Un Francisco Coloane

Pièce Unique n° 73 : Tierra del fuego de Francisco Coloane (1910-2002), auteur chilien. Fils de capitaine baleinier, il fit lui-même des métiers physiques sur mer et sur terre.
Tierra del fuego est sorti en 1963 au Chili, en 1994 chez Phebus et est maintenant en Points poche. C’est un recueil de nouvelles, un ensemble de très beaux textes qui nous transportent littéralement dans le temps et l’espace : îles, marais, vallées, cordillères d’un Chili intemporel ou historique.

Hasard… de magnifiques textes sur le Chili… au moment où Rue du Départ prépare un livre sur ce pays dans sa collection Voyageur…!

Voilà quelques « Poèmes Express » qui en sont extraits :
Un individu percé de mouches, carcasse d’os et sang sur la chair percée.
– Un squelette dit distraitement : je crois qu’il faudrait aller ailleurs.
– Prendre le temps de réfléchir. Rester seul de fond en comble.
– Fragile et tendre, le petit animal tiède.
– Enveloppé d’obscurité, le corbeau attend un conseil.
– Un point noir se rua au bas du mamelon couvert de sueur.

La P U n° 73 est offerte à Danielle D., une femme incroyable aux multiples vies elle aussi.

Ouest Track et nous – janvier 2019

Dimanche 6 janvier, dans Viva Culture, Autour des livres parle de Ryoko Sekiguchi et deux de ses livres Nagori et Manger fantôme

Dimanche 20 janvier, il est question de Jérôme Ferrari, de son dernier roman et de ses chroniques dans la Croix parues en recueil chez Babel : Il se passe quelque chose

Chat Bleu de décembre 2018 :

Fin d’année fêtée avec un crémant d’Alsace des vignes bio du producteur Beck-Hartweg avec lequel le Chat Bleu travaille depuis six ou sept ans : une valeur sûre accompagnée d’une mise en bouche asperge-parmesan absolument fabuleuse !

Les livres pour cette fin d’année :
En combat singulier de François Belsoeur aux éditions havraises Courte échelle crées en 2017. Elles éditent des textes mais aussi des jeux, des tampons et sont trouvables à la nouvelle librairie Au fil des pages.
Ce Combat singulier est surtout un livre d’images noir et blanc, des dessins au crayon : c’est plein de poésie, intrigant. Allez voir : c’est vraiment très beau !
Les mots sont des pierres de Carlo Levi, paru en 1955 chez Einaudi, en 2018 aux éditions installées en Normandie : Nous, traduction de Laura Brignon. Leurs livres sont beaux, la maquette simple, efficace : rigueur du lettrage et toujours deux couleurs tranchées en aplat. Les mots sont des pierres sont des voyages en Sicile de Levi : drôle : le maire de New York venu dans le village de ses parents, dramatique : l’état de la population ouvrière dans les mines de souffre ou dans le …duché féodal de Nelson ! Impression d’être dans un film réaliste italien. Une belle langue.
– Justement : Dans nos langues de Dominique Sigaud, éditions Verdier, 2018 . Un très beau livre autobiographique sur elle et la langue, comment la langue (nous) constitue, (nous) révèle. Comment les relations parents-enfants ou les relations au monde se jouent dans la langue. A France Culture, à l’émission La Grande Table, Dominique Sigaud, en août 2018, disait : « Une langue, c’est autant ce qu’on est incapable de dire que ce qu’on est capable de dire. Un individu sera désigné autant par ce qu’il ne sait pas dire que par ce qu’il ne s’autorise pas à dire. »

Nous avons aussi évoqué :
Miniaturiste de Jessie Burton,traduit par Dominique Letellier, Folio : un voyage dans l’Amsterdam du XVII è siècle.
Ce que tient ta main droite t’appartient, Points, de Pascal Manoukian, romancier et journaliste de guerre.
Landfall d’Ellen Urbani,traduction Juliane Nivelt, éditions Gallmeister : une histoire de familles face à l’ouragan Katrina.
– Aux mêmes éditions, Idaho d’emily Ruskowich, traduit par Simon Baril, sur la ruralité, la mémoire, la vie des femmes à différentes époques.
Les frères Lehman de Stefano Massini, traduction Nathalie Bauer, éditions Globe, prix Médicis Essai 2018 : histoire de l’empire qu’ont fondé ces banquiers… en vers libre… et franchement, ce n’est pas un problème, au contraire.
– A l’occasion de sa venue à l’institut suédois à Paris, de la rétrospective du cinéaste et d’une exposition de costumes de ses films, le livre de Linn Ullmann évoquant son père : Ingmar Bergman : Le registre de l’inquiétude traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, Actes Sud.
– l’autobiographie de Marie Aude Murail, l’écrivain jeunesse, le plus souvent appréciée… mais pas toujours…
Un jour je m’en irai sans avoir tout dit de Jean d’Ormesson, 2013.

