Pièce unique n°33 : un Yves Ravey

Un notaire peu ordinaire d’Yves Ravey est paru aux éditions de Minuit en 2013 puis dans leur collection de poche, Double. C’est un texte court comme presque tous ses textes. Jérôme Leroy  : «  Les livres de Ravey sont tous de vrais-faux polars » à  » écriture blanche, comportementaliste (…) jamais de psychologie ». Pierre Assouline, dans son blog, dit de lui qu’il est « un héritier de Simenon ». Nathalie Crom, dans Télérama en 2015 écrit : « Les romans d’Y. Ravey sont des mécaniques de haute précision. » On peut entendre cet auteur, sur France-Culture dans des émissions d’Alain Veinstein par exemple. Si nous vous donnons toutes ces références, c’est que nous n’avons pas envie d’en donner même un petit résumé, afin de ne pas déflorer l’histoire.

C’est devenu : Noé parie un ordinateur
En voilà quelques poèmes express :
– Quinze ans pour repousser ma mère, trois ans pour me souvenir du geste.
– L’hameçon a fouillé un ver de terre. Il faisait mal à une petite carpe.
– Le débit de l’eau a levé les yeux, le niveau de l’eau l’a voulu.
– Tuer le chien, patienter, attendre l’arrivée du parasol et le ranger.
– Elle lui avait posé la question de l’averse. Il parle si bien de ce sujet.
– Ce n’est pas facile d’être embarrassé, la chemisette déboutonnée sur une chaînette en or.

Cette pièce unique est offerte à Samia Kachkachi, qui vit dans la région lilloise et travaille la linogravure. Elle est l’auteure des dessins d’ Entravés, dernier joli petit livre sorti dans la collection Voyageur aux éditions Rue du Départ…
Vous pouvez la suivre sur son blog samiakachkachi.blogspot.com/

au Chat Bleu, lecture de Jérôme Boyer

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Le 4 mai, non seulement on parlait livres et vins mais on écoutait Jérôme Boyer, comédien, lire des extraits de Ton visage de Pascal Millet. Pourquoi ? Parce que Pascal Millet sera au festival du Polar à la plage dans un mois, les 9, 10, 11 juin. Il animera d’abord un atelier d’écriture  le vendredi après-midi puis sera sur le stand du libraire et dédicacera tout le week-end.
Pourquoi ? Aussi parce qu’une lecture à voix haute est un beau moment. Tout le festival Terres de paroles dont la deuxième édition vient de s’achever, le prouve. Des auditeurs visualisent un texte grâce à une voix, entrent dans un livre par une autre porte, plus large peut-être que celle qu’ils ouvriraient seuls dans leur tête.
Donc un beau moment, ce 4 mai, quand l’écoute est totale, quand on sent la densité du silence.

N’senga nous proposait, pour accompagner cette lecture et nos échanges, des produits locaux :
– un vin blanc de pays du Calvados… Si si, de Saint Pierre sur Dives : sec, peu fruité, cépage auxerrois. Très bon.
– Un cidre rosé de Max Ménard, distribué pour les 500 ans du Havre avec son « Apéro-pique » adapté à tous les verres, à planter dans n’importe quel jardin et entre n’importe quels galets ! Jolie invention !

