Un Evelyn Waugh : P U N° 88

Mis en avant

Allez, on n’hésite pas …on a fait cette Pièce Unique n° 88 à partir d’un livre anglais …en anglais… Labels A Mediterranean Journal d’Evelyn Waugh (1903-1966). Auteur au style plein d’humour (anglais), d’une famille d’hommes de lettres, il est reconnu dès son premier roman, partiellement autobiographique, Grandeur et décadence (1928).

Labels, son premier récit de voyages de plusieurs mois en Méditerranée, est sorti en 1935 et n’a été traduit en français qu’en 1988. Il le nomme ainsi pour indiquer qu’il sait qu’il n’a rien d’un explorateur. Il va dans des endroits déjà visités et dans les conditions de confort d’une croisière.

En voilà quelques « Poèmes Express ». Ce sont plus des micro-histoires bizarres que des poèmes … on l’avoue… :
The jolly girls with little colored electric bulbs are all nameless.
– I did not dare to speak to ribboned grand-dukes in Paddington station.
– In the greek mountains, night clubs are nonsense.
– Camels left Haïfa for Port Saïd ; one was very sick.
– In a picture-postcard shop, in pseudo-oriental style, there were not enough pyramids.
– In wedding-cake decorations, we can perceive the art of cathedral. 

Cette Pièce Unique , 3 livres en 1, est offerte à Céline L., adorable, sensée et organisée (oui, tout ça) musicologue franco-britannique.

 

Un Dino Buzzati : P U N° 87

Mis en avant

L’image de pierre de Dino Buzzati (1906-1972) est le seul livre de S F de cet auteur, surtout reconnu pour son Désert des tartares (1940). Il était aussi peintre  et journaliste au Corriere della sera.
D’abord paru en revue en 1959, ce texte est publié par Mondadori en 1960 et, l’année suivante, aux éditions Robert Laffont.
L’histoire se passe en 1972. Buzzati, à propos de ce livre : «  Il me semble que le fantastique doit être aussi proche que possible du journalisme » avec les mots « les plus simples et les plus concrets possibles ». Un universitaire en électronique est approché pour une mission ultra-secrète de deux ans. On l’emmène avec sa femme sur les lieux. Il y retrouve d’autres scientifiques qui travaillent autour d’un édifice-automate.
Si on retrouve le schéma bien connu de la créature qui échappe à son créateur, cette histoire est étonnante par d’autres aspects.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Il se heurtait à son décolleté : un véritable et grand danger.
Faire âme, appuyer sur une mémoire, se placer sous la femme.
– Un symptôme n’était peut-être qu’une idée qui parle.
– Les insectes allèrent se promener en petit maillot et sandale.
– Un militaire viendra dans la zone 36 et sera à vous, ma chérie.
– Le lendemain était peu facile, devenait de plus en plus gris.

La Pièce Unique n° 87 est offerte à Mo S.
Cette médecin, dans une autre vie paysagiste, a dessiné à Lanzarote. Quelques uns de ses croquis accompagnent les poèmes de François David dans le livre-carnet Minutes d’été, aux éditions Rue du Départ.

Un Friedrich Dürrenmatt : P U N° 86

Mis en avant

Grec cherche Grecque de Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), paru en 1966 chez Albin Michel, est la Pièce Unique n° 86.
Dürrenmatt est un Suisse allemand dont on connaît peut-être plus le théâtre : La visite de la vieille dame (1956) ou les « polars » comme La panne. Ici, nous sommes dans une espèce de fable : Arnolphe Archilochos, sans âge, anti-alcool, anti-tabac, croyant, petit employé de l’entreprise Petit-Paysan qui fabrique des armes et…des forceps, est, lui, à la section des forceps. Un jour, il met une annonce pour trouver une épouse. Il a tout de suite une réponse d’une jeune et jolie femme. Et là, tout lui sourit : promotion incroyable, reconnaissance du président, de l’évêque, des plus riches citoyens.
Dürrenmatt s’amuse bien et propose deux fins, une négative, une positive…pour les bibliothèques publiques.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
Des nuits où nageaient les autos, les amours se collaient entre les jambes des gens.
– Septième crayon derrière l’oreille de l’évêque du dernier rang.
– Dans un royaume, voleraient superbes généraux, discrète collection de Poussin.
– Des canons atomiques étaient sur de moëlleux coussins dans une église.
– Lancer des lubrifiants, c’est l’avenir. Perdre l’ensemble de vue, c’est odieux.
– Croyez en un chrétien dans un peignoir à rayures bleues.

