Chat Bleu de mai

On est en juin. Le prochain Chat Bleu est ce jeudi 14 juin et je ne vous rends compte que maintenant de ce que nous avons évoqué le mois dernier… Shame on me…

N’senga avait sélectionné deux vins méditerranéens :
en rouge, un vin de Toscane, plutôt rond en bouche, frais : Involtini
en blanc, un vin portugais méconnu, Insolito, un vin de région fleuri mais sec.

Nous avons d’abord parlé de l’exposition : Du rouge garance au bleu horizon qui a lieu jusqu’au 29 juillet à la manufacture Bohin, manufacture d’épingles et aiguilles qui produit toujours ( 1 Le Bourg, 61300 St Sulpice sur Risle ). 16 artistes du textile dont Claire Daniel ont travaillé autour de la guerre de 14. A voir !

Les livres :
– Hiver à Sokcho, premier roman d’Elisa Shua Dusapin, éditions Zoé, 2016, pour lequel cette jeune Franco-Coréenne  diplômée de l’Institut littéraire suisse de Bienne a reçu le prix Robert Walser. On est en Corée du Sud dans un village de pêcheurs, tout près de la Corée du Nord. Ambiance froide : relation sexuelle sans affect, affect sans relation sexuelle, chirurgie esthétique, poulpe et fugu…
– L’homme qui marchait sur la lune d’Howard McCord, ed. Gallmeister 2008, collection de poche Totem. C’est le seul roman de ce vétéran de la guerre de Corée, reconnu pour ses recueils de poésies et de récits. La lune est le nom d’une montagne que gravit régulièrement le personnage narrateur. Le livre, court, étonne par son appartenance à plusieurs genres : nature writing d’abord, puis polar en passant par fantastique. Une belle écriture.
Hors de moi de Claire Marin, éditions Allia, 2008 réédité en 2018. Une  superbe langue. Claire Marin est normalienne, philosophe. Elle parle ici, entre essai poétique et auto-fiction, de la maladie, du corps, des soignants.

Par ailleurs, voilà plein d’autres livres :
( malgré l’information donnée par B : Le temps moyen de lecture d’un Français par jour est de 2′ 50 »… )
– Japon : d’Aki Shimazaki, chez Babel, Au coeur du Yamato. Chacun de ces 5 petits livres est un point de vue différent sur la société japonaise, d’une auteure depuis longtemps immigrée au Québec. Des hommes sans femmes, nouvelles d’Haruki Murakami : petites tranches de vie.
– U S A : de Philip Roth – qui vient de mourir –  La tache, qui aborde les problématiques (américaines mais pas seulement) du racisme,  de la bien-pensance. Superbe aussi : Opération Shylock (1993). Un homme, sur la maladie, d’un point de vue très masculin. Tous chez Folio. Certaines ont découvert lors d’une séance précédente Joyce Carol Oates, ont dévoré Les chutes et présenté Sacrifice (Points), sur la manipulation de la misère sociale, intellectuelle.
– Europe : Nos souvenirs sont des fragments de rêve de Kjell Westö, Finlandais suédophone, aux éditions Autrement. Peut-on cohabiter avec tout le monde ?
– France : Franck Bouysse (que le Polar à la plage, 16 et 17 juin 2018, reçoit) Glaise (Livre de poche): une très belle écriture, sensible, charnelle. On peut rapprocher son univers de celui de Marie-Hélène Lafon. 
La nuit des Béguines d’Alice Kiner, éd. Liana Lévi, au concours Galerne. Qui a tué mon père d’Ed. Louis, Le Seuil, très joli livre concis. Réhabilitation du père et réquisitoire politique.
De Frédéric Lenoir : Le miracle Spinoza, ed. Fayard. Vive Spinoza, ses prises de position sidérantes de modernité et d’humanité (qu’on se le dise : Philopop 2019 sera sur Spinoza !)

 

Polar à la plage 2018

Ce post est tapé en écoutant la compile des Ancres Noires 2018… et en marquant le rythme !

Nous sommes une semaine avant le festival du POLAR A LA PLAGE qui aura lieu pour la seizième fois sur la digue promenade au Havre, les 16 et 17 juin.

Dans le CD, un texte de Pascal Millet
(auteur de Suite n°11 et de Ton visage aux Editions Rue du Départ :
présents – Pascal et nous – aussi sous la tente du festival).