Nous avons évoqué les Ancres noires, leurs invités du Polar à la plage : Pascal Millet, Dominique Delahaye, Colin Niel, J.B. Pouy, Philippe Huet, Victor del Arbol, Caryl Ferey et encore beaucoup d’autres…
Sur le roman noir, nous avons continué avec
– DOA : Citoyens clandestins, Folio policier, paru en 2007, Grand Prix de la Littérature Policière cette année-là et qui n’a pas pris une ride. Le Salafisme est toujours présent, la menace terroriste aussi. Dans cette fiction, les services qui les surveillent et les combattent sont nombreux et ne travaillent pas vraiment ensemble…
– des textes d’Antonin Varenne : Cat 215 et Battues à la Manufacture des livres : dans la Creuse, des villages abandonnés, une société agricole en souffrance.
Puis nous avons quitté la littérature noire (mais pas les réalités sociales) avec :
– Ma découverte de l’Amérique de Vladimir Maïakovski aux éditions du Sonneur, 2017. Un inédit en France, ce récit de voyage du poète russe en 1925 à Cuba, au Mexique et dans quelques villes des USA pour des conférences. Tout un chapitre sur New York et son architecture, sur Chicago et ses usines. Retour par Le Havre sur le Rochambeau : » De petites maisons mal bâties, dont on peut compter les étages sur les doigts de la main, se trouvent à une heure de distance du port. Lorsque nous amarrons, le quai est couvert d’estropiés déguenillés et de garnements. »
–  Modeste Mignon de Balzac (1844) qui se passe au Havre et rend compte des différents milieux sociaux d’alors, nobles émigrés revenant ruinés et bourgeois riches en recherche de particules. Quand les femmes sont monnaie d’échange…
– Tropique de la violence de Natacha Appanah : une belle écriture, sur l’enfer de la jeunesse à Mayotte.
Enfin des textes plus poétiques, moins engagés :
– Les deux continents de Christophe Mary, ed. La Renverse, 2017. Une poésie sur l’existence qui fait penser à celle de Kenneth White (qui était en mars au Havre).
– La petite lumière de l’auteur italien Antonio Moresco, éd. Verdier : un roman-fable-conte. Un joli livre délicat.
Et Le théorème du perroquet chez Points, de Denis Guedj, qui fut professeur de mathématiques à Paris VIII, écrivit beaucoup de romans sur la science et la rend accessible …et agréable à ceux qui (ne) seraient (que) littéraires…

Le prochain Chat Bleu est le jeudi 1 er juin.

Pièce Unique n° 32, un Joseph Conrad

La Pièce Unique n° 32 est faîte à partir de :
La ligne d’ombre (1917) de Joseph Conrad (1857-1924).
Ce court roman est inspiré d’un fait vécu par Conrad, l’officier de marine, la prise de commandement d’un bateau dans des conditions difficiles. Le capitaine précédent est mort à bord, le second et l’équipage tombent malades, la quinine manque et le navire est encalminé.

C’est devenu : L.D. l’ange de moire
en voilà quelques poèmes express :

  • Mon élan est de nature à tuer tout ce qui vit sauf les employés écossais. 
  • Sa dernière paire d’ailes était d’artificielle plume.
  • Sous l’oeil gauche, une énorme larme roule. Il est instantanément trempé, à demi suffoqué.
  • C’est le genre de calme à faire dresser l’obscurité.
  • La tête appuyée contre le vent. Supposez que le vent vienne à tourner ?
  • Vêtu de laine, rentré en routine, animé de scintillement, venez. 

    Nous offrons L.D.,l’ange de moire à Blandine Donneau, bouquiniste aimant le livre, la poésie géographique, les mots et voyant son métier comme du lien social. C’est assez rare pour être souligné, non ?!

Au retour du salon « Livre Paris »

Au Chat Bleu, le 6 avril, nous voulions vous présenter des livres trouvés à côté de nous, sur le stand Normandie au Salon Livre Paris, porte de Versailles, fin mars.

Nous avons donc parlé de :
American requiem de Jean-Christophe Buchot aux éditions La Renverse qui étaient, au début, dédiées à la poésie et qui, avec ce livre, s’ouvrent au « roman poétique »et, ici, double plaisir, illustré. Très bien illustré par Hélène Balcer et Yann Voracek. J.F.K. parle de sa vie, du moment de sa mort.
Les ombres du quai de François-Michel Dupont aux éditions Le Vistemboir, un polar, le deuxième de cet auteur. Cela se passe à Caen et en Norvège. C’est vivant, cela fonctionne.
 

 

 

 

Le dîner des bustes de Gaston Leroux, des éditions Amavada qui se spécialisent dans le roman populaire. A cette courte nouvelle, ils ont adjoint une conférence de l’auteur sur la naissance de Rouletabille, donnée vers 1920. Amusant, intéressant : les tours qu’il a joués à ses collègues journalistes, aux hommes politiques, pour écrire ses articles avant les autres.
Production normande donc et de qualité !

Pièce unique n° 31 : un Marie Desplechin

La Pièce Unique n° 31 est Le sac à main de Marie Desplechin paru aux éditions Estuaire en 2004 et trouvable en poche chez Points. Joliment accompagné de dessins d’Eric Lambé, on croit d’abord à un simple inventaire poétique de ce qu’on peut trouver dans un sac, du rouge à lèvres aux clés en passant par le passeport, un livre…of course… et d’autres petits objets qui dessinent la vie de n’importe quelle femme. Mais non, c’est plus que cela, c’est une histoire qui apparaît lentement.
Marie Desplechin (soeur d’Arnaud, le cinéaste) écrit pour adultes et pour enfants, des fictions mais aussi des documents comme l’accompagnement de son amie Lydie Violet, atteinte d’un cancer (devenu aussi un texte radiophonique à France Culture). Elle était venue au Havre et avait animé un atelier d’écriture en bibliothèque. C’est à cette occasion – privilégiée- que j’avais acheté ce livre.

