Ecrivains en bord de mer : la 21 ème édition

Mis en avant

Cette année était axée sur la traduction et une journée était réservée à Georges Pérec.

 

 

De grands moments avec, entre autres, de  grands penseurs :
l’hyper authentique Camille de Toledo,

 

 

 

 

 

le brillant bougon, lecteur, traducteur, écrivain Claro,  (photo de Jérome Dayre)

 

 

 

 

 

de grands romanciers : Eric Vuillard, Olivia Rosenthal, de grands poètes : Eleni Sikelianos, Ron Padgett, de grands traducteurs : Marc Chenetier, Olivier Brossard, un grand exégète : Claude Burgelin. Et encore bien d’autres.
Merci à Brigitte et Bernard Martin qui organisent ce festival, à Guenaël Boutouillet et ses coups de coeur, à Jany Pineau et ses photos de pieds, à la libraire de La Vie devant soi…

Journal du voleur, de Jean Genet

Journal du voleur  de Jean Genet (1910-1986) est la Pièce Unique n° 38. Un texte incroyable qui mélange les langages, joue autant de l’argot que du mot précieux.

Aussi poétique qu’autobiographique, plus que cela, lyrique ( p 305 :  » Ma vie passée je pouvais la dire sur un autre ton, avec d’autres mots. Je l’ai héroïsée parce que j’avais en moi ce qu’il faut pour le faire, le lyrisme. Mon souci de la cohérence me fait un devoir de poursuivre mon aventure à partir du ton de mon livre. »). Publié en 1949 chez Gallimard, le livre évoque sa vie de 1932 à 1940 : le vol, le désir, la prostitution, le voyage, la prison. Sa relation au corps des hommes, aux policiers, aux traitres. P. 303 : « J’ai dit comme j’aime les hors-la-loi sans autre beauté que celle de leur corps. » P. 306 : « Ces fêtes du bagne, j’en veux parler. La présence autour de moi de mâles blessés, c’est déjà un grand bonheur qui m’est accordé. »

C’est devenu : J. a vu un rôle lourd.
En voilà quelques poèmes express :
– L’éclat et le verglas évoquent les plaies mais l’orgueil bande.
– Un soir qu’il avait reçu un client, il exigea un drap noir, en enveloppa l’hôtel.
– Ma place était au milieu de tas de 
ferrailles, pas du cortège à faux cils.
– Les mythologies contiennent ailes soudaines comme héros de la plus molle gélatine.
– Dieu, pour détruire l’homme, peut simuler le fétiche.
– Le col flottant de soie souple tient la tête haute des salauds qui s’y lovent.

Ce livre 2 en 1 a été offert à un ami, Loïc B, collectionneur d’art contemporain.

De et à Jean-Bernard Pouy

La Pièce Unique n° 37 est faîte à partir d’un des 13 « petits polars du Monde », co-production du journal Le Monde et de la S N C F en 2012. Dans Ce crétin de Stendhal, nouvelle de J.B. Pouy, il est question d’amiante, d’industriel sans souci de la santé des ouvriers et des suites de cette incurie, attendues et inattendues…

Jean-Bernard Pouy est venu souvent au Polar à la plage. Il était là cette année. Il a par ailleurs très gentiment accepté en 2011 d’écrire la préface de Pile et face, premier livre de Rue du Départ, une présentation de copain de Dominique Delahaye qui, quelques années auparavant, l’avait contacté pour lui demander s’il l’aiderait à créer un festival. Banco. Il l’avait fait, l’avait soutenu, amené au Havre des écrivains de romans policiers et noirs comme Marc Villard.
Même si vous n’avez pas lu Pouy (mais c’est pas possible), vous connaissez certainement la collection « historique » qu’il a co-créée : « Le Poulpe » et peut-être l’écoutez-vous sur France Culture dans l’émission des Papous dans la tête où humour, mots et contraintes cohabitent. D’où cette Pièce Unique oulipinophile, à la manière de Lucien Suel, qui lui est dédiée.

En voilà quelques Poèmes Express :
Ce n’est pas beaucoup, l’essentiel. Presque personne, pas grand monde.
– L’amiante a brûlé. Le pompier a servi le café.
– Une menace pénétrait saucisses et pain de deux. Elle attaqua.
– Quelques cris acides pour repousser le mot.
– Un homme tout drôle sur son engin bleu courait avec insouciance.

