Chat Bleu : septembre 2020 – 2)

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Nous avons aussi parlé de :
– Aires de Marcus Malte, éditions Zulma : constitué de types de textes différents. Une novlangue  et un monde nouveau. Des personnages sur des aires d’autoroutes : monsieur et madame tout le monde (un divorcé, une serveuse, un vieux couple, un lanceur d’alerte, etc) qui représentent l’humanité d’autrefois, la nôtre.
– L’art de perdre d’Alice Zeniter, maintenant en poche. Prix Le Monde et Prix des Libraires de Nancy. Nous en avions déjà parlé et étions unanimes : « Très joli et rare, puisque vu du côté des Harkis ».
– Le bal des folles 
de Victoria Mas, chez Albin Michel : Prix Renaudot et Prix des lycéens 2019 : « intéressant sur l’histoire de la Salpêtrière, lorsque Charcot soigne les hystériques » . Une fois par an, un bal avait lieu et la gentry parisienne venait en voyeuse.,
– L’empreinte de Marzano Lesnevich, éditions Sonatine : grand Prix des Lectrices de Elle et Prix du Livre étranger 2019 : un récit autobiographique et documentaire traduit par Héloïse Esquié. L’affaire d’un tueur se mêle à un secret de famille de l’auteure, aussi avocate.
Le miroir de nos peines de Pierre Lemaitre chez Albin Michel : la fin de sa trilogie. Un cadre historique très sérieux et de beaux personnages secondaires. Toujours ce côté feuilleton, foisonnant, qui marche très bien, « mieux que dans le deuxième » pour certaines.
 Là où chantent les écrevisses, premier roman de Delia Owens, au Seuil. Traduction de Marc Amfreville. L’histoire, en Caroline du Nord, de la « fille des marais »Un beau texte sur la nature : la végétation, les oiseaux.
Quand reviennent les âmes errantes de François Cheng, éditions Albin Michel , 2012. Ressorti en 2020, le poème final est recomposé. Légende d’un trio amoureux, platonique dans la Chine ancienne.
– La femme qui fuit, de la Québécoise Anaïs Barbeau Lavalette : une femme s’adresse à sa grand-mère, artiste, qui fréquentait des artistes d’avant-garde dans les années 1940-1970 et considérait le lien familial comme aliénant.

– Enfin, un essai tout juste paru :
Dix attentats qui ont changé le monde, de Cyrille Bret, éditions Armand Colin.
Cyrille Bret est haut-fonctionnaire, maître de conférence à sciences- po. Il écrit pour Slate.fr et travaille sur le terrorisme. Ce livre porte sur ses conséquences, les « effets de terreur ». Il y analyse des attentats survenus en Europe mais aussi au Cachemire ou en Afrique et dissipe trois illusions :il n’y a pas que le terrorisme djihadiste, pas que le terrorisme clandestin et ce n’est pas la seule violence du XXIème siècle.

Si tout se passe bien…, Le Chat Bleu nous recevra les jeudis 8 octobre, 12 novembre, 10 décembre.

PRENEZ SOIN DE VOUS !

Un Tibor Déry : P U N° 109

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La Pièce Unique N° 109 est, aux éditions Circé, Niki L’histoire d’un chien, de Tibor Déry.

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Tibor Déry (1894-1977), aussi scénariste et traducteur, a été exclu du Parti Communiste  en 1953 et emprisonné jusqu’en 1960 pour avoir participé à la révolution de 1956 en Hongrie.
Le roman a été traduit par Ladislas Gara (1904-1966), alias Imre Laszlo, un grand passeur de textes hongrois, apatride, ayant vécu en France dès 1924.

Niki L’histoire d’un chien est bien plus que cela. C’est l’histoire de la Hongrie entre 1948 et 1955, à travers un couple, monsieur et madame Ancsa, les maîtres de Niki, mais pas de leur vie.
C’est un livre attachant, comme le chien.

Voilà quelques Poèmes Express nés de ce livre :
Lécher les lèvres d’un tigre. Apprendre – finir par apprendre.
– La souplesse connut la laisse.
– Détruire 
l’ancien. L’ouvrir pour voir.
– A l’étroit dans sa jeunesse, le corps vous déchire.
– Afficher un air stupide et prendre un homme ou deux.
– Le bec des poules s’élargit sur un petit cri pourpre.

