Chat Bleu de juillet 2019

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Nous avions le choix entre un Saint Amour et un Beaujolais blanc pour accompagner nos livres :
Une ville de papier d’Olivier Hodasava, aux éditions Inculte, 2019 : le vrai/le faux, décidément est une question très contemporaine. La ville de Rosamond en est une preuve. Copyright trap ou réelle ? Oeuvre de la General Drafting, lieu d’un fait divers, intéressant Walt Disney ou non ?
Vous le saurez – ou pas – en lisant Olivier Hodasava qui se dit un des membres fondateurs de l’Oucarpo…
Le Tibet sans peine de Pierre Jourde, Gallimard 2008 : récit de voyage « qui s’annonçait saugrenu« , de voyageur qui ne se la joue pas, voire qui ignore dangereusement, habillé en promeneur, les difficultés de l’expédition. Mais ce n’est pas que cocasse :  » Je repasse des cols verticaux signalés par des chortens ou des stupas, je croise les lamaseries blanches, mais ce n’est pas cela, ce n’est jamais cela. Je ne retrouve pas le bon chemin. Le véritable Tibet était ailleurs. Mes rêves s’épuisent à vouloir revenir à ce qui fut une fois, ils en sont convaincus, la beauté à l’état pur, et qui peut-être n’a jamais existé ailleurs que dans leur nostalgie. » (p. 116). Dépaysement et belle écriture.

Il a aussi été question
de romans étrangers :
– Le pouvoir du chien de Thomas Savage paru en 1967 aux USA, chez Gallmeister, collection de poche Totem en 2019, traduit par Laura Derajinski : nous sommes en 1920 au Montana et deux frères s’opposent. Un must !
– Dans le silence enterré de Tove Alsterdal, 2015 éditions du Rouergue. Trouvable en Babel noir. Prix des Ancres noires 2018.
La mafia russe en Finlande dans les années 20. Du point de vue suédois.
– L’oratorio de Noël de Göran Tunström ((1937-2000), Traduit par Lena Grumbach. Chez Babel. Un beau livre touffu sur les musiciens, qui parle aussi de l’auteure Selma Lagerlöf.
– It de Catherine Grive, éditions Gallimard, 2019 : sur les enfants trans-genres. Construit comme un roman pour ados.

de témoignages ou d’essais :
– Mon fils en rose de Camilla Vivian, traduit de l’italien par Hazel Goram et Nino S Dufour, éditions La Contre Allée, 2017, sur le même thème que It. « 1% des enfants sont flottants », ne savent pas ce qu’ils sont.
– Quinze causeries en Chine de J. M Le Clezio, Gallimard 2019 : une belle pensée autour de la littérature, fondatrice de notre humanité et moyen de partage des cultures.
– Le Kamel Daoud dans la collection Ma nuit au musée, Le peintre dévorant la femme, éditions Stock 2018 : l’auteur enfermé au musée Picasso livre une belle réflexion sur ce peintre, l’amour vécu comme un meurtre, l’art en Occident et en Orient.

de la rentrée littéraire, grâce à Caroline de Au Fil des Pages, venue nous rejoindre :
– Girl d’Edna O’Brien, traduction d’Aude de St Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éditions Sabine Wespieser : l’auteure irlandaise a cette fois pour héroïne une jeune Nigériane enlevée par Boko Haram mais s’intéresse comme toujours aux maltraitances faites aux femmes avec son écriture précise, sans pathos.
– L’arbre d’obéissance  de Joël Baqué, chez P O L : un monastère en Syrie au Vème siècle : la radicalité d’un choix.
et puis le Julia Deck sur l’éco-responsabilité entre voisins, Le Marie Darrieussecq sur la crise des migrants, un Sorj Chalandon sur le cancer, un Valentine Goby, un Laurent Binet…

Lisez bien !
Prochain Chat Bleu, le jeudi 3 octobre !

Ouest Track et nous, cet été 2019

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A partir
– du 21 juillet et ensuite en podcast, dans Viva Culture, vous pouvez entendre une pastille d’Autour des livres sur : Lettre à B de Patrick Pécherot, aux éditions du petit écart
– du 4 août :  « Hommage à Art Pepper No Limit », aux éditions petit à petit.
– du 18 août :  la revue Empreintes et la contribution de Véronique Garrigou au n° 33.

