N° 46 : à l’œil ébloui

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La Pièce Unique n° 46, 3 livres en 1, a été composée à partir de B17-G de Pierre Bergounioux, paru une première fois en 2001 et réédité par les éditions Argol avec une postface de Pierre Michon.
Pierre Bergounioux, né en 1949, écrivain et sculpteur, a enseigné dans une école d’art.

B17-G est un récit de combat aérien pendant la guerre de 39-45, récit né d’une terrible prouesse technique : en même temps que le mitrailleur allemand tire, il filme.  Une trace reste de ces corps et carlingue déchiquetés. Assassinat / hommage. Très belle prose pour dire la mort cueillie en plein ciel de jeunes Américains, trop jeunes pour avoir une histoire. Un petit livre par son nombre de pages, immense par son intensité.

Voilà quelques uns des Poèmes express nés de B17-G :
Les mots ont une réalité. Un chasseur, c’est pour abattre.
– La mer brûlait d’en découdre avant de boiter un peu.
– Goût acidulé de maisons en bois peint, de tapis aux teintes douces.
– Le soir du drame, la robe de flammes cherche la forme ultime.
– Le dossier du personnel voit le monde par à coups ; ses souffrances ne le concernent plus.
– Sa voix, la voix de qui en haut appelle, crie le réel.

On envoie ce « 3 en 1 » à Thierry Bodin-Hullin, créateur en 2013, à Nantes, des éditions de L’Oeil ébloui : notre voisin à L’Autre Livre, ce week-end. Il publie un ou deux livres par an, courts romans ou poésie. Ses dernières publications sont Les questions innocentes  de Gilles Baudry, moine-poète :
«  Qu’est le temps
s’il n’efface rien
et recouvre tout ? »

Et Lumière brûlée  de Franck Cottet. Illustrations de Lara Cottet

 

Retour de salon

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Ce week-end, c’était L’Autre Livre aux Blancs Manteaux. Rendez-vous de novembre incontournable quand on aime les livres, tous les livres, pas seulement ceux mis en avant par les journaux, les prix, les libraires et la publicité. Rencontre avec de nombreuses maisons d’éditions de moyenne ou petite tailles, pleines d’idées, d’envies et de talents. Retrouvailles avec des lecteurs, compliments pour la qualité de la maquette, pour les textes. Echanges. Liens. Parallèles :
L’écrivain Georges Perros ayant subi une laryngectomie, a utilisé une « ardoise magique » pour continuer à communiquer et les éditions L’Oeil ébloui ont réédité ce texte paru en 1978 chez Gallimard. Le Gio de Françoise Truffaut a, lui, continué à « gueuler » avec des petits papiers…et Rue du Départ a voulu en parler. Est-ce un hasard? Evidemment non ! Quoi de pire quand on est un homme de mots que de ne plus pouvoir s’en servir ? Quoi de plus juste, quand on est écrivain – ou éditeur -, que de vouloir parler de cette hantise ?

N° 45 à Eric Bonnargent

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La Pièce Unique n° 45 est de Jean Baudrillard (1929-2007), Amérique paru en 1986 chez Grasset, surtout sur l’espace américain, ses déserts.
Paru il y a 30 ans donc, au moment où Ronald Reagan est président des U S A pour la deuxième fois… Lu quand Donald Trump est président des U S A depuis un an…
Lu en allant à la Biennale de Lyon où une de mes pièces préférées est Crossroads (1976)) de Bruce Conner (1933-2008), un film footage de 37 minutes, constitué de 23 séquences d’explosions atomiques, filmées par 50 caméras militaires au large de l’atoll de Bikini, avec musiques de Terry Riley et Patrick Gleeson…

Quelques uns des Poèmes Express issus de ce texte :
– Il s’effondre comme s’il descendait dans une trappe, vivant mais par accès, vite, vraiment.
– L’instant est sans pensée ; le publicitaire n’a rien à dire ; cette indifférence réussit.
– Le réel n’est pas sûr. Vivre n’est pas attesté, mourir nous arrive, survivre est un marché.
– On continue d’entendre le désastre, son rire. On a la hantise du vide.
– La lecture crée une sensation immédiate de coussin d’air.
– Les compagnies aériennes, il faut des gens pour en prendre le 
risque.

