Un de Baumugnes

Mis en avant

70 ème Pièce unique de Rue du Départ : Un de Baumugnes de Jean Giono (1895-1970), de sa première période, paysanne, terrienne.
Le livre est paru en 1930 chez Grasset, adapté en 1934 par Pagnol : Angèle avec Fernandel, Oranne Demazis, Jean Servais qui ne… doit rendre justice ni à la beauté des personnages, ni à la langue de Giono : ( Livre de poche, p 43 )  » Quand il fut nuit, je fis mon lit à côté d’un pré qui chantait de toutes ses herbes, et, la figure contre les étoiles, je me mets à dormir à mort » , ou ( p 58 )  » C’est gelé parce qu’une chose est arrivée d’un coup qui glace le rire, et le rire s’est gelé, et il est là comme un bloc d’eau. » ou encore ( p 89 ) « …on happait , la bouche ouverte, de grands morceaux d’air brûlant qui voulait pas passer… »

Quelques uns des Poèmes Express « sortis » de ce Giono :
– La chouette choule. Coup de fusil. Ouverte, d’un coup.
– La montagne souffle un soupir et laisse tomber quelqu’un.
– Les femmes écoutent, écoutent et celle-là parle de loups et de peau.
– Je fourre le fou dans des touffes de bras.
– Un homme en colère fascine. Il sonne sur terre.
– On a fini dans l’herbe. Maintenant, il n’y avait plus qu’à se toucher.

La P.U. n° 70 a été offerte à Catherine C., bien que médecin…, plus qu’ intéressée par les arts plastiques, leur pratique et leur histoire, assez pour parcourir des kilomètres.

N° 69 : Le voyage

Pièce Unique n° 69 : Le voyage de Paul Morand (1888-1976).
Ce livre est paru pour la première fois en 1927, a été repris (augmenté et modifié)  en 1964 comme Morand le faisait souvent. Un parmi une trentaine de ses livres de voyages, trouvable en Pocket. Grand bourgeois, diplomate-écrivain, il a pu se consacrer très jeune au plaisir de voyager, a fait des portraits de villes : New York, Londres, Bucarest… a écrit Venises en 1971, différent, travaillé en fragments, sans la décrire, plus comme une pudique autobiographie puisqu’il est allé à Venise, y a vécu longuement, de nombreuses fois, de sa jeunesse à sa mort.

Le voyage est une courte histoire de ce fait à travers les temps. On y sent l’homme cultivé mais surtout sa classe sociale avec une forme de mépris pour le touriste de masse. On peut aussi y lire des propos étonnants, assez limite : p 28 : «  Froissart parle de «  voyages de guerre » (…) » Aussi, 1918 fut finalement, malgré les tranchées, une épopée de voyages. En 1940, plus encore : quel autre mécène que la guerre eût pu payer à un paysan berrichon une promenade en Egypte, à un Norvégien un séjour au Congo? »…!

Voilà quelques poèmes express tirés de Le voyage :
– Meute, enfer monochrome, une rame de métro à midi.
– Les atlas taisent nos cités-campings, nos cirques, l’atomique.
– Célibataires et minibus me battent avec des boules.
– En caoutchouc, les aiguilles,
En boyau, un panneau,
En éponge, la police.
Placer l’homme dans des tombes en jade, se durcir, résister à la fécondation.
– Draps allemands où les femmes seules ressentent leur hiver.

Cette Pièce Unique, trois en un : texte originel + Poèmes Express + informations internationales, a été faite à partir d’un livre de CDI, à la suite d’un désherbage. Il en porte les traces (administratives et de quelques lectures) et prend par là une dimension supplémentaire, temporelle et « qualitative ». Quatre en un ! …
Elle est offerte à l’association Les ailes du désir, de Poitiers, qui propose des voyages autour de l’art contemporain, que ce soit en France ou à Venise, pour la Biennale, à Kassel etc…

à François-Michel Dupont

La Pièce Unique n° 68 est faîte à partir de L’honneur perdu de Katharina Blum d’ Heinrich Böll (1917-1985), prix Nobel de littérature en 1972.
Böll a appartenu au Gruppe 47, groupe d’écrivains allemands dont faisaient aussi partie Ingeborg Bachman, Paul Celan, Uwe Johnson entre autres. Ce groupe a surtout fonctionné de 1947 à 1967. L’oeuvre de Böll  est liée à son engagement politique et à la situation en RFA : il était pacifiste, critique envers l’église catholique et a, dès les débuts du parti écologiste, soutenu les Verts.