Cette Pièce Unique est offerte à Chantal D., travaillant dans le design, adepte de  l’Oulipo et donc évidemment rencontrée à Pirouésie.

Un Tanguy Viel : P U N° 85

Mis en avant

Cinéma, suivi de Hitchcock, par exemple est la Pièce Unique n° 85.
Cinéma est le deuxième livre de cet auteur, le premier étant Le Black note en 1998. Presque tous les livres de Tanguy Viel sont chez Minuit, et maintenant dans la collection de poche Minuit double.
Ce livre comprend deux textes, tous deux sur le cinéma. Tous deux sont le monologue allumé d’ un narrateur cinéphile mono-maniaque. Le premier est entièrement basé sur le film de Joseph L. Mankiewicz, Le limier, tourné en 1972 . Le second essaie de faire la  liste impossible des 10 films préférés d’un amateur, peut-être le même.

Voilà quelques poèmes express tirés de Cinéma :
– Peut-être que retraduire l’anglais en anglais, c’est rater des subtilités.
– Il suppose qu’il suppose, conclut et s’en va.
– Le hasard est une blague et le réel, c’est pareil.
– Une gangrène pousse dans l’image.
– Je comprends la mauvaise foi : c’est seulement ouvrir la case du cerveau prévue pour ça.
– On se fait avoir tout le temps, mais avoir avoir !

Cette Pièce Unique n° 85, ce sont trois livres en un =
– l’original de Tanguy Viel,
– les Poèmes express qui en naissent sur chaque page de droite,
– et une actualité en lien avec, ou bien cette page, ou bien le livre en son entier.
Elle  est offerte à Daniel F., écrivant assidu à Pirouésie, lieu d’ateliers oulipiens où, cette année, était invité Eduardo Berti, le premier Argentin entré à l’Oulipo… grâce à Julio Cortazar qui n’a jamais, on ne sait pourquoi, répondu à l’invitation qui lui avait été faîte.

Un Heinrich Böll : P U N° 84

La mort de Lohengrin de Heinrich Böll est un recueil de 15 nouvelles parues en France, au Seuil, en 1958. Il est trouvable dans la collection Points.
Böll y parle le plus souvent de manière sensible de l’après-guerre, d’hommes blessés, de vies brisées, de pauvreté et de villes en ruines. Trois d’entre elles insistent sur la jeunesse des soldats qui y ont été envoyés. Deux autres montrent le catholicisme de l’auteur : la mort est joie et lumière.
Mais quelques unes sont différentes : Mon visage triste, est une dystopie sur le fascisme dans un Reich où on peut être arrêté parce qu’on n’a pas l’air heureux.  Pas seulement à Noël, la seule très drôle, évoque la folie d’une tante qui ne veut plus vivre que la fête de Noël : sapins, décorations, angelots, massepain, et comment fait la famille pour le lui permettre.

Des « Poèmes express » en sont nés. En voilà quelques uns :
– Sa mère vivait d’injures, puis était morte de peur.
– Un uniforme beige s’assit, se releva et cassa un individu.
– Etre vous laisse tout seul.
– Un vert comme un couvercle, un jaune sur le bord.
– Massepains de nains : coutume allemande aimable.
– C’est simple, une femme nue. La femme, trouve-la moi.

Cette Pièce Unique a été offerte à Marie-Claude J., une très-très-grande lectrice avec laquelle il a été très agréable de travailler et est tout aussi agréable aujourd’hui de voir des expositions : ici, des vidéos d’Ange Leccia à partir du tableau des énervés de Jumièges.