La Pièce Unique n° 45 a été envoyée à Eric Bonnargent, professeur de philosophie, grand lecteur, critique littéraire, d’abord sur un blog puis, depuis 2011, au Matricule des Anges, LA revue littéraire française, auteur de livres sur…les livres : Lettre ouverte à ma bibliothèque (2017, éditions Réalgar) ou autour d’un romancier admiré : Le roman de Bolano (2015, éditions du Sonneur).

 

Chat Bleu d’octobre

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Attention ! : le prochain Chat Bleu, le jeudi 9 novembre, commencera à 18h15 pour que ceux qui participent au jury de lecteurs de Terres de Paroles puissent être aux Bains Douches à 20h30 !

Ce jeudi 12 octobre, les vins que proposait Nsenga étaient des St Joseph, blanc et rouge, du domaine Richard, un petit producteur. Des vins puissants, précieux, provenant d’arpents assez secs et caillouteux. Ils étaient accompagnés d’un gaspacho d’automne à base de butternut et châtaignes !
Les livres mis en avant :
Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kaprielian paru en 2014 chez Grasset puis chez J’ai Lu. Entre essai sur le vêtement, le style, l’apparence et autobiographie de celle qui dirige les pages littéraires des Inrocks et de Vogue, il passionnera ceux qui s’intéressent et à la mode et au cinéma.
– 3000 euros de Thomas Melle, traduit de l’allemand, paru chez Métailié en 2017 : la rencontre de deux personnages, Anton et Denise, plus ou moins à la dérive, dans notre société de consommation.
– Le garçon sauvage de Paolo Cognetti, éditions Zoé en 2016, en poche chez 10-18 : le break en montagne, seul, pendant plusieurs mois d’un jeune citadin. Des paysages, des amitiés, une atmosphère.
Ont aussi été évoqués :
 des auteurs appréciés pour toute leur oeuvre : Martin Winckler (venu à la Galerne le 18 octobre pour son dernier livre), l’Américain Ron Rash, Jean-Luc Seigle et Marc Dugain.
– Les Bourgeois d’Alice Ferney, 2017, Actes Sud (venue à la Galerne le 19 octobre) : le roman d’une famille traditionnaliste au XX è siècle à travers un narrateur personnage actuel qui essaie de comprendre sans jugement.
La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens (venue à la Galerne le 11 octobre) : un petit rat de l’opéra, modèle de Degas. Sociologie du XIX è siècle, critiques de l’époque à propos de cette sculpture et approche du travail de l’artiste.
– Continuer de Laurent Mauvignier pour ses superbes descriptions de chevauchées.
– Le musicien déchu de Léon Tolstoï, Un livre oublié de ce grand auteur russe.
– Les mémoires d’un chat d’Hiro Arikawa chez Actes Sud, 2017 : de toute beauté. Les émotions d’un chat.
– Les hommes qui lisent, essai d’Edouard Philippe, ancien maire du Havre et actuel premier ministre. Son premier livre en solo.
– L’usage du monde de Nicolas Bouvier (1929-1998) : le premier voyage.
– Une année à la campagne de Sue Hubbell : étonnant et inclassable.

Rentrée au Chat Bleu

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N’senga proposait des vins d’ailleurs :
un vin blanc sec de Californie à arôme de pêche.
un vin rouge du sud du Portugal, puissant en bouche avec une petite note de réglisse, insolite.

