Moscou 47 : P U N° 115

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La Pièce Unique N° 115 n’est pas un roman mais un livre constitué de dessins de Roger Parry de l’Agence France-Presse et de reportages de journalistes de trois quotidiens : France-soir (Claude Veillet Lavallée), Le Figaro (Dominique Auclères) et Franc-Tireur (Charles Ronsac). Ils avaient été, comme des vingtaines d’autres de tous les pays, invités officiellement en avril 1947 par l’ URSS.

Ils se montrent plutôt positifs : (p 181) : « L’entourage de Staline est fait d’hommes supérieurs, véritable élite d’hommes d’Etat, tirés de la sélection naturelle : Vorochilov (Armée), Molotov (Affaires étrangères), qui doit succéder à Staline, Mikoyan (Commerce), Béria (Intérieur, Police), etc… »(…) » D’opposition véritable, il n’y en a pour ainsi dire pas. Ceux qui pourraient la faire ou la diriger, c’est à dire les intellectuels, sont comblés matériellement. Il y a une forte police politique. Mais il y en a toujours eu en Russie ; »(…) » Il y a certainement des départs pour la Sibérie; il y en avait aussi sous les Tsars. »

Voilà quelques Poèmes Express issus de Moscou 47 :
– Au plafond, Gogol a l’air de quelqu’un qui connaît son métier.
– Dans trente ans, nous aurons dépassé nos organes.
– Le pope se démonte : barbe, yeux, poitrine, pied, ventre.
– Le maréchal est ouvert, la forêt abattue et le cercueil hurle.
– Amérique rose saumon. Vertige de duvet…et gros consommateurs.
– Poule sur la neige : corps de kapok.

La Pièce Unique N° 115 est offerte à Virginie R. Féministe, sa pensée progresse sur le mode du fourmillement. C’est déstabilisant et intéressant.

Un Stevenson : P U N° 114

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L’île au trésor est paru en feuilleton en 1882. En poche en France en 1961. Retraduit récemment, les éditions Tristram lui ont donné une superbe couverture. Vu comme un roman- jeunesse, il a souvent été adapté au cinéma.

R.L. Stevenson, l’écrivain voyageur écossais est mort le 3 décembre 1894 aux îles Samoa. Nous avons offert cette Pièce Unique ce 4 décembre à une voyageuse, Pia G. qui vient se poser ici après avoir habité Milan, Budapest, Vienne…

Voilà quelques Poèmes Express :

– Il mettait le nez à la porte ou avait une façon inquiétante de le poser sur la table.
– Forte peur dans la brume. Pause.
– Un gentleman mort dévisse sa tête, donne le coeur et suce sa fin.
– Il essayait de rire, de retirer le poignard de sa bouche.
– Morts rouges et bouffis, bandage sanglant, mauvaise mine.
– Elle n’a jamais rien raté, la constance.

Un Kamel Daoud : P U N° 113

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Le peintre dévorant la femme paru aux éditions Stock en 2018 est aussi en poche chez Babel.  Kamel Daoud est connu pour son Meursault, contre-enquête, Goncourt du premier roman en 2014. Il est par ailleurs journaliste et a des positions vis-à-vis de l’islamisme qui le mettent en danger.
Ce livre est un récit, de la collection « Ma nuit au musée » : un(e) auteur(e)  passe une nuit dans un musée et écrit sur cette expérience. Lydie Salvayre, Santiago Amigorena, par exemple, se sont déjà prêtés à ce dispositif.

Kamel Daoud a été, lui, invité au musée Picasso. L’intérêt du livre n’est pas tant son regard sur l’oeuvre de ce peintre que ce qu’il dit du rapport au corps, au sexe, à l’art et à la collection, de l’autre côté de la Méditerranée. Là, c’est passionnant.

Voilà quelques uns des Poèmes Express qui en sont sortis  :
Le jaune annonce le sourire, le corps et sa chaleur.
– Durant l’amour, se faire appréhender par le muscle-coeur.
– Le sang s’échappe. Plongée dans la mort, la femme en offrande.
– Cet endroit est un monde de piranhas. La fin y est la fin.
– S’il peint l’âme, je peux la dévêtir.
– Le grain de peau rencontre le cannibale et le nu est 
camisolé par l’amant.
– Sous mille angles, cette année se révèle noyade, submersion et fin.

La Pièce Unique N° 113 est à offrir à Laurence Drocourt, plasticienne qui travaille à l’ESADHaR. Elle a aussi conçu une pseudo-galerie : une vitrine / une oeuvre ( souvent intéressante et ludique ).