Exposition visible à  l’abbaye de Jumièges jusqu’au 31 octobre 2019.

 

Un Maïssa Bey : P U N° 83

Cette fille-là de Maïssa Bey, paru en 2001, prix Marguerite Audoux, est le deuxième livre de cette auteure algérienne francophone née en 1950. Il parle, comme tous ses textes, de femmes, de ce qu’on leur fait, de l’injustice, de la répression qu’on leur fait subir à tous les âges, de leur non-place. C’est dur, malheureusement toujours vrai et beau.

 

Quelques poèmes express  venus de Cette fille-là :

– Surgie d’on sait où, la violence.
– Une petite chambre se réveille au 
milieu de la nuit, une chambre pour éclats de voix et colères.
– Lui, c’est le patron, elle, c’est un corps.
– Les mains tendues, elle traverse les murs et attend là.
– Des toits juste avant la pluie se roulent à terre et remontent après.
– Elle a des tresses serrées. Il les distribue à toutes les filles.

Cette Pièce Unique N° 83 est offerte à Véronique M., une femme douce, trop peut-être quelques fois pour que la vie soit facile …

Un J. M. Coetzee : P U N° 82

Au coeur des ténèbres, le deuxième livre de J. M. Coetzee, a été publié en France chez Maurice Nadeau en 1981 puis au Serpent à plumes, collection Motifs, deux maisons excellentes, l’une  disparue, l’autre morte puis reprise. Il est maintenant trouvable en poche Points Seuil.

J. M. Coetzee est né en 1940 en Afrique du Sud, a aussi vécu en Grande-Bretagne, aux USA, en Australie.  Professeur d’université, il a vu son premier livre publié en 1974 et a reçu le prix Nobel de Littérature en 2003.

Au coeur des ténèbres se passe dans une ferme du veld, en plein milieu de nulle part, avec Magda, la fille du fermier blanc, Hendrik, l’ouvrier agricole noir et Klein-Anna, la jeune épouse qu’il ramène et que séduit le fermier. C’est Magda qui parle dans 266 petites séquences numérotées. Et on ne sait pas : ce que Magda raconte, arrive-t’il vraiment ou est-ce de la folie ? En tous cas, c’est fort et dur !

Voilà quelques Poèmes express issus de cette Pièce Unique :
– La femme qu’il vient d’allonger pense, loin de ce plancher.
– Ce regard me mordille : gourmandise de peintre.
– Le secret le rendait fou, le désir, pas vraiment.
– La bouche a bu de l’urine de fées. Fin de l’histoire.
– Foulard rouge dans une couvée de poussins.
– L’innocence de petits potirons.

La P U N° 82,… trois livres en un,… est offert … à la libraire Caroline J. de Au fil des Pages qui n’a déjà pas le temps matériel de lire tout ce qui sort…

Un Rafael Pividal : P U N° 81

Pays sages paru en 1977 est la Pièce Unique n° 81 et ma première lecture d’un Rafaël Pividal (1934-2006).
Cet auteur né en Argentine de père argentin et de mère française, est venu en France en 1952. Agrégé de philosophie, docteur en sociologie, il a enseigné la sociologie de l’art à la Sorbonne et a beaucoup écrit.
A la sortie de Pays sages, le critique Matthieu Galey lui prêtait rien moins que : « l’humour de Chaval, la minutie de Ponge, l’invention de Vian ».
On peut aussi voir dans le personnage du scientifique-bûcheron Dimitri Chepilov un Candide qui, passant de sa datcha au fin fond de la Sibérie, à Londres pour le jubilé de la reine, voyage dans le monde soviétique et découvre le capitalisme.
Si tout est improbable dans ce conte, il est bien plus qu’étrange ou comique puisqu’il parle de faits et de problèmes sociaux qui, en quarante ans, n’ont pas pris une ride : chômage, écologie, impact des marques, trusts…même de l’édition…

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Les trains russes sont en plastique la nuit.
– Après mille gratte-ciel, une plaine. Pliante.
– Sous le papier de soie, la femme belle à l’ancienne mode.
– Esthétique occidentale : vous avez maigri.
– Les chiens salissent les moquettes et madame ne reçoit plus.
– Ce qu’on appelle une nuit de réflexion : on branche le tuyau sur le sens.

