Pièce Unique n° 35, à Pascal Millet

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La Pièce Unique n° 35 est constituée à partir de J’étais Jack Mortimer de Alexander Lernet-Holenia (1897-1976), un texte de 1933, reparu en 10-18 en 1988. Cet auteur autrichien a quelques livres traduits en français, dont Le baron Bagge chez Actes Sud.

J’étais Jack Mortimer se passe en une nuit. Un homme est tué dans un taxi à Vienne et le chauffeur qui n’a rien vu, rien entendu, doit se débrouiller avec ça.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont sortis :
– Ils échangeaient des divans contre infiniment de choses au fond des divans.
– Le sang prend quelques minutes jusqu’à la sortie ; dans l’intervalle, il s’est arrêté.
– La colère avait froncé les voix et pleine d’eau, une dame désirait la torpeur.
– Croyez les épaules, écoutez le mot des mains.
– Ouvert, le policier est nécessaire ; à clé, il a peu de choses pour lui.
– Toutes les nuits, les chevaux surgissaient et entendaient comme en rêve les flocons de neige.

Ce livre deux-en-un a été offert à Pascal Millet, auteur franco-québécois, (re)venu au Havre pour le Polar à la plage en juin 2017. Son livre Sayonara, chez Sixto, était en compétition pour le prix des Ancres noires. Pascal Millet est un habitué du Polar à la plage et de tous les autres festivals du roman noir. La première fois, nous l’avions rencontré lorsqu’il était venu pour L’Iroquois aux éditions XYZ. Chez Rue du Départ, il a publié Ton Visage. Il écrit également pour la jeunesse.

Le Chat Bleu était noir

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Le 1er juin, le Chat Bleu était noir. Polar à la plage (du 7 au 11 juin) oblige !

Il faisait chaud sur la terrasse et Le Chat Bleu nous proposait une sangria au vin blanc légèrement pétillant avec abricots et pêches ou un vin rouge espagnol, de Tarragone, grande réserve 2010 : rondeur et fruit.

  • Chaleur donc comme dans Rural noir, (Folio policier, 2017) premier polar de Benoît Minville. C’est l’été, un homme jeune revient dans la Nièvre, lieu de son enfance, y retrouve frère et amis mais l’un d’eux, Vlad, vient d’être tué. Le livre est construit en chapitres alternant présent et passé. Super réussie, l’ambiance de la bande quand ils sont jeunes, les rencontres, les amours, les peurs, ce qui va peser sur toute la vie d’après. Et c’est normal, Benoît Minville étant par ailleurs auteur jeunesse aux éditions Sarbacane.
  • Chaleur encore  dans la forêt de pins inhospitalière de Prendre les loups pour des chiens d’Hervé Le Corre, (éditions Rivages 2017). Franck sort de prison après cinq ans pour un braquage réussi. Son frère Fabien y participait mais il ne l’a pas donné. Une jeune femme vient le chercher, l’emmène dans une maison où vivent aussi ses parents et sa petite fille, seul élément positif. Fabien est en Espagne pour « affaires ». On l’attend. Et cela dure. Et cela se complique… Herve Le Corre a d’autres livres à son actif dont le très beau L’homme aux lèvres de saphir (Rivages poche) avec, comme personnage, Lautréamont. Il prépare de nouveau un roman noir se passant pendant la Commune.
  • Besoin de froid : Piégée de Lilja Sigurdardottir (éditions Métailié, 2017), traduit non par Eric Boury mais par Jean-Christophe Salaün. C’est le premier livre d’une trilogie. La personnage principale, mère d’un petit garçon, transporte de la drogue dans une Islande transformée par la banqueroute du pays. Et c’est cela qui est intéressant.Nous avons aussi évoqué :
  • le dernier Tanguy Viel : Article 353 du Code Pénal (édition de Minuit). Comme un monologue. Un jeu avec les codes, ceux du polar entre autres.
  • Délivrance de Toni Morrison : une belle langue, rythmée, efficace. Sur le racisme comme toujours et sur la violence faîte aux enfants. Home de la même auteure, comme une psychanalyse.
  • Le chemin des âmes de Joseph Boyden (Livre de poche) : deux soldats indiens du Canada rentrent de la guerre de 14, transformés.
  • Vera Kaplan (édition Buchet-Chastel) de Laurent Sagalovitsch : une histoire vraie. Sur la culpabilité.
  • Manazumu de Hiromi Kawakami (Picquier poche), un livre très sensible et humain.
  • Les désarçonnés de Pascal Guignard (édition Grasset), des réflexions. Très profond.Venez au Polar à la plage du 7 au 11 juin pour nos quinze ans. Les auteurs que nous venons de voir n’y seront pas. Pas cette fois mais on y pense !

