Et c’est moi que je vois

Et c’est moi que je vois  de François David aux éditions Le Vistemboir, 2020

François David est multiple : homme de théâtre, romancier, poète, à l’origine des éditions Motus dont il est maintenant directeur de collection
(si vous ne connaissez pas cette maison d’édition pour enfants – et pas que -, on vous  engage à aller voir ! ).
Il se montre, cette fois, aussi photographe, un drôle de photographe.

Et c’est moi que je vois est
histoire de « réflexion »
un faux « moi-je »
où il se montre sans le faire vraiment,
où il est pudeur
où il dit ce qui empêche,
et ce qui constitue, au plus profond,
ce qui vous rend f(l)ou aux autres et à vous-même.

Et c’est moi que je vois est un recueil de courts textes.
Petits moments autobiographiques, oui mais quand il parle de lui, il parle de nous, de nos manques, de nos peurs, de nos joies.
Petites méditations, pensées poétiques aussi, évidemment.

Forcément l’un de ces textes, au moins un, vous touchera.

« le patrimoine à ma sauce « 2) avec Isabelle Letélié

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L’écrivaine et journaliste Isabelle Letélié a proposé , cet été, trois sessions d’ateliers d’écriture en lien avec le patrimoine du Havre. Avec les écrivants, elle a 1) arpenté St François, 2) visité la cathédrale et 3) St Joseph.
Voilà un des résultats de l’atelier 2) de genre fantastique :

                                                  Palissandre
Un manchot*. Dans un sous-sol ou une mine ou dans le ventre d’une salle des machines. De la vapeur. Des hommes, beaucoup, s’activent. Et ce manchot qui ne fait rien, qui les fixe, comme un commandeur. De l’eau, beaucoup, à flots, qui monte, monte. Le manchot n’est plus là. Il n’a peut-être pas pu nager. Il est peut-être sous ces tonnes d’eau. Du feu aussi, du feu et des soldats, du feu et de l’eau. Des soldats dans l’eau. Des soldats, mais absents : sous l’eau ? Le manchot surgit, Neptune mais un seul bras et une gueule, une vraie gueule. Tout est accéléré, comme 24 images/ seconde qui passeraient en 72. Tout est muet. Non, tout était muet. Maintenant, sur le feu, l’eau, le manchot, il y a ce bruit, ce grincement, comme si on traînait du métal sur un sol grumeleux et ça s’impose, ça devient de plus en plus fort. A crier.
Ca sonne, ça grince, ça frotte. C’est froid, c’est sombre. Je ne comprends pas. Le son s’allonge, fluctue, fort, étouffé, inquiétant, comme si… comme si c’était…. je ne sais pas. J’ai l’impression que je connais ce bruit mais à chaque fois que je crois l’identifier, les mots me fuient. Les mots fuient mais la sensation reste : désagréable, bien plus que ça : épouvantable. Oui, c’est ça, je sens l’épouvante qui monte. Le son continue et l’horreur monte. Je n’ai jamais vécu cette montée ni la sensation qu’elle ne peut pas s’arrêter. Sensation atroce. Ça grince, c’est sombre, j’ai froid. Il n’y a personne que moi, ici. Il est tard. Il fait presque nuit. Et puis, ce son, à rendre fou.
Face à ce panneau de palissandre, celui-là. C’est devant celui-là que ça a commencé. Rien devant les onze autres. Ce panneau qui provient de la chapelle du paquebot Normandie*. Le plus luxueux paquebot de l’histoire de la navigation française, « Ruban bleu », le seul de France. Enorme, décoré par les plus grands : Lalique, Dunand, Ruhlmann et ces bas-reliefs de Le Bourgeois*. Les années 30 en majesté. Une courte exploitation, quatre ans de vie et deux moments de mort, au moins deux. Deux morts et mon père a assisté à l’une d’elles. Il était là en 1942, quand le feu a pris. Il travaillait. Il n’y avait presque plus rien à enlever du décor pour faire de tout ce luxe un vulgaire transport de troupes. Une étincelle minuscule et des tonnes d’eau pour tenter de réparer, réparer quoi ? l’irréparable.
Et moi, le petit Américain, plus de cinquante après, je me retrouve, touriste bête, dans cette ville-port, devant ce panneau et ça crie, ça hurle.
Je ne savais rien de ces objets dispersés dans des musées, des collections, une cathédrale.
Je ne savais pas non plus que l’un d’eux me « parlerait ».
                                                      ……………………
* : Blaise Cendrars a voyagé sur le Normandie (et aussi Mohamed V, Douglas Fairbanks, Marlène Dietrich).
* : Le Normandie a effectué 140 traversées entre Le Havre et New York de 1935 à 1939. Elles se faisaient en 4 jours, avec plus de 1300 membres d’équipage et jusqu’à 1971 passagers.
Fin 1941, il a été réquisitionné par les USA et rebaptisé USS Lafayette pour devenir transport de troupes. Le 9 février 1942, 3 000 hommes travaillent à bord et un incendie éclate. 6 000 tonnes d’eau sont déversées par les pompiers et il chavire. Il ne reflotte que fin octobre 1943, est vendu pour démolition en octobre 1946 et démoli de janvier à octobre 1947.
* : Le sculpteur Gaston Le Bourgeois (1880-1946) a créé le Chemin de Croix de la chapelle du bateau, maintenant installé dans la cathédrale du Havre.