La P U N° 109 est offerte à Valérie Barbe, libraire à Caen, au Brouillon de culture. Rencontrée lors de salons à Livre Paris, Epoque ou Boréales de Normandie, on la sait aussi très « branchée animaux ». Bon, plus chats que chiens, mais…

Chat Bleu, le retour 3) juin-juillet 2020 :

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Mais nous n’avons pas évoqué que ces livres-là : voilà, dans le complet désordre :

 

  • Le bal des folles de Victoria Mas : premier livre, plus ou moins documentaire sur l’hystérie au 19 ème siècle, « qui manque d’empathie ».

L’abattoir de verre de J. M. Coetzee, traduction de Georges Lory : sept nouvelles avec le personnage, déjà évoqué dans un précédent roman, d’Elizabeth Costello.

  • Les larmes noires sur la terre de Sandrine Colette : « fort ! »
  • Le mystère de la chambre 622 de Joe Dickers : aimé par une et pas par une autre.
  • Ceux qui partent de Jeanne Benameur, Actes Sud, sur l’exil, la migration : « Cette auteure, c’est toujours bien »
  • Dé mem brer de Joyce Carol Oates, traduit par Christine Auché, éditions Philippe Rey, 2020 : sept nouvelles « gothiques », avec des femmes . D’elle aussi, on dit : « Oates, c’est toujours bien. »
  • Vache tachetée et concombre fugitif : compilation d’articles, de chroniques, de récits d’Octave Mirbeau (1848-1917), collection » l’exhumérante », éditions L’arbre vengeur.
  • Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin McArthur, traduction de France Camus-Pichon, Albin Michel, 2019 : un premier roman après un recueil de nouvelles : on est dans le Vermont, de 1848 à 1996.
  • des histoires d’épidémie… tiens donc !…: En un monde parfait de Laura Kasischke, traduit par Eric Chedaille, en Folio en 2020. L’aveuglement de José Saramago, traduit par Geneviève Leibrich, 2000, Points. La quarantaine de Le Clezio, 1997, Folio.
  • Le tiers-temps de Maylis Besserie, éditions Gallimard 2020 : le premier roman de cette productrice à France-Culture : les derniers mois imaginés de Samuel Beckett dans la maison de retraite parisienne nommée Le Tiers Temps où il a réellement fini ses jours.
  •  Et puis, on est revenus sur des livres déjà évoqués et beaucoup aimés :  de Rodolphe Barry, chez Finitude : Honorer la fureur, de Joseph O’Connor : Le bal des ombres. L’ordre du jour d’Eric Vuillard : « ouah ! »

Enfin, des classiques que le confinement nous a donné envie de relire : La peste d’Albert Camus, évidemment, Orgueil et préjugé de Jane Austen : « délicieusement ennuyeux », Récits de Kolyma de Varlam Chalamov : …un autre enfermement…

Si le coronavirus nous laisse tranquilles…
nous vous donnons rendez-vous au Chat Bleu le jeudi 17 septembre
et vous souhaitons un bel été.

Chat Bleu, le retour 2) juin-juillet 2020 :

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Et puis il y a eu le vrai retour au Chat Bleu, le 16 juillet :
Nsenga nous accueillait avec deux vins italiens : en blanc, un AOP Frascatti, sec avec une légère pointe de fruit et une belle robe jaune-vert. En rouge, un Cantina Tollo, bio, léger, dans le fruit.

(on vous rassure, nous avions aussi bu en juin…)

  •     , éditions Asphalte, 2020, traduction Maïra Muchnik : un pseudo-polar : il y a bien une mort, un policier, une explication mais ce n’est pas là que le livre nous a plu. Ce qui fascine, c’est le lieu, loin de tout, l’image enneigée d’un pays auquel on ne pense pas sous la neige, le rythme et les décisions étonnantes de l’enquêteur.
  • Les hommes d’août  de Sergueï Lebedev, 2019, éditions Verdier, traduit par Luba Jurgenson : de l’URSS du tout début à la Russie de Poutine : un jeune homme, d’abord à la recherche de son grand-père, devient spécialiste de ces recherches dans les goulags.
  • Le répondeur de Luc Blanvillain, éditions Quidam, 2020 : un premier roman : un imitateur est contacté par un écrivain célèbre pour qu’il prenne sa place  au téléphone pendant qu’il écrit le livre qui lui tient à coeur. Il lui laisse son portable et des éléments pour assurer à sa place. Et c’est drôle !

