Svevo : à Lurlure éditions

Mis en avant

La P. U. n° 61 (3 livres en 1) est née d’un recueil de trois nouvelles d’Italo Svevo ( 1861- 1928) chez Folio.

La première, L’assassinat de la Via Belpoggio a été publiée pour la première fois en épisodes en 1890 alors que Umbertino et Un contrat sont parues après 1924, après La conscience de Zeno et la tardive reconnaissance de Svevo, grâce à James Joyce. Ces deux nouvelles remettent en scène Zéno, « son double moqueur » et le présentent dans ses petites trahisons, ses insuffisances, à l’intérieur de sa famille et dans l’entreprise. De l’auto-fiction avant la création du mot, semble-t’il.

Voici quelques « poèmes express » :
– Quand le coeur saigne, Freud y trempe sa plume.
– Sur un banc, sous un immense marronnier, des vêtements de fête faisaient gai.
– Tuer un corps en un moment. Percevoir là le corps mort.
– Une vendeuse gantée s’empara avec prudence de la question.
– A la maison, l’enfant est dans les bras de la fée qui rend les enfants adultes.
– Comme nombre d’hommes, il perdait son intérêt, finalement.

Les informations mises en parallèle sont principalement les élections italiennes, la Ligue, le M5S, l’arrivée de Giuseppe Conte, les migrants…

Cette P.U. n° 61 est offerte à :
Emmanuel Caroux,
créateur des éditions Lurlure ,
rencontré cette année, au salon de Caen, Epoque. Ces éditions sont nées en 2015 et présentent des textes d’art, littérature ou théorie d’auteurs contemporains (comme Yannick Torlini, le poète picard Ivar Ch’vavar), ou pas (comme Jean Le Houx (XVI è siècle), Alfred Delvau (XIXè siècle) Les dessous de Paris).
Un catalogue étonnant et exigeant.

La Part Commune : P U n° 60

Mis en avant

La Part Commune est une maison d’édition rennaise, créée en 1998. Si elle travaille avec des auteurs contemporains, elle croit aussi à l' »éternité d’un texte » et réédite des écrits du passé.
Arrivés à cette maison d’édition par un joli petit livre : Voyages et aventures du baron de Wogan en Californie, du même Emile de Wogan (1817-1891), publié deux fois au XIXè siècle puis oublié. Un de ses récits d’aventures vécues (ou non) : un peu de ruée vers l’or, une rencontre avec des Indiens qu’il aide mais qui le font prisonnier, le sauvetage par l’étrange Lennox. Ambiance de western et étonnante présence d’ Européens, nobles émigrés.

Quelques « poèmes express » nés de là :
– Mon fusil après avoir tué était devenu plus léger.
– Condamné à sagesse, le premier Américain. Cependant.
– Assister un homme ou le descendre.
– Des cris paraissent ficelés dans des écorces de voix.
– S’embourber en 3/4 d’heure, le temps d’ajouter un cerf au fond des marais.
– Bord gazonné, ruisseau, cèdre et 
chêne.

On renvoie la P U n° 60, 3 livres en 1, à son éditeur, juste pour le remercier de ne pas laisser les textes à l’oubli.

P U n° 59 : A. Desarthe

La Pièce Unique n° 59 est faite à partir de :

Comment j’ai appris à lire
paru chez Stock en 2013 et en collection Points en 2014.
Ce texte d’Agnès Desarthe est une autobiographie mais centrée sur le rapport aux livres de cette auteure et traductrice. Rapport étonnant : petite fille, adolescente, jeune adulte, elle n’aime pas lire. En tous cas, pas ce qu’on lui présente comme « essentiel ». Elle ne parvient à Flaubert, Balzac etc… que grâce à son père, à ses propositions de romans noirs d’abord, grâce aussi à plusieurs madame B : une institutrice, une professeure à l’école normale et, last but not least, Geneviève Brisac.
A. Desarthe, à travers l’histoire familiale et son passé d’enfant, déplie le pourquoi de son refus du sens. C’est, comme tout ce qu’elle dit de la traduction, passionnant.

Voilà quelques « poèmes express » issus de ses pages:
Jeunes, des baleines étaient coniques ; plus tard, certaines changèrent.
– Parfois, quand on ignore le lecteur, c’est un peu comme s’il assistait à un accident.
– Je ne parle que de profil ou couché. Je demande de me faire avaler.
– Après avoir pensé comprendre, j’ai emprunté un sens aux fées.
– Suffisamment malheureux, le professeur de lettres écrit.
– Un os de taille dans son petit appartement serait son chef d’oeuvre.

La Pièce Unique N°59, 3 livres en 1 (texte originel + « poèmes » + informations du jour), est offerte à Clara M., amie architecte née au Chili qui a bien plus traversé le monde que beaucoup d’entre nous et dont la tête « fonctionne bien » !