    Le prochain Chat Bleu, redevenu bleu, c’est le jeudi 6 juillet !

Pièce unique n°33 : un Yves Ravey

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Un notaire peu ordinaire d’Yves Ravey est paru aux éditions de Minuit en 2013 puis dans leur collection de poche, Double. C’est un texte court comme presque tous ses textes. Jérôme Leroy  : «  Les livres de Ravey sont tous de vrais-faux polars » à  » écriture blanche, comportementaliste (…) jamais de psychologie ». Pierre Assouline, dans son blog, dit de lui qu’il est « un héritier de Simenon ». Nathalie Crom, dans Télérama en 2015 écrit : « Les romans d’Y. Ravey sont des mécaniques de haute précision. » On peut entendre cet auteur, sur France-Culture dans des émissions d’Alain Veinstein par exemple. Si nous vous donnons toutes ces références, c’est que nous n’avons pas envie d’en donner même un petit résumé, afin de ne pas déflorer l’histoire.

C’est devenu : Noé parie un ordinateur
En voilà quelques poèmes express :
– Quinze ans pour repousser ma mère, trois ans pour me souvenir du geste.
– L’hameçon a fouillé un ver de terre. Il faisait mal à une petite carpe.
– Le débit de l’eau a levé les yeux, le niveau de l’eau l’a voulu.
– Tuer le chien, patienter, attendre l’arrivée du parasol et le ranger.
– Elle lui avait posé la question de l’averse. Il parle si bien de ce sujet.
– Ce n’est pas facile d’être embarrassé, la chemisette déboutonnée sur une chaînette en or.

Cette pièce unique est offerte à Samia Kachkachi, qui vit dans la région lilloise et travaille la linogravure. Elle est l’auteure des dessins d’ Entravés, dernier joli petit livre sorti dans la collection Voyageur aux éditions Rue du Départ…
Vous pouvez la suivre sur son blog samiakachkachi.blogspot.com/

au Chat Bleu, lecture de Jérôme Boyer

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Le 4 mai, non seulement on parlait livres et vins mais on écoutait Jérôme Boyer, comédien, lire des extraits de Ton visage de Pascal Millet. Pourquoi ? Parce que Pascal Millet sera au festival du Polar à la plage dans un mois, les 9, 10, 11 juin. Il animera d’abord un atelier d’écriture  le vendredi après-midi puis sera sur le stand du libraire et dédicacera tout le week-end.
Pourquoi ? Aussi parce qu’une lecture à voix haute est un beau moment. Tout le festival Terres de paroles dont la deuxième édition vient de s’achever, le prouve. Des auditeurs visualisent un texte grâce à une voix, entrent dans un livre par une autre porte, plus large peut-être que celle qu’ils ouvriraient seuls dans leur tête.
Donc un beau moment, ce 4 mai, quand l’écoute est totale, quand on sent la densité du silence.

N’senga nous proposait, pour accompagner cette lecture et nos échanges, des produits locaux :
– un vin blanc de pays du Calvados… Si si, de Saint Pierre sur Dives : sec, peu fruité, cépage auxerrois. Très bon.
– Un cidre rosé de Max Ménard, distribué pour les 500 ans du Havre avec son « Apéro-pique » adapté à tous les verres, à planter dans n’importe quel jardin et entre n’importe quels galets ! Jolie invention !