Rentrée littéraire janvier 2019 : merci au Fil des Pages:
Né d’aucune femme de Frank Bouysse, à la Manufacture des Livres : où on accompagne une femme au début du XXè siècle.
Ce qui nous revient de Corinne Royer, éditions Actes Sud : sur une femme, Marthe Gauthier qui découvrit la trisomie 21 et fut spoliée par le dr Lejeune.
Dans le faisceau des vivants de Valérie Zenatti à l’Olivier. Valérie Zenatti qui était la traductrice de l’auteur israélien Aharon Appelfeld évoque leur amitié, la parcours de cet homme qui avait réussi, enfant, à fuir, seul, le nazisme.

On récapitule :

Le dimanche 16 décembre, à partir de 11 h, sur Ouest Track, dans Viva Culture, Autour des livres vous parle de Rococo de François Chaslin aux éditions Non Standard.

Le jeudi 20 décembre, à partir de 18 h 15, c’est Chat Bleu et on échange autour de vins et de livres.

Un Camilo José Cela

Ce livre du prix Nobel, 1989 : Camilo José Cela (1916-2002)
La famille de Pascal Duarte (1942)
est la Pièce Unique n° 72.
Camilo José Cela fut un homme ambigu, du côté du franquisme pendant un temps puis censuré par ce régime, anobli par le roi en 1996 et membre du Collège de Pataphysique.

La famille de Pascal Duarte est son premier roman. Un homme raconte sa vie alors qu’il est en prison, condamné à mort. Adulte, il a tué sa propre mère, a grandi dans une famille atroce. Le livre est ouvert et fermé par des textes de personnes ayant recueilli ce témoignage : effets de réel.

Voilà quelques Poèmes Express tirés de ce livre :
Je ne suis pas mortel mais, à mesure que le destin me mène…je suis condamné.
– Autour de la bouche, la figure tremble : ainsi commençaient les disputes.
– Caressant la tête, la femme avait envie de l’étrangler mais cela passa.
– Abandonné et usé, il criait – c’était un dimanche – et Dieu se trouvait à la maison.
– Ce premier baiser reste de bon matin dans la sacristie. Pas pressé.
– Tu pensais le monde qui se laissait faire.

Ce livre est offert à Catherine Dô-Duc, rencontrée à des festivals dont celui des Ancres noires, auteure du blog Polar de Velda où elle parle de tous les grands du noir, des Ian Rankin, John Harvey aux nouveaux comme Joseph Knox..

Un Mario Rigoni Stern

La Pièce Unique n° 71 est un livre de Mario Rigoni Stern (1921-2008) : L’année de la victoire, paru en Italie en 1985 chez Einaudi, en 1998 en France et trouvable en poche chez 10-18.
La fin de la guerre de 14. Le retour des habitants dans leur montagne où tout est bouleversé, déchiqueté, détruit, où la montagne elle-même a changé de forme, où les forêts ont disparu, où les squelettes sont encore accrochés aux barbelés, où un bélier peut sauter sur une mine – à moins que ce ne soit un prisonnier, utilisé au déminage -. La lenteur administrative. La montée parallèle du fascisme et du socialisme. Tout à reconstruire.

Les textes de Mario Rigoni Stern sont très beaux, très humains, qu’ils parlent de la nature ou de la guerre, la première, ou la deuxième qu’il a vécue jusque sur le front russe, jusqu’à Mauthausen.

Rigoni Stern avait dit : « J’espère ne pas mourir sous Berlusconi (…) histoire de garder espoir en la vie et en l’humanité. Berlusconi ne donne pas cet espoir. »

Un recueil d’entretiens (1963-2007) : Le courage de dire non est sorti en avril 2018 aux Belles Lettres.

 

Voilà quelques Poèmes Express issus de cette Année de la victoire :
– La terre montrait ses jambes, et l’air, sa stupeur.
– Une brume s’accrochait aux hêtres, du brouillard et le silence.
– Certains avaient creusé les vieux, frappé les rescapés.
– C’était la première fois ; il tenait ses genoux en regardant le feu qui s’éteignait.
– Les petites filles troussées sur des barbelés.
– Rejoindre ses moutons. Finir la maison. Passer dans la chaleur.

Cette P.U. est offerte à Cécile P. , une jeune femme qui mord, qui rit, qui pense et qui agit. QUELQU’UN !

