Un Kamel Daoud : P U N° 113

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Le peintre dévorant la femme paru aux éditions Stock en 2018 est aussi en poche chez Babel.  Kamel Daoud est connu pour son Meursault, contre-enquête, Goncourt du premier roman en 2014. Il est par ailleurs journaliste et a des positions vis-à-vis de l’islamisme qui le mettent en danger.
Ce livre est un récit, de la collection « Ma nuit au musée » : un(e) auteur(e)  passe une nuit dans un musée et écrit sur cette expérience. Lydie Salvayre, Santiago Amigorena, par exemple, se sont déjà prêtés à ce dispositif.

Kamel Daoud a été, lui, invité au musée Picasso. L’intérêt du livre n’est pas tant son regard sur l’oeuvre de ce peintre que ce qu’il dit du rapport au corps, au sexe, à l’art et à la collection, de l’autre côté de la Méditerranée. Là, c’est passionnant.

Voilà quelques uns des Poèmes Express qui en sont sortis  :
Le jaune annonce le sourire, le corps et sa chaleur.
– Durant l’amour, se faire appréhender par le muscle-coeur.
– Le sang s’échappe. Plongée dans la mort, la femme en offrande.
– Cet endroit est un monde de piranhas. La fin y est la fin.
– S’il peint l’âme, je peux la dévêtir.
– Le grain de peau rencontre le cannibale et le nu est 
camisolé par l’amant.
– Sous mille angles, cette année se révèle noyade, submersion et fin.

La Pièce Unique N° 113 est à offrir à Laurence Drocourt, plasticienne qui travaille à l’ESADHaR. Elle a aussi conçu une pseudo-galerie : une vitrine / une oeuvre ( souvent intéressante et ludique ).

 

Un Philip K. Dick : P U N° 112

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Siva  de Philip K. Dick, paru aux USA en 1980 et chez Denoël en 1981 est un texte EXTRAORDINAIRE !
Ecrit deux ans avant sa mort, Siva n’est ni essai, ni roman, ni autobiographie. Ou est un peu tout ça.
C’est sa dernière période, très controversée par les puristes de la S F. Il y parle de la transcendance et de lui. C’est totalement fou, personnel  et super intelligent.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus : Occupé à essayer de tuer, il se souciait uniquement de la méthode.
– S’en branle un crétin, de l’orthographe d’oxymoron.
– La cervelle consommée provoqua chez lui une colère acide.
– Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de trous dans les hommes pour dégager la vérité… ?
– Le monde était en réanimation. Personne ne savait cela.
– Le déterminisme est cassé. Une petite vieille brise l’Empire.
– Un sein a une vie et s’en rend compte.

Cette Pièce Unique sera offerte à Elodie Boyer, des très belles éditions Non Standard.  Elle va se demander ce qui lui arrive, elle qui propose des livres si graphiques.
Elle fait d’ailleurs partie de la Saison Graphique 2020, au THV jusqu’au 31 octobre.

Un Silvio d’arzo : P U N° 111

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Maison des autres est la Pièce Unique N° 111. C’ est un court texte de l’Italien Silvio d’arzo (1920-1952), paru en France aux éditions Verdier. Il est suivi d’un texte encore plus court : Un moment comme ça.
Dans les deux, un homme parle, un curé ou un instituteur.
Le curé de Maison des autres est assez âgé. Il vit dans un petit village de montagne et le climat est rude. Une très vieille et pauvre femme lui pose une question.
L’instituteur de Un moment comme ça aide un homme qu’il n’apprécie pas et découvre avec lui quelque chose de grave.
Silvio d’arzo suggère plus qu’il ne dit. Il nous met sur la piste, à nous de compléter. C’est ténu mais important.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
Le garçon n’était pas homme ;  le fait est, pas homme.
– Au canal, elle se mit à laver les pluies.
– Il suffisait d’un souffle pour être moins mort.
– Je suis venue au mariage faire oui de la tête.
– S’en aller de biais et réussir à trouver un train.
– Chaque soir, j’apprenais à coudre un vieux. Quand commençait l’agonie, on cousait les mains.

La Pièce Unique N° 111 est offerte aux co-gérantes des éditions Verdier. On les aime pour leur collection russe, pour les Pierre Michon, le Anne Pauly et le Camille de Toledo.

