On récapitule :

Mis en avant

Le dimanche 16 décembre, à partir de 11 h, sur Ouest Track, dans Viva Culture, Autour des livres vous parle de Rococo de François Chaslin aux éditions Non Standard.

Le jeudi 20 décembre, à partir de 18 h 15, c’est Chat Bleu et on échange autour de vins et de livres.

Un Camilo José Cela

Ce livre du prix Nobel, 1989 : Camilo José Cela (1916-2002)
La famille de Pascal Duarte (1942)
est la Pièce Unique n° 72.
Camilo José Cela fut un homme ambigu, du côté du franquisme pendant un temps puis censuré par ce régime, anobli par le roi en 1996 et membre du Collège de Pataphysique.

La famille de Pascal Duarte est son premier roman. Un homme raconte sa vie alors qu’il est en prison, condamné à mort. Adulte, il a tué sa propre mère, a grandi dans une famille atroce. Le livre est ouvert et fermé par des textes de personnes ayant recueilli ce témoignage : effets de réel.

Voilà quelques Poèmes Express tirés de ce livre :
Je ne suis pas mortel mais, à mesure que le destin me mène…je suis condamné.
– Autour de la bouche, la figure tremble : ainsi commençaient les disputes.
– Caressant la tête, la femme avait envie de l’étrangler mais cela passa.
– Abandonné et usé, il criait – c’était un dimanche – et Dieu se trouvait à la maison.
– Ce premier baiser reste de bon matin dans la sacristie. Pas pressé.
– Tu pensais le monde qui se laissait faire.

Ce livre est offert à Catherine Dô-Duc, rencontrée à des festivals dont celui des Ancres noires, auteure du blog Polar de Velda où elle parle de tous les grands du noir, des Ian Rankin, John Harvey aux nouveaux comme Joseph Knox..

Un Mario Rigoni Stern

La Pièce Unique n° 71 est un livre de Mario Rigoni Stern (1921-2008) : L’année de la victoire, paru en Italie en 1985 chez Einaudi, en 1998 en France et trouvable en poche chez 10-18.
La fin de la guerre de 14. Le retour des habitants dans leur montagne où tout est bouleversé, déchiqueté, détruit, où la montagne elle-même a changé de forme, où les forêts ont disparu, où les squelettes sont encore accrochés aux barbelés, où un bélier peut sauter sur une mine – à moins que ce ne soit un prisonnier, utilisé au déminage -. La lenteur administrative. La montée parallèle du fascisme et du socialisme. Tout à reconstruire.

Les textes de Mario Rigoni Stern sont très beaux, très humains, qu’ils parlent de la nature ou de la guerre, la première, ou la deuxième qu’il a vécue jusque sur le front russe, jusqu’à Mauthausen.

Rigoni Stern avait dit : « J’espère ne pas mourir sous Berlusconi (…) histoire de garder espoir en la vie et en l’humanité. Berlusconi ne donne pas cet espoir. »

Un recueil d’entretiens (1963-2007) : Le courage de dire non est sorti en avril 2018 aux Belles Lettres.

 

Voilà quelques Poèmes Express issus de cette Année de la victoire :
– La terre montrait ses jambes, et l’air, sa stupeur.
– Une brume s’accrochait aux hêtres, du brouillard et le silence.
– Certains avaient creusé les vieux, frappé les rescapés.
– C’était la première fois ; il tenait ses genoux en regardant le feu qui s’éteignait.
– Les petites filles troussées sur des barbelés.
– Rejoindre ses moutons. Finir la maison. Passer dans la chaleur.

Cette P.U. est offerte à Cécile P. , une jeune femme qui mord, qui rit, qui pense et qui agit. QUELQU’UN !

Ouest Track et nous

Mis en avant

Sur Ouest Track, la radio sur le net, dans Viva Culture,

  • le 2 décembre , on vous parle de la journée balte des Boréales de Normandie.
  •  le 16 décembre, de nouveau des éditions Non Standard, pour Rococo, le livre de François Chaslin.
    C’est en podcast !

 

Chat Bleu – novembre 2018

Mis en avant

Forcément, ce jeudi de novembre, nous buvions du beaujolais nouveau, un vin de deux ou trois mois, non vieilli en fût, presque un jus légèrement fermenté : du « Bio jaulais », d’un regroupement de producteurs, venu d’une parcelle de Bully. Le jeu de mots nous a séduits, forcément !