 

 

 

Chat Bleu, le retour 1) juin- juillet 2020

Bon, on avait fait un faux Chat Bleu, informel, en appartement, juste après le déconfinement :

On y avait évoqué :
– Oppenheimer, premier livre de Aaron Tucker, édition La Peuplade, traduction française de 2020 de Rachel Martinez. Comme son titre l’indique, c’est sur Julius Oppenheimer, physicien, un des plus hauts responsables de LA bombe, la première, au moment de sa création dans le désert américain. Mais c’est un roman.
– Prins de Cesar Aira, chez Christian Bourgois, 2019 (voir un post précédent,  pendant le confinement)
– J’entends des regards que vous croyez muets d’Arnaud Cathrine, 2019, éditions Verticales : 65 récits brefs, « volés » à des gens croisés. Des gens à qui l’auteur prête une vie. Comme on le fait tous, peut-être. Mais lui, il les écrit.

Retour de Marie A. sur la P. U. N° 103

Pièce Unique N° 103 de

Catherine Hémery Bernet
Trois lectures en un ouvrage :
– « Rondeur des jours », Contes de Jean Giono
– Sélection par Ca He Be de choses lues dans les quotidiens nationaux et entendues sur France Culture
– Poèmes express de C.H.-B. sur le modèle de Lucien Suel
Premier poème express le 26 janvier 2020 :
La route
a voulu nous persuader que nous allions vers quelque chose.
Dernier poème express le 11 juin 2020 :
Grands clous de douleur
et
petits souliers légers.

Un article de Jean-Pierre Suaudeau sur sa Pièce Unique ! Merci !

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VERTIGE DE LA LITTERATURE
« Ce massage de purs » de

Catherine Hémery Bernet

.

Depuis 2014,

Catherine Hémery Bernet

créé des livres singuliers nommés « Pièce unique » et réalisés, comme on s’en doute, en un seul exemplaire. Ce livre unique vous arrive un jour au bon soin de la Poste par la grâce désintéressée de l’autrice.

Celui qui m’est parvenu, le 101ème, s’intitule « Ce massage de purs », anagramme du titre du livre de Jean-Loup Trassard « Campagnes de Russie », paru en 1989, sur lequel il vient s’adosser.
Le dispositif choisi par

Catherine Hémery Bernet

semble simple : d’un livre existant, elle prélève quelques mots, quelques lettres au besoin, en les surlignant sur chaque page impaire, écrivant ainsi son propre texte, soit, ici,133 « poèmes express». Simple et cependant d’une force qui suffit à subvertir toute lecture, à dynamiter l’idée même de littérature et à ouvrir un abîme temporel sous nos yeux de lecteurs subjugués.

Ces « poèmes » se font, au gré des jours, tantôt humoristiques : « Une dame russe cherchait un cinéma. Plus d’un an après on en localise un. » (p 11), « Nous enlevons nos chaussettes sur le canapé et je vois bien la déception » (p 81), fantaisistes : « les cerises répondent non aux petites mouches » (p 189), « une énorme patte appelle les petits pois, marche dans ce vert tendre » (p 241), sensibles : « Le rose très pâle vient jusqu’au bord du rouge » (p 141), « deux tracteurs soulèvent deux nuages, petites usines qui fument » (p 185), saisissants : « Une femme, sur le char, attend dans un paletot de peur » (p 69), aussi bien sensuels : « ce qui m’intéresse, c’est la peau » (p 153), « forte odeur de femmes et robe rouge à pois blancs » (p 187), prennent la forme d’adages : « Quand est malade le vétérinaire, grince le chien » (p 223), d’incipits de romans : « Deux femmes repoussent sur le canapé un étranger à l’air malcommode » (p 55), ou de polars : « Dix-neuf millions dans un bocal de verre ? c’est pas beaucoup. » (p 73), et pensées qu’on imagine influencées par le confinement : « Remerciements au Livre parce que les livres sont toujours là » (p 159, 29 mars), « Nous demandons le possible demain. » (p 215, 26 avril), « On se demande comment reprendre » (p 225, 1er mai).
Le lecteur ignorera si les créations quotidiennes de

Catherine Hémery Bernet

t répondent à un cahier des charges précis, à une série de contraintes oulipiennes ou si l’humeur créative prévaut. Et qu’importe : on se laisse guider, porter par les images qui en surgissent, amusé, ému, étonné, entraîné par le plaisir évident de l’autrice à se saisir des mots, à les faire parler, sonner, s’entrechoquer : la langue, le livre devenus terrain de jeux.