Un Gabriel Garcia Marquez : P U N° 110

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La Pièce Unique N° 110 est De l’amour et autres démons, paru en 1995 dans une traduction de Annie Morvan.
Garcia Marquez (1928-2014), prix Nobel de littérature en 1982, est connu pour le « réalisme magique » que l’on retrouve ici.
Au  XVIII ème siècle, sur la côte caribéenne de la Colombie, maîtres et esclaves se mêlent. La rage est là. L’Inquisition n’est pas loin. La bêtise non plus. Les sentiments sont exacerbés. Une belle enfant de douze ans, Sierva Maria, en paie le prix.

 

 

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus :
Un ventre pouvait toucher.
– l’obscurité devint folle, déguisée en dents.
– Elle cachait des vaches mi-mars, et l’iguane les mois de canicule.
– Trois étages de pierre, trois étages d’emmurées.
– Connaître la fin de tous les livres, en informer l’évêque.
– La mort s’enferme et un cadavre sort.
– Une femme inconsolable, la nuit tombée, était retournée sous l’oreiller.

On offre cette Pièce Unique à Veronica B – P, l’amie colombienne, pleine de fougue et d’enthousiasme dans tout ce qu’elle entreprend.

Un Tibor Déry : P U N° 109

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La Pièce Unique N° 109 est, aux éditions Circé, Niki L’histoire d’un chien, de Tibor Déry.

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Tibor Déry (1894-1977), aussi scénariste et traducteur, a été exclu du Parti Communiste  en 1953 et emprisonné jusqu’en 1960 pour avoir participé à la révolution de 1956 en Hongrie.
Le roman a été traduit par Ladislas Gara (1904-1966), alias Imre Laszlo, un grand passeur de textes hongrois, apatride, ayant vécu en France dès 1924.

Niki L’histoire d’un chien est bien plus que cela. C’est l’histoire de la Hongrie entre 1948 et 1955, à travers un couple, monsieur et madame Ancsa, les maîtres de Niki, mais pas de leur vie.
C’est un livre attachant, comme le chien.

Voilà quelques Poèmes Express nés de ce livre :
Lécher les lèvres d’un tigre. Apprendre – finir par apprendre.
– La souplesse connut la laisse.
– Détruire 
l’ancien. L’ouvrir pour voir.
– A l’étroit dans sa jeunesse, le corps vous déchire.
– Afficher un air stupide et prendre un homme ou deux.
– Le bec des poules s’élargit sur un petit cri pourpre.

La P U N° 109 est offerte à Valérie Barbe, libraire à Caen, au Brouillon de culture. Rencontrée lors de salons à Livre Paris, Epoque ou Boréales de Normandie, on la sait aussi très « branchée animaux ». Bon, plus chats que chiens, mais…

Un Sigrid Undset : P U N° 108

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La Pièce Unique N° 108 est Vigdis la farouche, paru en Norvège en 1909, traduit en 1954 chez Stock par « madame Metzger » (rigolo, non ? Cette femme, traductrice aussi de Selma Lagerlöf, Karen Blixen, se prénomme Marthe)

Sigrid Undset (1882-1949) a reçu le prix Nobel en 1928. Ses livres se partagent entre romans contemporains et romans historiques. Vigdis la farouche fait partie de ces derniers. On est au Moyen-Age, entre Norvège et Islande, entre christianisme et paganisme. L’amour-haine qui lie Vigdis et Ljot s’étire sur une vingtaine d’années.

Voilà quelques Poèmes Express sortis de Vigdis la farouche :
On apporta alors la nuit. Elle paraît avoir besoin d’un toit.
– S’il demande mon amitié, je lui arracherai les dents.
– Mains de glace, genoux de neige, sueur blanche.
– J’ai éprouvé un chagrin brodé.
– La neige cessa. Elle ne sera plus jamais évoquée.
– La main saisit la main et la main rougit la joue.
– Il sauta à l’eau avec les Ecossais qu’on lançait sur eux.

Le livre est envoyé à  Eric Boury, le super traducteur de l’islandais qui nous a permis de lire Arnaldur Indridason comme l’extraordinaire Jon Kalman Stefansson.

