux limites incertaines qui se définirait principalement par l’achat : » Acheter quelque chose, tenir quelque chose, c’est être moins flou. » et ne verrait pas l’intérêt de la littérature ou de la solidarité.
– Révoltée d’Evgenia Iaroslavskaïa- Markon, 2017, Le Seuil : court mais percutant, ce texte autobiographique d’une jeune femme extraordinaire, morte aux îles Solovki, à 29 ans, en 1931, est accompagné d’une préface d’Olivier Rolin et d’explications d’Irina Flige, directrice d’un centre de recherche russe sur le goulag.

Nous avons aussi évoqué
– sur le même thème, le même lieu, le roman noir de Victor del Arbol avec lequel il est revenu, cette année, au Polar à la Plage : Toutes les vagues de l’océan, chez Babel.
Autres polars : Alex, hyper-écrit, de Pierre Lemaître. Le dernier Fred Vargas : Les recluses. Aux éditions Rue du Départ : La Maison de Nicolas Jaillet : « on est emmené, tenu en haleine »… D’ Alexeï Nikitine, auteur ukrainien ( comme A. Kourkhov), un « polar branque » : Victory park chez Noir sur Blanc. De Cédric Bannel, Baad qui se passe en Afghanistan, actuellement.
 l’histoire aussi : Marie-Antoinette l’insoumise de Simone Bertière, en livre de poche. Passionnant quand cela fait des rapprochements avec notre époque. Un roman : Les indésirables de Diane Ducret, 2017, chez Flammarion, avec de beaux portraits de femmes, d’Allemandes mariées à des Alsaciens ou réfugiées en France, raflées, envoyées dans des camps sous Vichy. L’opéra russe, de 1700 à maintenant, d’Andreï Lischke chez Fayard.
– Un essai sur l’exil de Nancy Huston :  Nord perdu,  chez Actes Sud : on est deux personnes différentes quand on parle dans deux langues. 

A septembre au Chat Bleu !

Un vin – des livres § 10

cevennes02C’était la dernière séance de la saison. Nous reprendrons nos rendez-vous mensuels au Chat Bleu le jeudi, les 11 septembre, 9 octobre, 13 novembre.

Nous avons bu, le 2 juillet, un vin rouge des Cévennes, pays de grands contrastes climatiques et de sols rocailleux bien drainés. Un cépage Syrah grenache, AOP Duché d’Uzes, un bon petit vin de garde au goût de fruits rouges, à la longueur en bouche intéressante.

Nous avons parlé de :
Une adolescence en Gueldre– UNE ADOLESCENCE EN GUELDRE de Jean-Claude Pirotte, paru en 2005 à la Table Ronde. Poète (Prix Goncourt de la poésie en 2012 pour l’ensemble de son œuvre), romancier: son dernier livre BROUILLARD est paru en 2013 au Cherche Midi, Pirotte est mort fin mai à 74 ans et deux livres posthumes devraient sortir en septembre. Ici nous sommes aux Pays-bas; on trouve de belles descriptions de paysages et surtout le narrateur fait part de sa vie à travers les textes, « Je suis incapable de m’engager dans l’existence, de la voir telle qu’elle se déroule et d’accueillir simplement les heures, les paysages, les vagues du quotidien. Rien ne me touche qui ne soit passé par le crible de mes lectures. Pas un instant je ne suis présent au monde… »
– De R.L.Stevenson (1850-1894) forcément : VOYAGE AVEC UN ÂNE DANS LES CÉVENNES qui raconte son parcours du 22 septembre au 4 octobre 1879, ses difficultés avec l’ânesse Modestine — qu’il martyrise ! —, les gens, les panoramas, l’histoire des Camisards et les raisons de ce voyage : « L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. » .
Voyage_avec_stevensonLe réalisateur de documentaires, Jean-François Dars, a, en 2006, refait le voyage en remplaçant l’âne par un vélo poussé à la main : le livre VOYAGE AVEC STEVENSON DANS LES CÉVENNES existe aux éditions Descartes. D’autres encore ont suivi ces traces et publié : Jean-Michel Cornu, Eric Poindron et, depuis 1978, un itinéraire de randonnée existe :
le GR70, « chemin de Stevenson ».
– D’André Chamson (1900-1983), auteur historien, LA TOUR DE CONSTANCE, de 1970: un de ses « romans » en lien avec l’histoire des Camisards, collection Omnibus de 2002. Roman mais hyper-documenté sur cette période de 1686 à 1768 où des femmes furent emprisonnées dans la tour d’Aigues-Mortes pour leur appartenance à la religion réformée.
Nous avons aussi évoqué des auteurs contemporains:  Jeannette Winterson, Victoria Hislop, Lewis Shiner, Hubert Mingarelli, Sylvain Tesson, Milena Michiko Flasar ; des noms déjà évoqués sont revenus : Michèle Lesbre, Céline Minard, de même que des classiques: Victor Hugo, Anthony Trollope.
Bon été de vins et de livres!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Un vin – des livres § 9