Dans le CD, des textes donc de Pascal Millet, Philippe Huet, Peter Guttridge, Marc Villard, Dominique Delahaye, Franck Bouysse, Michel Embarek, Benoît Severac, Jean Hugues Oppel, Tove Alsterdahl, Max Obione, quelques uns des 24 auteurs du Noir invités cette année. Ne ratez pas non plus Hervé Le Corre, Hannelore Cayre, Cay Rademacher, et tous les autres, qu’ils écrivent du thriller comme Johan Theorin ou du soft comme Michèle Lesbre. Une belle moisson pour l’été. Beaucoup de livres en poche, pratiques dans une valise ou sur la plage.

Dans le CD, les musiques, sont écrites par des groupes de rock d’ici – vous savez bien : Le Havre est un haut lieu du rock – dont Orange Yeti, The sound drivers, Dizzy Yug, Cosmic Chicken … et c’est vraiment vivant !!!

D’autres terres plus douces

D’autres terres plus douces ou Free like a crane, film de Maxence Lamoureux et Arnaud Devroute en tournée en France, était programmé hier au Havre, au cinéma le Studio par le Muséum d’Histoire Naturelle. Salle pleine pour ce documentaire de 63 minutes, primé au Festival du film ornithologique de Ménigoute 2017, trouvable en DVD et prévu dans quelque temps sur Ushuaia après quelques remaniements pour cette chaîne .

Pourquoi en parler ici ?
Parce qu’il y est question de voyage, celui, régulier, de la grue cendrée du Nord vers le Sud, de l’Estonie à l’Ethiopie en passant par Israël, une migration de 6 000 km.
Parce que la grue cendrée, le plus gros oiseau migrateur avec la cigogne, plus secrète que celle-ci, est un symbole pour beaucoup de cultures : en Ukraine comme en Turquie, par exemple, avec des danses et des chants l’évoquant.
Parce que ce film sort de sa spécificité animalière, avec son titre et ses allusions aux migrations humaines plus compliquées actuellement mais aussi sempiternelles. Ainsi, la séquence finale, hyper-positive, avec le chanteur-conducteur éthiopien d’origine arménienne.
Parce qu’on a vraiment apprécié son ton, son côté road movie qui ne se prend pas la tête (la jeune grue baguée ne passe pas par le chemin prévu mais par la Hongrie ; ils la ratent…, l’attendent… puis la retrouvent).

Howard Hawks : P U n° 58

Howard Hawks, aux Editions Universitaires, Classiques du Cinéma, écrit par J.C. Missiaen en 1966.
Howard Hawks (1896-1977) est un des grands Hollywoodiens qui a touché à tous les genres : films de guerre, de gangsters, comédies, westerns, policiers.

Cette étude est offerte à Y. D., une grande amatrice de cinéma et de livres, fidèle des réunions du Chat Bleu et de Philopop.

Voilà quelques uns des « poèmes express »:
Amoureuse chute de perles. Subtil balancement de main et tendre élan.
– Deux gorilles tenant des fleurs : séduction chorégraphique.
– L’U S Army ferme les portes de sa guerre et la met au service de chewing-gum.
– Les petits renards sont nettement conçus pour le drame.
– L’homme se signale par un appareillage qui préfère les blondes.
– Remarquons les pantins, tous au bord de la crise de nerfs.
– Les dents préfèrent les little girls. C’est ce qui nous vaut l’oeil glacé du cinéma.

Si ça vous dit, à jeudi 24 mai au Chat Bleu !

Caen : « Epoque »

Rue du Départ y a un stand, à côté des copains de La Renverse !
C’est en coeur de ville.
C’est les 26-27 mai.
C’est la quatrième édition.
Eric Fottorino et la revue le 1 sont là.
On y parle d’espoir et de paix.
Venez !

Borgès et Sabato : P U n° 57

Conversations à Buenos Aires entre Jorge-Luis Borgès et Ernesto Sabato, parues en 1966 en Argentine, en 2001 aux éditions du Rocher puis chez 10-18.
Les deux grands écrivains sud-américains acceptent la proposition d’un admirateur et libraire : pendant à peu près trois mois, se rencontrer certains après-midi, échanger autour de l’écriture : auteurs préférés, comment vous viennent vos sujets, la traduction etc… Borgès et Sabato ont peu en commun : l’un est un grand bourgeois, l’autre pas. Sabato est au départ un scientifique. Ils ne parleront que littérature, pas politique, ils n’auraient pas été d’accord.