Nous avons évoqué les Ancres noires, leurs invités du Polar à la plage : Pascal Millet, Dominique Delahaye, Colin Niel, J.B. Pouy, Philippe Huet, Victor del Arbol, Caryl Ferey et encore beaucoup d’autres…
Sur le roman noir, nous avons continué avec
– DOA : Citoyens clandestins, Folio policier, paru en 2007, Grand Prix de la Littérature Policière cette année-là et qui n’a pas pris une ride. Le Salafisme est toujours présent, la menace terroriste aussi. Dans cette fiction, les services qui les surveillent et les combattent sont nombreux et ne travaillent pas vraiment ensemble…
– des textes d’Antonin Varenne : Cat 215 et Battues à la Manufacture des livres : dans la Creuse, des villages abandonnés, une société agricole en souffrance.
Puis nous avons quitté la littérature noire (mais pas les réalités sociales) avec :
– Ma découverte de l’Amérique de Vladimir Maïakovski aux éditions du Sonneur, 2017. Un inédit en France, ce récit de voyage du poète russe en 1925 à Cuba, au Mexique et dans quelques villes des USA pour des conférences. Tout un chapitre sur New York et son architecture, sur Chicago et ses usines. Retour par Le Havre sur le Rochambeau : » De petites maisons mal bâties, dont on peut compter les étages sur les doigts de la main, se trouvent à une heure de distance du port. Lorsque nous amarrons, le quai est couvert d’estropiés déguenillés et de garnements. »
–  Modeste Mignon de Balzac (1844) qui se passe au Havre et rend compte des différents milieux sociaux d’alors, nobles émigrés revenant ruinés et bourgeois riches en recherche de particules. Quand les femmes sont monnaie d’échange…
– Tropique de la violence de Natacha Appanah : une belle écriture, sur l’enfer de la jeunesse à Mayotte.
Enfin des textes plus poétiques, moins engagés :
– Les deux continents de Christophe Mary, ed. La Renverse, 2017. Une poésie sur l’existence qui fait penser à celle de Kenneth White (qui était en mars au Havre).
– La petite lumière de l’auteur italien Antonio Moresco, éd. Verdier : un roman-fable-conte. Un joli livre délicat.
Et Le théorème du perroquet chez Points, de Denis Guedj, qui fut professeur de mathématiques à Paris VIII, écrivit beaucoup de romans sur la science et la rend accessible …et agréable à ceux qui (ne) seraient (que) littéraires…

Le prochain Chat Bleu est le jeudi 1 er juin.

Pièce Unique n° 32, un Joseph Conrad

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La Pièce Unique n° 32 est faîte à partir de :
La ligne d’ombre (1917) de Joseph Conrad (1857-1924).
Ce court roman est inspiré d’un fait vécu par Conrad, l’officier de marine, la prise de commandement d’un bateau dans des conditions difficiles. Le capitaine précédent est mort à bord, le second et l’équipage tombent malades, la quinine manque et le navire est encalminé.

C’est devenu : L.D. l’ange de moire
en voilà quelques poèmes express :

  • Mon élan est de nature à tuer tout ce qui vit sauf les employés écossais. 
  • Sa dernière paire d’ailes était d’artificielle plume.
  • Sous l’oeil gauche, une énorme larme roule. Il est instantanément trempé, à demi suffoqué.
  • C’est le genre de calme à faire dresser l’obscurité.
  • La tête appuyée contre le vent. Supposez que le vent vienne à tourner ?
  • Vêtu de laine, rentré en routine, animé de scintillement, venez. 

    Nous offrons L.D.,l’ange de moire à Blandine Donneau, bouquiniste aimant le livre, la poésie géographique, les mots et voyant son métier comme du lien social. C’est assez rare pour être souligné, non ?!

Au retour du salon « Livre Paris »

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Au Chat Bleu, le 6 avril, nous voulions vous présenter des livres trouvés à côté de nous, sur le stand Normandie au Salon Livre Paris, porte de Versailles, fin mars.

Nous avons donc parlé de :
American requiem de Jean-Christophe Buchot aux éditions La Renverse qui étaient, au début, dédiées à la poésie et qui, avec ce livre, s’ouvrent au « roman poétique »et, ici, double plaisir, illustré. Très bien illustré par Hélène Balcer et Yann Voracek. J.F.K. parle de sa vie, du moment de sa mort.
Les ombres du quai de François-Michel Dupont aux éditions Le Vistemboir, un polar, le deuxième de cet auteur. Cela se passe à Caen et en Norvège. C’est vivant, cela fonctionne.
 

 

 

 

Le dîner des bustes de Gaston Leroux, des éditions Amavada qui se spécialisent dans le roman populaire. A cette courte nouvelle, ils ont adjoint une conférence de l’auteur sur la naissance de Rouletabille, donnée vers 1920. Amusant, intéressant : les tours qu’il a joués à ses collègues journalistes, aux hommes politiques, pour écrire ses articles avant les autres.
Production normande donc et de qualité !

Pièce unique n° 31 : un Marie Desplechin

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La Pièce Unique n° 31 est Le sac à main de Marie Desplechin paru aux éditions Estuaire en 2004 et trouvable en poche chez Points. Joliment accompagné de dessins d’Eric Lambé, on croit d’abord à un simple inventaire poétique de ce qu’on peut trouver dans un sac, du rouge à lèvres aux clés en passant par le passeport, un livre…of course… et d’autres petits objets qui dessinent la vie de n’importe quelle femme. Mais non, c’est plus que cela, c’est une histoire qui apparaît lentement.
Marie Desplechin (soeur d’Arnaud, le cinéaste) écrit pour adultes et pour enfants, des fictions mais aussi des documents comme l’accompagnement de son amie Lydie Violet, atteinte d’un cancer (devenu aussi un texte radiophonique à France Culture). Elle était venue au Havre et avait animé un atelier d’écriture en bibliothèque. C’est à cette occasion – privilégiée- que j’avais acheté ce livre.