La Pièce Unique n° 31 s’appelle aussi : As, le caïman.
En voilà quelques poèmes express :
– Collé sur un dépliant publicitaire, un Pakistanais de démonstration cherche des yeux une guerre.
– Périmée 5 ans durant, ma personne n’a rien de très spectaculaire.
– Au bar de l’hôtel nous avons partagé un début de cuite et notre fils est né.
– L’insolence est à jamais plus jeune que nous.
– Une passion est un courant marin; on perd pied.

Elle est envoyée à Amélie Charcosset, rencontrée à Pirouésie, une jeune femme incroyable de joie de vivre, de fraîcheur et d’audace. Elle voyage beaucoup, s’installe dans des pays incroyables – l’Ouzbékistan, franchement ! et loin de la capitale en plus ! – Elle enseigne le français langue étrangère, propose des ateliers d’écriture et écrit évidemment (le joli Nous sommes tous des faiseurs de ciel, présenté sous forme de boîte, aux éditions 17 rue des Arts). Elle revient à Pirou à l’été 2017.

Nouveauté : « Entravés » dans notre collection Voyageur

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Entravés  de Samia Kachkachi et Marie Thémenet est prêt. Prêt pour le salon Livre Paris ! Comme toujours, c’est un peu à l’arrache mais tellement beau !
Nous avons transformé la collection Voyageur. Nous en gardons le format, la couverture, la carte mais ce n’est plus un CARNET-livre, Pourquoi ? Parce que tout le monde trouvait ça super… APRES… explication orale…malgré le texte de la 4è de couv… Quel libraire a le temps d’expliquer ? Aucun. Donc plus de carnet mais un petit livre d’art et poésie.

Entravés est né des lino-gravures de Samia Kachkachi, Nous aimons cette épaisseur du trait, cette qualité du noir, proches des couvertures de la collection Voyage noir. Nous aimons leur côté enfantin démenti par leur sens :  nous sommes entravés, enserrés, empêchés par les autres, ceux qui nous aiment ou pas, par nous-mêmes souvent.
(Ah Ah ! cette image n’apparaît pas dans Entravés…

Les très courts textes qui  accompagnent les Entravés ont été choisis par S. Kachkachi. Ils parlent aussi du corps, ont aussi une forme d’humour. Ils sont écrits à la manière des « poèmes express » de Lucien Suel.
Marie Thémenet a rencontré Lucien Suel au festival de Pirouésie animé par Robert Rapilly autour d’Oulipiens (Jacques Jouet, Olivier Salon, Frédéric Forte…) et d’ouliphiles (Amélie Charcosset, Jany Pineau…).

 

Pièce unique n° 30 : un Jérémy Guez

  Paris la nuit de Jérémy Guez est la pièce unique n° 30.
Jérémy Guez est auteur, scénariste surtout. Ce livre est son deuxième, paru chez La Tengo éditions en 2010, trouvable en poche chez J’ai lu. A 18 ans, il écrit les premières pages de ce court roman, la dérive d’un jeune sans idéal. Ce petit dealer veut devenir grand bandit et il s’attaque à plus gros que lui…

Passé à la moulinette des Poèmes Express, Paris la nuit devient : Tu liras, Pina !
En voilà quelques exemples (en plus des 4 reproduits dans Entravés qui vient de sortir aux éditions Rue du Départ) :
Je jure sur un cil que je ne joue plus.
– Il n’y a personne quand tout le monde est là.
– Sa jupe jouit avant elle; envie de plaisir en vitesse.
– Des chauves-souris à épuiser, la rue à évacuer, le boulevard à recracher.
– Ca te dirait qu’on voie un visage, ses cernes, ses joues creusées, son regard basculé ? 

Il est envoyé à Sophie Peugnez, libraire, chroniqueuse littéraire dans Zonelivre, https://polar.zonelivre.fr/, magazine internet sur le livre policier dont elle est co-fondatrice. Cette association créée en 2009, est aussi partenaire média du très bon festival Les Boréales, à Caen.