La Pièce Unique N° 81 Pays sages, 3 livres en 1, est offerte à Elisabeth G. pour la perturber … ou l’aider … dans son enseignement de l’histoire.

Un Robert A. Heinlein : P U N° 80

La Pièce Unique n° 80 est faite à partir d’un livre de Science Fiction de Robert A. Heinlein (1907-1988) : Starship troopers paru en 1959, sous forme de série, prix Hugo du meilleur roman en 1960.
Heinlein a été officier de marine jusqu’en 1934. Certains lui ont reproché ses valeurs militaristes mais il s’est montré très protecteur avec de jeunes auteurs de l’époque comme Theodor Sturgeon et Philip K. Dick. Il est considéré comme « une des plumes essentielles de la S F » voire « du XXème siècle » par Eric Picholle qui, avec Ugo Bellagamba, a publié Solutions non satisfaisantes – une anatomie de Robert A. Heinlein aux éditions Les Moutons électriques en 2008.

L’histoire de Starship troopers : après le grand échec d’un XXème siècle hyper-violent, l’univers est au mains de militaires. Le personnage-narrateur, Juan Rico, s’engage dans l’infanterie spatiale, fait ses classes avec des instructeurs mutilés puis ses preuves dans la guerre contre les Bugs, des arachnides.

Nouveauté… on l’a lu en v.o…. On l’offre donc à … une enseignante d’anglais, Pascale B. une femme incroyable : toujours prête à s’engager dans des projets, à créer pour et avec des élèves.

Voilà quelques « poèmes express » tirés de cette P. U. n° 80, trois livres en un :
– 12 seconds. Demonstration of firepower and frightfulness. Destroy to shine.
– A silly idea is worst under happier circumstances.
– Suppose all you have is one hand or one foot, go !
– A man was silly enough to put tanks against one flea.
– A fish in uniform smiled and spoke to the air.
– I buy your attention. You know we can’t use it.

 

un Kenneth White : P U N° 79

Les cygnes sauvages , de Kenneth White, traduit par Marie-Claude White, paru la première fois en 1990 chez Grasset est ressorti aux éditions Le mot et le reste en 2013 et en 2018 dans leur collection de poche. Il y est question de Japon, de voyage pour le Hokkaidô, « la route de la mer du Nord ». Kenneth White y fait (p.13) : « une sorte de pèlerinage géopoétique (…) un voyage-haïku dans le sillage de Bashô » (…) un petit livre nippon. »

On le suit, au rythme lent de la marche le plus souvent, on l’accompagne dans des endroits que l’on visualise ( p.67) : « Je traversais un pont rouge un matin, en route vers un sanctuaire shintô sur les hauteurs de Yudono » ou (p.111) : « A un endroit nommé Itoizawa, j’ai trouvé un café avec de grandes fenêtres qui donnaient sur la mer. Je me suis assis là avec mon livre aïnou bleu devant un pot de thé. ». On se sent bien, au calme, dans les lignes de ce livre.

Voilà quelques poèmes express qui en sont nés :
– Elle a des seins soyeux, tranquilles, où on boit un peu de vie.
– L’employé agite le saké tandis qu’une vieille dame mâche.
– Un poème dans la bouche des hommes dit l’intérieur des hommes.
– Une femme nue dans du cristal ; haïku qui ne méritait pas le papier.
– On s’évanouit tandis qu’ivre il récite un poème écrit il y a dix ans.
– La queue de la raie ayant traversé le panneau publicitaire, les Russes firent venir des experts.

On offre cette Pièce Unique à Jérôme T. qui, du fait de ses soirées thématiques, a dû se pencher sur le Japon, d’abord sans puis avec plaisir.