L’honneur perdu de Katharina Blum, paru en Allemagne en 1974, et en France, au Seuil en 1975, a été porté à l’écran par Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta. Le sujet est l’éreintage par la presse d’une jeune femme à la suite d’un fait divers, éreintage que Böll avait lui-même vécu après son article de défense de Baader et Meinhof. Böll insiste ici sur les pratiques d’une certaine presse : la falsification des mots, les formulations volontairement erronées, les citations tronquées à dessein. Une sorte de fake-news… une pratique indémodable…

 

Voilà quelques Poèmes Express de cette P. U. :
Les faits sont nécessaires à la formation du cadavre. Sans émoi.
– Reconnaître la nécessité, cravate desserrée, d’une cigarette.
– Venir, refuser celui qui refuse de rougir, tendre vers la tendresse.
– Le mercredi avait eu un comportement bizarre dans ses moindres détails.
– Jeunes demoiselles dans une chocolaterie et cousines à fourrer dans son lit.
– En faisant fondre son sucre, la séduire et s’installer.

Cette P. U. est offerte à François-Michel Dupont, écrivain de polars aux éditions Le Vistemboir et enseignant au Collège Lycée Expérimental d’Hérouville-Saint-Clair. Quelqu’un pour qui les mots ont forcément du sens, doublement.

P U n° 67 : Crab, Chevillard

Eric Chevillard et son humour (dans ses titres déjà !!!) : La nébuleuse du crabe, (1993) aux éditions de Minuit, dans la collection de poche « double » depuis 2006, est une suite de fragments : la vie d’un personnage étrange, multiple : Crab. Proche d’ Henri Michaux et son Plume (1938) : ?
Son premier texte, Mourir m’enrhume était sorti en 1987 et depuis, c’est plus d’une vingtaine de titres, un blog : Autofictif et, de 2011 à 2017, un feuilleton dans le monde des livres qui sont parus. Eric Chevillard écrit et lit beaucoup.
Pierre Jourde le défendit contre des « méchants » et « lourds » : Pierre Bergé et Patrick Besson.

On a fait de La nébuleuse du crabe la Pièce Unique n° 67 et voilà quelques uns des « poèmes express » ou nano- histoires, aussi assez loufoques, qui en sont sortis :
– Le chien manque de bout, de début. Cette première impression devra être confirmée.
– Joues issues d’un poudrier vide, oeil fixe pris de perfectionnement.
– Sa forme est de cuisse sans emploi.
– Un traducteur transmet les paroles. Relation intime pour effleurer une femme.
– Un soir, tout fut terminé : les livres fondus, tous.
– Les mains dans les poches 
partagent l’espoir de vivre, très peu, en ankylose.

On l’offre à un couple d’amis, Pierre et Gie N., très très grands lecteurs. Et ça fait plaisir !

N° 66 : un Pessoa

Lisbonne de Fernando Pessoa (1888-1935) est la Pièce Unique n° 66. Ce « guide » amoureux de la ville est paru en 1995 chez Anatolia puis en 10-18. J’avoue… mon premier Pessoa et…pas forcément le plus intéressant, à moins de le prendre avec soi pour visiter Lisbonne, ville qu’il adorait, ville de son enfance, retrouvée après huit ans passés à Durban. Monuments et histoire. Promenade accompagnée.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livret :
Populaire, il offre l’heure et les dates des batailles.
– Un parcours de golf borde l’asile pour les pauvres.
– Le roi est mieux conservé que son caveau ; marché aux puces.
– Au deuxième étage, des jésuites s’entassent ; ils ornaient jadis l’étage inférieur.
– Splendeur inégalée du touriste en argent au moment où il pèse cent 
kilos.
– Enceinte est la princesse d’une petite éminence artistique.

La P.U. n° 66 est offerte à Sophie B.
R.P. au théâtre de Gennevilliers, inconditionnelle du Portugal et, plus encore, du Brésil. Traductrice pour ses amis et ouverte aux livres.