ll est indispensable d’évoquer également le livre de Jean-Loup Trassard, l’écrivain-paysan, journal d’une singulière résidence en Russie encore soviétique se déroulant du 11 mai au 5 juin 1986. Résidence qu’il a voulu rurale, afin de visiter fermes et installations agricoles, d’échanger avec ceux celles qui y travaillent, en connaisseur. Ce journal passionnant donne à voir la Russie des campagnes, avec précision, humour, sens de la notation, attention aux gens et aux paysages. Rien n’échappe à l’écrivain. Passionnant et instructif carnet de voyage, témoignage autant historique sur la Russie soviétique à l’aube de la chute du mur qu’humain tant abondent les portraits attachants, « visages cloués sur la paroi du temps »1. Livre captivant. Puissant. Et il le faut pour résister aux interventions malicieuses de Catherine Hémery Bernet qui en bousculent la lecture selon un dispositif à la fois simple et complexe qu’il est nécessaire de décrire précisément pour en saisir toute la portée.
Le dispositif comporte en effet plusieurs strates : la première, déjà évoquée, est composée de « poèmes » distillés à l’intérieur même du texte d’origine ; la deuxième accueille en marge haute des fragments d’actualité sourcée (en l’occurrence surtout consacrée à la Russie contemporaine, actualité rien moins que réjouissante sous l’ère Poutine) ; la troisième enfin, en bas de page, révèle les dates de ses interventions quotidiennes (soit du 1er janvier au 27 mai 2020). Interventions auxquelles elle joint parfois un article, une photo, collés en haut de page.
Le lecteur se trouve dès lors confronté à une profusion d’informations qui se chevauchent, se télescopent, le convient à un voyage enjambant temps et espace : la Russie soviétique et rurale de 1986, circonscrite aux territoires forcément réduits visités par Trassard ; celle de 2020 aux tentacules mondiaux dont l’autrice nous donne des nouvelles en haut de pages ; les « poèmes express » réalisés dans les cinq premiers mois de 2020 (lesquels recoupent la période de confinement) ; à quoi on ajoutera le temps de notre lecture, décalé de quelques semaines, qui met en perspective ces différentes temporalités à l’heure du déconfinement. Le champ de cette lecture s’en trouve considérablement élargi à la fois dans le temps (mai-juin 1986, janvier-mai 2020, juin 2020) et dans l’espace (Biélorussie soviétique, Russie de Poutine, le monde en temps de pandémie), nous obligeant à de continuels allers-retours entre différentes couches de temps, entre divers espaces qui charrient une épaisseur, une densité troublantes, aussi vives et décapantes qu’un vent d’est.
Si

Catherine Hémery Bernet

dit s’inspirer des « poèmes express » de Lucien Suel, elle procède cependant tout autrement. Lucien Suel en effet biffe, noircit sur la page du livre d’origine mots et phrases jusqu’à y substituer par soustraction son propre texte.

Catherine Hémery Bernet

se contente elle de désigner sur la page les mots nécessaires à ses créations, organisant ainsi un double trajet de lecture. Le résultat n’en est que plus saisissant, au point de ne plus savoir si c’est « Campagnes de Russie » qui préexistait au texte de Hémery Bernet ou si « Ce massage de purs » était enfoui sous celui de Trassard. Le lecteur assisterait alors à une opération de mise à jour, un travail d’archéologie de la langue, de patient déblaiement. Laissant sourdre l’idée insistante qu’aussi bien d’autres textes seraient encore à découvrir dissimulés dans celui de Trassard qui les masque, textes dans le texte qu’on aurait ignorés sans l’intervention de

Catherine Hémery Bernet

. C’est tout l’univers de la littérature qui est ainsi interrogé en une subtile leçon borgésienne : chaque texte en contient d’autres à l’infini, chaque livre contient à lui seul tous les livres selon une combinatoire qu’il suffit de modifier pour qu’ils surgissent. Vertigineuse expérience de lecture.

Travail époustouflant, rien moins qu’anecdotique, constitué par ces 101 recueils, ces 101 pièces uniques, œuvre précieuse semée aux quatre vents que Catherine Hémery Bernet élabore à bas bruit avec modestie, inventivité, intelligence, humour… et générosité. On en reste subjugué.

