Pièce Unique n° 32, un Joseph Conrad

La Pièce Unique n° 32 est faîte à partir de :
La ligne d’ombre (1917) de Joseph Conrad (1857-1924).
Ce court roman est inspiré d’un fait vécu par Conrad, l’officier de marine, la prise de commandement d’un bateau dans des conditions difficiles. Le capitaine précédent est mort à bord, le second et l’équipage tombent malades, la quinine manque et le navire est encalminé.

C’est devenu : L.D. l’ange de moire
en voilà quelques poèmes express :

  • Mon élan est de nature à tuer tout ce qui vit sauf les employés écossais. 
  • Sa dernière paire d’ailes était d’artificielle plume.
  • Sous l’oeil gauche, une énorme larme roule. Il est instantanément trempé, à demi suffoqué.
  • C’est le genre de calme à faire dresser l’obscurité.
  • La tête appuyée contre le vent. Supposez que le vent vienne à tourner ?
  • Vêtu de laine, rentré en routine, animé de scintillement, venez. 

    Nous offrons L.D.,l’ange de moire à Blandine Donneau, bouquiniste aimant le livre, la poésie géographique, les mots et voyant son métier comme du lien social. C’est assez rare pour être souligné, non ?!

Pièce unique n° 31 : un Marie Desplechin

La Pièce Unique n° 31 est Le sac à main de Marie Desplechin paru aux éditions Estuaire en 2004 et trouvable en poche chez Points. Joliment accompagné de dessins d’Eric Lambé, on croit d’abord à un simple inventaire poétique de ce qu’on peut trouver dans un sac, du rouge à lèvres aux clés en passant par le passeport, un livre…of course… et d’autres petits objets qui dessinent la vie de n’importe quelle femme. Mais non, c’est plus que cela, c’est une histoire qui apparaît lentement.
Marie Desplechin (soeur d’Arnaud, le cinéaste) écrit pour adultes et pour enfants, des fictions mais aussi des documents comme l’accompagnement de son amie Lydie Violet, atteinte d’un cancer (devenu aussi un texte radiophonique à France Culture). Elle était venue au Havre et avait animé un atelier d’écriture en bibliothèque. C’est à cette occasion – privilégiée- que j’avais acheté ce livre.

La Pièce Unique n° 31 s’appelle aussi : As, le caïman.
En voilà quelques poèmes express :
– Collé sur un dépliant publicitaire, un Pakistanais de démonstration cherche des yeux une guerre.
– Périmée 5 ans durant, ma personne n’a rien de très spectaculaire.
– Au bar de l’hôtel nous avons partagé un début de cuite et notre fils est né.
– L’insolence est à jamais plus jeune que nous.
– Une passion est un courant marin; on perd pied.

Elle est envoyée à Amélie Charcosset, rencontrée à Pirouésie, une jeune femme incroyable de joie de vivre, de fraîcheur et d’audace. Elle voyage beaucoup, s’installe dans des pays incroyables – l’Ouzbékistan, franchement ! et loin de la capitale en plus ! – Elle enseigne le français langue étrangère, propose des ateliers d’écriture et écrit évidemment (le joli Nous sommes tous des faiseurs de ciel, présenté sous forme de boîte, aux éditions 17 rue des Arts). Elle revient à Pirou à l’été 2017.

Pièce unique n° 30 : un Jérémy Guez

  Paris la nuit de Jérémy Guez est la pièce unique n° 30.
Jérémy Guez est auteur, scénariste surtout. Ce livre est son deuxième, paru chez La Tengo éditions en 2010, trouvable en poche chez J’ai lu. A 18 ans, il écrit les premières pages de ce court roman, la dérive d’un jeune sans idéal. Ce petit dealer veut devenir grand bandit et il s’attaque à plus gros que lui…

Passé à la moulinette des Poèmes Express, Paris la nuit devient : Tu liras, Pina !
En voilà quelques exemples (en plus des 4 reproduits dans Entravés qui vient de sortir aux éditions Rue du Départ) :
Je jure sur un cil que je ne joue plus.
– Il n’y a personne quand tout le monde est là.
– Sa jupe jouit avant elle; envie de plaisir en vitesse.
– Des chauves-souris à épuiser, la rue à évacuer, le boulevard à recracher.
– Ca te dirait qu’on voie un visage, ses cernes, ses joues creusées, son regard basculé ? 

Il est envoyé à Sophie Peugnez, libraire, chroniqueuse littéraire dans Zonelivre, https://polar.zonelivre.fr/, magazine internet sur le livre policier dont elle est co-fondatrice. Cette association créée en 2009, est aussi partenaire média du très bon festival Les Boréales, à Caen.