Pièce Unique n° 36, de et à Pascal Dessaint

Cette Pièce Unique est un peu spéciale puisqu’elle est faîte à partir de Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint et lui est dédiée.
Pascal Dessaint est un auteur de romans noirs dont pratiquement toute l’oeuvre depuis 1992 est parue chez Rivages. Sauf ce joli petit livre de 43 pages, à LA CONTRE ALLEE, maison d’éditions de Lille dont nous avons déjà parlé dans ce blog. Pascal Dessaint est un habitué des festivals, de Mauves en noir à Quai du Polar en passant par bien d’autres, dont Le Polar à la Plage, au Havre. Son univers est celui de la nature que l’homme détruit si facilement, du monde industriel qui détruit l’homme si facilement. L’environnement est  très souvent son sujet. Il s’est même engagé politiquement pour lui.
Son prochain livre Un homme doit mourir sort en librairie le 27 septembre 2017 et sa venue à Fleury sur Orne les 3-4 février 2018 est déjà programmée.

Quelques pas de solitude, – beau titre, non ? – est un court texte plus autobiographique qui évoque les frères dont le poète, Eusèbe, la mort, les promenades, les animaux rencontrés et bien sûr la solitude, de l’homme en général, de l’écrivain Dessaint en particulier.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont sortis :
– Il a une demi-vie mais l’air n’appartient qu’à lui.
– Le ruban de terre est peut-être dans mon cerveau.
– Le bas-côté n’a pas fui, encore moins continué sa route. Absurde idée.
– Sous la brise. L’étang. Envie de partage.
– Je pousse un tigre affamé dans un lagon fréquenté par des requins.

Pièce Unique n° 35, à Pascal Millet

La Pièce Unique n° 35 est constituée à partir de J’étais Jack Mortimer de Alexander Lernet-Holenia (1897-1976), un texte de 1933, reparu en 10-18 en 1988. Cet auteur autrichien a quelques livres traduits en français, dont Le baron Bagge chez Actes Sud.

J’étais Jack Mortimer se passe en une nuit. Un homme est tué dans un taxi à Vienne et le chauffeur qui n’a rien vu, rien entendu, doit se débrouiller avec ça.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont sortis :
– Ils échangeaient des divans contre infiniment de choses au fond des divans.
– Le sang prend quelques minutes jusqu’à la sortie ; dans l’intervalle, il s’est arrêté.
– La colère avait froncé les voix et pleine d’eau, une dame désirait la torpeur.
– Croyez les épaules, écoutez le mot des mains.
– Ouvert, le policier est nécessaire ; à clé, il a peu de choses pour lui.
– Toutes les nuits, les chevaux surgissaient et entendaient comme en rêve les flocons de neige.

Ce livre deux-en-un a été offert à Pascal Millet, auteur franco-québécois, (re)venu au Havre pour le Polar à la plage en juin 2017. Son livre Sayonara, chez Sixto, était en compétition pour le prix des Ancres noires. Pascal Millet est un habitué du Polar à la plage et de tous les autres festivals du roman noir. La première fois, nous l’avions rencontré lorsqu’il était venu pour L’Iroquois aux éditions XYZ. Chez Rue du Départ, il a publié Ton Visage. Il écrit également pour la jeunesse.

Le Chat Bleu était noir

Le 1er juin, le Chat Bleu était noir. Polar à la plage (du 7 au 11 juin) oblige !

Il faisait chaud sur la terrasse et Le Chat Bleu nous proposait une sangria au vin blanc légèrement pétillant avec abricots et pêches ou un vin rouge espagnol, de Tarragone, grande réserve 2010 : rondeur et fruit.

  • Chaleur donc comme dans Rural noir, (Folio policier, 2017) premier polar de Benoît Minville. C’est l’été, un homme jeune revient dans la Nièvre, lieu de son enfance, y retrouve frère et amis mais l’un d’eux, Vlad, vient d’être tué. Le livre est construit en chapitres alternant présent et passé. Super réussie, l’ambiance de la bande quand ils sont jeunes, les rencontres, les amours, les peurs, ce qui va peser sur toute la vie d’après. Et c’est normal, Benoît Minville étant par ailleurs auteur jeunesse aux éditions Sarbacane.
  • Chaleur encore  dans la forêt de pins inhospitalière de Prendre les loups pour des chiens d’Hervé Le Corre, (éditions Rivages 2017). Franck sort de prison après cinq ans pour un braquage réussi. Son frère Fabien y participait mais il ne l’a pas donné. Une jeune femme vient le chercher, l’emmène dans une maison où vivent aussi ses parents et sa petite fille, seul élément positif. Fabien est en Espagne pour « affaires ». On l’attend. Et cela dure. Et cela se complique… Herve Le Corre a d’autres livres à son actif dont le très beau L’homme aux lèvres de saphir (Rivages poche) avec, comme personnage, Lautréamont. Il prépare de nouveau un roman noir se passant pendant la Commune.
  • Besoin de froid : Piégée de Lilja Sigurdardottir (éditions Métailié, 2017), traduit non par Eric Boury mais par Jean-Christophe Salaün. C’est le premier livre d’une trilogie. La personnage principale, mère d’un petit garçon, transporte de la drogue dans une Islande transformée par la banqueroute du pays. Et c’est cela qui est intéressant.Nous avons aussi évoqué :
  • le dernier Tanguy Viel : Article 353 du Code Pénal (édition de Minuit). Comme un monologue. Un jeu avec les codes, ceux du polar entre autres.
  • Délivrance de Toni Morrison : une belle langue, rythmée, efficace. Sur le racisme comme toujours et sur la violence faîte aux enfants. Home de la même auteure, comme une psychanalyse.
  • Le chemin des âmes de Joseph Boyden (Livre de poche) : deux soldats indiens du Canada rentrent de la guerre de 14, transformés.
  • Vera Kaplan (édition Buchet-Chastel) de Laurent Sagalovitsch : une histoire vraie. Sur la culpabilité.
  • Manazumu de Hiromi Kawakami (Picquier poche), un livre très sensible et humain.
  • Les désarçonnés de Pascal Guignard (édition Grasset), des réflexions. Très profond.Venez au Polar à la plage du 7 au 11 juin pour nos quinze ans. Les auteurs que nous venons de voir n’y seront pas. Pas cette fois mais on y pense !