 

Un Leïla Sebbar : P U N° 107

Soldats de Leïla Sebbar est sorti en 1999 aux éditions du Seuil puis paru en poche, collection Points. 7 nouvelles composent ce livre. Toutes parlent de guerre, des guerres de partout. Des guerres du XX ème siècle. En Afrique, en Asie, en Europe. Coloniales, civiles, Pour des territoires, pour des idées. Des guerres, quoi ! Avec des hommes acteurs et des femmes souvent victimes.

 

voilà quelques Poèmes Express qui sont sortis de Soldats :
– Manger des pauvres, crever des femmes, les sortir de 
boîtes.
– Si on habille un homme en soldat, il devient matraque, il matraque.
– L’ombre des pales sur la terre sèche de la zone interdite.
– Il les entendait mourir sur les chemins au bord des maïs ; elles criaient.
– Ventre de cafetière en émail bleu sur un tapis.
– Elles ont compris. Elles savent. Ils ignorent. Ils croient.

La Pièce Unique N° 107 est offerte à une femme de conviction, éditrice de livres d’art et de la revue Empreintes, Claude Brabant.

Retour de Marie A. sur la P. U. N° 103

Pièce Unique N° 103 de

Catherine Hémery Bernet
Trois lectures en un ouvrage :
– « Rondeur des jours », Contes de Jean Giono
– Sélection par Ca He Be de choses lues dans les quotidiens nationaux et entendues sur France Culture
– Poèmes express de C.H.-B. sur le modèle de Lucien Suel
Premier poème express le 26 janvier 2020 :
La route
a voulu nous persuader que nous allions vers quelque chose.
Dernier poème express le 11 juin 2020 :
Grands clous de douleur
et
petits souliers légers.

Un Arnaud Cathrine : P U N° 106

 Pièce Unique n° 106 :
Les yeux secs,
 premier livre d’Arnaud Cathrine, paru en 1998 aux éditions Verticales et, en poche, en J’ai Lu.
C’est une histoire de guerre civile, de peur, de décisions à prendre, de confiance ou pas, de résistance ou pas, de collaboration ou pas. On ne connaît pas le contexte. Seuls des noms, des prénoms (Odell, Hamjha) pourraient nous aider. Le style a un côté un peu emphatique quelques fois, surtout si on le compare avec son dernier livre paru : J’entends des regards que vous croyez muets (éd. Verticales 2019).

Voilà des Poèmes Express issus de Les yeux secs :
– Fermer, ouvrir. L’odeur venait d’une sueur.
– Les hommes passent la grille et envahissent le tapis.
– Je repense à un soir, un dîner, un air inquiet.
– Nous ruer l’un contre l’autre et ramasser la frayeur.
– Faire taire les cernes.
– La lame dans le cervelet rempli.
– Ils terminèrent le temps.

La P. U N° 106 est offerte à Isabelle Letélié, efficace animatrice d’ateliers d’écriture, journaliste et auteure.

Un Cynthia Ozick : P U N° 105

Avant d’écrire ceci, j’ai relu le texte si incroyablement positif de Jean-Pierre Suaudeau. Qu’il en soit encore remercié !!!
Je rajouterai juste que ces Pièces Uniques me sont un moyen de découvrir des livres de l’histoire littéraire, parus il y a longtemps, dans un monde où sortent des centaines de textes qui poussent les précédents dans l’oubli. C’est une façon de dire ma croyance en une littérature patrimoine, en un fonds inaltérable. Une façon de partager cette croyance.
OK, on s’en fout,
OK, c’est pompeux,
mais c’est ça.

La Pièce Unique N° 105 est Le châle de Cynthia Ozick, née en 1928, à New York.
Le châle est un texte court, paru aux USA en 1980 et en 1991 en France. C’est un texte incroyable, une atroce merveille. Dans les premières pages, absolument saisissantes, nous sommes en Pologne en 1945. La suite se passe aux Etats-Unis, parle de folie, de solitude et d’orgueil.

Voilà quelques Poèmes Express issus du texte :
Entre ses seins, un bébé rond sentait.
– La bouche d’un homme en uniforme regorgeait de barbelés.
– Plastique brun déchiré, chemise passée, téléphone coupé.
– Touchez pas à un lapin, pelez un rendez-vous.
– Femme de plastique, j’ai le sentiment un peu technique.
– Le bleu de sa robe près du lit. Petit dieu des folles.

La P U N° 105 est offerte à Catherine D., collègue de radio (Ouest Track), branchée art contemporain et livres.