Un Friedrich Dürrenmatt : P U N° 86

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Grec cherche Grecque de Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), paru en 1966 chez Albin Michel, est la Pièce Unique n° 86.
Dürrenmatt est un Suisse allemand dont on connaît peut-être plus le théâtre : La visite de la vieille dame (1956) ou les « polars » comme La panne. Ici, nous sommes dans une espèce de fable : Arnolphe Archilochos, sans âge, anti-alcool, anti-tabac, croyant, petit employé de l’entreprise Petit-Paysan qui fabrique des armes et…des forceps, est, lui, à la section des forceps. Un jour, il met une annonce pour trouver une épouse. Il a tout de suite une réponse d’une jeune et jolie femme. Et là, tout lui sourit : promotion incroyable, reconnaissance du président, de l’évêque, des plus riches citoyens.
Dürrenmatt s’amuse bien et propose deux fins, une négative, une positive…pour les bibliothèques publiques.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
Des nuits où nageaient les autos, les amours se collaient entre les jambes des gens.
– Septième crayon derrière l’oreille de l’évêque du dernier rang.
– Dans un royaume, voleraient superbes généraux, discrète collection de Poussin.
– Des canons atomiques étaient sur de moëlleux coussins dans une église.
– Lancer des lubrifiants, c’est l’avenir. Perdre l’ensemble de vue, c’est odieux.
– Croyez en un chrétien dans un peignoir à rayures bleues.

Cette Pièce Unique est offerte à Chantal D., travaillant dans le design, adepte de  l’Oulipo et donc évidemment rencontrée à Pirouésie.

Un Tanguy Viel : P U N° 85

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Cinéma, suivi de Hitchcock, par exemple est la Pièce Unique n° 85.
Cinéma est le deuxième livre de cet auteur, le premier étant Le Black note en 1998. Presque tous les livres de Tanguy Viel sont chez Minuit, et maintenant dans la collection de poche Minuit double.
Ce livre comprend deux textes, tous deux sur le cinéma. Tous deux sont le monologue allumé d’ un narrateur cinéphile mono-maniaque. Le premier est entièrement basé sur le film de Joseph L. Mankiewicz, Le limier, tourné en 1972 . Le second essaie de faire la  liste impossible des 10 films préférés d’un amateur, peut-être le même.

Voilà quelques poèmes express tirés de Cinéma :
– Peut-être que retraduire l’anglais en anglais, c’est rater des subtilités.
– Il suppose qu’il suppose, conclut et s’en va.
– Le hasard est une blague et le réel, c’est pareil.
– Une gangrène pousse dans l’image.
– Je comprends la mauvaise foi : c’est seulement ouvrir la case du cerveau prévue pour ça.
– On se fait avoir tout le temps, mais avoir avoir !

Cette Pièce Unique n° 85, ce sont trois livres en un =
– l’original de Tanguy Viel,
– les Poèmes express qui en naissent sur chaque page de droite,
– et une actualité en lien avec, ou bien cette page, ou bien le livre en son entier.
Elle  est offerte à Daniel F., écrivant assidu à Pirouésie, lieu d’ateliers oulipiens où, cette année, était invité Eduardo Berti, le premier Argentin entré à l’Oulipo… grâce à Julio Cortazar qui n’a jamais, on ne sait pourquoi, répondu à l’invitation qui lui avait été faîte.

Un Heinrich Böll : P U N° 84

La mort de Lohengrin de Heinrich Böll est un recueil de 15 nouvelles parues en France, au Seuil, en 1958. Il est trouvable dans la collection Points.
Böll y parle le plus souvent de manière sensible de l’après-guerre, d’hommes blessés, de vies brisées, de pauvreté et de villes en ruines. Trois d’entre elles insistent sur la jeunesse des soldats qui y ont été envoyés. Deux autres montrent le catholicisme de l’auteur : la mort est joie et lumière.
Mais quelques unes sont différentes : Mon visage triste, est une dystopie sur le fascisme dans un Reich où on peut être arrêté parce qu’on n’a pas l’air heureux.  Pas seulement à Noël, la seule très drôle, évoque la folie d’une tante qui ne veut plus vivre que la fête de Noël : sapins, décorations, angelots, massepain, et comment fait la famille pour le lui permettre.

Des « Poèmes express » en sont nés. En voilà quelques uns :
– Sa mère vivait d’injures, puis était morte de peur.
– Un uniforme beige s’assit, se releva et cassa un individu.
– Etre vous laisse tout seul.
– Un vert comme un couvercle, un jaune sur le bord.
– Massepains de nains : coutume allemande aimable.
– C’est simple, une femme nue. La femme, trouve-la moi.

Cette Pièce Unique a été offerte à Marie-Claude J., une très-très-grande lectrice avec laquelle il a été très agréable de travailler et est tout aussi agréable aujourd’hui de voir des expositions : ici, des vidéos d’Ange Leccia à partir du tableau des énervés de Jumièges.

Exposition visible à  l’abbaye de Jumièges jusqu’au 31 octobre 2019.