    Le prochain Chat Bleu, redevenu bleu, c’est le jeudi 6 juillet !

Pièce unique n°33 : un Yves Ravey

Un notaire peu ordinaire d’Yves Ravey est paru aux éditions de Minuit en 2013 puis dans leur collection de poche, Double. C’est un texte court comme presque tous ses textes. Jérôme Leroy  : «  Les livres de Ravey sont tous de vrais-faux polars » à  » écriture blanche, comportementaliste (…) jamais de psychologie ». Pierre Assouline, dans son blog, dit de lui qu’il est « un héritier de Simenon ». Nathalie Crom, dans Télérama en 2015 écrit : « Les romans d’Y. Ravey sont des mécaniques de haute précision. » On peut entendre cet auteur, sur France-Culture dans des émissions d’Alain Veinstein par exemple. Si nous vous donnons toutes ces références, c’est que nous n’avons pas envie d’en donner même un petit résumé, afin de ne pas déflorer l’histoire.

C’est devenu : Noé parie un ordinateur
En voilà quelques poèmes express :
– Quinze ans pour repousser ma mère, trois ans pour me souvenir du geste.
– L’hameçon a fouillé un ver de terre. Il faisait mal à une petite carpe.
– Le débit de l’eau a levé les yeux, le niveau de l’eau l’a voulu.
– Tuer le chien, patienter, attendre l’arrivée du parasol et le ranger.
– Elle lui avait posé la question de l’averse. Il parle si bien de ce sujet.
– Ce n’est pas facile d’être embarrassé, la chemisette déboutonnée sur une chaînette en or.

Cette pièce unique est offerte à Samia Kachkachi, qui vit dans la région lilloise et travaille la linogravure. Elle est l’auteure des dessins d’ Entravés, dernier joli petit livre sorti dans la collection Voyageur aux éditions Rue du Départ…
Vous pouvez la suivre sur son blog samiakachkachi.blogspot.com/

au Chat Bleu, lecture de Jérôme Boyer

Mis en avant

Le 4 mai, non seulement on parlait livres et vins mais on écoutait Jérôme Boyer, comédien, lire des extraits de Ton visage de Pascal Millet. Pourquoi ? Parce que Pascal Millet sera au festival du Polar à la plage dans un mois, les 9, 10, 11 juin. Il animera d’abord un atelier d’écriture  le vendredi après-midi puis sera sur le stand du libraire et dédicacera tout le week-end.
Pourquoi ? Aussi parce qu’une lecture à voix haute est un beau moment. Tout le festival Terres de paroles dont la deuxième édition vient de s’achever, le prouve. Des auditeurs visualisent un texte grâce à une voix, entrent dans un livre par une autre porte, plus large peut-être que celle qu’ils ouvriraient seuls dans leur tête.
Donc un beau moment, ce 4 mai, quand l’écoute est totale, quand on sent la densité du silence.

N’senga nous proposait, pour accompagner cette lecture et nos échanges, des produits locaux :
– un vin blanc de pays du Calvados… Si si, de Saint Pierre sur Dives : sec, peu fruité, cépage auxerrois. Très bon.
– Un cidre rosé de Max Ménard, distribué pour les 500 ans du Havre avec son « Apéro-pique » adapté à tous les verres, à planter dans n’importe quel jardin et entre n’importe quels galets ! Jolie invention !