« Anachroniques »

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SOUSCRIPTION

La lune, les laitues et moi.

Anachroniques d’un maraîcher

Clément Lechartier

Illustrations et maquette Eric Enjalbert

Un maraîcher revient sur ses dix dernières années de pratique au sein d’une Amap de la ville du Havre. En une cinquantaine de chroniques, il nous raconte son cheminement pour résoudre les problèmes concrets qui se posent dans la production bio, et son questionnement sur une agriculture paysanne. Mais son texte va bien au-delà. Clément le maraîcher cultive l’humour et les panais, la poésie et les laitues, la tendresse pour les patates qui germent, la sagesse de l’installation perpétuelle.

« Pour marcher droit, accroche ta charrue à une étoile. » dit un proverbe chinois. C’est ce que fait Clément. Et dès lors, ses légumes prennent une autre saveur. Un livre à consommer sans modération.

En souscription jusqu’au 15 septembre 2020 : 10 euros.

Prix de vente après le 15/09 : 13 euros

Chèque à l’ordre de : association La buse du Tôt, à envoyer à l’adresse du siège de l’association, avec vos coordonnées : La Buse du Tôt/Clément Lechartier, 36 Hameau du Tôt, 76280 Gonneville-la-Mallet, ou en espèces auprès d’un des membres de l’association.

Sortie prévue en septembre 2020.

 

Pirouésie au meilleur de sa forme

de

Marie La Gouache

, grâce à Camille Philibert-Rossignol en atelier #Pirouésie avec Olivier Salon

MISE À L’INDEX
Cherche un médicament qui soignerait mes ex
tombés les malheureux ! en déréliction.
Mais je n’en trouve hélas ! aucun dans le Codex
qui puisse mettre fin à leur dépression.
Le Ferdinand qu’était déjà pauvre en cortex
Que lui recommander ? L’irradiation ?
Le cher Bertrand qu’était un grand fan du latex,
vaudrait-il mieux qu’il le prenne en décoction ?
Marie t’as plongé dans l’affabulation,
tes amours sont gravées dans le verre Pyrex,
dans la tête c’est sûr t’as un vélo-solex !
Quand je te vois fringuée dans ta cote en lurex
qui te fait ressembler au pire des T-Rex :
des sexes c’est l’impossible réunion.
(Que Marot et Ronsard me pardonnent !)

Du Point du Jour au C.A.P.C. 2)

