drôle de cadeau !

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A un jeune, Arthur, qui veut – peut-être – faire des études d’histoire…
une Pièce Unique à partir de Les derniers jours du Fort de Vaux du capitaine Henri Bordeaux, paru en 1934 aux éditions Nelson. Une ode à la guerre, au sang versé pour quelques mètres pris, repris, re-repris. Un « que la mort est jolie » pour sa patrie…

A mettre en parallèle avec des livres édités en l’honneur du centenaire comme  L’enfer de Verdun de Félicien Champsaur, (2015, éditions Le Vampire Actif, installées à Saint-Etienne) qui montre l’horreur de ces combats et ne remet pas non plus en cause la justesse du carnage.

Voilà quelques « poèmes express » nés du H. Bordeaux :
La cadence dépouille un mort, le soulève, le débouche et l’écrase.
– Un fracas rouge s’allonge tandis que la vallée s’emplit d’une vapeur opaque.
– Le coeur battant, les camarades écoutent : silence, un caillou a roulé.
– Recommencer la journée, choisir et poser la main sur une poitrine.
– Les hommes remontent la pente et se jettent dans du vin.
– Quelques heures plus tard, lavé, nourri, apparaît un cas grave,un fils unique.

Chat Bleu : les prochains

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Bon, promis, on vous raconte vite ce qu’on a dit le 7 décembre…

Mais déjà, voilà les prochaines dates de Chat Bleu :

les jeudis, à partir de 18 h15 :
– 1er février (ben oui, on s’est dit qu’entre la rentrée tardive et le Goût des Autres, il fallait vous laisser tranquilles en janvier)
– 22 mars
– 12 avril
– 17 mai
– 7 juin.
(Là, on vous étonne hein, pour une fois, on voit loin…! )

N° 47 à Allia

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La Pièce Unique n° 47 a été faîte à partir de Contre Télérama d’Eric Chauvier, publié aux éditions Allia en 2011. Eric Chauvier, né en 1971, a principalement publié chez cet éditeur. De lui, nous avions aimé :
Anthropologie en 2006 : entre « récit » et « étude sociologique » sur une jeune Rom ,
Que du bonheur en 2009 sur cette expression sans pensée.

Contre Télérama part, lui, du mépris de cet hebdo pour la « vie périurbaine » et fonctionne par mots clefs – le premier étant «  clefs » justement – qui entraînent une petite histoire ou une réflexion.

Les livres d’Allia sont très divers : textes anciens méconnus, récits, documents, essais ; très beaux, papier crème, , couverture douce à la main et avec rabat, petit format, plutôt plaquettes souvent. Etonnants aussi : ils n’aident pas vraiment le lecteur par leur quatrième de couverture (celle de Contre Télérama… :  » Y’en a vraiment qui sont jamais contents. »…). Contre-exemple, notre dernier achat : de Bill Cardoso : KO à la 8e reprise : sa quatrième reprend une page entière du livre.
Chez Allia, nous avons beaucoup aimé par exemple ce Bégout sur Las Vegas, Le bateau usine de Takiji Kobayashi ou Interrogatoires de Dashiell Hammet.
C’est à eux qu’on va (r)envoyer le Chauvier.

Exemples de Poèmes express venus de Contre Télérama :
– Entendu une histoire, en plein hypermarché, une nuit.
– Un tramway sortant d’un bois, marronniers extasiés.
– Bars d’échanges de souffle.
– Les pavillons sont poussière d’intimité.
– Notre fatigue n’arrête rien. Nous avons accès au gris et ne connaissons pas de fiction.
– Au milieu du 
patatoïde, quelqu’un apparaît : contours et métaphysique.

N° 46 : à l’œil ébloui

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La Pièce Unique n° 46, 3 livres en 1, a été composée à partir de B17-G de Pierre Bergounioux, paru une première fois en 2001 et réédité par les éditions Argol avec une postface de Pierre Michon.
Pierre Bergounioux, né en 1949, écrivain et sculpteur, a enseigné dans une école d’art.

B17-G est un récit de combat aérien pendant la guerre de 39-45, récit né d’une terrible prouesse technique : en même temps que le mitrailleur allemand tire, il filme.  Une trace reste de ces corps et carlingue déchiquetés. Assassinat / hommage. Très belle prose pour dire la mort cueillie en plein ciel de jeunes Américains, trop jeunes pour avoir une histoire. Un petit livre par son nombre de pages, immense par son intensité.

Voilà quelques uns des Poèmes express nés de B17-G :
Les mots ont une réalité. Un chasseur, c’est pour abattre.
– La mer brûlait d’en découdre avant de boiter un peu.
– Goût acidulé de maisons en bois peint, de tapis aux teintes douces.
– Le soir du drame, la robe de flammes cherche la forme ultime.
– Le dossier du personnel voit le monde par à coups ; ses souffrances ne le concernent plus.
– Sa voix, la voix de qui en haut appelle, crie le réel.

On envoie ce « 3 en 1 » à Thierry Bodin-Hullin, créateur en 2013, à Nantes, des éditions de L’Oeil ébloui : notre voisin à L’Autre Livre, ce week-end. Il publie un ou deux livres par an, courts romans ou poésie. Ses dernières publications sont Les questions innocentes  de Gilles Baudry, moine-poète :
«  Qu’est le temps
s’il n’efface rien
et recouvre tout ? »

Et Lumière brûlée  de Franck Cottet. Illustrations de Lara Cottet

 

Retour de salon

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Ce week-end, c’était L’Autre Livre aux Blancs Manteaux. Rendez-vous de novembre incontournable quand on aime les livres, tous les livres, pas seulement ceux mis en avant par les journaux, les prix, les libraires et la publicité. Rencontre avec de nombreuses maisons d’éditions de moyenne ou petite tailles, pleines d’idées, d’envies et de talents. Retrouvailles avec des lecteurs, compliments pour la qualité de la maquette, pour les textes. Echanges. Liens. Parallèles :
L’écrivain Georges Perros ayant subi une laryngectomie, a utilisé une « ardoise magique » pour continuer à communiquer et les éditions L’Oeil ébloui ont réédité ce texte paru en 1978 chez Gallimard. Le Gio de Françoise Truffaut a, lui, continué à « gueuler » avec des petits papiers…et Rue du Départ a voulu en parler. Est-ce un hasard? Evidemment non ! Quoi de pire quand on est un homme de mots que de ne plus pouvoir s’en servir ? Quoi de plus juste, quand on est écrivain – ou éditeur -, que de vouloir parler de cette hantise ?