Pour accompagner ces vins… voilà les livres que nous avons évoqués :
– Vies potentielles de Camille de Toledo, paru au Seuil en 2011, en poche maintenant dans la collection Points. Ce livre est constitué de trois sortes de textes : des micro-histoires étranges, tranches de vie (un peu) folles, sujettes à des commentaires, des exégèses qui renvoient à l’autobiographique, à l’histoire familiale de l’auteur et à l’importance de la littérature pour se définir et exister ( p  49 : « Il ne pensait pas, comme je le crois, qu’une histoire peut vous sauver la vie. » ; p 85 : « J’ai entrepris cette exégèse pour ne plus m’éviter. Je dois donc creuser, creuser, pour voir comment ces histoires se servent de moi. ») et, enfin, des poèmes. Un livre souvent attachant, intense.
– Une présence idéale d’Eduardo Berti, 2017, Flammarion : ce livre est né d’une résidence d’écriture au CHU de Rouen en 2015, sur la proposition du festival Terres de Paroles. E. Berti, argentin, a pour la première fois écrit en français. Il transcrit ce que des soignants lui ont raconté et tisse ainsi l’ambiance d’un service de soins palliatifs.
La mer c’est rien du tout de Joël Baqué, chez P O L , 2016 : des textes courts effleurent la jeunesse, les parents, le métier, l’entrée dans « la poésie non poétique ». Peu de choses, quelquefois fortes, même si elles ne se prennent pas au sérieux. Son deuxième livre vient de paraître chez le même éditeur.
Et aussi, des romans :
juste sortis :
– Le jour d’avant de Sorj Chalandon, ed. Grasset : à partir des 42 mineurs morts dans un accident à la mine de Liévin. Un roman social, politique, bouleversant.
– Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain, ed.Gallimard : Dugain sera à la Galerne, le 4 octobre pour ce livre !
moins récents (rappelez-vous, les livres n’ont pas qu’une durée de 3 mois !…)
– Le liseur du 6h27 de Jean Paul Didierlaurent, ed. Diable Vauvert. La lecture à voix haute dans un lieu inhabituel et ce que cela entraîne.
– Dans une coque de noix de Ian McEwan, ed. Gallimard. Un foetus parle…
– L’exception d’Audur Ava Olafsdottir, ed. Zulma.
– Le coeur glacé d’Almudera Grandes, ed. Lattés. Autour de la guerre d’Espagne.
– L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset, ed. Gallimard, sur un ami suicidé.
– L’exercice de la médecine de Laurent Seksik, du XIXè à maintenant.
Deux polars à sujet écologique :
– Karst de David Humbert, ed L. Levi. Un auteur rouennais.
– Les courants fourbes du la Taï de Qiu Xaolong, ed L. Levi. Industries chimiques et pollution en Chine.
Un catalogue :
– sorti au moment du festival de Douarnenez, cet été : oeuvres de Zehra Dogan, journaliste et peintre kurde (ré)incarcérée en Turquie.
Deux essais :
– L’ombre du monde de Didier Fassin, Points Seuil. Un livre majeur sur notre façon, en France, de « punir ».
Ecouter Sibelius d’Eric Tanguy, compositeur vivant à Caen, ed. Buchet Chastel.

Une vraie manne !
Prochain rendez-vous, le jeudi 12 octobre.

Une Pièce Unique qu’on n’enverra pas. Du Georges Pérec.

A partir d’ Un cabinet d’amateur de Georges Pérec.
… » plaisir intense de la machination… » (…)  » J’ai essayé d’écrire une sorte de fausse histoire de la peinture ou une histoire de la peinture un peu à côté avec à peu près la même application que si je décrivais réellement des peintres ou des tableaux, sauf que l’objet reste …imaginaire. » : Georges Pérec au micro de Gérard-Julien Salvy dans l’émission « Démarches » du 19-01-1980, aux Matins de France-Culture.

C’était sans doute trop « spécifique »… La Pièce Unique est ratée…enfin, plus ratée que les autres…

Je n’aime que ces Poèmes express :
–  Le rasoir accompagne acquisitions, conversations et péchés mignons.
– Aucun Américain ne supplie. Une trentaine, à trois reprises, en donnèrent la preuve.
– Méfiez-vous des héritiers : ils vont tenter de vous laisser dans un incendie.
– Un paysage escarpé et tourmenté s’incline à quelques pas d’un cerf à nuances de rose jambon.
– Le 15 ème de juillet n’eut pas lieu mais 1790, si.
– Au bain, le petit lévrier pouvait convaincre des sculpteurs de la supériorité de son profil.
– Rien ne se reflète dans le petit miroir : pas le doigt, pas de chapeau, pas de lion.

Le Chat Bleu, ses vins, ses livres : c’est la RENTREE !

Vous voulez parler de vos lectures, un verre en main ? Pas forcément du dernier livre sorti, en toute liberté ?

Voilà les dates du 1er trimestre :  c’est le jeudi comme les autres années, le 28 septembre puis :

  • 12 octobre
  •  09 novembre
  • 07 décembre
    A bientôt !