Ouest Track et nous

Sur Ouest Track, la radio sur le net, dans Viva Culture,

  • le 2 décembre , on vous parle de la journée balte des Boréales de Normandie.
  •  le 16 décembre, de nouveau des éditions Non Standard, pour Rococo, le livre de François Chaslin.
    C’est en podcast !

 

Chat Bleu – novembre 2018

Forcément, ce jeudi de novembre, nous buvions du beaujolais nouveau, un vin de deux ou trois mois, non vieilli en fût, presque un jus légèrement fermenté : du « Bio jaulais », d’un regroupement de producteurs, venu d’une parcelle de Bully. Le jeu de mots nous a séduits, forcément !

Le Bio jaulais a accompagné
– un livre sur les saveurs : Nagori de Ryoko Sekiguchi, chez POL, 2018. Entre document et poésie, ce livre est sorti en octobre, justement octobre, dit  » mois de nagori » : « Nagori évoque à la fois une nostalgie de notre part, pour une chose qui nous quitte ou que nous quittons, » (p.30). Produits de saison, disparition d’une saison, raffinement japonais dans cette attention au temps. Raffinement de Kyoto (p.38) :… » la coutume de contempler la beauté de la neige » (…) Il existe même des fenêtres conçues à cet effet : les yukimi-mado. Dans un shôji (cloison de papier coulissante), une partie est aménagée en verre, qui permet de contempler la neige. » Raffinement de l’auteure qui, à la fin de son année, en 2014, à la Villa Médicis, compose un  » dîner de 100 ingrédients » (p. 123).
– Frère d’âme de David Diop, Le Seuil, 2018, prix Goncourt des lycéens. Alfa, le narrateur,  est un tirailleur sénégalais venu se battre en France, volontairement, avec son ami qui meurt éventré. Mademba lui a demandé de l’achever mais Alfa n’a pas pu. Il s’en veut maintenant, tue par huit fois l’  » ennemi aux yeux bleus » (p.39) et rapporte chaque fois sa main. On : « Les Toubabs et les chocolats, comme dit le capitaine » (p. 42) l’admire puis on le craint et l’envoie se reposer. Je ne vous raconterai pas le twist final. Ce livre évoque ces troupes coloniales dont on a peu entendu parler jusque là. Il aura fallu le centenaire de l’armistice pour les mettre en avant dans les discours commémoratifs et reconstruire le monument de Reims, détruit par les nazis en 1942.
– Le sillon, deuxième livre de Valérie Manteau, Le Tripode , 2018, prix Renaudot. Entre autobiographie et histoire contemporaine de la Turquie, il est question des procès de journalistes, d’avocats,  : « La plaidoirie d’Asli, quatorze pages manuscrites lues dans un silence religieux, circule dans la salle. Elle commence par ce voeu, « je vais me défendre comme si le droit existait encore ». (p.214-215) « Necmiye Alpay prend aussi la parole (…) Ça fait vingt-cinq ans que je suis avocate dans ce pays et j’ai honte pour nous. » La même Asli (Erdogan) relâchée entre deux temps de son procès, marche la nuit dans la ville avec l’auteure. L’écriture est vive, nous transmet les ambiances parallèles d’Istanbul : ses quartiers boboïsés, artistes, de migrants, radicalisés.
Le sillon, c’est aussi le nom du journal de l’intellectuel arménien Hrant Dink, tué par balles en 2007.
Une belle découverte !

Nous avons aussi reparlé de :
– Absolute darling  de Gabriel Tallent, traduit par Laura Derajinski, chez Gallmeister. Dur mais qu’on ne peut quitter.  
– Le lambeau de Philippe Lançon, Gallimard, décidément très beau. A signaler, dans le nouveau numéro de la revue NRF un texte de lui, dédié à son père.
– D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan : perturbant.
– Evasion de Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos, Gallmeister, 2018 : terrible.

et encore de :
– Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal, Verticales, 2018 : un roman d’apprentissage. Très érudit, plein de beaux mots.
– Me voici de Jonathan Safran Sfoer, traduit par Stéphane Roques, Points : un père mort dans les attentats de Manhattan. Points de vue multiples. Art du dialogue.
– L’amour après de Marceline Loridan-Ivens et Judith Pérignon, Grasset, 2018. Après les camps.
Le monde sans hommes de Pramoedya Ananta Toer, (1925-2006) traduit de l’indonésien par Michèle Albaret- Maatsch (2001, Rivages) puis Dominique Vitalyos chez Zulma.. Quatre tomes . Le premier vient de paraître en poche. On est à Java ; un garçon indigène, son éducation à l’européenne, ses difficultés entre les deux identités.
– La première année de Jean-Michel Espitallier, Inculte, 2018. La mort de sa femme. Nous y reviendrons, c’est sûr.

Le prochain Chat Bleu est le Jeudi 20 décembre !