D’abord, un rendez-vous, le dernier de la saison pour nous : le mercredi 2 juillet, à partir de 18h15, au Chat bleu, autour d’un vin des Cévennes.

La fois précédente, le 12 juin, à la suite de la rencontre avec R.J.Ellory, nous nous retrouvions autour de vins du Brésil. Normal, puisque c’était, au Brésil, le même soir, l’ouverture de la Coupe du Monde… Quand même un peu pot de terre contre pot de fer, cette histoire, mais bon…
Le vin s’appelait « Brazilian soul », en anglais sur la bouteille, oui, leur production étant essentiellement pour l’exportation, et surtout aux USA. Le blanc, un Chardonnay, sec, fruité, avec de beaux arômes citrus et le rouge, un Merlot, très fruit rouge. Beaucoup ont essayé le blanc et ont été convaincus pour leurs futures soirées tv-footeuses-ambiancées.

Les livres maintenant :
Cacao Jorge Amadoon ne pouvait passer à côté d’un Jorge Amado (1912-2001), sans doute le plus connu et productif des auteurs de ce pays. CACAO, 1933, de nombreuses fois réédité chez Stock, parle de la culture et de ses conditions inhumaines : « J’ai essayé de raconter dans ce livre, avec un minimum de littérature au profit d’un maximum d’honnêteté, la vie des travailleurs dans les plantations de cacao du sud de l’état de Bahia ». De même, L’OR DE QUIPAPA de Hubert Tézenas, aux éditions l’Ecailler, évoque l’agriculture mais cette fois
de canne à sucre pour la fabrication de l’éthanol. Le livre est de 2013 mais l’action est située en 1987. Le temps ne semble pas passer au Brésil : les conditions de travail, l’écart entre les classes sociales que dénonçait Amado se retrouvent dans ce polar ! Hubert Tézenas, traducteur de Mo Hayder et de Robert Crais, que nous avons rencontré au festival Mauves en noir, est fou de ce pays qu’il connaît bien. Il publie là son premier roman.

Clarice Lispector était une autre incontournable. Morte en 1977, elle était souvent comparée à Nathalie Sarraute. LE BÂTISSEUR DE RUINES de 1965, trouvable chez Gallimard dans la collection L’Imaginaire, est un texte singulier, poétique : un homme, ingénieur, fuit après avoir tué et se retrouve dans une ferme. C’est lent, dans une très belle langue.

Des lusophones m’avaient indiqué les noms des auteurs suivants : Lygia Fagundes Telles, Joao Guimaraes Rosa, Patricia Melo, Fernando Sabino.

Mister Elsa BoyerPour rire au départ mais, vraiment intéressant en fait, MISTER d’Elsa Boyer, aux éditions P O L, son troisième livre qui parle d’un entraîneur de football, des joueurs, de l’argent, des corps. Là aussi, vraiment une belle langue !