Howard Hawks : P U n° 58

Howard Hawks, aux Editions Universitaires, Classiques du Cinéma, écrit par J.C. Missiaen en 1966.
Howard Hawks (1896-1977) est un des grands Hollywoodiens qui a touché à tous les genres : films de guerre, de gangsters, comédies, westerns, policiers.

Cette étude est offerte à Y. D., une grande amatrice de cinéma et de livres, fidèle des réunions du Chat Bleu et de Philopop.

Voilà quelques uns des « poèmes express »:
Amoureuse chute de perles. Subtil balancement de main et tendre élan.
– Deux gorilles tenant des fleurs : séduction chorégraphique.
– L’U S Army ferme les portes de sa guerre et la met au service de chewing-gum.
– Les petits renards sont nettement conçus pour le drame.
– L’homme se signale par un appareillage qui préfère les blondes.
– Remarquons les pantins, tous au bord de la crise de nerfs.
– Les dents préfèrent les little girls. C’est ce qui nous vaut l’oeil glacé du cinéma.

Si ça vous dit, à jeudi 24 mai au Chat Bleu !

Borgès et Sabato : P U n° 57

Conversations à Buenos Aires entre Jorge-Luis Borgès et Ernesto Sabato, parues en 1966 en Argentine, en 2001 aux éditions du Rocher puis chez 10-18.
Les deux grands écrivains sud-américains acceptent la proposition d’un admirateur et libraire : pendant à peu près trois mois, se rencontrer certains après-midi, échanger autour de l’écriture : auteurs préférés, comment vous viennent vos sujets, la traduction etc… Borgès et Sabato ont peu en commun : l’un est un grand bourgeois, l’autre pas. Sabato est au départ un scientifique. Ils ne parleront que littérature, pas politique, ils n’auraient pas été d’accord.

Voilà quelques poèmes express issus de ces conversations :
Cette phrase a assez de force, assez de puanteur.
– Elles sont toujours dangereuses, les couleurs profondes.
– Le kangourou est un cygne noir : en Australie, il n’y a que des cygnes noirs.
– Une religieuse qui a une rage de dents nie l’existence des dents.
– Un rêve rencontre quelqu’un dans mon rêve. Dialogue.
– La folie est dans la chambre, la médiocrité dans un tiroir.
– Comme la mort se prépare, les enfants sont des accumulations de crainte.


La P U n° 57 est offerte à Daniel Damart – rencontré à l’Autre Livre – des éditions Le Réalgar, implantées à Saint-Etienne. Ingénieur, entrepreneur, galériste, éditeur, diffuseur, il est force de proposition, a plusieurs vies et n’a pas l’intention de s’arrêter là. Plusieurs collections au Réalgar : poésies, lettres ouvertes (dont celles d’Eric Bonnargent évoquée à un Chat Bleu), romans ou nouvelles (ex : de Jean-Noël Blanc, voir le dernier post).

L’homme invisible : P U n° 56

L’homme invisible d’H.G Wells (1866-1946) est paru en Angleterre en 1897 et en France, pour la première fois, en 1901 : Griffin, un scientifique entièrement dans sa recherche, devient un criminel : il vole son propre père, incendie un appartement, blesse des personnes. Le savant fou, prisonnier de son invisibilité mais dans la toute puissance, est sorti de l’ordre moral et en meurt.
Wells, s’il juge son personnage, s’amuse bien aussi.

Quelques « poèmes express » qui en sont issus :
Le scaphandrier se tourna pour porter le tuyau à ses lèvres.
– Explosion d’un air digne ; il n’y a rien dedans.
– Orteil et poing, j’ai l’intention de vous trahir.
– Cela se passa dans un cri puis on rangea.
– Il se leva et, l’air d’un imbécile, enfla.
– A deux mains, comprendre la sensation d’ouate.
– Il tira au hasard : la bouche éclata, langue sur les lèvres.

La P.U. n° 56 est offerte à Catherine D., professeur en retraite, femme ouverte, rencontrée lors de la première GAP (Grande Académie de Printemps) du festival seinomarin Terres de Paroles en 2017. Nous y avons partagé ateliers, lectures et spectacles.

55 : Jack London

P.U. n° 55 : L’invasion sans pareille, nouvelle de Jack London (1876-1916) parue en revue en 1910, publiée aux éditions du Sonneur en 2016, préfacée et traduite par Thierry Beauchamp.

Un récit dystopique : la Chine des années 1970-80 surpeuplée fait peur au monde et on lui envoie des avions qui déversent des tubes de verre fin qui éclataient en mille fragments dans les rues et sur les toits. (p 48)… L’Occident tue les Chinois par une vingtaine d’épidémies (p 50)…

Cela ne nous rappelle rien ? : les expériences japonaises de l’Unité 731, créée en 1932-33, activées pendant la seconde guerre mondiale ou les frappes chimiques de la Syrie en 2018…
London a – en 1910 ! – vu juste sur
– l’utilisation d’armes inhumaines – si tant est qu’il y en ait d’humaines –
et
– la démographie chinoise.