 

Chat Bleu de juin 2019

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Entre un Saumur Champigny et un Côte de Gascogne … nous avons beaucoup voyagé.  Avec Andrzej Stasiuk d’abord, aussi bien romancier que « écrivain voyageur ». Stasiuk est un auteur polonais né en 1960, édité en France, le plus souvent chez Noir sur Blanc, Christian Bourgois ou Actes Sud. Les deux livres dont nous avons parlé sont de cette maison :
– Taksim, paru en 2009 en Pologne et traduit en 2011 par Charles Zaremba est un roman à la première personne qui nous emmène dans les Carpates, après 1989. Le narrateur traverse cette zone en tous sens dans un vieille camionnette  avec un autre homme. Ils vendent des frippes dans les villages, passent les frontières, comme nous le seuil de la porte. Les descriptions de ces endroits reculés, abandonnés, sont fabuleuses. Nous y sommes. C’est aussi drôle (les expatriés rentrant avec leurs voitures neuves européennes…) que glaçant (un épisode avec un cochon ! )
– L’Est ,du même Andrzej Stasiuk est un récit paru en 2014 en Pologne et en 2017 en France, traduit par Margot Carlier. Là, il nous emmène de la Pologne, à la Chine du nord en passant par des régions de la frontière sino-russe. Nous allons, avec lui, de villages  pauvres et sablonneux côté russe à des villes champignons, pauvres aussi, autrement, côté chinois.
Dans les deux livres, il parle des objets produits par la Chine, cassables, sans vraie utilité, qui envahissent l’Est dont les habitants ont si longtemps dû s’empêcher de consommer.
Andrzej Stasiuk, un sacré écrivain et un penseur !

Le voyage a continué avec L’axe du loup de Sylvain Tesson, en Pocket : son périple, de la Sibérie au golfe du Bengale, suivant les traces des hommes qui s’échappaient du goulag.
Puis nous avons reparlé de livres que nous avions aimés : d’Axel Kahn, de Céline Minard : Le grand jeu ,  Les frères Lehman de Stefano Massimi.

Enfin, nous avons évoqué :
– La peinture à Dora de François Le Lionnais (1901-1984), co-fondateur de l’Oulipo, et une biographie façon puzzle de celui-ci par Olivier Salon, Oulipien et mathématicien : Le disparateFrançois Le Lionnais, tous deux aux éditions du Nouvel Attila, 2016. François Le Lionnais a été prisonnier du camp de travail de Dora en 1944 et a raconté comment il réussissait à « s’en échapper » grâce à des descriptions qu’il faisait à ses camarades de tableaux du Louvre .
– Les Amnésiques de Géraldine Schwarz, éditions Flammarion : un essai passionnant sur la montée des populismes des années 30 à aujourd’hui.

Le prochain et dernier Chat Bleu de la saison est le 11 juillet.

Ouest Track, Un peu de lune

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Depuis quelque temps déjà, nous participons à Ouest Track Radio, à l’émission Viva Culture. Pourquoi ne pas vous en faire profiter ? C’est l’occasion d’ajouter du son à notre rubrique Ouest Track et nous sur le blog :

L’émission complète est ici

 

Des compliments !

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Des compliments et pas de n’importe qui !
D’un auteur du noir dont on aime bien les livres :
Benoît Séverac,
venu cette année au Polar à la plage pour 115, salement efficace.

On vous livre son retour sur Un peu de lune aux éditions Rue du Départ :
« Cette histoire lunaire : j’ai a-do-ré ! J’ai été très amusé par ce doux dingue, et très ému par le texte lui-même de cette Chilienne. Le récit est très beau, très représentatif et jamais dans l’outrance, tout en retenue.
Le livre est un bel objet, les photos et la mise en page (et le sens de lecture) très réussi parce que ce n’était pas évident de marier ces deux textes. »

Merci à Benoit Séverac de ce mms que nous rendons public : il nous fait trop plaisir !

Un Maïssa Bey : P U N° 83

Cette fille-là de Maïssa Bey, paru en 2001, prix Marguerite Audoux, est le deuxième livre de cette auteure algérienne francophone née en 1950. Il parle, comme tous ses textes, de femmes, de ce qu’on leur fait, de l’injustice, de la répression qu’on leur fait subir à tous les âges, de leur non-place. C’est dur, malheureusement toujours vrai et beau.

 

Quelques poèmes express  venus de Cette fille-là :

– Surgie d’on sait où, la violence.
– Une petite chambre se réveille au 
milieu de la nuit, une chambre pour éclats de voix et colères.
– Lui, c’est le patron, elle, c’est un corps.
– Les mains tendues, elle traverse les murs et attend là.
– Des toits juste avant la pluie se roulent à terre et remontent après.
– Elle a des tresses serrées. Il les distribue à toutes les filles.

Cette Pièce Unique N° 83 est offerte à Véronique M., une femme douce, trop peut-être quelques fois pour que la vie soit facile …

Ouest Track – c’est l’été !

Sur Ouest Track dans Viva Culture :
à partir du 23 juin, 11 h :
retour sur Le Polar à la plage 2019,
le lauréat du prix des lecteurs des Ancres Noires : Jacky Schwartzmann,
et la compil.

 

 

 

 

 

à partir du 7 juillet, 11h :
encore retour sur le Polar à la Plage : les auteurs étrangers invités cette année :
Tove Alsterdal (Suède) Prix Ancres noires 2018,
Antti Tuomainen (Finlande),
Ann Cleeves (Grande-Bretagne).