N° 63 : un Duras

La Pièce Unique n° 63 est faîte de Les yeux bleus cheveux noirs, de Marguerite Duras, 1986, éditions de Minuit. Une histoire d’amour-désir-dégoût entre elle et lui, les nuits, dans une chambre d’hôtel de Trouville.

Marguerite Duras, on l’a adorée dans ses livres, des plus anciens à La douleur, dans ses films, surtout le double désincarné d’India Song : Son nom de Venise dans Calcutta désert. Et puis, longtemps, on n’a plus rien lu d’elle et on a pris ce roman en en espérant beaucoup : en voulant retrouver le plaisir d’avant, la voix et son rythme spécifique. Et puis, on n’entre pas dedans, on pense au mot « kitsch » et il s’ancre dans la lecture… A qui ou quoi en incomber la « faute » ? Le temps ? Un ton obsolète ? Une distance ? Nous ? Elle ? On ne sait pas et on est déçus et on se demande ce qu’il se passerait si on relisait les autres, ceux qu’on a aimés…

Voilà quelques uns des « poèmes express » pris dans ces pages :
– Elle aimerait bien produire des amants, la nuit.
– Arrivé au bord de la femme, il confirme : c’est ça, quelqu’un.
– Les filles étaient allées toucher les hommes. Elles étaient des doigts.
– La flaque blanche, cette nuit, est encore venue mais dans le sens inverse.
– Un seul étranger était cause de,
Un étranger abstrait,
De l’erreur.

La P.U. n° 63, 3 livres en 1, a été offerte à Dominique Panchèvre, responsable de N 2 L, rencontré  à La Baule, pendant Ecrivains en bord de mer. A la question : » Tu aimes Duras ? », sa réponse :  » Ça dépend  » a permis de le lui donner sans s’en vouloir…

N° 62 : Vaterland

La Pièce Unique n° 62, 3 livres en 1, est constituée à partir de Vaterland d’Anne Weber,
sorti en France et en Allemagne en 2015, trouvable maintenant en Points Seuil.
Vaterland est un récit – recherche de soi, de son histoire familiale, réflexion sur le passé, ce qu’est être Allemande,  même en étant née en 1964.
Voyage dans le temps, auprès de Sanderling, l’arrière-grand-père, pasteur rigoriste mais ami de Walter Benjamin, du grand-père nazi et du père qui ne veut rien savoir de tout ça.
Voyage dans l’espace en allant, aux archives à Berlin, en Pologne, à Poznan, à Polajewo, village où Sanderling avait exercé, à Hadamar, pour voir un asile de fous qu’il avait visité ( : « Pourquoi n’empoisonnez-vous pas ces gens ? »…)… On en gazera plus de dix mille, là, entre janvier et août 1941 … P. 110 : «  Le passé n’est pas quelque chose d’achevé (…) Le passé est un avenir qui se crée comme nous avançons, qui change, qui aura été autrement. »
Un très beau livre sur les glissements de l’histoire, sur le besoin de la comprendre.

Voilà quelques « poèmes express » issus de Vaterland :
– A huit dans deux lits, on peut supposer le contact pédagogique.
– Une erreur est possible avec des êtres qui n’existent que dans des couleurs pastel.
– La première rubrique indique 
à titre honorifique ; l’honorifique croit qu’il l’est.
– C’est mon père qui me l’a dit : un type plie la nuit sous un képi.
– J’ai réfléchi à l’histoire : c’est beau, figé, un souffle.
– Des soldats de plomb jouent avec des vaches maigres : cohabitation.

La P. U. 62 est offerte à Véronique G., amie écrivante à l’univers doux, mélancolique, grande lectrice, amoureuse des mots, quoi ! Je sais qu’elle a déjà lu et aimé Vaterland.

Svevo : à Lurlure éditions

La P. U. n° 61 (3 livres en 1) est née d’un recueil de trois nouvelles d’Italo Svevo ( 1861- 1928) chez Folio.

La première, L’assassinat de la Via Belpoggio a été publiée pour la première fois en épisodes en 1890 alors que Umbertino et Un contrat sont parues après 1924, après La conscience de Zeno et la tardive reconnaissance de Svevo, grâce à James Joyce. Ces deux nouvelles remettent en scène Zéno, « son double moqueur » et le présentent dans ses petites trahisons, ses insuffisances, à l’intérieur de sa famille et dans l’entreprise. De l’auto-fiction avant la création du mot, semble-t’il.