Au Chat Bleu, en mars : Non Standard et autres…

Pour accompagner nos lectures, Nsenga nous proposait :
un Ter Raz, un rouge à tanin soyeux, délicat, pas trop capiteux. Ce côte de Gascogne, mélange de deux cépages : Malbecq et Merlot a une finale un peu épicée.
Le blanc était aussi un Gascogne : cépages Chardonnet et Colombart mêlés, apportant beaucoup de fruit.

Les livres maintenant :
– D’ Alberto Barrera Tyszka, Balles perdues (46 p.) : les suites d’une manifestation et La correspondance des autres ( 26 p.) : autour d’un écrivain visiteur de prison. Elles sont parues en deux volumes en 2013 aux éditions Zinnia de Lyon. Tyszka, Vénézuélien, est également scénariste et journaliste. Ces deux courts textes donnent envie de lire ses romans traduits: Rating, aussi chez Zinnia et La maladie (2010), chez Gallimard.
– Les livres prennent soin de nous de Régine Detambel, ed. Babel. Régine Detambel est romancière mais elle écrit ce texte en tant que « bibliothérapeute ». Elle fait l’histoire de cette « discipline » : expérimentée en 1916 en Alabama pour traiter les troubles psychologiques des soldats rentrant d’Europe, et en montre les différentes obédiences. Quant à elle, contre le « biblio-coaching » aux livres faciles, elle prône le livre « plurivoque, un épais feuilletage de sens »…ayant le « pouvoir de nous maintenir la tête hors de l’eau et nous permettre de nous recréer. « , parce que « la littérature peut toucher au corps ! ». Elle parle de : « l’histoire de chaque soir qui répare le psychisme des enfants et les prépare aux inévitables anicroches du lendemain. ». Lis, lisons, lisez pour aller bien ou mieux !
Non-Standard-630x0– Toujours la même histoire de Jean Ségui et Elodie Boyer, aux éditions Non Standard, 2017.  Avec les illustrations de Josephin Ritschel, un beau cadeau à la ville du Havre pour ses 500 ans. Comme toujours chez eux, c’est un bel ouvrage, un travail sur la typographie, les papiers, et Le Havre donc ; mais, cette fois, le livre a un côté oulipien : la même histoire racontée trois fois, à un petit enfant, à un adolescent, à un adulte. La complexification d’une histoire simple : la rencontre d’un homme seul et d’un pigeon mais …en partant de la création de l’univers….Si les notes en bas de page du livre pour ado font rire (ainsi, dans la définition de « terroriste », on trouve : « Les terroristes d’aujourd’hui disent obéir aux écrits sacrés d’un dieu. Ils ont toujours eu des problèmes avec la lecture. »), d’autres pages, sur le personnage, sa solitude, sa vision de la vie, de la mort sont émouvantes.

On a aussi évoqué :
– Dossier 64 d’Alder Olsen, ed. Albin Michel, un polar aux enquêteurs improbables.
51gE82PZMaL._SX210_– Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin : un personnage de femme dans le Japon ancien. Un « livre d’odeurs », poétique, érudit, écrit parallèlement à d’autres, en 12 ans.
– la trilogie de Pennac : « L’époque demande Pennac et ses Malaussène »…
– des Nancy Huston,
– des Russell Banks,
– Jérôme de Jean-Pierre Martinet, un « maudit » de la littérature qu’a réédité Finitude.
– A quoi rêvent les loups de Yasmina Khadra sur les années 1980 en Algérie, mais toujours d’actualité.
– La démocratie des crédules, un essai de Gérard Bronner aux P U F, 2013, sur la radicalisation par internet, l’information en silo où on ne trouve que ce qu’on cherche…

Nos prochains rendez-vous sont :
– sur le stand Normandie au Salon Livre Paris, entre le 23 et le 27 mars,
– Au Chat bleu, le jeudi 6 avril.

Salon Livre de Paris 2017

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logo-14-efef4C’est du jeudi 23 mars au soir (Inauguration) au lundi 27 mars au soir.

Et Rue du Départ y sera, sur le stand de la région Normandie. Avec nos livres bien sûr – certains auteurs passeront-. Avec, dans la collection Voyageur, une nouveauté  : Entravés de Samia Kachkachi et Marie Thémenet.