Chat Bleu, novembre :

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N’senga nous proposait un beaujolais blanc : un cépage chardonnay, sec mais fruité. Arôme de pêches blanches pour ce Château de Belleverne, d’un producteur, propriétaire récoltant, de l’agriculture raisonnée.
Cela accompagnait très agréablement des verrines …
et des livres, forcément :
–  Une île, une forteresse, sur Terezin d’Hélène Gaudy, paru chez Inculte en 2015 puis en poche, chez Babel. Ce beau texte est le récit de voyages qu’elle a effectués dans ce camp-forteresse à la Vauban, d’un savoir amassé sur cette « vitrine » des nazis, où étaient emmenés les Juifs artistes, intellectuels, connus, où ils créaient, où est venue la Croix Rouge, pour rien, où un film mensonger a été tourné…
– Churchill, Manitoba, d’Anthony Poiraudeau, aux éditions Inculte, 2017. Ce livre né d’une résidence peut faire penser à l’humour des Jean-Philippe Toussaint du début, quand un personnage allait à Venise et s’enfermait dans une chambre d’hôtel ou jouait au tennis tout le temps de son séjour. A l’humour, pas au style de Toussaint, la phrase est longue, touffue. Texte déceptif d’une aventure attendue qui aurait pu changer le narrateur en héros dans ce lieu si souhaité, si lointain, si glacé et si petit. Qui aurait pu…
– La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel, Minuit, 2013- 2017 : là aussi, humour et jeu avec les codes du cinéma, avec des clichés du roman américain.

Egalement, des romans policiers :  Les harmoniques de Marcus Malte, transcrit aussi dans une lecture musicale qui tourne toujours en France. Blues bar d’Ace Atkins, réédité chez Rivages en 2008, Qu’attendent les singes ? de Yasmina Khadra paru chez Julliard en 2014.
des auteurs qui ont reçu des prix : Eric Vuillard, Goncourt 2017 pour L’ordre du jour chez Actes Sud. Comme dans tous ses textes, il dit la grande Histoire par des moments précis peu connus mais très parlants. Kazuo Ishiguro, prix Nobel 2017 pour, entre autres, Les vestiges du jour, adapté au cinéma par James Ivory : où, là aussi petite et grande histoires se mêlent.
Un court texte poétique de Joseph Andras : S’il ne restait qu’un chien, chez Actes Sud. Dit dans le cadre du festival Ciné salé par Torreton. Une ode au Havre qui fait parler la ville.
De Kamel Daoud : Zabor, Actes Sud 2017, poétique aussi. Une fable sur la force de l’écriture, de la littérature, de l’imaginaire, contre la croyance mortifère.
D’ Arno Bertina : Des châteaux qui brûlent chez Verticale, un livre engagé qui donne la parole aux ouvriers d’une usine agroalimentaire qui doit fermer, à l’homme politique de gauche qu’ils ont séquestré.
Beaucoup donc de bons auteurs plutôt jeunes, de livres juste sortis ou plus anciens. Rappelons- le :  les livres « intéressants » DOIVENT avoir une vie de plus de trois mois et sont bien plus nombreux que les quelques titres mis en avant lors de la rentrée littéraire par les revues et les libraires…
Prochain Chat Bleu le jeudi 7 décembre !

N° 45 à Eric Bonnargent

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La Pièce Unique n° 45 est de Jean Baudrillard (1929-2007), Amérique paru en 1986 chez Grasset, surtout sur l’espace américain, ses déserts.
Paru il y a 30 ans donc, au moment où Ronald Reagan est président des U S A pour la deuxième fois… Lu quand Donald Trump est président des U S A depuis un an…
Lu en allant à la Biennale de Lyon où une de mes pièces préférées est Crossroads (1976)) de Bruce Conner (1933-2008), un film footage de 37 minutes, constitué de 23 séquences d’explosions atomiques, filmées par 50 caméras militaires au large de l’atoll de Bikini, avec musiques de Terry Riley et Patrick Gleeson…

Quelques uns des Poèmes Express issus de ce texte :
– Il s’effondre comme s’il descendait dans une trappe, vivant mais par accès, vite, vraiment.
– L’instant est sans pensée ; le publicitaire n’a rien à dire ; cette indifférence réussit.
– Le réel n’est pas sûr. Vivre n’est pas attesté, mourir nous arrive, survivre est un marché.
– On continue d’entendre le désastre, son rire. On a la hantise du vide.
– La lecture crée une sensation immédiate de coussin d’air.
– Les compagnies aériennes, il faut des gens pour en prendre le 
risque.

La Pièce Unique n° 45 a été envoyée à Eric Bonnargent, professeur de philosophie, grand lecteur, critique littéraire, d’abord sur un blog puis, depuis 2011, au Matricule des Anges, LA revue littéraire française, auteur de livres sur…les livres : Lettre ouverte à ma bibliothèque (2017, éditions Réalgar) ou autour d’un romancier admiré : Le roman de Bolano (2015, éditions du Sonneur).