 

« Le Havre aux livres » et nous

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Ils y sont.
Nous y sommes.
Même le dimanche.
Jusqu’à la fin de décembre

Pour vous,
Pour vos cadeaux.
Rue du Départ offre un joli carnet-livre à tout acheteur, dans la boutique, de deux livres dont UN Rue du Départ : qu’on se le dise, qu’on en profite.

Le Havre aux livres
67 rue Bernardin de St Pierre
76600 Le Havre

« Le Havre aux livres » et Rue du Départ

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Le Havre aux Livres est un collectif de 5 éditeurs normands qui ont envie de présenter des projets innovants pour partager leur passion et leur savoir-faire. De rencontres professionnelles en amitiés, ainsi est née la boutique éphémère.

Ce collectif s’est installé, pour deux mois, jusqu’aux fêtes de fin d’année :
67 rue Bernardin de Saint-Pierre (rue piétonne)
76600 Le Havre
Ils sont arrivés juste avant le début du 2ème confinement….
et sont réduits au « clique et collecte » jusqu’à nouvel ordre.

Pourtant, très gentiment, ils ont proposé à d’autres maisons d’édition, dont Rue du Départ, de les rejoindre. Et c’est fait : vous pouvez trouver nos livres à la boutique éphémère. De Pile et face à Un peu de lune.

Chat Bleu : octobre 2020 -2)

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avec un peu de retard… mais le mois de novembre étant, malheureusement, sans possibilité de Chat Bleu… on a pris son temps…

on a évoqué aussi :
– Le crépuscule et l’aube de Ken Follett, édition R. Laffont, 2020 . Un quatrième tome à lire avant Les piliers de la terre. On est en l’an mille, dans un village, en Angleterre et c’est l’arrivée de Vikings.
– Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers, Grasset, 2020 : une femme cherche à se réapproprier son corps, va dans un salon de massage et de thé japonais dans Paris. Elle y découvre entre autres le Japon.
Le discours de Fabrice Caro, 2018 : » un livre drôle, émouvant aussi » : un homme, le temps d’un repas familial, parle.
Buveurs de vent de Franck Bouysse, Albin Michel, 2020 : « une belle écriture et un univers très noir. » Dans une vallée imaginaire, une personne domine toutes les vies.
– Nos espérances d’Anna Hope, traduit par Elodie Leplat, Gallimard 2020 : trois copines en fac vers 1995 se retrouvent en 2010. Ce qu’elles sont devenues.
Les disparus de Daniel Mendelssohn, traduit par Pierre Guglielmina, 2007 Flammarion. Prix Médicis étranger, maintenant en J’ai Lu. Mendelssohn enquête sur sa famille juive. « Une merveille. »
Une mort très douce de Simone de Beauvoir, en Folio : » un très joli livre » de 1964, « pas du tout triste », sur la fin de sa mère.
– Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, chez POL et en Folio. Prix des lycéens et prix du livre Inter. Dans un ancien pensionnat, des marginaux vivent ensemble, forment une sorte de secte. Ils ont un discours sur l’amour, l’accueil. Tout bascule quand un migrant arrive.
– Le dernier des branleurs de Vincent Mondiot, Actes Sud Junior, 2020 : ce n’est pas drôle d’être un ado…
– L’espion et le traître de Ben Macintyre, traduit par Henri Bernard, Pocket, 2020 : l’histoire vraie d’un agent double dans les années 1970. Oleg Gurlievski vit encore en Grande Bretagne. John Le Carré a adoré, dit-on.
– Le bonheur, sa dent, douce à la mort de Barbara Cassin, Fayard 2020 : son autobiographie philosophique : une femme « d’une liberté absolue ».

On a reparlé de :
– Le répondeur  de Luc Blanvillain, édition Quidam, 2020 : « Un livre vraiment drôle, qui fait du bien en ce moment ! »
– D’un cheval l’autre de Bartabas, Gallimard, 2020 : » un beau livre sur les chevaux », les humains, leurs rapports.

A quand le prochain Chat Bleu ? Grande question ! On avait imaginé qu’en décembre, ce serait le 10.
On vous tient au courant.
Prenez soin de vous !

Chat Bleu : octobre 2020 – 1)

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Dur de choisir entre
un rouge : Montagne Saint Emilion avec « pas mal de caractère », au tanin présent mais soyeux
et
un rosé : d’hiver, grain de glace, vendangé de nuit pour conserver les arômes !

Dur mais on a bien vu que personne n’était perdant !