Voilà quelques poèmes express issus de ces conversations :
Cette phrase a assez de force, assez de puanteur.
– Elles sont toujours dangereuses, les couleurs profondes.
– Le kangourou est un cygne noir : en Australie, il n’y a que des cygnes noirs.
– Une religieuse qui a une rage de dents nie l’existence des dents.
– Un rêve rencontre quelqu’un dans mon rêve. Dialogue.
– La folie est dans la chambre, la médiocrité dans un tiroir.
– Comme la mort se prépare, les enfants sont des accumulations de crainte.


La P U n° 57 est offerte à Daniel Damart – rencontré à l’Autre Livre – des éditions Le Réalgar, implantées à Saint-Etienne. Ingénieur, entrepreneur, galériste, éditeur, diffuseur, il est force de proposition, a plusieurs vies et n’a pas l’intention de s’arrêter là. Plusieurs collections au Réalgar : poésies, lettres ouvertes (dont celles d’Eric Bonnargent évoquée à un Chat Bleu), romans ou nouvelles (ex : de Jean-Noël Blanc, voir le dernier post).

Chat Bleu d’avril 2)

A ce Chat Bleu d’avril, vins et textes ensoleillés,
nous avons aussi parlé de :
Avec mes meilleurs sentiments de Jean-Noël Blanc, illustrations d’Elzevir, aux éditions Réalgar, 2015. Trois nouvelles : trois ambiances : on est en province, au mi-temps du XXè siècle. Histoires de couple de vieux ou de femmes. Histoires de manières de s’en sortir, de vies ou de mort. Les personnages sont là ; on les voit, on les connaît. Plutôt dramatiques, ils n’ont pas vraiment le choix, ils ne sont pas de la génération « parce que je le vaux bien »….
Les revenants, récit du journaliste David Thomson, 2016 au Seuil, prix Albert Londres 2017, sorti depuis peu en poche : enquête sur des hommes, des femmes parti-es en Syrie depuis 2012 et revenu-es. Qui ils/elles sont, ce qui les a motivé-es à partir, à revenir, leur vie là-bas, dans quel esprit ils/elles reviennent. – Et là, l’écriture inclusive se justifie : leurs destins sur place sont complètement différents du fait de leur sexe -. Intéressant et pas rassurant… Ils/elles reviennent sans plus accepter l’Occident qu’avant leur départ.
Ensoleillement toujours :
– De nouveau : Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, Flammarion, 2018 : sur la guerre d’Algérie d’un Français qui se fait soignant pour l’éviter mais qui la voit d’autant plus dans un hôpital de l’Oranais. (Brigitte Giraud qui a fait une très belle lecture musicale d’un extrait du livre au festival Terres de Paroles, accompagnée de Sébastien Souchois, à Duclair le 26 avril.)
Moins ensoleillés :
– un coup de coeur que nous avons déjà signalé : Le grand marin de Catherine Poulain, maintenant en poche.
deux remords de Monet de Michel Bernard : lecture faite par Agnès Desarthe à Terres de Paroles (encore).
– des livres de Finlande -merci Léa – Mademoiselle van Brooklyn de Mika Waltari (1908-1979) chez Actes-sud et sous l’étoile polaire, trilogie écrite par Väinö Linna, sur une famille finlandaise rurale de 1890 à 1950. Editions Les Bons Caractères, 2011.
Sous la même étoile de Dorit Rabinyan, Pocket, 2018 : la rencontre d’un Palestinien de Ramallah et d’une Israélienne de Tel Aviv à New York
De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages de Matthias Debureaux, éditions Cavatines, 2005 : un petit traité présenté par une grande voyageuse…à qui on en avait fait cadeau…Lol.

Voilà pour avril.
Le Chat Bleu prochain est prévu le 24 mai

« Traversée » de F. Tabouret

Mis en avant

Chat Bleu d’avril 1)
Il faisait beau et N’senga nous a proposé des vins du soleil :
Un rouge du Languedoc, d’un petit viticulteur : domaine d’Erian, cuvée les Bermudes aux notes de fruits noirs.
Un blanc, un Uby de même cépage que le n°4 : à doux goût d’ananas.

