Un de Baumugnes

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70 ème Pièce unique de Rue du Départ : Un de Baumugnes de Jean Giono (1895-1970), de sa première période, paysanne, terrienne.
Le livre est paru en 1930 chez Grasset, adapté en 1934 par Pagnol : Angèle avec Fernandel, Oranne Demazis, Jean Servais qui ne… doit rendre justice ni à la beauté des personnages, ni à la langue de Giono : ( Livre de poche, p 43 )  » Quand il fut nuit, je fis mon lit à côté d’un pré qui chantait de toutes ses herbes, et, la figure contre les étoiles, je me mets à dormir à mort » , ou ( p 58 )  » C’est gelé parce qu’une chose est arrivée d’un coup qui glace le rire, et le rire s’est gelé, et il est là comme un bloc d’eau. » ou encore ( p 89 ) « …on happait , la bouche ouverte, de grands morceaux d’air brûlant qui voulait pas passer… »

Quelques uns des Poèmes Express « sortis » de ce Giono :
– La chouette choule. Coup de fusil. Ouverte, d’un coup.
– La montagne souffle un soupir et laisse tomber quelqu’un.
– Les femmes écoutent, écoutent et celle-là parle de loups et de peau.
– Je fourre le fou dans des touffes de bras.
– Un homme en colère fascine. Il sonne sur terre.
– On a fini dans l’herbe. Maintenant, il n’y avait plus qu’à se toucher.

La P.U. n° 70 a été offerte à Catherine C., bien que médecin…, plus qu’ intéressée par les arts plastiques, leur pratique et leur histoire, assez pour parcourir des kilomètres.

Nous et Ouest Track – novembre 2018

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Ouest Track, la radio sur Internet et nous. Notre pastille : à écouter à 11 h, dimanche  4 et dimanche 18 novembre, dans Viva Culture, ou à podcaster. 

Le 4 : Autour des livres évoque l’Amérique, celle de Benjamin Whitmer, de Christopher Cook et Dorothea Lange.

Le 18 : il y est question des éditions Agullo.
On parlera encore de Jaroslav Melnik la fois prochaine puisqu’il est invité aux Boréales de Normandie.

N° 69 : Le voyage

Pièce Unique n° 69 : Le voyage de Paul Morand (1888-1976).
Ce livre est paru pour la première fois en 1927, a été repris (augmenté et modifié)  en 1964 comme Morand le faisait souvent. Un parmi une trentaine de ses livres de voyages, trouvable en Pocket. Grand bourgeois, diplomate-écrivain, il a pu se consacrer très jeune au plaisir de voyager, a fait des portraits de villes : New York, Londres, Bucarest… a écrit Venises en 1971, différent, travaillé en fragments, sans la décrire, plus comme une pudique autobiographie puisqu’il est allé à Venise, y a vécu longuement, de nombreuses fois, de sa jeunesse à sa mort.

Le voyage est une courte histoire de ce fait à travers les temps. On y sent l’homme cultivé mais surtout sa classe sociale avec une forme de mépris pour le touriste de masse. On peut aussi y lire des propos étonnants, assez limite : p 28 : «  Froissart parle de «  voyages de guerre » (…) » Aussi, 1918 fut finalement, malgré les tranchées, une épopée de voyages. En 1940, plus encore : quel autre mécène que la guerre eût pu payer à un paysan berrichon une promenade en Egypte, à un Norvégien un séjour au Congo? »…!

Voilà quelques poèmes express tirés de Le voyage :
– Meute, enfer monochrome, une rame de métro à midi.
– Les atlas taisent nos cités-campings, nos cirques, l’atomique.
– Célibataires et minibus me battent avec des boules.
– En caoutchouc, les aiguilles,
En boyau, un panneau,
En éponge, la police.
Placer l’homme dans des tombes en jade, se durcir, résister à la fécondation.
– Draps allemands où les femmes seules ressentent leur hiver.

Cette Pièce Unique, trois en un : texte originel + Poèmes Express + informations internationales, a été faite à partir d’un livre de CDI, à la suite d’un désherbage. Il en porte les traces (administratives et de quelques lectures) et prend par là une dimension supplémentaire, temporelle et « qualitative ». Quatre en un ! …
Elle est offerte à l’association Les ailes du désir, de Poitiers, qui propose des voyages autour de l’art contemporain, que ce soit en France ou à Venise, pour la Biennale, à Kassel etc…

Chat bleu -octobre 2018-2)