Il a été également question de pages sur le sport dans François de Cornière et Jean Prévost, de la biographie de Nicolas de Stael par Laurent Greilsamer. D’Hubert Haddad, LA THEORIE DE LA VILAINE PETITE FILLE, ed. Zulma à partir des trois sœurs Fox, américaines qui, au XIXè, ont inventé la mode du spiritisme. De la trilogie new-yorkaise de Paul Auster, de LA CONFUSION DES SENTIMENTS de Zweig, d’un Simenon sans Maigret de 1940 : LE BOURGMESTRE DE FURNES. De poésie, lue un peu à voix haute, extraite du GARDEUR DE TROUPEAUX et d’ODE MARITIME de Fernando Pessoa. De visions apaisantes avec Ph. Delerm, TROTTOIR DU SOLEIL et GARONNE ou avec J. Salomé: JE DERANGERAIS QUI EN ETANT MOI-MEME? ou encore politiques avec le pro-européen Bernard Guetta : INTIME CONVICTION. De livres, donc du monde !!!

Au 2 juillet!

Un vin – des livres §8

Cette fois, nous étions en Val de Loire avec des vins de petits producteurs de Touraine, un cépage Sauvignon blanc et un Bourgueil rouge, cépage Cabernet franc utilisé dans la région bordelaise également, facile à boire, aux arômes de fruits, plutôt léger : très faible présence de tanin, très peu travaillé en fût de chêne.

En accompagnement
loin_d_odile– LOIN D’ODILE de Christian Oster (1998) :
un homme et sa petite vie sans relief, sans attachement, au point de s’intéresser à une mouche et de la prénommer Odile, comme la dernière femme avec laquelle il avait eu une relation: p.14 : « … une femme au demeurant simple, un être direct, d’une franchise à couper le souffle, que j’avais quittée faute de l’aimer assez pour imaginer que je l’aimais encore. Au fond, je l’avais beaucoup aimée, probablement trop comme il m’arrivait de faire, et, lassé de ma propre ivresse, incapable d’entretenir plus avant la fiction en quoi consistait, me semblait-il, toute histoire de coeur, j’avais jeté l’éponge, renouant avec la platitude des jours,… » Du presque rien dans une langue très écrite et doucement humoristique, comme chez ses collègues, Echenoz, Gailly, Toussaint des éditions de Minuit.

Peste_et_cholera– De Patrick Deville (écrivain voyageur, directeur littéraire de la M.E.E.T. qui, depuis 20 ans, à Saint-Nazaire, publie une revue du même nom, accueille en résidence des écrivains étrangers, propose lectures, colloques : le dernier en date, à l’abbaye de Fontevraud, sur Julio Cortazar, avait lieu les 23 et 24 mai) : PESTE ET CHOLERA, prix Fémina et prix du roman FNAC en 2012. Après trois livres traitant de trois continents différents, Deville s’est intéressé à — prenez-le au pied de la lettre — un « illustre-inconnu », Alexandre Yersin (1863-1943), le découvreur du bacille de la peste, Pasteurien, médecin, marin, agronome etc, installé en Annam. Comme dans ses précédents romans, Deville mêle histoire et géographie.

Perfection_du_crime– De Tanguy Viel qui vécut un temps à Tours : L’ABSOLUE PERFECTION DU CRIME, 2001. Encore un auteur Minuit… mais plus jeune, pas la même patte. Un casse finit en film noir avec une trahison, une courte poursuite, une vengeance et en western avec un duel sans merci. Ça s’installe doucement puis l’écriture hyper-efficace nous entraîne toujours plus vite.

Nous avons aussi évoqué :
– des livres plus récents : FAILLIR ÊTRE FLINGUÉ de Céline Minard qui poursuit son exploration des genres, SOUVIENS-MOI d’Yves Pagès, présent au festival Terres de Paroles (16- 25 mai), DANS LA LUMIÈRE de la romancière américaine écologiste Barbara Kingsolver.
– Jean Christophe Ruffin pour LE GRAND CŒUR, son roman historique sur Jacques Cœur, de Bourges,
– enfin, des auteurs sans âge : Julien Gracq pour LA FORME D’UNE VILLE : Nantes décrite par le poète géographe, Balzac, Jean-Loup Trassard, ancrés dans cette région ouest ou des grands étrangers : Zweig avec LE JOUEUR D’ÉCHECS, Akira Yoshimura dont vous pouvez tout lire !