Pour accompagner cet ensoleillement :
Traversée de Francis Tabouret aux éditions POL, 2018. Un premier livre. Francis Tabouret était un collaborateur de la revue Tigre, aujourd’hui disparue. Son métier est de convoyer des chevaux. Ce livre parle de cela mais à travers un voyage précis, de huit jours, entre Rouen, Pointe-à-Pitre et Fort-de-France sur un porte-containers, avec chevaux certes mais aussi moutons et taureaux… Une première pour lui. Il évoque les animaux, son travail auprès d’eux et sa vie à bord : (P. 25) : »…, je suis monté aux barreaux d’une échelle au relief de rouille et de peinture, je me suis faufilé entre deux rangs de containers sur des grilles de ventilation, entre des câbles et des tuyaux. La voilà ! Petite cour de ferme. Les bêtes comme au fond d’une crevasse ou d’une faille géologique. Une pile de containers supprimée au centre du bateau fait que le préposé aux animaux, le palefrenier, le convoyeur, l’accompagnateur, le groom, le cow-boy (prenez le mot que vous voulez) dispose d’un couloir et peut accéder aux bêtes, qu’elles peuvent mettre une tête dehors. »

Etonnant, non ? Pour Francis Tabouret aussi, qui est spécialisé dans les chevaux :
(p.46) : »Il faut le temps, la répétition. Le métier est de faire de ce monde de ferraille et d’eau, de saillies et de trous, d’un peu de rouille, de dangers, de faire de ces quatre boîtes et de cette petite cour au fond des si hautes piles un monde d’humanité et d’animalité, une chaleur et un chez-soi. »
et qui se retrouve avec des animaux aux comportements inconnus : grégaire, le mouton (p.16) : « Ce ne sont pas des moutons, c’est un troupeau que vous prenez par la main. », (p.15) : « force comme en veille », les taureaux dans la boîte desquels il n’est pas question d’entrer pendant le voyage.

De beaux moments en mer, la place des hommes sur le bateau, les relations existantes ou non. L’arrivée, la séparation, les nouveaux propriétaires des chevaux qui ne semblent pas y connaître grand chose.
Un beau livre !

On parle des autres livres évoqués ce soir-là dans le post suivant…

L’homme invisible : P U n° 56

L’homme invisible d’H.G Wells (1866-1946) est paru en Angleterre en 1897 et en France, pour la première fois, en 1901 : Griffin, un scientifique entièrement dans sa recherche, devient un criminel : il vole son propre père, incendie un appartement, blesse des personnes. Le savant fou, prisonnier de son invisibilité mais dans la toute puissance, est sorti de l’ordre moral et en meurt.
Wells, s’il juge son personnage, s’amuse bien aussi.

Quelques « poèmes express » qui en sont issus :
Le scaphandrier se tourna pour porter le tuyau à ses lèvres.
– Explosion d’un air digne ; il n’y a rien dedans.
– Orteil et poing, j’ai l’intention de vous trahir.
– Cela se passa dans un cri puis on rangea.
– Il se leva et, l’air d’un imbécile, enfla.
– A deux mains, comprendre la sensation d’ouate.
– Il tira au hasard : la bouche éclata, langue sur les lèvres.

La P.U. n° 56 est offerte à Catherine D., professeur en retraite, femme ouverte, rencontrée lors de la première GAP (Grande Académie de Printemps) du festival seinomarin Terres de Paroles en 2017. Nous y avons partagé ateliers, lectures et spectacles.

Terres de paroles 2018

Le festival Terres de paroles se pose dans 25 communes de Seine Maritime avec plus de 150 événements du 27 mars au 29 avril 2018.

Il a eu lieu au Havre toute cette semaine :
– au théâtre des Bains Douches avec la création de J’appelle mes frères, du romancier et dramaturge suédo-tunisien Jonas Hassen Khemiri. Mise en scène de Ludovic Pacot-Grivel avec quatre excellents comédiens dont Nadir Louatib.
– au Tétris, avec une lecture musicale à partir de Zones de divergence, dystopie de l’Américain John Feffer, avec le comédien Jean-Damien Barbin -une voix à tomber, de l’humour – et le compositeur Jean-Paul Buisson,
– à la Halle, lecture théâtrale de Marbourg de l’auteur catalan Guillem Clua,
et last but not least :
Sopro de Tiago Rodrigues / Teatro Nacional D. Maria II, au Tetris : pièce en portugais, écrite autour d’une souffleuse qui, cette fois, est sur scène : Cristina Vidal. Déclaration d’amour au théâtre, collage de souvenirs, mise en abîme. On sourit, on a les larmes aux yeux.

Comme l’an dernier, des grands moments de théâtre mais dans la proximité et la simplicité et des rencontres avec les auteurs hyper-intéressantes – et j’insiste, simples.- : ainsi, l’entrevue de Khemiri, dans un français parfait, avec les étudiants des métiers du livre à l’IUT jeudi matin !