Le Bio jaulais a accompagné
– un livre sur les saveurs : Nagori de Ryoko Sekiguchi, chez POL, 2018. Entre document et poésie, ce livre est sorti en octobre, justement octobre, dit  » mois de nagori » : « Nagori évoque à la fois une nostalgie de notre part, pour une chose qui nous quitte ou que nous quittons, » (p.30). Produits de saison, disparition d’une saison, raffinement japonais dans cette attention au temps. Raffinement de Kyoto (p.38) :… » la coutume de contempler la beauté de la neige » (…) Il existe même des fenêtres conçues à cet effet : les yukimi-mado. Dans un shôji (cloison de papier coulissante), une partie est aménagée en verre, qui permet de contempler la neige. » Raffinement de l’auteure qui, à la fin de son année, en 2014, à la Villa Médicis, compose un  » dîner de 100 ingrédients » (p. 123).
– Frère d’âme de David Diop, Le Seuil, 2018, prix Goncourt des lycéens. Alfa, le narrateur,  est un tirailleur sénégalais venu se battre en France, volontairement, avec son ami qui meurt éventré. Mademba lui a demandé de l’achever mais Alfa n’a pas pu. Il s’en veut maintenant, tue par huit fois l’  » ennemi aux yeux bleus » (p.39) et rapporte chaque fois sa main. On : « Les Toubabs et les chocolats, comme dit le capitaine » (p. 42) l’admire puis on le craint et l’envoie se reposer. Je ne vous raconterai pas le twist final. Ce livre évoque ces troupes coloniales dont on a peu entendu parler jusque là. Il aura fallu le centenaire de l’armistice pour les mettre en avant dans les discours commémoratifs et reconstruire le monument de Reims, détruit par les nazis en 1942.
– Le sillon, deuxième livre de Valérie Manteau, Le Tripode , 2018, prix Renaudot. Entre autobiographie et histoire contemporaine de la Turquie, il est question des procès de journalistes, d’avocats,  : « La plaidoirie d’Asli, quatorze pages manuscrites lues dans un silence religieux, circule dans la salle. Elle commence par ce voeu, « je vais me défendre comme si le droit existait encore ». (p.214-215) « Necmiye Alpay prend aussi la parole (…) Ça fait vingt-cinq ans que je suis avocate dans ce pays et j’ai honte pour nous. » La même Asli (Erdogan) relâchée entre deux temps de son procès, marche la nuit dans la ville avec l’auteure. L’écriture est vive, nous transmet les ambiances parallèles d’Istanbul : ses quartiers boboïsés, artistes, de migrants, radicalisés.
Le sillon, c’est aussi le nom du journal de l’intellectuel arménien Hrant Dink, tué par balles en 2007.
Une belle découverte !

Nous avons aussi reparlé de :
– Absolute darling  de Gabriel Tallent, traduit par Laura Derajinski, chez Gallmeister. Dur mais qu’on ne peut quitter.  
– Le lambeau de Philippe Lançon, Gallimard, décidément très beau. A signaler, dans le nouveau numéro de la revue NRF un texte de lui, dédié à son père.
– D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan : perturbant.
– Evasion de Benjamin Whitmer, traduit par Jacques Mailhos, Gallmeister, 2018 : terrible.

et encore de :
– Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal, Verticales, 2018 : un roman d’apprentissage. Très érudit, plein de beaux mots.
– Me voici de Jonathan Safran Sfoer, traduit par Stéphane Roques, Points : un père mort dans les attentats de Manhattan. Points de vue multiples. Art du dialogue.
– L’amour après de Marceline Loridan-Ivens et Judith Pérignon, Grasset, 2018. Après les camps.
Le monde sans hommes de Pramoedya Ananta Toer, (1925-2006) traduit de l’indonésien par Michèle Albaret- Maatsch (2001, Rivages) puis Dominique Vitalyos chez Zulma.. Quatre tomes . Le premier vient de paraître en poche. On est à Java ; un garçon indigène, son éducation à l’européenne, ses difficultés entre les deux identités.
– La première année de Jean-Michel Espitallier, Inculte, 2018. La mort de sa femme. Nous y reviendrons, c’est sûr.

Le prochain Chat Bleu est le Jeudi 20 décembre !