Voici quelques « poèmes express » :
– Quand le coeur saigne, Freud y trempe sa plume.
– Sur un banc, sous un immense marronnier, des vêtements de fête faisaient gai.
– Tuer un corps en un moment. Percevoir là le corps mort.
– Une vendeuse gantée s’empara avec prudence de la question.
– A la maison, l’enfant est dans les bras de la fée qui rend les enfants adultes.
– Comme nombre d’hommes, il perdait son intérêt, finalement.

Les informations mises en parallèle sont principalement les élections italiennes, la Ligue, le M5S, l’arrivée de Giuseppe Conte, les migrants…

Cette P.U. n° 61 est offerte à :
Emmanuel Caroux,
créateur des éditions Lurlure ,
rencontré cette année, au salon de Caen, Epoque. Ces éditions sont nées en 2015 et présentent des textes d’art, littérature ou théorie d’auteurs contemporains (comme Yannick Torlini, le poète picard Ivar Ch’vavar), ou pas (comme Jean Le Houx (XVI è siècle), Alfred Delvau (XIXè siècle) Les dessous de Paris).
Un catalogue étonnant et exigeant.

La Part Commune : P U n° 60

La Part Commune est une maison d’édition rennaise, créée en 1998. Si elle travaille avec des auteurs contemporains, elle croit aussi à l' »éternité d’un texte » et réédite des écrits du passé.
Arrivés à cette maison d’édition par un joli petit livre : Voyages et aventures du baron de Wogan en Californie, du même Emile de Wogan (1817-1891), publié deux fois au XIXè siècle puis oublié. Un de ses récits d’aventures vécues (ou non) : un peu de ruée vers l’or, une rencontre avec des Indiens qu’il aide mais qui le font prisonnier, le sauvetage par l’étrange Lennox. Ambiance de western et étonnante présence d’ Européens, nobles émigrés.

Quelques « poèmes express » nés de là :
– Mon fusil après avoir tué était devenu plus léger.
– Condamné à sagesse, le premier Américain. Cependant.
– Assister un homme ou le descendre.
– Des cris paraissent ficelés dans des écorces de voix.
– S’embourber en 3/4 d’heure, le temps d’ajouter un cerf au fond des marais.
– Bord gazonné, ruisseau, cèdre et 
chêne.

On renvoie la P U n° 60, 3 livres en 1, à son éditeur, juste pour le remercier de ne pas laisser les textes à l’oubli.

P U n° 59 : A. Desarthe

La Pièce Unique n° 59 est faite à partir de :

Comment j’ai appris à lire
paru chez Stock en 2013 et en collection Points en 2014.
Ce texte d’Agnès Desarthe est une autobiographie mais centrée sur le rapport aux livres de cette auteure et traductrice. Rapport étonnant : petite fille, adolescente, jeune adulte, elle n’aime pas lire. En tous cas, pas ce qu’on lui présente comme « essentiel ». Elle ne parvient à Flaubert, Balzac etc… que grâce à son père, à ses propositions de romans noirs d’abord, grâce aussi à plusieurs madame B : une institutrice, une professeure à l’école normale et, last but not least, Geneviève Brisac.
A. Desarthe, à travers l’histoire familiale et son passé d’enfant, déplie le pourquoi de son refus du sens. C’est, comme tout ce qu’elle dit de la traduction, passionnant.

Voilà quelques « poèmes express » issus de ses pages:
Jeunes, des baleines étaient coniques ; plus tard, certaines changèrent.
– Parfois, quand on ignore le lecteur, c’est un peu comme s’il assistait à un accident.
– Je ne parle que de profil ou couché. Je demande de me faire avaler.
– Après avoir pensé comprendre, j’ai emprunté un sens aux fées.
– Suffisamment malheureux, le professeur de lettres écrit.
– Un os de taille dans son petit appartement serait son chef d’oeuvre.

La Pièce Unique N°59, 3 livres en 1 (texte originel + « poèmes » + informations du jour), est offerte à Clara M., amie architecte née au Chili qui a bien plus traversé le monde que beaucoup d’entre nous et dont la tête « fonctionne bien » !