Pièce unique n° 29, un Haruki Murakami

cvt_Apres-le-tremblement-de-terre_9573Après le tremblement de terre de Haruki Murakami, paru en 2002 en France, est un recueil de six nouvelles qui évoquent toutes le tremblement de terre de Kobe de 1995, sans jamais se vouloir documentaires. Le séisme peut être central mais de manière totalement fantastique comme dans Crapaudin sauve Tokyo ou, le plus souvent, en marge de la vie des personnages : quelqu’un qu’ils ont connu vit à Kobe ou c’est une menace qui les perturbe.
Murakami est lui-même né dans cette ville.

C’est devenu : Prêt. La mer ment, bêle, se terre et voilà quelques uns des poèmes express qui le constituent :
– Le pare-chocs arrière fut saisi par un froid à fendre les oreilles.
– Le calme ne se produit pas avec n’importe quel rivage.
– J’ouvre la porte du moment noir, je plonge à l’intérieur, je ne contrôle plus rien.
– Le préservatif a été au courant de ma naissance.
– Je perds mes pieds. Ça fait trois mois que je n’ai pas couché avec une ville, son plan.
– Un mort est, une fois mort, si occupé par son passé qu’il n’évoque pratiquement jamais le futur.

Unknown-1Ce livre 2 en 1 venant d’Asie… est envoyé à une spécialiste de la littérature espagnole d’Amérique latine, Anne-Claire Huby. Professeure d’université, maintenant traductrice et éditrice, elle a créé en 2013 les éditions Zinnia, à Lyon. Nous n’avons lu pour le moment que deux de ses auteurs : Alicia Kozameh (Argentine) – voir Chat Bleu, décembre  2016- et deux nouvelles d’Alberto Barrera Tyszka (Venezuela) : Balles perdues et La correspondance des autres et nous les avons vraiment appréciés.

Pièce Unique n° 28 dédiée à « L’Autre Livre »

livre-la-moustache1La Pièce Unique N° 28 vient de La moustache, le troisième livre d’Emmanuel Carrère, paru chez P O L en 1986 et qu’il a adapté au cinéma en 2005. Une histoire de poils existant ou pas, rien donc mais qui enfle sur plus de 180 pages et se termine de manière tonitruante. Et étonnante. «  …tout le monde était persuadé que moi, je détenais le fin mot de l’histoire et en gardais délibérément le secret. J’avais beau dire que non, et que c’était même cette ignorance qui me permettait de la raconter, on ne me croyait pas. » . Ainsi en parlait Carrère au moment de la sortie du film.

La Pièce Unique n° 28 se nomme au choix : Au sachet mol ou Lâche ta sumo.
En voilà quelques poèmes express :
– Tant pis s’il avait bien failli cesser d’avoir peur.
– Ses yeux enregistrèrent le vide d’une vie normale, un truc irrattrapable.
– Le troisième jour, un pont relia deux petites îles. L’une d’elles refusa poliment.
– Sous leurs regards à écrous, des bouts d’immeubles se détachaient.
– Il aurait aimé cette vie, celle du Japonais dont les épaules ne transpirent pas.
– Gommer le ciel, faire confiance à l’après-midi puis caler les passerelles au-dessus des avenues.

La  Pièce Unique n° 28 est offerte à Eric Maclos, libraire, chargé de mission de l’Autre Livre, salon  de l’édition indépendante qui a lieu en novembre, (le prochain : les 17-19 novembre 2017) à l’espace des Blancs Manteaux à Paris. Ce salon rassemble 170 maisons d’éditions indépendantes francophones de petite ou moyenne taille. Par ailleurs, plus récemment, l’Autre Livre a ouvert une librairie au 13 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris. Allez-y; on y trouve nos livres !Unknown

 

Pièce unique n° 27 : d’après EVA de James Hadley Chase

Eva de James Hadley Chase est devenu Ave et a été envoyé à Nelly Gérouard et Jean-Marc Baude.

cvt_eva_5107Eva est raconté par un personnage masculin peu sympathique, un usurpateur. Mauvais écrivain, il a signé le roman d’un mort et a eu du succès à Hollywood grâce à cela. Il rencontre une femme, Eva, en devient dingue, veut la mater. Elle vit des hommes et jusqu’au bout ne plie pas devant lui.
unknownLe livre, paru à la Série noire, toujours trouvable en poche, est moins connu que le film en N et B de Joseph Losey, tourné en 1962 à Venise, avec Jeanne Moreau dans le rôle titre et Stanley Baker. James Hadley Chase, auteur anglais (1906-1985) n’était pas très content de l’adaptation. Il trouvait J. Moreau bien, certes, mais ne correspondant pas au personnage qu’il avait connu et recréé. Lui qui n’avait jamais résidé aux USA, y avait pratiquement toujours placé l’action de ses romans.