 

Un de Baumugnes

70 ème Pièce unique de Rue du Départ : Un de Baumugnes de Jean Giono (1895-1970), de sa première période, paysanne, terrienne.
Le livre est paru en 1930 chez Grasset, adapté en 1934 par Pagnol : Angèle avec Fernandel, Oranne Demazis, Jean Servais qui ne… doit rendre justice ni à la beauté des personnages, ni à la langue de Giono : ( Livre de poche, p 43 )  » Quand il fut nuit, je fis mon lit à côté d’un pré qui chantait de toutes ses herbes, et, la figure contre les étoiles, je me mets à dormir à mort » , ou ( p 58 )  » C’est gelé parce qu’une chose est arrivée d’un coup qui glace le rire, et le rire s’est gelé, et il est là comme un bloc d’eau. » ou encore ( p 89 ) « …on happait , la bouche ouverte, de grands morceaux d’air brûlant qui voulait pas passer… »

Quelques uns des Poèmes Express « sortis » de ce Giono :
– La chouette choule. Coup de fusil. Ouverte, d’un coup.
– La montagne souffle un soupir et laisse tomber quelqu’un.
– Les femmes écoutent, écoutent et celle-là parle de loups et de peau.
– Je fourre le fou dans des touffes de bras.
– Un homme en colère fascine. Il sonne sur terre.
– On a fini dans l’herbe. Maintenant, il n’y avait plus qu’à se toucher.

La P.U. n° 70 a été offerte à Catherine C., bien que médecin…, plus qu’ intéressée par les arts plastiques, leur pratique et leur histoire, assez pour parcourir des kilomètres.

Nous et Ouest Track – novembre 2018

Ouest Track, la radio sur Internet et nous. Notre pastille : à écouter à 11 h, dimanche  4 et dimanche 18 novembre, dans Viva Culture, ou à podcaster. 

Le 4 : Autour des livres évoque l’Amérique, celle de Benjamin Whitmer, de Christopher Cook et Dorothea Lange.

Le 18 : il y est question des éditions Agullo.
On parlera encore de Jaroslav Melnik la fois prochaine puisqu’il est invité aux Boréales de Normandie.

N° 69 : Le voyage

Pièce Unique n° 69 : Le voyage de Paul Morand (1888-1976).
Ce livre est paru pour la première fois en 1927, a été repris (augmenté et modifié)  en 1964 comme Morand le faisait souvent. Un parmi une trentaine de ses livres de voyages, trouvable en Pocket. Grand bourgeois, diplomate-écrivain, il a pu se consacrer très jeune au plaisir de voyager, a fait des portraits de villes : New York, Londres, Bucarest… a écrit Venises en 1971, différent, travaillé en fragments, sans la décrire, plus comme une pudique autobiographie puisqu’il est allé à Venise, y a vécu longuement, de nombreuses fois, de sa jeunesse à sa mort.

Le voyage est une courte histoire de ce fait à travers les temps. On y sent l’homme cultivé mais surtout sa classe sociale avec une forme de mépris pour le touriste de masse. On peut aussi y lire des propos étonnants, assez limite : p 28 : «  Froissart parle de «  voyages de guerre » (…) » Aussi, 1918 fut finalement, malgré les tranchées, une épopée de voyages. En 1940, plus encore : quel autre mécène que la guerre eût pu payer à un paysan berrichon une promenade en Egypte, à un Norvégien un séjour au Congo? »…!

Voilà quelques poèmes express tirés de Le voyage :
– Meute, enfer monochrome, une rame de métro à midi.
– Les atlas taisent nos cités-campings, nos cirques, l’atomique.
– Célibataires et minibus me battent avec des boules.
– En caoutchouc, les aiguilles,
En boyau, un panneau,
En éponge, la police.
Placer l’homme dans des tombes en jade, se durcir, résister à la fécondation.
– Draps allemands où les femmes seules ressentent leur hiver.

Cette Pièce Unique, trois en un : texte originel + Poèmes Express + informations internationales, a été faite à partir d’un livre de CDI, à la suite d’un désherbage. Il en porte les traces (administratives et de quelques lectures) et prend par là une dimension supplémentaire, temporelle et « qualitative ». Quatre en un ! …
Elle est offerte à l’association Les ailes du désir, de Poitiers, qui propose des voyages autour de l’art contemporain, que ce soit en France ou à Venise, pour la Biennale, à Kassel etc…

Chat bleu -octobre 2018-2)