La P.U. n°55, 3 livres en 1, est offerte à Jean-François T., grand « écrivant », défenseur des mots dans un collectif de frappadingues à tendance oulipienne qui pratiquent régulièrement l’écriture par la contrainte.

Quelques exemples de Poèmes Express :
Les Chinois faisaient les Chinois, comprenaient les Chinois et l’esprit chinois.
– Grandir calmement. Et l’inquiétude cesse.
– Rien fut déjà beaucoup trop ; c’est tout.
– A peine la moitié de la vérité était possible. Et l’on n’y pouvait rien.
– Sous le regard des moustiques, de grands avions pourrissaient, empilés.

P. U. n° 54 : de Wiesel

Pièce unique n° 54 d’après Le crépuscule, au loin d’Elie Wiesel (1928-2016), publié en 1987, un an après son prix Nobel de la Paix.

Un livre dans lequel je ne suis pas vraiment entrée, pas en tous cas comme j’avais pu le faire dans son premier texte : la nuit paru aux éditions de Minuit en 1958.

Cette difficulté, la gêne face au tragique du sujet de l’holocauste et ses suites et l’irrévérence inhérente à la forme des P.U. n’ont permis que peu de Poèmes Express (… acceptables… peut-être en est-il toujours ainsi mais cela semble plus frappant encore cette fois…)
Voilà :

J’ai manqué le sofa ; question de méthode sans doute.
– Un baiser qui dura des semaines, un jour, desserra son étreinte.
– Des frissons traversent le corps des femmes d’un certain âge. Consultons.
– Un être vidé regarde le vide pour ne pas tomber sur une idée.
– Autour des malades, les humains semblent plus réels, comme des tasses.
– Né en Pologne, il est venu rayer un Soviétique.

Pour ces différentes raisons, cette Pièce Unique s’auto-détruira après la publication de ce post.

P U n° 53 : Harrison

Jim Harrison.
L’écrivain américain (1937-2016), plutôt dépressif, amateur de pêche, de paysages du Michigan, du Montana, de bons vins, de belles filles…et de cochons… C’est ce qu’on apprend dans Le vieux saltimbanque, clairement pas son meilleur livre, une autobio à la troisième personne, publiée moins d’un mois avant sa mort.

(photo de 2016)

Voilà quelques Poèmes Express sortis du Vieux saltimbanque :
Trop d’amants imaginaires pour deux filles au bord des larmes : injustice.
– Quand le cargo coula, il écouta les arbres, longea la peur.
– Ces hommes bourrés ne s’arrêtent jamais dans un petit restaurant dirigé par une dame âgée.
– Ils firent l’amour ; tendresse en plastique ; un peu d’entraînement nocturne.
– Habiter une splendide villa avec Cary Grant, se sentir désarmé en nuisette et rien à lui dire.
– Sa claustrophobie devait tenir bon et ne pas gâcher sa crise cardiaque.

Ce n° 53 a été envoyé à Erwan Vrinat, une des principales chevilles ouvrières, auprès de Marianne Clévy, du festival Terres de paroles, de lectures, spectacles, performances.
Cette année, la troisième, ce festival de Seine Maritime a lieu du 27 mars au 29 avril. Venez, venez ! C’est de très grande qualité !

P. U. 52 – Bill Cardoso

K O à la 8ème reprise de Bill Cardoso, aux éditions Allia est la Pièce Unique n° 52.
Bill Cardoso (1937-2006), écrivain, reporter, proche de Hunter S.Thompson a, comme lui, fait du « nouveau journalisme » : il apparait donc dans les histoires vraies qu’il raconte.
Ici, en 1974, à Kinshasa (RDC),c’est le combat pour le championnat du monde poids lourd de boxe de Mohammed Ali contre George Foreman que Cardoso est censé couvrir pour le New York Times. Prévu le 24 septembre, le combat est repoussé ; le journaliste doit rester plus de 50 jours dans le Zaïre de Mobutu et c’est autant de cela qu’il est question dans le livre : la toute puissance du dictateur, l’atmosphère du pays, l’impression d’être piégé.

Quelques « poèmes express » de cette Pièce Unique :
Billets et peau de léopard dans tous les halls d’hôtel et dans la chambre 263.
– Sur la 55 ème rue orwellienne rentre un vol de nuit.
– Tu places un gars face à lui, au 6 ème round, il peut devenir psychologue.
– Pour finir le Congo belge, N. ne cessait de répéter « dehors, dehors ».
– Cinquante nuits m’ont accueilli. Un membre m’a pris.
– Le gorille tout droit sorti de la villa balbutia : Quel ambassadeur ?… Le bleu.

Cette P.U. 52 est offerte à Ludovic Pacot-Grivel, responsable artistique du joli petit théâtre des Bains Douches (Le Havre) depuis 2006. Comédien, metteur en scène, programmateur et professeur, il fait partie de l’aventure Terres de Paroles depuis 2016 et, dans ce cadre, monte cette année J’appelle mes frères, une superbe pièce de Jonas Hassen Khemiri.