Et nous voilà partis pour :

  L’Islande avec La fenêtre au sud de Gurdir Eliasson, aux éditions québécoises La Peuplade, traduit par Catherine Eyjolfsson, 2020. Un écrivain, seul pendant quatre saisons dans une maison prêtée au bord de la mer, a du mal à travailler : (p 19) « Je tâte le clavier d’une main hésitante, cherchant à retrouver les mots. Mes personnages sont restés tout ce temps à l’hôtel de montagne, sans bouger. Ils sont couchés tous deux, immobiles comme des morts. Je martèle des mots à la machine : REVEILLEZ-VOUS. Ils ne bronchent pas. »
Il marche beaucoup, ne parle à personne ou presque.
Ce livre, c’est une ambiance : (p104) «  La montagne est de plus en plus rarement visible. Les brouillards d’automne s’y sont posés et, certains jours, c’est tout juste si je peux voir quoi que ce soit par la fenêtre. Derrière ce gris camouflage, se cache la mer, grise elle aussi. »
Vladivostok et Oulan-Oude avec Vladivostok Circus d’Elisa Shua Dusapin, éditions Zoé, 2020. C’est le 3ème roman de cette auteure. Chaque fois, une jeune femme dit « je ». Chaque fois, pourtant, c’est un personnage un peu » opaque ». Chaque fois, l’action est infime. Et, bizarrement, c’est ce qui est attirant. Cette fois, le personnage est une costumière venue travailler pour un trio à la barre russe, dans un cirque. (p34) : » Au coeur de la piste, enroulée sur elle-même, la tête sous le ventre, la femme fait onduler ses membres comme une anémone de mer. »
L’Europe des années 1940 avec La décision de Brandes du Catalan Eduard Marquez, paru aux éditions do en 2017, dans une traduction d’Edmond Raillard. Marquez parle d’Histoire et d’Histoire de l’art, de Cranach à « l’art dégénéré », à travers l’histoire intime d’un peintre. La fin est un baume contre le mépris.

Un Philip K. Dick : P U N° 112

Siva  de Philip K. Dick, paru aux USA en 1980 et chez Denoël en 1981 est un texte EXTRAORDINAIRE !
Ecrit deux ans avant sa mort, Siva n’est ni essai, ni roman, ni autobiographie. Ou est un peu tout ça.
C’est sa dernière période, très controversée par les puristes de la S F. Il y parle de la transcendance et de lui. C’est totalement fou, personnel  et super intelligent.

Voilà quelques Poèmes Express qui en sont issus : Occupé à essayer de tuer, il se souciait uniquement de la méthode.
– S’en branle un crétin, de l’orthographe d’oxymoron.
– La cervelle consommée provoqua chez lui une colère acide.
– Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de trous dans les hommes pour dégager la vérité… ?
– Le monde était en réanimation. Personne ne savait cela.
– Le déterminisme est cassé. Une petite vieille brise l’Empire.
– Un sein a une vie et s’en rend compte.

Cette Pièce Unique sera offerte à Elodie Boyer, des très belles éditions Non Standard.  Elle va se demander ce qui lui arrive, elle qui propose des livres si graphiques.
Elle fait d’ailleurs partie de la Saison Graphique 2020, au THV jusqu’au 31 octobre.

Un Silvio d’arzo : P U N° 111

Maison des autres est la Pièce Unique N° 111. C’ est un court texte de l’Italien Silvio d’arzo (1920-1952), paru en France aux éditions Verdier. Il est suivi d’un texte encore plus court : Un moment comme ça.
Dans les deux, un homme parle, un curé ou un instituteur.
Le curé de Maison des autres est assez âgé. Il vit dans un petit village de montagne et le climat est rude. Une très vieille et pauvre femme lui pose une question.
L’instituteur de Un moment comme ça aide un homme qu’il n’apprécie pas et découvre avec lui quelque chose de grave.
Silvio d’arzo suggère plus qu’il ne dit. Il nous met sur la piste, à nous de compléter. C’est ténu mais important.

Voilà quelques Poèmes Express issus de ce livre :
Le garçon n’était pas homme ;  le fait est, pas homme.
– Au canal, elle se mit à laver les pluies.
– Il suffisait d’un souffle pour être moins mort.
– Je suis venue au mariage faire oui de la tête.
– S’en aller de biais et réussir à trouver un train.
– Chaque soir, j’apprenais à coudre un vieux. Quand commençait l’agonie, on cousait les mains.

La Pièce Unique N° 111 est offerte aux co-gérantes des éditions Verdier. On les aime pour leur collection russe, pour les Pierre Michon, le Anne Pauly et le Camille de Toledo.