Voilà quelques exemples de « poèmes express » dans Ave :
– La route soulevée par les rafales continua à chercher le sol.
– Jeter l’argent et détourner aussitôt la tête pour faire plaisir.
– Un grand smoking se leva pour parler de lui.
– La bouche sur le rebord de la baignoire était en apparence d’une haute qualité de rouge.
– Un verre de cognac frappé casse le dentier d’un magnat du cinéma.
– Contempler un chien, refuser d’avaler ses yeux.
– Le type maigre, sans regarder la foule, pince la rousse, sa chair en nage.

portraitnelleyetjeanmarcAve a donc été envoyé à Nelly Gérouard et Jean-Marc Baude qui ont créé Dépanne Machine et Dadasco Editions. Nous les avons rencontrés sur des salons du livre, à Paris et à Caen. Ils sont installés à Houlgate, travaillent aussi en Espagne. Tous les deux plasticiens, éditeurs, ils produisent des livres d’artistes, des objets ( boîtes lumineuses, jeux de cartes, CD …) et sont super-sympathiques.

Pièce unique n° 26, à Francis Tabouret

Pièce unique constituée à partir de L’herbe rouge de Boris Vian, paru en 1962 chez Jean-Jacques Pauvert.
Tout le monde connaît Vian (1920-1959) sous au moins un aspect : trompettiste, chanteur, parolier, pataphysicien, pasticheur de roman noir américain, auteur de L’écume des jours…

30079_1632755L’herbe rouge paraît au premier abord tout à fait absurde. Puis philosophico-mélancolique. Peut-être autobiographique.
Wolf, le personnage principal, revisite sa vie, son rapport (pas terrible) à la famille, aux études, à la religion, à l’amour, grâce à une machine. Il prétend qu’on ne serait pas heureux si l’on obtenait sur le champ ce qu’on désire le plus au monde. Etre comblé vous anéantirait .

Voilà quelques poèmes express sortis du roman :
– Waterloo, en fort peu de mots, c’était du self-contrôle.
– On est tenté de rire de la figure du vieux qui s’envole dans un claquement doux.
– Après tout, être, c’est une absence spéciale.
– Une mouche a une belle situation. C’est du camouflage.
– Pour les intéresser, il faut une femme bête, un éclair blanc et ça donne la force d’un ensemble.
– Le soleil était en lainage pervenche mousseux dans le ciel vide.

le_tigreNous l’avons envoyé à Francis Tabouret, rencontré à Pirouésie. De son métier, transporteur par route, par avion, par cargo, de chevaux (il a pu travailler pour Bartabas) – et une fois, exceptionnellement, d’un taureau et de moutons…- Branché écriture et Oulipo, il a été membre de l’étonnante et maintenant défunte revue TIGRE. Que d’animaux !

 

Bon, encore un animal : le prochain Chat Bleu, c’est jeudi 8 décembre.

A Laurent Delabouglise, la pièce unique n° 25 :

Le n° 25 est à partir de :
cvt_lhotel-du-nord_9855Hôtel du Nord d’Eugène Dabit (1898-1936), son premier roman publié en 1929, plus ou moins à compte d’auteur chez Robert Denoël. Beaucoup connaissent ce titre mais surtout du fait du film de Marcel Carné avec Jouvet et Arletty, tourné en 1938, après la mort de Dabit, lors d’un voyage en URSS avec Louis Guilloux, Jacques Schiffrin et André Gide.
41m9wb6ysgl-_sx285_bo1204203200_Le scénario était de Henri Jeanson. Roger Martin du Gard, dans une lettre d’avril 1939 dit : » J’ai vu le film Hôtel du Nord; j’ai passablement souffert. Cela, était-ce utile? (le nom de Dabit n’est même pas sur le programme!) ». Le même avait écrit à propos du projet de ce film en 1933 : « …je ne crois pas qu’il soit possible de tirer un film « pour le public » d’Hôtel du Nord. A moins d’y ajouter une intrigue centrale. » Ce qui a été fait, alors que le livre était constitué de petites nouvelles, portraits, moments de vie de clients ou de gens  travaillant dans l’hôtel, quai de Jemmapes, comme celui tenu par les parents de Dabit de 1923 à 1942.
C’est devenu, aux éditions Rue du Départ, L’drone du lot H…
Voici quelques poèmes express qui en sont sortis :
– Des taches d’un noir épais, une lumière grise, un bois blanc.
– Tout est oublié des battements de coeur, de l’ardeur… C’est la dernière corvée.
– Maladroite, elle tenait son amant par des nudités qu’elle rhabillait.
– Que de petits clients à tranches rouges avec fusibles !
– Une lueur d’argent niellé ne quittait jamais la femme.
– Autour de gardes à cheval et vaches à roulettes, les grévistes.
Il est envoyé à Laurent Delabouglise, directeur du C R L de Basse Normandie et président de la F I L L, Fédération Inter-régionale du Livre et de la Lecture, hyper-présent dans les salons comme ceux de Caen, de Paris, entre autres sur le stand Normandie, homme de conviction, très investi. Nous le remercions pour son soutien à Rue du Départ avec, par exemple, le petit catalogue des éditrices en régions distribué  Porte de Versailles en 2014.