Bordeaux : le CAPC, musée d’art contemporain – juste dommage qu’il soit toujours aussi peu indiqué dans la ville… –
Jusqu’au 28 octobre 2018, exposition de l’artiste conceptuel Danh Vo. Né en 1975 au Vietnam, arrivé au Danemark en 1979, il a étudié à Copenhague et à Francfort, vit maintenant à Mexico (et Berlin ?), expose dans le monde entier (New York, Singapour, Venise etc). Il est presque à lui tout seul une preuve de la globalisation. Il est, en tous cas, un exemple de celui qui a migré dont le parcours personnel est né de l’histoire familiale, de l’Histoire de son pays d’origine, de l’Histoire du pays où il arrive, de l’intériorisation de ces cultures, du métissage qui s’opère. Ou plutôt, en ce qui le concerne, de SA pensée sur ce métissage, sur ces h/Histoires.
L’image ci-dessus montre des éléments du travail de Danh Vo dans la nef du CAPC. Au fond, (Untitled, 2013) 28 énormes blocs de marbre importés de Carrare. Accrochées à certains d’entre eux, des photos encadrées de détails de sculptures de Michel Ange. Histoire de la pierre et de l’Art.
Devant, (Take my breath away, 2015), un espace de miroirs dans lequel le regardeur doit entrer :  Ces miroirs sont et gravés de phrases d’une chanson (Fabulous muscles du groupe Xiu Xiu), par le père de l’artiste et ornés de photos d’hommes se tenant par la main dans la rue. Ces photos ont été prises par un Américain, spécialiste anti-guérilla, travaillant au Vietnam entre 1962 et 1967, radié à son retour pour homosexualité du fait de ces photos.
Entre les deux, des étagères métalliques comme on en trouve dans des réserves de musée : sur celles-ci, Untitled (Lord’s Table from private chapelle, 2018) : un petit autel polychrome du XVII ème siècle, des branches sèches et les bras d’un Christ en bois polychrome, accroché, lui par ailleurs, sans bras, sur la structure des mêmes étagères : (Do you know what she did, your cunting daughter ?, 2015). Là encore, le matériau et l’Art qui en sort.
Allé à l’église jusqu’à 18 ans, Danh Vo remarque : « je pense que je suis traumatisé par le catholicisme. »…

Chaque élément pré-existe à Danh Vo, mais n’est pas un simple ready-made du fait de son mode d’utilisation : il combine les éléments et, ainsi, leur fait dire autre chose que ce qu’ils disaient séparément. Il opère par association d’idées, par glissements. Une métonymie d’objets. D’ h/Histoires.

Du Point du jour au C. A. P. C. : 1)

Les vacances : passer de lieu en lieu, faire provision d’images, d’impressions, de nouveaux univers, de noms jusque là inconnus.

Au Point du jour, à Cherbourg : exposition de la plasticienne Agnès Geoffray, visible jusqu’au 30 septembre 2018 : Before the eye lid’s laid : des photos, du noir et blanc mais pas seulement.
– Des projections : Sutures, 2014 : deux images, anciennes, empruntées, ou d’A. Geoffray : une paraît puis une autre qui vient chevaucher une partie de la première ou sa totalité. Des formes se répondent, des gestes, des corps ou des objets font glisser le sens, entraînent une fiction, une action.
– Fables untold, 2017 : des carnets, des enveloppes, des classeurs placés dans des vitrines. Un côté bureaucratique, sec mais esthétique, un peu ancien, où sont rangées des photos que nous ne voyons pas forcément entièrement (le haut du corps d’une femme couchée), sans explication (un paysage).
– Der soldat ohne
namen, 2017 : des textes tapés sur des rectangles de soie, retranscription de tracts, signés  » le soldat sans nom », que l’artiste Claude Cahun et Suzanne Malherbe écrivaient pendant la guerre et mettaient dans la poche de soldats allemands. Risque du geste et fragilité du support.
Le travail d’Agnès Geoffray est souvent énigmatique : le regardeur n’a pas tous les éléments, ne comprend pas tout,  re-construit du sens, se crée des histoires, souvent inquiétantes.

Agnès Geoffray, née en 1973, a étudié aux Beaux-Arts de Lyon et Paris, été pensionnaire de la Villa Médicis, présenté ses oeuvres entre autres à la Maison Rouge, a des travaux dans des collections de musées d’art contemporain. Des émissions lui ont été consacrées à France-Culture. Quatre ouvrages dont Before the eye lid’s laid sont édités à La Lettre Volée, Bruxelles.

D’autres terres plus douces

D’autres terres plus douces ou Free like a crane, film de Maxence Lamoureux et Arnaud Devroute en tournée en France, était programmé hier au Havre, au cinéma le Studio par le Muséum d’Histoire Naturelle. Salle pleine pour ce documentaire de 63 minutes, primé au Festival du film ornithologique de Ménigoute 2017, trouvable en DVD et prévu dans quelque temps sur Ushuaia après quelques remaniements pour cette chaîne .