Un Jean Giono : P U N° 103

 L‘eau vive ou Rondeur des jours, paru en 1943  chez Grasset est la Pièce Unique N° 103.
Jean Giono a là, comme toujours, des formules merveilleuses qu’on ne rencontre chez aucun autre écrivain et encore neuves en 2020 .
Il s’agi d’un recueil de 16 textes très divers, écrits surtout entre 1930 et 1937 : quelques nouvelles mais plus souvent des textes descriptifs de la montagne ou de la forêt provençales, de villages mourants, de croyances paysannes, des moments de vie : découpage de l’animal qu’on a tué, repas de viande et désir physique, moisson faite en commun : Mort du blé, en une vingtaine de pagesest le superbe rendu par l’écriture du rythme du travail, de la chaleur plombante puis des corps éreintés.

Voilà quelques Poèmes Express tirés de ces textes :
Je finissais le soleil à la scie et tout suivait.
– L’eau coule, le cresson craque au fond.
– Il faudra se charger d’hier. Je compris ce qu’il voulait dire.
– Le ventre est là. L’odeur de la chair est là, dans les danseuses fourrées.
– Des petits pas légers dans du lait tout doux.
– On sent son âge. Il est trop. Il fait poche.

Ce Giono est offert à Marie A., lectrice, écrivante et psy ( Nobody’s perfect ).

Un Camara Laye : P U N° 102

L’enfant noir, l’autobiographie de l’enfance de Camara Laye (1928-1980), parue en 1953 aux éditions Plon, reparue en 2006 dans la même maison avec une préface d’Alain Mabanckou, n’est plus trouvable qu’en poche.
Camara Laye est né en Guinée, a étudié en France, est revenu dans son pays où il a été haut-fonctionnaire sous Sekou Touré puis s’est exilé au Sénégal. Il a alors collecté des histoires auprès de griots de toute l’Afrique de l’ouest.
L’enfant noir s’arrête au moment où il part en France. Ce qui est raconté est donc la famille, le père forgeron, les pouvoirs de la mère, l’école, les cérémonies d’initiation, le rapport à la tradition, à la croyance, mélange d’animisme et d’Islam.
Le livre, à caractère anthropologique plus que littéraire, a connu un grand succès.
Un film du même nom est sorti en 1995, coproduction franco-guinéenne, réalisée par Laurent Chevallier : une adaptation re-présentée au festival Cinémondes de 2016 : non pas une reconstitution historique, mais une transcription documentaire avec des non-acteurs dont un neveu de Camara Laye qui « tient son rôle ».

– on peut voir une vidéo sur Youtube du réalisateur… il est assez désagréable…
– A noter aussi : l’article consacré à Camara Laye dans l’Encyclopedia Universalis, écrit par Jacques Jouet, où il est moyennement sympa vis-à-vis de L’enfant noir.

Quelques « poèmes express » sortis de L’enfant noir :
– A la ville, les années dévoraient les gosses.
– J’ai peur d’un mot. Celui-là ? Non, celui-ci.
– On offrit une vérité mais que la dernière année.
– Nous nous serrions, elle soupirait. Je m’esquivais.
– Un médicament va se reposer : la douleur est revenue.
– Nous nous sommes glissés dans des circonstances et nous y sommes restés.

La Pièce Unique n° 102 est offerte à Céline D, une incroyable lectrice !

Un Julio Cortazar : P U N° 100

oui, N° 100 !!!!!

Voilà dix Poèmes Express issus de

Les armes secrètes,
une merveille de livre, onze nouvelles toutes plus fabuleuses les unes que les autres, de Julio Cortazar, traduites par Laure Guille- Bataillon, parues chez Gallimard en 1963 :

Un autre corps se défendait d’un autre coup de fouet.
– Je pensais aux lions dans les tulipes.
– Sur le bristol bleu, un savon aux amandes dans du papier vert clair.
– Le lit paraissait flotter dans le vinaigre. Je plongeai dans la chambre.
– Je me rappelle du craquement. Il n’y a plus personne.
– Racontons quelque chose d’anormal, mettons-y des nuages.
– Il a du mal à entrer dans les étoiles ; il y a tant de temps dans le temps.
– Un ver luisant n’a dormi que deux heures. Il faut qu’il pense à prendre des comprimés.
– Il écarte les petites bêtes tièdes, il a peur.
– Des anges applaudissent et les gens croient tout ce qu’on dit.

Les armes secrètes, 3 livres en 1 :  l’original + 1 poème express par jour + 1 info par jour sont offerts à Sylvie B. et à Philippe G., des « compagnons de longtemps », de ceux dont on est proche même quand on ne les a pas vus depuis… eh bien ! longtemps !…