Mis en avant

Le 18 octobre, on avait évoqué
d’autres livres de la rentrée de septembre 2018 :
Dix sept ans d’Eric Fottorino, Gallimard : la suite de son histoire personnelle : la recherche de sa mère. Une très belle histoire d’amour familial.
– Le grand nord-ouest d’Anne-Marie Garat, Actes Sud. Un western au féminin dans les années 30, un bel hommage aux Amérindiens. Comme dans ses autres livres, importance de l’image, du cinéma. Anne-Marie Garat sera à la Galerne le 29 novembre.
 Mais les yeux dardaient sur Dieu de Zora Neale Hurston, chez Zulma, traduction de Sika Fakambi. Paru en 1937 aux USA, livre culte, jamais encore traduit en français. Histoire d’émancipation d’une jeune femme noire à travers trois mariages.
Maîtres et esclaves de Paul Greveillac, Gallimard : en Chine, un paysan devient peintre pendant la révolution culturelle. Sur la transmission, l’appropriation.

des livres sortis précédemment ( RAPPELEZ-VOUS : LES LIVRES N’ONT PAS UNE DUREE DE VIE DE TROIS MOIS, enfin, certains en tous cas… qu’ils soient sortis en poche ou pas ! ) :
4321 de Paul Auster, Actes Sud, traduit par Gérard Meudal : de beaux personnages, une belle écriture mais…un peu long… disent plusieurs d’entre nous…
– Les invisibles. Une enquête en Corse du journaliste Antoine Albertini, chez Lattès. Arrivés dans les années 50, les immigrés marocains sont d’abord jugés travailleurs et pas chers. Dans les années 80 : on s’attaque à eux.
Et en poche :
– Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, 10-18 : une première chez cet auteur : il sort de la fiction, dit quelque chose qui lui est arrivé quand il avait 17 ans, une « vérité intime ».
Le jour d’avant de Sorj Chalandon, livre de poche : on en avait déjà parlé ici avec enthousiasme. Une très belle construction.
– La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, livre de poche. Renaudot 2018.
– Douleur de Zeruya Shalev, Folio, traduit par Laurence Sendrowicz. Peut-on trouver le bonheur sans faire souffrir autour de soi ?
Le chagrin des vivants d’Anna Hope, Folio, traduit par Elodie Leplat : les cinq jours d’avant l’arrivée du Soldat Inconnu britannique à Londres, le 11 novembre 1920.
Brothers de Yu Hua, Babel, traduit par Angel Pino et Isabelle Rabut. Best-seller en Chine en 2006, il était alors édité en diptyque. Le ton est burlesque ; pourtant on traverse l’histoire de la Chine de la révolution culturelle jusqu’aux vingt dernières années.

Notre prochain Chat bleu est le jeudi 22 novembre !

Chat Bleu – octobre 2018 -1)

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Au Chat Bleu, ce mois-ci nous pouvions goûter
– un vin rouge de Corse, du domaine de Terra Vecchia, médaillé en 2017 à Lyon. Assez chargé de soleil, assez puissant, charnu.
– un Beaujolais blanc, sec et un peu fruité.

Pour les accompagner, nous avions les livres de :
– Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux, Actes Sud, rentrée septembre 2018.
Nous sommes en Lorraine et suivons sur 6 ans, de 1992 à 1998, des jeunes et leurs familles plus ou moins touchés par la crise de l’industrie métallurgique. L’adolescence, ses rencontres, ses désirs, ses solutions sur fond de difficultés et de haines sociales.Une belle écriture et des chapitres menés tambour battant.
– Frédéric Paulin : La guerre est une ruse, Agullo, rentrée septembre 2018.
Premier livre d’un auteur français dans cette maison d’édition très active depuis sa création en 2016. Premier volet d’un ensemble prévu de 3 : de 1992 à 1995, entre Algérie et France, dans les milieux du FIS, du GIA, des militaires et des services secrets. Frédéric Paulin se dit intéressé par « les moments de folie généralisée » et c’est le cas, là. Tout part de cette petite phrase : p. 111 : »– Sauf votre respect, si l’Algérie était démocratique, les barbus seraient au pouvoir ». S’il s’agit bien d’une fiction, elle est hyper-documentée et passionnante.
– Elise Shua Dusapin : Les billes du pachinko, Zoé, rentrée septembre 2018.
Son deuxième livre nous emmène à Tokyo, auprès des grands-parents coréens de la narratrice. Même après quarante ans dans cette mégapole où ils tiennent un établissement de pachinko qui végète, ils sont étrangers. Elle l’est également. Elle pose, comme dans Hiver à Sokcho, sorti en poche en même temps, la question de l’identité, de l’appartenance. Avec le même ton un peu sec qui va parfaitement avec cette solitude.