Pourquoi en parler ici ?
Parce qu’il y est question de voyage, celui, régulier, de la grue cendrée du Nord vers le Sud, de l’Estonie à l’Ethiopie en passant par Israël, une migration de 6 000 km.
Parce que la grue cendrée, le plus gros oiseau migrateur avec la cigogne, plus secrète que celle-ci, est un symbole pour beaucoup de cultures : en Ukraine comme en Turquie, par exemple, avec des danses et des chants l’évoquant.
Parce que ce film sort de sa spécificité animalière, avec son titre et ses allusions aux migrations humaines plus compliquées actuellement mais aussi sempiternelles. Ainsi, la séquence finale, hyper-positive, avec le chanteur-conducteur éthiopien d’origine arménienne.
Parce qu’on a vraiment apprécié son ton, son côté road movie qui ne se prend pas la tête (la jeune grue baguée ne passe pas par le chemin prévu mais par la Hongrie ; ils la ratent…, l’attendent… puis la retrouvent).

Terres de paroles 2018

Le festival Terres de paroles se pose dans 25 communes de Seine Maritime avec plus de 150 événements du 27 mars au 29 avril 2018.

Il a eu lieu au Havre toute cette semaine :
– au théâtre des Bains Douches avec la création de J’appelle mes frères, du romancier et dramaturge suédo-tunisien Jonas Hassen Khemiri. Mise en scène de Ludovic Pacot-Grivel avec quatre excellents comédiens dont Nadir Louatib.
– au Tétris, avec une lecture musicale à partir de Zones de divergence, dystopie de l’Américain John Feffer, avec le comédien Jean-Damien Barbin -une voix à tomber, de l’humour – et le compositeur Jean-Paul Buisson,
– à la Halle, lecture théâtrale de Marbourg de l’auteur catalan Guillem Clua,
et last but not least :
Sopro de Tiago Rodrigues / Teatro Nacional D. Maria II, au Tetris : pièce en portugais, écrite autour d’une souffleuse qui, cette fois, est sur scène : Cristina Vidal. Déclaration d’amour au théâtre, collage de souvenirs, mise en abîme. On sourit, on a les larmes aux yeux.

Comme l’an dernier, des grands moments de théâtre mais dans la proximité et la simplicité et des rencontres avec les auteurs hyper-intéressantes – et j’insiste, simples.- : ainsi, l’entrevue de Khemiri, dans un français parfait, avec les étudiants des métiers du livre à l’IUT jeudi matin !

Comme on se mêle de tout : 21) Jean-Marie Châtelier, cinéaste

Jean-Marie Châtelier, cinéaste en Haute-Normandie, a réalisé avec 4 classes de CM1-CM2, avec le soutien de la DRAC, de Pôle Image, de l’inspection accadémique et de la ville du Havre, un film sur l’histoire du musée Malraux/Muma d’environ 25 minutes. Il s’agit en réalité de 4 films : MON HISTOIRE, UNE VIE SECRÈTE, MES COLLECTIONS et À LA NUIT TOMBÉE mais on a, grâce au réalisateur, une impression d’unité.

L’atelier a duré un an, mobilisé une centaine d’élèves qui ne se connaissaient pas auparavant, des enseignants qui n’avaient jamais travaillé ensemble et le résultat, montré au Gaumont des Docks au Havre le samedi 28 juin, lors d’une séance unique pour parents, enfants et amateurs, est bluffant. Il devrait prochainement être visible sur le site du CDDP en téléchargement.

Et comme on se mêle de tout : 20) Georges !

La revue Georges

La 6è Saison Graphique vient de commencer au Havre et un des rendez-vous est la présentation à la bibliothèque Salocrou de la revue trimestrielle pour enfants de 7 à12 ans …et bien plus grands, Georges.
Née en 2011 d’une équipe de filles (les éditions Grains de sel, Lyon), nous l’avions remarquée au salon du livre jeunesse de Montreuil. On ne la trouve pas en kiosque mais dans les bonnes librairies; elle a du style, du chien! Pas de numéro comme N°1 mais un pictogramme ; le dernier est N° poisson, celui d’avant N° chaussure. Elle comprend des histoires, des jeux et une rubrique où on apprend en s’amusant, aussi bien sur les Eames, architectes et designers (vous savez, le fauteuil beau et confortable cuir et coque de bois ?) que sur des personnages de livres, les sciences ou le bricolage : des sujets pointus ou décalés.
Les illustrations de Séverin Millet, de Marie Novion et bien d’autres  sont superbo-rigolotes. Georges traite juste les enfants  en lecteurs curieux et les lecteurs en enfants.
Donc allez voir l’exposition « chez Georges » et abonnez-vous à Georges !