Pièce unique n° 24

unknownLa pièce unique n° 24 a été composée à partir de Les raisins de la galère de Tahar Ben Jelloun, paru en 1996, trouvable en Folio. Ben Jelloun, poète, romancier, journaliste, se présente comme un « intellectuel de culture musulmane » et écrit surtout depuis quelques années des livres qu’il veut pédagogiques, visant à faire comprendre et accepter les différences culturelles et la cohabitation.  Le court roman Les raisins de la galère en fait partie, présentant une jeune femme d’origine maghrébine soutenue par son père, ambitieuse, libre. La critique va autant aux « frères » qui viennent lui dire ce qu’elle doit faire qu’à l’administration française
Son titre revu et corrigé est : a) gardenal, les lisières…
Et voilà quelques exemples de ses « poèmes express » :
– Un cou ne savait pas comment renoncer à une relation sérieuse avec une grande gueule.
– Un vent plein d’hélicos dépose un imberbe au bout des doigts.
– En attendant le plaisir, on dirait qu’on a eu de la chance : observer puis se défaire.
– Un drapeau noir. Je me love dedans. Il fait sombre, doux; c’est clos, étroit.
– Un gars piquait les bras de cette bande de ratés dès leur douzième année puis s’éclipsait.
– Aide-moi à vivre les murs,
Aide-moi à échouer à préparer l’avenir.

Le livre à double lecture a été envoyé à M.H. Vernay qui, à Pirouésie 2016, a coordonné pour la deuxième fois le « off » et a proposé, avec deux autres, des animations pour ceux qui craignaient le « sérieux », le « professionnalisme » des ateliers oulipiens « in ». On peut supposer que ceux-ci se sentiront, dès l’an prochain, aptes à entrer dans le « in » tant la qualité était équivalente.
Par ailleurs, le texte de Ben Jelloun s’accorde avec les sujets de conversation que nous avons eus à Pirou, avec M.H. Vernay, du fait de sa profession et de son engagement social.

Pièce unique n° 23 : James Agee !

UnknownJames Agee, vous le connaissez pour Louons maintenant les grands hommes, avec les superbes photographies de Walker Evans, paru en 1941 aux USA et en 1993 chez Plon, dans la collection « Terre humaine » : une enquête en Alabama, auprès des fermiers touchés par les suites de la crise de 1929. Ce reportage avait été commandé par la revue Fortune mais pas publié tout de suite. Trop dur à avaler…
La même revue avait commandé à Agee un article sur Brooklyn en 1939 et cela avait donné un « Poème-reportage », Brooklyn is… paru seulement en …1968… Aux mêmes idéaux, les mêmes effets. En France, Christian 978-2-267-02070-0Bourgois, collection « Titres », l’a édité en 2010. Et c’est beau : une promenade, un panoramique sous forme de liste : des rues, des maisons, des gens, des animaux, des gestes, des mots. Et c’est fort : cela dit la pauvreté, le racisme…

Brooklyn existe est devenu, en version « Pièce unique » : Koons y el Brexit…
Il est offert à C. G. qui revient de New York. C’est une « passeuse ». Elle enseigne, y croit et aime les livres. C’est elle aussi qui nous a présentés à Nadia Bouzid, alors auteure de deux romans, dont nous avons publié trois nouvelles : Toujours moins.

Voilà quelques extraits de la Pièce Unique n° 23 :
– Dans les élégants immeubles scandinaves en bois, vagues et bouchés, les yeux des hommes.
– La façade du jeune couple : ou brillance chimique ou morbides heures.
– Bardeaux asphaltés
Magenta de religiosité
Beautés noyées.
– Un enfant commence un dessin abstrait, sa mère reproduisant des phallus.
– Rideaux sans fenêtre assez large pour laisser passer la conduite intérieure.
– Les Indiens, 16% des Juifs méritent d’être présentés.