Comme vous le voyez, nous ne croyons pas que le livre n’a qu’une durée de 3 mois !!!!! Le prochain Un vin – des livres nous emmènera au Brésil, le jeudi 12 juin, coupe du monde oblige MAIS, comme ce même soir, de 18 à 19h, R.J.Ellory, un maître international du noir, sera à la Galerne, nous vous invitons à aller l’écouter PUIS à rejoindre le Chat Bleu à 19h30.

Un vin – des livres §7

    Ce jeudi, au Chat Bleu, c’était un peu le bazar : nous pouvions boire des vins d’Afrique du Sud ou un côte de Couchois (jeu de mot avec cauchois…) – Je vous dis : le bazar! mais  sympathique -.
    Les vins d’Afrique du Sud étaient un Chenin blanc, sec, fruité et un rouge de ce même producteur installé à Chablis que nous avons déjà croisé pour son vin produit au Chili: un Pinotage, entre Pinot et Cinsault, utilisé dans le Côte du Rhône. Ceux qui le préféraient pouvaient boire français : le côte de Couchois est un Bourgogne, assez proche du Haute-Côte de Beaune.
    Au bazar gustatif et géographique correspondait un panachage décomplexé de livres: 
– un roman noir économico-politique de l’Afrikaner, Deon Meyer, présent ce week-end à Quai du polar, à Lyon : LEMMER L’INVISIBLE, publié en 2008  puis en Points Seuil, nous emmène dans le monde des réserves animalières, enjeu touristico-écologique pour les blancs et territorial  pour les noirs.
– Autre roman noir, d’un auteur… américain…, Thomas H. Cook: LES LECONS DU MAL, 2011 au Seuil puis en collection Points. Construit (très) comme son dernier livre paru en France : AU LIEU-DIT NOIR ETANG avec un narrateur-personnage rendu solitaire par l’histoire qui a eu lieu dans les années 50. On est dans le delta du Mississipi, entre pauvres blancs et riches et il est question de responsabilité, de culpabilité.
     « Couchois »… « Cauchois » nous amenaient à des auteurs normands… qui ne parlaient pas… de Normandie:
– Annie Ernaux pour son dernier livre paru dans une nouvelle collection Raconter la vie qui se veut le « roman vrai de la société française », avec des textes documentaires courts. Celui-ci: REGARDE LES LUMIERES MON AMOUR évoque sous forme de journal l’hypermarché que fréquente l’auteure en banlieue parisienne. Elle s’y sent bien mais réfléchit sur sa place dans notre société: p.41: « C’est la grande distribution qui fait la loi dans nos envies », p.38: « De plus en plus sûre que la docilité des consommateurs est sans limites ».
– François David (que nous recevons au Havre à la Galerne, le 15 avril et à Fécamp au chat pitre le lendemain): HOMME, aux éditions Motus: un format singulier, couleurs vives et typographie au service d’une humoristique définition de l’homme. Pour faire le lien avec les poèmes de MINUTES D’ETE, nous avons aussi abordé les deux si jolis petits livres parus chez Esperluète éditions: LA PETITE SOEUR DE KAFKA, grave et MAUPASSANT ET LE JOLI COLLEGIEN, libertin, léger.

     Puis il a été question de THEOREME DE STAEL, 25 pages pour mieux voir l’exposition Nicolas de Stael qui a lieu au Muma, au Havre à partir de juin.
    De romans étrangers:
– de Jon Kalman Stefansson, la trilogie si poétique chez Folio de nouveau évoquée,
– LA LETTRE A ELGA  chez Zulma,
– le régime communiste vu par le Niki de NIKI, L’HISTOIRE D’UN CHIEN du Roumain Tibor Deri,
– LE FAKIR QUI VOYAGEAIT DANS UNE ARMOIRE IKEA, de Romain Puertolas, ed. Dilettante: drôle et profond,
– CONCERT BAROQUE d’Alejo Carpentier: Venise et la musique,
    de textes français:
– L’ECHANGE DES PRINCESSES de Chantal Thomas,
– LA PASSAGERE DU SILENCE de Fabienne Verdier,
– REPARER LES VIVANTS de Maylis de Kerangal,
– MAINTENANT OU JAMAIS de François de Closets.

    Beaucoup de références et d’autres encore à découvrir avant (ou après) notre prochaine rencontre, un vendredi cette fois, le 23 mai.