Nous avons évoqué les Ancres noires, leurs invités du Polar à la plage : Pascal Millet, Dominique Delahaye, Colin Niel, J.B. Pouy, Philippe Huet, Victor del Arbol, Caryl Ferey et encore beaucoup d’autres…
Sur le roman noir, nous avons continué avec
– DOA : Citoyens clandestins, Folio policier, paru en 2007, Grand Prix de la Littérature Policière cette année-là et qui n’a pas pris une ride. Le Salafisme est toujours présent, la menace terroriste aussi. Dans cette fiction, les services qui les surveillent et les combattent sont nombreux et ne travaillent pas vraiment ensemble…
– des textes d’Antonin Varenne : Cat 215 et Battues à la Manufacture des livres : dans la Creuse, des villages abandonnés, une société agricole en souffrance.
Puis nous avons quitté la littérature noire (mais pas les réalités sociales) avec :
– Ma découverte de l’Amérique de Vladimir Maïakovski aux éditions du Sonneur, 2017. Un inédit en France, ce récit de voyage du poète russe en 1925 à Cuba, au Mexique et dans quelques villes des USA pour des conférences. Tout un chapitre sur New York et son architecture, sur Chicago et ses usines. Retour par Le Havre sur le Rochambeau : » De petites maisons mal bâties, dont on peut compter les étages sur les doigts de la main, se trouvent à une heure de distance du port. Lorsque nous amarrons, le quai est couvert d’estropiés déguenillés et de garnements. »
–  Modeste Mignon de Balzac (1844) qui se passe au Havre et rend compte des différents milieux sociaux d’alors, nobles émigrés revenant ruinés et bourgeois riches en recherche de particules. Quand les femmes sont monnaie d’échange…
– Tropique de la violence de Natacha Appanah : une belle écriture, sur l’enfer de la jeunesse à Mayotte.
Enfin des textes plus poétiques, moins engagés :
– Les deux continents de Christophe Mary, ed. La Renverse, 2017. Une poésie sur l’existence qui fait penser à celle de Kenneth White (qui était en mars au Havre).
– La petite lumière de l’auteur italien Antonio Moresco, éd. Verdier : un roman-fable-conte. Un joli livre délicat.
Et Le théorème du perroquet chez Points, de Denis Guedj, qui fut professeur de mathématiques à Paris VIII, écrivit beaucoup de romans sur la science et la rend accessible …et agréable à ceux qui (ne) seraient (que) littéraires…

Le prochain Chat Bleu est le jeudi 1 er juin.

Pièce Unique n° 32, un Joseph Conrad

La Pièce Unique n° 32 est faîte à partir de :
La ligne d’ombre (1917) de Joseph Conrad (1857-1924).
Ce court roman est inspiré d’un fait vécu par Conrad, l’officier de marine, la prise de commandement d’un bateau dans des conditions difficiles. Le capitaine précédent est mort à bord, le second et l’équipage tombent malades, la quinine manque et le navire est encalminé.

C’est devenu : L.D. l’ange de moire
en voilà quelques poèmes express :

  • Mon élan est de nature à tuer tout ce qui vit sauf les employés écossais. 
  • Sa dernière paire d’ailes était d’artificielle plume.
  • Sous l’oeil gauche, une énorme larme roule. Il est instantanément trempé, à demi suffoqué.
  • C’est le genre de calme à faire dresser l’obscurité.
  • La tête appuyée contre le vent. Supposez que le vent vienne à tourner ?
  • Vêtu de laine, rentré en routine, animé de scintillement, venez. 

    Nous offrons L.D.,l’ange de moire à Blandine Donneau, bouquiniste aimant le livre, la poésie géographique, les mots et voyant son métier comme du lien social. C’est assez rare pour être souligné, non ?!

Au retour du salon « Livre Paris »

Au Chat Bleu, le 6 avril, nous voulions vous présenter des livres trouvés à côté de nous, sur le stand Normandie au Salon Livre Paris, porte de Versailles, fin mars.

Nous avons donc parlé de :
American requiem de Jean-Christophe Buchot aux éditions La Renverse qui étaient, au début, dédiées à la poésie et qui, avec ce livre, s’ouvrent au « roman poétique »et, ici, double plaisir, illustré. Très bien illustré par Hélène Balcer et Yann Voracek. J.F.K. parle de sa vie, du moment de sa mort.
Les ombres du quai de François-Michel Dupont aux éditions Le Vistemboir, un polar, le deuxième de cet auteur. Cela se passe à Caen et en Norvège. C’est vivant, cela fonctionne.
 

 

 

 

Le dîner des bustes de Gaston Leroux, des éditions Amavada qui se spécialisent dans le roman populaire. A cette courte nouvelle, ils ont adjoint une conférence de l’auteur sur la naissance de Rouletabille, donnée vers 1920. Amusant, intéressant : les tours qu’il a joués à ses collègues journalistes, aux hommes politiques, pour écrire ses articles avant les autres.
Production normande donc et de qualité !