La Pièce Unique n° 31 s’appelle aussi : As, le caïman.
En voilà quelques poèmes express :
– Collé sur un dépliant publicitaire, un Pakistanais de démonstration cherche des yeux une guerre.
– Périmée 5 ans durant, ma personne n’a rien de très spectaculaire.
– Au bar de l’hôtel nous avons partagé un début de cuite et notre fils est né.
– L’insolence est à jamais plus jeune que nous.
– Une passion est un courant marin; on perd pied.

Elle est envoyée à Amélie Charcosset, rencontrée à Pirouésie, une jeune femme incroyable de joie de vivre, de fraîcheur et d’audace. Elle voyage beaucoup, s’installe dans des pays incroyables – l’Ouzbékistan, franchement ! et loin de la capitale en plus ! – Elle enseigne le français langue étrangère, propose des ateliers d’écriture et écrit évidemment (le joli Nous sommes tous des faiseurs de ciel, présenté sous forme de boîte, aux éditions 17 rue des Arts). Elle revient à Pirou à l’été 2017.

On y est !

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Nous sommes au salon Livre Paris pour ces quelques jours, l’occasion de présenter notre petit dernier Entravés de Samia Kachkachi et Marie Thémenet

Nouveauté : « Entravés » dans notre collection Voyageur

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Entravés  de Samia Kachkachi et Marie Thémenet est prêt. Prêt pour le salon Livre Paris ! Comme toujours, c’est un peu à l’arrache mais tellement beau !
Nous avons transformé la collection Voyageur. Nous en gardons le format, la couverture, la carte mais ce n’est plus un CARNET-livre, Pourquoi ? Parce que tout le monde trouvait ça super… APRES… explication orale…malgré le texte de la 4è de couv… Quel libraire a le temps d’expliquer ? Aucun. Donc plus de carnet mais un petit livre d’art et poésie.

Entravés est né des lino-gravures de Samia Kachkachi, Nous aimons cette épaisseur du trait, cette qualité du noir, proches des couvertures de la collection Voyage noir. Nous aimons leur côté enfantin démenti par leur sens :  nous sommes entravés, enserrés, empêchés par les autres, ceux qui nous aiment ou pas, par nous-mêmes souvent.
(Ah Ah ! cette image n’apparaît pas dans Entravés…

Les très courts textes qui  accompagnent les Entravés ont été choisis par S. Kachkachi. Ils parlent aussi du corps, ont aussi une forme d’humour. Ils sont écrits à la manière des « poèmes express » de Lucien Suel.
Marie Thémenet a rencontré Lucien Suel au festival de Pirouésie animé par Robert Rapilly autour d’Oulipiens (Jacques Jouet, Olivier Salon, Frédéric Forte…) et d’ouliphiles (Amélie Charcosset, Jany Pineau…).

 

Pièce unique n° 30 : un Jérémy Guez

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  Paris la nuit de Jérémy Guez est la pièce unique n° 30.
Jérémy Guez est auteur, scénariste surtout. Ce livre est son deuxième, paru chez La Tengo éditions en 2010, trouvable en poche chez J’ai lu. A 18 ans, il écrit les premières pages de ce court roman, la dérive d’un jeune sans idéal. Ce petit dealer veut devenir grand bandit et il s’attaque à plus gros que lui…

Passé à la moulinette des Poèmes Express, Paris la nuit devient : Tu liras, Pina !
En voilà quelques exemples (en plus des 4 reproduits dans Entravés qui vient de sortir aux éditions Rue du Départ) :
Je jure sur un cil que je ne joue plus.
– Il n’y a personne quand tout le monde est là.
– Sa jupe jouit avant elle; envie de plaisir en vitesse.
– Des chauves-souris à épuiser, la rue à évacuer, le boulevard à recracher.
– Ca te dirait qu’on voie un visage, ses cernes, ses joues creusées, son regard basculé ? 

Il est envoyé à Sophie Peugnez, libraire, chroniqueuse littéraire dans Zonelivre, https://polar.zonelivre.fr/, magazine internet sur le livre policier dont elle est co-fondatrice. Cette association créée en 2009, est aussi partenaire média du très bon festival Les Boréales, à Caen.