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Le 18 octobre, on avait évoqué
d’autres livres de la rentrée de septembre 2018 :
Dix sept ans d’Eric Fottorino, Gallimard : la suite de son histoire personnelle : la recherche de sa mère. Une très belle histoire d’amour familial.
– Le grand nord-ouest d’Anne-Marie Garat, Actes Sud. Un western au féminin dans les années 30, un bel hommage aux Amérindiens. Comme dans ses autres livres, importance de l’image, du cinéma. Anne-Marie Garat sera à la Galerne le 29 novembre.
 Mais les yeux dardaient sur Dieu de Zora Neale Hurston, chez Zulma, traduction de Sika Fakambi. Paru en 1937 aux USA, livre culte, jamais encore traduit en français. Histoire d’émancipation d’une jeune femme noire à travers trois mariages.
Maîtres et esclaves de Paul Greveillac, Gallimard : en Chine, un paysan devient peintre pendant la révolution culturelle. Sur la transmission, l’appropriation.

des livres sortis précédemment ( RAPPELEZ-VOUS : LES LIVRES N’ONT PAS UNE DUREE DE VIE DE TROIS MOIS, enfin, certains en tous cas… qu’ils soient sortis en poche ou pas ! ) :
4321 de Paul Auster, Actes Sud, traduit par Gérard Meudal : de beaux personnages, une belle écriture mais…un peu long… disent plusieurs d’entre nous…
– Les invisibles. Une enquête en Corse du journaliste Antoine Albertini, chez Lattès. Arrivés dans les années 50, les immigrés marocains sont d’abord jugés travailleurs et pas chers. Dans les années 80 : on s’attaque à eux.
Et en poche :
– Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, 10-18 : une première chez cet auteur : il sort de la fiction, dit quelque chose qui lui est arrivé quand il avait 17 ans, une « vérité intime ».
Le jour d’avant de Sorj Chalandon, livre de poche : on en avait déjà parlé ici avec enthousiasme. Une très belle construction.
– La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, livre de poche. Renaudot 2018.
– Douleur de Zeruya Shalev, Folio, traduit par Laurence Sendrowicz. Peut-on trouver le bonheur sans faire souffrir autour de soi ?
Le chagrin des vivants d’Anna Hope, Folio, traduit par Elodie Leplat : les cinq jours d’avant l’arrivée du Soldat Inconnu britannique à Londres, le 11 novembre 1920.
Brothers de Yu Hua, Babel, traduit par Angel Pino et Isabelle Rabut. Best-seller en Chine en 2006, il était alors édité en diptyque. Le ton est burlesque ; pourtant on traverse l’histoire de la Chine de la révolution culturelle jusqu’aux vingt dernières années.

Notre prochain Chat bleu est le jeudi 22 novembre !

Chat Bleu – octobre 2018 -1)

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Au Chat Bleu, ce mois-ci nous pouvions goûter
– un vin rouge de Corse, du domaine de Terra Vecchia, médaillé en 2017 à Lyon. Assez chargé de soleil, assez puissant, charnu.
– un Beaujolais blanc, sec et un peu fruité.

Pour les accompagner, nous avions les livres de :
– Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux, Actes Sud, rentrée septembre 2018.
Nous sommes en Lorraine et suivons sur 6 ans, de 1992 à 1998, des jeunes et leurs familles plus ou moins touchés par la crise de l’industrie métallurgique. L’adolescence, ses rencontres, ses désirs, ses solutions sur fond de difficultés et de haines sociales.Une belle écriture et des chapitres menés tambour battant.
– Frédéric Paulin : La guerre est une ruse, Agullo, rentrée septembre 2018.
Premier livre d’un auteur français dans cette maison d’édition très active depuis sa création en 2016. Premier volet d’un ensemble prévu de 3 : de 1992 à 1995, entre Algérie et France, dans les milieux du FIS, du GIA, des militaires et des services secrets. Frédéric Paulin se dit intéressé par « les moments de folie généralisée » et c’est le cas, là. Tout part de cette petite phrase : p. 111 : »– Sauf votre respect, si l’Algérie était démocratique, les barbus seraient au pouvoir ». S’il s’agit bien d’une fiction, elle est hyper-documentée et passionnante.
– Elise Shua Dusapin : Les billes du pachinko, Zoé, rentrée septembre 2018.
Son deuxième livre nous emmène à Tokyo, auprès des grands-parents coréens de la narratrice. Même après quarante ans dans cette mégapole où ils tiennent un établissement de pachinko qui végète, ils sont étrangers. Elle l’est également. Elle pose, comme dans Hiver à Sokcho, sorti en poche en même temps, la question de l’identité, de l’appartenance. Avec le même ton un peu sec qui va parfaitement avec cette solitude.

Boualem Sansal

Boualem Sansal était au Havre ce soir, 12 octobre 2018, pour Le train d’Erlingen (édition Gallimard) : voilà quelques uns de ses propos :

– « Les mots sont magiques. Ce sont les mots qui créent les situations. » (…) «  La religion redéfinit les mots, requalifie le vocabulaire. » : « Nous, citoyens, sommes dans une situation incompréhensible. Dans le déni. » (…)

– « on est domestiqués, un peu comme La chèvre de monsieur Seguin, dans un confort tel qu’on peut accepter beaucoup. »

–  » Les philosophes actuels commentent. Les philosophes comme Voltaire ou Thoreau étaient des lutteurs » (…) « Je ne suis qu’un commentateur comme les autres. »

– « Quand on entre dans un livre, c’est comme quand on entre dans un saloon, il faut déposer les armes. En Algérie, on ne me lit pas : Boualem Sansal, c’est un mécréant… Laissez vos théories au vestiaire. » 

Nous parlons livres
– au Chat Bleu, jeudi 18 octobre, à partir de 18h15.
– sur Ouest Track sur le net, dans Viva Culture, à partir de dimanche 21 octobre, 11h.

Nous et Ouest Track – octobre 2018

le 7 octobre, autour des livres dans Viva Culture, c’est l’Amérique !

 

 

(photo Dave Heath, expo
Le Bal)

Le 21 octobre, il est question de Tom Haugomat et Maylis de kérangal.

Ecoutez-nous ! C’est sur le Net.

à François-Michel Dupont

La Pièce Unique n° 68 est faîte à partir de L’honneur perdu de Katharina Blum d’ Heinrich Böll (1917-1985), prix Nobel de littérature en 1972.
Böll a appartenu au Gruppe 47, groupe d’écrivains allemands dont faisaient aussi partie Ingeborg Bachman, Paul Celan, Uwe Johnson entre autres. Ce groupe a surtout fonctionné de 1947 à 1967. L’oeuvre de Böll  est liée à son engagement politique et à la situation en RFA : il était pacifiste, critique envers l’église catholique et a, dès les débuts du parti écologiste, soutenu les Verts.

L’honneur perdu de Katharina Blum, paru en Allemagne en 1974, et en France, au Seuil en 1975, a été porté à l’écran par Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta. Le sujet est l’éreintage par la presse d’une jeune femme à la suite d’un fait divers, éreintage que Böll avait lui-même vécu après son article de défense de Baader et Meinhof. Böll insiste ici sur les pratiques d’une certaine presse : la falsification des mots, les formulations volontairement erronées, les citations tronquées à dessein. Une sorte de fake-news… une pratique indémodable…

 

Voilà quelques Poèmes Express de cette P. U. :
Les faits sont nécessaires à la formation du cadavre. Sans émoi.
– Reconnaître la nécessité, cravate desserrée, d’une cigarette.
– Venir, refuser celui qui refuse de rougir, tendre vers la tendresse.
– Le mercredi avait eu un comportement bizarre dans ses moindres détails.
– Jeunes demoiselles dans une chocolaterie et cousines à fourrer dans son lit.
– En faisant fondre son sucre, la séduire et s’installer.

Cette P. U. est offerte à François-Michel Dupont, écrivain de polars aux éditions Le Vistemboir et enseignant au Collège Lycée Expérimental d’Hérouville-Saint-Clair. Quelqu’un pour qui les mots ont forcément du sens, doublement.

P U n° 67 : Crab, Chevillard

Eric Chevillard et son humour (dans ses titres déjà !!!) : La nébuleuse du crabe, (1993) aux éditions de Minuit, dans la collection de poche « double » depuis 2006, est une suite de fragments : la vie d’un personnage étrange, multiple : Crab. Proche d’ Henri Michaux et son Plume (1938) : ?
Son premier texte, Mourir m’enrhume était sorti en 1987 et depuis, c’est plus d’une vingtaine de titres, un blog : Autofictif et, de 2011 à 2017, un feuilleton dans le monde des livres qui sont parus. Eric Chevillard écrit et lit beaucoup.
Pierre Jourde le défendit contre des « méchants » et « lourds » : Pierre Bergé et Patrick Besson.

On a fait de La nébuleuse du crabe la Pièce Unique n° 67 et voilà quelques uns des « poèmes express » ou nano- histoires, aussi assez loufoques, qui en sont sortis :
– Le chien manque de bout, de début. Cette première impression devra être confirmée.
– Joues issues d’un poudrier vide, oeil fixe pris de perfectionnement.
– Sa forme est de cuisse sans emploi.
– Un traducteur transmet les paroles. Relation intime pour effleurer une femme.
– Un soir, tout fut terminé : les livres fondus, tous.
– Les mains dans les poches 
partagent l’espoir de vivre, très peu, en ankylose.

On l’offre à un couple d’amis, Pierre et Gie N., très très grands lecteurs. Et ça fait plaisir !